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dimanche 7 juin 2009

Bahu gratuit

La volonté de représentants du peuple français de déposer un « amendement à la loi de modernisation économique visant à réduire à six mois - au lieu de deux ans - le délai à partir duquel peuvent être réalisés les soldes de livres » (LivresHebdo), nous vaut de voir circuler dans le réseau de l'association de libraires Initiales la traduction d'une nouvelle d'Anjana Appachana.

Celle-ci, proposée sous une belle couverture créée par David Pearson, le talentueux graphiste qui habille les publications des Editions Zulma, est gracieusement offerte par la maison Zulma et une bonne trentaine de libraires français.

La nouvelle dûment « traduite de l'anglais (Inde) » par Alain Porte occupe les pages 5 à 44 de ce petit volume qui deviendra sans doute une pièce de collection. Bahu signifie « belle-fille » mais sonne mieux que le mot français pour diffuser cette progressive prise de conscience de l'implacabilité des contraintes familiales indiennes qui s'imposent une fois mariée à une jeune femme émancipée et musicienne, et surtout à sa conclusion logique, attendue, et à la portée universelle. Elle est tirée d'un recueil paru sous le titre Incantations and Other Stories (1991) dont Zulma livrera bientôt une traduction intégrale.

Selon Meenakshi Mukherjee, le recueil « was marked by understatement and a laconic humour » alors que Listening Now (1998) également programmé chez le même éditeur serait le fruit d'une qualité diamétralement opposée : « excess ». Voici ce qu'Anjana Appachana qui s'est installée aux Etats-Unis disait à propos de cette œuvre : « However, in my novel, Listening Now, the political landscape lies in the fabric of daily life, which is as valid and vibrant as the other political landscape, and my story is determined largely by internal factors. Thus my novel gives voice to the ordinary by showing in the ordinary all the turbulence of passion and pain, happiness and sorry, guilt and anger, which is normally assumed to belong only to the extraordinary. The suffering and silence so implicit in gender politics, is often intimated and emphasized in the novel by comedy and humour. Themes of female bonding, female sexuality and mother-child relationships span three generations in a narrative that is not chronological, but elliptical. The novel is written in English, but the rhythms of the language and the metaphors, throughout, are wholly Indian. » [Lire le texte entier, ici : cette citation est l'occasion de vous recommander le site « Sawnet - The South Asian Women's NETwork » qui nous la fournit ; voir notamment sa très riche rubrique « South Asian Women Writers »]


Mais ne nous égarons pas et revenons à ce Bahu qui vous transportera dans le Delhi des années 1980. La vingtaine de pages qui l'accompagnent constituent un dossier militant présentant un « Appel du syndicat de la librairie française pour le maintien de la loi sur le prix unique du livre », ainsi que la présentation de cette loi et celle de l'association qu'on peut aussi découvrir grâce à un site. Y figure également la liste des librairies dans lesquelles vous pourrez trouver l'ouvrage [voir aussi ici], et je n'en doute pas bien d'autres raisons de vous réjouir de l'existence de ces bastions de résistance à la standardisation galopante. (P.K.)

samedi 15 mars 2008

Fu Manchu de Sax Rohmer

Sax Rohmer alias
Arthur Henry Sarsfield Ward (1883-1959)
Source d'une partie des illustrations de ce billet :
The Page of Fu Manchu. The Sax Rohmer Research Web Site.

Je suis sorti - il y a bien longtemps maintenant, mais il est des lectures dont on ne se défait pas - de mon premier contact avec Palimpsestes. La littérature au second degré (Le Seuil, 1982) avec la sensation profondément ancrée en moi depuis, que, comme l'a si bien écrit Borges cité page 453 par Gérard Genette, « la littérature est inépuisable pour la raison suffisante qu'un seul livre l'est » (Enquêtes), que chaque livre en cache d'autres et que si on aime « vraiment les textes, on doit bien souhaiter, de temps en temps, en aimer (au moins) deux à la fois ». De là, découle l'idée qui a depuis guidé ma découverte de la littérature que chaque lecture en appelle d'autres et que, quelles que soient celles que l'on rencontre, on est toujours en prise avec la « Littérature en transfusion perpétuelle - perfusion transtextuelle -, constamment présente à elle-même dans sa totalité et comme Totalité, dont tous les auteurs ne font qu'un, et dont tous les livres sont un vaste Livre, un seul Livre infini. L'hypertextualité n'est qu'un des noms de cette incessante circulation des textes sans quoi la littérature ne vaudrait pas une heure de peine. Et quand je dis une heure ...».

