mercredi 10 octobre 2007

Avatars (001)

J'avais en préparation depuis quelques semaines un billet sur les adaptations en bande dessinée de quelques-uns des ouvrages majeurs de la littérature romanesque et dramatique de la Chine impériale, et nourri le projet de me procurer ces différents albums pour les évaluer. L’actualité théâtrale parisienne me conduit à changer mon plan en m’en tenant à l’un des grands romans chinois, le Xiyouji 西游記. En effet, il y a urgence.


Un Singe à Paris

Si j'en crois la presse, traditionnelle ou en ligne, et la radio (France Musique en l'occurrence) - et pourquoi la remettre en doute ?-, « Monkey : Journey to the West. Les aventures fantastiques du Roi Singe » qui est actuellement donné au Théâtre du Chatelet et ce jusqu'au 13 octobre (!), est l'événement marquant de la rentrée parisienne. Ce spectacle qui « marie l'opéra chinois et la ‘Brit Pop’ » mérite donc le détour.

Pour vous en convaincre, je vous renvoie du reste à l'article que lui a consacré
Pierre Haski sur Rue89.com, article dans lequel il nous dit tout ce qu'il convient de savoir sur le parcours de Chen Shizheng 陈士爭 (1963-), ce metteur en scène chinois qui a quitté la Chine voici 20 ans pour les USA et qu'on connaît en France pour avoir monté en 1999 un très long (19 heures en trois jours) et très esthétique Pavillon aux pivoines [Mudanting 牧丹亭], pièce de Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1617) qu'André Lévy avait traduite pour l'occasion, le tout dans le cadre du Festival d'automne.

Les chanceux qui pourront se rendre à Paris d'ici le 13 et obtenir les billets ad hoc, seraient bien inspirés de nous donner leur sentiment sur cette nouvelle adaptation scénique du roman fabuleux et fabuleux roman qu'André Lévy (encore lui) a traduit pour la « Bibliothèque de la Pléiade » sous le titre de La Pérégrination vers l'Ouest (Gallimard, 1991, 2 vols.). Il semblerait néanmoins que malgré toute l'attention portée à la réalisation de cet opéra d'un genre rare sinon véritablement nouveau, le spectateur éprouve de grandes difficultés à suivre Sun Wukong 孫悟空, alias Singet et ses compagnons de voyage. C'est notamment l'avis de Gilles Renault dans son compte-rendu publié dans le journal Libération du 4 octobre 2007 intitulé « Le Singe d'une nuit d'automne » :
« Très vite, on comprend qu’on ne comprendra pas grand-chose à ce récit philosophico-humoristico-initiatique, centré sur Sun Wukong, le Singe Conscient-de-la-Vacuité, qui, du Palais de cristal au Paradis, croisera le plus improbable des bestiaires, entre porcelet, poisson-volant, princesse-dragon et femme-araignée. Une fois qu’on a fait son deuil de l’intrigue, ... »
En effet, on reproche en général au metteur en scène d'avoir plus servi l'action scénique [voir ici] que l'histoire. Qu'importe diront ceux qui se presseront aux portes du Chatelet, moins pour percer la signification philosophique des facéties du Roi Singe que pour l'emballage visuel et musical qui est signé Gorillaz, groupe à la mode. Certains, du reste, n’hésitent pas à présenter le spectacle comme une manifestation du groupe anglais bénéficiant d'une mise en scène à son service. Les Inrocks.com titre ainsi « Gorillaz au Théâtre du Châtelet » :
« Les deux créateurs du groupe virtuel Gorillaz, Damon Albarn et Jamie Hewlett, présentent « Monkey : Journey To The West » au Théâtre du Châtelet à Paris. D'après une oeuvre classique de la littérature chinoise, Monkey : Journey To The West mis, en scène par Chen Shi-Zheng, réunira acrobates, chanteurs lyriques et moines Shaolin afin de former un « cirque-opéra ». Damon Albarn a composé la musique du spectacle tandis que Jamie Hewlett s'est attelé à la conception visuelle et aux costumes. »
Dans la foulée, ont été mis en ligne, d'une part, un site marchant commercialisant des produits dérivés !, d'autre part, un espace d'échange sur MySpace où l'on peut voir une vidéo de présentation, entendre des extraits musicaux, lire des critiques et même poster la sienne ... On y trouve aussi des liens vers des articles de la presse mondiale ... On y apprend également une nouvelle qui réjouira les retardataires : le spectacle sera donné au Staatoper de Berlin entre le 8 et le 15 juillet 2008.

Souhaitons seulement que chacun y trouve son compte, et que, surtout, tous se jettent sur le roman-fleuve à la première occasion. Un passage de la traduction française dans le format économique de la collection « Folio » , comme a pu en bénéficier, en 1997, Shuihuzhuan 水滸傳 [Au bord de l'eau (J. Dars, trad., 1978), n° 2954 et 2955], puis, en 2004, Fleur en Fiole d'Or - Jin Ping Mei 金瓶梅 [A. Lévy, trad. (1985), n° 3997 et 3998], serait le bienvenu pour assurer la popularité de cette œuvre majeure de la littérature mondiale.


Super Monkey

Après cela, que dire de l'adaptation en BD du fameux roman qui inspire le spectacle précédent, sinon que, d'après ce dont j’ai pu en juger à travers une quinzaine de planches, seuls les plus jeunes ou les inconditionnels devraient apprécier. Ce doit être suffisant, puisque l'éditeur Xiao Pan, le spécialiste de la BD chinoise dont nous avons déjà parlé ici, en est à sa cinquième livraison sur un ensemble de vingt prévues, sous le titre générique Le Voyage en Occident [Voir le volume 1, 2, 3, 4 et 5]
Si l’on m’oppose que j'ai passé l'âge de goûter aux dessins nerveux que Peng Chao (1975-) plaque sur le scénario de Chen Weidong (1969-) [la traduction étant assurée par
Gilbert Mijoule], ou que la fréquentation des éditions Ming et Qing a définitivement émoussé ma sensibilité, j'en conviendrais bien volontiers. Pour ceux qui comme moi, ont passé l’âge des premiers émerveillements, d'autres chocs sont à prévoir avec, dans l'ordre, une adaptation du Pavillon de l'ouest (Xixiangji 西廂記) et plusieurs de contes tirés des collections de Feng Menglong 馮夢龍 (1574-1646) (Youfeng) ; ce sera dans un billet moins simiesque intitulé Avatars (002). (P.K.)

dimanche 7 octobre 2007

Devinette (007)

Vue du Collège impériale à côté du Temple de Confucius de Pékin à la fin du XIXe siècle
[Source : http://irc.aa.tufs.ac.jp/thomson/top.html]

A qui doit-on - vous savez que lorsqu’un billet commence de cette manière, c'est qu'il s'agit d'une devinette : celle-ci est notre septième devinette ; niveau de difficulté : 1,5/5 -, or donc ! à qui doit-on cette petite scène très vivante qui nous restitue un Kongzi 孔子, Maître Kong, pédagogue infatigable confronté aux réticences d'un fils un rien rebelle, nous le rendant très proche et qui plus est poète ?
« Un jour, le grand sage Confucius rencontra son fils sur le seuil du pavillon des Livres, et lui dit : « Mon cher Khong-Li, êtes-vous bien avancé dans l'étude de la poésie ?» Avec un certain dédain, l'adolescent répondit : « Je ne m'y adonne pas, mon père. » « Vous avez tort, mon fils. Si vous n'apprenez pas la poésie, si vous ne vous exercez pas à faire des vers, dussiez-vous ne devenir qu'un médiocre poète, vous ne connaîtrez jamais complètement votre langue, vous ne saurez pas bien parler. » Confucius, lui, était poète. En Chine, la poésie semble aussi ancienne que la Chine elle-même, et comme cela arrive presque toujours, le premier de ses poètes, ce fût le peuple. »
On prendra donc la peine d'identifier l'auteur de cette belle fable ainsi que le passage du Lunyu 論語, Les Entretiens de Confucius, dont il s'inspire. Tout le monde peut, et même doit, participer. Merci d'avance et à très bientôt pour les solutions commentées : disons vers le 15 de ce mois, alors ne tardez pas. (P.K.)

Miscellanées (004)

1 - Le compte n'est pas bon.

Il y a peu je vous parlais gros sous et annonçais des montants importants attachés à des prix et à des contrat mirobolants (Jiang Rong, Wang Shuo). La lecture du dernier billet en date publié par Pierre Assouline dans sa République des Livres m'amène à des chiffres bien plus modestes et à faire le constat suivant : la traduction ne paie pas !

Le critique distingué, biographe de talent et homme de lettres influent titre : « My tanslator is not rich » et reprend les résultats de l'enquête réalisée par l'ATLF (Association des Traducteurs littéraires de France) « auprès de 166 traducteurs » et « à partir d’un échantillon de 415 contrats signés au cours de l’année 2006 pour des traductions en français qui permet d'établir le tableau comparatif des tarifs pratiqués en moyenne dans l’édition (montants bruts en euros par feuillet de 25 lignes de 60 signes) : anglais : 19 à 21,50 € ; allemand/ italien/ espagnol : 21,50 à 22,50 € ; autres langues : 21,50 à 23,50 € ».

