lundi 22 décembre 2008

Indisponible (001)

A quelques jours de Noël, je m'enhardis à lancer une nouvelle rubrique qui pourrait,  c'est du moins ce que je souhaite, susciter des vocations. Qui, en effet, ne s'est jamais retrouvé dans la situation de désirer offrir un livre introuvable en librairie ? Ces « indisponibles » signaleront donc des livres épuisés chez l'éditeur que l'on souhaiterait voir réédités afin de pouvoir les partager avec d'autres.

Le premier de ma série est la traduction par

Jean-Pierre Diény du
Jiashu 家書 de Zheng Banqiao 鄭板橋


La Versanne : Encre de Chine, (1960) 1996.

Zheng Xie 鄭燮 (1693-1765), plus connu des historiens de l’art sous le nom de Zheng Banqiao 鄭板橋 ou «Zheng-du-pont-de-planches», fut un magistrat exemplaire à la carrière tardive et expéditive, un peintre apprécié pour ses bambous et un calligraphe fort recherché. Les poèmes qu’il nous laisse et surtout ce choix de seize lettres rédigées pendant ses années de service (1742-1753) prouvent qu’il était non seulement un lettré de grande valeur, mais aussi un homme sensible et profond. Destiné à l’origine au fils d’un frère cadet, Zheng l‘intégra dans son œuvre complète sous le titre de Lettres familiales (Jiashu) sans manquer de signaler que bien que « familiers et touchant uniquement les affaires courantes de la vie quotidienne, [ces textes] ouvraient parfois sur de vastes perspectives ».

On pourra se faire une idée de la clarté de sa pensée dans un extrait fourni par l'éditeur sur son site internet qui confirme que le bel ouvrage proposant en regard de la magistrale traduction de J.-P. Diény, la belle écriture de Zhang Banqiao, est épuisé. Pour vous mettre encore plus l'eau à la bouche, je reproduis ci-dessous deux pages de l'original, suivies de leur traduction :

A mon frère cadet Mo, de Weixian, quatrième lettre.

« Qui entreprend des études ne peut être assuré du succès. Mais si, acceptant la possibilité de l’échec, on estime cependant l’étude indispensable, la décision essentielle est prise : si le succès ne vient pas, du moins l’instruction me restera acquise, et l’affaire en somme ne sera pas déficitaire. On peut dire aujourd'hui que ton frère aîné a fait son chemin ; les gens, d'un commun éloge, me trouvent doué pour l'étude. Or je me demande, en fin de compte, combien de livres je pourrais tirer de mon esprit. Je n'ai jamais su que prélever et emprunter, que remanier et compléter : ainsi ai-je attrapé ma réputation et trompé mes contemporains. S'il arrive aux hommes de trahir les livres, jamais les livres ne trahissent les hommes. On demanda autrefois au vice-président Shen Jinsi (1) quel était le meilleur remède contre la pauvreté. « L'étude », répondit Shen. Son interlocuteur trouva la méthode inadéquate. En vérité elle ne l'est pas. Plutôt que de courir à droite et à gauche, de perdre son temps et sa peine, de gâcher en vain ses qualités, pour se retrouver enfin sans ressource, ne vaut-il pas mieux se livrer à la lecture ? Alors, tandis qu’on ne songe plus au gain, le profit est à portée de la main ! Si l’on se fie à ce conseil, on sera riche et honoré ; sinon, on sera pauvre et méprisé. Le tout est de montrer du discernement, et aussi de la décision et de la persévérance. »

(1) Shen Jinsi (1671-1728) : bouddhiste dans sa jeunesse, il se convertit plus tard au confucianisme et devint un admirateur de Zhu Xi [(1230-1300)]. Il fit une belle carrière de fonctionnaire et a laissé des ouvrages de critique littéraire et de philosophie. (Lettres familiales, pp. 155-156)
Le même éditeurJacques Neyme – qui officie depuis La Versanne (Loire, Rhône-Alpes) a également publié en 2007 une édition augmentée des traductions de poèmes chinois par Jean-Pierre Diény :

Jeux de montagnes et d’eaux
(quatrains et huitains de Chine) (2001), 272 pages.

Un choix admirablement dosé de poésies finement rendues par un amoureux des chemins escarpés et peu visités de la littérature chinoise, avec, cette fois encore, le texte chinois en regard – et celui-ci n'est pas épuisé. (P.K.)

Aucun commentaire: