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lundi 23 novembre 2009

Et de quatre

Nous signalons pour le mois de novembre la parution du volume 4 de la série Tigre et Dragon de l'auteur Wang Dulu 王度盧, traduit par les soins d'Amélie Manon, sous le titre Xiulian, l'épingle d'or. Ce tome ravira les amateurs du genre (wuxia xiaoshuo 武俠小說, ou romans de chevalerie chinois), et mène à leur terme les nombreuses intrigues commencées dans le volume 3 (Li Mubai, l'épée précieuse). C'est en effet avec bonheur qu'on retrouve notre jeune héros, dans « un Pékin d’intrigues et de complots », toujours tiraillé entre l'amour et le devoir, entre l'ambition personnelle et le triste destin réservé aux héros solitaires des Fleuves et des Lacs. Ce tome marque aussi la fin d'une aventure, la suite de la série (soit 6 volumes supplémentaires) n'étant pas programmée en traduction. Souhaitons néanmoins un avenir sinon prometteur, du moins meilleur, aux romans de gongfu 功夫 chinois offerts en traduction au public francophone, avec en premier lieu les oeuvres de Jin Yong 金庸, maître incontesté du genre. (Solange Cruveillé)

mercredi 20 mai 2009

Et de trois

Après La vengeance de Petite Grue (2007) et La danse de la grue et du phénix (2008), traduction française du premier tome de la pentalogie de Wang Dulu 王度盧 (1909-1977) Tigre et Dragon (portée à l'écran en 2000 par Ang Lee), nous sommes heureux d'annoncer la parution de la première partie du tome deux, Li Mubai, l'épée précieuse, traduit par une ancienne étudiante du département d'Etudes Asiatiques de l'Université de Provence, Amélie Manon.

L'histoire se poursuit avec les aventures de Li Mubai, fils du défunt Li Fengjie, ami fidèle de Petite Grue, qui confia l'orphelin au chevalier Ji Guangjie, auprès duquel l'enfant apprit les rudiments des arts martiaux. Une fois adulte, le jeune homme va croiser la route d'un vieux garde d'escorte, l'Aigle aux ailes de Fer, qu'il va aider dans sa lutte qui l'oppose à une fratrie avide de vengeance. C'est ainsi qu'il rencontrera la magnifique Yu Xiulian, elle-même experte dans le maniement des armes, dont il tombera éperdument amoureux. Mais leur relation sera-t-elle sans nuage ?
Parmi les lanternes décorées, la courtisane,
A l'égal d'un chevalier, guette l'élégant jeune homme ;

Il est dur de renoncer à ses sentiments,
Dans l'alcool, il noie son chagrin.
Tout un programme... Ce troisième volet de Tigre et Dragon retrace donc l'épopée chevaleresque et l'histoire d'amour de la deuxième génération de héros de la pentalogie, et nous emmène dans la somptueuse ancienne ville de Pékin. Bonne lecture, et vivement la suite ! (Solange Cruveillé)

Bonne nouvelle de dernière minute : La vengeance de Petite Grue (2007) et La danse de la grue et du phénix (2008) ressortent en format de poche chez J'ai lu. Vous n'avez plus d'excuse pour ne pas les lire avant ce troisième volume. (21/05/09)

mercredi 28 janvier 2009

La disparition d'un géant

Les amateurs de « romans d'arts martiaux », wuxia xiaoshuo 武俠小說, seront tous très tristes d'apprendre la disparition d'un de ceux qui ont le mieux défendu et illustré ce genre littéraire au succès planétaire : Liang Yusheng 梁羽生.

Il y a peu Solange Cruveillé qui a traduit Wang Dulu 王度盧 (1909-1977) nous parlait de Jin Yong 金庸 (1924-). A ces deux auteurs majeurs, on prendra la peine d'ajouter Gu Long 古龍 (Xiong Yaohua 熊耀華, 1937-1985), dont on peut, comme les deux précédents, lire des bribes en français. A ces trois géants qui n'ont pas tous été servis avec le même bonheur, il convient d'ajouter Liang Yusheng 梁羽生. Mais force est de constater qu'aucune œuvre de lui n'est encore disponible dans notre langue. C'est pourtant un auteur qui a compté dans l'évolution du roman de cape et d'épée chinois et qui, disent certains, aurait même influencé Jin Yong.