Le traducteur du chinois - comme celui du japonais, du vietnamien, du thaï, du coréen ... -, recevrait donc un traitement avantageux ! Une question me vient à l'esprit : cette fourchette correspond-elle à la réalité ? Je vous encourage évidemment à laisser ici vos commentaires, mais aussi à lire ceux qui se sont attachés au billet de Pierre Assouline (plus de 40 au moment où j'écris). Celui laissé par odradek, le 06 octobre 2007 à 02:11, ne manque pas d'humour : « C’est par cher payé pour tous ces traîtres… ».


2. Mise en abîme.

Toujours dans le même blog et à propos du billet « ‘Borges ? Intraduisible’ etc. » (27/09/07) dans lequel il est question du manque de clairvoyance des éditeurs et/ou de leur bonne étoile, Tai Foutu, le signataire anonyme d'un des 361 commentaires, écrit :
« En refusant de publier La Montagne de l’âme de Gao Xingjian (Nobel 2000), Gallimard, Le Seuil, Picquier et tant d’autres, avaient peut-être raison. En acceptant de publier l’ouvrage, l’Aube offrait à l’écrivain une chance d’obtenir « le » Prix. La politique fit le reste. L’avenir jugera. »
Voilà qui appelle un commentaire, n'est-ce-pas ?


3. Là-haut sur la montagne !

Toujours sur la toile, mais cette fois en images, des échos du Letteraltura, le Festival de Littérature de montagne, voyage, aventure qui s'est déroulé à Verbania (Piemont, Italie), grâce à ce document intitulé « LetterAltura - Alla colazione con gli autori (28/06/2007) » visible sur Youtube, ici. On y aperçoit Gao Xingjian. Il était un des « Invités d’exception de LetterAltura 2007 » qui proposait (je cite) :
« Deux rendez-vous avec les auteurs se dérouleront en français "La montagne de l’âme" est le titre du dialogue entre Gao Xingjian, Prix Nobel de Littérature en l’an 2000, français d’adoption, et le journaliste Alain Elkann. Un dialogue qui conduira le public à la découverte des montagnes de la Chine, à la recherche de traditions millénaires, sur les traces de mythes, magie et rites anciens que la politique maoiste n’a pas pu complètement déraciner. »

D'autres échos à partir du site LetterAltura sur Youtube, ici, et sur le site d'Azzurratv qui conserve un article sur ces rencontres avec un lien vers une vidéo que je ne suis pas parvenu à visionner.

En acceptant cette invitation, Gao qui a, naturellement, été traduit en italien (voir ici et là), n'a-t-il pas pris le risque de passer pour un écrivain de la montagne ?


4. « il più grande scrittore cinese vivente »

En écoutant bien le commentateur de la vidéo qui se trouve derrière le lien suivant (ici), savoir un document audiovisuel de 5 minutes 19 secondes publié par La Zazzamita Production (voir aussi ici), vous entendrez ceci ...« Mo Yan, il più grande scrittore cinese vivente ». On retrouve cette affirmation dans le bref commentaire suivant :
« Puntata di ‘Universo Università’ dalla Facoltà di Scienze Politiche di Catania. In questa ultima parte il servizio sull'incontro presso il Coro di notte del Monastero dei Benedettini con Mo Yan, il più grande scrittore cinese vivente »


Il est attaché à une vidéo visionnée à peine 116 fois depuis sa mise en ligne sur Youtube, le 29 mai dernier [Voir ci-dessus]. Elle rend compte de la visite de l'écrivain Mo Yan à l' ‘Universo Università’ dalla Facoltà di Scienze Politiche di Catania au Monastère des Bénédictines (1558) de cette belle ville de Sicile. Cette fois, contrairement au film précédent, on y entend Mo Yan s'exprimer en chinois, avec en musique de fond - ponctuation ironique ou illustration naïve ? - l'hymne national chinois avec lequel tranche un générique final aux accents plus modernes ! (P.K.)

jeudi 4 octobre 2007

La traduction des langues asiatiques


Journée sur la traduction
des langues et des littératures asiatiques

organisée par la
Jeune équipe
« Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction »
Université de Provence
Salle des Professeurs (2e étage)
Aix-en-Provence, 26 octobre 2007

Programme


9h00 : Ouverture de la journée (N. Dutrait)

9h15-9h30 : Pierre Kaser (Université de Provence), « Traduire ou non l'implicite : Le "Yangxian shusheng" de Duan Chengshi (vers 800-863) »

9h30-10h00 : Nguyen Phuong Ngoc (Université de Provence), « Traduire le temps et l'espace. L'exemple du premier chapitre des Sables et poussières, traces de quelqu'un (1992) de l'écrivain vietnamien Tô Hoài »

