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jeudi 1 avril 2010

Devinette (022)

Je ne vous ai pas proposé de devinette depuis le 31 mai 2009 ! Fort de cette constatation, j’ai décidé qu’il était grand temps de renouer avec une tradition qui avait ses adeptes.

Cette devinette, qui invite à identifier un auteur, un ouvrage, ou au moins à formuler des hypothèses sur la date de rédaction de cet avant-propos et à trouver la nationalité de son rédacteur, est la 22ème d’une série initiée le 19 mars 2007. Bonne chance :
Le roman chinois n'est connu en France que par quelques ouvrages de second plan, traduits en français au XIXe siècle. Tel est le cas pour « Les deux Cousines » (Yu-kiao-li), « Les deux Jeunes Filles lettrées » (P’ing-chan-leng-yen), « La Femme accomplie » (Hao-ts’ieou-tchouan), certaines nouvelles du Kin-kou-k’i-kouan, etc. Quant aux grands romans célèbres, tels les « Quatre livres extraordinaires » (Sseu-ta-k’i-chou), ils n’ont jamais été traduits en français, si ce n’est partiellement. Ces traductions, déjà anciennes, avaient été tirées à peu d’exemplaires et sont pour la plupart épuisées ; aussi, en dehors de ceux qui s’intéressent spécialement aux choses de Chine, le public ignore le roman chinois.
Cependant, si ces traductions peuvent être trouvées dans presque toutes les grandes bibliothèques de Paris, il n’existe pas d’étude des romans chinois en général.
Depuis que nous avons commencé le présent travail, certains de nos compatriotes à Paris ou à Lyon ont fait des travaux sur le roman ; mais pour deux ou trois œuvres étudiées, combien sont laissées dans l’ombre ! Aussi croyons-nous avoir fait œuvre utile en étudiant une vingtaine de romans chinois parmi les plus célèbres, et si le présent travail pouvait inspirer le désir de faire des traductions modernes de romans chinois, nous nous estimerions très satisfaits.
Les réponses viendront en leur temps et accompagneront la présentation d’une étude dont la publication fut soutenue par deux figures marquantes de la sinologie française. (P.K.)

samedi 6 juin 2009

Réponse à la devinette (021)

Alain Rousseau, fidèle parmi les fidèles de cette chronique et des autres, s'est encore brillamment illustré et a fait une nouvelle fois preuve d'une remarquable perspicacité. Si vous n'avez pas encore lu ses déductions dans le seul commentaire reçu depuis la mise en ligne de cette 21ème devinette, les voici – elles sont d'une précision qui fait plaisir à lire et je n'ai pas grand chose à ajouter entre crochets :
L'indice visuel nous emmène cette fois-ci sous la dynastie des Song [宋 (960-1279)], et plus précisément au 12ème siècle, sous le règne de l'empereur Xiaozong [ 孝宗 (r. 1163-1189)]. L'auteur à identifier est donc soit l'empereur lui-même, soit, plus probablement, un de ses éminents contemporains. Je propose donc le nom du philosophe Zhu Xi [朱熹 (1130-1200)], et quant à l'extrait cité, je le vois assez bien provenir d'un certain « Mémoire sur la situation de l'empire » (Wushen fengshi 戊申封事 ), rédigé en l'an 1188 à l'attention de l'empereur, mais n'ayant pas sous la main la traduction qu'en a donnée récemment Roger Darrobers, je n'ai pas pu vérifier.
Bravo ! Alain avait « tout juste ». Ce qu'il ne savait pas c'est que le passage dont le texte chinois occupe les lignes 11 et 12 de la page 171 [ 誠能先其所難。則其易者將不言而自辦。不先其難而徒欲僥倖於其易。則雖朝夕談之不絕於口。是亦徒為虛言。以快一時之意而已。] se trouve à cheval sur les pages 143 et 144 de l'ouvrage dont les références compètes sont : Zhu Xi, Mémoire sur la situation de l'empire (Wu-shen fengshi) 1188. Traduit du chinois, présenté et annoté par Roger Darrobers. Paris : Editions You Feng, 2008, 192 p. et dont il sera plus amplement question dans un billet de ce blog qui devrait s'intituler « Zhu Xi réactivé ». Mais rien ne vous empêche de le dévorer d'ici-là. (P.K.)

dimanche 31 mai 2009

Devinette (021)

Voici pour finir un mois de mai épuisant, et avant de commencer un mois de juin qui ne devrait pas l'être moins, une petite devinette - la 21ème - dont la teneur soutiendra, je le souhaite, les efforts de ceux qui comme l'auteur de ces lignes et son talentueux interprète - qu'il faut identifier -, ne se satisfont pas de palabrer à longueur de journée :

« C'est lorsqu'on est authentiquement capable de commencer par le plus difficile, que le plus facile se réalise spontanément, sans qu'il soit nécessaire d'en parler. Refuser de commencer par le plus difficile, en souhaitant inopinément gagner le plus facile, fût-ce en en parlant sans cesse du matin au soir, se ramène à de vaines palabres, justes bonnes à satisfaire les idées du moment. »

La réponse, qui tombera aussi vite que possible, me permettra de rattraper un retard coupable dans le suivi des publications récentes sur la Chine ancienne. (P.K.)

vendredi 17 avril 2009

Réponse à la devinette (020)

Emblème de charge administrative de niveau 1A (Qing 清)(source).

Je ne pouvais pas partir en vacances en vous laissant suspendus à une devinette dont l'élucidation réservait comme d'ordinaire son lot de difficultés. Il n'empêche que deux fidèles de ce blog ont trouvé et se sont manifestés très rapidement :
  • le premier (ou bien ne serait-ce pas plutôt, la première) a répondu en fournissant la traduction du poème que le traducteur à découvrir avait laissé de côté. Pour lui (ou pour elle), il était clair que nous avions affaire à un des contes de Ji Yun 紀昀 (1724-1805), un de ceux si bien traduits par Jacques Dars dans le volume numéro 99 de la collection qu'il dirige aux Editions Gallimard, la prestigieuse collection « Connaissance de l'Orient ». Ce gros volume (563 pages) sortit en 1998 sous le titre de Passe-temps d’un été à Luanyang (Luanyang xiaoxia lu 灤陽消夏錄) ; il correspond au premier des cinq recueils composant un ensemble appelé Yuewei caotang biji 閱微草堂筆記, Notes de la chaumière des perceptions subtiles. Ce recueil initial (et sa traduction intégrale) offre pas moins de 297 récits ou plutôt « notes prises au fil du pinceau » (biji 筆記) couchées dans une langue classique directe, sans apprêt, mirabilia surprenants, faits rares et inexpliqués, récits mettant en scène esprits et démons, réunis et publiés par Ji Yun à partir de 1789. Ce récit est le 41ème et il reçoit un titre qui donne une indication sur la tonalité humoristique de beaucoup des récits de Ji Yun, « Jours tranquilles à Urumqi » (pp. 85-87) [Je poste le texte chinois de ce récit sur le blog des étudiants de Master qui ont le plaisir de travailler sur des extraits de cette œuvre].
  • Alain Rousseau fut, de son côté, mis sur la piste par la mention du lieu. Il a reconnu Urumqi [Wulumuqi 烏魯木齊] sous la transcription Oulumutsy et, en amateur praticien du Zibuyu 子不語 de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) et lecteur attentif des bonnes traductions, il a identifié l'auteur qui, comme nous le rappelle Jacques Dars dans son introduction (pp. II-III), avait été envoyé, en 1770, occuper pendant deux années un poste subalterne dans les Marches de l'empire mandchou. L'auteur trouvé, il restait les traducteurs. Ses sibyllins conseils laissent à penser que le problème ne lui résista pas longtemps : « Relisez les archives du blog, tout y est ! » C'était bien vu, car, en effet, j'avais à plusieurs occasions fait état des travaux de celle à qui l'on doit « Une tradition » et même signalé l'ouvrage d'où j'avais extrait ce passage révélateur de la technique propre à cette personne. Un billet du 7 juin 2008 fournit même des reproductions de mon exemplaire personnel. Le lama rouge et autres contes parut vers 1926 et à Paris, aux Editions de l’Abeille d’Or. Il est le fruit d'une collaboration entre Lucie Paul-Margueritte (née en 1886) (dont on se souvient qu'elle visita des registres aussi éloignés que la gaudriole Ming et le catéchisme néo-confucéen) et Tcheng-Loh [Chen Lu] 陳籙, « Ministre Plénipotentiaire de Chine à Paris », né en 1877.
Or donc, merci et bravo à tous les deux. Il n'en reste pas moins que l'évaluation de cette traduction reste à faire. Une rapide confrontation avec celle de Jacques Dars et le texte chinois, montre que le couple que constitua le distingué Chinois de passage en France et l'infatigable graphomane, fille de l'écrivain Paul Margueritte (1860-1918), prenait toutes les libertés avec leur source. On en saura plus sur ce point lorsque Mlle Huang Chunli 黄春丽, étudiante chinoise en deuxième année de Master Recherche en Littératures mondiales et interculturalité (Université de Provence) aura mis un point final à son mémoire qui s'attache à la comparaison des traductions françaises des récits de Ji Yun. Elle y intègrera bien évidemment l'autre traduction partielle du Yuewei caotang biji qui est sans doute devenue aussi difficile à trouver que Le Lama rouge. On la doit à Jacques Pimpaneau : Notes de la chaumière des observations subtiles. Paris : Kwok-on, 1995.

On reparlera donc assez rapidement de Ji Yun et aussi des différentes façons de s'y prendre avec la littérature chinoise des temps anciens – assurément le passage retenu est le prototype de la plus mauvaise d'entre elles. En attendant, je vous invite, pour redresser la barre, à vous rendre à Luanyang avec Jacques Dars ; on ne peut rêver meilleure compagnie en la circonstance. Bonnes vacances à tous. (P.K.)

dimanche 5 avril 2009

Devinette (020)

Emblème de charge administrative chinoise de niveau 2A
sous la dynastie Qing 清 (1644-1911) [Source].


Le texte suivant, baptisé « Une tradition », est, sachez-le, une traduction réalisée directement à partir d'une langue orientale. Je vous le livre dans sa totalité et vous invite à trouver son auteur, ainsi que le nom de l'œuvre dont il est tiré, et, pour les plus intrépides d'entre vous, le traducteur :
A Oulumutsy, ma fonction était de délivrer et de viser les passeports des morts qu'on transportait d'Oulumutsy dans l'intérieur de la Chine. Sans passeport, l'âme des morts n'aurait pas pu franchir la grande muraille.
Cette tradition, imposée par je ne sais qui et datant de je ne sais quand, me parut si ridicule que j'obtins du Gouverneur Militaire l'autorisation de la supprimer. Tout le monde m'approuva. Dix jours plus tard, le bruit courut que les esprits gémissaient dans la ville. J'en augurai que les petits fonctionnaires inventaient des histoires pour ne pas renoncer au bénéfice des passeports et je ne tins pas compte de l'avertissement. Mais un soir de pleine lune et de nuit claire, me promenant dans le jardin, avec mon ami Koun, exilé comme moi, j'entendis devant la fenêtre de ma chambre d'étranges rumeurs qui semblaient s'éloigner à mesure que nous avancions. Mon ami me dit :
« Votre décision est certes raisonnable, mais l'incident de ce soir me paraît significatif. Reprenez la vieille tradition et délivrez de nouveau les passeports. Je crois que les esprits ne vous importuneront plus. »
Je suivis dès le lendemain le conseil de mon ami. Et à dater de ce jour, on n'entendit plus gémir dans la ville ni hors de la ville.
Je m'engage à vous livrer la solution très prochainement. Degré de difficulté : élevé pour tous, évident pour une petite poignée de savants qui peuvent néanmoins répondre en livrant des indices complémentaires mais sans dévoiler la solution à cette vingtième devinette. Bonne chance. (P.K.)

mercredi 1 avril 2009

Réponse à la devinette (019)

Comme il l'a annoncé dans le commentaire par lequel il révélait des éléments prouvant qu'il avait correctement identifié l'auteur de l'extrait retenu pour la devinette numéro 19, Alain Rousseau « n'a pas volé sa place au tableau d'honneur » des participants à notre petit jeu. Il s'y trouve d'ailleurs tout seul, car personne d'autre que lui n'a fait de proposition. Bravo et surtout merci.

Cliché pris à proximité du Temple de la Déesse Kishimojindo 鬼子母神
(
Quartier d’Ikebukuro 池袋, Tôkyô) [PK, août 2007]

Le moment est donc venu, en ce 1er avril, de révéler que l'auteur à trouver était Lafcadio Hearn, né en Grèce (Leucade) en 1850 (le 27 juin) et mort à Tōkyō, le 26 septembre 1904 sous l'identité de Koizumi Yakumo 小泉八雲, le nom qu'il s'était choisi en se faisant naturaliser Japonais en 1896. Son œuvre (quelque 25 titres dont une dizaine seulement accessible en français) incidemment évoquée à deux reprises sur ce blog, mériterait plus d'attention qu'elle n'en reçoit actuellement chez nous [Voir la notice bibliographique que lui consacre Visage vert].

On peut certes assez facilement trouver une traduction de son ouvrage le plus connu : Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges (1904). C'est vraisemblablement la traduction de Marc Logé datant de 1910 qui est toujours au catalogue du Mercure de France, mais dans une édition allégée (collection « Le petit mercure », 126 pages). Il est encore plus facile de lire l'ensemble de ces histoires bizarres en anglais sur internet (ici et là). On pourra aussi frissonner, voire plus, en regardant le film - 怪談 - qui en fut tiré par Kobayashi Masaki 小林 正樹 (1916-1996). La bande annonce d'époque (sous-titrée en français) de ce film primé à Cannes en 1963 est accessible sur Youtube ; ne la manquer pas : attention âmes sensibles s'abstenir.

Le Serpent à Plumes (2007) propose pour sa part « une cinquantaine d'histoires recueillies par Lafcadio Hearn d'après le folklore japonais [et qui] révèlent un éventail thématique très ouvert, allant du conte de fées aux histoires d'ogres et de vampires... » sous le titre de Fantômes du Japon. La même année, les Editions Gallimard avaient remis en circulation deux courts textes extraits d'un recueil traduit en 1932 par Marc Logé et qui parut à nouveau au Mercure de France en 1960, puis en 1993. Il constitue le numéro 4668 de la collection « Folio 2 € ».