Chen Wentong 陳文統 de son vrai nom, Liang Yusheng s'est éteint, à Sydney, le 22 janvier à l'âge de 85 ans. Né au Guangxi, le 22 mars 1924, Liang Yusheng avait, aiment à souligner les nombreuses évocations de sa vie qui ont fleuri sur le net chinois, reçu dans son enfance une excellente formation classique dont il tira profit dans sa création romanesque. Celle-ci prit son envol au milieu des années cinquante. Installé à Hong-Kong en 1949, Liang alimenta pendant trente ans la presse de ses fresques raffinées et palpitantes. Au terme d'une carrière à laquelle il mit un terme en 1984 quand il partit s'installer en Australie, il avait composé pas moins de 35 cycles narratifs édités en plus de cent cinquante volumes.

L'un d'entre eux - Qi jian xia tian shan 七劍下天山 - (après bien d'autres) a servi de source au réalisateur Tsui Hark 徐克, pour son Seven Swords (Chat gim, 2005).

Souhaitons qu'un jour prochain un éditeur français offre à cet immense écrivain un accueil à la hauteur de son talent. (P.K.)

mercredi 30 juillet 2008

Ombres électriques chinoises sur Télé Campus

Le 12 juin dernier s'est tenue à l'Université de Provence (Aix-en-Provence, Centre des lettres et sciences humaines, salle des professeurs) une Journée doctorale en Langues, Lettres et Arts sur le thème : « Autour du cinéma, réflexions et études de cas ». (Voir le programme complet)

On peut désormais accéder aux vidéos qui ont été réalisées à cette occasion. Elles ont été mises en ligne sur Télé Campus Provence par Lignes de fuite qui est l’association organisatrice créée en juillet 2004 à l’initiative de doctorants et docteurs en études cinématographiques et audiovisuelles de l’Université de Provence.

Parmi les huit doctorants ayant répondu à l'appel, deux méritent particulièrement toute notre attention puisqu'ils participent aux travaux de notre équipe (voir notamment le compte-rendu de notre journée sur la traduction des langues et des littératures asiatiques qui s'est tenue le 26 octobre 2007) et ont consacré leur intervention au cinéma chinois :
  • Solange Cruveillé. Doctorante en sinologie et membre associé de l’équipe « Littérature d’Extrême-Orient : Textes et Traduction » de l’Université de Provence, Solange Cruveillé a récemment traduit les deux premiers tomes de l’épopée chevaleresque chinoise Tigre et Dragon de Wang Dulu 王度盧. (voir nos C.R. sur ce blog). Sa communication, intitulée « La traduction au cinéma : fidélité, libertés et transcription (Tigre et Dragon, Ang Lee, 2000) », propose « de réfléchir autour de l’adaptation cinématographique d’un roman de kungfu chinois (wuxia xiaoshuo 武俠言情小說) écrit dans les années 50 par Wang Dulu un auteur prolifique du genre : le film Tigre et Dragon de Ang Lee 李安 sorti en 2000. Il sera d’abord intéressant de situer ce roman dans la pentalogie littéraire à laquelle il est rattaché. Puis nous pourrons discuter de l’adaptation et de ce que cela implique quand il est question de respecter un genre littéraire, le style d’un auteur, l’intrigue et les différentes facettes des personnages. Enfin, nous nous intéresserons à une autre étape capitale dans le succès et l’accueil d’un film : sa traduction dans la langue maternelle des spectateurs visés, dans notre cas la traduction française. » Pour la voir sur Télé Campus Provence, cliquez ici.
  • Paolo Magagnin est doctorant en littérature chinoise moderne et traduction (Université Ca’ Foscari, Venise et Université de Provence, Aix-en-Provence). Sa communication avait pour titre « Lecture, relecture, réécriture : la littérarité des films de Wong Kar-wai » : « Le style du réalisateur chinois/hongkongais Wong Kar-wai 王家衛 se nourrit constamment de la lecture de modèles littéraires orientaux et occidentaux. Au-delà des thématiques reprises dans ses films, la littérarité du cinéma de Wong Kar-Wai émerge sur d’autres plans, ceux de la structure filmique et de la technique narrative. A travers l’analyse comparée des modèles et des techniques littéraires ainsi que de leurs réalisations cinématographiques, il sera mis en lumière la nature intermédiatique et puissamment créatrice de ses films ». Pour la voir sur Télé Campus Provence, cliquez ici.
Qui osera dire, maintenant, que je n'aime pas le cinéma ? (P.K.)

dimanche 3 février 2008

Wang Dulu, encore !