10h00-10h30 : André Delteil (Université de Provence), « Quelques problèmes de la traduction du haiku en français »

10h30-11h00 : Pause

11h00-11h30 : Elizabeth Naudou (Université de Provence), « A travers les temps en hindi : l’imparfait chez Nirmal Verma. »

11h30-12h00 : Vincent Grépinet (Université de Strasbourg), « La traduction d’un texte tiré du Kôkan hitsudan »

12h00 : Pause repas

14h00-14h30 : Julie Kim (Université de Provence), « Traduire en français les onomatopées coréennes »

14h30-15h00 : Anne-Hélène Suárez Girard (Universitat Autonòma de Barcelona), « Forme et contenu : problèmes de mètre et d’intertextualité en traduction de poésie chinoise classique ».

15h00-15h30 : Louise Pichard-Bertaux (Université de Provence/CNRS), « La mode de l'anglo-thaï : anglicismes et néologismes chez Win Liaw-warin »

15h30-16h00 : Noël Dutrait (Université de Provence), « Quelques difficultés dans la traduction d’un roman de Mo Yan ».

16h00-16h15 : Pause

16h15-16h45 : Paolo Magagnin (Université de Venise), « Une saveur brûlante sur ses lèvres : traduire le langage de la passion dans Rivière d'automne de Yu Dafu ».

16h45-17h15 : Solange Cruveillé (Université de Provence), « Quelques difficultés de traduction dans les romans de Wang Dulu ».

17h15-18h30 : Discussion générale

Contact : Noël Dutrait, Noel.Dutrait@univ-provence.fr

Suspens

Ce n'est que dans plus d'un mois, soit le 10 novembre 2007, que sera finalement dévoilé le nom du lauréat du premier Man Asian Literary Prize 曼氏亞洲文學獎. Ce prix couronnera le meilleur « Asian novel unpublished in English ». Soutenu par un groupe privé et organisé conjointement par le Hong Kong International Literary Festival, l'Université of Hong Kong et la Chinese University of Hong Kong, ce prix vise à faire connaître au delà de leur ère culturelle d'origine de nouveaux auteurs asiatiques et à faciliter la publication et accessoirement la traduction en anglais de leurs œuvres, tout en mettant l'accent sur l'extraordinaire développement de la création littéraire en Asie. La sélection du lauréat qui se verra remettre 10 000 $ quand son traducteur n'en recevra que 3000, se fait en plusieurs étapes : la dernière qui se déroulera pendant la troisième semaine du mois d'octobre amènera un jury à retenir un des vingt titres présélectionnés en juillet. Cette « long list » a été rendue public le 20 juillet dernier. La voici :
  • Tulsi Badrinath, The Living God (Inde)
  • Sanjay Bahadur, The Sound Of Water (Inde)
  • Kankana Basu, Cappuccino Dusk (Inde)
  • Sanjiv Bhatla, InJustice (Inde)
  • Shahbano Bilgrami, Without Dreams (Pakistan)
  • Saikat Chakraborty, The Amnesiac (Inde)
  • Jose Dalisay Jr., Soledad’s Sister (Philippines)
  • Reeti Gadekar, Families at Home (Inde)
  • Guo Xiaolu, 20 Fragments of a Ravenous Youth (Chine)
  • Ameena Hussein, The Moon in the Water (Sri Lanka)
  • Nu Nu Yi Inwa, Smile As They Bow (Birmanie)
  • Jiang Rong, Wolf Totem (Chine)
  • Hitomi Kanehara, Autofiction (Japon)
  • N S Madhavan, Litanies of Dutch Battery (Malaisie)
  • Laxmi Narayan Mishra, The Little God (Inde)
  • Mo Yan, Life and Death Are Wearing Me Out (Chine)
  • Nalini Rajan, The Pangolin’s Tale (Inde)
  • Chiew-Siah Tei, Little Hut of Leaping Fishes (Malaisie)
  • Shreekumar Varma, Maria’s Room (Inde)
  • Anuradha Vijayakrishnan, Seeing The Girl (Inde)
  • Sujatha Vijayaraghavan, Pichaikuppan (Inde)
  • Xu Xi, Habit of a Foreign Sky (Hong Kong)
  • Egoyan Zheng, Fleeting Light (Taiwan)
Chacun appréciera selon ses goûts et ses compétences cette première sélection réalisée à partir d'un éventail très large de quelque 240 ouvrages écrits directement en anglais (!) ou traduits d'une demi-douzaine de langues asiatiques.

Restent donc en lice 12 auteurs indiens, une Pakistanaise, un Philippin, une Srilankaise, une Birmane, deux auteurs malais, une Hongkongaise, un Taiwanais, une seule Japonaise et trois auteurs chinois. Un document au format pdf permet de faire connaissance avec ces auteurs à la notoriété plus ou moins grande, je vous y renvoie >> ici.

