mercredi 25 janvier 2012

Eun Hee-kyung à Aix


 Pour tous ceux qui ont aimé Les boîtes de ma femme (Zulma, 2009), son premier recueil de nouvelles traduit en français, et tous ceux qui ne la connaissent pas encore, l'écrivain coréenne Eun Hee-kyung sera à Aix-en-Provence le 31 janvier (17h30, voir affiche ci-dessus) pour une conférence signature, juste après Paris (le 30, Centre culturel coréen) et avant Toulouse (le 2 février, Festival Made in Asia). La rencontre sera animée par Lucie Angheben, Jean-Claude de Crescenzo et Kim Hye-Gyeong.

lundi 23 janvier 2012

Entre lapin et serpent

Une nouvelle nouvelle année commence. Après 2012, voici celle du dragon 龍 qui, à partir de ce 23 janvier suit celle du lapin 兔 en attendant celle du serpent 蛇 qui la remplacera le 10 février 2013. Que cette année renchen 壬辰 vous apporte donc à tous satisfaction, bonheur et aussi de belles rencontres littéraires.

Depuis le 1er janvier, la Jeune Equipe Leo2t n'est plus, mais subsiste sous un nouveau statut dont on vous reparlera bientôt [voir ici]. Ses membres vont poursuivre leur travail d'exploration et de découverte des littératures d'Extrême-Orient. Ce blog, qui tente de rendre compte de son activité dans ce domaine, va également continuer selon son rythme propre. Merci de votre fidélité et vive les dragons.

vendredi 20 janvier 2012

Le Tombeau des amants


Je suis personnellement très heureux de vous annoncer la publication d’une traduction inédite d’un texte tiré du Shidiantou 石點頭, collection de contes en langue vulgaire publiée à la fin de la dynastie Ming (1368-1644).

Ce récit, « Pan Wenzi qihe yuanyang zhong » 潘文子契合鴛鴦塚 (Pan Wenzi scelle un pacte de fraternité jurée dans la tombe des canards mandarins) narrant une passion amoureuse entre deux jeunes garçons, en constitue le 14ème et dernier élément.

Cette traduction a été longuement élaborée par Thomas Pogu, d’abord dans le cadre d’un travail de master soutenu au Département d’Etudes Asiatiques de l’Université de Provence en 2009, puis pour les Editions Cartouche (Collection « Les Classiques ») qui la livre aujourd’hui dans un élégant format (63 p.), agrémentée d’une courte préface (pp. 5-15) que j’ai pris beaucoup de plaisir à rédiger.

J’y rappelle que les quelque 10 000 caractères du conte final sont l’amplification d’une courte anecdote que l’on trouve dans le Taiping guangji 太平廣記 (Vaste recueil de l’ère de la Grande Paix, 977 ; chapitre 389) que Feng Menglong 馮夢龍 (1574-1646), proche de l’auteur, reprit longtemps après dans un de ses ouvrages phare, Qing shi 情史 (Histoire du sentiment amoureux) :
Tout jeune déjà, Pan Zhang était d’une grande beauté et tous en étaient épris. Wang Zhongxian de Chu eut vent de sa réputation ; il chercha à se gagner une amitié que Zhang lui accorda comme d’étudier en sa compagnie ; un amour les lia aussitôt l’un à l’autre comme mari et femme. Ils partagèrent couverture et oreiller, ne mettant aucun frein à leur liaison jusque dans la mort qui survint bientôt. Plongés dans la plus poignante affliction, leurs parents les inhumèrent ensemble au mont Luofu. Là s’éleva un arbre dont chaque branche, chaque feuille en enlaçaient une autre à la plus grande surprise de tous. On le baptisa l’Arbre de l’oreiller partagé.

潘章少有美容儀,時人競慕之。楚國王仲先,聞其美名,故來求為友,章許之。因愿同學,一見相愛,情若夫婦,便同衾共枕,交好無已。后同死,而家人哀之,因合葬于羅浮山。冢上忽生一樹,柯條枝葉,無不相抱。時人异之,號為共枕樹。
Alors lisez vite Le Tombeau des amants -- n’hésitez pas à le demander à votre libraire préféré qui se fera un plaisir de vous le commander [ISBN : 978-2-915842-92-0], et à nous faire part de vos commentaires ici-même. (P.K.)

mercredi 11 janvier 2012

Mo Yan et l'imposture

Dans un billet du 29 juin 2010, nous vous avions annoncé la participation, le vendredi 20 août, de Noël Dutrait aux Quinzièmes rencontres d'Aubrac, au cours d’une matinée consacrée au « Sentiment d’imposture ». 

La communication intitulée « Mo Yan, celui qui « ne parle pas »» vient d'être mise en ligne sur le site des Archives Audiovisuelles de la Recherche. Vous pouvez y accéder directement à partir d'ici ou à partir de la page consacrée à cet événement

samedi 24 décembre 2011

Impressions d'Extrême-Orient, numéro 2

A la veille de Noël, je suis heureux de vous annoncer la mise en ligne du deuxième numéro de notre revue Impressions d’Extrême-Orient.

Il propose, en texte intégral, 13 des 19 communications données lors du colloque organisé par la jeune équipe de recherche « Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction », les 13 et 14 mars  2009 (Université de Provence, Aix-en-Provence). 

Ce colloque intitulé « Littératures d’Asie : traduction et réception » avait permis d’explorer ces deux thématiques dans plusieurs espaces culturels asiatiques dont rend pleinement compte ce choix, savoir la Chine ancienne avec Solange Cruveillé et Philippe Postel, la Chine moderne avec Chou Tan-Ying et Paolo Magagnin, la Chine contemporaine avec Nicoletta Pesaro, Noël Dutrait et Patrick Doan, l’Inde de la Bhagavad-gītā avec Elizabeth Naudou, le Tibet d’aujourd’hui avec Françoise Robin, la Corée actuelle avec Hye-Gyeong Kim-De Crescenzo, Le Min Sook, Han Yumi et Hervé Péjaudier, et enfin le Vietnam du Kim Vân Kiêu avec Nguyen Phuong Ngoc.

En voici la table des matières :
  • Noël Dutrait, 
« IDEO, numéro 2 »
Avant-propos
  • Solange Cruveillé, 
« Études et traductions occidentales sur le Taiping Guangji 太平广记 (Vaste recueil de l'ère de la Grande Paix) »
  • Philippe Postel
, « Les traductions françaises du Haoqiu zhuan »
  • Chou Tan-Ying, 
« L’éventail aux fleurs de pêcher comme métaphore de la vie : Réflexions sur la traduction des références intertextuelles dans Rose rouge et rose blanche d’Eileen Chang »
  • Paolo Magagnin
, « La traduction et la lettre, ou le ryokan du lointain : vers une pratique de la différence dans la traduction des langues orientales »
  • Nicoletta Pesaro, 
« Feishiyi de ci 非诗意的词, la parole peu poétique : réflexions sur la traduction de Mu Dan (1918-1977) »
  • Noël Dutrait
, « Les traductions du théâtre de Gao Xingjian par lui-même »
  • Patrick Doan, 
« De la difficulté de traduire les feuilletons télévisés chinois »
  • Elizabeth Naudou, 
« Traduire la poésie sanskrite : l’exemple de la Bhagavad-gītā»
  • Françoise Robin
, « Ceci n’est pas un navire. Interprétations et lectures du poème de Jangbu (Ljang bu) Ce navire peut-il nous mener sur l’autre rive ? (Gru gzings chen po ’dis nga tsho pha rol tu sgrol thub bam, 2000) »
  • Le Min Sook, 
« La traduction des titres de romans de Kim Dong-ri (1913-1995) »
  • Hye-Gyeong Kim-De Crescenzo, 
« Traduire la nuance dans le texte littéraire coréen »
  • Han Yumi,  Hervé Péjaudier, 
« L’« autre » texte : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre »
  • Nguyễn Phương Ngọc, 
« Dragons et phénix, ou comment traduire les expressions exotiques du vietnamien »
Je vous souhaite, non seulement une bonne lecture de ces travaux savants, mais aussi d’agréables fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous à la rentrée pour vous faire part des projets de notre petit groupe de recherche au moment de sa fusion avec l’IRSEA et au début d’une nouvelle existence au sein de l’IrAsia...

jeudi 15 décembre 2011

Yuan Mei, enfin !


