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dimanche 12 avril 2009

De la traduction du chinois… en Turquie

Je me souviens que, quand j’étais enfant, on m’avait raconté une blague, tout droit tirée de l’Almanach Vermot. Au moment de son exécution, on demandait à un condamné à mort quelles étaient ses dernières volontés. Celui-ci répondait que son seul et ultime désir était d’apprendre à parler le turc et le chinois avant de mourir… Aux yeux de l’humoriste, ces deux langues étaient donc les deux langues au monde les plus longues et difficiles à apprendre. J’ai bel et bien appris le chinois (au mois d’octobre 2009, je fêterai le quarantième anniversaire de mon apprentissage du chinois en me remémorant mes débuts à l’université de Provence sous la direction de Patrick Destenay qui nous initiait aux charmes des quatre tons, avant de commencer l’apprentissage des caractères dans la méthode américaine de Yale University, le fameux et excellent manuel de John DeFrancis), mais le turc m’est resté totalement inconnu. Il me faudrait sans doute encore une bonne quarantaine d’années avant de le maîtriser aussi bien que Marie-Hélène Sauner-Leroy, maître de conférences au département d’études moyen-orientales de l’université de Provence, actuellement en détachement à l’université de Galatasaray à Istanbul, qui m’a permis d’effectuer une mission dans le cadre des échanges Erasmus. Ce fut l’occasion de rencontrer des passionnés de traduction d’Istanbul, à l’occasion de conférences à ce sujet dans son université. La chaleur de l’accueil des autorités de l’université de Galatasaray – le professeur Kenan Gürsoy et le professeur Osman Senemoglu – n’a rien d’étonnant dans un pays aussi hospitalier que la Turquie et la qualité des discussions qui ont entouré les conférences a bien montré que, quelles que soient les langues traduites, du turc au français ou du chinois au français, les difficultés sont les mêmes.

Nous nous sommes demandé au passage comment s’était faite la traduction en turc de La Montagne de l’Âme et du Livre d’un homme seul de Gao Xingjian : à partir du chinois, du français… ou de l’anglais ? J’ai présenté aux collègues turcs et à leurs étudiants la méthode que nous pratiquions dans nos traductions : ni ciblisme, ni sourcisme, mais avant tout un pragmatisme qui permet de résoudre les difficultés du chinois au cas par cas, en respectant le texte original autant que faire se peut tout en soignant le style de la langue d’arrivée, dans le souci que le lecteur francophone profite au mieux de la lecture d’un texte de Mo Yan, Gao Xingjian, A Cheng, Su Tong ou Han Shaogong…

Une autre conférence m’a permis de présenter Gao Xingjian, un auteur encore peu connu en Turquie, mais dont les deux principaux romans sont traduits. Les critiques qui ont été formulées après que le prix Nobel de littérature lui a été décerné en 2000 n’étaient pas sans rappeler à mes auditeurs turcs celles qui étaient apparues dans les milieux littéraires stambouliotes lorsque Oran Pamuk avait obtenu le même prix en 2006. L’évocation du rôle de passeur que Gao Xingjian a joué au début des années 1980 en Chine, quand il présentait à ses collègues écrivains l’œuvre de Ionesco ou celle de Prévert, et jetait les bases d’une réflexion sur l’« art du roman moderne » a manifestement reçu un fort écho auprès des enseignants de français de Galatasaray qui ont expliqué à quel point la littérature française a été influente en Turquie, depuis les grands classiques jusqu’au Nouveau Roman.

La découverte d’un pays réserve toujours des surprises… Sur le plan linguistique, si le turc m’a plutôt fait penser aux structures du coréen (la question ne semble pas tout à fait tranchée par les linguistes), l’influence au niveau du vocabulaire se manifeste ici et là. Nous avons en effet savouré de délicieux mantı (avec un i sans point), de petits raviolis dont le nom rappelle celui des mantou chinois. Le mot turc su pour l’eau semble bien venir de shui en chinois… et la porcelaine cini indique bien ses origines. Malheureusement, nous n’avons pas pu voir la collection de porcelaines chinoises conservée au palais de Topkapı (encore avec un i sans point) dont on dit qu’elle est une des trois plus grandes au monde. L’aile du palais où elle est exposée était en réfection… Une bonne raison de retourner à Istanbul.

Si M. Barack Obama se trouvait à Istanbul au même moment, ce n’est certes pas pour assister à des conférences sur la traduction, mais plutôt pour affirmer à quel point il estime nécessaire que la Turquie soit intégrée à l’Union européenne. Et le peu de temps où nous sommes restés en Turquie nous a prouvé que c’était certainement une bonne idée tellement ce pays paraît ouvert et prêt à se tourner vers l’Europe.

Noël Dutrait


mercredi 10 décembre 2008

Le Clézio au Viêtnam

Après un aperçu sur les réactions coréennes, puis chinoises,
à l'obtention par Jean-Marie Gustave Le Clézio
du Prix Nobel de littérature 2008,
Nguyen P. Ngoc
nous fournit ci-dessous des échos en provenance du Viêtnam.


Pour les lecteurs viêtnamiens, Le Clézio est un auteur assez connu grâce aux traductions de quelques nouvelles et de son roman Désert traduit par Huỳnh Phan Anh et édité en 1997 aux éditions de l'Association des Ecrivains du Viêtnam. Dans le milieu universitaire, l'œuvre de l'écrivain français est également l'objet d'articles, de mémoires de master, et même d'une thèse de doctorat soutenue par Nguyễn Thị Bình en 2006 à l'Institut de Littérature (Académie des Sciences Sociales).

A l'ère de l'internet, l'annonce du prix Nobel de littérature 2008 a été relayée immédiatement par la plupart des journaux et revues viêtnamiens. La vie et l'œuvre de l'écrivain français ont été racontées avec une grande profusion de détails. Il n'en reste pas moins que les lecteurs devront encore attendre un peu pour lire ses œuvres en viêtnamien, car au Viêtnam les éditions restent très peu de temps sur les rayons des librairies et les éditeurs ne les suivent pas. La seule possibilité pour obtenir des exemplaires des traductions déjà parues reste d'explorer les bibliothèques privées.

En attendant, le lecteur curieux peut quand même lire une traduction en viêtnamien de la nouvelle « Trois aventurières » (du recueil Cœur brûle et autres romances, Gallimard, 2000) par Hoàng Ngọc Biên sous le titre « Ba cô gái phiêu lưu » --> ici.



Ce qui est intéressant de noter, c'est que l'annonce du prix Nobel de littérature 2008 n'a pas provoqué au Viêtnam de vague d'enthousiasme comparable à celle qui avait salué l'attribution du même prix à Gao Xingjian, huit ans plus tôt. Si dans la presse destinée au grand public, Le Clézio est encore nommé « le dernier géant de la littérature française » (« Le Clézio: Người khổng lồ cuối cùng của văn chương Pháp », sur vietnamnet.vn, 10 octobre 2008), le site du Studio du Film de l'Association des Ecrivains du Viêtnam apporte un autre son de cloche en affirmant que Le Clézio est « un écrivain qui ne souffre pas de l'absence de la reconnaissance, mais n'est pas non plus un candidat bien solide ».

On rappelle aussi qu'après Claude Simon (1985), la France dut attendre 23 ans pour avoir un autre prix Nobel de littérature, car Cao Hành Kiện, Gao Xingjian, est en fait un écrivain chinois vivant en France. Sur evan.com (un site consacré à la littérature au Viêtnam), Thanh Huyền explique, dans un article datant du 24 novembre, que « même les Français trouvent que Le Clézio n'est pas digne de recevoir le prix de Nobel ».

Vu du Viêtnam, la littérature française semble ne plus être cette grande littérature appréciée de nos parents et nos grands-parents -- qui s'ils n'acceptaient pas l'idée d'avoir des« ancêtres Gaulois », n'en aimaient pas moins profondément la France des Lumières. Face aux best-sellers de langue anglaise qui occupent la plus grande la place dans les librairies et sur les pages internet, et face au besoin nécessaire du renouvellement de la littérature viêtnamienne contemporaine, je tiens à saluer le travail patient de quelques éditeurs, dont la jeune maison Nhã Nam qui édite des œuvres d'écrivains contemporains dont Hạt cơ bản (Les particules élémentaires) de Michel Houellebecq, et qui va publier dans quelques jours Những kẻ thiện tâm (Les Bienveillantes) de Jonathan Littell, tous deux traduits remarquablement par Cao Việt Dũng, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure à Paris. (Nguyen P. Ngoc)

mardi 11 novembre 2008

Quelques notes au fil ...

… du clavier d’ordinateur…


  • Des nouvelles de Gao Xingjian
Un article de Raphaëlle Rérolle paru dans Le Monde des livres du 31 octobre dernier a attiré mon attention sur l’activité récente de Gao Xingjian à Barcelone où il participait à « Kosmopolis », la Fête internationale de la littérature qui a lieu tous les deux ans. Il y a prononcé la conférence inaugurale devant cinq cents personnes et réaffirmé sa position sur la place de l’écrivain, un thème qu’il a développé aussi dans son recueil de textes publié cette année à Hong Kong, Singapour et Taiwan sous le titre « Au sujet de la création » 论创作.

Ses propos ont été rapportés par Raphaëlle Rérolle : « Un écrivain est avant tout un individu. En tant que tel, il ne peut manipuler le politique. S’il met sa littérature au service de la politique, il en devient l’outil, l’agent de propagande. Il perd alors sa vérité, sa voix. » Et, au sujet de la modernité, il a ajouté : « La modernité est fondée sur une idéologie de la négation. Moi je pense qu’on peut innover sans passer par la remise en cause systématique de ce qui précède. Je ne suis pas révolutionnaire ni provocateur, je respecte et j’apprécie la tradition, ce qui ne veut pas dire qu’il faille la reproduire. Simplement accepter de la réexaminer. »

On le voit, Gao Xingjian tourne résolument le dos à la « littérature engagée » du XXe siècle et ne cesse de réaffirmer cette position qui déconcerte certains. Un dialogue qu’il a eu avec Liu Zaifu à Hong Kong au mois de mai dernier apporte aussi un éclairage sur cette position. Ce dialogue paraîtra prochainement dans la revue Perspectives chinoises du CEFC de Hong Kong. On peut suivre un résumé de sa conférence de presse sur Blip.tv.


A Barcelone, Gao Xingjian ne s’est pas contenté de prononcer cette allocution, il a aussi présenté ses dernières toiles dans une exposition organisée à la Galeria Senda. Le titre en était « Después del diluvio ». Et, pour accompagner cette exposition, Gao Xingjian a tourné un nouveau film avec Corinne Dardé au sujet de son travail pictural. Ce film, d’une beauté plastique fulgurante, peut être vu à l’espace de recherche et de documentation Gao Xingjian de notre université grâce à l’amabilité de l’artiste.

Enfin, les études au sujet de l’œuvre de Gao Xingjian se poursuivent avec la préparation de la publication des actes du colloque de Hong Kong de mai 2008 : « Gao Xingjian, a Writer For His Culture, a Writer Against His Culture », publication dont s’occupent activement Sebastian Veg, chercheur au CEFC et membre associé de notre équipe, ainsi que Gilbert Fong, professeur à la CUHK que nous avons souvent le plaisir d’inviter dans notre université.

  • Des nouvelles de la traduction
Le Magazine littéraire de ce mois-ci publie une enquête signée Pierre Assouline intitulée « Les lois de la traduction perpétuelle » dans laquelle l’auteur s’interroge sur la nécessité de retraduire les œuvres dites « classiques ». Selon Antoine Berman dans L’épreuve de l’étranger (Gallimard 1984), cité par Pierre Assouline, cette retraduction est nécessaire, car elle doit « nous rouvrir l’accès à des œuvres dont la puissance d’ébranlement et d’interpellation avait fini par être menacée à la fois par leur « gloire » (trop de clarté obscurcit, trop de rayonnement épuise) et par des traductions appartenant à une phase de la conscience occidentale qui ne correspond plus à la nôtre »…

Et justement, dans notre université, le directeur de notre école doctorale, Jean-Raymond Fanlo, vient de publier une retraduction du célébrissime Don Quichotte de Cervantès accompagné de ses Nouvelles exemplaires. Dans une longue introduction, Jean-Raymond Fanlo justifie sa démarche et ses choix de traducteur. Je pense que ce texte passionnant peut apporter beaucoup à tous les traducteurs, qu’ils soient d’accord ou non avec la démarche de son auteur, qu’ils soient hispanisants ou non, tellement elle aborde des thèmes communs à l’ensemble des traductions littéraires.

Et surtout, il nous reste le plaisir de découvrir une nouvelle traduction du Don Quichotte, le plus grand roman de tous les siècles selon certains… Une traduction dont Vincent Roy dit dans un article du Monde des Livres « Traduire Cervantès, tripes et boyaux » (7 novembre 2008) : « Le Quichotte se lit désormais comme une aventure au présent. C’est le tour de force de cette nouvelle traduction ».


Pour finir, j’ai envie de dire tout le plaisir que j’ai eu à lire le dernier livre de J.M.G. Le Clézio, Ritournelle de la faim (Gallimard, 2008). Toutefois, j’ai eu une pensée pour les traducteurs qui devront s’atteler à la traduction de ce roman et plus particulièrement au passage suivant qu’ils devront rendre en chinois, japonais, hindi, vietnamien, coréen, thaï et bien d’autres langues du monde :
« Avancer tout droit sur cette route, dans le phaéton Belle-Epoque qui arborait ses splendeurs passées comme une grande cocotte ses bijoux surannés et ses fourrures mitées. Justine digne et droite, chapeautée, gantée, pour mieux en remontrer aux boches. Alexandre, son teint bistre de vieux colonial, quelque chose d’indien dans les mèches blanches qui parsemaient sa tignasse noire. Le barda plus qu’invraisemblable dans l’habitacle de la De Dion, surtout la collection de cannes-épées provenant de Maurice, dont Alexandre avait refusé de se défaire et qui brinquebalait au plafond, attachée par un lacis de ficelles et de nœuds marins. Avait-il réussi à emporter à l’insu de sa femme le modèle au tiers de la grande hélice en bois tournée par un ébéniste selon ses plans, qui devait définitivement révolutionner la propulsion du plus-léger-que-l’air ? »
(Le Clézio, Ritournelle de la faim, p. 149).
Noël Dutrait
11 novembre 2008

samedi 1 novembre 2008

Le Clézio et la Chine

Suite à l'attribution récente du prix Nobel de littérature 2008 à Le Clézio, l'agence de presse chinoise Xinhua a publié en ligne un article fort intéressant sur la réception en Chine du célèbre écrivain français, dont nous vous livrons une traduction générale. L'occasion pour nous de juger de quelle notoriété
Jean-Marie Gustave Le Clézio
(让·马瑞尔·古斯塔夫·勒·克莱齐奥)
jouit en Chine, mais aussi de savoir quelles sont les étapes de sa carrière ou bien ses goûts littéraires qui ont le plus marqué le public chinois.

Le titre même de l'article présente Le Clézio comme un « grand passionné de culture chinoise et un fan de Lao She 老舍 ». Celui qui est considéré en France comme « l'un des plus grandioses écrivains existants », et présenté par l'Académie suédoise comme « le pionnier d'un nouveau genre littéraire, aux oeuvres pleines d'un mystère poétique », offre à l'Europe un nouveau prix Nobel de littérature, laissant « les écrivains américains loin derrière » (la dernière en date étant l'écrivaine Tony Morrison, en 1993).

Après une présentation biographique de Le Clézio, l'article cite son premier roman, très remarqué, le Procès-verbal 诉讼笔录 publié en 1963, alors qu'il n'est âgé que de 23 ans. Suivront une trentaine d'ouvrages, avec pour protagonistes une majorité de « marginaux et de vagabonds, qui reflètent son intérêt pour les sociétés primitives et les cultures anciennes disparues, et tout particulièrement les Indiens d'Amérique ». En 1994, le magazine français, Dushu 读书 (Lire) publie également le résultat d'une enquête d'opinion auprès des lecteurs français, qui le placent comme l'une des trois étoiles de la littérature française, aux côtés de Modiano 莫迪亚诺 et de Perec 佩雷克.
Le Clézio éprouve depuis longtemps un vif intérêt pour la Chine : en 1967, alors que la France et la Chine renouent au niveau des relations diplomatiques, l'écrivain demande à faire partie du premier groupe de jeunes gens envoyés en Chine dans le cadre d'une coopération francochinoise. Malheureusement, sa demande est rejetée. Mais l'écrivain se rappelle que, dans l'attente de la décision du Ministère français des Affaires Etrangères, le ciel de Nice avait pris pour lui un autre éclat, identique à celui des planches d'illustration du Rêve dans le pavillon rouge (Hongloumeng 红楼梦 ) de Cao Xueqin 曹雪芹. Le Clézio a toujours ressenti un vif intérêt pour la culture chinoise, pour la littérature chinoise en particulier, et surtout pour les oeuvres de Lao She. Il affirme : « La lecture des grands classiques de la littérature chinoise, la découverte de l'Opéra de Pékin mais aussi de la peinture traditionnelle chinoise m'ont profondément influencé. J'apprécie tout particulièrement les romans chinois modernes, notamment ceux de Lu Xun 鲁迅 et de Ba Jin 巴金, et tout spécialement ceux du romancier pékinois Lao She. Je trouve que la profondeur, l'enthousiasme et l'humour qui se dégagent des romans de cet écrivain ont un caractère universel, qui dépassent les frontières nationales ».

Celui qui s'est déjà rendu en Chine par trois fois s'est vu décerner le 28 janvier 2008 par la maison d'édition Renmin wenxue 人民文学 le prix du meilleur écrivain étranger de l'année 2006 pour son roman Ourania 乌拉尼亚. Il s'est alors déplacé à Beijing pour recevoir son prix. Le plus grand spécialiste chinois actuel de littérature française (et ami de Le Clézio), Yu Zhongxian 余中先, a commenté avant même l'annonce du nouveau Prix Nobel de littérature, que s'il devait être attribué à un écrivain français, ce serait forcément à Le Clézio. « L'écriture de Le Clézio est vraiment remarquable ! [...] L'obtention du prix Nobel de littérature n'est pas une surprise, il méritait vraiment cette récompense », a dit-il déclaré plus tard, lui qui a lu presque tous ses romans, dont Le Procès-verbal 诉讼笔录 et La Guerre 战争, les plus célèbres.

L'écrivain est admiré pour son incroyable discernement ainsi que pour sa capacité à dépeindre ceux qui vont à contre-courant et vivent en marge de la société moderne. Ces personnages sont souvent des laissés-pour-compte du monde moderne, ils vénèrent la nature et la liberté, tout en conservant leur simplicité. Yu Zhongxian considère que l'intérêt de Le Clézio pour ces sociétés est sans doute lié à son expérience personnelle : même s'il est né en France et a reçu une bonne éducation en Angleterre, il a également vécu en Afrique et en Corée, et sa position cosmopolite fait qu'il a toujours su laisser de côté les préjugés et s'intéresser aux gens qui vivent retirés. Lors de sa venue en janvier à Beijing pour recevoir son prix, Yu Zhongxian a noté qu'il portait aux pieds de simples sandales sur une paire de chaussettes, et ce malgré le froid : sûrement une habitude qu'il avait gardé de son long séjour en Afrique !
On peut donc voir que la remise du Prix Nobel de littérature 2008 à Le Clézio ravit le public chinois, qui a su très tôt reconnaître en lui un écrivain de talent, et apprécie depuis longtemps déjà son amour pour la culture et la littérature chinoise. (Solange Cruveillé)

mardi 14 octobre 2008

꼬끼오...꼬끼오!

(Photo extraite du site de Kyobo, la plus grande librairie de Séoul)

꼬끼오...꼬끼오!
(Cocorico ...cocorico !)

Jean-Marie Gustave Le Clezio (르클레지오), Prix Nobel de Littérature 2008 est sans doute l'écrivain français contemporain le plus prisé en Corée du Sud. Une vingtaine de ses livres a déjà été traduite et publiée, parmi lesquels Désert, Poisson d'or, Révolutions, L'africain... Son style d'écriture, au ton vif et énergique, est considéré à la fois comme classique et raffiné.

Le Clézio a fait plusieurs séjours en Corée du sud durant les 8 dernières années. Il est professeur invité à l'Université féminine d'Ewha, à Séoul, dans le quartier de Sinchon qui compte à lui seul 4 universités. Il est un professeur de littérature et de culture françaises apprécié des étudiantes pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Comme d'autres, Le Clezio a été fasciné par le destin singulier et tragique de ce petit pays, coincé entre des grands, souvent envahi et spolié, habitué à se battre pour exister. Le Clézio écrit le coréen et connaît les rudiments de la langue. Dans le journal Le Monde du 10 octobre, Choi Mikyung, directrice du département de français de l'université d'Ewha et traductrice dit : « Le Clézio est apprécié des coréens car il parle de pays qui ne sont pas au centre du monde, qui ne prétendent pas à l'universalité. On sent qu'il comprend les souffrances des peuples qui ont été dominés au cours de leur histoire, comme la Corée ».

