lundi 2 novembre 2009

La poésie à l'honneur


Avec Ha Jin 哈金 (alias Jin Xuefei 金雪飞, né en 1956), Duo Duo 多多 était l'un des neuf auteurs à avoir été nommés pour l'édition 2010 du Prix International de Littérature Neustadt. Ce prix doté de 50 000 $ délivré tous les deux ans par l'Université de l'Etat d'Oklahoma et la revue World Literature Today se distingue en accordant la même attention aux poètes, qu'aux romanciers et aux dramaturges.

C'est donc le poète chinois Duo Duo, Li Shizheng 栗世征 de son vrai nom, né à Beijing en 1951 qui vient d'être désigné grand vainqueur de cette compétition qui couronna entre autres le Colombien Gabriel Garcia Marquez en 1972, le français Francis Ponge en 1974, le Mexicain Octavio Paz en 1982 et plus récemment l'Indien Raja Rao (1988).

On connaît mieux en France le perdant, avec quatre titre aux Editions du Seuil, que le gagnant qui a été traduit en anglais par Gregory Lee ; voici, donc, la courte biographie donnée par le site du prix :
Duo Duo (Li Shizheng) was born in Beijing in 1951. As a boy during the Cultural Revolution, Duo Duo studied at a school in the Baiyangding countryside, where he began to write poetry. He and some of his childhood classmates are considered part of the “Misty” school of contemporary Chinese poetry. His collections include Looking Out from Death: From the Cultural Revolution to Tiananmen Square (1989) and The Boy Who Catches Wasps (2002). Initially, Duo Duo’s poems were short and referenced many Western poets. In the 1980s his poems grew longer and more philosophical in nature. The morning after witnessing the 1989 Tiananmen Square Massacre, Duo Duo flew to London, where he was scheduled to give a poetry reading at the British Museum. It was well over a decade before he returned to China, instead residing in the United Kingdom, Canada, and the Netherlands. His distance from China incited the second shift in his poetry: he began to write of exile and wandering. Upon his 2004 return to China, the literary community received him with honor. Presently, Duo Duo resides on Hainan Island and teaches at Hainan University.
Cette distinction est pour nous l'occasion de signaler à ceux qui ne la connaissent pas encore la revue World Literature Today et son site internet qui permet de prendre la mesure du travail réalisé depuis 1927 dans la diffusion de la littérature mondiale aux USA, et aussi, de vous avertir de la mise en ligne de la deuxième livraison de Cerise Press qui entame sur la toile uniquement le même travail de promotion des littératures du monde entier. Ce deuxième issue nous offre un éclairage inédit sur deux poètes : Song Lin 宋琳 & Nguyen Do. (P.K.)

Complément du 5 novembre : De Duo Duo, on peut lire une trentaine de poèmes traduits dans notre langue par Chantal Chen-Andro : Poèmes de Saint-Nazaire
桑那在尔的诗 (Meet, 2008, 92 p.). L'un d'entre eux est en ligne sur le site de l'éditeur qui a également publié des poèmes de Ying Chen traduits par elle-même en français : Impressions d'été.

Il sera sans doute plus difficile de mettre la main sur le recueil d‘une centaine de poèmes libres et inspirés que Li Jinjia 李金佳 vient de publier à Ha'erbin (Heilongjiang renmin, 2009, 134 p.). Pour l'heure, seul a été traduit le titre Heizhang 黑障 : Obstacles noires
Dernière minute : En fait, les deux plus longs poèmes du recueil ont été traduits et publiés dans le numéro 105 de la revue dirigée par Michel Deguy, Po&sie (Belin, 2003).

dimanche 1 novembre 2009

L'Asie des Ecritures croisées (04)

Choses vues et entendues à la Fête du Livre d’Aix-en-Provence
« L’Asie des écritures croisées, un vrai roman »

Puisque les médias, à l’exception de la presse régionale, ont totalement boudé cette extraordinaire manifestation (je sais bien qu’en temps que co-organisateur, ce n’est pas à moi d’en faire le compte rendu… mais tant pis, si vous n’êtes pas d’accord avec mes propos ou si vous désirez les compléter, notre blog vous est grand ouvert…), je ne peux m’empêcher de vous livrer quelques impressions glanées au fil de ces rencontres avec des écrivains de Corée, Chine, Taiwan, Thaïlande, Vietnam et Japon.

Pendant la séance d’ouverture, chaque écrivain a laissé deviner quel était son caractère. Li Ang, par exemple, avec la fougue qu’on lui connaît, affirmait d’emblée que, comme Umberto Eco qui « voyage avec un saumon », elle voyageait avec un oreiller, en raison de douleurs dans le dos causées par une malencontreuse chute dans la mer Rouge lors d’un voyage en Arabie saoudite. Elle avait voulu voir le lieu précis où Moïse a séparé les eaux, et elle-même, à son corps défendant, a réussi le même exploit. Cette anecdote ne l’a nullement empêchée d’indiquer qu’après avoir écrit des romans dénonçant la condition féminine dans la société taïwanaise (le fameux La Femme du boucher), puis des romans montrant comment les femmes sont capables de vendre leur corps pour parvenir à grimper à l’échelle sociale (roman dont certaines pages la font rougir maintenant), elle s’intéressait surtout à la gastronomie du monde entier, et tout particulièrement à celle de la France. Yoko Tawada, elle, a souligné que la notion de roman asiatique lui rappelait trop la grande Asie de sinistre mémoire et qu’elle ne voyait pas forcément une cohérence dans cette invitation d’écrivains asiatiques, même si elle-même, qui habite en Allemagne, et qui écrit en allemand et en japonais, se déclarait très contente d’être là. Minaé Mizumura soulignait combien elle se sentait proche de la France dont elle comprend et parle la langue. Thuân, francophone elle aussi, expliquait que dans son roman Chinatown, écrit en vietnamien et traduit par Doan Cam Thi, le personnage principal était une Vietnamienne qui avait appris l’anglais à Moscou et s’installait à Paris où, pour gagner sa vie, elle enseignait cette langue à des élèves pour la plupart d’origine musulmane ! Qui dit mieux en matière de mélange et de mondialisation ? Chaque écrivain a ensuite exprimé sa joie d’être là pour parler de la chose qui lui tient le plus à cœur, la création littéraire.

Lors des master classes qui se sont tenues avec les étudiants de l’IUT Métiers du livre et ceux du Département d’études asiatiques de l’université de Provence, les écrivains ont parlé de leur vocation, de leur activité d’écrivain dans leur pays et de leur conception de la littérature. Kim Young-ha a expliqué que ses parents avaient toujours voulu qu’il devienne comptable. Lui-même voulait devenir écrivain et chaque fois qu’il écrit, il éprouve un grand plaisir à avoir l’impression de transgresser un interdit. Xu Xing a fait alors remarquer que Kafka aussi était destiné à devenir comptable… Pour Li Ang, la situation a été très différente. Elle a toujours été l’enfant gâtée de sa famille et a été soutenue par celle-ci, ce qui lui a permis de ne jamais avoir de problème pour vivre et de se livrer sans soucis matériels à son écriture. Même si elle a été très violemment critiquée, elle dit n’avoir jamais eu à faire de compromis et n’avoir jamais eu à s’autocensurer.