« Le Maître ne parlait ni du fantastique, 
ni de la violence, ni du désordre, ni du surnaturel. » 
Lunyu 論語 (Entretiens de Confucius), VII,20 

121ème ouvrage à paraître dans la collection « Connaissance de l'Orient », à l'avenir désormais incertain depuis la disparition de Jacques Dars en décembre 2010, Ce dont le Maître ne parlait pas est donc enfin sorti en librairie le 17 novembre dernier, après plusieurs mois d'une longue attente et après avoir vu sa parution différée à plusieurs reprises. Due aux talents conjugués de Chang Fu-jui (Tchang Fou-jouei) 張馥蕊, de sa fille Jacqueline Chang et de Jean-Pierre Diény, cette traduction partielle du Zibuyu 子不語 de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) nous propose 135 récits sur les 747 (sauf erreur ou omission) que compte ce célèbre recueil de courtes histoires à dominante fantastique (ou merveilleuse, ou surnaturelle, je laisse à de plus savants que moi le soin de choisir l’adjectif adéquat) que son auteur, alors sémillant septuagénaire, publia en 1788, et qu'il compléta quelques années plus tard par une suite du même tonneau. D’emblée, une introduction d’une vingtaine de pages dresse un beau portrait de cette figure hors norme des lettres chinoises que fut Yuan Mei, sans rien nous cacher des rapports souvent épineux qu’il a entretenus avec la critique et la censure morale de son époque, et même au-delà. L'ouvrage est complété par un très instructif appendice analytique et s'achève par un post-scriptum dans lequel J.-P. Diény rend hommage au « parfait lettré chinois » (dixit Jacques Dars) que fut Chang Fu-jui, décédé en mai 2006 à l'âge de 90 ans, et retrace la genèse de cette traduction, née d'un projet de doctorat semble-t-il abandonné en cours de route. 

Le Zibuyu, jusqu'ici, n'avait guère tenté les traducteurs français, à l’exception du père Léon Wieger, s.j., (1856-1933) qui en donna dans son Folk-lore chinois moderne, paru il y a plus d’un siècle, en 1909 pour être précis, des adaptations très libres, et par ailleurs savoureuses (pour ma part , je les lis et les relis toujours avec plaisir)... mais très libres quand même, et de Solange Cruveillé et Pierre Kaser qui en ont traduit, et véritablement traduit cette fois, une douzaine de récits qu’a publiés la revue Le Visage vert dans son n° 16 de juin 2009. Nous tenons donc aujourd’hui notre première « vraie » traduction française d'envergure. Fait notable, ses auteurs ont pris le parti de limiter leur choix aux seuls récits qui de près ou de loin ont partie liée avec le rêve : Le merveilleux onirique, tel est d'ailleurs le sous-titre qu'ils ont donné à leur recueil. 

Mais qu’on se rassure, ce choix n’a rien de restrictif, car pour Yuan Mei, le rêve n’est qu’un prétexte, un point de départ à partir duquel il nous entraîne, irrésistiblement, dans des histoires de toute sorte où son imagination sans frein s’en donne à cœur-joie. La plupart d’entre elles sont des histoires à faire peur : histoires de fantômes et de démons de tout poil, de vengeance d’outre-tombe, de châtiment aux enfers, de sorcellerie et d’envoûtement, j’en passe et des meilleures, bref, Yuan Mei n’est jamais en peine d’inspiration pour s’amuser à faire un courir un frisson d’épouvante sur l’échine du lecteur, n’hésitant pas au besoin à mettre en œuvre des moyens dignes du Grand Guignol : témoin parmi d’autres l’histoire n° 20, traduite sous le titre « Le dieu de la Ville se charge de sermonner une épouse » 城隍替人訓妻 où l’on voit ladite divinité, bien décidée à ramener à de meilleurs sentiments une bru impie doublée d’une épouse intraitable, rameuter une escouade de démons « porteurs de couteaux et scies, à la mine terrible et féroce », qui déploient sous les yeux horrifiés de la mégère tout un attirail de marmites d’huile bouillante et de moulins à viande. Heureusement pour elle, ce n’était qu’un rêve. Mais il est des rêves dont on ne sort pas indemne : à preuve celui que fait le malheureux bachelier Chen, dans l’histoire n° 47 intitulée « Zhang Youhua » 張又華, et dans lequel il se fait agresser physiquement par un démon malfaisant. Réveillé en sursaut, il se découvre porteur de blessures bien réelles dont il mourra bientôt. 

Mais tout n’est pas macabre ni sanguinolent dans ce recueil, tant s’en faut, et Yuan Mei n’hésite pas à faire alterner histoires d’épouvante et contes de fées classiques, comme avec « Le rêve de Xianting » 香亭記夢 (n° 113) où sont évoquées les amours d’un simple mortel et d’une femme-poisson aux étranges pouvoirs. Il arrive aussi que les rêves soient annonciateurs de bonnes nouvelles et tiennent leurs promesses (ce qui, il faut l’avouer, n’est pas toujours le cas) : dans le récit n° 126, « Un succès prévu » 預知科名, Yuan Nan, cousin de Yuan Mei et candidat à l’examen de licence, rêve qu’un inconnu lui prédit sa réussite à l’examen et lui révèle même le sujet qui va sortir. Tout se passera en effet comme prévu. Exemple, au rebours, de rêve trompeur : un certain Luo, qui se retrouve en rêve au tribunal des enfers, y apprend d’un sbire que son père est appelé à connaître un grand bonheur (dafu 大福). Hélas, en fait de grand bonheur, c’est l’hydropisie qui attend le père de Luo et qui l’emportera, car ce dafu n’était en réalité qu’un gros ventre 大腹 ! (« Un grand bonheur l’attend » 大福未享, n° 4). 

L’humour si particulier de Yuan Mei fait merveille dans plus d’un récit du Zibuyu, ce qui n’a pas échappé à notre équipe de traducteurs. Plusieurs récits qu’ils ont retenus pour leur anthologie sont d’une drôlerie achevée, comme « Le dieu de la Ville se charge de sermonner une épouse » déjà cité, ou encore le n° 11, « Le bachelier Qiu » 裘秀才, dans lequel le bachelier en question, en punition de son peu de respect pour les divinités locales et de son caractère procédurier, se voit fesser en place publique, conformément à la prophétie qui lui fut faite en rêve. Bref, on ne s’ennuie pas une seule seconde à la lecture de ce livre, qui n’a qu’un défaut, à mes yeux, celui de laisser en bouche un goût de trop peu. 

Quid, maintenant, de la traduction ? Si Jacqueline Chang est pour nous une nouvelle venue dans le domaine de la traduction littéraire, son père Chang Fu-jui et son maître Jean-Pierre Diény sont en revanche de vieilles connaissances, et leurs états de service parlent pour eux. On pouvait donc en toute quiétude s'attendre de la part de ce trio de traducteurs à un travail de très haute qualité : élégantes, savantes, précises, leurs traductions rendent enfin justice à un ouvrage qui a sa place à côté des Chroniques de l'étrange (Liaozhai zhiyi 聊齋誌異) de Pu Songling 蒲松齡 et des Notes de la chaumière des perceptions subtiles (Yuewei caotang biji 閱微草堂筆記) de Ji Yun 紀昀. 