Donc si on aime la littérature chinoise - c'est mon cas - , on doit pouvoir l'aimer jusque dans ses dérivations, ses déviations les plus imprévisibles, les plus inattendues dès lors que le produit final de la curieuse alchimie entrée en jeu livre une œuvre originale, à son tour source de mutations... Si vous me concédez cela, vous me pardonnerez je l'espère ce périlleux détour, dont vous apprécierez à sa juste valeur l'excès et les belles citations qu'il m'a permis de faire, juste pour justifier l'incartade que je m'octroie avec ce billet qui va vous entraîner sur les terres du Mystérieux Docteur Fu Manchu que les Editions Zulma (Paris, janvier 2008, 319 pages) viennent de ressusciter. En effet, ce titre initial d'une longue série - treize volumes publiés de 1912 à 1959 -, n'est pas d'un auteur chinois, mais de Sax Rohmer, pseudonyme choisi par le prolifique écrivain britannique Arthur Henry Sarsfield Ward (1883-1959) ; qui plus est, son action ne se passe pas plus en Chine qu'en Asie --- sauf au chapitre VII, avec une évocation de la révolte des Boxers ---, mais, pour l'essentiel, dans le Londres du tout début du XXe siècle.

N'étant pas Sax Rohmerologue, ni même un Fu Manchiste de la première heure, mon avis sur l'œuvre n'aura que de poids --- mon engouement, somme toute récent, pour la saga n'est après tout que le syndrome d'un mal sur lequel on ne gagnera rien à s'appesantir ; il n'empêche que je ne peux m'interdire de vous faire partager mon enthousiasme pour ce nouvel avatar hexagonal qui devrait renvoyer tous les précédents aux oubliettes. Comme quoi, s'il est abusif de dire que toute traduction est mortelle, on peut néanmoins penser que certaines sont vouées à disparaître ... Mais avant d'en administrer la preuve, voyons de quoi il retourne. Encore qu'il ne soit plus la peine de trop s'appesantir car --- comme j'ai un peu traîner : mea maxima culpa ---, la presse s'est déjà réjoui du retour des aventures de Fu Manchu dans les gondoles des librairies françaises et a déjà dressé dans ses grandes lignes le tableau de fond du chapelet d’aventures qui entraînent le lecteur à la poursuite du Docteur Fu Manchu : par exemple Le Monde avec Gérard Meudal, « Au bon temps du péril jaune » (11/01/08), Le Figaro, avec Jean-Claude Perrier, « L'abominable Fu Manchu est de retour » (28/02/2008). L'un (payant) et l'autre (gratuit), ces deux articles en ligne ont déjà développé les éléments de base qui figurent sous forme condensée sur les rabats de la belle couverture signée David Pearson et sur la page, pas moins élégante, que l'éditeur consacre à l'ouvrage sur son site :
Le mystérieux docteur Fu Manchu — le péril jaune incarné en un seul homme ! — a jeté son dévolu sur l'Occident.
Fu Manchu est un esthète du crime, il tue en série et en beauté. Pour l'empêcher de nuire: le brillant agent secret Nayland Smith, flanqué du discret docteur Petrie, sorte de Watson plutôt fleur bleue et chroniqueur des innombrables méfaits du terrible Chinois.
Sax Rohmer nous entraîne à leur suite dans un Londres nocturne, tout en chausse-trapes, où le moindre ponton cache un laboratoire clandestin, le moindre entrepôt un caravansérail, la moindre passante une princesse arabe...
Premier volume d'une série culte, dans une nouvelle traduction!
A ce résumé sommaire est venu s'ajouter une micro-biographie, et un document sonore de 27 mn et 50 secondes qui permet d'écouter grâce aux archives de l'INA, une nouvelle de Sax Rohmer : Les yeux de Fu Manchu. Bientôt un blog devrait venir entretenir la passion dévorante des nouveaux aficionados des péripéties de la lutte d'un détective très sherlock-holmessien contre « Le criminel le plus extraordinaire que le monde eut jamais connu » et qui représente « une menace pire que la Peste Noire » (p. 152).

