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lundi 2 novembre 2009

La poésie à l'honneur


Avec Ha Jin 哈金 (alias Jin Xuefei 金雪飞, né en 1956), Duo Duo 多多 était l'un des neuf auteurs à avoir été nommés pour l'édition 2010 du Prix International de Littérature Neustadt. Ce prix doté de 50 000 $ délivré tous les deux ans par l'Université de l'Etat d'Oklahoma et la revue World Literature Today se distingue en accordant la même attention aux poètes, qu'aux romanciers et aux dramaturges.

C'est donc le poète chinois Duo Duo, Li Shizheng 栗世征 de son vrai nom, né à Beijing en 1951 qui vient d'être désigné grand vainqueur de cette compétition qui couronna entre autres le Colombien Gabriel Garcia Marquez en 1972, le français Francis Ponge en 1974, le Mexicain Octavio Paz en 1982 et plus récemment l'Indien Raja Rao (1988).

On connaît mieux en France le perdant, avec quatre titre aux Editions du Seuil, que le gagnant qui a été traduit en anglais par Gregory Lee ; voici, donc, la courte biographie donnée par le site du prix :
Duo Duo (Li Shizheng) was born in Beijing in 1951. As a boy during the Cultural Revolution, Duo Duo studied at a school in the Baiyangding countryside, where he began to write poetry. He and some of his childhood classmates are considered part of the “Misty” school of contemporary Chinese poetry. His collections include Looking Out from Death: From the Cultural Revolution to Tiananmen Square (1989) and The Boy Who Catches Wasps (2002). Initially, Duo Duo’s poems were short and referenced many Western poets. In the 1980s his poems grew longer and more philosophical in nature. The morning after witnessing the 1989 Tiananmen Square Massacre, Duo Duo flew to London, where he was scheduled to give a poetry reading at the British Museum. It was well over a decade before he returned to China, instead residing in the United Kingdom, Canada, and the Netherlands. His distance from China incited the second shift in his poetry: he began to write of exile and wandering. Upon his 2004 return to China, the literary community received him with honor. Presently, Duo Duo resides on Hainan Island and teaches at Hainan University.
Cette distinction est pour nous l'occasion de signaler à ceux qui ne la connaissent pas encore la revue World Literature Today et son site internet qui permet de prendre la mesure du travail réalisé depuis 1927 dans la diffusion de la littérature mondiale aux USA, et aussi, de vous avertir de la mise en ligne de la deuxième livraison de Cerise Press qui entame sur la toile uniquement le même travail de promotion des littératures du monde entier. Ce deuxième issue nous offre un éclairage inédit sur deux poètes : Song Lin 宋琳 & Nguyen Do. (P.K.)

Complément du 5 novembre : De Duo Duo, on peut lire une trentaine de poèmes traduits dans notre langue par Chantal Chen-Andro : Poèmes de Saint-Nazaire
桑那在尔的诗 (Meet, 2008, 92 p.). L'un d'entre eux est en ligne sur le site de l'éditeur qui a également publié des poèmes de Ying Chen traduits par elle-même en français : Impressions d'été.

Il sera sans doute plus difficile de mettre la main sur le recueil d‘une centaine de poèmes libres et inspirés que Li Jinjia 李金佳 vient de publier à Ha'erbin (Heilongjiang renmin, 2009, 134 p.). Pour l'heure, seul a été traduit le titre Heizhang 黑障 : Obstacles noires。
Dernière minute : En fait, les deux plus longs poèmes du recueil ont été traduits et publiés dans le numéro 105 de la revue dirigée par Michel Deguy, Po&sie (Belin, 2003).

vendredi 25 mai 2007

A.I.R. 2007


Grâce à Wei Wei, Ying Chen et Hwang Sok-Yong, l'Asie sera représentée aux Assises internationales du roman qui vont se tenir à Lyon du 30 mai au 3 juin 2007.

C'est ce que nous apprend le Monde des Livres co-organisateur avec la Villa Gillet de cet événement qui va réunir « une cinquantaine d'écrivains [et de critiques] en provenance de près de vingt-cinq pays » et qui donnera lieu à la publication d'un ouvrage chez Christian Bourgois, rassemblant l'ensemble des contributions.

Cet événement unique est, nous dit-on, symbolique d'une action envers la littérature :
Le caractère international des Assises témoigne de l'ouverture que nous avons toujours tenté, au Monde des livres, de faire prévaloir. Chaque roman dit quelque chose du monde qui l'entoure et qui l'a porté. A l'inverse, jamais nous n'avons fait nôtre l'interminable polémique sur la supposée médiocrité du roman français par rapport à la masse des romans traduits d'autres langues : d'où qu'elle vienne, la fiction peut être plus ou moins soucieuse de contraintes formelles, plus ou moins portée à l'introspection... elle parle forcément de son temps, d'une réalité donnée et des gens qui l'habitent ou la subissent.
Le programme de ces assises est très riche : il se décompose principalement en lectures et en tables rondes. Voici le détail de celles qui mettent en vedette les trois auteurs précédemment cités [Cette présentation est réalisée à partir des éléments mis en ligne sur le site des Assises. N.B. : ne manquez pas de télécharger les excellentes les "fiches auteurs" en pdf.] :

• Vendredi 1er juin à 21H - Douleurs de l’âme, douleurs du corps
Ying Chen (Chine / Canada) - Robert Dessaix - Benoîte Groult (France) - Robert McLiam Wilson (Irlande du Nord)
Maupassant, Artaud, Guibert... Les récits de la folie et des maladies de l’âme bouleversent nos perceptions du monde. Comment le langage littéraire s’adapte-t-il aux pathologies qui font vaciller la pensée et les corps, qui fragilisent la réalité et la stabilité de nos codes de représentation ?
Ying Chen est née en Chine. Elle écrit en français et vit au Canada. Pour tenter de mettre à distance les douleurs de l’exil, elle écrit son premier roman La mémoire de l’eau (Actes Sud, « Babel », 1996), troublante immersion dans la Chine contemporaine au travers des regards de femmes de plusieurs générations. Son style est à la fois d’une étonnante clarté et d’une profonde complexité, bouleversant temps et sensations. Avec Le Mangeur (Seuil, 2006), son dernier roman, c’est sur la figure du père qu’elle se penche après s’être intéressée à la mère dans L’Ingratitude (Actes Sud, 1996).

Les autres œuvres de Ying Chen en français sont : Quatre mille marches. Un rêve chinois. Seuil (2004) ; Querelle d’un squelette avec son double. Seuil (2003) ; Le champ de la mer. Seuil (2002) ; Immobile. Actes Sud (1998) ; Les Lettres chinoises. Leméac (1993) - Actes Sud « Babel » (1998)

• Samedi 2 juin à 18H30 - Littérature et trauma : entre violence passée et violence présente (première séance)
David Albahari (Canada / Serbie) - André Brink (Afrique du Sud) - Yasmina Khadra (Algérie) - Wei-Wei (Chine)
Comment raconter la violence du réel ? Comment rendre compte de l’indicible ? Les grands traumatismes de l’histoire obligent le roman à inventer des formes et des écritures. Entre témoignage et réalité, urgence et patience, le roman engage la responsabilité de la littérature.
Wei-Wei, née en 1957 dans la province du Guangxi, vit en Angleterre et est l’auteur de trois romans : La Couleur du bonheur (Denoël, 1996 - l'Aube, 2002-2006)), Fleurs de Chine (l’Aube, 2001) et Le Yangtsé sacrifié (Denoël, 2004), écrits en français. Sa vie comme ses romans sont une succession de péripéties et de dénouements inattendus, dans lesquels se croisent une multitude de personnages. Wei Wei nous invite à découvir la Chine, les tumultes, les bouleversements sociaux, politiques et culturels de son histoire, dans un regard plein de lucidité, de compassion et d’humour.