Suivi de Kizuki le sanctuaire le plus ancien du Japon, on retrouve donc Ma première journée en Orient qui fait revivre la découverte par Hearn de Yokohama 横浜 et de ses environs en 1890. Parmi les diverses évocations de ces premiers moments, j'aime beaucoup celle-ci :
« Dans chaque paire de socques japonaise, l'une des deux fait, en marchant, un bruit légèrement différent de l'autre, de même que kring est différent de krang. De sorte que l'écho des pas d'un marcheur a un rythme alterné de tons. Sur le trottoir d'une gare, par exemple, le son acquiert une sonorité immense. Et la foule se met parfois inconsciemment à marcher au pas, d'où résulte le plus drôle des sons traînants de bois imaginable ». (pp. 27-28)
Une dernière chose avant de quitter cet auteur aussi attachant et original que curieux : le passage à identifier se trouve pages 23 à 25. Le texte complet (pages 11 à 52) constitue, me semble-t-il, une excellente introduction à une œuvre sur laquelle nous ne pourrons pas ne pas revenir et une irrésistible invitation à découvrir de nouveaux horizons. (P.K.)

mardi 24 mars 2009

Devinette (019)

(Au Sankeien 三溪園 - Yokohama, 2004 - PK)

Pour la deuxième devinette depuis le début de cette année, j'ai retenu un texte qui parle du Japon – il s'agit, notez-le, d'une traduction :
Chaque fois que vous avez regardé quelque chose, une force mystérieuse vous contraint à l'acheter, à moins que, comme il arrive souvent, le vendeur souriant vous ayant invité à inspecter tant de variétés d'un seul article (dont chacun est particulièrement désirable), vous ne vous enfuyez saisi de terreur devant vos propres impulsions. Le boutiquier ne vous demande jamais d'acheter, mais ses marchandises sont enchantées, et si vous vous laissez tenter, vous êtes perdu ! Le prix modeste des articles vous induit à la ruine, car le nombre d'objets artistiques peu coûteux est inépuisable. Le plus grand navire traversant le Pacifique ne saurait contenir tout ce que vous désirez acheter. Car bien que vous ne vous avouiez pas la chose à vous-même, ce que vous désirez vraiment acheter, ce n'est pas le contenu du magasin : vous désirez la boutique et le boutiquier, et les rues de magasins avec leurs amusantes draperies et leurs habitants pittoresques, la ville tout entière, la baie et les montagnes qui la ceinturent, l'ensorcellement blanc du Fuji-Yama surplombant le tout dans un ciel sans nuages – le Japon tout entier, en vérité, avec ses arbres magiques et son atmosphère lumineuse, avec toutes ses îles, ses villes, ses temples, et ses quarante millions d'êtres les plus aimables de l'univers. Il me revient à l'esprit certaine phrase que j'entendis prononcer par un Américain pragmatique en apprenant qu'un grand incendie avait eu lieu au Japon : « Oh ! Ces gens-là peuvent se payer des incendies : leurs maisons sont bâties à si peu de frais ! » Il est vrai que les frêles maisonnettes en bois des gens du peuple peuvent être très rapidement reconstruites à fort peu de frais, mais on ne peut remplacer tout ce qui les embellit à l'intérieur, et chaque incendie est une véritable catastrophe artistique. Car ce pays est celui d'une variété infinie d'objets faits à la main ; la machine n'a pas encore réussi à introduire la monotonie et la laideur utilitaire dans la production à bon marché – sauf lorsqu'une demande de l'étranger exige des objets de mauvais goût pour des marchés vulgaires. Ainsi chaque objet créé par un artiste ou un artisan japonais diffère encore de tous les autres de la même fabrication. Et chaque fois qu'un bel objet périt par le feu, c'est un objet représentant une idée individuelle qui disparaît.
Il faut, je vous le rappelle, identifier l'auteur de ces lignes et accessoirement l'ouvrage dont est tiré l'extrait. Bonne chance. Résultats et tableau d'honneur, le 1 avril ! (P.K.)

(Cliché pris à Tokyo le 27/08/07, PK)

dimanche 25 janvier 2009

Réponse à la devinette (018)

« Je songeai à traduire le Roman du bord de l'eau, ....
Pourtant, j'en vins à la conclusion que de tels textes étaient,
aussi, difficilement traduisibles. »

La dix-huitième devinette n'a guère suscité d'intérêt, aussi ma réponse sera brève. Elle le sera d'autant plus que l'ouvrage dont était extrait le passage fera l'objet d'un billet dans la série « Indisponible » inaugurée il y a peu.

Françoise P., qui fut la seule à concourir, va donc pouvoir enfin vérifier si son identification était correcte. L'auteur des lignes qu'on a pu lire est Danielle Elisseeff. L'ouvrage dans lequel elle faisait revivre avec délicatesse et maestria Huang Jialüe 黄嘉略, alias Arcade Huang (1679-1716) est semble-t-il épuisé. Il a pour titre Moi, Arcade, interprète chinois du Roi-Soleil (Paris : Arthaud, 1985, 192 p.).

En posant ma devinette, j'avais procédé à une petite coupe sur les pages 164 à 167 ([...] dans le dernier paragraphe), coupe que je vais combler maintenant :
« … dont nous avions tiré deux textes que M. Fréret s'était naguère donné la peine d'apprendre. »
La référence à l'auteur des Réflexions sur les principes généraux de l'art d'écrire et en particulier sur les fondements de l'écriture chinoise (1718) aurait sans doute grandement facilité l'identification du personne mis en scène, mais également de l'auteur, car Danielle Elisseeff a également consacré, voici quelque trente ans, une monographie à ce personnage marquant des études chinoises : Nicolas Fréret (1688-1749). Réflexions d'un humaniste du XVIIIe siècle sur la Chine. (Collège de France/Institut des Hautes Etudes Chinoises, 1978, 251 pages, coll. « Mémoires de l'IHEC »).

Je reviendrai sur l'intérêt qu'il y aurait à pouvoir disposer à nouveau de ces deux ouvrages, mais ne peux vous quitter sans vous signaler que le dernier opus de Danielle Elisseeff est bien disponible et tout aussi réussi. Il a été publié en 2008 par l'Ecole du Louvre et la Réunion des Musées nationaux, dans la collection des « Manuels de l'Ecole du Louvre », sous le titre : La Chine du Néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère). Art et Archéologie. 381 pages richement illustrées à lire de toute urgence. (P.K.)

mardi 6 janvier 2009

Devinette (018)

Deux pages d'une belle édition du Qianjiashi 千家詩
qu'on peut, en partie, feuilleter à partir d'ici.