En attendant, qui veut tout savoir sur lui, sur son créateur, les antécédents, les avatars, les éditions, les traductions, les adaptations au cinéma, à la télévision, en comics, en bibelots de toutes sortes, et bien d'autres choses encore, ira visiter The Page of Fu Manchu. The Sax Rohmer Research Web Site qui est une très riche base de données collective dirigée par Dr. Lawrence J. Knapp entièrement dévolue à ce terrifiant personnage et à son créateur : vous y découvrirez également une bibliothèque virtuelle avec les textes en anglais et aussi la liste exhaustive (?) des traductions à laquelle ne fait défaut que la nouvelle traduction française d’Anne-Sylvie Homassel [qu'on pourra entendre dans une émission radiophonique annoncée sur la page d'actualités de Zulma]

Sa traduction remplace avantageusement celle d'Henri Thiès en circulation chez divers éditeurs et dans divers formats depuis 1931, soit depuis 79 ans ! Elle avait néanmoins été revue à la fin des années 1970 par Robert-Pierre Castel pour ses dernières réapparitions comme en poche en « 10/18 » sous le titre Le mystérieux Dr Fu Manchu (n° 1973, 350 p.). Mais trêve de propos oiseux, rentrons dans le vif du sujet.



Le rapide survol que je vous propose sera aussi l'occasion de découvrir le style percutant et, souvent, hautement humoristique de Sax Rohmer. Pourtant, ses romans sont de ceux « à ne pas lire la nuit » - nom d'une collection des Editions de France qui en proposa dans les années 30. Le sentiment de peur qu'ils diffusent joue en partie sur l'effet que pouvait produire à une époque où l'on parlait beaucoup du Péril Jaune [j'y reviendrai dans un prochain billet], la menace – sans cesse rappelée - que faisait peser sur l'Occident, une Chine mystérieuse et cruelle : « Nous avons affaire à un Chinois, je vous le rappelle - à l'essence incarnée de la subtilité de l'Orient - au génie le plus sidérant que l'Asie moderne ait produit » [p. 51-52] ; un Chinois dont le caractère inhumain est proprement impensable pour un Occidental : « Aucun homme blanc, je crois, n’a de goût pour la cruauté froide des Chinois..... » (p. 108) ; avec lui c'est l'Orient qui fait peser sa menace sur l'humanité entière : « Nous étions entre les mains de l'Orient, tombés si l'on veut sous la coupe de cette nation chinoise incompréhensible entre toutes. » Ailleurs, une évocation ajoute à la fiction un degré supplémentaire dans l'horreur en s'appuyant sur la réalité telle que la rapporte les journaux qui imputent à la Chine lointaine la pratique courante de l'infanticide : « Les jeunes victimes de ces agissements sont pratiquement toutes des petites filles non désirées, et dans presque tous les cas, les parents attribuent immédiatement la cause du décès à la morsure d'un scorpion, et produisent sans difficulté la preuve de ce qu'ils avancent », et Petrie de conclure : « Peut-on s'étonner qu'un tel peuple ait produit un Fu Manchu ? Edifiante illustration des mœurs chinoises ! » (p. 63).