Je voudrais pour finir signaler quelques traductions du Zibuyu dont la lecture permettra de prolonger celle de Ce dont le Maître ne parlait pas
  • Tout d’abord, l’œuvre maîtresse du sinologue néerlandais J.J.M. [Jan Jakob Maria] de Groot (1854-1921), The Religious System of China, publié de 1892 à 1910, dont les 3 derniers volumes sont illustrés de larges extraits du Zibuyu, ou plutôt du Tsze puh yu pour reprendre sa transcription. Ses traductions sont de grande qualité et sont bien plus fidèles que celle de son contemporain Wieger. 
  • Ensuite, l’anthologie traduite en allemand par Rainer Schwarz (également traducteur de Shen Fu 沈復 et de Cao Xueqin 曹雪芹) sous le titre Chinesische Geistergeschischten (Histoires de fantômes chinois) et publiée en poche chez Insel Verlag en 1997 (110 récits tirés du Zibuyu et de sa suite). Pour autant que je puisse en juger, cette traduction est d’un niveau comparable à celle des Chang et Diény. 
  • Pour les lecteurs qui pratiquent le russe, il existe également un choix de récits, publié à Moscou en 1977 aux éditions Naouka, fait par la sinologue soviétique Olga Fishman à partir du Zibuyu et de sa suite, intitulé Novye Zapisi Tsi Sie (O Chem Nie Govoril Konfutsiï). Mes quelques pauvres notions de russe péniblement acquises il y a bien longtemps m’interdisent malheureusement d’émettre la moindre appréciation sur cette traduction. 
  • Pour mémoire, signalons aussi la petite anthologie traduite en italien par Edi Bozza sous le titre Quel che il maestro non disse (Mondadori, 1996), qui semble être définitivement épuisée et introuvable. 
  • La même année, Kam Louie et Louise Edwards avaient livré un Censored by Confucius. Ghosts Stories by Yuan Mei (M.E. Sharpe, 1996) qui retenait pas moins de 100 récits répartis en 16 thèmes.  
 

Enfin, je ne résiste pas au plaisir de faire part aux lecteurs de ce blog d’une petite découverte que j’ai faite il y a peu par le plus grand des hasards : il s’agit de ce qui est sans doute la plus ancienne traduction du Zibuyu dans une langue occidentale, puisqu’elle a paru en 1838 dans la revue missionnaire The Chinese Repository publiée à Canton. Un article de cette revue, consultable en ligne ici, donne la traduction anglaise de quatre courtes histoires, traduction que l’article attribue sans plus de précisions (si je traduis correctement) à « un jeune garçon âgé de douze ans, qui se consacre à l’étude de la langue [chinoise] depuis environ quatorze mois » (a lad twelve years old, who has been engaged in studying the language about fourteen months). 

Qui était ce mystérieux jeune garçon manifestement doué ? A-t-il persévéré dans son travail de traduction, et si oui, qu’est devenu son manuscrit ? J’ai bien peur, hélas ! que ces questions ne demeurent pour toujours sans réponse. 

Quoi qu’il en soit, bonne lecture à toutes et à tous !

Alain Rousseau 

Ce dont le Maître ne parlait pas (Le merveilleux onirique) de Yuan Mei, récits traduits du chinois, présentés et annotés par Chang Fu-jui, Jacqueline Chang et Jean-Pierre Diény, collection « Connaissance de l’Orient », série chinoise, Gallimard, 2011, 369 p. ISBN : 978-2-07-013183-9

mercredi 30 novembre 2011

JO Jong-nae dans Keulmadang 13

 
Avec ce N° 13 Keulmadang améliore sa présentation et vous propose de nombreuses rubriques détaillées par thème, pour faciliter vos recherches.

A partir de ce numéro, les articles seront mis en ligne au fur et à mesure de leur rédaction. Vous pouvez donc consulter Keulmadang régulièrement (et non plus attendre la parution d’un nouveau numéro complet). Ou bien vous abonner au fil RSS désormais disponible. Dès que la mise en ligne de tous les articles sera achevée, la lettre d’information vous informera de la parution du numéro complet.

Au sommaire de ce numéro :
Le dossier du mois est consacré à JO Jong-nae, auteur d’une œuvre-fleuve, 50 volumes qui parcourent l’histoire tragique du dernier siècle, depuis l’occupation japonaise jusqu’à la dictature militaire des années 60-93.

Le dossier comprend 4 textes : 
  • Jo Jong-nae et son œuvre, par Georges Zygelmeyer
  • Le monde romanesque de JO Jong-nae, par Georges Zygelmeyer
  • Une œuvre-monde, par Jérémy Méaume
  • La bibliographie de JO Jong-nae
Vous y trouverez également la suite de l’étude consacrée aux manuscrits royaux que la France vient de « prêter » à la Corée, après les avoir volés lors de la tentative d’abordage dans l’île de Kanhwa, au XIXe siècle. Le Professeur Roger Leverrier, auteur de cette étude, vient de nous quitter, fin octobre. Yun Seok-man y rend hommage dans le présent numéro.

On trouvera également dans ce numéro des critiques d’ouvrages, dont celle du premier roman nord-coréen traduit en France et publié chez Actes-Sud, Des amis, par Jean-Claude de Crescenzo, Voyage initiatique au prix fort, par Morgane Loupandine, Légère et bienveillante île au chats, par Véronique Cavallasca, Croyances et idéologies en Corée du Nord, par Julien Paolucci, Les petits pains de la pleine lune, par Véronique Cavallasca, La Corée poétique du XVIe, par Lucie Angheben, ainsi que le compte-rendu de la soirée avec le poète KO Un à Aix, par Lucie Angheben.

Bonne lecture

www.keulmadang.com

samedi 19 novembre 2011

Journée doctorants IRSEA/Leo2t 2011-2012


Journée des doctorants de 
et de l’équipe Littératures d’Extrême-Orient, Textes et Traduction (Leo2t)
Vendredi 9 Décembre 2011
Campus Saint-Charles (Marseille), Bâtiment LSH
Salle 501 (matin) et 504 (après-midi)

9h30-10h15 : Origine, mémoire et ancestralité : approche anthropologique de pierres monumentales Riung (Ile de Florès, Indonésie orientale), Nao REMON
A Riung, dans la partie nord-ouest de l’île de Florès, se dressent des pierres venant se distinguer du reste du paysage montagneux et forestier. Les différents rôles qu’elles endossent sur les plans symbolique, rituel, identitaire, foncier et social en font des objets à caractère éminemment anthropologique. Marqueurs topologiques dans un contexte de mobilité clanique, supports de mémoire et de narration, reliquats des temps mythiques, ces monuments révèlent la relation spécifique des Riung au paysage qui les entoure. La fixité et l’immutabilité accordée à ces pierres servent de support à une expérience spatiale et temporelle de retour aux fondements.
10h15-11h00 : Gao Minglu, entre critique et théorie, Anny LAZARUS
Personnage central de l’art contemporain en Chine, Gao Minglu a publié de nombreux livres retraçant le développement de l’art contemporain chinois depuis 1979. Dans le cadre de cette intervention, je présenterai son ouvrage intitulé l’École du Yi, une théorie subversive contre la représentation, édité en juin 2009. Comme le titre le laisse entrevoir, l’ambition de l’auteur est de démontrer que les modèles théoriques occidentaux ne sont pas appropriés pour analyser l’art chinois (classique et contemporain). Après avoir revisité les concepts de l’esthétique classique (Li, Shi, Xing), il propose un rapprochement avec les écrits post-structuralistes et développe un modèle théorique « totalisant » qu’il souhaite appliquer à un grand nombre d’œuvres, en dépassant les frontières de la Chine. Ce livre soulève plusieurs questions, celles bien sûr de la pertinence et l’efficacité de la démonstration, ainsi que l’influence chez l’auteur de la French Touch, mais aussi celles qui concernent l’allégeance au pouvoir en place et l’indépendance intellectuelle face à la tentation nationaliste. J’évoquerai également la réception de l’ouvrage en Chine et en Occident.
11h15-12h00 : La notion de frontière chez les Thaïs, Thanida BOONWANNO
Au cours du XIXe siècle, les Thaïs du Siam durent adopter la notion de frontière que les colonisateurs européens avaient depuis assez peu de temps accepté chez eux. Mais cela ne signifie pas qu’auparavant les Thaïs ou les Siamois n’avaient eu des frontières reconnues. Certes, leur établissement était de moins en moins rigoureux à mesure que l’on s’éloignait de la capitale, laquelle donnait son nom à l’État. Ce fut par exemple le cas dans les royaumes d’Ayutthaya (1350-1767) ou de Thonburi (1767-1782). Les limites matérielles des frontières étaient d’ordre extrêmement divers puisqu’il pouvait s’agir d’arbres voire d’arbustes, mais également de reliquaires élevés par les hommes (chedi). Mais les frontières pouvaient tout aussi bien être des groupes humains, et c’est dans ce dernier cas que nous sommes en mesure d’employer l’expression d’« ethnie-frontière » que nous développerons à propos de minorité thaïe dans la province cambodgienne de ko Kong que l’on appelle « Thaïs-ko-Kong ».
13h30-14h15 : Autorité traditionnelle et pouvoir politique. La campagne électorale de la gouverneure de Banten (Indonésie), Gabriel FACAL
Le processus de décentralisation initié depuis 1998 en Indonésie s’est accompagné par contrecoup d’un mouvement d’hyper centralisation au niveau régional dans nombre des provinces nouvellement créées. J’étudierai ce phénomène à travers la description de la campagne de la gouverneure sortante pour les élections provinciales de 2011. La gouverneure est la fille aînée d’un dirigeant de la pègre locale qui a coordonné les projets gouvernementaux du Général Suharto pendant près de quarante ans. Sa famille a
mis à profit la chute du régime et l’autonomie provinciale pour défaire les institutions régionales de leur dépendance vis-à-vis du gouvernement central. Ce réseau familial exerce ainsi sa domination dans les sphères politique, économique et religieuse à travers des groupes de lobbying issus des domaines de l’éducation et de l’information, de la santé et de l’humanitaire.
14h15-15h00 : La notion de bien public « à la japonaise » dans l'entreprise taïwanaise CHIMEI  奇美, Yamada YU
Lors de cette intervention, je définirai tout d'abord le concept japonais de bien public (kōnoseishin 公の精神), tel qu’il fut appliqué au Japon et à Taïwan avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans un deuxième temps, j'analyserai dans quelle mesure Hsü Wen-lung 許文龍, le fondateur de l'entreprise taïwanaise CHIMEI, a intégré ce principe et en a fait une valeur phare des activités de mécénat de la firme.
15h15-16h00 : Les créations littéraires des aborigènes de Taiwan, Christophe MAZIERE
Au tournant des années 1980, l’émergence d’une conscience nationale taiwanaise s’est notamment traduite par un mouvement de reconsidération des cultures premières de l’île. Bien avant A-Mei, vedette puyuma de la scène pop, les documentaristes Mayaw Biho (peuple amis) ou Si-Manrei (peuple tao), les créations littéraires écrites aborigènes ont ouvert le pas à une représentation de ces groupes ethniques sur des supports modernes, jusqu’alors exogènes à leur culture originelle. La valeur artistique de ces œuvres est liée à une dynamique inhérente à ces populations désireuses de se réapproprier leurs droits civiques les plus élémentaires, mais aussi une subjectivité refoulée par près de quatre siècles de présences étrangères successives. L’exposé s’efforcera de retracer les grandes lignes de cette émanation moderne d’un processus de réécriture culturelle en cours, ses tendances, ses principaux acteurs, les thématiques qu’ils affectionnent, mais aussi les débats définitionnel, linguistique et identitaire qui l’animent afin de fournir une première base de réflexion.
Organisation :
Luc Benaiche (luc.benaiche@gmail.com)
Damien Onillon : (damien.onillon@wanadoo.fr)


vendredi 18 novembre 2011

Entre Orient et Occident


Paul Servais (ed.), Louvain-La-Neuve, Academia, 2011

Publié sous la direction du professeur Paul Servais de l’université catholique de Louvain, cet ouvrage rassemble les communications au colloque du même nom qui s’était tenu à Louvain-la Neuve en 2008, dont nous avions parlé en temps voulu.

Nul doute que cet ouvrage intéressera les fidèles de notre blog puisqu’il contient, entre autres, des communications sur les thèmes suivants : « L’intraduisible et l’incommunicable dans la traduction de la pensée chinoise en langues occidentales » (Sun Yu-Jun), « Le traducteur Fu Lei (1908-1966). Une « Pérégrination vers l’Ouest » au XXe siècle » (Renaat Beheydt), « Les pièges du monde japonais : splendeurs et misères de la communication au Soleil levant » (Andreas Theke), ou encore « Traduire la littérature chinoise contemporaine au début du XXe siècle, une question de choix » (par votre serviteur), « Traduction et histoire des cultures » (Marc De Launay). Je reprendrai les dernières lignes de la conclusion de Lambert Isebaert pour vous donner envie de lire ce livre :
« Ce colloque a permis de rassembler et de confronter, sur la problématique de la traduction entre Orient et Occident, des regards différents et complémentaires, qui n’épuisent évidemment pas un sujet aussi vaste, mais qui ont contribué – les uns à mieux définir, les autres à illustrer par de nouveaux exemples – les enjeux théoriques et méthodologiques de la traduction, ses conditions de possibilité, ses modalités de mise en œuvre, et, de manière particulière, les obstacles et les barrières qui se dressent sur le chemin de la communication : ceux-ci nous montrent, si besoin était, que le raccourcissement de la distance culturelle et idéologique entre Orient et Occident nécessite, face au défit de l’intraduisible, un effort soutenu et une application constante. »
Noël Dutrait

Anniversaire


L’anniversaire que je tiens à fêter avec vous aujourd’hui est celui de notre blog qui vient, en ce 18 novembre 2011, d’avoir 5 ans.  Ce billet est le 452ème ; vous avez été - et je vous en remercie chaleureusement - plus de 100 000 à nous visiter volontairement ou seulement conduit ici selon le bon vouloir des moteurs de recherche. Je souhaite que l’aventure continue et remercie ceux qui, au fil des mois, ont contribué à l’enrichir et ceux qui le feront à l’avenir. Si vous êtes un habitué vous avez découvert voici quelques jours une nouvelle interface qui corrige une partie des désagréments rencontrés par certains d’entre vous avec la précédente (NB : préférer les dernières versions de Firefox qui la restituent sans dommage).

Cette année a été, et de loin, moins généreuse que les précédentes, faisant tomber la moyenne annuelle de publication à moins de 100 billets. C’est que 2011 est pour notre équipe une année de transition au terme de laquelle « Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction » deviendra un axe de recherche de l’Institut de Recherche sur l’Asie, - baptisé IrAsia -- la fusion de Leo2t et de l’IRSEA, va naître le 1 janvier 2012.