Chart Korbjitti a évoqué les heures sombres de la Thaïlande et ses massacres. Son envie d’écrire la vérité l’a amené à se demander comment il pourrait subvenir à ses besoins sans entraver son désir d’écrire. Il a commencé par fabriquer des sacs qu’il vendait sur les marchés, mais très vite, comme son commerce marchait trop bien, il lui a fallu cesser cette activité pour garder du temps, car il aurait dû employer des ouvriers et s’absorber totalement dans cette occupation ! Il a affirmé n’avoir besoin que de très peu pour vivre, habitant à la campagne, loin des tracas de la ville…

Bao Ninh a précisé le processus qui l’avait conduit à écrire Le Chagrin de la guerre. Selon la propagande communiste, la victoire du Viêtnam sur les États-Unis en 1975 était présentée comme un événement brillant provoquant la joie de tous. Tel un peuple de robots, les Vietnamiens fêtaient la victoire en oubliant les souffrances des combats. Du côté américain, on expliquait que la victoire vietnamienne était due au fait que les Vietnamiens étaient justement des robots et avaient pu résister à la guerre quelle qu’en fût la violence. Pour Bao Ninh, les Vietnamiens étaient avant tout des hommes, et lui qui fut soldat dans l’armée vietnamienne faisait un constat beaucoup plus douloureux. La guerre avait été atroce et les souffrances ne pourraient jamais être oubliées. Un peu plus « lettré » que ses camarades, il s’était senti le devoir de dire que la guerre, quels qu’en soient les motifs, était une monstruosité, et qu’elle ne devait plus jamais se reproduire. Il a aussi affirmé que son roman n’avait rien d’extraordinaire en lui-même, mais que s’il avait eu du succès, c’était seulement parce qu’il présentait les Vietnamiens comme des hommes et des femmes ordinaires et non comme des robots.

Au cours des entretiens, a aussi été abordée la question de la modernité. Kim Young-ha a rappelé que cette modernité a été imposée par les Occidentaux dans plusieurs pays d’Asie par la force. Ensuite, la littérature occidentale a dominé le monde et l’Asie en particulier. La forme romanesque dans sa version moderne n’a par exemple qu’un siècle d’histoire en Thaïlande ou au Viêtnam, où elle a supplanté la poésie ou le récit en vers. Dans la situation actuelle, un écrivain a fait remarquer que dans la plupart des pays d’Asie, un lycéen ne peut entrer à l’université que s’il connaît un certain nombre d’œuvres occidentales, alors que l’inverse n’est pas vrai.

À propos de la censure, chaque écrivain a évoqué la situation dans son pays. Au Japon, où seuls sont tabous la famille impériale et l’Empereur (pourtant plus démocrate que certains membres de l’extrême droite selon Minaé Mizumura…), la censure n’existe pratiquement pas. En revanche, Minaé Mizumura a indiqué combien persistaient des différences très fortes entre classes sociales… dont son roman Taro un vrai roman se fait amplement l’écho. En Thaïlande, selon Chart Korbjitti, certains sujets doivent être évités. Au cinéma, par exemple, jusqu’à une époque récente, on ne devait pas mettre en scène des « mauvais » policiers.

Lee Seung-u, quant à lui, s’est réjoui du fait qu’aujourd’hui les écrivains de Corée du Sud aient plus de latitude pour aborder des problèmes intimes, alors que, pendant les dernières décennies, les écrivains ne pouvaient pas ne pas se préoccuper des problèmes du pays et prendre position en faveur de telle ou telle position politique. C’est sans doute pour cela que son roman La Vie rêvée des plantes possède une telle force poétique.

Enfin, cette Fête du Livre a été marquée par le rôle considérable qu’ont joué les traducteurs-interprètes. Cinq langues (souvent appelées en France « langues rares » !) étaient utilisées et chaque fois qu’un écrivain prenait la parole, il fallait que les interprètes traduisent à chacun dans sa langue ce qui venait de se dire. Grâce à un ingénieux dispositif, le système a très bien fonctionné et le sens de chaque intervention a pu être rendu presque en temps réel en français puis dans les quatre autres langues. Et chaque fois, le public semblait charmé par la musique de chacune des langues…

Pour clore ces « choses vues et entendues », je ne résiste pas à l’envie de vous livrer la « version intégrale » d’une intervention de Chart Korbjitti – traduite par Marcel Barang et Louise Pichard-Bertaux :

« Je suis venu ici pour vous informer. Je ne suis pas venu comme représentant des écrivains thaïs mais à titre personnel. Je suis venu pour vous dire que mon pays a une langue, une culture et une tradition artistique. Et une littérature, tout comme dans chacun de vos pays. La différence, c’est que mon pays est petit et en voie de développement. Ou en d’autres termes un pays du tiers-monde.

Et quand on parle des pays du tiers-monde, les pays développés nous considèrent avec condescendance, qu’il s’agisse du mode de vie, des valeurs culturelles ou artistiques et considèrent les gens du tiers-monde comme des rustres, ce qui vaut aussi pour la littérature que nous lisons.

La littérature, à mon avis, est tout aussi importante que les vêtements que nous portons. Chaque pays a sa façon de se vêtir en fonction du climat et de l’environnement de façon à ce que chacun soit à l’aise et bien dans sa peau. Ce qui est au-delà de ça et dont on ne peut pas se passer, c’est la beauté ; en d’autres termes, c’est l’art.

Et chaque fois que vous regardez les vêtements que nous portons, vous vous dites que ces vêtements sont démodés, de coupe grossière et sont tout sauf branchés.

De la même façon, quand vous considérez notre littérature, vous vous dites que notre style est démodé, qu’il n’a rien d’excitant, et que nos thèmes sont répétitifs : la pauvreté du petit peuple, la corruption des politiciens, la prostitution et l’exploitation des enfants.

Je suis venu ici pour vous dire que même si mon pays n’est pas aussi développé que les vôtres, nous portons des habits confortables et qui nous conviennent tout autant que ceux que vous portez chez vous. Et n’allez surtout pas croire que ce n’est pas le cas !

Et si un jour vous en avez marre de porter les vêtements qui sont les vôtres, ou de suivre les modes qui sont les vôtres et qui changent en permanence, j’espère que vous essaierez les nôtres, et que dans vos penderies on trouvera un choix de vêtements parmi les quels les nôtres figureront.

De la même façon, j’espère que sur vos étagères et dans vos bibliothèques, il y aura un choix d’ouvrages littéraires parmi lesquels les nôtres figureront aussi.

Je suis venu ici pour faire mon devoir qui est de vous informer. Si ça se trouve, cette information ne servira à rien, je n’ai pas de grands espoirs à ce sujet.

Mon devoir est simplement de vous informer.

Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont convié à venir ici pour délivrer ce message. »

La force d’une telle intervention dès la soirée d’ouverture de cette Fête du Livre aurait pu justifier à elle seule la tenue de ces rencontres !

Noël Dutrait

vendredi 30 octobre 2009

L’Asie des Ecritures Croisées (03)


Une rencontre avec Xu Xing dans le cadre des Ecritures croisées 2009
Rencontre du 18 octobre, présentée par Sébastian Veg.

