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lundi 10 mai 2010

Rendez-vous de printemps

Voici en deux mots les deux prochains rendez-vous à ne pas manquer :

Le 4 juin 2010, Les Ecritures croisées et La Cité du Livre d’Aix-en-Provence vous invitent à rencontrer quatre écrivains coréens :
  • Shin Kyung-Sook
  • Hwang Sok-Yong
  • Lee Seung-U
  • Kim Young-Ha.
Ces rencontres animées par Jean-Claude de Crescenzo se dérouleront à 18h00 dans la Cour carrée de la Cité du Livre.

Pour en savoir plus sur cet événement sur lequel nous reviendrons prochainement, et télécharger la plaquette d’informations (format pdf),
veuillez cliquer ici ou sur le cliché ci-dessus.


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L’autre rendez-vous est une série d’événements qui vont se dérouler entre le 25 et le 29 mai et qui tournent tous autour de l’œuvre et de la personnalité de Gao Xingjian.

Cette « Pérégrination autour du roman La Montagne de l’âme » s’inscrit dans le cadre de la manifestation « A vous de lire » et offrira outre des rencontres de type traditionnel (Mercredi 26 mai, 18 h, Cité du livre), des projections d’œuvres cinématographiques de Gao, des spectacles de danse, et le samedi 29 mai, entre 10 h et 17 h, une « déambulation » en 12 stations dans Aix-en-Provence, pendant laquelle la lecture de La Montagne de l’âme, entamée la veille sera poursuivie. La clôture de cette événement se tiendra à la Bibliothèque Méjanes (Cour carrée) et donnera lieu à une «Lecture performance/Lecture dansée ».

Le jeudi 27 mai, c’est, à partir de 17h45, vers la Bibliothèques des lettres et sciences humaines de l’Université de Provence, Espace de recherche et de documentation Gao Xingjian, que les regards se tourneront puisqu’y seront donnés Paysage en duo et Ecritures de bord, deux « événements dansés » par le groupe Bernard Menaut, puis une « Rencontre/lecture» en présence de Gao Xingjian. Il s’agira de la lecture d’un passage de La Montagne de l’Ame en français, chinois, allemand, arabe, anglais, italien, coréen, japonais, turc ... et en langue des signes.

Pour l’intégralité du programme très fourni de cette manifestation sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir, veuillez cliquer ici ou sur la bulle ci-dessus
(document pdf de 5 pages).

mercredi 29 août 2007

Quelques lectures de l’été qui s’achève

Affiche de l'adaptation cinématographique du
Vieux Jardin
[오래된 정원 Orae-doen jeongwon]


Pour qui veut connaître la mentalité d’un pays et de sa population, une tranche de son histoire, ses habitudes, voire ses rites sociaux, rien de mieux qu’un roman mettant en scène des acteurs de la vie politique et sociale de ce pays. Si en plus l’auteur parvient, à partir de la réalité qu’il évoque, à faire naître l’émotion et créer un sentiment esthétique grâce à la qualité de son style et à sa manière d’appréhender le réel, le lecteur est alors comblé et dans sa mémoire s’impriment de manière quasi indélébile les images qui ont défilé dans son cerveau tout le long de la lecture de ce roman. C’est le cas avec le livre de Hwang Sok-Yong, traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot, publié en 2000 en Corée et en 2005 dans sa traduction française aux éditions Zulma. Depuis que j’ai achevé la lecture du Vieux Jardin, je suis hanté par les figures de O Hyônu, emprisonné dix-huit ans en raison de son activisme politique contre la dictature militaire en Corée du Sud, et Han Yunhi, une femme artiste et professeur. Tous deux se sont aimés un très court laps de temps et resteront séparés à jamais du fait de l’emprisonnement de l’homme et, plus tard, du décès de la femme, dû à une maladie. Le combat politique mené par tant de Coréens contre la dictature militaire en Corée du Sud au début des années 1980, les souffrances qu’ils ont endurées, la désillusion qui apparaît après la chute du mur de Berlin en 1989, les transformations profondes de la société coréenne à partir de la démocratisation du régime, tout cela est évoqué magistralement par l’auteur, mais en plus, on a dans ce roman une saisissante description de la mentalité des Coréens, de leur attachement à leur pays et à ses coutumes et aussi… à leur nourriture. Dans les moments les plus durs que vivent les personnages, un bol de nouilles sautées et un peu de kimchi sont souvent tout ce qui reste pour reprendre un peu espoir.