Les projets anciens et en cours seront naturellement poursuivis. En plus des Etudes Gao Xingjian et de l’élaboration d’un Inventaire des traductions françaises des littératures d’Extrême-Orient (ITLEO), nous nous attacherons à faire vivre notre revue en ligne Impressions d’Extrême-Orient dont le deuxième numéro est en cours de publication sur le portail d’édition Revues.org. Voici un avant-goût de son contenu qui proposera 13 des 19 communications données lors du Colloque « Littératures d’Asie : traduction et réception » que nous avions tenu à Aix-en-Provence, les 13 et 14 mars 2009 :
Solange Cruveillé, « La traduction et les études sur le Taiping guangji (Vaste recueil de l'ère de la Grande Paix, Xe siècle) en Occident ».
Philippe Postel, « A propos des traductions de Haoqiu zhuan »
Chou Tan-Ying, « L'éventail aux fleurs de pêcher comme métaphore de la vie : réflexions sur la traduction des références intertextuelles dans Rose rouge et rose blanche d'Eileen Chang ».
Paolo Magagnin, « La traduction et la lettre, ou le ryokan du lointain : vers une pratique de la différence dans la traduction des langues orientales ? »
Nicoletta Pesaro, « Feishiyi de ci 非诗意的词, la parole « peu poétique » : réflexions sur la traduction de Mu Dan, 1918-1977 »
Noël Dutrait, « Les traductions du théâtre de Gao Xingjian par lui-même »
Patrick Doan, « Les difficultés de la traduction des séries télévisées chinoises »
Elizabeth Naudou, « Traduire la poésie sanskrite : le cas de la Bhagavad-gītā »
Françoise Robin, « Ceci n'est pas un paquebot. Interprétations et lectures du poème de Jangbu, Ce paquebot peut-il nous mener sur l'autre rive ? »
Julie Kim-de Crescenzo, « Traduire la nuance dans le texte littéraire coréen ».
Le Min Sook, « La traduction des titres de romans coréens : le cas de Kim Dong-ri (1913-1995) ».
Han Yumi, Hervé Péjaudier, « L’ « autre » texte : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre »

Nguyễn Phương Ngọc « Dragons et phénix, ou comment traduire les expressions exotiques du  vietnamien »
Bientôt sera lancé un appel à contribution pour le numéro 3 ; ce sera un hommage à Jacques Dars que nous tenons à honorer par un choix de traductions inédites.
Pour ce qui est du suivi quotidien des activités en rapport avec les littératures d’Asie et la traduction, je vous renvoie non seulement vers notre univers Netvibes où s’inscrivent toutes nos publications virtuelles, mais aussi vers notre compte Twitter - JELEO2T ; je vous encourage à en créer un personnel qui vous permettra non seulement de prendre connaissance de nos publications sur ce support très dynamique, mais aussi de celles, nombreuses et variées, des passionnés et spécialistes de l’Extrême-Orient que nous suivons. 
L’annonce du cinquième anniversaire de ce blog constituera le 1000ème twitt de notre histoire. A très bientôt, donc, ici ou ailleurs sur la toile. 

samedi 12 novembre 2011

De la littérature vietnamienne en traduction

Les premières œuvres de la littérature vietnamienne ont été traduites en français vers la fin du XIXe siècle. Des contes et des légendes, ainsi que quelques romans en vers tels que le célèbre Kim Vân Kiều de Nguyễn Du ou Lục Vân Tiên de Nguyễn Đình Chiểu, étaient sensés de donner des clés de « l’âme » du peuple vietnamien, enfin soumis à l’autorité française. Par la suite, après la déclaration de l’indépendance du pays en 1945, le gouvernement vietnamien accordait, en pleine guerre d’Indochine et guerre du Vietnam, une grande attention à la traduction d’œuvres vers des langues étrangères, notamment le français, l'anglais, le russe et le chinois. Leur publication et leur diffusion étaient confiées à une maison d’édition spécialement créée à cet effet : les Editions en Langues Etrangères, devenues plus tard les Editions Le Monde (Nhà Xuất Bản Thế Giới). 
L’ouverture économique et diplomatique du Vietnam, décidée en décembre 1986 dans le sillage de la perestroïka soviétique, est accompagnée par une nouvelle vague de traductions, avec le souci cette fois-ci de rendre compte des changements dans la société et dans la mentalité. Les noms de Nguyễn Huy Thiệp, Dương Thu Hương, Bảo Ninh et quelques autres sont désormais familiers aux lecteurs francophones. Cependant, malgré l’effort de quelques traducteurs passionnés, la littérature vietnamienne - classique en caractères chinois, moderne et contemporaine en écriture romanisée quốc ngữ – est toujours un peu un parent pauvre en pays francophone. Et pourtant, si l'on arrive à réunir toutes les traductions d’œuvres vietnamiennes en français, on verra sans doute l'importance du travail réalisé par quelques générations de traducteurs. Il faut donc recenser toutes ces traductions, souvent dispersées et mal distribuées. C’est le travail auquel nous sommes attelés, avec l’aide de collègues et d’amis, dans le cadre du projet d’Inventaire des Traductions des Littératures d’Extrême-Orient porté par l’équipe Leo2T.
Au Vietnam, la nécessité de faire connaître la littérature classique, moderne et notamment contemporaine, est ressentie d’une façon aigue. Le colloque Littérature et l’intégration mondiale (Văn học với xu thế hội nhập) organisé par l’Association des Ecrivains du Vietnam le 17 et 18 décembre 2008 a posé clairement cette question. Un an plus tard, un colloque international pour présenter la littérature vietnamienne a été organisé du 5 au 10 janvier 2010 à Hanoi en même temps qu’une exposition des traductions littéraires à la Bibliothèque Nationale du Vietnam. La Commission de la traduction littéraire (Hội đồng văn học dịch) de l’Association des Ecrivains du Vietnam (Hội Nhà văn) a publié à cette occasion un Inventaire d’œuvres littéraires vietnamiennes traduites en langues étrangères (Thư mục tác phẩm văn học Việt Nam được dịch ra nước ngoài) qui recense les publications conservées dans des bibliothèques publiques et privées. Concernant les traductions en français, on trouve cinquante-sept titres à la Bibliothèque Nationale du Vietnam et soixante-cinq titres à la Bibliothèque des Sciences de Ho Chi Minh-ville. 
Ho Chi Minh-ville, la mégapole du Sud, avec ses maisons d'édition dynamiques, semble vouloir jouer un rôle plus actif dans le domaine de traduction littéraire. Nguyễn Minh Phương, dont nous avons présenté sur ce blog destraductions de poèmes de Xuân Quỳnh, nous envoie son article remanié après avoir été publié dans le Courrier du Vietnam du 27 septembre 2011.
Nguyen Phuong Ngoc