Cliché d’un opiomane provenant du site Opium Museum

Le chapitre VI, nous entraîne dans les bas-fonds de Londres, dans une fumerie d'opium, dans une scène d'anthologie dont voici un court extrait, avec dans l'ordre, (A) le texte original, (B) la nouvelle traduction française [p. 58-59], et enfin (C) l'ancienne [Thiès, « 10/18 », p. 78-79.] :
(A) From behind a curtain heavily brocaded with filth a little Chinaman appeared, dressed in a loose smock, black trousers and thick-soled slippers, and, advancing, shook his head vigorously.
« No shavee--no shavee, » he chattered, simian fashion, squinting from one to the other of us with his twinkling eyes. « Too late! Shuttee shop! »
« Don't you come none of it wi' me! » roared Smith, in a voice of amazing gruffness, and shook an artificially dirtied fist under the Chinaman's nose. « Get inside and gimme an' my mate a couple o' pipes. Smokee pipe, you yellow scum--savvy? »
My friend bent forward and glared into the other's eyes with a vindictiveness that amazed me, unfamiliar as I was with this form of gentle persuasion.
« Kop 'old o' that, » he said, and thrust a coin into the Chinaman's yellow paw. « Keep me waitin' an' I'll pull the dam' shop down, Charlie. You can lay to it. »
« No hab got pipee— » began the other. Smith raised his fist, and Yan capitulated. « Allee lightee, » he said. « Full up--no loom. You come see. »

(B) De dessous un rideau richement brodé de crasse apparut un petit Chinois, revêtu d'une blouse large, d'un pantalon noir et de chaussons aux épaisses semelles. Il s'avança au milieu de la pièce et secoua vigoureusement la tête.
« On ne lase pas ! On ne lase pas ! « caque-t-il, en nous considérant l'un après l'autre, l'œil torve et clignotant. « Tlop tald ! Magasin felmé ! »
« Dis donc voir ! On ne me la fait pas, à moi ! » rugit Smith d'une voix étonnamment râpeuse, en secouant un poing soigneusement maquillé de crasse sous le nez du Chinois. « Rentre dans ton trou et donne-nous deux pipes, à mon pote et à moi. Une pipe à fumer, face de citron - pigé ? »
Mon ami se pencha et darda vers le Chinois un regard d'une méchanceté qui me sidéra - je n'étais guère familier de cette méthode de négociation.
« Ramasse, l'artiste, ajouta-t-il, et il jeta une pièce de monnaie dans la patte du Chinois. Et t'as pas intérêt à m'faire attendre, sans quoi j'te démolis toute ta boutique, Charlie, sans blague. »
« Challie pas avoil pipe », commença l'autre. Smith leva le poing, et Yan capitula. « D'accol, d'accol... Magasin est plein... pas de place... Vous voil... »

(C) Un rideau lourdement décoré se souleva. Un petit Chinois apparut, vêtu d'un smoking déboutonné, d'un pantalon noir et de pantoufles à semelles épaisses. Il avança vers nous en secouant fortement la tête.
- Pas raser, pas raser, grimaça-t-il, tel un singe, en nous examinant l'un et l'autre, les yeux clignotants. Trop tard ! Boutique fermée !
- Assez causé ! hurla Smith avec une grossièreté déconcertante, tout en mettant sous le nez du Chinois un poing artistement sali. rentre tout de suite et donne-nous, à mon camarade et à moi, une paire de pipes. Fumer pipes, compris, rebut de Jaune ?
Et mon ami se pencha vers lui et le fixa dans les yeux avec une expression qui me surprit fort, peu habitué que j'étais à des arguments aussi gracieusement convaincants.
- Prends ça, ajouta-t-il en mettant une pièce dans la patte jaune. Fais-moi attendre encore un peu et je démolis ta baraque, Charlie. Méfiance !
- Nous pas pipes ..., commença l'autre.
Smith leva le poing et Yan capitula.
- Tlé bien, fit-il. Mais la maison pleine, pas de place. venez voir, venez.
Les exemples prouvant la supériorité de la nouvelle traduction (B) sur l’ancienne (C) pourraient être pris tout le long du roman : vous pouvez donc remiser vos vieux « 10/18 » et les compilations qui en ont été faites au placard -- sauf, peut-être, pour les savantes préfaces et autres avant-propos inspirés de Francis Lacassin --, et plonger dans ce beau volume Zulma en attendant impatiemment la suite : on connaît déjà le titre du prochain volume : Les Créatures du docteur Fu Manchu.


Serez-vous séduit par l'étrangeté du personnage, descendant supposé « d'une très vieille famille du Kiangsu » [Jiangsu 江蘇] (p. 289) ? « Le plus grand génie, peut-être des temps modernes ? On a dit de lui cent fois qu'il avait le front de Shakespeare et le visage de Satan. Il y avait dans sa présence même quelque chose de reptilien, d'hypnotique. » (p. 147) ; un personnage dont le regard, ébranle le Dr Petrie qui fait effort pour en rendre compte : « Comment décrire ce visage, ces yeux, qui me regardaient tranquillement par-dessus la table ? Ce visage était celui d'un archange du mal, et ces yeux, qui en étaient le trait souverain, étaient plus étranges qui eussent jamais reflété âme humaine - ils étaient étroits et longs, très légèrement obliques, et d'un vert étincelant. mais surtout - et je n'ai jamais vu cela chez aucun autre être humain, ils étaient, chose horrible, recouverts d'une sorte de film qui me fit songer à la membrana nictitans de certains oiseaux. Cette membrane était baissée lorsque je fis sauter la porte, mais elle sembla se rétracter quand j'eus pénétré dans la pièce, révélant les iris de l'homme dans tous leur éclat vert. » (p. 65-66)


S'il est souvent paralysé par « la force mauvaise qui émanait de cet individu », Petrie, narrateur attentif des événements qu'il vit un peu malgré lui, est aussi sensible au charme de Kâramanèh, la belle esclave du Docteur Fu Manchu, nous offrant quelques beaux moments à la sensualité très datée, mais remarquablement efficace, comme ici : « Une jeune fille enveloppée dans une cape de soirée se tenait tout contre moi. Lorsqu'elle leva les yeux, je découvris le visage le plus adorablement, le plus étrangement séduisant que j'eusse jamais vu. Une peau de blonde, et cependant les yeux et les cils noirs d'une Créole, les lèvres rouges et sensuelles - la belle étrangère dont la caresse m'avait surpris n'était pas native de nos rivages du Nord. » (p. 22-23) ; plus loin : « Elle ouvrit grand son manteau, et je me frottai littéralement les yeux, ne sachant pas si je rêvais ou si j'étais éveillé. Car elle était revêtue d'un ensemble de soie légère et transparente qui soulignait abondamment la sveltesse de sa silhouette ; une large ceinture enchâssée de pierres précieuses et maints joyaux précieux rehaussaient encore sa beauté : elle n'eût pas déparé le jardin clos d'Istanbul ; et dans le banal décor de mon bureau, elle était sublimement déplacée. » (p. 133-134)

Bref, je ne dis rien des décors et des situations dont les descriptions font froid dans le dos, et du suspens qui vous saisira, car vous l'avez deviné, Sax Rohmer a réussi une bien étonnante combinaison d'éléments qui hisse ses fictions au rang des œuvres accomplies --- si l'on est frileux, disons qu'elle les met en bonne place dans la catégorie que la critique se pique de redécouvrir, de la littérature dite populaire ou du second rayon ou paralittérature. Les meilleurs de ses romans et nouvelles s'y retrouvent du reste en excellente compagnie avec tant d'autres ouvrages qui ont fait rêver et frémir tant de générations d'amateurs de fiction romanesque ; ils y côtoient nombre de romans chinois des XVIIe et XVIIIe vers lesquels je vais me pencher à nouveau en attendant le retour du « génial et maléfique organisateur d'une prise de contrôle de l'Europe par les Asiatiques » [voir Régis Poulet, « Le supplice oriental de Fu Manchu aux Perses », in Le supplice chinois dans la littérature et les arts. Les Editions du Murmure, 2005, pp. 19-30 - article mis en ligne, le 31 mars 2008, sur le site La revue des ressources], dont je vous parlerai sûrement à nouveau : Ah ! Fu Manchu, quand tu nous tiens ! (P.K.)

samedi 1 mars 2008

De blog en blog (003)

Pour ce nouveau « De blog en blog », je voudrais vous faire découvrir - si ce n'est déjà fait -, deux blogs très différents qui présentent chacun un intérêt indéniable. Le premier devrait vous permettre de vous informer des ressources électroniques appliquées aux recherches en sciences sociales avec une attention particulière portée à l'Asie, le second pourrait devenir un agréable dérivatif pour ceux qui ont trop abusé du premier ou cherche des idées de lectures originales pour leurs rares moments de désœuvrement. Si je les aborde de concert, c'est que, tous deux, ont fait référence, en termes choisis et élogieux, à notre blog ; pour cela et le reste, qu'ils soient chaleureusement remerciés.


Electrodoc

Ceux qui, redoutant que les progrès de la numérisation des contenus scientifiques et des fonds des grandes bibliothèques tuent le livre, ont boudé la simplification des accès à distance aux sources savantes, et qui, quelques années plus tard, lassés de crouler sous des monceaux de fiches bristol et des montagnes de dossiers inexploitables, se rendent finalement compte que l'internet et l'ordinateur ne sont pas les bourreaux les plus redoutables de l'intelligence et surtout pas les ennemis du chercheur, devraient être heureux de consulter le site qu'entretient avec passion et vigilance Jacqueline Nivard.

Son nom, Electrodoc, pourrait certes les faire frémir, mais son affiliation à la prestigieuse Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales devrait les rassurer. Une visite même distraite ou timide leur prouvera qu'ils ont dorénavant une bouée de salut qui leur fera rattraper rapidement et efficacement le temps perdu. Les cliqueurs convertis de longue date y trouveront également leur compte, car la blogmistress ne laisse rien de côté : la preuve, elle a repéré notre blog et lui a attribué un amical commentaire -- voir ici.

Ingénieur d'études à l'EHESS, Jacqueline Nivard est par ailleurs responsable du site internet du Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine (CECMC), un modèle du genre à explorer sans modération. Particulièrement attentive au développement de l'internet en Chine, du devenir et de l'histoire des femmes dans ce pays [voir notamment ses articles « Internet » (p.136) et « Femme » (p.106) dans le Dictionnaire de la Chine contemporaine, sous la direction de Thierry Sanjuan. Paris : Armand Colin, 2006. 307 p.], elle fut également rédactrice de la Revue Bibliographique de Sinologie de 1992 à 2002.
«Fondée en 1956, la Revue bibliographique de Sinologie répondait à deux objectifs : aider les chercheurs à connaître les tendances de la recherche hors de leur champ d'étude ; procurer aux étudiants un panorama de travaux offrant des pistes utilisables dans la préparation d'une thèse. L'accent était mis sur la présentation des dernières parutions dans les domaines de l'histoire, de l'archéologie, de la musique, des sciences du langage, de la littérature, de la philosophie, des religions et de l'histoire des sciences et des techniques : ouvrages ou articles publiés en langues européennes, en chinois ou en japonais. De plus, une place spéciale était accordée à des articles d'orientation bibliographique : ils font le point sur des sujets originaux dans une perspective temporelle plus longue. »
Ces articles d'orientation bibliographique peuvent, moyennant une bien naturelle mise à jour, être toujours fort utiles : pour une liste, voir ici. Le dernier volume de la revue, qui, cela dit en passant, semble avoir cessé d'exister, est, semble-t-il sorti en 2006 : c'est le volume XXI qui couvre les années 2003 à 2005.

Electrodoc, sous-titré « Chine-Occident : actualités des ressources électroniques » va bientôt entamer sa troisième année d'existence. Alors bon anniversaire et surtout longue vie. Je vous laisse découvrir ses richesses, en auscultant le large éventail des « catégories » proposées. Pour ma part, j'ai été heureux d'y trouver (ici), les informations relatives à la mise en ligne sur Youtube des trois dernières conférences prononcées par Frederic Wakeman (1937-2006) peu avant sa mort, preuve supplémentaire, s'il en fallait encore, des vertus de l'internet.




Zulma, Le visage vert

J'ai déjà eu l'occasion de parler ici des Editions Zulma. J'en reparlerai pas seulement parce qu'elles viennent de ressusciter Fu Manchu, mais surtout parce que cette maison qui entoure ses publications d'une attention que rien ne vient ternir, s'attache depuis plusieurs années à faire mieux connaître la littérature coréenne, sans complètement négliger la chinoise. J'avais aussi (ici) signalé son site qui est plus qu'un simple catalogue ou une banale vitrine de ses publications, mais qui prend, de plus en plus, la forme d'un café littéraire où il fait bon flâner. Une de ses dernières dépendances, ouverte le 9 septembre 2007 à l'occasion de la sortie du volume 14 de la revue Le visage vert est un blog pas uniquement littéraire, dont la curiosité et l'éclectisme devraient réveiller les internautes les plus blasés et réjouir les autres. L'ouverture d’esprit dont il fait preuve va jusqu'à inscrire l'adresse de notre blog dans la liste de ses liens permanents et à nous consacrer un billet élogieux que je vous laisse découvrir en vous rendant ici.



Votre blog

Ces compliments, auxquels je suis personnellement très sensible, m'amènent à vous donner rapidement quelques nouvelles de votre blog préféré : la progression de son audience bien que fort lente ne se dément pas. Voici, chiffres fournis par Sitemeter sur les mois complets depuis son installation à l'appui, ce qu'il en est réellement --- juillet 07 : 655 visiteurs, août 07 : 769, septembre 07 : 956, octobre 07 : 1440, novembre 07 : 1592, décembre 07, 1549, janvier 08 : 1757, février 08 : 1833 ! (Cf. ci-dessus à droite). Nous venons de dépasser les 15 000 visites ! Pour ce qui est de la fréquentation quotidienne (voir figure à gauche pour février), elle oscille entre 50 et 100 visites, avec un pic de 101 visites le 7/02/08 ; le nombre de pages vues est aussi en augmentation et la localisation des visiteurs est toujours aussi variée --- on nous lit de Taipei à Sainte-Marie (Québec), de Hanoï à Oslo, de Madrid à Moscou, de La Réunion à Mountain View (Californie), de Zürich à Manosque, d'Alger à Cayenne .., et même de Chine où Blogspot n'est pas bloqué en permanence (voir ici) ! Merci à toutes et à tous pour l'attention que vous accordez à notre travail. Permettez, néanmoins, que j'exprime pour finir ce qui est pour moi une source de déception : vous n'avez pas encore pris l'habitude de laisser des commentaires, pourtant la procédure n'est pas très compliquée. Qu’en pensez-vous ? (P.K.)

samedi 31 mars 2007

Web littéraire (001)

Ceux qui prédisaient que l'internet allait tuer le livre et la littérature devraient revoir leurs prévisions alarmistes à la baisse car l'édition traditionnelle n'est pas encore morte avec pas moins de 57 728 titres parus en France en 2006 !, et la littérature occupe de plus en plus d'espace sur la toile : le nombre d'ouvrages accessibles depuis n'importe où et n'importe quand est impressionnant et ceci quelle que soit la langue. C'est notamment le cas pour le web chinois, nous y reviendrons un jour prochain.

Mais restons-en, pour l'heure, à un espace, certes plus réduit, mais qui échappe déjà à toutes les tentatives d'approche exhaustive.