Si je me fie au nombre de commentaires qu'a recueilli l'intéressant article que Bertrand Mialaret a consacré sur Rue89.com aux « Romans d'arts martiaux : des contes de fées pour adultes ? » (29/12/07, voir ici) et à leur contenu, je peux avancer, sans trop de risque, que vous serez nombreux à vous précipiter sur le tome 2 de Tigre et Dragon de Wang Dulu 王度盧 (1909-1977) qui vient de sortir chez Calmann Lévy.

Comme le premier tome, « La vengeance de Petite Grue » (2007, 344 pages) [voir ici] cette deuxième époque, « La danse de la Grue et du Phénix » (313 pages), bénéficie de « l’élégante traduction de Solange Cruveillé » (B. Mialaret).

Il poursuit les aventures entamées dans le précédent tome à partir du chapitre XII dont le titre, composé dans la grande tradition du roman chinois ancien en langue vulgaire, est :
« Sur la route postale, ils font halte,
Tard dans la nuit l'époux caresse un joli rêve ;
A Baling on croise le fer,
Le chevalier sourit amèrement face à son amour ».
Comment dès lors résister, quand un digne représentant de la littérature d'arts martiaux (wuxia xiaoshuo 武俠小說) est enfin traduit avec le sérieux et le doigté que requiert ce genre si particulier et si difficile à rendre dans notre langue. Jin Yong 金庸 (Louis Cha - Zha Liangyong 查良鏞, 1924-) [voir ici et ici] et surtout Gu Long 古龍 (Xiong Yaohua 熊耀華, 1937-1985) [voir ici] n'ont, hélas, pas encore eu cette chance. (P.K.)

samedi 3 novembre 2007

Wang Dulu, enfin !

Dans un article intitulé « De Confucius à Jin Yong » et publié dans l'indispensable volume édité par Anne Cheng, La pensée en Chine aujourd'hui [Paris : Gallimard, « Folio/essais », 2007, pp. 75-102], Nicolas Zufferey écrit :
« La littérature d'arts martiaux, que l'on peut rapprocher de nos romans de cape et d'épée, a connu un important renouveau à Hong Kong à partir du milieu des années 1950. Cette dernière phase dans l'histoire du genre, appelé parfois « nouveau roman d'arts martiaux » (xin wuxia xiaoshuo [新武俠小說]), a donné quelques bons auteurs, dont précisément Jin Yong [金庸, Louis Cha, Zha Liangyong 查良鏞 (1924-)]. La plus grande partie de l'œuvre de ce dernier n'est pas traduite en langues occidentales, et cette constatation vaut pour la littérature d'arts martiaux dans son ensemble ; mais le public européen n'est pas ignorant de l'atmosphère et des codes du genre, grâce au cinéma de Hong Kong et à des films récents comme Tigre et dragon (2000) ou Le Secret des poignards volants (2004), qui ont rencontré un succès certains en Occident. » (p. 90)
« Jin Yong est », poursuit Nicolas Zufferey, « l'un des monstres sacrés de la littérature chinoise du XXe siècle » et il signale, en note, qu'un seul de ses ouvrages est disponible en français, savoir La Légende du héros chasseur d'aigles [Wang Jiann-Yuh (trad.) Paris : Editions You-Feng, 2004] mais, note-t-il, « il s'agit malheureusement d'une traduction bâclée, surtout dans le second volume ». (p. 401). [Sur cette traduction, voir ici ou là]

Wang Dulu 王度盧 [Wang Baoxiang 王葆祥 (1909-1977)] aura donc plus de chance puisque son introduction sur le bout de terre qui a vu naître Alexandre Dumas, ne pouvait mieux se réaliser.

Ecrivain autodidacte qui a trouvé très tôt sa voie de salut dans l'écriture, Wang Dulu est une personnalité pas moins importante que Jin Yong et un auteur pas moins prolixe. Il laisse plus d'une vingtaine d'ouvrages grand public dont la plupart sont ce que les spécialistes et les amateurs aiment à appeler le wuxia yanqing xiaoshuo 武俠言情小說 (roman d'amour et de chevalerie). Ils sont d'une nature plus nettement « romantique » que les constructions de son célèbre cadet ; ils sont donc plus appréciés du public féminin. Même plus d'un demi-siècle après la réalisation de sa pentalogie (1938-1942) : He Tie xilie 鶴鐵系列 [rebaptisée pour l'occasion Tigre et Dragon] fait toujours mouche. L'adaptation cinématographique par Ang Lee [Li Ang 李安 (1954-)] du quatrième volet, Wohu Canglong 臥虎藏龍, a ainsi relancé l'intérêt pour cet auteur inventif et attachant considéré comme un des Quatre grands maîtres de l'école du nord 北派四大家. C'est cette saga mouvementée capable de tenir en haleine le plus blasé des lecteurs de romans de cape et d'épée qui va enfin être rendue en français.