Littérature : nécessité de créer un centre de traduction à Ho Chi Minh-ville
La littérature vietnamienne a besoin d'une stratégie en matière de traduction et de diffusion à l'étranger. Grand foyer de la littérature et de l'édition, qui sut réunir durant sa longue histoire nombre d'écrivains de différentes générations, Hô Chi Minh-Ville éprouve la nécessité pressante de créer un centre de traduction littéraire.
Jusqu'à maintenant, certaines œuvres littéraires vietnamiennes ont été traduites et publiées dans une langue étrangère. Mais Donne-moi un ticket pour l'enfance de Nguyên Nhât Anh est la première à l'être simultanément dans trois langues, en anglaise, thaïlandais et coréen. C'est un honneur pour cet auteur comme un encouragement supplémentaire pour les écrivains vietnamiens. De son invitation à une rencontre avec lecteurs et écrivains thaïlandais le 24 août dernier à l'Université de Chulalongkorn (Thaïlande) à l'occasion de la sortie de son livre, Nguyên Nhât Anh rapportera certainement des informations utiles sur le marché du livre thaïlandais.
En avril dernier, Ouvrir la fenêtre les yeux fermés de Nguyên Ngoc Thuân a également été traduit en anglais et diffusé par les Éditions Tre. Il s'agit d'une première afin d'explorer le marché. "C'est en effet un investissement assez aventureux. Nous estimons pouvoir diffuser à l'étranger quelques œuvres littéraires vietnamiennes dans les cinq années à venir en anglais ou en français", confie le poète Pham Sy Sau, directeur de la communication de cet éditeur, chargé de l'exploitation domestique des droits d'auteurs.
Plus aventureux encore que les Éditions Tre, certains auteurs ont essayé de publier à compte d'auteur leurs œuvres en version bilingue, notamment en anglais et vietnamien, afin de les rendre accessibles aux lecteurs de l'étranger. L'exemple le plus récent est le recueil de poèmes À zéro heure du poète Trân Huu Dung, publié début août dernier.
Qu'il s'agisse de financement personnel de l'auteur ou de publication par des éditions vietnamiennes en partenariat avec un homologue étranger, il est temps que les écrivains comme les éditeurs du pays prennent conscience de la nécessité de promouvoir la littérature vietnamienne à l'étranger.
Intégration mondiale
À la différence de l'économie, "l'intégration au monde de la littérature" - entendez par là sa diffusion comme d'autres littératures nationales - s'avère modeste. Or, de facto, l'histoire de la littérature vietnamienne ne se limite pas à des oeuvres classiques telles que le Roman de Kiêu de Nguyên Du ou les recueils de poésie de Nguyên Trai et de Hô Xuân Huong. Bien d'autres oeuvres, de littérature contemporaine surtout, mériteraient d'être traduites et diffusées afin de mieux faire connaître comme reconnaître dans le monde la littérature vietnamienne.
Le problème qui s'impose aujourd'hui, c'est de trouver les moyens de traduire et de promouvoir notre littérature de manière plus méthodique, et non plus "à la belle aventure". Lors du 3e congrès des écrivains de Hô Chi Minh-Ville qui a eu lieu récemment, ce point a été discuté avec intérêt sinon passion par de nombreux jeunes écrivains, sans toutefois pour autant aboutir à une réponse satisfaisante.
Après la Conférence sur la promotion de la littérature vietnamienne à l'étranger organisée en janvier 2010, un centre de traduction sous l'égide de l'Association vietnamienne des écrivains ait été créé. Mais à ce jour, peu connaissent ses modalités de fonctionnement, même les écrivains n'ayant été que fort peu nombreux à être informés de cette naissance...
Quant à l'Association des écrivains de Hô Chi Minh-Ville, la récente réorganisation de son comité exécutif n'a pas laissé place à un sous-comité de la traduction, cette dernière relevant du sous-comité de la création dirigé par un vice-président de l'association. De plus, à parler de traduction, encore ne s'agit-il exclusivement que de celle d'œuvres étrangères pour leur publication en vietnamien, et ce que ce soit au sein de l'Association des écrivains du Vietnam comme de celle de Hô Chi Minh-Ville...
Bien que méritoire, la démarche des Éditions Tre comme de quelques auteurs demeurent des actes "individuels", et tous les auteurs n'ont pas le talent ni la chance de Nguyên Nhât Anh.
Aussi, la littérature vietnamienne a-t-elle besoin de manière urgente d'une stratégie en matière de traduction et de promotion à l'étranger, à même de mobiliser gestionnaires, éditeurs et, bien sûr, écrivains. À Hô Chi Minh-Ville, grand foyer national de la littérature et de l'édition s'il en est, qui sut réunir durant sa longue histoire nombre d'écrivains de multiples générations, la création rapide d'un centre de traduction littéraire ne s'en impose que davantage.
Outre la traduction d'auteurs de cette ville comme du pays tout entier, ce centre pourrait également assurer la sélection et la traduction d'œuvres étrangères, avant d'envisager plus tard celle d'œuvres autres que littéraires...
La porte du monde est grande ouverte dans les deux sens, soyons donc plus actifs dans ce nouvel espace de créativité et d'expression artistique. Promouvoir le livre et la littérature, c’est promouvoir la culture et la communication entre les peuples. Dans le monde d’aujourd’hui, cela est plus qu’un simple plaisir intellectuel, mais une nécessité absolue.

François Cheng à la croisée de la Chine et de l’Occident


« Sur terre, seule l'écriture permet de tendre vers le tout de son vivant. » (Extrait d'une interview dans Cyberpresse - 15 Mars 2002).
Six essais sur la pensée et l’esthétique chinoises, neuf livres d’art, deux romans, douze recueils de poésie écrits en français, l’écrivain et académicien depuis 2002, François Cheng, incarne la rencontre entre deux langues et deux cultures, chinoise et française.
Un colloque franco-chinois, organisé par la BNF, en partenariat avec l’Association pour la diffusion de la recherche littéraire et l’Université de Fu Dan à Shanghai s’est tenu récemment à Paris sur le site François Mitterrand en hommage à François Cheng, cet écrivain français venu de « l’Orient de tout». C’était la première fois que des spécialistes français et chinois se réunissaient pour présenter au public leur lecture croisée de l’œuvre de François Cheng.
Trois thèmes majeurs du corpus : le poète, le romancier et le critique d’art, avaient été choisis pour étudier la création de François Cheng dans la première partie du colloque. Convaincu qu’il faut « habiter poétiquement la terre », François Cheng se positionne parmi ceux qu’on pourrait appeler les « poètes de l’être ». La poésie de Cheng fait l’objet de quatre contributions. Pierre Brunel, a d’abord invité  les auditeurs à découvrir une constellation de 24 poèmes de François Cheng Vraie lumière née de vraie nuit paru en 2009, dans toute sa splendeur et sa simplicité. Selon Pierre Brunel, c’est un livre de vérité en retournant au meilleur de soi. Cheng Pei, ensuite, a proposé une lecture « circulaire » sur la poésie de François Cheng en insistant sur son lyrisme et son métalangage original. D’après Cheng Pei, depuis les années 1970, François Cheng a choisi le français comme langue de création,  il a toujours renouvelé une symbiose unique entre le chinois et le français. Sa poésie embrasse ainsi l’héritage d’une double tradition, la langue littéraire et artistique de son « terreau natif »  n’a cessé de l’inspirer, tandis que la France l’enrichissait de sa « meilleure part ». En comparant François Cheng avec Paul Claudel, Dominique Millet-Gérard, a prolongé cette caractéristique biculturelle avec d’autres airs artistiques comme la peinture pour pénétrer le secret de la création personnelle de François Cheng, l’unification du sens et de la beauté. Retour à la source chinoise, Li Yuan, a montré la  beauté éthique dans la traduction poétique de François Cheng.
A propos des romans de François Cheng, trois exposés matinaux nous ont fait comprendre que Le Dit de Tianyi et L'éternité n'est pas de trop, ont uni à la fiction la vision poétique et spirituelle que Cheng a longuement mûrie, ouvrant sur le mystère de l’univers. A travers les personnages féminins, Madeleine Bertaud a souligné que l’œuvre de François Cheng  s’interroge avec passion sur le mystère du destin. Pour le langage romanesque dans Le Dit de Tianyi, Chu Xiaoquan a mis l’accent sur une vision philosophique chez François Cheng sur l’art et sur la vie. Et Luc Fraisse a employé le terme « hors roman » pour définir le caractère singulier du roman poétique L'éternité n'est pas de trop. En fin de matinée du colloque, l’organisateur a annoncé une nouvelle concernant le troisième roman de François Cheng qui est en cours de préparation.
Pour ce qui est du critique d’art, deux communications ont dessiné son nouvel espace de relations harmonieuses entre Orient et Occident, une nouvelle rencontre entre sa voix poétique et la voie picturale. A travers les écrits de François Cheng sur la peinture chinoise, Eric Lefebvre a relevé la modernité de François Cheng. Lise Sabourin, de son coté, a dégagé les rapports très étroits entre poésie et peinture dans l’œuvre de François Cheng, elle a qualifié son art d’écrire d’une pensée en action.
Cette journée d’étude française s’est terminée par  la venue discrète de François Cheng, qui est salué par les applaudissements des centaines d’auditeurs au petit auditorium, il a remercié le public et tous les intervenants en répondant modestement aux questions du public sur sa création littéraire. Il a affirmé qu’il est entré dans la langue française, non pas pour dire la Chine en français, mais pour devenir un créateur, cette transfiguration lui a permis de scruter le propre mystère de l’être et de l’existence dans le langage, c’était le destin d’un homme d’une double culture.
La deuxième partie de la rencontre aura lieu le mardi 22 novembre à l’université Fudan à Shanghai. Les actes du colloque final seront également publiés en France et en Chine.
Guo Yingzhou

