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vendredi 12 mars 2010

Ballade Nocturne, la nouvelle pièce d’un artiste « total »


La dernière création théâtrale de Gao Xingjian vient d’être présentée au Théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie de Vincennes à Paris et sera jouée jusqu’au 26 mars en alternance avec une pièce de 1991, elle aussi écrite en Français Au bord de la vie.

Une petite salle où les panneaux de bois créent une ambiance chaleureuse et une bonne acoustique, une mise en scène de Marcos Malavia, deux comédiennes, Muriel Roland et Alicia Quesnel et deux musiciennes (piano et bandonéon).

Ballade nocturne est un spectacle musical qui allie danse, chant, musique et, invention magnifique, deux grandes marionnettes. On est parfois assez loin des indications scéniques de l’auteur mais l’ensemble allie rythme et fluidité. La musique, superbe, joue comme dans les films de Gao Xingjian un rôle essentiel. La pièce avait été lue à l’Université de Londres lors d’un colloque marquant les 70 ans de l’auteur, dans la traduction en anglais de Claire Conceison, professeur d’études théâtrales à Duke University aux Etats Unis. Une lecture ne peut faire vivre un spectacle qui se veut total mais la qualité du texte et l’intérêt des thèmes retenaient l’attention.

C’est un hommage à la femme ; Gao dit qu’il se place dans une perspective féminine et qu’il a été ravi que des spectateurs aient demandé pour Au bord de la vie si l’auteur était une femme. C’est à bon droit que les deux pièces sont jouées en alternance.

Les textes français et anglais de Ballade Nocturne, avec une introduction de la traductrice, sont publiés en association avec l’Université Américaine de Paris (AUP) (Sylph Editions). Le texte en vers libres veut nous faire sentir l’isolement, la passion, la sainteté, la nonchalance et la rage, caractéristiques d’un même personnage partagé entre deux actrices et les marionnettes.

Le livre sera présenté le 16 Mars prochain à 18 heures 30 par l’AUP lors d’ un débat avec Gao Xingjian, 31 Avenue Bosquet à Paris
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Bertrand Mialaret

dimanche 10 janvier 2010

Les 70 ans de Gao Xingjian

Nous l’avions annoncé, les amis de Gao Xingjian se sont souvenus que celui-ci est né le 4 janvier 1940 à Ganzhou dans la province du Jiangxi. L’écrivain Ma Jian et le poète Yang Lian, qui résident à Londres, ont organisé au Centre of Chinese Studies de la SOAS deux journées autour du premier écrivain de langue chinoise lauréat du prix Nobel, sur le thème « Realms of the Spirit in Gao Xingjian’s Literature and Art ».

Gao Xingjian lui-même avait accepté l’invitation et ces deux journées se sont déroulées dans une capitale britannique glaciale, mais aussi dans une atmosphère de chaude amitié et d’échanges fructueux. Ce fut l’occasion de voir ou de revoir dans le Brunei Gallery Lecture Theatre de la SOAS le film de Gao Xingjian, Après le déluge, puis La Silhouette sinon l’ombre et enfin l’enregistrement vidéo de La Neige en août dans la mise en scène que Gao Xingjian avait dirigée à Taibei en 2002. Enfin, une lecture par trois comédiens dirigés par Stephen Watts a été donnée de l’œuvre la plus récente de Gao dans la traduction anglaise de Claire Conceison, Ballade Nocturne.