Datant de 1938, He jing Kunlun 鶴驚崑崙, le premier volet, nous est présenté sous le titre de La Vengeance de Petite Grue, première partie de cette aventure éditoriale à l'avenir incertain lancée en cette fin d'année par les Editions Calmann-Lévy qui le présente ainsi :
« Alors que le règne de la dynastie Qing sur la Chine a atteint son apogée en ce début de XIXe siècle, le trouble s’empare du clan Kun Lun, l’un des plus fameux de l’empire du Milieu. Son chef, Maître Bao, vient de tuer l’un de ses disciples pour le punir d’avoir eu une aventure avec une femme mariée, une pratique absolument proscrite sous son pouvoir. Il songe aussi à tuer Jiang Xiaohe, le fils de sa victime, pour éviter que celui-ci ne revienne réclamer vengeance par la suite. Mais le jeune garçon parvient à s’enfuir, et sur le chemin de son exil rencontre un maître du mont Jiuhua qui l’accepte comme disciple et entreprend de lui enseigner les arts du combat. Douze ans plus tard, Jiang Xiaohe, désormais âgé de 26 ans, est devenu lui aussi un expert en arts martiaux. S’il a juré de venger la mort de son père, l’amour qu’il porte à Bao Aluan, son amie d’enfance mais aussi la petite-fille de Maître Bao, le plonge en plein dilemme. Comment, en effet, concilier son honneur et l’urgence de ses sentiments ? Comment, dans cette Chine mandchoue désormais confrontée à la modernité occidentale, démêler l’écheveau de passion et de haine qui lie les deux jeunes gens ? Avec Tigre et Dragon, écrits entre 1938 et 1942, Wang Dulu nous propose une inoubliable galerie de portraits plus grands que nature sur trois générations, mélange exotique d’amour, de haine, de rédemption et de vengeance. Une série historique pleine de merveilles et d’exotisme, magnifiquement adaptée au cinéma en 2000 par Ang Lee. »
La fiche oublie, et c'est fort regrettable mais si courant, de mentionner que ce premier tome a été traduit, comme le prochain, par Solange Cruveillé qui mérite nos applaudissements à au moins deux titres :
  1. d'avoir accepté de quitter pour un temps les renards et les renardes qu'elle suit dans le champ littéraire chinois, principalement ancien, pour une thèse de doctorat : les lecteurs de Galantes chroniques de renardes enjôleuses (Picquier, « Le Pavillon des corps curieux », 2005) pour laquelle elle avait réalisé une postface - « Les renardes par l'une d'elles », pp. 119-132 -, savent que rien de ce qui est familier à ces personnages inquiétants ou charmeurs qui peuplent l'imaginaire chinois ne lui est étranger.
  2. d'avoir rempli sa tache de traductrice avec talent, doigté et en toute conscience des dangers qu'elle affrontait, ce dont elle nous a convaincu pendant la communication qu'elle a donnée lors de notre journée sur la traduction du 26 octobre dernier. Non seulement, elle a réussi le tour de force de me faire lire d'une traite les onze chapitres de ce volume, mais aussi celui d'imposer à son éditeur des notes de bas de page et la liste des quelque 125 personnages de ce récit à rebondissements qu'elle a si bien servi en rendant palpable la souplesse nerveuse du style de Wang Dulu. Chapeau ! Le deuxième tome de cette Première époque, sortira en janvier 2008 sous le titre La Danse de la Grue et du Phénix. Ne le louper pas !
Maintenant, à chacun de juger, en connaisseur ou en amateur, mais en toute impartialité, de l'accueil à réserver à ce projet qui ne devrait pas souffrir de la concurrence du manga d'Andy Seto 司徒劍僑 [8 tomes déjà publiés aux Editions Tonkam], projet dont la réalisation sera pris en charge à partir du troisième volume par une autre traductrice - à qui l'on souhaite bon courage. Les renards et les renardes chinois sont des êtres très possessifs. (P.K.)

A lire en complément, l'article de Bertrand Mialaret sur Rue89.com : « Romans d'arts martiaux : des contes de fées pour adultes ? » (voir ici). (23/01/08, P.K.)