La rencontre du dimanche matin a réuni dans la bibliothèque de la Cité du Livre un petit groupe - une trentaine de personnes - très attentif aux propos du romancier chinois Xu Xing
徐星. Ceux-ci portaient essentiellement sur trois thèmes : son enfance durant la Révolution Culturelle, ses débuts en littérature, et la politique culturelle actuelle de la Chine. Les notes prises pour la traduction m’ont permis de retranscrire a posteriori l’essentiel de l’intervention, que je résume ici – je n’ai pas jugé utile de reprendre les questions, les réponses me paraissant suffisantes :
  • Sur l’enfance : « Je suis né en 1956, à Pékin. La Révolution Culturelle a débuté en 1966, et en 1967 mes parents ont été déportés, mon père au Hebei, où il a été interné, et ma mère dans les montagnes du Gansu. C’est comme cela que j’ai commencé, à l’âge de 11 ans, à vivre seul. Ma mère, avant de partir, avait convenu avec un restaurateur de notre quartier, qu’elle lui enverrait chaque mois une partie de sa paye pour qu’il me nourrisse. Lorsque je repense à ces années, j’ai le souvenir d’une grande souffrance, d’une grande solitude. J’étais trop petit. Mais avec l’âge, cette expérience est devenue une richesse.(…) J’ai entamé mon premier voyage à onze ou douze ans, pour aller voir ma mère. Cela a été une véritable épreuve, je me souviens de la misère, de la faim. Mais ce voyage a été une expérience déterminante dans ma vie : je l’ai refait par la suite chaque année, et voyager est devenu dès lors une sorte de drogue. Ma scolarité, quant à elle, était plutôt chaotique. (…) J’ai connu mon premier amour en 1972 ou 73 : pour la première fois de ma vie, j’ai écrit une lettre à une fille, dans laquelle je vantais mes exploits sur les routes ; je concluais sur quelques doutes personnels quant à la Révolution Culturelle. La fille a été prise de panique. Elle a fait lire ma lettre à sa meilleure amie, et elles ont pris la décision de la remettre à leur professeur de politique, qui appartenait à la police. J’ai été emprisonné pendant quarante jours. J’avais 16 ans. (Ndt : c’est à cet épisode de sa vie que Xu Xing fait allusion lorsqu’il dit, dans une interview publiée en annexe de son roman Et tout ce qui reste est pour toi : « Je n’ai jamais été un bon élève, ni un enfant sage, et à seize ans je suis devenu un jeune à problème. » 我从小不是好学生,乖孩子,十六岁时成了不良少年。”) Cette expérience m’a apporté beaucoup de maturité, et m’a fait entrer dans l’âge adulte. Une trentaine d’années plus tard, j’ai fait un film intitulé « Ma Révolution Culturelle », dans lequel je relate cette histoire - ce film a été diffusé plusieurs fois en France, sur la Cinq. La fille à qui cette lettre était destinée a vu mon film, et elle est rentrée des Etats-Unis pour me voir. Elle m’a dit qu’elle avait beaucoup hésité avant de remettre cette lettre à son professeur (…). Elle m’a dit que ça avait été le plus grand regret de sa vie. »
  • Sur ses débuts en littérature : « Le manuscrit de mon premier roman, Variations sans thème, a commencé à circuler en 1981 parmi un petit groupe d’amis. L’une d’eux, Zhang Xinxin, m’a supplié de ne plus le montrer. Il est malgré tout passé de main en main dans trois établissements : le Conservatoire Supérieur de Musique, l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique et l’Ecole Supérieure de Cinéma. Puis, les choses ont basculé en 1985 : un jour, après avoir beaucoup bu, j’ai pris mon vélo, décidé à apporter mon manuscrit aux éditions Renmin wenxue (Littérature du Peuple), dont l’éditeur en chef était Wang Meng. Celui-ci l’a lu, et m’a tout de suite contacté. Nous nous sommes rencontrés, nous avons convenu d’un certain nombre de retouches, et mon texte a été publié. En 86, un critique littéraire a écrit ces lignes dans la revue Dangdai wenxue (Littérature contemporaine) : " Le fleuve Jaune et le Yangzi charrient depuis des millénaires le sang de nos héros. Un individu tel que Xu Xing, avec ses antihéros, a-t-il sa place dans la littérature chinoise contemporaine ? " J’ai été très honoré de cette critique ! »
  • Sur la politique culturelle actuelle : « Je vais vous raconter une anecdote : récemment, un jeune homme de 24 ans est venu me voir à Pékin. Il m’a demandé ce que j’entendais par " Bande des Quatre ", s’il ne s’agissait pas des quatre dernières stars en vue de la pop hongkongaise. Cette question m’a désespéré. C’est dramatique. (…) Si la Révolution Culturelle peut se résumer à une tentative, en dix ans, de faire de chaque citoyen un révolutionnaire, l’idéologie actuelle peut se résumer à une tentative de faire de chaque citoyen un consommateur amnésique. Elle y parvient très bien pour l’instant. (…) La ville de Pékin était autrefois une ville merveilleuse : c’était une ville horizontale, parsemée d’arbres, d’arrière-cours, pleine de ce que l’architecture chinoise traditionnelle pouvait offrir de plus beau, de plus raffiné. Pékin, aujourd’hui, ressemble à n’importe quelle grande ville moderne. Le problème est que les décideurs en matière d’urbanisme sont des gens incultes. C’est ainsi qu’ils permettent à des architectes étrangers de venir poser leurs ordures en plein cœur de la ville, chose qu’ils ne pourraient pas faire chez eux. (…) Connaissez-vous la mesure qui a été prise quelques semaines avant les célébrations du soixantième anniversaire de la République Populaire ? Les autorités ont interdit la vente de couteaux de cuisine à Pékin ! Le gouvernement actuel se targue de maintenir la stabilité dans le pays, mais il n’est plus très crédible. Ces gens-là n’ont qu’un objectif : se maintenir au pouvoir, coûte que coûte. "Après moi le déluge !", comme disait Louis XIV, à moins que ce ne soit Louis XV…»
Je n’ai pu m’empêcher, pour conclure cette rencontre décoiffante, de saluer le taoïste qui se cache en Xu Xing, en citant ce passage autobiographique : « Ce qui importe, ce n’est pas ce que les autres disent de toi, c’est ce que tu ressens toi-même. Tous mes amis qui, il y a quelques années, s’affairaient à leurs études, s’affairent aujourd’hui à gagner de l’argent. L’argent, je ne peux pas dire que je n’y pense pas : moi aussi j’aimerais être bien habillé, habiter une villa, conduire une grosse Mercedes, mais j’ai une faiblesse à ce niveau-là : le prix à payer pour parvenir à tout cela serait le sacrifice de ce qui, à mes yeux, importe le plus au monde, à savoir ce petit peu de liberté, d’oisiveté. Des amis me disent : tu connais l’anglais, l’allemand, pourquoi est-ce que tu n’en fais pas quelque chose ? Ca ne m’intéresse pas, "j’ai assez". Vous êtes tous comme ça, moi non. J’ai un peu tendance à nager à contre-courant. Je me trouve bien comme ça, je suis quelqu’un qui peut vivre à partir du moment où il a à manger, si j’ai envie de faire quelque chose, je le fais, si je n’en ai pas envie, je ne le fais pas, je sais me contenter de ce que j’ai. » (剩下的都属于你,徐星自述p. 271)

Riche est celui qui sait se contenter de ce qu’il possède,
disait Lao zi (
知足者富).