Pour cette première devinette de l'année, j'ai retenu un passage assez long d'un ouvrage lu pendant les vacances, ouvrage relativement récent qui, c'est mon avis, mériterait une réédition. Je n'en dis pas plus et vous laisse entrer dans l'esprit du personnage qui est, grâce à la qualité de l'écriture, miraculeusement ramené à la vie :
Je finis par me rendre à ses arguments, songeant, surtout, qu'une telle entreprise me servait d'abord à gagner ma vie et assurer l'avenir de ma fille. Je me mis donc en quête d'une œuvre qui flattât davantage les goûts primesautiers et volontiers lestes qui ont cours ici, malgré les protestations des hommes d'Eglise.
Cette recherche me causa bien du souci car mon bagage d'écolier chinois se composait surtout des ouvrages de morale et de philosophie : ceux que nos missionnaires s'attachaient, précisément, à tourner en français et en latin. Si je voulais arracher à M. Galland quelque miettes de son succès, je devais trouver non pas un ouvrage de littérature communément admiré, mais l'un de ces romans que les lettrés écrivent sous le manteau, pour leur divertissement et celui de leurs amis : les éducateurs, habituellement, n'aiment point à les placer entre les mains des adolescents ! Pour comble de malchance, sur ce point, j'avais bénéficié de la plus sévère éducation qui soit, loin d'une famille où les livres interdits peuvent se voler sans encombre aux adultes qui font semblant d'ignorer le larcin. J'étais donc parfaitement ignorant : les bons Pères qui m'avaient élevé se voyaient trop chargés de besogne pour aborder autre chose que le littérature classique. Quelles seraient donc mes ressources ? Je songeai aux richesse immenses de la littérature chinoise même dans ses aspects les plus convenables : je ne désespérais pas de marier la bienséance, mes connaissances et la réussite en ce pays.
Les récits historiques me parurent, dans un premier temps, receler de grands trésors : à d'interminables péripéties, rebondissant de chapitre en chapitre, ils ajoutaient ce parfum ambigu des choses dont on ne sait si elles furent véritablement vécues ou bien inventées. Pourtant, je changeai d'avis aussitôt ; moi-même, je n'avais jamais su me retrouver dans l'Iliade ou l'Odyssée par manque de familiarité avec les hommes et les lieux : tous me paraissaient avoir des noms imprononçables. J'imaginais mon lecteur parisien aussitôt submergé !
Je songeais ensuite aux pièces de théâtre dont la littérature chinoise est si riche depuis le XIVe siècle : genre dont les Français raffolent entre tous. Mais à la réflexion, je doutai que nos tragédies, mi-chantées, mi-parlées, laissent passer leurs grâces à travers une traduction et sans le recours de la scène. Je risquais aussi la censure des dames et de l'Eglise : que dire, ici, d'un drame tel le Dit du luth dont la conclusion heureuse est que le mari trouve le moyen de vivre le plus honnêtement du monde entre ses deux épouses ? Celles-ci, de plus, deviennent au dernier acte les meilleures amies que l'on puisse imaginer et s'entraident pour servir au mieux l'époux tout-puissant. De quoi me faire mettre à l'index !
C'est pourquoi je penchai bientôt pour nos romans à épisodes qui, brodant librement sur un thème historique, me parurent un fonds moins stérile. Je songeai à traduire le Roman du bord de l'eau, la geste des Trois Royaumes, le Récit du voyage vers l'Occident. Pourtant, j'en vins à la conclusion que de tels textes étaient, aussi, difficilement traduisibles. La trame en est faite de variations infinies et romanesques sur une histoire connue de tous et attestée par les annales dynastiques. L'habileté de l'auteur, ou des auteurs, consiste à transposer les faits pour leur donner une coloration philosophique, politique ou morale : le récit ainsi transformé devient, au fil des âges, plus authentiquement existant, dans la mémoire des peuples, que le réalité. Le plaisir que l'on prend à la Chine de cette littérature vient de ses arrangements, de ces interprétations d'un fonds bien connu. Mais les lecteurs d'ici ne sauraient en goûter la saveur pas plus que l'ampleur du style qui, par le biais de l'écriture idéogrammatique, parle autant aux yeux qu'à l'esprit.
En dernier ressort, j'imaginais de traduire les poèmes de l'anthologie que tous les écoliers chinois connaissent, le Qianjiashi, les Poésies de mille auteurs. Des générations de jeunes Chinois y ont appris et y apprennent encore les rudiments des meilleurs auteurs des Tang et des Song, fleurons de notre littérature médiévale. Mais il me parut difficile et presque au-dessus de mes forces de transcrire ces poèmes autrement que dans une prose française maladroite, où les mots chinois et leurs idéogrammes perdraient leur mystérieux pouvoir d'évocation et de correspondance.
Les recherches effectuées sur les layettes de la Bibliothèque du Roi ne firent qu'accroître mon découragement : pas un seul texte littéraire ne s'y trouvait, à l'exception d'un petit recueil de poésies anciennes [...]. Tout le reste n'était que philosophie, histoire, médecine, mathématique : en un mot, tout ce qui pouvait servir à l'avancement des sciences et des techniques, conformément à la tâche que le roi avait confié à ses mathématiciens. Je n'y pouvais, certes, découvrir la source des frivolités que je méditais !
J'attends vos réponses avec impatience et vous promets la solution pour la fin de l'année du rat. (P.K.)

samedi 29 novembre 2008

Réponse à la devinette (017)

Certains l'avaient trouvé :
la source de la devinette n° 17 était ce monument laissé par le
Père Henri Doré S. J. (14 août 1859 - 4 décembre 1931),
Recherches sur les superstitions en Chine
[Zhongguo minjian xin yang] 中國民間信仰.

C'est comme il l'écrit lui-même dans un avant-propos daté du 24 mai 1910 - « En la fête de N.-D. Auxiliatrice, patronne du Kiang-nan » [Jiangnan 江南] -, le fruit « [d']une longue expérience et plus de vingt années de relations quasi-quotidiennes avec les païens », situation extraordinaire qui l'a mis « dans des conditions très favorables pour connaître leur mentalité et toutes leurs croyances ».

Le résultat est en ensemble très copieusement illustré que les Editions You-Feng (Paris) ont eu l'excellente idée de publier en fac-similé en 1995. On peut donc se procurer les 18 volumes auxquels ont été ajoutés une Table analytique et un Index de 440 pages établis par Gilles Faivre qui explique l'utilité de son travail et sa difficulté dans une introduction en forme d'avertissement (pp. 7-10). On ne peut, en effet, faire l'économie de ce volume pour s'orienter dans la masse impressionnante de notations et d'appréciations ainsi réunies -- ce sont, finalement, les premières qui primeront sur les secondes très teintées de l'esprit missionnaire du Père Doré qui découvrit la Chine en 1886, soit un quart de siècle avant l'écroulement du régime impérial.

Le passage retenu apparaissait dans le Tome XIV (p. 605), en conclusion du dernier chapitre de sa présentation de la « Doctrine du Confucéisme ». Pour être équitable, je devrais citer bien des passages concernant les autres « sectes » de la Chine ; je n'aurais en fait que l'embarras du choix. Je vais me contenter de celui dans lequel, à la toute fin de l'« Historique du Bouddhisme. Chine. Depuis les T'ang jusqu'à nos jours » (Partie III, Tome XVII pp. 307-309), Doré évoque (au prix de quelques imperfections pardonnables) un roman pour lequel certains s'enthousiasment encore en ce début de XXIe s. : le Xiyouji 西遊記 [traduit en français par André Lévy sous le titre de La Pérégrination vers l'Ouest (Paris : Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991 (2 tomes)] :
« Entre tous les romans bouddhico-taoïstes, le plus célèbre est sûrement le roman intitulé : Si-yeou-ki Annales du voyage au paradis de l'Ouest. L'auteur de ce roman est, dit-on, l'écrivain K'ieou Tchang-tch'oen [Qiu Changchun] 邱長春, qui vivait sous la dynastie des Yuen [Yuan] 元 .
Imagination féconde, style imagé et toujours alerte , étude approfondie des croyances et pratiques bouddhiques, le romancier a mis toutes les ressources d'un merveilleux talent au service d'une cause qui ne méritait que l'oubli. Son ouvrage est d'une lecture si séduisante, qu'on peut dire sans exagération que presque tous ceux qui connaissent les caractères chinois l'ont lu, sinon en entier, du moins en partie. Le Si-yeou-ki a été, il est encore de nos jours un des grands organes de popularisation du Bouddhisme. Ce roman est un tour de force imaginative, et un petit chef d'œuvre de littérature populaire. Seul le point de départ est un événement historique. Sous le règne de T'ang T'ai-tsong [Tang Taizong] 唐太宗, le bonze Hiuen-tsang [Xuanzang] 玄奘 partit pour son célèbre voyage dans l'Inde, et en rapporta quelques livres bouddhiques. C'est cette base historique que le romancier a élevé la structure de son récit. »
[Suit un micro-résumé de 28 lignes que je ne reproduis pas ;
une note renvoie à la partie II, Tome VIII, « Le panthéon chinois (suite) »
où l'on trouve (pp. 342-359) une notice sur les personnages principaux du roman]

« Le romancier a su y consigner sous, une forme piquante et inoubliable, toutes les cérémonies et pratiques des bonzes dans les diverses péripéties de la vie humaine. (...) Ce roman pourrait s'intituler : le Bouddhisme en légendes. C'est un des premiers que se procure le lettré débutant, pour se distraire par une lecture intéressante, et c'est en même temps un modèle de style romanesque, que les meilleurs écrivains du genre essaient d'imiter. Il ne serait peut être pas exagéré de dire que le nombre des exemplaires du Si yeou ki doit avoir atteint le million, si même il ne l'a point dépassé. »
Voilà qui servira aussi de mise en bouche pour de prochains billets qui parleront de moines bouddhistes peu recommandables, ceux de différents romans coquins, bien différents de ceux qui mettent en scène l'admirable Bodhidharma acteur d'une « pérégrination didactique », ressuscitée par Vincent Durand-Dastés.

Ah ! J'allais oublier de vous donner la traduction (« II : Lecture du talisman ») apportée par Doré au talisman reproduit Tome II (p. 178, figure n° 110) et traduit Tome V (p. 68). Voici tout d'abord, recopiée le plus scrupuleusement possible la « Disjonction des constituants du talisman » (je mets un tiret au lieu d'aller à la ligne ; mes interventions sont entre crochets) :
« 刺令 Tch'e ling De par ordre d'En haut, que - 日 Je le soleil - 月 Yué la lune - 星辰 Sing tch'eng les étoiles (Sur le talisman le dernier caractère de cette expression est seul écrit.) Donc que tous ces astres lumineux éclairent les idées de ce pauvres délirant. - 七星 Ts'i sing que les esprits des sept étoiles de la Grande Ourse - 罡 Kang et les bon esprits T'ien kang [Tiangang] 天罡 viennent à son secours. - 由 Yeou qu'il en soit ainsi ! »
[Ci ling ri yue xing chen qi xing gang you 刺令日月星辰七星罡由]

« II. Ordre suprême est donné au soleil, à la lune et aux étoiles d'éclairer les idées de cet homme en délire. Que les esprits de la Grande Ourse et ceux des bonnes étoiles T'ien kang 天罡 viennent à son secours. Qu'il en soit ainsi ! »
Qui dit mieux ? (P.K.)

mercredi 5 novembre 2008

Devinette (017)

Trouver une devinette qui résistera à Google devient de plus en plus difficile. En vous proposant le texte suivant pour objet de réflexion, je ne suis pas assuré d'avoir mis la main sur un ouvrage ayant échappé à une 'pdf-ification' à grande échelle des sources tombées dans le domaine public. Si c'est effectivement le cas, l'identification de l'auteur (et de la provenance) du texte suivant risque de vous poser quelques difficultés -- juste rétribution de mes efforts pour vous amuser :
Personne n'ignore la campagne bruyante menée par la presse pendant la fin de l'année 1913, en faveur du Confucéisme. Les dissertations succèdent aux dissertations dans le but d'obtenir que le Confucéisme soit proclamé comme religion d'Etat. Les arguments invoqués sont très pauvres, mais la passion des lutteurs décuple leur audace, il s'agit en effet de concentrer dans les mains des lettrés toutes les forces universitaires pour opprimer à leur guise toute idée contraire à la leur ; c'est avant tout un combat acharné contre l'influence des étrangers en Chine. Ces gens-là ressemblent à leurs aînés, ils veulent la liberté mais pour eux seuls, le Confucéisme est pour eux un moyen d'exclure des charges publiques et de l'enseignement quiconque refusera de plier le genou devant l'idole. Le Confucéisme n'est pas une religion, ce n'est qu'une école en littérature, une secte des partisans à outrance de l'antiquité et des traditions des anciennes dynasties chinoises.
En janvier 1917, par neuf voix de majorité, l'Assemblée nationale vient de décréter que le Confucéisme ne sera point établi comme religion d'Etat. La liberté des cultes est sanctionnée. Cette décision, si elle est maintenue, serait un gage de paix et de concorde. Sommes-nous à l'abri d'un retour offensif ? Ce qu'il y a de certain c'est que le bloc des Lettrés n'a pas désarmé.
Après réflexion, je pense que j'aurai peut-être dû me contenter de vous demander de traduire le talisman/indice retenu en illustration. N.B. que celui-ci traite le délire : « Quand le malade parle sans en avoir conscience, dès qu'on s'aperçoit du désordre de ses facultés mentales, on colle ce talisman sur sa poitrine, ou on l'épingle sur ses habits. S'il peut encore absorber du liquide, on lui donne à boire une potion contenant la cendre du talisman. » Vous pouvez dès lors affronter cette 17ème devinette dont la réponse viendra, en son temps, récompenser vos efforts. (P.K.)

dimanche 5 octobre 2008

Réponse à la devinette (016)

Han Yu 韓愈(768-824)

D'abord
cette devinette qui, grâce à l'érudition de Thomas Pogu, n'a pas tenu longtemps. Même sans Google-assistance, il n'était pas bien sorcier de reconnaître ce volume de l'Histoire de la littérature chinoise que Georges Margouliès (né en 1902) consacra à la prose classique - c'est aujourd'hui encore la seule monographie de cette taille (336 pages) sur le sujet -, et son propos liminaire qui amène à se poser la question : « Où en sommes-nous soixante ans plus tard ? »

Celui que son éditeur (Payot) présentait comme « Docteur ès-lettres, ancien chargé de mission en Chine » et dont on peut lire une notice biographique à la page 294 de Deux siècles d'histoire de l'Ecole des langues orientales (Pierre Labrousse (ed.), Paris, Hervas, 1995), celui qu'Etiemble brocardait dans son Hygiène des lettres (1952) et dont l'Anthologie raisonnée de la littérature chinoise (1948) permit à Borgès de découvrir Han Yu 韓愈(768-824) le grand prosateur des Tang (618-907), livrait page 309 de cet ouvrage complété en 1951 par un volet consacré à la poésie, une réflexion dont on fera grand cas dans notre appréciation des traductions de littérature chinoise ancienne :
« Cependant, à côté de ces événements politiques, les rapports officiels avec l'étranger occidental, la représentation de la Chine en Europe [...], les voyages de nombreux Chinois en occident, tout amena la Chine de la fin du XIXe s. à commencer à connaître les lettres européennes.
Il ne faut pas croire qu'il puisse s'agir aussitôt d'influences ; ce ne furent que quelques traductions d'information et, si elles rendaient le sujet de l'ouvrage, la forme stylistique et souvent même l'adaptation de l'idée demeuraient essentiellement chinoises et conformes aux échantillons classiques, un peu comme le sont encore à présent dans le sens inverse les nombreuses imitations ou transpositions d'œuvres chinoises qu'on publie en Europe. »
Que de progrès parcourus depuis !


Pour finir, laissez-moi vous prévenir qu’avant de vous livrer une autre occasion de manifester l'étendue de votre savoir sinologique ou votre agilité à manier les moteurs de recherche online, je vous parlerai bientôt (?) dans ce blog de plusieurs ouvrages que je viens de recevoir, et surtout du très recommandable Zhu Xi (朱熹), Mémoire sur la situation de l'empire (Wu-shen fengshi 戊申封事) 1188. Traduit du chinois, présenté et annoté par Roger Darrobers (Paris : Editions You Feng, 2008, 192 p.), puis du problématique Liu Dalin 刘达临, L'empire du désir. Une histoire de la sexualité chinoise (Traduction adaptée du chinois par Jean-Claude Pastor. Paris : Robert Laffont, 2008, 202 pages), et de bien d’autres choses encore : je n'ai pas oublié que je dois poursuivre mon survol des traductions de romans érotiques chinois, vous parler du sublime Oreiller magique de Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1635) (Handan ji 邯鄲記, traduit par André Lévy, MF, « Frictions », 2007), et tenir deux ou trois autres promesses laissées en suspens. Il sera aussi question de l'incursion prochaine de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) dans les colonnes du Visage Vert, dont le blog a fort gentillemment salué notre récente métamorphose. Mais comment faire pour tout faire, vite et, si possible, pas trop mal ? (P.K.)

samedi 27 septembre 2008

Devinette (016)

Illustration empruntée au site de Jacques Poitou,
Professeur de linguistique à l'université Lumière Lyon-2

En divulguant la réponse à la devinette estivale, le 27 août dernier, j’écrivais que « la prochaine devinette qui portera le numéro 16 et les suivantes devraient être plus directement orientées vers la littérature chinoise ancienne et ceux qui ont contribué à mieux la faire connaître chez nous. »

Un mois s'est écoulé sans signe dans ce sens : il est grand temps de rattraper ce retard et de tenir parole. Voici donc un texte dont on cherchera fébrilement l'auteur et qu'on tentera d'identifier :
La littérature chinoise a été jusqu'ici et de nos jours reste encore absolument en dehors des horizons littéraires du lecteur européen. Aucun homme instruit ne peut se permettre d'ignorer ne fût-ce que le nom des grands classiques des autres pays d'Europe tels que Goethe, Shakespeare, Camoens, Calderon, Molière, Dante, Dostoïévsky, nombreux sont ceux qui connaissent des auteurs persans et hindous, Saadi ou Omar Khayam, Kalidasa ou Tagore, mais l'Extrême-Orient reste le domaine étroit de quelques spécialistes et bien des gens sont encore à se demander si la Chine possède une littérature quelconque. Sans aller jusqu'à ce point extrême de l'ignorance, il est certain que la littérature chinoise et son histoire sont à peu près totalement ignorées en Europe.
La plupart des sinologues n'ont traité qu'insidemment la question littéraire et le texte artistique qu'ils étudiaient les intéressait d'habitude surtout par ses données historiques ou philosophiques, les légendes ou les traits de mœurs qu'il exposait. Cependant aux yeux de l'auteur, et aussi du lecteur chinois, des détails avaient pour la plupart du temps un caractère secondaire et accidentel d'ornement remplaçable. Par contre, l'élément émotionnel et esthétique qui forme la raison d'être des productions artistiques n'intéressait pas le sujet des recherches savantes ; ces savants le laissaient de côté.
Vous connaissez la procédure, alors, à vous de jouer. (P.K.)

mercredi 27 août 2008

Réponse à la devinette estivale

Il s'agissait, rappelez-vous, de trouver duquel des livres signalés dans un choix de lectures estivales provenait une intéressante citation concernant la lecture. L'illustration retenue pour le billet qui proposait cette innocente devinette estivale aurait pu vous mettre sur la piste car le célèbre tableau intitulé « La lectrice » peint par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) en 1770-1772 avait plus de vingt ans quand ces lignes furent écrites par Ann Radcliffe (1764-1823) dans Les Mystères d'Udolphe, soit à peine plus que l'âge d'Emilie, l'héroïne de ce chef-d'œuvre du roman gothique : The Mysteries of Udolpho (1794).

Pour ceux qui n'auraient pas été séduits par la traduction de Victorine de Chastenay (1797) proposée dans le volume n° 3493 de la collection « Folio classique » (Gallimard, 2001. Edition de Maurice Lévy, 904 pages, p. 515) voici la version originale :
« Emily sought to lose the sense of her own cares, in the visionary scenes of the poet; but she had again to lament the irresistible force of circumstances over the taste and powers of the mind; and that it requires a spirit at ease to be sensible even to the abstract pleasures of pure intellect. The enthusiasm of genius, with all its pictured scenes, now appeared cold, and dim. As she mused upon the book before her, she involuntarily exclaimed, 'Are these, indeed, the passages, that have so often given me exquisite delight? Where did the charm exist?-- Was it in my mind, or in the imagination of the poet? It lived in each,' said she, pausing. 'But the fire of the poet is vain, if the mind of his reader is not tempered like his own, however it may be inferior to his in power.' »
Le roman d'Ann Radcliffe qui plut aussi bien à Jane Austen (1775-1817) qu'à une pléiade d'écrivains dont Balzac, Hugo et Nodier (voir l'érudite préface de Maurice Lévy, pp. 7-44, notamment page 8), inspira sitôt publié au C. Alexandre D[uval] (1767-1842), un « Drame en cinq actes et en prose » intitulé Montoni ou Le château d'Udolphe publié en l'An VI (1795-1796). Les plus curieux peuvent aller le lire sur Gallica.

On peut aussi faire l'économie de cette lecture très datée pour se consacrer entièrement à l'œuvre initiale. En effet, il n'y a plus de temps à perdre à quelque cinq jours de la rentrée. La prochaine devinette qui portera le numéro 16 et les suivantes devraient être plus directement orientées vers la littérature chinoise ancienne et ceux qui ont contribué à mieux la faire connaître chez nous. (P.K.)

mardi 29 juillet 2008

Devinette estivale


La citation à identifier provient d'un des ouvrages signalés dans le billet « Lectures estivales (été 2008) » que Jacqueline Nivard a eu la gentillesse de signaler (ici) dans son indispensable Electrodoc.

La voici :
E[lle] chercha à oublier ses inquiétudes en se livrant aux scènes imaginaires que les poètes ont aimé à peindre. Elle put encore s'apercevoir de l'irrésistible empire du moment sur le goût et les facultés. Il faut que l'esprit soit libre, pour goûter même les plaisirs les plus abstraits. L'enthousiasme du génie, les peintures les plus vives, lui paraissaient froides et sombres. Pendant qu'elle tenait son livre, elle s'écria involontairement : « Sont-ce donc là ces passages que je lisais avec délices ! Où donc en existait le charme ? Etait-ce dans mon esprit, ou dans celui du poète ? C'était dans tous les deux, dit-elle, après un instant de silence. Mais le feu du poète est inutile, si l'esprit de son lecteur n'est pas monté au ton du sien, quelque inférieur que d'ailleurs il lui soit. »
La solution dans un mois. (P.K.)

mardi 24 juin 2008

Réponse à la devinette (015)

Le palmarès pour la dernière devinette avant la trêve estivale est le suivant : or - LD ; Argent - FP ; bronze - Mathieu. Gloire à eux et à leur sagacité ! Grâce à eux, on sait depuis longtemps que le personnage à identifier fêtait l'anniversaire de sa naissance le 24 juin, qu'il était de notre région - la Provence -, qu'il fut marquis, et qu'il eut un puissant ami, « Der Alte Fritz ».

Il ne me reste donc plus qu'à révéler le nom de celui qui se cachait derrière Sioeu-Tcheou, le rédacteur de la lettre adressée à Yn-Che-Chan. Ce n'était, bien sûr, pas un vrai Chinois, mais Jean-Baptiste de Boyer, marquis d’Argens, né à Aix-en-Provence voici 304 ans, soit en 1704 et mort le 11 janvier 1771 au château de La Garde (près de Toulon).