Le premier jour, un symposium a réuni cinq intervenants qui ont livré une analyse au sujet des diverses facettes du maître, pour en montrer l’esprit unique qui en émane. Après que la sinologue Mary Massilli eut livré une étude très éclairante sur son théâtre, je me suis attaché à revenir sur l’histoire de la traduction de Lingshan 灵山 en expliquant à quel point l’intérêt que j’ai porté à ce roman dès que j’en ai lu les premières pages m’avait poussé à le traduire avec Liliane Dutrait, malgré les immenses difficultés que nous avions à trouver un éditeur. J’ai essayé, à travers quelques exemples, de montrer que nous avions cherché à rendre la « musique de la langue » si chère à l’auteur. Puis Chen Maiping a montré en quoi l’œuvre de Gao Xingjian devait être appréhendée comme un tout, sans avoir à se demander s’il s’agit d’une œuvre chinoise ou occidentale, d’une œuvre moderne ou post-moderne… Pour Chen Maiping, Gao Xingjian a commencé à emprunter sa propre voie là ou d’autres s’étaient arrêtés. Et il a déploré une nouvelle fois que le nom de Gao Xingjian soit officiellement passé sous silence par les autorités de Chine continentale alors que selon lui, l’anniversaire des 70 ans de l’artiste devrait faire la une des journaux chinois. Enfin, Chen Maiping a bien défini comment Gao Xingjian avait décidé de partir en exil et d’agir en individu isolé quand il avait compris que l’action collective n’aurait aucune utilité pour faire changer le régime qui opprimait sans cesse les intellectuels et les artistes. En agissant seul et en obtenant la récompense suprême que représente le Prix Nobel, Gao Xingjian a montré de manière éclatante à quel point la seule force spirituelle d’un individu pouvait parvenir à gravir les plus hautes montagnes. Enfin, l’écrivain Ma Jian, l’auteur de Chemins de poussière rouge et de Beijing Coma, compagnon de route de Gao Xingjian depuis le début des années 1980, a rappelé l’itinéraire de son ami et a montré à quel point son extraordinaire travail avait signé l’échec de la dictature de Chine continentale dans sa tentative d’étranglement de la pensée artistique.


Enfin, tout au long de ces deux journées qui ont attiré une nombreuse assistance, Gao Xingjian a répondu aux questions du public et a participé aux débats sur son œuvre. Il a rappelé sa position inébranlable d’artiste totalement indépendant, attaché à faire aboutir ses projets artistiques polymorphes, infatigablement.


Bon anniversaire Monsieur Gao !


PS : Bertrand Mialaret de Rue 89 a fait spécialement le déplacement à Londres et devrait rendre compte ces journées prochainement. On peut aussi se rendre sur le site de la BBC pour écouter une très intéressante interview de Gao Xingjian en chinois.


Noël Dutrait.

dimanche 18 octobre 2009

Bons baisers de Yan Lianke


La Fête du livre d’Aix-en-Provence s’achève à peine que déjà se profilent à l’horizon de nouveaux rendez-vous avec les littératures au centre de deux jours d’un colloque qui a rempli toutes nos espérances. Parons au plus pressé.

Ces prochains rendez-vous vous permettront de mieux connaître un auteur - Yan Lianke 阎连科, - que vous êtes déjà nombreux à avoir lu grâce aux Editions Philippe Picquier qui viennent de publier un cinquième titre de lui. Ce dernier opus qui nous vaut une série de visites de part la France a reçu pour titre Bons baisers de Lénine.

Yan Lianke sera d’abord à La Librairie le Phénix (72, bv de Sébastopol, Paris 3e, tél : 01 42 72 70 31) le mercredi 21 octobre à 18 h, puis, le samedi 24 octobre (18h30) en compagnie de sa traductrice (?) en Arles à la Bibliothèque du Collège International des Traducteurs Littéraires (CITL, Espace Van Gogh, tél : 04 90 52 05 50).

Il vous reste peu de temps, mais je vous recommande de lire le compte-rendu de la traduction du roman Le Rêve du Village des Ding (Trad. Claude Payen, Arles, Philippe Picquier, 2007, 330 p.; édition poche 2009, 396 p.) publié par Sébastian Veg dans le premier numéro de l’année 2009 [Dossier «La société chinoise face au SIDA »] de la revue du CEFC (Centre d’Etudes Français sur la Chine contemporaine) Perspectives chinoises (disponible en ligne ici), avant de vous précipiter à la rencontre de cet écrivain qui s’est vu refuser l’accès à la Buchmesse de Francfort. Voir à ce sujet l’article signalé par Bertrand Mialaret dans un commentaire au précédent billet.