Bibliographie :
《无主题变奏》(《人民文学》1985.7 ) ; 《城市的故事》(《中国文学》1986.4 ) ;《殉道者》、《无为在歧路》(《人民文学》 1986. 12 ) ; 《饥饿的老鼠》《帮忙》(《收获》1986. 1 ) ; 《爱情故事》(《中外文学》1989.2《上海文学》1989. 7) ; 《我是怎样发疯的》(《今天》1992. 1) ; 《失去了歌声的城市》(《今天》1992. 3) ; 《国王和马的故事》(剧本,《今天》1992. 4) ; 《一出戏是怎样完成的……(剧本,《今天》1992. 5) ; 《剩下的都属于你》(长江文艺出版社2004.8) ; Le crabe à lunettes (première traduction du recueil de nouvelles Variations sans thème), Julliard, 1992 ; Et tout ce qui reste est pour toi, trad. Sylvie Gentil, L’Olivier, 2003 ; Variations sans thème, trad. Sylvie Gentil, L’Olivier, 2004. Pour une intéressante interview de Xu Xing, voir ici.
Philippe Che

jeudi 29 octobre 2009

Enfer chinois (07-a)


Je vais avec ce billet de circonstance - on va bientôt voir laquelle -, à nouveau sauter quelques étapes de mon survol systématique des traductions françaises de littérature érotique chinoise des siècles passés et aborder les traductions apportées dans notre pays au chef-d’œuvre du roman érotique chinois, le Rouputuan 肉蒲團 (Chair, tapis de prière, 1657).

Je ne m’appesantirai pas sur les longs débats qui ont pendant longtemps entouré la question de l’attribution de cette œuvre à Li Yu 李漁 (1611-1680). J’ai eu l’occasion d’en traiter doctement ailleurs : d’abord par le menu dans une thèse soutenue voici quinze ans [L’Œuvre romanesque de Li Yu (1611-1680). Parcours d’un novateur, 1994], puis plus récemment en introduction à la traduction des commentaires de fin de chapitre donnés par Li Yu à son roman [Voir Jacques Dars, Chan Hing-ho (eds), Comment lire un roman chinois. Anthologie de préfaces et commentaires aux anciennes œuvres de fiction. Arles : Picquier, 2001, pp. 179-198], et encore dans ma notice de l’Encyclopedia of Erotic Literature (Routledge, 2006, pp. 809-813) dont il a été question à l’occasion du quatrième billet de cette série et même ailleurs. Je n’y reviendrai donc pas : ce roman est de Li Yu. Qui d’autre que lui aurait-il d’ailleurs pu l’écrire ?



Vous savez déjà que la collection des romans érotiques chinois éditée par Chan Hing-ho à Taiwan consacre un volume entier (« Siwuxie huibao » 思無邪匯寶, vol. n° 15, 1994, 502 +13 p.) à cette œuvre qui porta le titre alternatif de Juehou chan 覺後禪 (Méditation après l’éveil). Cette édition critique s’appuie sur les plus anciens imprimés, mais aussi sur le manuscrit japonais qui passe pour être la copie la plus proche de l’original et qui a permis de lever les dernières interrogations pesant sur la date de diffusion du livre en en donnant une, l’année 1657 ; cette date correspond bien avec ce que l’on sait par ailleurs du parcours de Li Yu et de son attachement, pendant un période somme toute assez courte, au genre du xiaoshuo 小說 en langue vulgaire. Là encore pour être rapide, je me contenterai de rappeler que Rouputuan arrive à la mi-temps de ce parcours et fut donc composé entre les Wushengxi 無聲戲 ou Comédies silencieuses dont les deux volumes durent voir le jour entre 1654 et 1656 et Shi’er lou 十二樓 ou Douze pavillons datant vraisemblablement de 1658. Des premiers recueils, seuls quelques contes ont été traduits dans notre langue : deux par Rainier Lanselle dans Le poisson de jade et l’épingle au phénix. Douze contes chinois du XVIIe siècle (Paris : Gallimard, 1987) dont on reparlera un jour ; cinq par moi, dans une autre vie, chez Picquier : A mari jaloux, femme fidèle (1990, repris en « Picquier-Poche », n° 95, 1998) --- pour tout savoir sur les dix-huit contes de cette série, on peut lire les notices du tome cinquième de l'Inventaire analytique et critique du conte chinois en langue vulgaire (A. Lévy & al., Paris : Collège de France/Institut des hautes études chinoises, « Mémoires de l’Institut des hautes études chinoises », vol. VIII-5, 2006). Restent donc onze récits dans l’attente de publication auxquels s’ajoutent les douze nouvelles qui composent le Shi’er lou (S) : après avoir fourni certaines des toutes premières traductions de littérature romanesque chinoise en anglais (1815), et en français (1819, 1827), cette collection encore inédite dans sa totalité, sauf en japonais et en russe, est une œuvre aboutie qui attend également une intégrale dans notre langue. Quelques inédits de cet ensemble ont toutefois rencontré auprès des étudiants qui fréquentent les cours du master Monde chinois de notre université un public attentif (cela fait partie du contrat !) et parfois même actif ; cette année, les rares à avoir choisi de s’attacher à la littérature ancienne dès leur deuxième année de licence pourront, eux aussi, en découvrir un remarquable échantillon (« Sheng wo lou » 生我樓, S 11), mais, je n’ai pas oublié que je m’étais un peu cavalièrement engagé publiquement à offrir l’ensemble de l’œuvre romanesque avant que n’arrive le moment de fêter le quatrième centenaire de la naissance de Li Yu fixée au 13 septembre 1611. A moins de deux ans de la date à partir de laquelle je perds la face, je me dis qu’il est grand temps de passer aux actes, mais ceci est une autre histoire.

Pour l’heure revenons au Rouputuan, vers lequel une demande pressante m’a conduit, un peu contre ma volonté, une nouvelle fois. Mais pouvais-je refuser de participer aux 26èmes Assises de la traduction littéraire en Arles pour tenir un atelier « eros-chinois » ? Sans doute oui, mais j'ai , je le concède, succombé à la promesse d'une gloire aussi vaine qu'éphémère : je vais donc donner gracieusement de ma personne et, le 8 novembre prochain à l’heure de la journée la moins appropriée qui soit pour ce genre de loisir - 9h ! -, me pencher pendant 90 minutes, avec une compagnie dont je ne connais ni le nombre ni la composition, sur un passage du chapitre 14 de cette pièce de choix de l’érotisme mondial.

