vendredi 28 septembre 2007

Revue en ligne

La jeune équipe de recherche
« Littérature chinoise et traduction »
qui aspire à devenir bientôt la JE
« Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction »,
est heureuse d’annoncer qu’elle va lancer,
dans les mois qui viennent, sa revue en ligne :

Impressions d’Extrême-Orient

La vocation de cette revue est de contribuer à mieux faire connaître et apprécier les littératures d’Extrême-Orient. Elle proposera des traductions inédites de textes littéraires issus des aires culturelles que notre équipe dans sa forme actuelle est en mesure de couvrir : Chine, Japon, Inde, Vietnam, Corée, Thaïlande. Elle s’efforcera également de tenir les lecteurs – spécialistes, étudiants ou simples amateurs - au courant des travaux dans ce domaine. Elle ambitionne de devenir un point de repère en langue française pour l’approche des littératures d’Extrême-Orient.

Chaque numéro d’Impressions d’Extrême-Orient sera, une fois par an, mis en ligne sur le site de l’équipe et s’organisera autour d’un thème choisi lors d’une réunion de son comité de rédaction. Son corps sera consacré à la présentation de traductions inédites de textes littéraires qui ont un lien avec le thème retenu ; plusieurs rubriques complémentaires viendront s’y adjoindre : comptes rendus d’ouvrages en rapport avec les différentes littératures ; notices bibliographiques présentant l’état de la recherche dans un domaine donné, recension critique des traductions récemment publiées, de portraits ou d’interviews d’éditeurs ou de traducteurs ou voire même d’auteurs.

Directeur de la publication : Noël Dutrait
Rédacteur en chef : Pierre Kaser
Conseillers pour la rédaction : Liliane Dutrait, Sebastian Veg
Comité de rédaction : Noël Dutrait, Pierre Kaser, Michel Dolinski, Philippe Che, Elizabeth Naudou, André Delteil, Nguyen Ngoc, Louise Pichard-Bertaux, Jean-Luc Bidaux, Hye-Gyeong Kim, Sebastian Veg, Solange Cruveillé.
Le Comité scientifique est en cours de constitution.

A l’occasion de ses deux dernières réunions (10/07/07 et 25/09/07), l’équipe dirigée par Noël Dutrait a retenu, pour le numéro un, le thème suivant :

Le voyage :
voyage réel ou virtuel, onirique ou d’exploration



Le calendrier éditorial envisagé est le suivant :
  • date de publication : fin mars 2008
  • remise des traductions : avant le 15 décembre 2007
Chaque traduction reçue sera soumise à deux experts – un externe, un interne -, qui auront deux mois (janvier et février) pour se prononcer sur la qualité du travail et demander, le cas échéant, des corrections, voire de refuser la publication.

Type de travail attendu doit prendre en compte les éléments suivants :
  • chaque contributeur est appelé à proposer un texte littéraire traduit, précédé d’une présentation synthétique.
  • dans l’idéal, le texte sera inédit en traduction ; si ce n’est pas le cas, le traducteur devra justifier de la nécessité d’une nouvelle traduction.
  • la traduction ne devra pas excéder 20 feuillets de 1500 signes.
  • le texte retenu sera soit un texte intégral (nouvelle, conte, poésie), soit un extrait d’une œuvre plus ample (un chapitre de roman, par exemple).
  • le traducteur devra fournir sa traduction sur un support informatique (document Word portant le minimum d’enrichissement stylistique) ainsi que le texte original en format pdf ; celui-ci sera communiqué aux experts et également mis à disposition des lecteurs de la revue.
  • le traducteur est libre dans le choix de l’appareil critique qui accompagnera son travail (notes de bas de pages plus ou moins développées).
Les propositions de collaboration pour le premier numéro doivent être transmises avant le 15 décembre 2007 à Pierre Kaser : Pierre.Kaser@univ-provence.fr

mercredi 26 septembre 2007

A Marseille aussi

Photo : Katsu Miyauchi (source : Festival d'Avignon)

J'avais, jusqu'à présent, signalé dans ce blog des activités culturelles qui se déroulaient en dehors et parfois fort loin de la cité phocéenne : tout récemment, c’était la Fureur de lire - dont Noël Dutrait va bientôt nous rendre compte ici - qui se déroulait à Genève ; ce week-end, c'est à la Librairie le Phénix, donc à Paris, que l'on va se presser, et dès demain et vendredi encore, c'est à Aix-en-Provence qu'il faudra se trouver ; on y reviendra le 26 octobre pour assister à notre journée sur la traduction dont le programme va être tout prochainement finalisé et diffusé ici-même et sur notre site lequel va faire peau neuve dans les semaines qui viennent.

Je suis donc ravi de pouvoir, enfin, écrire que Marseille ne boude pas totalement l'Asie, ses langues et ses littératures. Pour preuve, ces deux événements marquant de la vie culturelle locale : l'un, « La Faites des Mots », est déjà passé - certes depuis, mais bel et bien passé -, l'autre, Gens de Séoul 1919 à La Criée est à venir.


1. « La Faites des Mots »

Pour son 10ème anniversaire, l’association « C’est la faute à Voltaire » [27 cours Franklin Roosevelt, 13 001 Marseille] avait, les 21 et 22 septembre 2007, investi le square Stalingrad pour y fêter les mots. Aux côtés de stands aux noms accrocheurs tels que « La tirelire à mots », « Le recyclo-mots », et d’activités aussi attirantes et surprenantes les unes que les autres, telles que la « Vente aux enchères de mots », ou encore le « Tissu de mensonges », plusieurs débats ont réuni des acrobates des langues : poètes, écrivains, éditeurs, champions de lexicologie, de linguistique et maître ès traduction. C'est dans cette dernière catégorie et avec cette casquette que Philippe Che est intervenu en compagnie de la poétesse brésilienne d'expression française Ana Helena Rossi et l'immense lexicographe, sympathique puits de science, véritable trésor vivant, Henriette Walter, professeur honoraire de linguistique à l'université de Haute-Bretagne, membre du conseil supérieur de la langue française, auteur notamment du Français dans tous les sens (Grand prix de l'Académie Française, 1988) et de L'aventure des langues en Occident (Laffont, 1993).

Après avoir rappelé que bien des mots d'origine japonaise dont on use et abuse ici ont, comme zen, une origine chinoise - chan 禪 -, et fait un détour par la Réunion et ses emprunts goûteux au chinois, le traducteur de Ge Hong 葛洪 (284-364) (La voie des divins immortels. Gallimard, « Connaissance de l'Orient », 1999), a constaté la rareté des emprunts chinois aux langues étrangères : parmi ceux qu'il a cités, je retiens l'ice cream chinois : bingqilin 冰淇淋, composé du caractère bing glace/glacé et d'une prononciation autochtone de cream. Il fut ensuite question de traduction littéraire et des choix que le traducteur de textes anciens était amené à faire, notamment face à des termes comme zhubo 竹帛 (bambou+soie) qui signifient « livre ». Philippe Che a également signalé la curiosité que présente sa dernière publication puisqu'il s'agit de la traduction en français d'un texte composé en chinois (Jiaoyou lun 交友論) par le missionnaire jésuite italien Matteo Ricci (1552-1610) : Traité de l'amitié (Editions Noé, 2006) (Voir ici).