La nouvelle de l'attribution du Nobel de littérature a bien entendu été reprise par de nombreux médias et blogs, saluant parfois Le Clézio comme l'auteur français qui obtient la distinction « huit ans après Gao Xingjian, auteur d'origine chinoise, exilé en France ».

En décembre 2007, au cours d'une rencontre avec Hwang Sok-Yeong, autre espoir de Nobel de littérature pour la Corée, durant deux heures, les deux auteurs ont abordé leurs mondes littéraires et les questions de traduction. Ils se sont reconnus de nombreux points communs : nés approximativement à la même période, étrangers aux pays dans lesquels ils vivent (Le Clézio en Corée au moment de la conférence et Hwang Sok-Yong à Paris) ayant chacun vécus des guerres (Allemagne, Vietnam, Corée). Les deux écrivains ont insisté sur l'importance de la traduction pour l'internationalisation d'une oeuvre, Hwang Sok-Yong affirmant qu'un auteur mal traduit risquait de voir sa reconnaissance limitée.

JMG Le Clézio et Hwang Sok-Yong – décembre 2007

Le dernier roman de Le Clézio, Ritournelle de la faim (Gallimard), aurait été écrit en partie, dans une chambre de la résidence universitaire dans laquelle il résidait à Séoul et inspiré par une histoire vécue dans l'île (touristique) de Jeju, en 1948, lors d'une rébellion indépendantiste.

Au cours de sa conférence de presse improvisée dans les locaux de sa maison d'édition, à la question d'un journaliste sur le message qu'il avait à faire passer, Le Clézio répondit « Mon message, c'est qu'il faut continuer à lire des romans, en ces temps de crise mondiale ».

Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo

dimanche 23 décembre 2007

La traduction, seule langue universelle de la littérature

En illustration : montage réalisé à partir d'un cliché du site Nobelprize.org. Voir aussi ici.

« La seule langue universelle de la littérature, c'est la traduction » Cette phrase qui comme me signalait fort justement Noël Dutrait, « devrait figurer au fronton de notre équipe », a été placée par Florence Noiville dans la bouche d'Horace Engdahl dans un article qu'elle lui a consacré dans le Monde des Livres paru le 21/12/07 sous le titre « Horace Engdahl : le faiseur de Nobel » :

Celui qui nous est présenté comme « l'homme le plus courtisé du monde des lettres », ne livre aucun secret sur les débats qui animent tous les ans l'académie dont il est depuis 1999 le secrétaire perpétuel : il fait mieux. Il constate que les écrivains que le comité Nobel prime :
«sont souvent des exilés, qu'ils aient fui hors de leur pays ou à l'intérieur d'eux-mêmes. En cela, ils sont plus des représentants de la « Weltliteratur » que de leur nation. C'est pourquoi, souvent, leurs concitoyens auraient préféré que nous ne les récompensions pas ou alors que nous couronnions quelqu'un d'autre à leur place ! (...) Les grands écrivains sont une menace pour leur peuple. C'est seulement une fois morts qu'ils cessent d'être un problème. Alors l'opinion change et, d'enfants prodigues, ils deviennent tout simplement des dieux.»
Un peu avant, évoquant le reproche que l'on fait au comité Nobel de négliger la littérature des Etats-Unis, Horace Engdahl conclut par cette déclaration :
« Je ne trouve pas que les Etats-Unis soient le centre du monde littéraire. L'anglais est une langue importante, mais ce n'est pas la langue universelle. La seule langue universelle de la littérature, c'est la traduction. »
Voilà qui tombe à pic pour réveiller ceux dont l'enthousiasme aurait été victime des désagréments que nous a amenés cette fin d'année. Qu'ils sachent que notre équipe a pris la sage décision de leur donner un délai supplémentaire pour participer au numéro inaugural de notre revue en ligne, Impressions d'Extrême-Orient. Ils ont, vous avez, jusqu'au 7 janvier pour nous envoyer [en respectant les règles de format et de présentation indiquées ici ou là] une traduction inédite d'un texte en rapport avec le thème retenu :

le voyage.


Les organisateurs du concours « A la découverte des grandes œuvres de la littérature coréenne » ont également été amenés à reporter au 4 février la clôture de cette épreuve. [voir ici ou là]

Que les vacances de Noël - qu'au nom de l'équipe, je vous souhaite douces et réparatrices -, vous permettent de vous appliquer à pratiquer, selon votre bon vouloir, cette belle langue universelle qu'est la traduction. (P.K.)

dimanche 28 octobre 2007

Gao Xingjian, d'Aix à Hong Kong

Gao Xingjian à Aix-en-Provence (29/01/2005) [P.K.]

De la création du Centre de recherche et de documentation sur l’œuvre de Gao Xingjian 高行健, prix Nobel de littérature 2000.