Il faudra sans doute situer rapidement et l’œuvre et le contexte - le début de la dynastie des Qing 清 (1644-1911) -, mais sûrement aussi présenter son auteur et dire un mot ou plus de sa propension à innover, laquelle se manifeste brillamment dans le millier de caractères retenus. Pour vous qui pouvez cliquer, je vous recommande la lecture des polycopiés dont vous devriez retrouver la trace à partir des pages d’un site ancien sur lequel je ne peux plus agir, mais qui conserve des informations encore utiles. Un résumé pourrait aussi permettre de replacer cet extrait [*] dans une trame narrative finement tissée, particulièrement riche en épisodes torrides :
Un jeune lettré de l'ère Zhihe 致和 (1328) portant le pseudonyme de Weiyangsheng 未央生 a le désir d’épouser la plus belle femme du monde. Ne pouvant se satisfaire de la beauté pourtant éclatante de Yuxiang 玉香, sa première épouse, la prude fille de l'austère barbon confucéen Tieshan daoren 鐵扇道人, il repart en chasse. Il est bientôt assisté par Sai-Kunlun 賽昆崙, un maître brigand de génie qui le convainc très vite que la petitesse de son sexe est un frein à ses prétentions. Lorsqu'il s'est fait greffer un sexe de chien, ce qui fait de lui un amant incomparable, il séduit Yanfang 艷芳, une commerçante au tempérament fougueux. Celle-ci se retrouvant finalement enceinte, il conquiert en cachette Xiangyun 香雲, une autre beauté qu'il avait repérée bien avant son opération. La jeune personne lui présente trois parentes, comme elle, femmes de lettrés peu doués pour les joutes nocturnes partis concourir à la capitale. Pendant qu'il s'ébat sans retenue avec les quatre femmes, le mari de Yanfang, l'honnête marchand Quan Laoshi 權老實, poussé par un désir de vengeance, séduit Yuxiang [*] et l'engrosse avant de la vendre à un bordel de la capitale où elle devient rapidement la prostituée la plus recherchée de tout l'Empire. Attiré par sa réputation, Weiyangsheng, lequel se croit veuf car son beau-père n'a pas osé lui avouer la fugue de sa fille, s'y presse. Quand il arrive à pied d'oeuvre, les maris de ses conquêtes galantes ont déjà goûté les avantages de son épouse légitime qui, pour éviter une confrontation embarrassante avec son mari, se suicide. Prenant enfin conscience de son égarement, Weiyangsheng retourne auprès du moine Gufeng 孤峰 qui avait jadis (chap. 2) tenté de le détourner de son funeste destin. Résolu à ne plus suivre les chemins tortueux de la débauche, il se castre et entre en religion en compagnie des nouveaux convertis que sont Sai-Kunlun et Quan Laoshi.
Mais on pourrait aussi faire l’économie de toute érudition pour aborder en toute candeur un moment d’intimité entre une épouse délaissée par son mari, Yuxiang, et celui qui va, en devenant son amant lui faire goûter, avec délicatesse et un savoir-faire gagné au commerce de sa propre épouse, des plaisirs insoupçonnés. Je vous dirai un jour prochain la stratégie mise en place pour aborder cette scène aussi piquante et sensuelle que fort pédagogique, et les résultats que nous avons obtenus. Il est maintenant temps de dresser pour qui n’a pas la chance de lire Li Yu dans le texte, un rapide inventaire des traductions disponibles de ce « Livre qui se moque véritablement de tout » 真玩世之書也 (RPT, chap. 20, commentaire).



En plus de plusieurs traductions anciennes (1950, 1963) et qui sait peut-être d’autres modernes (que je ne connais pas), le roman a, de longue date, circulé au Japon dans sa langue originale sous la forme de copies manuscrites (l’une datant de 1715) et d’imprimés ; une traduction russe a été réalisée à partir du chinois par Dmitrij Nikolaevič Voskresenskij (Дмитрий Николаевич Воскресенский, Moscou, 2000), lequel a également traduit les Shi’er lou et une partie des Wushengxi ; mais c’est en allemand que le roman fut d’abord lu en Europe grâce à la traduction fort libre qu’en avait donnée, en 1959, Franz Kuhn (1884-1961). Ce rendu vivement critiqué servit assez rapidement de base à plusieurs adaptations, en néerlandais (1964), mais surtout en anglais, et ce dès 1963 grâce à Richard Martin. Je n’ai pas encore pu vérifier si les traductions portugaises (1982, 2002), italiennes (1973, 2000), espagnole (1990), hongroise (1989) sont ou non basées sur celle de Kuhn, ou sur son pendant anglais, ce qui ce conçoit facilement, ou, ce qui est encore possible pour celles sorties après 1990, sur la version directe que réalisa le grand spécialiste américain du roman chinois ancien et de l’œuvre de Li Yu, Patrick Hanan : sa version, publiée à New York chez Ballantine (1990) sous le titre The Carnal Prayer Mat (Rou Putuan) a été rééditée en 1996 sur les Presses de l’université d’Hawaï (Honolulu) et connait un succès amplement mérité. C’est la première version réalisée à partir d’un texte complet (grâce à la consultation du manuscrit japonais portant la date de 1657) avec les instructifs et succulents commentaires que Li Yu ajouta à presque tous ses chapitres. Quant à la version vietnamienne, je n’en connais que la couverture que j’ai installée sur une page internet qui présente les traductions des œuvres romanesques de Li Yu, voir ici -- cette page sera bientôt remplacée par une autre plus complète et plus riche en informations bibliographiques.



Pour le domaine français, nous disposons, comme pour l’anglais de deux versions : une ancienne (vieille de presque un demi-siècle) et une nouvelle d’à peine 18 ans ; les deux offrent des défauts similaires [j’y reviendrai après l’atelier] et, quoi qu’en disent leur maître d’œuvre respectif, s’appuient chacune sur des éditions, certes « anciennes », mais loin d’être au-dessus de toute réserve. Le progrès apporté par la seconde se bornerait presque à rendre les poèmes que la première avait éliminé pour n’avoir « aucune valeur poétique » et à abandonner le procédé qualifié par André Lévy [« La passion de traduire », in V. Alleton, M. Lackner (eds.), De l’un au multiple. Traduction du chinois vers les langues européennes. Paris : Editions de la Maison des sciences de l’homme, 1999, pp. 164-165] de « degré zéro de la traduction », astuce ou « trouvaille » qui amenait à reproduire (en rouge dans certains tirages de luxe, comme au Cercle du livre précieux en 1963) presque à chaque fois qu’ils interviennent dans le texte, les deux couples de caractères désignant les organes sexuels : yangwu 陽物, pour l’appendice masculin, yinhu 陰戶, pour le réceptacle féminin, procédé qui sera repris par Huang San et son facétieux compère dans leur traduction du Chipozi zhuan 癡婆子傳 , voir « Enfer chinois (03) ».

La première traduction date de 1962 (Réédition 10/18, n° 2676, 1995). Pilotée par Etiemble (1909-2002), elle a été signée par Pierre Klossowski (1905-2001) qui l’avait réalisée à partir d’un mot-à-mot fourni par un sinologue anonyme, sur l’identité duquel beaucoup a été dit sans emporter l’adhésion complète ; du reste, le sujet importe peu.



La deuxième traduction date de 1991 ; elle a été commandée par Philippe Picquier, pour ses éditions, à Christine Corniot qui s’est efforcée de rendre justice à un texte dont elle ne semble pas avoir senti toutes les finesses et l'irrésistible humour. Travail de commande, réalisé sans support scientifique à partir d’une vision faussée de la composition pourtant longuement expliquée dans l’introduction, le produit final n’en a pas moins connu un vif succès puisque l’éditeur d’Arles en a proposé plusieurs éditions (1991, 1994, 1996) et continue de le diffuser en format de poche toujours sous le même titre accrocheur : De la chair à l’extase. Pour nous en tenir au simple titre, la première édition a vu plus juste avec son Jéou-P’ou-T’ouan ou La Chair comme tapis de prière (Paris : Jean-Jacques Pauvert, 1962, 1979).

La récente confrontation à laquelle je me suis livré sur un court passage du chapitre 14 m’a pour le moins renforcé dans l’idée que le moment était sans doute venu de proposer une nouvelle traduction de cette œuvre que le public français, pour une fois moins chanceux que l’anglo-saxon, ne connaît pas encore véritablement. Il est tout de même rassurant de noter que malgré la lourdeur des choix retenus, les lecteurs apprécient en général cette folie sensuelle et morale, ne s’arrêtant pas aux maladresses qui entachent si abondamment ces deux traductions. Peut-être en va-t-il ainsi des grandes œuvres qui résistent aux pires manipulations. Je me suis, je dois l’avouer, moi même longtemps laissé abusé par la première traduction.



