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jeudi 22 juillet 2010

L'inaperçu de l'Inaperçu

Tout en se réjouissant qu'une œuvre chinoise soit primée, ce billet veut, en toute impartialité et sans esprit polémique, attirer l'attention sur un détail qui semble être passé inaperçu aux yeux du jury littéraire qui a distingué l'ouvrage en question.
Cette mise au point, ou plutôt cette mise en exergue d’un problème lié à l'attribution de prix à des œuvres des littératures d'Extrême-Orient et à leur accessibilité en langue française, me paraît suffisamment intéressante pour être portée en débat ici ; elle dépasse, en effet, le cadre très précis de ce prix particulier et de la traduction qu'elle honore.
Voici de quoi il s’agit.

Tout récemment, les jurés du « Prix de l'Inaperçu 2010 » ont primé dans la catégorie « Inaperçu/Etranger », Pingyuan 平原 de l'écrivain chinois Bi Feiyu 毕飞宇 ou, pour être plus précis, sa traduction par Claude Payen parue aux Editions Philippe Picquier sous le titre La Plaine. L'année dernière, le même jury avait, notons-le, retenu La Chambre solitaire de Shin Kyong-sku, traduit par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot également chez Picquier ; l’année précédente, lors de la première édition, l’auteur chinois Wang Gang figurait dans la liste des nominés pour son English (Picquier), c’est dire l’attachement que porte ce jury aux littératures d’Extrême-Orient et aux productions de l’éditeur qui en est le principal défenseur chez nous.
L'ouvrage primé cette année, paru en août dernier, n'avait guère reçu de critique, sauf ici et là sur internet : c'est justement ce qui le prédisposait à être inscrit avec quatre autres titres sur la liste des ouvrages candidats, pour un prix l’« Inaperçu/Etranger », qui comme son nom l'indique, s'attache à révéler un ouvrage en traduction « passé inaperçu des critiques et des lecteurs » mais qui mérite d’être connu et lu.
Le prix, remis le 25 mai lors d’une soirée festive au Café de l’Industrie à Paris en présence de l'éditeur a, selon Livres Hebdo, eu pour effet immédiat que « Bi Feiyu et Eric Vuillard [le lauréat français] ne passent plus inaperçus ». La preuve ici.
Le site de l'académie conduite par un comité à la tête duquel se trouve Nils C. Ahl, journaliste, auteur et traducteur, qui travaille à donner aux littératures d'Extrême-Orient toute leur place dans le paysage contemporain notamment par ses critiques du Monde des Livres, offre tous les éléments pour bien comprendre et envisager dans toute sa complexité l'angle d'approche et la méthodologie mis en œuvre une fois par an, et aussi ses limitations, lesquelles, pour faire court, sont essentiellement linguistiques.

Pour en prendre la mesure, posons les éléments du problème :