Plusieurs générations d’auteurs de notoriété très diverses sont représentées : la cadette de cette sélection est la surprenante japonaise Kanehara Hitomi 金原ひとみ (1983), de 37 ans la cadette de celui qui semble être le doyen de cette sélection, le Chinois Jiang Rong, né en 1946.

Pour nous en tenir au domaine chinois, il est représenté par cinq personnalités très différentes les unes des autres, non seulement par le parcours, mais aussi la nature de leurs écrits :
  • Egoyan Zheng (Yigeyan 伊格言) de son vrai nom Zheng Qianci 鄭千慈, est né en 1977 à Tainan. Il est diplômé de l'Université Tamkang en littérature chinoise après avoir fait des études médecine et de psychologie. Il a publié son premier roman à l'âge de 26 ans. Pour le découvrir, il faut se rendre sur son blog >> ici. L’ouvrage pour lequel il a été retenu, Fleeting Light (Liuguang 流光) est encore inédit.
  • De même, on apprend tout sur la sino-indonésienne Xu Xi native de Hong Kong où elle a déjà publié six ouvrages (des essais et des romans) ainsi que des anthologies de littérature hongkongaise en anglais, en visitant son site (ici), excepté son âge et les caractères de son nom : les articles en chinois qui parlent du Prix, ne se donnent même pas la peine de la mentionner !
  • J'avais déjà eu l'occasion d'évoquer (ici) Guo Xiaolu 郭小櫓 qui concourt avec 20 Fragments of a Ravenous Youth (貪婪青春的20個片段) ; un petit détour sur son site permettra à ses admirateurs potentiels de faire la mise à jour nécessaire et de lire un court extrait de ce nouvel opus.
  • Quant à Mo Yan 莫言, est-il encore nécessaire de le présenter ? On peut penser que sa notoriété aurait dû l'écarter d'un tel concours : mais, après tout, son œuvre est peut-être moins bien connue dans le monde anglo-saxon que dans l'espace francophone où elle a été si bien servie et défendue : les habitués de ce blog savent pourquoi, les autres n'ont qu'à jeter un coup d'oeil sur les billets qui en parlent. La sortie de Life and Death Are Wearing Me Out, traduction anglaise de Shengsi pilao 生死疲勞, est du reste déjà programmée pour le début de l'année 2008 chez Arcade Publishing, maison qui a déjà publié quatre traductions de cet auteur. Sur cette œuvre qui tranche avec ses romans précédents, on peut aller voir ce que Mo Yan en disait en mars 2006 sur Sina (en chinois : ici)
  • Le cas Jiang Rong 姜戎 est un peu différent et mériterait de plus amples développements -– pris par l’urgence de vous faire au plus tôt prendre part au suspens de la désignation du Man Asian Literary Prize, je les renvoie à plus tard. Originaire, selon les sources du Jiangsu ou de Pékin (!), Jiang Rong est l'auteur d'un livre phénomène qui, depuis sa première édition en 2004, a déjà fait coulé beaucoup d'encre : Lang tuteng 狼圖騰. Ce pavet qu'il a mis plus de 35 ans à boucler a déjà été traduit en coréen ; il est attendu début 2008 dans pas moins de 15 langues européennes (voir ici) dont le français (Eurane) et bien entendu l'anglais (H. Hamilton). Tout récemment LivresHebdo en ligne révélait que le roman constituait un argument de poids dans la politique éditoriale du groupe d'édition Penguin en Chine. Différentes sources ont également insisté sur le montant record du contrat d'édition signé à cette occasion, avançant le chiffre de 100 000 $. Mais la manne ne devrait pas se tarir de sitôt, car une adaptation cinématographique serait déjà sur les rails (voir ici et ici). En attendant le film, les enfants peuvent déjà frissonner en lisant leur version réduite (小狼小狼) de cette histoire de loups (Wuchang, Changjiang wenyi, 2005).
Plus que 38 jours à attendre pour connaître la difficile décision du jury ; je m'engage à vous la communiquer au plus vite : quel suspens ! (P.K.)

mercredi 3 octobre 2007

Sous le signe de Saint Jérôme

Si j'ai choisi d'illustrer ce billet par une peinture de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage (1571-1610) datant de 1605, c'est pour honorer dignement celui qu'elle représente, à savoir Jérôme de Stridon (vers 340-420) ; non pas le Saint Père de l'Eglise, mais le traducteur en latin de la Bible en grec ancien (la Vulgate) et de l'ancien testament en hébreu [voir ici], et le protecteur des docteurs, des étudiants, des archéologues, des pèlerins, des bibliothécaires, des libraires, mais aussi et surtout des traducteurs. L'occasion m'en est donnée par la Journée internationale de la traduction qui a eu lieu le 30 septembre, date de sa mort. Sur cet événement voir ici, ou directement sur le site de la Fédération Internationale des Traducteurs (FIT).