dimanche 6 novembre 2011

Le poète coréen Ko Un à l’Université de Provence

A l’initiative des Etudes Coréennes du Département d’Études Asiatiques, cent cinquante personnes étaient rassemblées le lundi 24 octobre, dans la Salle des Professeurs de l’Université de Provence, devant la table où siège Ko Un, vêtu d’une veste bleu azur. Il avait l’air paisible de l’habitué de ce genre de manifestations, ce qui n’est pas le cas de nombre de spectateurs, qui ne savent pas trop à quoi s’attendre.
« Je suis arrivé à Aix-en-Provence il y a deux jours, et j’ai tout de suite pu sentir cette odeur caractéristique qu’est l’odeur de la mer. Je suis sûr que dans quelques 120 ans, je serai né dans cette ville. La Provence est le pays natal de l’homme. C’est pour ça que c’est une bénédiction d’être ici. Il ne faut pas oublier que la Provence est le berceau de la poésie. Pour cela, il faut remonter au début du Moyen Age, à l’époque où les poèmes étaient encore chantés. La poésie se tenait alors loin de la capitale. Paul Valery est un bon exemple pour illustrer ce propos. Il a sans doute choisi de retrouver les origines de ses ancêtres. C’est en Provence que l’on retrouve des traces des poètes errants du Moyen Age. Plus tard, leur travail s’est prolongé avec les troubadours.

Et j’ai enfin pu mettre les pieds en Provence ! Je suis donc devenu un troubadour d’aujourd’hui. Je me suis rendu hier sur la tombe de Paul Valery à Sète, et j’ai ôté mon chapeau devant lui. A Sète, j’ai vu et entendu les vagues. Les vagues insufflent la vie et se brisent des millions de fois par jour, d’après ce qu’on dit. Ici, au bord de la mer, les oiseaux chantent. Mais, en Corée, les oiseaux pleurent, comme les grillons, comme les cochons. Et moi aussi je pleure. Les poèmes suivent ces pleurs. »
La lecture des poèmes commence. Deux voix, deux langues se répondent, pour présenter et faire aimer de mêmes poèmes. Des images se forment dans l’esprit de celui qui écoute, des impressions se bousculent dans sa tête. Il suffit d’un texte, d’un mot, d’un son. Parfois c’est un murmure, un souffle, qui demande à chaque oreille de se tendre. Parfois c’est un cri. Rage ? Douleur ? Désespoir ? Le sens reste muet mais l’émotion s’exprime. Elle parcourt notre corps au rythme saccadé que prend la voix, pour finir par ralentir et se fondre au plus profond de nous-même quand la voix se tait. Le poète vit son texte, il le déclame ; il est son texte quand le texte se fond en lui. Les gestes accompagnent la voix et le spectateur est subjugué.
« C’est l’époque d’aujourd’hui qui a construit ce moi individuel et solitaire. Cela voudrait dire que moi, je suis moi, et seulement moi ? Non, je ne crois pas. »
Une voix grave et posée envahit la salle muette d’attention. Les premières notes sont faibles, mais très vite le ton monte. La voix gagne en puissance et les paroles se déversent. En face, l’assemblée reste bouche bée. Ici, personne ne s’attendait à un concert. L’émotion transcende la pièce en écho à cette voix impressionnante qui ne s’arrête pas. Cette chanson est bien plus qu’un hymne national, c’est le cri du cœur d’un poète qui aime son pays et qui a payé cher pour le défendre. Nul besoin de préciser le tonnerre d’applaudissements qui a suivi cette prestation… La soirée touche à sa fin, mais une petite surprise attend encore Ko Un. Assis à sa gauche, M. De Crescenzo se tourne vers lui, un livre à la main. Le temps d’un poème, les rôles s’inversent. L’émotion de Ko Un se lit sur son visage, mais aussi dans ses gestes qui accompagnent un de ses textes une fois de plus, bien que cette fois il lui soit lu dans sa propre langue. La rencontre se termine par une cession de dédicaces. Immédiatement, une ligne d’étudiants et de passionnés se forme devant la table où Ko Un s’est assis, le stylo à la main. Remerciements, signatures, photos : c’était une belle soirée qui restera dans les mémoires.   Lucie Angheben

samedi 22 octobre 2011

Miscellanées littéraires (008)