L’autre constatation réalisée à partir du travail préliminaire pour l’atelier d’ATLAS dont je voulais vous faire également part est que le texte fourni sur un site que je vous recommandais chaleureusement il n’y a pas si longtemps est très souvent fautif car basé uniquement sur les éditions japonaises anciennes et non, regrettons-le, sur l’édition critique de Chan Hing-ho : nous voilà prévenus. Si l’atelier arrive à clarifier les données du problèmes et à montrer les trésors d’originalité qu’implique la traduction des fictions de Li Yu, je serais amplement satisfait.

Une dernière chose qui est loin d’être un détail : la traduction de Rouputuan en Chair, tapis de prière est de Jacques Dars [dont Les carnets secrets de Li Yu ressortent justement ces jours-ci dans un format réduit chez Picquier]. C'est lui qui la proposa lors du colloque sur la traduction (« Traduction terminable et interminable », De l’un au multiple, p. 153) pendant lequel André Lévy avait passé au crible un court passage du chapitre six, celui où il est affirmé que les aphrodisiaques n’agissent pas plus sur la taille d’un « capital » (benqian 本錢) pas assez long, que les fortifiants sur l'esprit un étudiant inculte : « L’un ajoute, l’autre retranche et par une étrange pudeur, l’un comme l’autre refuse d’appeler le ginseng par son nom ... comme d’utiliser le terme plaisant, significatif et approprié de « capital » du texte/source. Allez savoir pourquoi ! » (p. 165). (P.K.)

NB. Le passage soumis à la sagacité des stagiaires d’Arles sera donc tiré du chapitre 14, pp. 379-382 de l’édition du « Siwuxie huibao » [權老實說便說這一句。...., 夜夜少他不得。] auquel correspondent les pages 204 à 206 de la traduction Klossowski (1963) [« K’iuan l’Honnête dit cela, ... ils firent l’amour toutes les nuits. »] et 190 à 192 de la traduction Corniot (1991) [« Il avait beau parler ainsi,... ne fût-ce qu’une nuit. »]. Vous le voyez, je n’ai pas cherché la simplicité, ni même à éviter l’embarras que cause l’évocation en public des choses du sexe --- ce que je commence à regretter.

mercredi 21 octobre 2009

By the Moon River

A quelques jours de la visite de Barack Obama en Chine et en pleine vague d'« Oba-Mao-mania » - le président américain y est devenu, comme le signale sur Rue89.com, Pierre Haski qui reprend un billet du blog de Thomas Crampton (Social Media in China and across Asia) qui emprunte au site chinois Wenxue cheng 文学城 (Wenxue City), Oba Mao 奧巴毛 (Aobamao) -,  je vous invite à regarder une vidéo en chinois sous-titrée en anglais mise en ligne le 8 octobre dernier et qui permet d'entendre et de voir l'écrivain Wang Gang  王刚 répondre aux questions de Jeremy Goldorn du site Danwei.org. Il y évoque la Révolution culturelle à travers son expérience qui a alimenté son ouvrage 英格力士 (Yinggelishi) paru en français  (Picquier, 2008) sous le même titre qu'en anglais : English (traduit par Pascale Wei-Guinot et Emmanuelle Péchenart). (P.K.)


dimanche 18 octobre 2009

Bons baisers de Yan Lianke


La Fête du livre d’Aix-en-Provence s’achève à peine que déjà se profilent à l’horizon de nouveaux rendez-vous avec les littératures au centre de deux jours d’un colloque qui a rempli toutes nos espérances. Parons au plus pressé.

Ces prochains rendez-vous vous permettront de mieux connaître un auteur - Yan Lianke 阎连科, - que vous êtes déjà nombreux à avoir lu grâce aux Editions Philippe Picquier qui viennent de publier un cinquième titre de lui. Ce dernier opus qui nous vaut une série de visites de part la France a reçu pour titre Bons baisers de Lénine.

Yan Lianke sera d’abord à La Librairie le Phénix (72, bv de Sébastopol, Paris 3e, tél : 01 42 72 70 31) le mercredi 21 octobre à 18 h, puis, le samedi 24 octobre (18h30) en compagnie de sa traductrice (?) en Arles à la Bibliothèque du Collège International des Traducteurs Littéraires (CITL, Espace Van Gogh, tél : 04 90 52 05 50).

Il vous reste peu de temps, mais je vous recommande de lire le compte-rendu de la traduction du roman Le Rêve du Village des Ding (Trad. Claude Payen, Arles, Philippe Picquier, 2007, 330 p.; édition poche 2009, 396 p.) publié par Sébastian Veg dans le premier numéro de l’année 2009 [Dossier «La société chinoise face au SIDA »] de la revue du CEFC (Centre d’Etudes Français sur la Chine contemporaine) Perspectives chinoises (disponible en ligne ici), avant de vous précipiter à la rencontre de cet écrivain qui s’est vu refuser l’accès à la Buchmesse de Francfort. Voir à ce sujet l’article signalé par Bertrand Mialaret dans un commentaire au précédent billet.

Mais pourquoi ne pas regarder également une entrevue mise en ligne en huit séquences le 17 juin 2009 sur Sina.com et dans laquelle il est essentiellement question d’un ouvrage de souvenirs intitulé Wu yu fubei 我与父辈, dont Yan Lianke a assuré la promotion cet été sans se ménager.



Gageons qu'il sera prochainement à nouveau question sur ce blog de ce livre dont on peut lire les premiers chapitres traduits par Sylvie Gentil à partir du site de l’éditeur. J’ai pour ma part une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse : pourquoi ce titre ? (P.K.)

mercredi 14 octobre 2009

La Grande Messe des livres de Francfort

C'est hier 14 octobre vers 18 h que s'est ouvert le salon du livre de Francfort, la « Frankfurter Buchmesse 2009 » dont l'invité d'honneur est la Chine. Une cérémonie très protocolaire d'une heure et demie en présence d'Angela Merkel et de l'ambassadeur de Chine a permis à deux écrivains chinois de monter à la tribune. Il s'agit de Tie Ning 铁凝, en qualité de présidente de la National Writers Association, et du plus en vue des auteurs chinois de ce début de XXIe siècle, Mo Yan 莫言, romancier bien connu des lecteurs de ce blog.

Pour avoir suivi quasiment en direct cette Eröffnung ponctuée par les interventions d'un orchestre de jazz, et qui est toujours visible en ligne, je sais que chacun d'entre eux s'est exprimé une dizaine de minutes : Mo Yan, à la quarantième minute, Tie Ning, immédiatement après. Malheureusement, le doublage en allemand occulte complètement la voix des orateurs qui s'exprimaient dans leur langue. Il me semble néanmoins, que l'un et l'autre ont fait assaut d'érudition pour tisser des liens entre le meilleur de la littérature et de la culture allemandes et la Chine. Il y fut naturellement question, avec Mo Yan notamment, de Gœthe (1749-1832) et de la Weltliteratur.

Mo Yan et Tie Ning ne seront, bien évidemment, pas les seuls représentants de la dynamique scène littéraire chinoise, scène envisagée dans toutes ses dimensions, bien que, et personne ne s'en étonnera, la littérature taïwanaise ne soit représentée « officiellement » (?) que par Lan Pochou (romancier, historien de la littérature-reporter) et l'intellectuel Kung Peng-cheng 龔鵬程 ; la littérature de Hong Kong est aussi présente par l'entremise de Zhou Mimi et de Cai Yihuai (alias Nan Shan) ; Macao grâce à Wong Man Fai. Les autres auteurs présents pendant la Buchmesse sont, me semble-t-il, tous du continent (ou de ses marges comme le poète-romancier d'origine tibétaine Alai ). Certains sont fort connus, comme Wang Meng 王蒙, Liu Zhenyun 刘震云, Yu Hua , Su Tong 苏童 ; d'autres pas ou beaucoup moins chez nous : Ye Yanbin 叶延, Yang Hongying 杨红缨, Li Er 李洱, Chen Ran 陈染, He Shen 何申, Dong Xi 东西, Zhao Benfu 赵本夫, Tian Er 田耳, Ge Shuiping 葛水平, Fan Xiaoqing 范小青, Li Jingze 李敬, Xu Zechen 则臣, Li Jie 励婕 (alias Annie Baobei 安妮宝), Xu Yigua 须一瓜, ou encore Jing Yongming 荆永. [Pour des détails sur les auteurs, voir ici]

Le site dédié à l'événement est très complet en allemand et en anglais, et offre l'accès à un sous-site dévolu à l'invité d'honneur lequel a son pendant chinois : il est donc aisé de prendre connaissance de la diversité des activités et des nombreuses manifestations qui vont rythmer les quatre jours de la Foire.

On y trouvera également d'intéressants documents dont on pourra tirer profit plus tard à tête reposée, comme un catalogue de 68 pages répertoriant les traductions allemandes de littérature chinoise. Ce « China: Deutschsprachige Neuerscheinungen 2009 » donne une idée de l'image que nos voisins peuvent se faire dans leur langue de la littérature chinoise d'hier et d'aujourd'hui. Le tableau est néanmoins un peu brouillé dans la mesure où l'on y trouve même des œuvres de François Cheng et de Dai Sijie dont des productions composées, si je ne m'abuse, en français ! On voit aussi que les éditeurs allemands sont loin d'être unanimes dans leur choix des transcriptions à soumettre à leurs lecteurs. Un exemple : Tsau Hsüä-tjin pour Cao Xueqin 曹雪芹 ; l'ordre patronyme-prénom est souvent bousculé : Ouyang Xiu 欧阳修 y perd la boussole en devenant Xiu Ouyang ; le Confucius de Prospero Intorcetta (1625-1696) déduit du Kongfuzi 孔夫子 classique s'efface devant un Konfuzius dont la déclinaison donne un plaisant Konfuzianismus. Mais là n'est pas la seule référence au saint-sage de l'Antiquité chinoise puisqu'on peut lire dans la langue de Schiller [à peine un mois plus tôt qu'ici, voir Le bonheur selon Confucius : Petit manuel de sagesse universelle. Belfond] l'indigeste bouillie des idées du Maître par excellence réalisée par Yu Dan 于丹 (Konfuzius im Herzen. Alte Weisheit für die moderne Welt, Droemer) laquelle fait partie avec le pianiste Lang Lang et bien d'autres des « Famous Chinese at the Frankfurt Book Fair »

Quoi qu'en disent certains observateurs chagrins se désolant du manque d'intérêt de ses compatriotes pour la chose chinoise, il n'en reste pas moins que nos si proches amis vont redoubler d'efforts pour mieux faire connaître la littérature chinoise à leurs contemporains : quelque 120 éditeurs allemands ont ainsi annoncé des publications allant dans ce sens dont pas moins de 44 romans ! Ce genre est sans aucun doute le vecteur idéal pour faire passer quelque chose d'une culture dans une autre. Nous en sommes à ce point convaincus que, modestement, nous allons consacrer la fin de cette semaine à un genre qui a encore un brillant avenir et un rôle certain à jouer dans la communion des cultures : Gœthe avait donc raison. (P.K.)

mardi 13 octobre 2009

Comme si vous y étiez, ou presque

Notre colloque sur « Le roman en Asie et ses traductions » va permettre à 18 orateurs d'intervenir successivement pendant deux jours, les 15 & 16 octobre, salle des Professeurs de l'Université de Provence (Centre Schumann, 29, avenue Robert-Schuman, 13621 Aix-en-Provence cedex 1 • Téléphone : 04 42 95 30 30) --- l'entrée est naturellement libre.

Vous en connaissez déjà le programme (voir ici) et avez sans aucun doute déjà pris vos dispositions pour ne rien manquer de cette manifestation qui s'inscrit, comme vous le savez, dans la Fête du livre de la Cité du Livre d'Aix-en-Provence - « L'Asie des Ecritures croisées : un vrai roman » qui se poursuivra jusqu'au 18 octobre.

Pour faire vivre l'événement à ceux qui n'auraient pas la possibilité de se déplacer ou de partager la totalité de cette rencontre entre spécialistes et amateurs des littératures d'Asie, j'ai créé un compte Twitter que vous pourrez à loisir consulter, soit directement, soit par l'entremise de la colonne de gauche de ce blog. Ce sera donc comme si vous y étiez, ou presque. (P.K.)

mercredi 7 octobre 2009

L'Asie des Ecritures croisées (02)

Le programme de la Fête du Livre d'Aix-en-Provence est disponible sous la forme d'un livret de 32 pages que vous trouverez facilement si vous êtes Aixois, mais que vous pouvez vous procurer en ligne en le téléchargeant à partir d'un site dédié à cet événement qui se tiendra du 15 au 18 octobre à la Cité du Livre.

En plus de la littérature, avec Bao Ninh (Viêtnam), Kim Young-Ha (Corée), Chart Korbjitti (Thaïlande), Lee Seung-U (Corée), Li Ang (Taiwan), Minaé Mizumura (Japon), Yoko Tawada (Japon), Thuân (Viêtnam) et Xu Xing (Chine), ce sont la photographie, avec des expositions de Manit Sriwanichpoom (Thaïlande), Luo Dan
(Chine), Lee Gap-Chul (Corée), des projections de Wang Gang (Chine), A Yin (Mongolie intérieure, Chine) et la danse qui seront à l'honneur de cette manifestation : le 15 octobre sera, en effet, donné le spectacle chorégraphique Waiting de Carlotta Ikeda et de la Compagnie Ariadone. Enfin, en plus des rencontres, des débats, des ateliers et des master-classes, trois films récents en provenance du Vietnam, de Corée du Sud et de Thaïlande, seront projetés.

La consultation attentive du programme s'avère indispensable pour qui ne veut pas manquer un seul moment de cette fête sur laquelle se greffe, ne l'oublions pas, un colloque international sur
Le roman en Asie et ses traductions.

Le programme de notre colloque, qui lui se déroulera Salle des Professeurs du Centre des Lettres de l'Université de Provence (29, av. Robert Schuman) figure page 29 de ce même document auxquels j'ai emprunté les portraits des nombreux invités que l'on pourra rencontrer lors de cette édition des Ecritures croisées consacrée à l'Asie : un vrai roman.

mardi 6 octobre 2009

Gao TV


Depuis le 5 octobre, les films réalisés par Télé Campus Provence à l'occasion de l'inauguration de l'Espace de Recherche et de Documentation Gao Xingjian sont disponibles sur le site web de l'université, ici.

L'occasion pour ceux qui étaient présents de se replonger dans l'ambiance de ces belles journées de mars-avril 2008 et même de découvrir des entretiens inédits; et pour ceux qui n'étaient pas là de profiter également de cet événement. (Jean-Luc Bidaux)

vendredi 2 octobre 2009

Et, pourquoi pas, la sinologie

Il a peu, mais c’était déjà trop tard pour que je m’empresse de vous en faire part, je découvrais (sur Fabula) un appel à contribution courant jusqu’au 15 septembre dernier pour le colloque international « Traits chinois, lignes francophones » qui se tiendra les 19 et 20 février 2010 à l'université Queen's de Belfast, et portera sur les artistes et écrivains francophones d'origine chinoise : « Inspiré par le travail pluridisciplinaire de Gao Xingjian, ce colloque examinera des dimensions variées de la créativité sino-française. La présence de Gao favorisera la constitution d'un pôle de contributions autour de son œuvre, mais le colloque sera ouvert à l'ensemble des Chinois qui ont choisi le monde francophone pour vivre et pour créer. Depuis les anarchistes des années 1910 qui venaient en France dans le cadre du projet "Travail Etudes", puis de l'Institut Franco-chinois de Lyon, jusqu'aux dissidents venus chercher un asile politique, et jusqu'aux jeunes créateurs d'aujourd'hui qui choisissent le français comme moyen d'expression, sur internet ou sur papier, le domaine de recherche est vaste. Certains ont connu des distinctions exceptionnelles (prix littéraires, académie des beaux-arts, académie française, succès populaires), et pourtant la recherche universitaire n'a pas encore suffisamment approfondi leurs œuvres. »

Le sujet est, à défaut d’être original, intéressant et ne manquera pas de retenir l’attention d’une foule de chercheurs venant du monde entier. Mais, si je vous en parle, c’est surtout à cause de la formulation peu heureuse qui conclut la dernière phrase de l’appel à contribution. Cette phrase la voici : « Nous serions heureux d'accueillir des propositions émanant de disciplines aussi variées que les lettres, l'histoire, l'histoire des arts, la sociologie, la philosophie, et, pourquoi pas, la sinologie. »

« Et, pourquoi pas, la sinologie » ! Certes, il y a longtemps que la Chine a échappé, et c’est tant mieux, au monopole des sinologues et que, ce qui est moins bien, dans bien des domaines ceux-ci ne sont plus aussi bien accueillis que par le passé ; mais n’oublie-t-on pas un peu vite, qu’en théorie au moins - mais cela aussi est de moins en moins souvent vrai -, la traduction et la présentation dans notre langue des œuvres que produit la Chine artistique et savante nécessitent l’entremise de spécialistes de la langue et de la culture chinoises, et que, pour en rester au sujet présent, avant de choisir « le monde francophone pour vivre et pour créer », ces Chinois ont grandi, vécu, écris, peint, aimé, souffert en terre chinoise et donc en chinois ... et ne se prive pas de continuer à le faire ?


Passer ce trait d’humeur, je voudrais formuler à mon tour une interrogation : « Et pourquoi la sinologie ne redeviendrait-elle pas, touchant les affaires chinoises, une branche aussi indispensable que les autres grands champs de l’activité intellectuelle ? » Gageons que cette question et celles qui en découlent seront abordées lors des deux jours pendant lesquels se tiendront, à Paris, les prochaines Assises des études chinoises ; ce sera les 13 et 14 novembre 2009 (Université Paris Diderot, 15, rue Hélène Brion, XIIIe arr.). Souhaitons que les interventions des quelque 25 orateurs qui prendront la parole dans l’Amphithéâtre Buffon ouvrent de nouvelles perspectives à la sinologie française de ce début de siècle et tordent le coup à quelques mauvaises idées reçues. Noël Dutrait y portera notre voix dans une présentation des activités de notre équipe. Il y croisera des habitués de nos rencontres studieuses (Zhang Yinde, Philippe Postel) et bien d’autres, jeunes et moins jeunes savants réunis sous l’emblème d’une interrogation derrière laquelle transpire une sourde inquiétude : « La sinologie introuvable ? »

L’Association Française d’Etudes chinoises, organisatrice de l’événement, a déjà, j’y avais fait référence sur ce blog, diffusé l’argument de la réunion et mettra prochainement en ligne par le même canal - http://www.afec-en-ligne.org/, rubrique « Colloque 2009 » -, le détail des communications à venir et le programme de ces deux journées qui devraient faire date et pour lesquelles vous êtes prié de vous inscrire au préalable. Et pourquoi n’iriez-vous pas ? (P.K.)

dimanche 27 septembre 2009

L'Asie des Ecritures croisées (01)

Voici, en avant-première et dans le même envoi, de quoi vous faire trépigner d'impatience et vous rendre l'attente du 15 octobre insupportable : ce sont, d'une part, l'affiche (ci-dessus), d'autre part, l'éditorial (ci-dessous) de la prochaine Fête du livre (Aix-en-Provence, 15-18 octobre), dont il a été déjà question sur ce blog. Intitulée « L’Asie des Ecritures croisées, un vrai roman », elle aura pour objet les littératures qui sont chères à l'Equipe Littérature d'Extrême-Orient, textes et traduction qui tiendra colloque les 15 et 16 octobre. Ce blog vous fera vivre les différents moments forts de cet événement qui va favoriser les rencontres entre un public de plus en plus exigeant et une littérature en plein essor, et profitera des jours qui restent avant son lancement pour vous indiquer les rendez-vous à ne pas manquer.
L’écriture romanesque japonaise a été découverte en Occident depuis fort longtemps grâce aux traductions des oeuvres de Mishima, Kawabata, Inoue et bien d’autres ; le prix Nobel de littérature a couronné en 1968 Kawabata Yasunari et en 1994 Ôe Kenzaburô. Puis, en 2000, c’était Gao Xingjian qui recevait le premier prix Nobel décerné à un écrivain de langue chinoise. Les littératures des autres pays d’Asie restaient encore peu connues. Ce n’est plus le cas avec l’arrivée sur la scène littéraire mondiale de très nombreux écrivains de Chine, du Japon, de Corée, du Vietnam, de Thaïlande… Cette création littéraire foisonnante s’inscrit à la fois dans la dynamique politique, économique et sociale de cette région du monde en pleine mutation, et dans la riche tradition culturelle de chacun de ces pays. Ces voix de plus en plus fortes qui affirment l’importance du genre romanesque, entre tradition, modernité et postmodernité, ne sont-elles pas en train de déplacer vers l’Asie le centre du monde littéraire jusque-là situé dans la vieille Europe ? Dans des pays où la littérature occupe depuis des siècles une place importante, des écrivains audacieux, confirmés ou à leurs débuts, largement ouverts aux courants occidentaux, explorent aujourd’hui tous les chemins de l’écriture. Grâce aux traductions plus nombreuses, ils commencent à être mieux connus et nous offrent des oeuvres novatrices, parfois déroutantes, qui font voler en éclats bien des idées reçues et des stéréotypes sur un Extrême-Orient exotique, mystérieux, fantasmé. L’Asie que nous font découvrir les écrivains qui sont invités à Aix cette année pour la Fête du Livre est bien réelle, vivante, et proche de nous. Avec eux, Les Écritures Croisées poursuivent leur tour du monde des littératures et de leurs grandes voix – tour du monde commencé il y a plus de vingt ans… Un vrai roman !

Les Écritures Croisées
(Extrait du catalogue de 32 pages pour paraître prochainement, p. 6)