La curiosité des auditeurs pour la traduction et ses difficultés s'est manifestée par un flot de questions comme celles-ci : « Pourquoi traduire à nouveau une œuvre déjà traduite ?», « Quelles œuvres traduire ? », questions qui montrent que nos sujets quotidiens de réflexion ne sont pas si éloignés que cela des préoccupations des lecteurs potentiels de nos productions, ce qui est source de satisfaction et invite à s'exclamer de concert avec Jin Shengtan 金聖歎 (1610-1661) : « 不亦快哉!», cri du cœur que Simon Leys [ « Les trente-trois délices de Jin Shengtan » (1993), L'ange et le cachalot, Le Seuil, (1998) 2002, p. 184-190] a traduit par : « Ah, quel délice ! » Qui dit mieux ?


2. Gens de Séoul 1919 au Théâtre de la Criée

Gens de Séoul 1919 est une pièce de l'écrivain japonais Hirata Oriza 平田オリザ qui est connu, non seulement pour avoir boucler un tour du monde en bicyclette à l’âge de 16 ans, mais aussi pour avoir composé et défendu une œuvre dramatique déjà bien fournie. Il est aussi le patron de la compagnie de théâtre Seinendan 青年団 qu'il a créée en 1983 et le directeur artistique du théâtre Komaba Agora de Tokyo, la ville où il est né en 1962.

Gens de Séoul 1919 (2000) est « le second épisode de « la saga » des Shinozaki, riches papetiers japonais venus s’établir à Séoul, en Corée, au début du siècle dernier. La pièce fait écho à Gens de Séoul ソウル市民 (1989) qui relatait une journée dans la demeure des Shinozaki, un mois avant l’annexion de la Corée par les troupes japonaises. » La pièce, traduite comme celle de 1989 (Besançon, Les Solitaires Intepestifs, 1991) par Rose-Marie Makino-Fayolle est mise en scène et en décors par Franck Dimech. Ce spectacle d'une durée de 2 heures sera donné au Petit Théâtre entre le 28 septembre au 13 octobre 2007.

Nous comptons sur ceux qui s'y rendront pour avoir un compte-rendu et savoir si cette réalisation répond aux exigences de l'auteur qui, dixit Franck Dimech (av., 2007), « prône (...) une nouvelle idée de la représentation, loin de toute aspiration sentimentale et loin des modèles d’un théâtre métaphorique. Il y a, dans ce théâtre qui glorifie le dialogue de sourds, une langue millimétrée (...) de sorte qu’on doit l’appréhender comme une partition chirurgicale - des incises, des groupes de paroles superposés, des univers déjantés que l’on pourrait comparer à certains films de Jean-Luc Godard. » Les autres pourront se rattraper en lisant la traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle qui sort aux Solitaires Intempestifs. (P.K.)

lundi 17 septembre 2007

De la traduction

Plus que neuf jours à attendre pour aller se presser aux portes de
l'Amphi Guyon de l'Université de Provence (Aix-en-Provence)
pour assister au colloque international organisé par
l'Institut de la Francophonie et
le DELIC (Description Linguistique Informatisée sur Corpus),

« Le poids des langues.
Dynamiques, représentations, contacts, conflits
»,

les 27 et 28 septembre 2007.

Son programme, téléchargeable en format pdf à partir d'ici, est copieux : en tout pas moins de 19 communications, un débat et une table ronde (le 28/09, à 15 h). Parmi la vingtaine d'intervenants, on prendra, entre autres, plaisir à écouter Louis-Jean Calvet (U.P.) sur « Le poids des langues : vers un index comparatif des langues du monde », en compagnie d'Alain Calvet ( le 27/9, à 10 h) et Jean Véronis (U.P., directeur du DELIC et brillant blogmaster de Technologies du langage) sur « Poids des langues et technologies » (le 27/9 à 16 h, salle des Professeurs). Le 27/9, à 18 h, un débat intitulé « Poids des langues et traduction » réunira autour de Phillipe Blanchet (Université de Rennes II), Charles Zaremba (Professeur de linguistique slave, directeur du département d’études slaves de l’université de Provence, et traducteur de Kertész Imre, prix Nobel de littérature 2002, et de plusieurs auteurs hongrois), Richard Jacquemond (Maître de conférences à l'Université de Provence et chercheur à l'IREMAM, traducteur notamment de l'écrivain égyptien Sonallah Ibrahim (1937-) et Noël Dutrait. Souhaitons leur de bien accorder leur balance.



On retrouve également l'image du poids des langues et la métaphore de la pesée dans les bribes de l'introduction donnée par Myriem Bouzaher à sa traduction du dernier ouvrage d'Umberto Eco (1932-) sous le titre Dire presque la même chose. Expériences de traductions (Grasset, 464 pages) disponibles ici ou là (savoir sur les sites de vente en ligne) :
« Ce n'est pas un essai théorique sur la traduction, mais une illustration des problèmes que posent la traduction à travers des exemples qu'Umberto Eco a vécu : en tant qu'éditeur, en tant qu'auteur, en tant que traducteur lui-même. Ce sont ces trois éclairages-là que nous retrouvons sans cesse dans un texte qui fourmille d'exemples, en toutes les langues. Eco demande à ses lecteurs d'être plurilingues, et non polyglottes, nul besoin de maîtriser les langues citées pour comprendre, puisqu'on est toujours dans la comparaison. Lorsqu'on arrive à la notion capitale de la fidélité : s'il ne cite pas le fameux traduttore-traditore (que les Français ont inventé) il nous apprend que la fidélité n'est pas la reprise du mot à mot mais du monde à monde. Les mots ouvrent des mondes et le traducteur doit ouvrir le même monde que celui que l'auteur a ouvert, fut-ce avec des mots différents. Les traducteurs ne sont pas des peseurs de mots, mais des peseurs d'âme et dans cette histoire de passage d'un monde à l'autre tout est affaire de négociation... Tout bon traducteur est celui qui sait bien négocier avec les exigences du monde de départ pour déboucher sur un monde d'arrivée le plus fidèle possible, non pas à la lettre mais à l'esprit. Tout donc est dans le presque du titre. »
Sur le dernier opus de l'auteur d'Il Nome della rosa (1980) [Le Nom de la rose. Traduit par Jean-Noël Schifano, Grasset, 1982], il faut lire - rapidement car il va très rapidement quitter l'espace gratuit du Monde.fr - l'article en ligne de Lila Azam Zanganeh [initialement paru dans l'édition papier du 14/09/07 du quotidien Le Monde] :
Dire presque la même chose : traduire sans trahir.

Peut-on prétendre avoir lu Shakespeare, Dante, Cervantès ou Goethe quand on ne les a pas découverts dans leur langue d'origine ? La traduction, qui concerne près d'un tiers des romans publiés en France chaque année, permet de faire passer une oeuvre d'un idiome à l'autre, mais n'est jamais une reconstitution à l'identique. Elle opère, comme le souligne le titre du dernier recueil d'Umberto Eco, dans l'ordre du « presque » même, c'est-à-dire du proche, le plus proche possible, mais cependant différent. [Lire la suite]


Pour ne pas quitter la traduction et l'Italie, je voudrais signaler qu'un appel à contribution court jusqu'au 15 décembre 2007 pour participer aux premières Journées internationales d'études sur la traduction qui se tiendront à Cefalù, très accueillante ville de 13774 âmes dans la province de Palerme en Sicile, les 30-31 octobre et 1er novembre 2008. Le détail de l'appel figure sur Fabula.org (ici) ; en voici l'essentiel :

Sera au cœur de l'interrogation « le rôle joué par la traduction ou la terminologie dans l'évolution des langues, l'épanouissement intellectuel et le rapprochement des cultures », sous deux angles d'approche : l'angle littéraire, autour du sujet « Les problèmes linguistiques, culturels et interculturels de la traduction littéraire » ; et l'angle linguistique, autour du sujet « Les problèmes de la traduction sur objectifs spécifiques ». .../... « En dehors des présentations ayant trait au thème principal, le Comité accueillera favorablement les propositions traitant d'autres aspects pertinents de la théorie et de la pratique de la traduction et les métaphores traductionnelles. L'objectif global des Journées internationales d'études est de permettre aux participant-e-s de se pencher, à partir de divers angles, sur les acquis, les grandes questions et les perspectives de ces disciplines. Les réflexions porteront essentiellement sur la francophonie. »



Pour conclure, je vous rappelle que c'est le 26 octobre que se déroulera notre journée consacrée à la traduction : la prochaine réunion de notre équipe (le 25/9) permettra de peser toutes les propositions reçues et d'établir un programme qui sera communiquer sans délai. (P.K.)