Ayant manqué de trois jours la célébration de cet
anniversaire et les manifestations qui l'ont marqué à travers le monde, je vais tenter de me rattraper en vous demandant de noter, plus d'un mois à l’avance, que les 24èmes Assises de la traduction littéraire en Arles auront lieu les 9, 10 et 11 novembre 2007. Le programme complet de ce rendez-vous annuel est téléchargeable à partir de la page d'accueil de l'Association des traducteurs littéraires de France (ATLF). Il devrait selon toute vraisemblance apparaître bientôt sur le site des Assises de la traduction Littéraires en Arles (ATLAS) [C'est fait : ici (18/10/07).

Voici les points forts de ces journées dont le thème sera «
Traduction/histoire » :
la conférence inaugurale (9/11, à 15h30) permettra à Maurice Olender de se poser la question suivante : « En quelle langue Dieu a-t-il dit « Fiat Lux » ? Usages chrétiens de l’hébreu » ; elle sera suivie à 16h30 par une table ronde sur le sujet « Traduire Braudel », puis à 18h30, ce sera une rencontre avec les jeunes traducteurs. Le samedi 10, les « Lectures bilingues » matinales (9 h - 10 h) seront suivies d'ateliers de langues. L'après-midi, à 14h30, une première table ronde s'attachera à « Traduire le texte historique » avec des intervenants pour l'anglais, l'hébreu, l'allemand, le russe, puis une autre à 16h30, sera tenue sur le thème « Traduction et histoire culturelle ». Le dimanche 11, et ce dès 9 h., des ateliers de langues seront organisés autour de l'anglais pour la jeunesse, l'espagnol, le polonais, le thaï avec Jean-Michel Déprats et la traduction de poésie. A 10 h 30, une table ronde ATLF envisagera « La situation du traducteur en Europe ». La conférence de clôture, sera donnée par Jean-Yves Mollier : « Traduction et mondialisation de la fiction : l’exemple d’Alexandre Dumas père en Amérique du Sud ». Un beau programme.
Je profite de ce billet sur la traduction pour vous inviter une nouvelle fois à visiter le site Danwei.org qui s'est récemment ému de la baisse de qualité des traductions chinoises et a consacré à ce sujet un billet intitulé « Translation and its discontents ». Daté du 1 octobre 2007, il est signé Joel Martinsen qui s'appuie sur les traductions fournies par le site EastSouthWestNorth (ici) et un long billet mis en ligne ici. Joel Martinsen signale également l'existence d'un intéressant blog qui organise la surveillance dans ce secteur et sur lequel nous aurons sans aucun doute l'occasion de revenir un de ces jours.

Le constat qui est fait là, et les tendances dont on a déjà signalé ici-même les excès (voir notre premier billet, publié il y a un peu moins d'un an) n'empêchent pas que l'on fête la traduction en RPC même et que l'on y décerne des prix à celles et ceux qui se distinguent le plus dans ce domaine. C'est ce que le
Quotidien du Peuple en ligne saluait dans un article au titre peu engageant, « Un lauréat du plus haut prix du milieu de la traduction en Chine » (2/10/07) . Je cite :
« Lors du 19ème Concours national « Han Suyin » des jeunes traducteurs (韩素音青年翻译奖) qui a eu lieu dernièrement, le premier prix qui a été vacant durant les précédents concours vient enfin d’avoir son titulaire. La lauréate de ce prix est Chen Yanmin 陈燕敏, une aspirante à la maîtrise de la spécialité de la littérature linguistique de la langue anglaise de l'Université des langues étrangères de Shanghai. Le prix en question, le prix le plus élevé du milieu chinois de la traduction, a été instauré à l'intention des jeunes Chinois par Han Suyin 韩素音 [(1917-)], pseudonyme de la romancière anglaise d'origine chinoise Elisabeth Comber, née [Rosalie Elisabeth Kuanghu Chow, et de son nom chinois] Zhou Guanghu 周光湖. »
Sur la même page, on trouve l' « article pertinent » (sic) suivant : « Publication des « Annales de traduction de la Chine 2005-2006 » à Beijing » (26.09.2007) qui nous apprend que (je cite) :
« les Annales de traduction de la Chine 2005-2006 ont été publiées récemment par les Editions en langues étrangères. Il s'agit du premier manuel qui traite de la situation actuelle et des dernières connaissances acquises dans le domaine de la traduction chinoise. En tant que livres dédiés à la Journée de la traduction internationale qui tombera le 30 septembre et la 18e Conférence mondiale de la traduction qui se tiendra l'année prochaine, ces annales d'un million de caractères chinois couvrent presque tous les aspects du métier de la traduction chinoise, dont les grands événements, les échanges internationaux, la recherche théorique, les services de traduction et la formation des traducteurs qualifiés. La partie « Enquêtes et documents » montre pour la première fois les enquêtes réservées aux traducteurs qualifiés menées en 2005 et en 2006 par les autorités concernées. En tant que premières annales sur la traduction, cette « encyclopédie » rassemble non seulement les archives complètes des années 2005 et 2006 mais aussi des documents précieux relatifs à l'histoire de l'Association chinoise des traducteurs fondée en 1982. »
Il ne nous reste plus qu'à mettre la main sur cette somme. La chasse est ouverte. (P.K.)