L’axe de recherche « L’œuvre de Gao Xingjian » de la Jeune Equipe 2423 « Littérature chinoise et traduction » (appelée à devenir « Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction ») s’est dans un premier temps concrétisé en janvier 2005 par la tenue, dans notre université, du premier grand colloque international à ce sujet et la publication des actes de ce colloque aux Editions du Seuil (voir ici, ici et là).

Depuis cet événement scientifique, un rapprochement a eu lieu avec le professeur Gilbert Fong, spécialiste du théâtre de Gao Xingjian et de sa traduction en anglais. Gilbert Fong a effectué un séjour d’un mois dans notre équipe en mai 2006 et une délégation de la bibliothèque de l’université chinoise de Hong Kong, la CUHK, est venue pour discuter de notre coopération future et pour assister à la projection en première mondiale du film de Gao Xingjian, réalisé par Alain Melka et Jean-Louis Darmyn, La Silhouette sinon l’ombre [voir ici].

Le 5 novembre 2007, une cérémonie officielle de signature d’une convention entre notre université et la CUHK aura lieu à Hong Kong. Il a en effet été décidé qu’en collaboration avec le Fonds Gao Xingjian de la CUHK, ouvrirait à la bibliothèque universitaire de l’université de Provence un Centre de recherche et de documentation sur l’œuvre de Gao Xingjian dans lequel les étudiants et les chercheurs pourront trouver une documentation complète aussi bien sur les œuvres elles-mêmes que sur les articles critiques et commentaires à son sujet. Le Centre collectionnera aussi des documents donnés par l’auteur lui-même, par ses traducteurs et ses amis. Le Fonds Gao Xingjian de Hong Kong mettra l’accent surtout sur les œuvres en chinois et dans les autres langues asiatiques plus l’anglais, tandis que le Centre Gao Xingjian d’Aix-en-Provence mettra l’accent sur la documentation en français et dans les langues européennes autres que l’anglais. De toute façon, les deux centres échangeront systématiquement leur documentation et un site Internet commun sera créé. Après Saint-John Perse et Camus, un nouveau prix Nobel de nationalité française aura un centre de documentation à Aix-en-Provence.

Enfin, Noël Dutrait participera à une manifestation autour de Gao Xingjian à Singapour au mois de novembre 2007 et à une autre manifestation organisée par le Mai français à Hong Kong au mois de mai 2008. Nous en reparlerons.

Pour ceux qui lisent le chinois, notons que l’entretien entre Oe Kenzaburo et Gao Xingjian qui avait eu lieu lors de la Fête du livre 2006 à la bibliothèque Méjanes, un entretien animé par Philippe Forest et Noël Dutrait, a été publié dans son intégralité dans la revue de Hong Kong Mingbao yuekan 明報月刊 de septembre 2007 et repris dans le Lianhebao 聯合報 de Taiwan du 5 septembre 2007. Egalement, la communication que Noël Dutrait avait faite à Tôkyô au mois d’avril 2007 sur « Gao Xingjian, un écrivain à la marge » [voir ici et là] a été traduite par Mme Wu Chingjin 吳青津 (étudiante en Master 2 Monde chinois et Océanie, voir ici et là) et publiée en juillet 2007 dans le même Lianhebao 聯合報. Le texte en français devrait bientôt être publié au Japon. On le voit, les grands médias d’Asie s’intéressent à notre Nobel peut-être davantage que ceux de France.

Rendez-vous maintenant en mars 2008 pour l’ouverture du Centre de recherche et de documentation Gao Xingjian au Service commun de documentation de notre université. Une rencontre avec Gao Xingjian en personne est prévue, une conférence sur son œuvre, une table ronde de ses traducteurs… (N.D.)

Pour accéder à l'ensemble des billets de ce blog où il est question de Gao Xingjian, cliquer ici ou sur le nom de Gao dans la liste des Libellés (à gauche de l'écran).