Mais pourquoi ne pas regarder également une entrevue mise en ligne en huit séquences le 17 juin 2009 sur Sina.com et dans laquelle il est essentiellement question d’un ouvrage de souvenirs intitulé Wu yu fubei 我与父辈, dont Yan Lianke a assuré la promotion cet été sans se ménager.



Gageons qu'il sera prochainement à nouveau question sur ce blog de ce livre dont on peut lire les premiers chapitres traduits par Sylvie Gentil à partir du site de l’éditeur. J’ai pour ma part une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse : pourquoi ce titre ? (P.K.)

lundi 12 mai 2008

Derniers paragraphes (002)

Beijing coma, le prochain livre de Ma Jian 马建 à sortir chez Flammarion - qui a publié, rappelez-vous, ses Nouilles chinoises (traduit de l'anglais par Constance de Saint-Mont, 2006) - est déjà sorti sous le même titre (Chatto & Windus, 586 p.) en Grande-Bretagne où vit l'auteur. Jonathan Fernby l'a déjà lu pour The Times online (9/05/08)

Sa recension commence par ces mots :
« Ma Jian’s epic novel is the first major work of fiction on the student protests in Tiananmen Square in 1989, and the events that ended with the Communist leadership sending in the army on June 4 in a defining moment of China's modern history. As such, the book is a huge achievement, mixing imagination and fact as it charts in compelling close-up the complex and heady nature of the Beijing Spring, which was joined by hundreds of thousands of inhabitants of the capital. »
Et s'achève par ceux-ci :
« Finely written and translated, with beautifully controlled interaction between the actors, the book's account of life and love in the square in 1989 brings out the complexity of the movement that reached well beyond the traditional description of it as a pro-democracy revolt. Above all, the Beijing Spring provided the participants with “a warm space with a beating heart” and reasons for soaring hope - but was also shot through with inevitable differences, rivalries and bickering. The characters, some of them real people appearing in roman à clef roles, take on depth and meaning as the story moves towards tragedy, on both a personal and a wider level. Nineteen years on, June 4 is still off limits for discussion in China, yet another of the episodes on which the leaders of the People's Republic prefer to impose a coma of orthodoxy while hoping that economic growth will provide them with the legitimacy denied by the protestors. Sadly, the richness and humanity of Ma Jian's book shows why this remains the case. »
On peut toujours lire l'interview réalisée par Didier Jacob pour Le Nouvel Observateur (31/08/06) pendant laquelle le « peintre, photographe, écrivain, Ma Jian, [...] auteur de plusieurs livres, dont Chienne de vie et La Mendiante de Shigatze (Actes Sud), et Chemins de poussière rouge (l'Aube) [et] qui vit à Londres avec sa femme et ses deux jeunes enfants » disait : « Il est actuellement impossible de publier en Chine un livre qui ait un quelconque contenu intellectuel. »

Pour ce nouvel opus - Beijing Coma - traduit du chinois par Flora Drew, on peut également - en attendant d'autres critiques - se reporter à la notice que lui consacre son éditeur.

On reparlera certainement de ce livre au moment de sa sortie française, mais il ne faut plus attendre pour lire l'instructif article que Bertrand Mialaret vient de consacrer sur Rue89.com dans le cadre du festival Etonnants voyageurs, au « Monde changeant de l'édition chinoise à l'heure capitaliste » et dont le dernier paragraphe donne envie de lire ce qui le précède :
« Au total, le livre en Chine connaît une situation paradoxale: un énorme marché qui se développe rapidement, encore archaïque et bureaucratique pour l’édition, parfois déstabilisé par la piraterie, mais qui en même temps est étonnamment moderne du fait de l’influence d’internet sur le comportement des lecteurs, la littérature et l’industrie du livre; on y reviendra. »
Ne vous en privez pas. (P.K.)