Le temps me manque - nous sommes déjà le 24 juin ! - pour disserter sur l'intérêt et le plaisir que l'on trouve à lire cet auteur. Mais faites moi confiance : on ne regrette pas de fréquenter ce brillant et curieux esprit. Une partie de son abondante production est accessible en ligne. C'est le cas notamment de ses Lettres chinoises, ouvrage dont je vous avais soumis le début, et qui est sous-titré Correspondance philosophique, historique et critique, entre un Chinois voyageur [à Paris] et ses correspondants à la Chine [ou selon les sources ... en divers endroits ou encore ... en Moscovie, en Perse et au Japon] (1739-40)

Google Books permet d'en feuilleter plusieurs fac-similés complets alors que, pour l'instant, Gallica n'offre que le premier tome. Souhaitons qu'un jour prochain nous puissions le lire dans une belle édition critique et palpable, car c'est un régal. On a, au moins, la certitude d'avoir le plaisir de disposer rapidement d'une version numérique grâce au Dr. Hans-Ulrich Seifert sur son site entièrement dédié à Boyer d'Argens. Un lien est déjà près pour accueillir les Lettres chinoises . En plus d'une masse impressionnante de matériaux, on trouve déjà sur ce site remarquable un choix très vaste de textes numérisés ou les liens ad hoc vers Gallica.

Mais pour profiter à plein des subtilités de cette correspondance fictive entre faux Chinois, on pourra toujours commencer par se plonger dans les rafraîchissants chapitres V et VI (« La Chine au secours de l'érotisme européen ») de l'Europe chinoise d'Etiemble (Gallimard, « Bibliothèques des idées », 1988-89), pages 87 à 113 du tome II (De la sinophilie à la sinophobie) --- et pourquoi s'arrêter en si bon chemin et ne pas relire d’une traite les deux merveilleux volumes de ce toujours aussi stimulant chef-d’œuvre d’érudition ?

On peut aussi tuer le temps en lisant, ou relisant, la Thérèse philosophe de Boyer d’Argens dans sa version française (en ligne ici ou dans une des nombreuses éditions publiées ces dernières années : j'utilise ici celle de la collection « Babel », n° 37, Actes Sud, 1992) ou, selon son appétit, chinoise. Le roman fait, en effet, partie du premier lot de 14 classiques de la littérature érotique mondiale à avoir été publiés dans des traductions inédites à Taiwan ; c’était en 1994. On peut se faire une idée des autres titres retenus en consultant la base de données bibliographiques du Center for the Study of Sexualities (Taiwan) .

On ne s'étonnera pas de retrouver à la tête de cette entreprise qui lui causa à l’époque quelques soucis avec la censure locale, le défenseur de la littérature érotique chinoise des siècles passés, M. Chan Hing-ho (Chen Qinghao 陳慶浩). Sollicité pour l'assister dans son choix « d’œuvres représentatives », j'avais naturellement retenu un ouvrage que les comparatistes chinois pourraient s'amuser à confronter à leur Chipozi zhuan 癡婆子傳 --- vous savez la scandaleuse confession de Shangguan Ana 上官阿娜, cette amoureuse folle, dont il a été question dans « Enfer chinois (03-a) » et dont j'aurais à vous reparler un jour prochain (« Enfer chinois (03-a-bis) »).

En guise de devoir de vacances, je vous soumets le début du texte dans les deux versions (cliquer sur l'image ci-contre pour l'agrandir ou ici) ; il se pourrait bien que la traduction de Weigu 微谷 (‘Petite Vallée’, sans aucun doute un pseudonyme !) se trouve quelque part sur la face cachée de l’internet chinois ; je vous fais confiance pour mettre la souris dessus et vous souhaite de studieuses vacances … (P.K.)

samedi 24 mai 2008

Devinette (015)

Pour certains, ce pourrait être une vrai devinette d’un niveau de difficulté assez élevé ; pour les inconditionnels de la recherche sur Google, une routine ; pour moi, ce billet est un futile prétexte pour vous présenter le début d’un ouvrage que j’affectionne particulièrement. Voici donc un nouveau texte en quête d’auteur et d’identification, texte avec lequel l’illustration retenue n’a aucun rapport sinon la Chine : celle de Kangxi 康熙 (r. 1662-1722) pour ce « plat en porcelaine à décor polychrome de la famille verte », mis en vente ici et celle de Sioeu-Tcheou, un de ses fins lettrés qui, débarquant au Havre après un long voyage, suscite la curiosité de l’indigène et s’en ouvre à son ami le lettré Yn-Che-Chan :
Enfin me voilà à portée, cher Yn-Che-Chan, de me servir de la langue Française, dont la connaissance nous a coûté plusieurs années d'étude. Je vais faire usage des instructions de nos amis les Européens : bientôt je pourrai vérifier si ce qu'ils nous racontent des mœurs des Français est conforme à la vérité, et si les Livres que nous avons lus par le canal de Missionnaires, sont dignes de foi.
Je suis arrivé à Paris depuis deux jours : dirais-tu que dans ce court espace de temps ils s'est présenté tant de nouvelle idées à mon esprit, il s'est offert à mes yeux tant d'images qui m'étaient totalement inconnue, qu'à peine puis-je dire faiblement une partie des choses qui m'ont le plus frappé ? Il faudra que tu me donnes le temps de revenir de ma première surprise ; alors, il me sera permis d'entrer dans un détail que tu ne dois point espérer de trouver dans cette première lettre. Ne la regarde, cher Yn-Che-Chan, que comme les discours d'un homme ébloui et troublé par la confusion des objets. Un Siamois qui arrive à Paris peut être comparé à ces malades qui se sauraient souffrir qu'avec peine le grand jour, et qui sont obligés de s'accoutumer peu à peu à la clarté de ces astres.
Les Français, par ce que j'en ai vu jusqu'ici, me paraissent aussi prévenus en leur faveur que les Japonais, aussi inconstants que les Tartares, et aussi spirituels que les Siamois. Si je n'avais pas su leur langue avant d'arriver chez eux, toutes leurs manières m'auraient encore surpris davantage : tu ne saurais te figurer combien elles paraissent singulières.
Je débarquai à un port, qu'on appelle le Havre-de-Grace. A peine fus-je sorti du bâtiment, que deux hommes s'approchèrent de moi, et me dirent avec un air riant : Monsieur est étranger sans doute ? « Je suis de Pékin, leur répondis-je. « Quoi ! Monsieur est Chinois, reprirent-ils ; il doit avoir apporté bien des choses rares de son pays. Oserions-nous vous demander combien de temps vous avez resté en voyage .... avez-vous couru de grands dangers .... ne trouvez-vous pas extraordinaire le changement de climats ... ?
Surpris, cher Yn-Che-Chan, de ce nombre de questions accablantes, et étonné que des gens que je n'avais jamais vus montrassent tant de curiosité, j'aurais bien voulu mortifier leur pétulance. Si j'avais été à la Chine, je leur eusse fait sentir tout le ridicule de leur conduite ; comme étranger, je me contentai de leur dire : « Messieurs, je suis au désespoir de ne pouvoir vous répondre ; la lassitude que m'a causé le voyage me servira d'excuse. Souffrez que j'aille me reposer. » A peine eus-je dit ces mots, qu'un grand homme qui était sur le rivage et peu éloigné de moi, me dit : « Venez chez nous, Monsieur, vous y serez fort bien. Je loge ordinairement tous les Seigneurs qui passent ici, et il y a peu de jours que j'avais dans ma maison trois Milords, deux Ducs et cinq Barons Allemands. » Ensuite, sans attendre ma réponse, il ordonna aux matelots qui portaient mes hardes de le suivre ; je me lassai entraîner, plutôt que je n'allai volontairement, dans son auberge. A peine y fus-je entré, que la maîtresse de maison, les enfants, ses domestiques mêmes commencèrent à m'accabler de questions. Leur curiosité ne leur donnait pas le loisir de s'expliquer les uns après les autres : ils parlaient tous ensemble, et le bruit qu'ils faisaient ressemblait à celui d'une populace mutinée. Si je n'avais ouï leurs discours, j'aurais été dans une crainte mortelle : un autre Chinois qui n'eût su que sa langue, aurait sans doute cru que tous ces gens songeaient à le voler, ou à le maltraiter.
Cependant le bruit s'étant répandu dans le voisinage qu'un Chinois était arrivé, on accourait de toutes parts pour me voir, et l'on m'examinait avec des yeux aussi curieux que si l'on eût considéré un de ces animaux rares, ou de ces tigres apprivoisés que montent à Pékin les diseurs de bonne aventure. Plusieurs étaient surpris de me trouver comme les autres hommes ; j'entendais qu'ils disaient : « Cela est fort singulier, il est presque fait comme un Français, qui pourrait le croire ! » D'autres discouraient sur mon habillement : l'un condamnait ma robe qui ne laissait pas voir la taille ; l'autre n'approuvait point mon bonnet ; celui-ci eût voulu que je n'eusse point eu de pantoufles. Pendant près de deux ou trois heures presque toute la ville ne fut occupée que de ce qui me regardait.
La réponse, et la suite de cette lettre, d’ici peu, soit avant la date anniversaire de la naissance de l’auteur. (P.K.)