Pour rester sous le signe de la pesée, j'ai retenu comme illustration à ce billet, ce document trouvé sur Canal Académie, la première radio académique sur internet. En vous rendant ici, vous pourrez lire ou écouter l'article de Bertrand Galimard Flavigny sur cet intéressant ouvrage publié vers 1763 : La balance chinoise ou lettres d’un Chinois lettré sur l’éducation.

dimanche 16 septembre 2007

Supplices chinois

« Ils torturent un Chinois : après lui avoir attaché les mains dans le dos, ils l'étendent face contre terre puis lui soulèvent la tête en direction des pieds aussi loin qu'ils peuvent et lui attachent alors les pieds avec ses cheveux et, s'il les a très courts, ils y ajoutent une petite corde ; ensuite ils lui font passer dans le dos, entre les jambes et les bras, un grand bâton avec lequel deux Chinois le compressent très fort et l'écrasent pour le faire avouer. »
J'ai choisi ce passage de la seconde partie du Voyage en Chine d'Adriano de las Cortes s. j. (1625) [réédité en 2001 chez Chandeigne (Collection « Magellane ») par Pascale Girard qui en signa la présentation les notes et la traduction de l'espagnol réalisée avec Juliette Monbeig (512 p. + 60 illustrations : texte cité, p. 454 ; illustration, p. 453] pour introduire « plaisamment » ce billet que m'a inspiré une annonce reçue ce jour :

La Librairie Le Phénix
nous invite dans ses murs à rencontrer
Jérome Bourgon

à l'occasion de la parution de
Supplice chinois
aux Editions La Maison d'à côté,
le vendredi 28 Septembre17 h)
au 72 boulevard de Sébastopol (Paris, 3e arr.)

Supplice chinois est, apprend-on, un coffret [15 x 15 cm] qui contient un livre de 236 pages et un DVD regroupant « les images des peines et supplices recueillis et analysés, ainsi que les photographies du démembrement de Foudjouri, le dernier supplicié. » Il retrace, documents à l'appui, « l’histoire d’un crime commis voici un peu plus d’un siècle dans un empire qui devait bientôt disparaître. » C'est « l’histoire d’un châtiment terrible, le lingchi 凌遲 ou supplice des «mille entailles», qui est devenu le « supplice chinois » par excellence. » C'est « l’histoire d’un regard, celui qu’une civilisation – la nôtre – porte sur une autre – celle de la Chine –, assez proche pour qu’elle s’y reconnaisse fugitivement, assez lointaine pour qu’elle repousse cet alter ego avec horreur. »

On peut, d'ores et déjà, se faire une idée de la riche documentation réunie en visitant le site consacré à cette recherche exemplaire. On peut aussi se rendre sur le site du Musée Niepce (Chalon sur Saône, 71) qui conserve les photographies que Jérome Bourgon analyse dans un documentaire de 18 minutes consultable à partir d'ici.

Nous avions déjà évoqué, rappelez-vous, ce travail à l'occasion de la publication du Supplice oriental dans la littérature et les arts édité par Antonio Dominguez Leiva et Muriel Détrie (Paris : Les éditions du Murmure, 2005, 352 p.) et tout récemment en annonçant la présence de son instigateur à la prochaine Fureur de lire de Genève. Vous ne pouvez donc plus échapper à ce supplice dont personne ne devrait trouver à se plaindre, bien au contraire. (P.K.)

lundi 10 septembre 2007

BIBF 2007

Dans un intéressant article intitulé « La littérature internationale tente de percer en Chine » et mis en ligne le 3 septembre sur le site Aujourd'hui la Chine, Frédérique Zingaro présente la Foire Internationale du livre [Beijing guoji tushu zhanlanhui 北京国际图书展览会, BIBF] qui s'est tenue à Pékin entre le 30 août et le 3 septembre 2007 et présente les attentes françaises suscitées par cette manifestation.

Ce salon du livre de Pékin qui avait placé l'Allemagne à l'honneur pour sa 14ème édition est, indique-t-elle : « Une rencontre très importante pour tous les éditeurs répartis sur 1189 stands dont 550 étrangers, à la recherche de nouvelles publications à traduire ou soucieux de diffuser leur littérature nationale. »

La France avait été, vous vous en souvenez sans doute, mise à l'honneur en 2005 ce que rappelle les pages consacrées à ce rendez-vous annuel sur les site du Bureau International de l'Edition Française (BIEF] : « L’édition 2005 a marqué un tournant pour la foire internationale du livre de Pékin. C’était la première fois que les organisateurs lançaient une invitation d’honneur faite à un pays étranger : la France fut choisie. Une délégation d’une centaine d’éditeurs français avait donc fait le déplacement. Fort de cet éclairage exceptionnel, le BIEF renouvelle cette année sa présence avec un stand de 150 m, situé à côté de celui de la Russie, pays choisi pour cette nouvelle édition de la BIBF. Afin de conforter les rencontres et le travail de promotion déjà effectués en 2005, il est nécessaire de proposer une sélection de titres actualisée et adaptée à ce marché prometteur. Plus la diversité de la production française sera exposée, plus la curiosité des professionnels chinois s’accentuera. Notons, en effet, l’émergence de plus en plus forte d’agents et la tendance manifeste à une meilleure organisation des maisons d’édition chinoises pour faciliter les échanges à l’international. »