Une préface de Jeong Eun-Jin permet de bien situer le contexte historique de l’œuvre et un jeu de notes guide le lecteur dans les particularités de la société coréenne, ainsi qu’un glossaire très utile pour comprendre, si l’on n’a pas séjourné en Corée, ce que sont kimbap, soju, maru, sundae, et bien d’autres particularités culinaires ou non (la recette du pibimbap figure même à la page 358 !). Mon faible niveau de coréen m’empêche de porter un quelconque jugement sur la traduction, mais je trouve qu’elle se lit très bien. Une remarque, cependant : les traducteurs n’hésitent pas, sans doute pour rendre l’atmosphère quotidienne de la Corée, à conserver certains mots coréens très courants comme Aïgo, p. 140, qui devient Aïgu p. 169, mais sans explication… Le lecteur peu habitué à la Corée s’y retrouvera-t-il ? Il en est de même pour les onomatopées et les exclamations : les traducteurs les conservent le plus souvent telles quelles, sans chercher d’équivalent en français. On voit ainsi curieusement coexister les exclamations Hyuu (p. 151), Pfft (p. 167 ou 168) ou Waouh (p. 333). On trouve aussi la phrase : « K’aa ! a-t-il fait avant de s’emparer de la bouteille et de boire au goulot » (p. 124). Ou : « Les herbes et les feuilles flottent au vent : poruru lorsqu’il est souffle, sallang sallang quand il est brise et elles se couchent ou se tortillent hwich’ông hwich’ông lorsqu’il forcit » (p. 208). Un choix qui peut se discuter… et pourrait faire l’objet d’une journée d’étude de notre équipe… ou d’une discussion sur ce blog.

Dans sa postface, datée d’avril 2000, Hwang Sok-Yong écrit :
« Lorsque je pense aux souffrances, au gâchis et aux désespoirs qu’a engendrés le siècle dernier, je me pose la question que d’innombrables personnes ont déjà posée : y a-t-il encore de l’espoir ? »
L’existence de ce roman et de sa traduction constitue en soi un espoir…


En littérature chinoise actuelle, Amour dans une petite ville de Wang Anyi constitue un des livres de la rentrée littéraire. Traduit par Yvonne André, il raconte les amours impossibles d’un couple de danseurs à l’époque de la Révolution culturelle. Ce qui frappe le plus dans ce roman, c’est l’aspect totalement négatif de cet amour contrarié, considéré comme une faute grave, un véritable péché, mais aussi l’atmosphère dans laquelle se déroule l’histoire : la saleté, la pauvreté, et surtout la chaleur étouffante qui fait transpirer les corps et pourrir les détritus… On comprend que ce texte ait pu faire scandale à sa parution en 1986… et l’on peut se demander comment il sera reçu aujourd’hui par le public francophone… La conclusion en est très noire puisque la faute commise par les deux amants les condamne (surtout la femme) à être rejetés par la société : « Quand on parle d’elle, on crache trois fois par terre pour chasser la souillure et conjurer le mauvais sort qui s’attachent à elle. En vérité, une fois libérée de la frénésie du sexe, elle est plus propre et pure qu’elle ne l’a jamais été. Hélas ! personne n’a conscience de cela, même pas elle qui persiste à se sentir inférieure. » (p. 146.) Pierre Kaser a déjà évoqué ici (et là) la couverture « aguichante » du livre. Une couverture qui risque de décevoir le lecteur s’il pense lire un texte érotique à la gloire de l’amour physique. Il est plus question ici de pulsions non maîtrisées, de honte, de secret, de peaux couvertes de boutons de chaleur et de sueur, de saleté, d’odeurs fortes, de promiscuité…

Signalons aussi la parution d’un livre au titre appétissant aux éditions Bleu de Chine : Dés de poulet façon mégère, de Liu Xinwu, traduit par Marie Laureillard. Ce sont de courts récits savoureux dont chacun porte le nom d’un plat, galerie de portraits des petites gens de Pékin au début de ce siècle. Des dessins amusants accompagnent les textes, mais on ne nous dit pas qui en est l’auteur.