dimanche 30 septembre 2007

La Fureur de lire à Genève

La Fureur de lire à Genève
« Orients extrêmes »
(19-23 septembre 2007)

Invités par la ville de Genève, nous avons reçu un accueil chaleureux des organisateurs, et avons participé à quatre rencontres, soit comme spectateurs, soit comme « conférenciers ».

Le première séance réunissait deux historiens, Jérôme Bourgon (IAO-CNRS, université de Lyon) et Luca Gabbiani (Ecole française d’Extrême-Orient) qui étudient le supplice chinois et la représentation que s’en font les Chinois et les Occidentaux. Ils confrontaient leur point de vue avec celui de deux grands écrivains chinois, Mo Yan et Yu Hua, qui tous deux ont évoqué les supplices chinois dans leurs œuvres (Le Supplice du santal pour Mo Yan et 1986 pour Yu Hua). La démarche était originale et intéressante : projeter des photographies prises au début du XXe siècle des derniers supplices infligés en public (âmes sensibles s’abstenir…) et demander aux deux écrivains quel commentaire elles leur inspiraient. Là où les historiens soulignaient l’indifférence du public chinois qui assistait à ces exécutions (en contradiction avec les sources écrites qui reflètent une certaine liesse), les écrivains pensaient qu’il s’agissait de photos mises en scène qui n’avaient pas pu refléter l’excitation des spectateurs. Ils soulignaient aussi le fait que les Chinois présents voyaient peut-être pour la première fois de leur vie un appareil photo qui attirait leur curiosité et les laissait stupéfaits. Yu Hua a raconté avec une grande franchise comment pendant la Révolution culturelle, dans le bourg où il habitait, il avait assisté à plusieurs exécutions capitales (et sommaires), auxquelles une foule se pressait comme pour assister à un spectacle. Au fond, le document brut que constitue une photographie garde son mystère selon qu’il est étudié par les historiens ou les romanciers. Pour conclure, les deux historiens et les deux écrivains ont confronté leur approche de la question des supplices, Yu Hua confessant que lorsqu’il avait écrit son roman 1986, il avait longtemps été assailli la nuit par des cauchemars, tandis que l’historien Jérôme Bourgon indiquait que pour lui, il s’agissait de faits historiques qui ne le troublaient pas au point d’en faire des mauvais rêves. Et Mo Yan de conclure en disant qu’il était normal que l’écrivain fasse des cauchemars, car il se met dans la peau à la fois du bourreau et de celle des victimes. L’historien doit rester impassible face aux faits, tandis que l’écrivain fait marcher son imagination…

La deuxième séance réunissait Mo Yan, Yu Hua et moi-même pour une discussion a bâtons rompus sur la littérature chinoise contemporaine, le statut des écrivains chinois, la traduction de leurs œuvres. Le débat était dirigé par Nicolas Zufferey, professeur à l’université de Genève, et Paul Ghidoni, responsable des bibliothèques municipales de Genève. Dai Sijie, qui devait y participer, avait été empêché en dernière minute. Nicolas Zufferey, spécialiste du confucianisme, a précisé en introduction à quel point il trouvait important de connaître la littérature contemporaine chinoise et la haute estime qu’il portait aux écrivains présents à cette séance. Il leur a demandé ce qu’ils pensaient de l’appréciation du professeur Kubin (dont nous nous sommes fait l’écho sur ce blog) sur la littérature chinoise contemporaine digne, à ses yeux, d’être jetée à la poubelle. Quelque peu provocateur, Yu Hua a répondu que c’était sans doute exact, puisque à chaque époque paraissent des œuvres innombrables qui sombrent rapidement dans l’oubli. Il en sera de même pour la littérature chinoise des XXe et XXIe siècle dont on ne se souviendra plus tard que peut-être de 10 % des œuvres. Ce qui semblait davantage préoccuper Yu Hua, c’étaient les nombreux commentaires indignés contre les propos du professeur Kubin qui ont fleuri dans les médias chinois : pourquoi y attacher tant d’importance ?
Il a aussi été demandé aussi aux écrivains comment ils faisaient pour savoir si les traductions de leurs œuvres étaient bonnes puisqu’ils ne connaissent aucune langue étrangère. Mo Yan a dit qu’il se renseignait auprès d’amis capables de lire dans telle ou telle langue où ses œuvres sont traduites. Mais il a indiqué aussi avec son habituel humour que lorsque les traducteurs n’entraient jamais en contact avec lui, ne lui posaient aucune question, il s’interrogeait sur la qualité de leurs traductions. En effet, dans ses romans figurent de nombreux termes dialectaux typiques du Shandong que peu de traducteurs étrangers peuvent connaître.
J’ai moi-même indiqué comment Liliane Dutrait et moi traduisions « à quatre mains » les romans de Mo Yan. J’ai essayé de montrer quel plaisir extraordinaire nous avions à « écrire en français » ces œuvres magnifiques et quel bonheur c’était aussi de dialoguer avec leur auteur.