La traduction d'abord : grâce à l'éditeur, on peut, sans engager le moindre frais ou se rendre à la bibliothèque, se faire une idée de l'ouvrage et en en lisant les pages 7 à 29, soit le premier chapitre en entier duquel je vais extraire les deux premiers paragraphes (page 7) --- on sait combien les auteurs y apportent toute leur attention, les traducteurs ne sont pas en reste : on peut donc penser que le passage suivant est particulièrement représentatif de l’ouvrage entier, et en constitue en quelque sorte la quintessence :
Encouragée par le soleil de juin, la terre avait enfin revêtu sa parure dorée. L’orge était mûre. Entre les diguettes, entre les villages, entre les norias, entre les sophoras, le sol avait disparu. Tout n’était plus qu’or et lumière. Pas de hautes montagnes, pas de vallées profondes. D’un seul regard, on embrassait la plaine du Nord du Jiangsu qui ondulait à l’infini dans la chaleur de l’été. L’odeur qui flottait dans l’air était l’appel de la terre. L’orge était mûre. Il fallait commencer la moisson.
Les yeux mi-clos, la bouche entrouverte, les paysans contemplaient l’immensité dorée, heureux de respirer le parfum de l’orge mûre, et ils sentaient les barbes de ses épis leur chatouiller délicieusement le cœur. La récolte de l’an dernier était depuis longtemps épuisée. Il était temps que la nouvelle récolte arrivât. Cette orge représentait leurs galettes, leurs mantou [note : Petits pains cuits à la vapeur.], leurs nouilles, leurs trois repas quotidiens. Elle était sur leurs tables les jours de noces ou de funérailles. En un mot, c’était leur vie.
Voici, à n’en pas douter, une bien belle entrée en matière qui invite à la lecture ... Pourtant dans son article sur Bi Feiyu et ses ouvrages disponibles en français - tous traduits par Claude Payen chez Picquier - Bertrant Mialaret (Rue89.com) émet des réserves sur le style du jeune auteur de Xinghua 兴化 : « Ce n'est pas un paysan comme Mo Yan ; on le constate dans ses descriptions de la campagne, des cultures et des récoltes : on ne sent pas le riz pousser…» Certes, Bi Feiyu n’a pas le métier de son aîné du Shandong, mais le lecteur attentif de tout ce qui se publie en littérature chinoise, ne se trompe-t-il pas de cible ? Un coup d’œil sur le texte source pourrait n’en doutons pas nous aider à trancher.
麦子黄了,大地再也不像大地了,它得到了鼓舞,精气神一下子提升上来了。在田垄与田垄之间,在村落与村落之间,在风车与风车、槐树与槐树之间,绵延不断的 麦田与六月的阳光交相辉映,到处洋溢的都是刺眼的金光。太阳在天上,但六月的麦田更像太阳,密密匝匝的麦芒宛如千丝万缕的阳光。阳光普照,大地一片灿烂, 壮丽而又辉煌。这是苏北的大地,没有高的山,深的水,它平平整整,一望无际,同时也就一览无余。麦田里没有风,有的只是一阵又一阵的热浪。热浪有些香,这 厚实的、宽阔的芬芳是泥土的召唤,该开镰了。是的,麦子黄了,该开镰了。
庄稼人望着金色的大地,张开嘴,眯起眼睛,喜在心头。再怎么说,麦子黄了也是一个振奋人心的场景。经过漫长的、同时又是青黄不接的守候之后,庄稼人闻到了新麦的香味,心里头自然会长出麦芒来。别看麦子们长在地里,它们终究要变成苋子、馒头、疙瘩或面条,放在家家户户的饭桌上,变成庄稼人的一日三餐,变成庄 稼人的婚丧嫁娶,一句话,变成庄稼人的日子。[source]
Pour qui lit le chinois, ce début est, me semble-t-il, mais je ne suis pas un spécialiste, bien trempé, et caractéristique du style de l’auteur qui transcrit quelque chose de la beauté et de la vigueur de la nature de ce petit coin du Jiangsu. Frappé par le décalage entre les deux textes, j’ai alerté mes camarades sinisants de l’équipe Leo2t qui n’ont pas manqué de réagir.

Je souscris totalement à ce qu’une lectrice aussi attentive qu’avertie des problèmes de traduction que nous réserve le chinois, a pris la peine de noter : « Au premier coup d’œil, on se rend compte d’une incohérence formelle, à savoir : le rendu en français est plus court que le passage original en chinois (ce qui a priori est impossible puisqu’une traduction représente environ 1,5 du texte chinois). Confronté au texte chinois, les craintes s’avèrent fondées : l’ordre des phrases est parfois inversé, des passages sont supprimés (soit morceaux de phrases, soit phrases entières), on note quelques faux sens, l’interprétation est trop libre. On semble plus face à une réécriture que face à une réelle traduction. C’est d’autant plus dommage que le texte français se lit bien, avec des tournures agréables, et reste cohérent pour un lecteur non sinisant. »

Un autre collègue encore mieux placé pour fournir un avis, a même obligeamment proposé, avec les réserves dues aux contraintes de l’exercice et au temps qu’il avait à lui consacrer, sa propre traduction que je vous livre ci-dessous avec son autorisation :
Le blé était jaune, la terre ne ressemblait plus à la terre, elle avait été stimulée et son énergie était montée d’un coup. Entre les levées de terre, entre les villages, entre les norias, entre les sophoras, les champs de blé à l’infini et le soleil du sixième mois rivalisaient de rutilance, partout débordaient des rayons dorés aveuglants. Le soleil était dans le ciel, mais c’étaient les champs de blé du sixième mois qui lui ressemblaient le plus, les barbes drues des épis tels des rayons étroitement serrés. Partout brillait le soleil, les terres s’étendaient rutilantes et splendides. C’étaient les vastes terres du Nord-Jiangsu, pas de hautes montagnes, pas d’eaux profondes, toutes plates, à perte de vue, embrassées d’un seul coup d’œil. Dans les champs de blé, pas un souffle de vent, seules montaient par moments des bouffées de chaleur odorantes. Ces fortes fragrances à l’infini, c’était l’appel de la terre : l’heure des moissons avait sonné. Oui, le blé était jaune, l’heure des moissons avait sonné
Les paysans contemplaient les vastes terres dorées, bouche ouverte, les yeux mi-clos, la joie au cœur. En fin de compte, le blé jaune était aussi une scène stimulante pour le cœur des hommes. Après une longue attente, après la pénurie entre les deux récoltes, quand les paysans sentaient l’odeur du blé nouveau, en eux poussaient spontanément les barbes des épis. Même si le blé poussait dans la terre, il finirait par devenir galettes aux herbes, petits pains à la vapeur, boulettes ou nouilles, il apparaîtrait sur la table de chaque maison, chez les paysans il deviendrait repas trois fois par jour, chez les paysans il accompagnerait fiançailles, mariages et enterrements, bref, chez les paysans il deviendrait la vie même.
Qui dit mieux ? Vos propositions, amendements et surtout vos réflexions, seront les bienvenues ; vous pouvez, si le cœur vous en dit, nous les communiquer dans un commentaire.