Enfin, la page consacrée au traducteur de Jim Harrison dans Le Monde du 1er août montre que le métier de traducteur littéraire est reconnu à sa juste valeur par ce quotidien.
« Traduire, dit Brice Matthieussent, c’est une invasion. Il faut prendre en charge les personnages, savoir comment ils se comportent, se fatiguent, mangent, font l’amour, quels sont leurs rêves. » [Article de Raphaëlle Rérolle - encore ! - en ligne ici]
Cet été, ce sont les personnages du roman Les Quarante et Un Canons de Mo Yan, que je traduis en ce moment avec Liliane Dutrait, qui m’ont envahi. Ils ont été obligés de cohabiter dans ma tête avec ceux des romans que j’ai lus, qu’ils soient traduits du chinois, du coréen ou écrits directement en français… (N.D.)

vendredi 25 mai 2007

A.I.R. 2007


Grâce à Wei Wei, Ying Chen et Hwang Sok-Yong, l'Asie sera représentée aux Assises internationales du roman qui vont se tenir à Lyon du 30 mai au 3 juin 2007.

C'est ce que nous apprend le Monde des Livres co-organisateur avec la Villa Gillet de cet événement qui va réunir « une cinquantaine d'écrivains [et de critiques] en provenance de près de vingt-cinq pays » et qui donnera lieu à la publication d'un ouvrage chez Christian Bourgois, rassemblant l'ensemble des contributions.

Cet événement unique est, nous dit-on, symbolique d'une action envers la littérature :
Le caractère international des Assises témoigne de l'ouverture que nous avons toujours tenté, au Monde des livres, de faire prévaloir. Chaque roman dit quelque chose du monde qui l'entoure et qui l'a porté. A l'inverse, jamais nous n'avons fait nôtre l'interminable polémique sur la supposée médiocrité du roman français par rapport à la masse des romans traduits d'autres langues : d'où qu'elle vienne, la fiction peut être plus ou moins soucieuse de contraintes formelles, plus ou moins portée à l'introspection... elle parle forcément de son temps, d'une réalité donnée et des gens qui l'habitent ou la subissent.
Le programme de ces assises est très riche : il se décompose principalement en lectures et en tables rondes. Voici le détail de celles qui mettent en vedette les trois auteurs précédemment cités [Cette présentation est réalisée à partir des éléments mis en ligne sur le site des Assises. N.B. : ne manquez pas de télécharger les excellentes les "fiches auteurs" en pdf.] :

• Vendredi 1er juin à 21H - Douleurs de l’âme, douleurs du corps
Ying Chen (Chine / Canada) - Robert Dessaix - Benoîte Groult (France) - Robert McLiam Wilson (Irlande du Nord)
Maupassant, Artaud, Guibert... Les récits de la folie et des maladies de l’âme bouleversent nos perceptions du monde. Comment le langage littéraire s’adapte-t-il aux pathologies qui font vaciller la pensée et les corps, qui fragilisent la réalité et la stabilité de nos codes de représentation ?
Ying Chen est née en Chine. Elle écrit en français et vit au Canada. Pour tenter de mettre à distance les douleurs de l’exil, elle écrit son premier roman La mémoire de l’eau (Actes Sud, « Babel », 1996), troublante immersion dans la Chine contemporaine au travers des regards de femmes de plusieurs générations. Son style est à la fois d’une étonnante clarté et d’une profonde complexité, bouleversant temps et sensations. Avec Le Mangeur (Seuil, 2006), son dernier roman, c’est sur la figure du père qu’elle se penche après s’être intéressée à la mère dans L’Ingratitude (Actes Sud, 1996).

Les autres œuvres de Ying Chen en français sont : Quatre mille marches. Un rêve chinois. Seuil (2004) ; Querelle d’un squelette avec son double. Seuil (2003) ; Le champ de la mer. Seuil (2002) ; Immobile. Actes Sud (1998) ; Les Lettres chinoises. Leméac (1993) - Actes Sud « Babel » (1998)

• Samedi 2 juin à 18H30 - Littérature et trauma : entre violence passée et violence présente (première séance)
David Albahari (Canada / Serbie) - André Brink (Afrique du Sud) - Yasmina Khadra (Algérie) - Wei-Wei (Chine)
Comment raconter la violence du réel ? Comment rendre compte de l’indicible ? Les grands traumatismes de l’histoire obligent le roman à inventer des formes et des écritures. Entre témoignage et réalité, urgence et patience, le roman engage la responsabilité de la littérature.
Wei-Wei, née en 1957 dans la province du Guangxi, vit en Angleterre et est l’auteur de trois romans : La Couleur du bonheur (Denoël, 1996 - l'Aube, 2002-2006)), Fleurs de Chine (l’Aube, 2001) et Le Yangtsé sacrifié (Denoël, 2004), écrits en français. Sa vie comme ses romans sont une succession de péripéties et de dénouements inattendus, dans lesquels se croisent une multitude de personnages. Wei Wei nous invite à découvir la Chine, les tumultes, les bouleversements sociaux, politiques et culturels de son histoire, dans un regard plein de lucidité, de compassion et d’humour.