On lira aussi avec attention l’entretien avec Pierre-Guillaume de Roux des Editions du Rocher qui dresse le bilan suivant :
« Le travail capital de pionnier d’Etiemble chez Gallimard avec la collection Connaissance de l’Orient a fait date dans l’histoire de l’édition des quarante dernières années. Grâce à lui, la littérature chinoise est entrée dans la Pléiade avec de grands classiques comme Au bord de l’eau de Luo Guan Zhong ou Le Rêve dans le pavillon rouge de Cao Xueqin. Les traductions de Pierre Ryckmans (alias Simon Leys) ont été tout aussi capitales. Il ne faut pas non plus oublier le rôle essentiel de passeurs et d’initiateurs à la littérature chinoise que sont des écrivains français comme Frédérick Tristan qui s’est tant inspiré de la littérature de l’Empire du Milieu avec Le Singe égal du Ciel, La Cendre et la foudre, La Chevauchée du Vent. Ou Jean Levi qui s’est lui aussi directement inspiré de cette littérature. Pensons au Grand empereur et ses automates, ou au Rêve de Confucius ou à son essai sur La Chine romanesque (fictions d’Orient et d’Occident). Enfin, l’élection de François Cheng à l’Académie française a ouvert très officiellement le dialogue sino-français en termes littéraires. Il n’empêche que la fiction chinoise n’est hélas ! pas encore au premier rang de nos centres d’intérêt ; les éditeurs français étant pour l’instant beaucoup plus tournés vers la littérature anglo-saxonne et latino-américaine. C’est le moment ou jamais d’être très attentifs à ce qui s’y passe. Les ponts sont jetés. Il ne faut pas regarder le fleuve passer. On est médiatiquement matraqué par la Chine en général et par son développement économique spectaculaire. On ne doit pas se désintéresser de l’imaginaire qui en vient. Le succès retentissant de La Montagne de l’âme et du prix Nobel pour son auteur, Gao Xingjian, a montré un intérêt certain plus qu’une simple curiosité. »
Interrogé sur les perspectives des éditions dont il est le directeur littéraire, il répond :
« Le Rocher avait déjà publié le premier roman de Shan Sâ, Porte de la Paix céleste, ainsi qu’une somme de Bernard Brizay sur Le Sac du Palais d’été qui a été traduite en chinois en 2005. L’Histoire de la Chine de Danielle Elisseeff, parue dans la collection d’essais et biographies Le Présent de l’Histoire, est une excellente initiation à ce pays. Le livre d’Albert Londres La Chine en folie va être réédité dans la collection Motifs. La volonté du Rocher aujourd’hui est d’ouvrir plus largement le département étranger à la littérature chinoise contemporaine. Ce qui signifie dans un premier temps des contacts locaux à tous les niveaux, des contacts forcément personnels fondés sur la confiance et la relation professionnelle. Quant aux grandes manœuvres de cessions ou d’export, elles s’amorcent dès maintenant. Même si cela prendra du temps. La Chine reste mystérieuse. » [Lire la suite]
On trouve encore une présentation du Premier Festival de l'image dessinée française à Pékin de 2005. Pascal Abry explique « Pourquoi aller en Chine ? » et donne des informations sur un domaine qu'il connaît bien puisqu'il est le directeur de Xiao Pan, maison d'éditions basée à Figeac (Lot, 46) - patrie de Jean-François Champollion (1790-1832) -, spécialiste de la bande dessinée chinoise dont le site internet permet de découvrir une quarantaine de titres dus à quelque 27 auteurs exclusivement chinois qui méritent sans doute le détour.

Pour tout savoir sur la dernière Beijing International Book Fair, il suffit de visiter le site de la manifestation : en chinois (ici) ou en anglais (ici). (P.K.)


Ajout du 13/09/07 : je me permets d'ajouter dans le corps de ce billet le commentaire que Noël Dutrait lui a apporté (P.K.) :

On reste confondu par l'ignorance totale de la situation de la traduction de la littérature chinoise vers le français de la part d'un professionnel comme M. De Roux des éditions du Rocher. Il mélange allègrement la littérature écrite par des écrivains chinois et celle des écrivains français inspirés par la Chine. De plus, selon lui, il n'y aurait quasiment rien entre le travail fourni par Etiemble et la publication de l'oeuvre de Gao Xingjian. Il semble ignorer le travail effectué par Philippe Picquier, Bleu de Chine, les éditions de l'Aube, Le Seuil, Actes Sud, Gallimard, Albin Michel, Stock et bien d'autres dans ce domaine. Si ce Monsieur veut lire les romans de Yu Hua, Mo Yan, Wang Anyi, Han Shaogong, A Cheng, Chi Li, Fang Fang, Jia Pingwa, Liu Xinwu et bien d'autres encore, il a vraiment du pain sur la planche, mais il faut qu'il sache, s'il représente la France à l'étranger, que des centaines de romans ont été publiés et ont souvent rencontré un succès considérable auprès du public francophone. Et je ne parle ici que de littérature contemporaine. D'autres oeuvres de littérature moderne et surtout de littérature classique ont vu le jour dans leur traduction française et ont obtenu un réel succès. Le plus curieux est qu'un important travail de recension de ces oeuvres a été effectué à l'occasion du Salon du Livre de Paris dont la Chine était l'invité d'honneur. Le résultat de ce travail a été présenté abondemment dans des revues comme Le magazine littéraire, Lire et bien d'autres...
Espérons que notre blog permettra d'éviter qu'à l'avenir des propos aussi loins de la vérité continuent à être publiés. (N.D.)

mardi 4 septembre 2007

Fureur de lire 2007

Pour sa sixième édition, la Fureur de lire de Genève met le cap, du 19 au 23 septembre 2007, sur les Orients extrêmes. Comme l'écrit Patrice Mugny, Maire de Genève en charge du Département de la culture, « l’Orient est la figure même de l’Ailleurs. Pourtant, les lecteurs insatiables, curieux et passionnés le savent bien, dès que l’on écarte les rideaux exotiques de l’Orient rêvé, on découvre une littérature riche, actuelle et novatrice. La Fureur de lire se propose donc de jeter des ponts entre le Japon mystérieux, la Chine impénétrable et l’Inde secrète, et de nous faire découvrir un vaste monde littéraire, peut-être très différent de celui que nous nous sommes imaginé. » [Lire la suite ici]

En marge d'expositions et de manifestations nombreuses et variées, ce sera pour ceux qui pourront s'y rendre, l'occasion de faire d’intéressantes rencontres avec des auteurs et des traducteurs. Parmi les nombreuses personnalités attendues, on remarque des noms qui nous sont familiers : celui de l'éditeur Philippe Picquier, ceux des romanciers Dai Sijie, Mo Yan et Yu Hua, et des traducteurs Liliane et Noël Dutrait. On trouve la liste complète des participants sur le site dévolu à cette édition, ici, lequel site fournit le programme détaillé de la manifestation

La semaine sera, on le constate, bien chargée ; en voici un avant-goût très sélectif :
  • Mercredi (20 h) : rencontre avec l'éditeur Philippe Picquier lequel « parlera de son aventure qui a commencé voilà plus de vingt ans, de ses découvertes, de ses choix de traductions, de textes classiques comme contemporains de l’Asie au sens large.»
  • Jeudi, à 17 h. pendant que Dai Sijie, « romancier et cinéaste chinois vivant en France » rencontre ses lecteurs au Comptoir du livre, il sera question avec Jérôme Bourgon, IAO-CNRS (Université de Lyon), Luca Gabbiani, Ecole Française d’Extrême-Orient et les auteurs chinois Mo Yan et Yu Hua, des « supplices chinois ». Le soir (20 h), Nicolas Zufferey, directeur de l’Unité des études chinoises de l’UniGe, et Paul Ghidoni, Bibliothèques municipales de la Ville de Genève, organisent une soirée littéraire chinoise en présence de Mo Yan, de Yu Hua, de Dai Sijie et de Noël Dutrait.
  • A noter au programme du lendemain, plusieurs moments forts : à 14 h 15, une rencontre avec Mo Yan, Yu Hua et Dai Sijie qui s'exprimeront sur « la littérature chinoise contemporaine, pour en souligner les richesses, mais aussi quelques-uns des défis et difficultés qu’elle rencontre » ; à 18h30, l’occasion sera donnée d’entendre « un des écrivains les plus réputés en Chine et à l’étranger aujourd’hui », savoir Mo Yan, parler de son œuvre en compagnie de ses traducteurs Liliane et Noël Dutrait. La journée s'achèvera par une soirée « Eros in Japan » : après une conférence d'Agnès Giard qui a publié L’imaginaire érotique au Japon (Albin Michel 2006), place au spectacle avec le « Kamishibaï érotique » d’Isabelle Chladek.
  • Samedi (15h), un interview-débat réalisé en collaboration avec Reporters sans frontières – Suisse mettra en vedette Tarun Tejpal qui « est d’abord journaliste. Un journaliste à la détermination farouche, qui lui a causé mille et un tracas dans son pays, l’Inde. Son courage à la tête du magazine et site web Tehelka a même manqué lui coûter la vie ». Suivra une soirée littéraire indienne (20 h), animée par Marc Parent, « autour du concept du Grand Roman indien (et sur la nonfiction émergente), son origine et sa position actuelle, obsession chez bien des écrivains modernes et contemporains du sous-continent indien. Avec la présence de Tarun Tejpal et Shashi Tharoor, deux des plus grandes figures de la littérature contemporaine de l’Inde. »
Nous comptons sur Liliane et Noël Dutrait pour avoir des échos de cette Fureur de lire genevoise bien attirante. (P.K.)