Il ressort de cette confrontation plusieurs interrogations que l’on ne peut pas occulter, au premier chef desquelles celle-ci : comment justifier le décalage entre le texte source et le premier rendu en français ?

Certes, on peut arguer que le traducteur n’a pas utilisé le même texte original que nous [savoir une version en ligne, laquelle est conforme à la version papier de l’édition Jiangsu wenyi, Nanjing, 2005, 432 p., pp. 1-2 (Cote 895.1b BIF au SCD Université de Provence) également consultée], mais il n’en reste pas moins que certains choix ne sont pas dus à un texte source inconnu ou inédit ; on peut dès lors se demander : si le texte finalement publié a, ou non, été revu par l’éditeur soucieux de livrer un texte moins volumineux donc moins onéreux, voire plus conforme à l’idée qu’il se fait de la littérature chinoise ; si le traducteur renoue consciemment ou non avec la tradition des « belles infidèles » ; s’il travaille en tandem avec un « lecteur source » peu scrupuleux, ou d’une « traduction relai » ; s'il s'agit, in fine, d'une commande à honorer rapidement ; que sais-je encore ? Quelque soit l’explication, notre petit examen a, je crois, déjà montré son utilité en indiquant que le jury du Prix de l’Inaperçu 2010 a primé un ouvrage quelque peu distordu par rapport à l’original.

Reste aussi entière la question de savoir s’il vaut mieux avoir un « Bi Feiyu allégé et primé » que « pas de Bi Feiyu du tout », question qui, naturellement, peut se poser avec tous les auteurs traduits à ce jour -- rappelons pour information que Claude Payen a livré en moins de 10 ans une bonne quinzaine de titres de littérature chinoise contemporaine et moderne dont cinq de Lao She 老舍, deux de Yan Lianke 阎连科, quatre de Bi Feiyu, pour la plupart parus aux Editions Philippe Picquier.

En guise de conclusion provisoire, j'invite les différents acteurs de la diffusion des littératures d'Extrême-Orient dans notre langue - savoir traducteurs, éditeurs, critiques, libraires, bibliothécaires, universitaires et lecteurs - à engager une réflexion sur leurs responsabilités respectives, réflexion qui pourrait aboutir un jour prochain à la création d'un label, d'une charte de bonne conduite ou de critères d'évaluation qualitative. Notre équipe apportera sa contribution, notamment dans les travaux préparatoires à son projet d'Inventaire des traductions françaises des littératures d'Extrême-Orient (ITLEO) dont il sera souvent question l'année prochaine ici et sur notre espace Netvibes. D'ici-là, je vous souhaite d'agréables vacances ponctuées de lectures stimulantes. (PK & co).

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Complément du 28 avril 2013 : Ce billet publié le 22 juillet 2010 a déjà suscité  quatre commentaires, que vous pouvez lire en activant le lien suivant > http://jelct.blogspot.fr/2010/07/linapercu-de-linapercu.html < ou en cliquant > ici <, mais aussi une demande de droit de réponse par l'auteur de la traduction, Monsieur Claude Payen. Vu sa longueur, il n'est pas possible de le glisser dans un commentaire, aussi nous avons choisi de le proposer ci-dessous. Le voici :

Droit de réponse 
   
Par le plus grand des hasards, je tombe sur ce blog et je découvre que je suis violemment attaqué. Je ne comprends d’ailleurs pas les motivations de mes détracteurs. Je leur rappellerai seulement un de mes proverbes anglais préférés : « He who lives in a glass house shouldn’t throw stones ».
    Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, j’ai commis une faute que je ne m’explique pas. En effet, j’ai un peu élagué la traduction de la première page. Je ne me souviens pas dans quelles circonstances. Peut-être, en relisant, ai-je trouvé une phrase ou deux un peu lourdes que j’avais l’intention de modifier et que j’ai effacées sans les remplacer. En tout cas, je ne crains pas d’affirmer que je n’ai pas trahi l’auteur, comme le font les traductions proposées sur ce blog. Il est moins grave de mal décrire une voiture que de déclarer qu’elle fonctionne au gazole, alors qu’elle fonctionne à l’essence. C’est pourtant ce que font ceux commettent une grosse faute factuelle dès le premier mot de leur traduction.
  "Ne pas connaître les cinq céréales", signifie, si je ne m'abuse en chinois "être un peu idiot". Je ne suis pas, et de loin, le meilleur traducteur, mais je peux me targuer d'être un des plus qualifiés pour la traduction des descriptions de la vie des paysans pauvre. Pourquoi? Parce que j'ai été élevé chez les paysans du Morvan pendant la guerre (la deuxième guerre mondiale) et j'ai travaillé dans les champs depuis l'âge de cinq ans, avec les femmes, puisque les hommes étaient prisonniers en Allemagne. J’ai porté dans mes bras des gerbes de blé et d’orge et j’ai avalé la poussière en tournant la manivelle du tarare. Je connais donc la différence entre le blé et l’orge et je sais ce qu’est un tarare.
  La critique de ma traduction n’est pas ce qui m’a affecté le plus, puisque je peux facilement démontrer que d’autres ne sont pas meilleurs que moi. Noël Dutrait a d’ailleurs bien voulu reconnaître que certaines de mes remarques étaient « convaincantes. »
   J’avais un jour déclaré à Brigitte Duzan qui tenait à m’interviewer qu’un proverbe chinois dit que « L’homme craint d’être célèbre comme le cochon craint d’engraisser » Or, un anonyme ( ?) se précipitant comme les mouches sur… (étant plus poli que lui, je le laisse terminer la phrase) sur une remarque de Brigitte Duzan me qualifiant de traducteur « compulsif », m’accuse carrément d’être un fumiste. Or, Brigitte Duzan qui est parfaitement anglophone a employé le mot au sens anglais qui n’a rien de péjoratif. (Vous pouvez lui demander confirmation). « A compulsive smoker », c’est simplement un fumeur invétéré. Pour ma défense, s’il en était besoin, je dirai que, lorsque j’ai pris ma retraite après avoir travaillé toute ma vie près de quinze heures par jour, je me suis retrouvé assis devant mon bureau du matin au soir, je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas pu traduire deux pages de roman par jour, sans traduire à une vitesse excessive. D’autres traduisent autant que moi tout en travaillant et en écrivant des articles.
      Je crois avoir retenu aussi que vous souhaitez (comment ?) attribuer un label de qualité aux traductions, comme pour le saucisson ou le fromage. Ce label existe déjà dans les pays totalitaires qui vont même plus loin en interdisant la publication. C’est le cas de la Chine, dans des conditions qui ne sont pas très claires. Il existait aussi l’imprimatur du Pape (je ne sais pas si elle existe encore).
    Je vois deux traductions, l’une d’un collègue « qualifié » (Qui ?), l’autre d’une étudiante. Le collègue a bien regardé le texte, mais il a omis de se renseigner (comme je l’ai fait) auprès de l’auteur, si bien qu’il commet une énorme faute dès le premier mot de sa traduction.
    Quand j’ai commencé la traduction du livre, j’étais en Chine et j’ai rencontré plusieurs fois Bi Feiyu. Il a bien insisté sur le fait qu’il fallait traduire  麦  par « orge ». Pour qu’il n’y ait pas de confusion possible, il connaissait même le mot anglais « barley ». Le blé, c’est  小麦  comme l’a bien traduit Sylvie Gentil au début de « Bon baisers de Lénine ». (Ligne 8 du texte chinois : « 小麦已经满熟  呢 ». Ligne 12 de la traduction : « Le blé était à maturité ».)   C’est grave pour la suite, car même s’il existe peut-être des variétés de blé possédant des barbes, c’est surtout l’orge qui est célèbre pour ses barbes. 风车 : La traductrice (félicitée par le professeur pour sa traduction) a remplacé mes « norias » par des « tarares ». Plus prudent, le collègue devait savoir que les paysans ne pouvaient pas laisser leurs tarares passer l’hiver pour pourrir dans les champs. Je n’insisterai pas sur d’autres détails qui me semblent discutables.
    Bref, je me suis permis de déranger un peu l’ordre des choses en ne collant pas mot pour mot au texte. Mon expérience (très longue) me permet de donner un conseil aux étudiants : « Quand vous faites une version, attention ! Le professeur est en embuscade. Une traduction lourde montrant que vous avez bien compris vous vaudra un « md » (mal dit), ce qui vaut mieux qu’un « cs » (contresens) » Je mérite des « md ». J’ai essayé de faire une introduction agréable à lire, j’ai réussi puisque l’éditeur l’a citée en présentation du livre. Des gens mal intentionnés sur ce blog accusent Philippe Picquier de je ne sais quels noirs desseins. C’est de la calomnie et de l’idiotie pure ! L’éditeur m’a fait confiance et j’assume la responsabilité de la traduction. Je voudrais savoir si les éditeurs des autres traducteurs (présents sur ce blog) ont à leur disposition un traducteur pour relire les traductions des traducteurs. Il semblerait aussi que certains proposent une formule mathématique pour évaluer une traduction : « texte français = texte chinois x 1,5 » en oubliant de préciser l’unité de mesure. Dans le cas du livre qui nous préoccupe, nous avons : Texte chinois : 30 caractères x 28 lignes x 267 pages (237 000 caractères selon l’éditeur). Texte français : 50 lettres x 33 lignes x 476 pages = 785 400 lettres. La formule est-elle respectée ? Ne connaissant pas l’unité de mesure, je suis incapable de répondre.
    Je ne crois pas, comme le déclarent certains que les écrivains chinois soient très à cheval sur les détails de style. Le contenu est pour eux plus important que la forme. D’ailleurs, quand je lis les commentaires de lecteurs chinois, je vois qu’ils critiquent surtout l’histoire et non la forme. D’autre part, excepté pour Lao She, j’ai toujours gardé le contact avec les auteurs que je traduisais et, plusieurs fois, je leur ai signalé des erreurs scientifiques ou chronologiques et ils m’ont toujours autoriser à les modifier comme bon me semblait. Je ne publierai pas les exemples car, contrairement à certains participants de ce blog, je n’éprouve pas le besoin de ridiculiser mes semblables pour montrer mon intelligence (au cas où j’en posséderais une).
    J’ai aimé ce livre car j’y ai retrouvé une atmosphère que j’ai un peu connue et je l’ai peut-être mieux compris que d’autres car j’étais abonné au Renmin Ribao au Renmin Huabao et d’autres journaux, ce qui m’a permis de comprendre ce que des plus jeunes que moi n’ont pas bien compris.
    Ici, se termine mon plaidoyer.
                                                                               Claude Payen (23 avril 2013)