Si l'on veut mener "une réflexion approfondie sur la pérennité du livre et de la lecture dans notre société", on peut justement profiter des avantages de l'internet pour visionner les six heures de vidéo que représente l'ensemble des interventions du colloque intitulé « L’avenir du livre » qui s'est tenu à Paris le 22 février 2007, sur le site du Centre National du Livre. Ne manquez pas les interventions de Marc Fumaroli, de l’Académie française, historien, essayiste et surtout d'Alain Mabanckou, écrivain, essayiste autour du thème "Pourquoi développer le goût de la lecture ?"

le premier contact entre la littérature et l'internet date de 1971, année de la création du Projet Gutenberg par Michael Hart. Il est assez réconfortant de constater que le premier site proposant du "contenu" sur le réseau est un site de littérature, et que l'objectif de ce site est de mettre à la disposition de tous le plus grand nombre possible d'œuvres littéraires du domaine public. Un objectif poursuivi par des générations de bibliothécaires, et qui devient enfin possible, grâce à la numérisation des livres en mode texte dans un format simple qui puisse être lu par tous les systèmes et sur toutes les machines. Au milieu des années 1990, lorsque l'utilisation du web se généralise, le projet trouve un second souffle et un rayonnement international. [Lire la suite ici, voir aussi ici].
Notons que sur les 20 000 titres dorénavant disponibles qui se répartissent en quelque 50 langues différentes, on ne trouve qu'une cinquantaine de titres chinois, tous classiques. Beaucoup reste donc à faire. Au Top 100 des 2 millions de téléchargements mensuels, c'est le Sunzi 孫子 qui l'emporte grâce à la version anglaise qu'en donna le fils d'Herbert Giles (1845-1935), Lionel Giles (1875-1958) en 1910 (The Art of War).

Une fois signalé le Project Gutenberg, il subsiste un immense territoire à baliser afin d'en faire émerger le meilleur - ce sera une des missions que tentera de remplir ce blog au fil des semaines à venir. En guise de mise en bouche, je ne pouvait manquer de relever que dans ses derniers "Rebuts de presse" (22 mars 2007), Didier Jacob (Le Nouvel Observateur en ligne) a livré un relevé utile qu'il présente ainsi :
Nous publions cette semaine dans l'Obs un dossier spécial consacré aux 50 meilleurs sites littéraires. En voici la liste augmentée, que nous vous engageons à compléter et à enrichir, en laissant en commentaires les adresses de vos sites préférés. Nous ajouterons les meilleurs, au fur et à mesure, à la liste qui suit.
Passée la déception de constater que prudemment il ne vise pas à l'exhaustivité, et donc de n'y pas trouver votre blog préféré - celui de notre équipe s'entend -, on peut, surtout s'y l'on est néophyte en la matière, se livrer avec enthousiasme à son auscultation systématique. On peut aussi picorer en testant les adresses inconnues, ou pas visitées depuis longtemps. C'est simple, il n'y a plus qu'à jouer de la souris.

Certes, il est, au bout du compte, rarement question dans ces sites des littératures du bout du monde qui nous passionnent, mais ce parcours mérite d'être entrepris. A chacun d'établir son palmarès et d'accrocher selon ses goûts des adresses dans la liste de ses signets. Outre quelques magazines littéraires déjà évoqués dans ce blog comme celui du Magazine de la littérature étrangère Transfuge, le Magazine littéraire, Lire, il renvoie aux revues américaines littéraires qui traitent à l'occasion des littératures asiatiques et indiennes.

Voici à titre d'exemple mes sites préférés : l'incontournable site de la BNF, Gallica, bien sûr, mais aussi Littératures et compagnies - annuaire des sites consacrés aux auteurs classiques et contemporains -, Fabula (déjà évoqué ici), Athena, La République des livres - le blog de Pierre Assouline -, et aussi le Zazieweb - capharnaüm communautaire des adeptes de l'e-lecture.

Last but not least, le surprenant site de l'éditeur Zulma dont on peut consulter les catalogues chinois, et surtout coréen ... N'est-ce pas déjà suffisant pour illuminer un week-end pluvieux. (PK)