samedi 3 mai 2008

Réponse à la devinette (014)

Je ne sais pas si Mathieu aurait aussi facilement identifié Tcheng-Ki-Tong alias Chen Jitong 陳季同 (1851-1907) comme le rédacteur du texte présenté pour la devinette 14, si, au lieu de vous soumettre le début de la série d'articles publiés par le fameux général-ambassadeur en poste à Paris jusqu'en 1891 dans La revue des Deux Mondes sous le titre « La Chine et les Chinois » qui constituera le corps de l'ouvrage Les Chinois peints par eux-mêmes (Paris : Clamann-Lévy, 1884), je vous avais proposé ce bout de texte du même auteur :
« J'ai lu, je ne sais plus où, que le nommé On, - On est un être indéfini qui existe partout et dont il est permis de médire à volonté, - demanda à Victor Hugo, si « c'était bien difficile de faire des vers ». C'est une question si naturelle ! Le poète répondit avec sa bonhomie ordinaire, que « c'était très facile ou impossible ». Comme je ne suis pas poète, si ce n'est en chinois, je suis bien obligé d'admettre l'opinion de celui qui fût le plus grand des poètes modernes de l'Occident. J'avoue même modestement que je suis de son avis. Par une singulière coïncidence, on m'a demandé comment j'étais devenu parisien, et si « c'était bien difficile de le devenir ». Parisien ! Un titre qui n'a pas de rapport avec l'esprit, assurément ; car je ne suis pas « né natif » de Paris, étant de Foutcheou, ma patrie ! Cependant cette question fort imprévue m'a été adressée et m'a donné à réfléchir. J'ai médité le « to be or not to be »... Comme le titre de « parisien » est en somme une des rares faveurs qui ne s'achèvent pas, et que c'est un droit de noblesse ou de bourgeoisie de l'esprit, il peut appartenir à tout homme de la race, sans que cet homme ait à rougir de son clocher ou de sa pagode. Je veux bien être « parisien » et je le suis, puisque les journaux l'ont proclamé ; mais c'est à une condition ; c'est que le « être parisien » soit très facile ou impossible. »
La suite de ce texte savoureux intitulé « Comment on devient parisien », illustré par Félix Régamey (1844-1907) et accompagné pour l’occasion de cinq magnifiques portraits de Chen par Nadar (1820-1910), est à lire dans le numéro 11 de la revue Monde chinois (Automne 2007) qui propose dans son volume inaugural de sa nouvelle maquette un dossier « Information & désinformation sur la Chine de François Guizot à François Jullien » (voir le sommaire sur le site de la Documentation française qui en assure la diffusion).

On avait, rappelez-vous, déjà évoqué dans un précédent billet où il était question de ses « traductions » de contes de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) et un de ses lecteurs, Anatole France, celui qui passe pour être le premier Chinois à composer dans notre langue des ouvrages sur son pays et sa culture. On aura sans doute l'occasion de reparler de ses écrits (une dizaine de titres dont un roman - Le Roman de l'Homme Jaune, 1890) et de leur réception (chez nous et dans le monde anglo-saxon) -- l'un et l'autre de ces sujets méritent toute notre attention en ces temps de discorde. Mais, un peu de patience, et encore bravo et merci à tous ceux qui ont bien voulu consacrer un peu de leur temps à chercher des solutions aux devinettes proposées depuis plus d'un an sur ce blog. (P.K.)

Complément du 22/05/08 : Lire sur BibliObs, la présentation par Delfeil de Ton du n° 11 de Monde chinois : « Le nouveau Monde chinois » (Le Nouvel Observateur, 28/02/08)

jeudi 17 avril 2008

Devinette (014)

« Séance d'un tribunal chinois », source Tales of Old China
A storehouse of material on Old China [1840-1950]
presented by China Economic Review Publishing,
rubrique <French images>

Je n'ai pas besoin de dire quelles ont dû être mes stupéfactions au fur et à mesure que je m'introduisais plus avant dans les mœurs de l'Occident. Non seulement les questions qui m'ont été posées révélaient la plus grande ignorance, mais les livres mêmes qui avaient la prétention de revenir de Chine racontaient les choses les plus extravagantes. Si l'on se contentait de dire que nous sommes des mangeurs de chiens et que nous servons à nos hôtes des œufs de serpent et des rôtis de lézard, passe encore ! Je ne verrais pas non plus un grand inconvénient à ce qu'on prétendit que nous sommes des polygames, - il y en a tant d'autres, - et que nous donnons nos enfants, - nos chers petits enfants ! - en nourriture à des animaux... dont le nom m'échappe en français : il a des excentricités d'une telle nature qu'il est inutile de s'en alarmer ; il suffit de rétablir la vérité. En toutes choses il y a le vraisemblable et l’invraisemblable ; et, il faut savoir distinguer entre les enfantillages et les choses sérieuses, entre l'erreur et le parti pris. Je n'ai pas tardé à reconnaître que c'était le parti pris qui entraînait l'erreur, et je me suis promis, lorsque j'en serais un peu capable, de donner mes impressions personnelles sur la Chine, croyant que ma qualité de Chinois serait au moins aussi avantageuse que celle de voyageur pour atteindre ce but.
Qui est donc ce Chinois qui envisage de « représenter la Chine telle qu'elle est ; de décrire les mœurs chinoises avec la connaissance qu'[il en a], mais avec l'esprit et le goût des européens », tout en cherchant « à instruire et à plaire » ? Cette question tiendra lieu de quatorzième devinette, une stupide superstition m'interdisant l'emploi du nombre intermédiaire entre celui-ci et celui de la précédente devinette --- la quasi-devinette onze-bis tiendra lieu de chaînon manquant ; je vous rappelle qu’elle n'a, à ce jour, reçu aucune proposition ! (P.K.)