mercredi 29 août 2007

Ultime rappel

En vous souhaitant une bonne rentrée à tous - pour certains la reprise a déjà eu lieu, pour les autres, elle pointe son nez avec de plus en plus d'insistance -, je me permets de vous rappeler que notre appel à communication pour la Journée d'étude sur la traduction des littératures d’Inde et d’Extrême-Orient du 26 octobre organisée par notre équipe court encore jusqu'au 15 septembre. Vous trouverez le détail de cette manifestation de rentrée à la fois sur notre site (ici) et sur ce blog (). Ne tardez plus !

J'en profite pour signaler à ceux qui auraient manqué l'information publiée sur Fabula le 9/6/07 - c'est du reste mon cas -, qu'un colloque international intitulée « Les traces du traducteur » se tiendra du 10 au 12 avril 2008 à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Paris). Son thème ne peut que retenir l'attention des membres de notre équipe et ceux qui, de plus en plus nombreux et fidèles (de Séoul à Yaounde, Tôkyô à Berne, New York à Bangkok, La Réunion à Bruxelles selon Sitemeter) suivent ses activités. Voici le début de l'argumentaire proposé par ses organisateurs, Magdalena Nowotna et Amir Moghani :
Ce colloque s'attachera à réfléchir aux traces du traducteur qui existent et sont parfois tout simplement inévitables par inadéquation des langues. Quand il s'agit de manque de catégorie grammaticale, de catégorie culturelle, d'un néologisme, d'une expression figée, d'enchevêtrements et de détournements sémantiques insolites ou encore des contorsions et des sinuosités syntaxiques il faut que le traducteur trouve une solution. Car il faut bien transmettre toutes ces bizarreries et étrangetés qui sont souvent porteuses du message essentiel littéraire ; en supportant la structure sensible, elles sont à la fois fragiles et cruciales dans le processus traductif, un défi pour le traducteur, un enjeu pour la traduction. Lire la suite ici.
Vous avez encore le temps de proposer une contribution, la date limite pour l'envoi des résumés est, en effet, fixée au 30 septembre 2007. A vos pinceaux. (P. K.)

Quelques lectures de l’été qui s’achève

Affiche de l'adaptation cinématographique du
Vieux Jardin
[오래된 정원 Orae-doen jeongwon]


Pour qui veut connaître la mentalité d’un pays et de sa population, une tranche de son histoire, ses habitudes, voire ses rites sociaux, rien de mieux qu’un roman mettant en scène des acteurs de la vie politique et sociale de ce pays. Si en plus l’auteur parvient, à partir de la réalité qu’il évoque, à faire naître l’émotion et créer un sentiment esthétique grâce à la qualité de son style et à sa manière d’appréhender le réel, le lecteur est alors comblé et dans sa mémoire s’impriment de manière quasi indélébile les images qui ont défilé dans son cerveau tout le long de la lecture de ce roman. C’est le cas avec le livre de Hwang Sok-Yong, traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot, publié en 2000 en Corée et en 2005 dans sa traduction française aux éditions Zulma. Depuis que j’ai achevé la lecture du Vieux Jardin, je suis hanté par les figures de O Hyônu, emprisonné dix-huit ans en raison de son activisme politique contre la dictature militaire en Corée du Sud, et Han Yunhi, une femme artiste et professeur. Tous deux se sont aimés un très court laps de temps et resteront séparés à jamais du fait de l’emprisonnement de l’homme et, plus tard, du décès de la femme, dû à une maladie. Le combat politique mené par tant de Coréens contre la dictature militaire en Corée du Sud au début des années 1980, les souffrances qu’ils ont endurées, la désillusion qui apparaît après la chute du mur de Berlin en 1989, les transformations profondes de la société coréenne à partir de la démocratisation du régime, tout cela est évoqué magistralement par l’auteur, mais en plus, on a dans ce roman une saisissante description de la mentalité des Coréens, de leur attachement à leur pays et à ses coutumes et aussi… à leur nourriture. Dans les moments les plus durs que vivent les personnages, un bol de nouilles sautées et un peu de kimchi sont souvent tout ce qui reste pour reprendre un peu espoir.

Une préface de Jeong Eun-Jin permet de bien situer le contexte historique de l’œuvre et un jeu de notes guide le lecteur dans les particularités de la société coréenne, ainsi qu’un glossaire très utile pour comprendre, si l’on n’a pas séjourné en Corée, ce que sont kimbap, soju, maru, sundae, et bien d’autres particularités culinaires ou non (la recette du pibimbap figure même à la page 358 !). Mon faible niveau de coréen m’empêche de porter un quelconque jugement sur la traduction, mais je trouve qu’elle se lit très bien. Une remarque, cependant : les traducteurs n’hésitent pas, sans doute pour rendre l’atmosphère quotidienne de la Corée, à conserver certains mots coréens très courants comme Aïgo, p. 140, qui devient Aïgu p. 169, mais sans explication… Le lecteur peu habitué à la Corée s’y retrouvera-t-il ? Il en est de même pour les onomatopées et les exclamations : les traducteurs les conservent le plus souvent telles quelles, sans chercher d’équivalent en français. On voit ainsi curieusement coexister les exclamations Hyuu (p. 151), Pfft (p. 167 ou 168) ou Waouh (p. 333). On trouve aussi la phrase : « K’aa ! a-t-il fait avant de s’emparer de la bouteille et de boire au goulot » (p. 124). Ou : « Les herbes et les feuilles flottent au vent : poruru lorsqu’il est souffle, sallang sallang quand il est brise et elles se couchent ou se tortillent hwich’ông hwich’ông lorsqu’il forcit » (p. 208). Un choix qui peut se discuter… et pourrait faire l’objet d’une journée d’étude de notre équipe… ou d’une discussion sur ce blog.