Son dernier ouvrage traduit est Une fille Zhuang, Éditions de l’Aube (2006)

• Dimanche 3 juin à 11H, La Matière Je :
Donald Antrim (USA) - Christine Angot (France) - Philippe Forest (France) - Hwang Sok-Yong (Corée)
La matière JE est une source inépuisable de figures et de formes littéraires. Écriture narcissique ? Parfois, peut-être, mais surtout écriture engagée avec courage dans le partage d’une intimité qui dévoile des fragilités. Mais pourquoi s’exposer ainsi ? Et quelle est la place du lecteur dans ces romans qui côtoient l’autobiographie ? Le Moi n’ouvre-t-il pas aux autres et à l’universel ?
Hwang Sok Yong est né en exil en 1943 en Mandchourie où sa famille s’était réfugiée pour fuir la colonisation japonaise. Pour avoir voulu montrer qu’un rapprochement était possible avec la Corée du Nord communiste, il fut condamné à 7 ans de prison. Très ancrée dans la réalité historique, son oeuvre est d’une vibrante actualité politique. Son dernier roman, à caractère fortement autobiographique, retrace le parcours d’une génération de Coréens portée par l’utopie des idéaux pour lesquels il s’est battu. Il a été adapté au cinéma par Im Fang-Soo.
- Le Vieux jardin. Eun-Jin Jeong et Jacques Batilliot (trad.), Zulma (2005)
- Les Terres étrangères. Arnaud Montigny et Jungsook Kim (trad.), Zulma (2004)
- L’invité. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (trad.), Zulma (2004)
- L’ombre des armes. Yeong-Hee LIM, Marc Tardieuet et Françoise Nagel (trad.), Zulma (2003)
- Monsieur Han. Jean-Noël Juttet et Mikyung Choi (trad.), Zulma (1997, 2002), 10/18 (2004)
- La route de Sampo. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (trad.), Zulma (1996), 10/18 (2004)
Compléments :

- 5 juin 2007 : On trouvera des échos des Asssises sur Rue89.com, grâce à Hubert Artus :

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«A Lyon, des Assises du roman denses et intenses » (ext) : ..."Démarche qui entre opportunément avec celle de la romancière chinoise –vivant à Vancouver- Ying Chen, sensée parler de douleurs de l’exil. Dès le début, refusant d’être une énième fois interrogée comme la Chinoise de Vancouver, elle se lançait, d’une voix faite d’émotion et de silence, dans une ode au langage, dans un touchant exposé de la force intrinsèquement créatrice d’énergie qu’ont les mots lorsqu’ils en viennent à parler de la mort et de la douleur, envisageant les mots comme une "masse du vivant". De sorte qu’elle ne "représente pas mes personnages, [je] les deviens". Et de conclure : "Le véritable contenu du texte n’est pas dans l’histoire, mais dans la mystérieuse combinaison des mots"....
- « Un bon livre doit changer votre vie... une semaine » (ext.) : ... "le samedi a vécu deux tables rondes intitulées « Littérature et trauma: entre violence passée et violence présente ». La première était probablement la séance la plus prisée et la plus attendue des Assises. Et proposait un plateau moderne, chargé en pathos et en poétique : l’Algérien Yasmina Khadra, le Sud-Africain André Brink, la mosaïque David Albahari (Serbe, juif et bosniaque) et la Chinoise Weï-Weï. Les interventions –des auteurs et du public- furent à la hauteur de l’attente poétique, et chaque auteur d’évoquer non seulement son propre sort (chacun ayant un passé chargé en terme de conflits, d’exil forcé, de clandestinité ou de ségrégation) mais aussi l’avenir de son pays.".../... Le Coréen Hwang Sok-Yong, lui, travaille sur une littérature au carrefour de l’autobiographie et du roman. Le premier roman qu’il ait écrit à la première personne est celui qu’il écrivit lorsqu’il sortit de prison (il prit sept ans pour avoir voulu montrer qu’un rapprochement avec la Corée du Nord communiste était possible)."...

- 7 juin 2007 : dans Le Monde des Livres, Alain Beuve-Méry ("Un lieu unique") rapporte des propos de Ying Chen : "Je me suis prise au jeu de cette réflexion sur l'écriture. Et comme je suis moi-même très sérieuse, ce festival m'a tout à fait convenu."

A suivre (P.K.)