dimanche 8 juillet 2007

Triades de Shanghai vs Shanghai Triad

Ce billet aurait pu être le billet inaugural de notre série « Traduit du chinois », mais il y sera moins question du contenu du livre mis en examen [avis aux amateurs] que des à-côtés de sa diffusion. Il aurait également pu s'intituler « Un film, deux auteurs, deux traductions, un public », ou bien encore « Devoir de vacances », car il pose des questions pour lesquelles je n'ai pas encore de réponses définitives. Il ne s'agit donc pas de notre sixième devinette, laquelle est en préparation. Voyons de quoi il retourne, en prenant le temps de poser les éléments de l'interrogation.

Ce billet d'humeur trouve son origine dans l'annonce voici quelques semaines par les Editions Philippe Picquier de la sortie « en juin 2007 » - Amazon indiquait le 29 juin-, d'une nouvelle traduction du chinois signée Claude Payen.

Celui-ci est - est-il besoin de le signaler - devenu ces dernières années un des piliers de la maison d'édition sise au Mas de vert : aux sept traductions déjà réalisées pour l'éditeur (cf. Le rêve du village des Ding, Picquier, janvier 2007), il en ajoute une nouvelle avec ces Triades de Shanghai offertes sous le nom d'auteur Bi Feiyu 毕飞宇. Or donc après L'opéra de la lune (sorti en 2003) et les Trois sœurs (sortie en 2005 et repris en poche cette année), c'est un nouveau titre de cet écrivain originaire de Xinghua au Jiangsu qui voit le jour. Notons au passage que c'est le troisième ouvrage de cet auteur chez cet éditeur par ce traducteur et qu'un quatrième ouvrage de Bi Feiyu [Yutian de mianhuatang 雨天的棉花糖] est disponible en traduction française chez Actes Sud : De la barbe à papa un jour de pluie (Isabelle Rabut (trad.), 2004).