Dans sa postface, datée d’avril 2000, Hwang Sok-Yong écrit :
« Lorsque je pense aux souffrances, au gâchis et aux désespoirs qu’a engendrés le siècle dernier, je me pose la question que d’innombrables personnes ont déjà posée : y a-t-il encore de l’espoir ? »
L’existence de ce roman et de sa traduction constitue en soi un espoir…


En littérature chinoise actuelle, Amour dans une petite ville de Wang Anyi constitue un des livres de la rentrée littéraire. Traduit par Yvonne André, il raconte les amours impossibles d’un couple de danseurs à l’époque de la Révolution culturelle. Ce qui frappe le plus dans ce roman, c’est l’aspect totalement négatif de cet amour contrarié, considéré comme une faute grave, un véritable péché, mais aussi l’atmosphère dans laquelle se déroule l’histoire : la saleté, la pauvreté, et surtout la chaleur étouffante qui fait transpirer les corps et pourrir les détritus… On comprend que ce texte ait pu faire scandale à sa parution en 1986… et l’on peut se demander comment il sera reçu aujourd’hui par le public francophone… La conclusion en est très noire puisque la faute commise par les deux amants les condamne (surtout la femme) à être rejetés par la société : « Quand on parle d’elle, on crache trois fois par terre pour chasser la souillure et conjurer le mauvais sort qui s’attachent à elle. En vérité, une fois libérée de la frénésie du sexe, elle est plus propre et pure qu’elle ne l’a jamais été. Hélas ! personne n’a conscience de cela, même pas elle qui persiste à se sentir inférieure. » (p. 146.) Pierre Kaser a déjà évoqué ici (et ) la couverture « aguichante » du livre. Une couverture qui risque de décevoir le lecteur s’il pense lire un texte érotique à la gloire de l’amour physique. Il est plus question ici de pulsions non maîtrisées, de honte, de secret, de peaux couvertes de boutons de chaleur et de sueur, de saleté, d’odeurs fortes, de promiscuité…

Signalons aussi la parution d’un livre au titre appétissant aux éditions Bleu de Chine : Dés de poulet façon mégère, de Liu Xinwu, traduit par Marie Laureillard. Ce sont de courts récits savoureux dont chacun porte le nom d’un plat, galerie de portraits des petites gens de Pékin au début de ce siècle. Des dessins amusants accompagnent les textes, mais on ne nous dit pas qui en est l’auteur.


Enfin, la page consacrée au traducteur de Jim Harrison dans Le Monde du 1er août montre que le métier de traducteur littéraire est reconnu à sa juste valeur par ce quotidien.
« Traduire, dit Brice Matthieussent, c’est une invasion. Il faut prendre en charge les personnages, savoir comment ils se comportent, se fatiguent, mangent, font l’amour, quels sont leurs rêves. » [Article de Raphaëlle Rérolle - encore ! - en ligne ici]
Cet été, ce sont les personnages du roman Les Quarante et Un Canons de Mo Yan, que je traduis en ce moment avec Liliane Dutrait, qui m’ont envahi. Ils ont été obligés de cohabiter dans ma tête avec ceux des romans que j’ai lus, qu’ils soient traduits du chinois, du coréen ou écrits directement en français… (N.D.)

vendredi 10 août 2007

Devoir de vacances

Non, non, non, je ne vous imposerais pas un topo sur le très dense mais quelque peu indigeste ouvrage de Gu Mingdong que je dois lire pour Etudes chinoises et qui m'accompagne dans chacun de mes déplacements estivaux, mais j'aimerais vous associer à une petite recherche en guise de devoir de vacances.

La faute en revient à une escapade qui m'a ramené à la littérature chinoise après m'en avoir éloigné très plaisamment un court moment.
Le livre en question est Leçons américaines. Aide-Mémoire pour le prochain millénaire d'Italo Calvino (1923-1985). Lezioni americane. Sei proposte per il prossimo millennio (1998) est un livre remarquable dans lequel le romancier affirme « sa confiance en l'avenir de la littérature [...] parce qu'il est des choses [...] que seule la littérature peut offrir ». Notons que cette phrase clef est citée par Antoine Compagnon au tout début de sa leçon inaugurale au Collège de France : La littérature pour quoi faire ? (Collège de France/Fayard, 2007, p. 27), également à lire d'urgence.

«
Rapidité » ou « Quickness », le deuxième de ces Six Memos for the Next Millennium dont l'apport dépasse le seul domaine littéraire mais inspire jusqu'aux créateurs les plus inscrits dans la modernité, tel John Maeda (1966-) pour qui « It is the one book that I could not live life without », s'achève sur la narration de l'histoire chinoise suivante :
« Entre autres nombreuses qualités, Tchouang-tseu avait une grande sûreté de main. Le roi lui demanda de dessiner un crabe. Tchouang-tseu dit qu'il lui fallait un délai de cinq ans, ainsi qu'une villa avec douze serviteurs. Au bout de cinq ans, le dessin n'était pas commencé. « Il me faut cinq autres années », dit Tchouang-tseu. Le roi les lui accorda. Quand s'acheva la dixième année, Tchouang-tseu prit son pinceau et en un instant, d'un seul trait, il dessina le crabe le plus parfait qu'on eût jamais vu. »
[Traduction Yves Hersant. Paris : Seuil, « Points » n° 873, 2001, p.93]
Ne faisant pas vraiment partie du « cercle croissant des émules et compagnons » de Zhuangzi [Tchouang-tseu 莊子] et étant étranger à « cette petite société où chacun, en bon entendeur de son message, tient à l'autre sans s'y attacher » [les expressions entre guillemets sont de Romain Graziani (Fictions philosophiques du « Tchouang-tseu », Gallimard, 2006) ; elles sont reprises par François Billeter dans son compte-rendu de Jean Lévi, Les Œuvres de Maître Tchouang. Editions de l'Encyclopédies des Nuisances, 2006, in Etudes chinoises, vol. XXV, année 2006, p. 232-251)], je ne saurais trop dire si cette « histoire chinoise » est authentique ou non - savoir si elle figure bien dans le Zhuangzi - ou emprunte seulement au grand penseur son identité. Il faudrait pour cela me replonger dans un texte que je n'ai pas sous la main. Je trouve plus simple de me décharger du problème en vous le posant, ce qui me dispense par la même occasion de trouver une septième devinette.

Pour vous amadouer, je vous propose en illustration à ce billet un crabe de l'excentrique Xu Wei 徐渭 (1521-1593) et vous renvoie amicalement vers les écrits d’un véritable amoureux des crabes auquel Jacques Dars a si bien rendu justice, savoir le Li Yu 李漁 (1611-1680) du Xianqing ouji 閒情偶寄 et plus précisément celui des pages 226 à 229 des Carnets secrets de Li Yu (Picquier, 2003), pour un succulent « Gloire au crabe ! » qui commence ainsi :
« Pour ce qui est de la succulence des boissons et des mets, il n'est pas un sujet dont je ne puisse parler, rien qui ne stimule toute mon imagination et sur les profondes merveilles de quoi je ne puisse disserter à l'infini. Mais les pinces de crabes, passion de mon cœur et délectation de ma bouche, sont la seule gourmandise que de ma vie entière je n'aie jamais pu oublier un seul jour !
Quant aux raisons de cette passion, de cette délectation de cette obsession, je n'en soufflerai mot, incapable que je suis de les décrire. Cette affaire et cette bestiole, pour moi objet d'engouement aveugle entre toutes les nourritures, seront pour un autre bizarrerie pure entre ciel et terre. Possédé depuis toujours par cette manie, chaque année à l'approche de la saison des crabes, je mets de l'argent de côté pour être paré ; et comme les miens me raillent d'aimer les crabes autant que ma vie, j'appelle moi-même cette tirelire « l'argent de rédemption vitale". Du jour où ils apparaissent sur les marchés jusqu'au dernier jour de la saison, je ne gaspille pas une journée, ne laisse pas même perdre une heure ! »
Bonne dégustation, mais n’oubliez pas que je ramasse les copies à la rentrée. (P.K.)

jeudi 9 août 2007

Miscellanées (003)

Illustration : Lee Chi Ching 李志清.