Son dernier ouvrage traduit est Une fille Zhuang, Éditions de l’Aube (2006)

• Dimanche 3 juin à 11H, La Matière Je :
Donald Antrim (USA) - Christine Angot (France) - Philippe Forest (France) - Hwang Sok-Yong (Corée)
La matière JE est une source inépuisable de figures et de formes littéraires. Écriture narcissique ? Parfois, peut-être, mais surtout écriture engagée avec courage dans le partage d’une intimité qui dévoile des fragilités. Mais pourquoi s’exposer ainsi ? Et quelle est la place du lecteur dans ces romans qui côtoient l’autobiographie ? Le Moi n’ouvre-t-il pas aux autres et à l’universel ?
Hwang Sok Yong est né en exil en 1943 en Mandchourie où sa famille s’était réfugiée pour fuir la colonisation japonaise. Pour avoir voulu montrer qu’un rapprochement était possible avec la Corée du Nord communiste, il fut condamné à 7 ans de prison. Très ancrée dans la réalité historique, son oeuvre est d’une vibrante actualité politique. Son dernier roman, à caractère fortement autobiographique, retrace le parcours d’une génération de Coréens portée par l’utopie des idéaux pour lesquels il s’est battu. Il a été adapté au cinéma par Im Fang-Soo.
- Le Vieux jardin. Eun-Jin Jeong et Jacques Batilliot (trad.), Zulma (2005)
- Les Terres étrangères. Arnaud Montigny et Jungsook Kim (trad.), Zulma (2004)
- L’invité. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (trad.), Zulma (2004)
- L’ombre des armes. Yeong-Hee LIM, Marc Tardieuet et Françoise Nagel (trad.), Zulma (2003)
- Monsieur Han. Jean-Noël Juttet et Mikyung Choi (trad.), Zulma (1997, 2002), 10/18 (2004)
- La route de Sampo. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (trad.), Zulma (1996), 10/18 (2004)
Compléments :

- 5 juin 2007 : On trouvera des échos des Asssises sur Rue89.com, grâce à Hubert Artus :

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«A Lyon, des Assises du roman denses et intenses » (ext) : ..."Démarche qui entre opportunément avec celle de la romancière chinoise –vivant à Vancouver- Ying Chen, sensée parler de douleurs de l’exil. Dès le début, refusant d’être une énième fois interrogée comme la Chinoise de Vancouver, elle se lançait, d’une voix faite d’émotion et de silence, dans une ode au langage, dans un touchant exposé de la force intrinsèquement créatrice d’énergie qu’ont les mots lorsqu’ils en viennent à parler de la mort et de la douleur, envisageant les mots comme une "masse du vivant". De sorte qu’elle ne "représente pas mes personnages, [je] les deviens". Et de conclure : "Le véritable contenu du texte n’est pas dans l’histoire, mais dans la mystérieuse combinaison des mots"....
- « Un bon livre doit changer votre vie... une semaine » (ext.) : ... "le samedi a vécu deux tables rondes intitulées « Littérature et trauma: entre violence passée et violence présente ». La première était probablement la séance la plus prisée et la plus attendue des Assises. Et proposait un plateau moderne, chargé en pathos et en poétique : l’Algérien Yasmina Khadra, le Sud-Africain André Brink, la mosaïque David Albahari (Serbe, juif et bosniaque) et la Chinoise Weï-Weï. Les interventions –des auteurs et du public- furent à la hauteur de l’attente poétique, et chaque auteur d’évoquer non seulement son propre sort (chacun ayant un passé chargé en terme de conflits, d’exil forcé, de clandestinité ou de ségrégation) mais aussi l’avenir de son pays.".../... Le Coréen Hwang Sok-Yong, lui, travaille sur une littérature au carrefour de l’autobiographie et du roman. Le premier roman qu’il ait écrit à la première personne est celui qu’il écrivit lorsqu’il sortit de prison (il prit sept ans pour avoir voulu montrer qu’un rapprochement avec la Corée du Nord communiste était possible)."...

- 7 juin 2007 : dans Le Monde des Livres, Alain Beuve-Méry ("Un lieu unique") rapporte des propos de Ying Chen : "Je me suis prise au jeu de cette réflexion sur l'écriture. Et comme je suis moi-même très sérieuse, ce festival m'a tout à fait convenu."

A suivre (P.K.)