Bi Feiyu, nous disent invariablement ses biographes, a « passé son enfance et sa jeunesse à la campagne » ; il a « commencé à écrire très tôt, d’abord des poèmes, ensuite des nouvelles et des romans, dont plusieurs ont été couronnés par des prix littéraires » ; c'est « un des écrivains les plus prometteurs de la jeune génération » (notice éditeur) et, nous ajoute Noël Dutrait dans la version augmentée de son Petit précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine (Picquier, 2005, p. 88-89), un « auteur attachant », un « écorché vif », « né en 1964 ». Ajoutons que Bi Feiyu tient sur Sina.com un blog que nous visiterons une fois prochaine. Pour l'heure, ne traînons pas et regardons ensemble la fiche descriptive de l'ouvrage :
BI Feiyu, Les Triades de Shanghai. Traduit par Claude Payen. Collection Chine, 240 pages / 19,00 € / ISBN : 87730-951-6 Dans les années trente, Shuisheng, dit « Œuf pourri », un adolescent ingénu débarque de la campagne à Shanghai. Accueilli par son oncle qui l’introduit dans l’univers de la mafia, il a pour fonction de servir Bijou, maîtresse du parrain d’une triade et patriarche de la grande famille Tang. C’est auprès de Bijou, femme artiste, chanteuse et danseuse sexy des nuits chaudes de Shanghai, orgueilleuse, capricieuse et arrogante qu’il va apprendre la vie, dans un monde de luxe, avec ses hiérarchies, ses privilèges et ses règles surtout : un autre monde où règnent l’argent, la jalousie et la trahison tout autant que l’appétit du pouvoir. Devant ses yeux d’enfant vont se jouer progressivement des drames au cours desquels s’affrontent les ambitions et les passions de chacun. Et où chacun joue sa vie. Peu après sa publication, le roman de Bi Feiyu fut porté à l’écran en 1995 par Zhang Yimou sous le titre Shanghai triad, avec Gong Li dans le rôle de Bijou. Sortie en juin 2007
[La couverture figure à la gauche de notre illustration]
Certes les amoureux de Gong Li 巩俐 (1965-) n'ont sans nul doute pas oublié son interprétation et s'émeuvent encore à l'évocation sa brouille avec son Pygmalion, avec lequel elle avait précédemment tourné six longs métrages. L'événement fut abondamment commenté à l'époque : en témoigne la note un rien moqueuse et désobligeante de Pacale Frey (Lire, nov. 1995) titrée un peu cavalièrement « La fin d'une héroïne » :
Dans Shanghai Triad, Zhang Yimou enterre son actrice fétiche.
Les adaptations cinématographiques suivent parfois d'étonnants méandres. S'étant disputé avec Gong Li, son actrice fétiche au cinéma et sa femme dans la vie, le metteur en scène Zhang Yimou (réalisateur d'Epouses et concubines) a purement et simplement tué l'héroïne à la fin du film. Et pas n'importe comment, puisqu'il l'enterre vivante! (.../...) Entourée d'excellents comédiens, l'actrice principale se taille cependant la part du lion. Gong Li a eu la bonne idée d'attendre la fin du tournage pour se disputer avec son mari. Elle ne voulait pas se retrouver figurante !
Le film de Zhang Yimou 张艺谋 (1951-) dont le titre chinois original était Yao a yao, yao dao waipo qiao 摇呀摇﹐摇到外婆桥 a été diffusé hors Chine sous celui plus accrocheur de Shanghai Triad. Nommé aux Oscars américains de 1996, il faisait parti de la sélection officielle chinoise du Festival International du Cinéma de Cannes 1995 . Il obtint le Grand Prix de la commission supérieure technique et, la même année, le Prix de la meilleure image du Cercle de la critique de New York. [Voir l'affiche pour les USA à droite de l'illustration]. Dans les fiches descriptives du film disponibles dans les différentes bases de données cinématographiques, la répartition des tâches d'écriture révèle un élément qui pourrait intriguer le lecteur des Triades de Shanghai ou faire remonter à sa mémoire des éléments vieux de 12 ans :
Scénario de Bi Feiyu, d'après le roman de Li Xiao
[Written By Bi Feiyu. Adapted From A Novel By Li Xiao]

Tout le monde n'a, en effet, peut-être pas oublié qu'au moment de la sortie du film Shanghai Triad, un ouvrage avait été publié sous ce titre et une couverture reproduisant l'affiche française du film [Voir au centre de notre illustration]. Il s'agissait de :
Li Xiao, Shanghai Triad.
Paris, Flammarion,
traduit du chinois par André Lévy, 1995 (199 pages).
Cette traduction parue dans la collection « Lettres d'Extrême-Orient » dirigée par Alain Peyraube dut vraisemblablement recevoir un bon accueil, puisque elle a été rééditée en format de poche chez J'ai Lu (collection « Littérature générale », n° 4390, 1997, 192 pages). Il est vrai que sa présentation ne manquait pas de donner une certaine épaisseur à son propos :
Shanghai, la concession française dans les années trente. Les sociétés secrètes qui dominent la ville se livrent une lutte sans merci pour prendre le contrôle du marché de l'opium et régner sur la Chine. Shuisheng, un jeune paysan de dix-sept ans, cousin pauvre du Patron de la Compagnie-des-quatres-mers est mis dès son arrivée dans la ville au service de la favorite de ce dernier. Candide au pays du crime, il sera l'instrument de cruelles vengeances avant de retourner en sa faveur les rouages de l'Organisation. Un Parrain où les robes des mandarins auraient supplanté les borsalinos. Ce roman aux odeurs de corruption, est avant tout un portrait du Shanghai de la belle époque où la puissance, la peur et la trahison font se jeter les uns contre les autres ceux qui hier étaient frères. Au croisement du roman noir et de la satire politique (derrière Tian on reconnaît le Grand Timonier), Li Xiao frappe à l'arme blanche et nous entraîne dans un savant jeu de go.
On reconnaît ici les pistes d'interprétation ouvertes par le traducteur, lequel avait consacré au roman une communication lors du « Colloque Littérature chinoise : état des lieux et mode d'emploi » organisé par feu le Groupe de recherche sur l'Extrême-Orient contemporain (GREOC) de l'Université de Provence et qui s'était tenu à Aix-en-Provence, le 10 février 1996 : « A propos de Banggui par Li Xiao : des clés pour un roman ? », in Noël Dutrait (ed.), Littérature chinoise. Etat des lieux et mode d'emploi. Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence, 1998 (103 pages), pp. 53-63.

Il n'est sans doute plus la peine de présenter André Lévy, car les amateurs de littérature chinoise, ancienne et contemporaine, ont souvent croisé son nom, soit dans le rôle du spécialiste du roman chinois ancien en langue vulgaire, soit dans celui du traducteur de monuments tels que Jin Ping Mei 金瓶梅 et de Xiyouji 西游記 pour la Pléiade, et d'un non moins gigantesque Pu Songling 蒲松齡 (Picquier) et de tant d'autres fictions anciennes, comme contemporaines : Bai Xianyong 白先勇 (Picquier, voir ici & ici), Li Ang 李昂 (Picquier) et Li Xiao 李晓 [j'en oublie sans doute ! Il faudra un jour prochain rendre hommage à ce marathonien de la traduction dont le palmarès est trop long pour tenir entre deux crochets] ; alors retenons simplement de son intervention les éléments clefs.

Sur l'auteur d'abord :

« Li Xiao, né en 1950 (...), est le fils du célèbre écrivain Ba Jin/Pa Kin [Bajin 巴金], pseudonyme de Li Feigan 李芾甘 (1904-2005) (...). [Il] aurait passé huit ans à la campagne. » Ajoutons à cette présentation sommaire ce que nous apprend de plus le site Word Without Borders à l'occasion de la publication en ligne d'un texte de lui - « Appointment in K City » -, traduit par Zhu Hong :
Li Xiao was born in 1950 in Shanghai. (...) Li Xiao graduated from the Chinese department of the prestigious Fudan University in Shanghai, and started publishing fiction in the 1980s. His works include The Last Supper (Beijing: Hua Ye Publishers, 1993), The Overpass (Taipei: San Min Publishers, 1989), and A Man is Established at Forty (Jiangsu Publishers, 1996). To date Li Xiao has published over twenty short stories and novellas and two anthologies.
Ceci donne un peu plus de consistance au personnage que, comme le signalait déjà A. Lévy, « d'excellents spécialistes de littérature contemporaine chinoise ignorent » (p. 54). Li Xiao n'est donc pas un pseudonyme ou un prête-nom, mais bel et bien un écrivain.

Le livre maintenant :

Plus et mieux qu'un vulgaire roman policier, c'est un récit de « facture classique, ne prétend[ant] pas renouveler le genre. Il n'en est pas moins soigneusement composé et finement tressé, sans abuser du procédé trop facile des fausses pistes, sachant préparer les rebondissements par des indices discrets ou des avertissements qui les rendent vraisemblables. La structure générale est en forme de suite lyrique, traditionnelle dans les arts du spectacle : introduction, yinzi, onze sections et coda, weisheng (traduit par épilogue). En fait, on a le sentiment d'un récit composé en vue d'une adaptation cinématographique, tant il se découpe facilement en scènes visualisées du dehors par un narrateur doué d'omniscience sélective. » (p. 54-55)

« S'agit-il vraiment d'un roman ?, interroge André Lévy. Est-ce une oeuvre de la littérature chinoise à part entière. L'éditeur de la version française, escomptant un succès commercial comparable à celui qu'il espérait du film de Zhang Yimou (1950-) l'a affublé du titre que nul ne s'est donné la peine de traduire de l'anglais, Shanghai Triad. On apprend au verso de la page que le titre original aurait été La loi du milieu, ce qui était une façon de rendre Banggui 帮规 de la part de l'agent littéraire pour ce qui signifie plus exactement Règles de société secrète (...). Ce récit, totalisant à peine plus de soixante-quinze mille caractères, a plutôt la dimension d'une longue nouvelle. A-t-il paru dans un recueil ou sous forme de roman indépendant ? Nous ignorons même s'il est publié, n'ayant eu accès qu'à une mauvaise copie de ce qui semble être une épreuve d'imprimerie datée d'avril 1994. » (p. 53-54)

Qu'en est-il maintenant du roman de Bi Feiyu dont l'éditeur français nous fournit quand même le titre original Shanghai wangshi 上海往事, la date et le lieu d'édition : 2003 et Jiangsu Art and Literature Press (vraisemblablement Jiangsu wenyi chubanshe 江苏文艺出版社) ?

Le plus simple serait sans doute de le demander directement à l'auteur, mais, celui-ci s'est déjà exprimé sur le sujet dans plusieurs interviews (ici & là). Il avoue - je résume -, que lorsqu'il n'était encore qu'un jeune écrivain, Zhang Yimou l'avait contacté pour travailler sur le scénario de son film, il n'avait alors aucune expérience de ce genre, que sa collaboration avec le réalisateur avait été fructueuse et qu'au final, Shanghai wangshi « n'était pas à proprement parler un roman (xiaoshuo 小说), mais qu'il avait donné une forme romanesque au scénario du film. » A aucun moment (dans la dizaine d’articles consultés), il n'évoque l'intervention de Li Xiao ou l’existence d'une source d'inspiration extérieure. Il n’en reste pas moins que son texte est facilement consultable en ligne (comme ici et là) contrairement à celui de Li Xiao, qui semble avoir disparu.

Voici maintenant un lot de questions qui me sont venues à l'esprit en réunissant pour vous les différents éléments présentés plus haut concernant la publication problématique par les Editions Philippe Picquier de la traduction par Claude Payen de Shanghai wangshi de Bi Feiyu sous le titre Les Triades de Shanghai, roman présenté, sans référence à Li Xiao, comme la source du film Shanghai Triad :
Quelle est donc la nature de ce livre ?
Est-ce la source du scénario du film Shanghai Triad ou sa narrativisation ?
Quel est son rapport avec le ‘roman’ de Li Xiao ?
Quel est son statut littéraire ?
Cet ouvrage méritait-il une traduction ?
Pourquoi l'éditeur et/ou le traducteur ne fourni(ssen)t-il(s) pas à leurs lecteurs des explications sur les points précédents ?
Peut-on livrer une traduction sans appareil critique autre qu'une quatrième de couverture dont on sait qu'elle sera reprise ad nauseam par les critiques pressés et les sites de vente en ligne ?
Libre à vous d'en ajouter d'autres et de livrer vos réponses ou hypothèses dans la fenêtre des commentaires : je m'engage à fournir une synthèse de vos interventions et réactions à la rentrée. D'ici-là, n'oubliez pas notre Appel à communication (P.K.)

dimanche 28 janvier 2007

Nouveautés éditoriales (01/07)


L’année commence bien pour la littérature chinoise en traduction puisque viennent de sortir, ces jours-ci, deux titres qui nous parlent de la Chine profonde :

C’est d’une part Le vendeur de nids d’hirondelles aux Editions Bleu de Chine. Cette Anthologie de nouvelles chinoises contemporaines traduites par Françoise Naour réunit des textes de YANG Dazhen, FEI Yu, LI Zhenwei, ZHOU Daxin, CAO Junqing, CHEN Wu et BEI Bei, qui, selon l’éditeur, sont
des écrivains nés au milieu des années mille neuf cent cinquante, appartenant à cette génération de jeunes envoyés dans les campagnes à la fin de la Révolution culturelle. D’où leur attachement et leur connaissance de ces régions rurales pour lesquelles ils gardent un brin de nostalgie malgré leurs années de vie difficile. Bei Bei, la plus jeune, âgée de quarante ans, est aujourd’hui rédactrice à la revue « Roman choisi », Xiaoshuo Xuankan. Enseignante de formation, elle se consacre à l’écriture depuis 1990.

D’autre part, c’est Le Rêve du Village des Ding de YAN Lianke. Ce roman, traduit du chinois par Claude Payen, a déjà reçu d’excellentes critiques. Voir notamment celles que l’éditeur signale sur son site où il le présente ainsi :
Le Rêve du Village des Ding est un roman bouleversant. Bouleversant par la tragédie qu'il raconte, bouleversant parce qu'il n'est que la fiction d'une réalité plus terrible encore. C'est l'histoire de centaines de milliers de paysans du Henan contaminés par le sida que l'auteur évoque dans ce roman d'une émotion poignante, traversé de rêves et de prémonitions. "Colère et passion sont l'âme de mon travail", dit Yan Lianke. Son livre est aujourd'hui interdit en Chine et l'auteur privé de parole.
Sur son blog, Pierre Haski en parle également avec beaucoup d’émotion :
la sortie de la traduction française .../... du roman de Yan Lianke, Le rêve du village des Ding me permet de dire tout le bien que je pense de cet auteur, et surtout de ce livre. Ce roman raconte sur le mode fictionnel une histoire parfaitement authentique : la vente du sang dans les villages du Henan dans les années 90, qui a contaminé des dizaines, voire des centaines de milliers de paysans chinois avec le virus du sida. Lire la suite

Complément :


Comme indiqué dans un commentaire attaché à ce billet, le site Aujourd’hui la Chine a réalisé un entretien avec Yan Lianke. La vidéo, mise en ligne le 5 février, dure 5 minutes 17 secondes. Elle peut être consultée à partir de la rubrique Culture/Livres ou directement à partir d'ici. Merci pour cette information et bravo pour la qualité du document. (ND/PK)