I. La vie des blogs

Dans « De blog en blog » (29/11/06), un des premiers billets de ce blog, je signalais l’existence du blog du Portail de traduction littéraire, et lui souhaitais longue vie. Depuis cette date seuls deux billets y ont été publiés :
  • le premier en date du 22/06/07 !, annonçait la mise en ligne sur le site du Portail d'une page Blogmarks (« outil de gestion de liens basé sur l'attribution et le partage ») qui collecte des liens utiles pour la traduction. Je vous encourage à vous y rendre sans tarder.
  • le second en date du 30/06/07, signalait un changement d'adresse suite à la fusion de ce blog avec la Tribune libre. Ce nouveau blog mérite toute notre attention puisque son dernier billet (29 juillet 2007) propose le premier volet d'un didacticiel intitulé « La boîte à outils de l'artisan-traducteur » (Eric Moreau). On suivra donc avec attention la publication des prochains volets.
À lire aussi le billet du 10 juillet – « Des traducteurs et des hommes » (David Perez) - qui s'adresse « à tous ceux qui pensent que la profession de traducteur, en particulier de traducteur littéraire, est en danger (…) car menacée par des traducteurs automatiques ou traducteurs en ligne que l'on trouve à foison sur Internet ». Je vous laisse lire la suite >> ici


II. L' éditeur parle.

Si en visitant la page d'accueil du site des Editions Philippe Picquier vous arrivez à décoller vos yeux de la couverture aguichante de sa dernière publication chinoise, savoir Amour dans une petite ville de Wang Anyi qui sortira le 27 août selon Livres Hebdo695 [l'article de J.-M. M. est en téléchargement à partir d’ici], vous remarquerez que dans la marge de gauche la rubrique « Evénements » pointe vers un « Entretien » que Philippe Picquier a donné à Lyon en juin dernier et dont on peut lire une transcription sur le site d'Asiexpo (Voir ici)

Ceux qui ont eu l'occasion de l'entendre s'exprimer sur son travail d'éditeur y retrouveront l’exposé des éléments qui font la spécificité et expliquent la réussite de la maison basée au Mas de Vert. Ils seront heureux d'apprendre dans quelle direction elle va prospérer dans les mois et les années à venir :
« J’aimerais développer les collections Jeunesse, et la littérature française. Demander à des écrivains d’écrire sur l’Asie. L’Asie est un support de rêve énorme, bref quelque chose que l’on a tous plus ou moins en commun, et pourquoi pas ouvrir un département autour de cette idée de l’Asie en nous. Développer aussi un peu plus les livres de reportage et essayer de poursuivre la BD. »
Il est également question de la présentation des ouvrages :
« La couverture doit être en résonance avec le contenu du livre. Il faut qu’il y ait concordance entre l’intérieur et l’extérieur. Valoriser l’objet avec une image. On attache de plus en plus d’importance à l’objet. Nous avions déjà cette façon de faire à nos débuts »,
et aussi du phénomène manga et la manière dont les Editions Picquier s'y sont attachées :
« Le manga pour ados ne m’intéresse pas vraiment, je ne suis pas de cette culture, de ce fait, je n’aurais pas su faire. Au cours d’un voyage au Japon, j’ai compris que c’était la forêt qui cachait l’arbre. J’ai trouvé des manga de qualité, très graphiques, peut-être un peu intello ou marginaux, et j’ai eu envie d’essayer. Sachant que 90% de la production manga c’est le mainstream, restait 10 %. Nous sommes positionnés sur le manga pour adultes, soit 5% du marché, voire 2% pour certains. On les vend mal. (...) Nous allons continuer à petits pas, il y a un marché et des livres intéressants, mais j’avoue mon ignorance de ce marché très différent du monde du livre, plus proche du monde de l’image et qui touche un autre lectorat.»
Vous avez dit « manga » ?


III. Manga 漫画 vs Manhua 漫畫

Dans son édition en ligne du 4/7/07, LivresHebdo.fr rapportait de manière piquante (et quelque peu brouillonne) l'obtention du Premier prix international de Manga par le dessinateur de Hong Kong, Lee Chi Ching (Li Zhiqing 李志清, 1963-). Jugez plutôt (je cite) :
Le Prix Nobel du Manga à un… Chinois !

En couronnant l'adaptation manga de « L'Art de la guerre » par le hongkongais Lu Zhiqing, le premier prix international du Manga a distingué en fait un manhua. Ironie de l’histoire, c’est un auteur hong kongais (et donc chinois) qui a reçu le premier « Prix Nobel du Manga », The International Manga Award. L’Art de la guerre, manhua (manga chinois) en sept volumes, récompense ainsi Li Zhiqing. Publié en France aux Editions du temps (collection Toki), depuis janvier dernier (le prochain tome, le n°4, sera dans les rayons le 5 juillet), la série illustre le célèbre livre de Sun Tzu détaillant des stratégies guerrières encore employées. La BD est scénarisée par Li Weimin et traduit du chinois par Thomas Dupont.
Sur cet événement - The 1st International Manga Award, 第 1 回 - 国際漫画賞 - survenu le 29/06/07 voir la page qui lui est consacré sur le site du Ministère des Affaires étrangères du Japon (comme quoi la chose est fort sérieuse) : en anglais et/ou en japonais . Voir aussi ici et pourquoi pas cette page du sympathique blog ParisBeijing.

C'est donc un nouvel avatar d'une des œuvres majeures de la culture chinoise - Sunzi bingfa 孫子兵法 - qui rencontre son public. Souhaitons seulement que ceux qui la découvriront sous cette forme auront la curiosité et le courage de remonter jusqu'au texte original ou à ses traductions [A ce sujet, voir ici ]. Pour ma part, je m'engage à faire le chemin inverse dès que l'éditeur français, sans doute pris de court par l’obtention de cette distinction aussi prestigieuse qu'inattendue, aura rempli les bacs des débits de manga. On en reparlera donc un de ces prochains jours. (P.K.)

mardi 7 août 2007

Réponse à la devinette (006)

Nous voici arrivés au cœur de l'été. Ceci explique sans nul doute et excuse pour une part au moins le nombre très réduit de billets sur ce blog (6 en juillet et sans doute encore moins en août) ; cela signifie aussi : moins de visites - en moyenne un peu moins de 20 par jour, avec une agréable surprise : un pic de fréquentation le 29/7 avec 34 visites et 63 pages consultées !. Vraisemblablement vous accédez à ce blog depuis votre lieu de vacances avec les moyens du bord : à la liste des lieux habituels, j'ai l'honneur et le plaisir d'ajouter Tôkyô, Séoul, Taipei, Macao - mais toujours pas de ville de RPC ! -, mais aussi Djibouti, Buenos Aires, Stockholm, les USA avec Seattle, Ithaca et Wolfeboro (NH) - mais oui ! -, et, entre autres, Alger, Namur, Charleroi, Genève, Corte, Marly-le-Roi, Orange et Avignon. Merci à toutes et tous pour votre fidélité et votre curiosité.

Le moment est enfin venu de donner la solution de notre sixième devinette qui a une nouvelle fois été trouvée par Françoise X que je félicite pour sa sagacité et sa ténacité. M'est avis que d'autres avaient également la réponse mais étaient privés des moyens de répondre. Ce sera pour la prochaine fois, s'il y en a une. Mais venons-en au fait.