vendredi 15 juin 2007

Traducteurs « à quatre mains » à Nijni-Novgorod

« En homme qui ne craint ni le froid ni la neige, Michel Strogoff eût préféré voyager par la rude saison d’hiver, qui permet d’organiser le traînage sur toute l’étendue du parcours. Alors les difficultés inhérentes aux divers genres de locomotion sont en partie diminuées sur ces immenses steppes nivelées par la neige. Plus de cours d’eau à franchir. Partout la nappe glacée sur laquelle le traîneau glisse facilement et rapidement. Peut-être certains phénomènes naturels sont-ils à redouter, à cette époque, tels que permanence et intensité des brouillards, froids excessifs, chasse-neige longs et redoutables, dont les tourbillons enveloppent quelquefois et font périr des caravanes entières. Il arrive bien aussi que des loups, poussés par la faim, couvrent la plaine par milliers. Mais mieux eût valu courir ces risques, car, avec ce dur hiver, les envahisseurs tartares se fussent de préférence cantonnés dans les villes, leurs maraudeurs n’auraient pas couru la steppe, tout mouvement de troupes eût été impraticable, et Michel Strogoff eût plus facilement passé. Mais il n’avait à choisir ni son temps ni son heure. Quelles que fussent les circonstances, il devait les accepter et partir. »
(Jules Verne, Michel Strogoff,
première partie, chapitre IV,
« De Moscou à Nijni-Novgorod ».)
Nous étions quatre traducteurs aixois invités à Nijni-Novgorod à une table ronde sur le thème « La traduction des œuvres littéraires », et nous sommes tout simplement arrivés de Marseille par l’avion de Moscou via Bruxelles. Nous avions du mal à imaginer la Volga devenue une « nappe glacée » et les « brouillards » de l’hiver russe : il faisait une chaleur exceptionnelle en ce mois de mai ensoleillé, qui ne laissait pas de surprendre les habitants de la troisième ville de Russie (appelée Gorki de 1932 à 1990 en l’honneur de l’écrivain qui y est né). Point de loups non plus, encore moins de tartares ou de maraudeurs courant la steppe… Nous avons reçu un accueil très chaleureux de nos hôtes russes, à l’occasion de la manifestation « Printemps de Provence à Nijni-Novgorod », organisée du 16 au 20 mai par l’Institut d’échanges culturels Gorki à l’initiative de Kira Peshkova, lectrice de russe au Département d’études slaves de l’université de Provence. Mettre en rapport des universitaires, des chercheurs, des créateurs et des responsables culturels avec leurs partenaires russes, telle est l’intention de ce programme où nous étions conviés, en qualité de « traducteurs à quatre mains », et de surcroît « traducteurs de Nobel » : Natalia et Charles Zaremba (professeur de linguistique slave, directeur du département d’études slaves de l’université de Provence), traducteurs de Kertész Imre, prix Nobel de littérature 2002, et de plusieurs auteurs hongrois : Szerb Antal, Krúdy Gyula, Márai Sándor, Örkény István, Darvasi László, Bartis Attila ; et nous [Liliane & Noël Dutrait], traducteurs de Gao Xingjian, prix Nobel de littérature 2000, ainsi que de A Cheng, Han Shaogong, Su Tong, Mo Yan…

À l’Université linguistique Dobrolioubov, devant un public d’étudiants et d’enseignants qui parlaient un français remarquable, Natalia Zaremba a mis à profit sa grande proximité avec le monde de l’édition et de la librairie pour dresser un état des lieux de l’édition des traductions de littérature étrangère en France, et notamment de littérature hongroise. Charles Zaremba intervenait ensuite sur le thème : « Le temps grammaticaux dans une perspective de traduction littéraire du hongrois en français ». Les temps grammaticaux ou l’ordre des syntagmes et des mots en hongrois posent d’importants problèmes de traduction en français où l’emploi d’un temps grammatical donné fait souvent suite à une interprétation, tant linguistique que littéraire du texte original. C’est particulièrement à cette étape d’interprétation du texte, de détermination des niveaux de narration et de langue, que le travail « à quatre mains » se révèle fructueux.

De notre côté, nous avons exposé les choix que nous faisons face aux problèmes liés à la traduction des œuvres de littéraire chinoise contemporaine : mots ou expressions recouvrant des notions inconnues en France ; noms de personnes et toponymes ; proverbes, chansons ou comptines ; allusions historiques ou politiques ; particularités dialectacles ; expressions en quatre caractères ; onomatopées, etc., et aussi la question des temps, sans doute la plus délicate, puisque le temps n’est pas exprimé par la forme verbale.

Ce séjour ne pouvait se faire sans une visite au musée Gorki/musée de la littérature, et dans l’une des maisons où le jeune Alexis Maximovitch Pechkov, dit Gorki, passa une partie de son enfance entre un grand-père violent, une grand-mère aimante et une mère absente.

De retour à Aix-en-Provence, relisant Enfance de Gorki dans la traduction « historique » de Davydoff et Pauliat en 1959 (la première lecture remontait à notre adolescence…), nous y avons retrouvé bien des traits communs avec Mo Yan, et notamment un amour des comparaisons qui demande au traducteur de recourir à diverses « astuces » pour éviter les répétitions lourdes en français tout en demeurant fidèle à la phrase originale ! En témoignent ces extraits, chez Gorki :
« […] Au milieu de la cuisine, Tsynagov tourbillonnait telle une flamme ou planait comme un milan. Ses bras étendus ressemblaient à des ailes et on voyait à peine ses jambes se déplacer. Soudain il s’accroupissait en poussant un grand cri et tournoyait comme un martinet doré. Sa blouse éclatante illuminait tout autour de lui et la soie qui frémissait et ruisselait, semblait de l’or en fusion. […] » (Le Livre de poche, 1964, chapitre III, p. 76.)
… et chez Mo Yan :
« Des membres de l’équipe de ramassage des cadavres, munis de crochets en fer, s’approchèrent. Ils allaient accrocher le corps de Shangguan Lüshi quand elle se redressa lentement, telle une vieille tortue. Le soleil éclairait son gros visage enflé qui ressemblait à la fois à un citron et à un gâteau de Nouvel An. Elle sourit froidement, puis s’assit en appuyant son dos contre le mur. On eût dit une petite colline pleine d’aplomb. » (Mo Yan, Beaux seins belles fesses, Seuil, chapitre 10, p. 79.)
« De l’avis des villageois, le vieux taoïste Men était un lettré de grande vertu, mi-homme mi-immortel. On ne savait d’où il venait, il marchait d’un pas léger, sa tête était lisse comme une ampoule, sa barbe blanche fournie comme un buisson. Ses lèvres ressemblaient à celles d’un ânon et ses dents lançaient des éclats de perle. Il avait le nez et le visage rouge, et ses sourcils blancs étaient aussi longs que des ailes d’oiseau. […] » (Mo Yan, Beaux seins belles fesses, Seuil, chapitre 28, p. 408.)
qui, de ces comparaisons, fait parfois même un jeu :
« La partie de la tête qui n’avait pas été pulvérisée était tombée sur le rebord du deuxième plateau de la table du banquet, telle une pastèque creuse, ou pastèque telle une tête creuse, entre un plat d’holothuries et de crevettes sautées à la sauce de soja, un liquide s’en écoulait goutte à goutte, jus de pastèque comme du sang ou sang comme du jus de pastèque, qui salissait la nappe et polluait les yeux des spectateurs. Ses yeux, semblables à des grains de raisin, ou ses grains de raisin semblables à des yeux, avaient roulé à terre, l’un derrière l’armoire à alcools, l’autre sous les pieds d’une jeune fille en rouge qui l’écrasa. Elle eut un sursaut de tout son corps et poussa un cri strident : “Ouah !” » (Mo Yan, Le Pays de l’alcool, Points Seuil, chapitre 1, p. 113.)
(Liliane Dutrait)



Illustrations : Haut - Nijni-Novgorod au début du XXème siècle, source : Russia, As Seen and Described by Famous Writers. Edited and Translated by Esther Singleton. New York, Dodd, Mead and Company, 1909 (voir ici ou ici). Bas : cliché Liliane/Noël Dutrait.

mardi 10 avril 2007

Trois revues et une exposition

Dans le numéro de janvier-février 2007 (n° 933-934) de la revue Europe, on trouve une très intéressante interview de Gao Xingjian, faite par Daniel Bergez, au sujet du thème de ce numéro : « Littérature et peinture ». Gao Xingjian y réaffirme les trois orientations de sa création : l’écriture narrative, la peinture et le théâtre. Il aurait pu aussi mentionner le cinéma puisque le public d’Aix-en-Provence a pu voir en juin 2006 son très étonnant film « La silhouette, sinon l’ombre », réalisé par Alain Melka et Jean-Louis Darmyn, sur lequel nous reviendrons prochainement.

Intitulée « Le troisième œil », cette interview permet à Gao Xingjian de définir sa démarche d’artiste polymorphe qui tente avant tout de « récupérer le temps perdu » après avoir « perdu sa jeunesse… pour rien ». C’est pour lui, « un défi, fragile et individuel, devant l’immense pouvoir du marché ».

Le même numéro de la revue Europe contient un dossier sur un autre prix Nobel, Elfriede Jelinek, avec des contributions de ses traducteurs, dont celle de Olivier Le Lay qui a reçu le prix André Gide 2006 pour sa traduction des Enfants de morts (Le seuil, 2007).

Le même Olivier Le Lay est interviewé dans la Revue des deux mondes de février 2007 qui comporte aussi un important dossier sur Elfriede Jelinek et la traduction de son œuvre. On méditera sur l’une des réponses de Olivier Le Lay :
« Une fois qu’on a isolé, élucidé puis traduit les problèmes de sens, il faut se lancer et commencer soi-même à créer. L’écriture de Jelinek est une formidable machine à assimiler les éléments étrangers, les apports, à rassembler les fragments. Elle les accueille, les transforme puis recrée un texte neuf à partir de ces mots en capilotade. (…) Là où de nouveaux mots naissaient, j’ai créé de nouveaux mots en français, c’était souvent la part la plus forte et la plus enthousiasmante de mon travail : valvuvle, testiculament, androgynécée, vélocipéder etc. »
Enfin, il faut lire le très copieux numéro XXV de la revue Etudes chinoises qui contient, outre un élogieux article sur les actes du colloque Gao Xingjian d’Aix-en-Provence de janvier 2005 sous la plume de Frédéric Wang, un compte rendu sur Les Œuvres de Maître Tchouang, traduit par Jean Lévi (Editions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2006), sous la plume de Jean-François Billeter qui insiste sur les questions de la traduction de cet ouvrage. On y trouve par ailleurs un certain nombre de contributions qui concernent la polémique entre François Jullien et Jean-François Billeter… A suivre, sans doute…

Et pour revenir à Gao Xingjian, on peut se rendre jusqu’au 27 mai au Ludwigmuseum de Koblenz pour admirer la grande exposition de peintures intitulée « La Fin du monde » ! (N.D.)

samedi 18 novembre 2006

La JE2423-LCT ouvre son blog


En plus de son site, la Jeune équipe de recherche Littérature chinoise et traduction dirigée par Noël Dutrait, ouvre un blog auquel chacun de ses membres pourra contribuer à sa guise et selon sa fantaisie. Il devrait permettre de mieux coller à l'actualité relative à la littérature chinoise et à sa diffusion.

Pour l'inaugurer, je vous invite à consulter deux contributions de Danwei [Chinese media, advertising, and urban life].

L'une postée le 6 novembre 2006 :
"Nobel translators who don't translate, and readers who don't read"

L'autre postée le 17 novembre 2006 :
"China Writers' Association: what good is it?"
Tie Ning became president of the China Writers' Association as the seventh congress of the organization met in Beijing earlier this week. The buzz in most papers was that this election is a promising step toward improving and revitalizing China's literary sector. Can installing a new president in the CWA actually accomplish that goal? Lire la suite >>