Avant de vous inviter à lire deux courts extraits de la Correspondance littéraire, philosophique et critique adressée à un souverain d'Allemagne pendant une partie des années 1775-1776, et pendant les années 1782 à 1790 inclusivement. Par le Baron de Grimm et par Diderot. Troisième et dernière partie (T. III. Paris, Buisson, 1813), peut-être n'est-il pas inutile de vous rappeler que Henri Léonard Jean Baptiste Bertin, né à Périgueux le 24 mars 1720 et mort à Spa (Belgique) le 16 septembre 1792, fut notamment contrôleur des finances de Louis XV. Ceci fait, je laisse la parole à Friedrich Melchior Grimm (1723-1807), pour une notice bibliographique établie en Septembre 1785 (voir pp. 393-395) sur un des 15 tomes d'un ouvrage monumental publié entre 1776 et 1791 :
Mémoires concernant l'Histoire, les Sciences, les Arts, les Mœurs, les Usages, etc. des Chinois; par les Missionnaires de Pékin. Tome X, in-4°. Ce volume contient la suite des portraits des Chinois célèbres, une longue lettre de M. Amyot, où l'on trouve des détails assez curieux sur l'administration de l'empereur Kien-Long et sur la submersion de l'île Formose, le 11 Mai 1782, avec un Recueil de pensées et de maximes extraites des divers Livres chinois par M. Cibot, missionnaire de Pékin. Nous ne pouvons nous refuser au plaisir de transcrire ici quelques-unes de ces pensées.
« Toutes les vertus qu'acquiert le Prince sont des disgrâces pour les méchans. »
« La raillerie est l'éclair de la calomnie. »
« Le repentir est le printemps des vertus. »
« Que deux cœurs sont près l'un de l'autre quand il n'y a aucun vice entre eux! »
« Qui a dix lieues à faire en doit compter neuf pour la moitié. »
« Accueillez vos pensées comme des hôtes, et traitez vos désirs comme des enfans. »
« Quel a été le plus beau siècle de la philosophie ? Celui où il n'y avait pas encore des philosophes. »
« C'est brûler un tableau pour en avoir les cendres que de sacrifier sa conscience à son ambition. »
« L'esprit a beau faire plus de chemin que le cœur, il ne va jamais si loin. »
« L'on n'a jamais tant de besoin de son esprit que quand on a affaire à un sot. »
« A quoi se réduit le vice quand on retranche ce qui n'appartient à aucune vertu ? »
Cette dernière pensée est peut-être encore plus subtile qu'elle n'est profonde ; cela ne voudrait-il pas dire plus simplement qu'un homme qui réunirait toutes les vertus ne pourrait jamais avoir aucun intérêt à être vicieux ? Car ce n'est peut-être que pour suppléer aux vertus qui leur manquent, ou dont l'habitude leur a paru trop pénible, que les hommes peuvent trouver quelque avantage à se livrer au vice comme à un moyen plus commode de parvenir au but qu'ils se proposent.
Nous savions depuis longtemps que c'était aux soins de M. Bertin que l'on devait la publication de cet ouvrage; mais ce que nous avions ignoré jusqu'ici, c'est le motif qui l'avait engagé à s'en occuper ; le voici : Louis XV qui, comme disait M. Schomberg, était le plus grand philosophe de son royaume, sentait quelquefois parfaitement que tout n'allait pas en France le mieux du monde. S'entretenant un jour avec M. Bertin de la nécessité de réformer tant d'abus, il finit par lui dire qu'on n'y réussirait jamais sans refondre entièrement l'esprit de la Nation, et le pria de songer de quelle manière on pourrait y parvenir plus sûrement. M. Bertin promit d'y rêver, et au bout de quelques jours il fut trouver le Roi et lui dit qu'il croyait avoir trouvé enfin le secret de satisfaire aux vœux paternels de Sa Majesté. — Et quel est-il ? — Sire, c'est d'inoculer aux Français l'esprit chinois. — Le Roi trouva cette idée si lumineuse, qu'il approuva tout ce que son ministre crut devoir lui suggérer pour l'exécuter. On fit venir à grands frais de jeunes lettrés de la Chine ; on les instruisit avec beaucoup de soin dans notre langue et dans nos sciences ; on les renvoya ensuite à Pékin ; et c'est des Mémoires de ces nouveaux missionnaires qu'on a formé le Recueil dont nous avons l'honneur de vous annoncer ici le dixième volume. L'esprit de la Nation ne paraît pas à la vérité se ressentir infiniment de l'heureuse révolution que devait produire l'idée ingénieuse de M. Bertin ; mais on se souvient encore qu'il y eut un moment où toutes nos cheminées furent couvertes de magots de la Chine, et la plupart de nos meubles dans le goût chinois.
Grimm y revient sur ce même épisode l’année suivante au début de « Mai 1786 » (voir p. 483) :
On se souvient de la grande révolution que méditait M. Bertin lorsqu'il proposa le plus sérieusement du monde à Louis XV d'inoculer aux Français l'esprit chinois. Sans soupçonner aucun de nos ministres actuels d'un semblable projet, ne serait-on pas tenté de croire que quelque génie aussi entreprenant que celui de M. Bertin s'est occupé depuis quelques années des moyens de nous inoculer l'esprit anglais, et qu'il y a même assez passablement réussi ?
Le volume 4 des Mémoires de la société archéologique de l'Orléanais, datant de 1858 (voir p. 300) se rappelle de Bertin et de son goût pour la Chine et les magots chinois :
Le duc de Mortemart était joueur et dissipé : c'était la parfaite antithèse de son beau-père ; il ne croyait point en Dieu et se piquait de le faire voir. Pendant le siège de Douai, il perdit à l'ombre 100,000 livres, et fut obligé de donner en paiement son régiment et d'appeler à son aide son beau-père. Ce fléau de sa famille et de lui-même, comme Saint-Simon l'appelle, laissa une fortune fort compromise. Chaumont fut vendu [le 13 octobre 1740] à un maître des requêtes honoraires, parent de ce ministre de Louis XV qui, pour réformer les mœurs dissolues de son époque, voulait inoculer aux Français l'esprit chinois, et qui, le premier, introduisit en France le goût des magots et des chinoiseries.
Pour remettre tout cela en perspective, on relira avec délectation l’Europe chinoise d’Etiemble (Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Idées », 1988 et 1989) mais aussi pourquoi pas Virgile Pinot, La Chine et la formation de l’esprit philosophique en France (1640-1740) dont l'infatigable Pierre Palpant avait réalisé voici quelques années une édition numérisée accessible sur le site des Classiques des sciences sociales ; pour vous mettre l’eau à la bouche, vous pouvez commencer par l’avant-propos de cette « Thèse présentée à la Faculté des Lettres pour le Doctorat ès-Lettres », puis publiée en 1932 (Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris, 480 p.) dont le but avoué est d’étudier « l’influence exercée par la Chine au XVIIIe siècle sur les idées et les mœurs françaises », et dans laquelle on peut lire : « Pour avoir le désir de « s’inoculer » l’âme d’une nation étrangère il faut semble-t.il éprouver d’abord une inquiétude d’esprit, ou de sentiment qui empêche de se satisfaire entièrement de tout ce qui constituait, jusqu’à ce jour, la vie intellectuelle et morale. Mais il faut, en outre, que cette nation étrangère vienne, au moment précis où se manifeste cette inquiétude, apporter de quoi satisfaire des besoins et des désirs qui, pour être informulés ou inconscients, n’en sont pas moins déterminés. »

Le moment d'inoculer aux Français l'esprit chinois est-il revenu ?

mardi 18 octobre 2011

Ko Un à l'Université de Provence


Le grand poète coréen,  
autrefois moine bouddhiste, emprisonné par la dictature militaire, 
et plusieurs fois pressenti pour le Prix Nobel de Littérature
sera présent 
le lundi 24 octobre à 17h30
salle des Professeurs. 

Une présentation de l'auteur sera suivie de la lecture de poèmes en coréen et en français, et d’une séance de signature. Venez nombreux.

NB. Ko Un sera également le vendredi 21 octobre 2011 à l'Université Paris 7 Denis-Diderot à partir de 14h30, voir le programme ici > http://www.fabula.org/actualites/autour-de-ko-un_47204.php 

Voir l'annonce sur le site de la revue en ligne Keul Madang, ici.

lundi 17 octobre 2011

Les 25 ans des Ecritures croisées




Pendant le week-end qui vient de s’écouler s’est déroulée à Aix-en-Provence la Fête du Livre dont le grand écrivain mexicain Carlos Fuentes était l’invité d’honneur. Une fête parfaitement réussie qui a permis au nombreux public d’assister à des débats passionnants sur la littérature d’Amérique latine, les relations entre histoire et littérature, littérature et journalisme et bien d’autres sujets.   
Les lecteurs de ce blog se  souviennent sans doute de la Fête du Livre d’il y a deux ans qui était intitulée « L’Asie des Ecritures croisées : un vrai roman ». Ce furent aussi des moments extraordinaires qui avaient enthousiasmé le public aussi nombreux que celui de la fête consacrée à Carlos Fuentes. Et cette année, les Ecritures croisées ont sorti un livre à l’occasion de ses 25 années d’existence qui s’intitule Ecritures croisées, parcours raisonné dans les littératures du monde, constitué de textes réunis par Annie Terrier, Guy Astic et Liliane Dutrait. De plus, un DVD accompagne l’ouvrage, dans lequel on peut revoir les grands écrivains qui se sont succédé à la tribune de l’association animée par l’infatigable Annie Terrier.  D’Otavio Paz à Philip Roth, de Oe Kenzaburo à Vassilis Vassilikos, d’Antoine Volodine à Mahmoud  Darwich et bien d’autres encore, les littératures du monde entier ont été accueillies et célébrées depuis un quart de siècle. 
Pour les amateurs de littérature d’Asie orientale, des extraits de l’extraordinaire dialogue entre Gao Xingjian et Oe Kenzaburo sont repris dans le DVD, tandis que l’ouvrage comprend des extraits des interventions de Mo Yan, Zhang Wei et bien sûr aussi Gao Xingjian et Oe Kenzaburo. Un bel ouvrage dédié à la mémoire de Liliane Dutrait, présidente de l’association jusqu’à sa disparition l’année dernière, édité par les éditions Rouge profond. 

On se souvient peut-être qu’en 2006 Gao Xingjian affirmait : « L’écrivain développe une voix individuelle, personnelle, qui n’a aucun rapport avec une voie collective, étatique. Cette voix-là est plus vraie que toutes les histoires officielles (…) Il y a une nécessité de la littérature. Elle porte la voix faible d’un homme qui n’est pas parfait, qui est fragile, mais c’est une voix de dimension humaine. » Et Oe Kenzaburo de lui répondre : « Que l’homme de la marge parle d’une voix faible, je l’admets tout à fait. Cependant, un renversement est possible : cette petite voix peut devenir très forte. A travers le rire ou le comique, une petite voix faible peut atteindre l’universel et devenir une voix forte ».
ND