Je m'en suis avisé un peu tard, mais, une fois de plus le texte qui constituait notre sixième devinette était disponible sur internet et - ceci n'étonnera plus ses admirateurs et ses fidèles -, grâce à Pierre Palpant. Celui-ci a, en effet, saisi une partie des écrits du grand voyageur que fut le Père Evariste Huc (Caylus, 1813 - Paris, 1860), savoir L'Empire chinois (1854), et l'a mise en ligne sur le site de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) [ici]. Qu'il en soit remercié. On peut également trouver les deux tomes de l'édition Gaume (Paris) de 1879 sur Gallica (BNF, Paris) [Tome premier, tome second]

L'ouvrage est, fort heureusement, également disponible en format traditionnel. Il faut dire qu'après avoir disparu pendant de nombreuses années, les écrits du Père Huc ont été souvent réédités ces derniers temps, notamment par les Editions du Rocher (1980), Kimé (1992), les Editions Saint-Rémi et les Editions Pyrémonde/Princi Neguer (2004). J'utilise pour ma part l'édition compacte suivante : Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie et le Thibet suivis de L’Empire Chinois. Paris, Éditions Omnibus, 2001, 1148 pages. L'Empire chinois occupe les pages 577 à 1148. [C'est celle que Pierre Palpant a utilisée pour saisir L'Empire chinois. Il n'a pas jugé bon de retenir l'intéressante préface de Francis Lacassin (pp. I-XXX) ]

L'extrait retenu y figure pages 1121-1123. Le nom du domestique est Wei-chan. Une de ses lectures favorites n'est pas ce qu'on pourrait appeler une « production éphémère du facile pinceau d'un lettré ». Il semble bien en effet qu'il s'agisse du Jinghua yuan 鏡花緣 (Destinées des fleurs dans le miroir ou Le destin des fleurs au miroir ou Fleurs dans un miroir selon les sources et en attendant mieux) de Li Ruzhen 李汝珍 (1763-1830). Ce roman en cent chapitres que Huc a raison de comparer aux Voyages de Gulliver (1726) de Jonathan Swift (1667-1745) est une des œuvres majeures de la période. J'aurai bientôt l'occasion de vous en reparler, car c'est lui que j'ai choisi pour illustrer le thème du voyage dans le premier numéro de la revue en ligne dont j'évoquais la naissance récemment.

Mais restons un moment encore avec le célèbre lazariste qui (résume Pierre Palpant) « embarque en mars 1839 à destination de la Chine. En 1844, avec Joseph Gabet, un autre lazariste, il part pour la Tartarie et le Tibe, pour, comme l’a dit leur supérieur, aller « de tente en tente, de peuplade en peuplade, jusqu’à ce que la Providence leur fasse connaître l’endroit où elle veut qu’ils s’arrêtent pour commencer ». Après de longues pérégrinations, le 20 janvier 1846, les Pères Huc et Gabet, costumés en lamas, sont les premiers Européens à pénétrer dans Lhassa. Les deux voyageurs sont frappés par la ressemblance entre les rites lamaïques et ceux du culte catholique. Cela facilite leur mission jusqu'au jour où le représentant du gouvernement chinois les fait expulser. Suit un long chemin de retour à Canton. Sa santé s’altèrant, É. Huc rentre en France, devient professeur de séminaire, puis s’installe à Paris où il rédige ses souvenirs, qui restent un témoignage plein d'humour sur la Chine, puis un ouvrage historique, le Christianisme en Chine, qui paraît en 1957. Frappé d’apoplexie un dimanche de 1860, E. Huc meurt deux jours après. »

Pour en savoir plus sur lui, on lira aussi Jacqueline Thevenet qui lui a consacré Un lama du ciel d'Occident : Evariste Huc (1813-1860) (Paris : Payot, « Petite Bibliothèque Payot », 2004, 228 p.) et a établi le texte de Lettres de Chine et d'ailleurs : 1835-1860 d'Evariste Huc et de Joseph Gabet (1808-1853) aux Indes savantes (2005, 460 pages, introduction de Martine Raibaud). Il ne faut pas non plus oublier l'excellent article – « Les tribulations d'un Gascon en Chine ou les perplexités du Père Huc » - de Simon Leys (Pierre Ryckmans) dans La forêt en feu (1983) (voir Essais sur la Chine, Paris : Robert laffont, « Bouquins », 1998, pp. 596-62) dans lequel il écrit (p. 626) : « Huc, nous l'avons signalé, n'avait pas qu'une connaissance rudimentaire du chinois écrit, et il n'est donc pas un guide sûr pour la Chine classique, mais il demeure un merveilleux compagnon de route dans la Chine vivante. » et qui est, ajoute-t-il, « aussi un écrivain - c'est-à-dire, au sens plénier de l'expression, un homme qui invente la vérité. »

Voici, juste pour vous donner envie de le lire, deux passages presque pris au hasard : le premier sur les pieds bandés (pp. 1126-1128) :
« Cette mode des petits pieds est, sans contredit, barbare, ridicule et nuisible au développement des forces physiques ; mais comment porter remède à cette déplorable habitude ? C’est la mode ! et qui oserait se soustraire à son empire ? Les Européens, d’ailleurs, ont-ils bien le droit de censurer les Chinois avec tant d’amertume sur un point délicat ? Eux-mêmes ne prisent-ils donc pas aussi un peu les petits pieds ? Ne se résignent-ils pas tous les jours à porter des chaussures d’une largeur insuffisante et qui leur font subir d’atroces douleurs ? Que répondraient les femmes chinoises, si l’on venait un jour leur dire que la beauté consiste non pas à avoir des pieds imperceptibles, mais une taille insaisissable, et qu’il vaut infiniment mieux avoir le corsage d’une guêpe que des pieds de chèvre ?... Qui sait ? Les Chinoises et les Européennes se feraient peut-être de mutuelles concessions, et finiraient par adopter les deux modes à la fois. Sous prétexte d’ajouter quelque chose à leur beauté, elles ne craindraient pas de réformer complètement l’œuvre du Créateur. » (pp. 1127-28).
le second, pour justifier notre illustration - un barbier itinérant vers 1845 :
« Lorsqu’on entre dans un hameau chinois, ou qu’on approche d’une ferme, on est tout à coup saisi par d’horribles exhalaisons qui vous prennent à la gorge et menacent de vous suffoquer. Ce n’est pas cette odeur saine et forte qui s’échappe des étables des bœufs et des bergeries, et qui souvent dilate les poumons d’une manière si agréable, c’est un atroce mélange de toutes les pourritures imaginables. Les Chinois ont tellement la manie de l’engrais humain, que les barbiers recueillent avec soin leur moisson de barbe et de cheveux et les rognures d’ongles, pour les vendre aux laboureurs, qui en engraissent les terres. C’est bien là, dans toute la force du terme, l’exploitation de l’homme par l’homme. » (p. 1061)
Pour finir, voici un choix de proverbes (pp. 1122-1124) qu'on ajoutera selon son goût à la petite anthologie réunie naguère par Roger Darrobers, Proverbes chinois (Paris : Seuil, « Points / Sagesse », Sa 109, 1996) :
Le plaisir de bien faire est le seul qui ne s'use pas.

Un jour en vaut trois pour
qui fait chaque chose en son temps.


Qui veut
procurer le bien des autres a déjà assuré le sien
.
Pour conclure, notons que certains ne sont pas contentés de lire les savoureuses pages laissées par le Père Huc mais ont suivi ses traces [Voir ici]. Un bel exemple à suivre ? (P.K.)