Le lendemain, les mêmes écrivains se retrouvaient à l’université de Genève pour un débat avec les étudiants et les enseignants du département. Cette discussion a bâtons rompus ayant lieu tout en chinois, sans traduction, les auteurs étaient plus détendus et ont livré sans retenue leur point de vue sur beaucoup de questions passionnantes : le statut de l’écrivain en Chine, la censure, les droits d’auteurs, les grandes questions qui se posent à la société chinoise : la corruption, la montée de la délinquance, les difficultés de la vie quotidienne…

En fin d’après-midi, une autre séance réunissait à la Fondation Baur Mo Yan et ses traducteurs… Liliane Dutrait et moi-même. Mo Yan a pu visiter les magnifiques collections d’art asiatique de la fondation, accompagné par Mme Estelle Niklès van Osselt qui parle parfaitement chinois, puis il a dialogué avec un public acquis à son talent d’écrivain et connaisseur de ses œuvres. Liliane Dutrait a évoqué quelques-unes des difficultés que nous rencontrons dans la traduction des romans de Mo Yan dans un petit inventaire loin de rendre compte de tous les questionnements, affres, incertitudes… et bonheurs qui jalonnent ce travail. Difficultés liées aux spécificités de la langue chinoise, mais aussi propres à l’œuvre qui développe une grande variété de registres, voire de styles (ou parodies de styles), qui foisonne d’éléments récurrents d’un roman à l’autre – thèmes, lieux, expressions, proverbes… –, qui est teintée d’une « couleur locale » très forte, etc.
Nous avons exposé notre méthode de travail en commun en insistant sur l’ultime étape, le moment où nous lisons à haute voix la dernière mouture de la traduction pour en gommer les aspérités, en trouver la « musique » et s’assurer que le texte passe bien à l’oral. Mo Yan a aussitôt réagi en rappelant que Flaubert lisait à haute voix ses œuvres dans une pièce appelée « le gueuloir »… et il nous a demandé si dans notre maison du Puy-Sainte-Réparade, où il est venu en 2004, nous en avions aussi un !
A une question sur la manière dont il écrivait, Mo Yan a répondu qu’il avait abandonné l’ordinateur pour écrire et était revenu au stylo. L’ordinateur le freinait dans son rythme d’écriture et constituait une barrière entre lui et sa page (il était aussi « distrait » par les messages qui lui arrivaient par e-mail et par les tentations qu’offrait Internet). Il a indiqué que son dernier roman Shengsi pilao, qui ne compte pas moins de 539 pages, a été écrit en 43 jours ! Après y avoir réfléchi pendant de nombreux mois, il s’est enfermé et l’a écrit presque d’un seul jet. Ensuite, un de ses étudiants l’a saisi sur l’ordinateur et il a alors effectué quelques corrections. Il a aussi précisé qu’il écrivait à présent en caractères non simplifiés, pour la beauté du geste…

A Genève, nous avons pu aussi visiter la belle exposition de Ye Xin, Palais d’été, dans laquelle le peintre calligraphe met en scène Victor Hugo et rend hommage à ce géant des lettres qui avait su s’élever contre les Français et les Britanniques, auteurs du sac du palais d’Eté. Et nous sommes repartis trop vite, frustrés de n’avoir pu assister à toutes les rencontres avec des écrivains indiens, des illustrateurs coréens et bien d’autres encore…

Soulignons aussi l’efficacité des traducteurs mobilisés pour animer ces séances, Frédéric Wang de l’ENS de Lyon, Laure Zhang et Grace Poizat de l’université de Genève. (Noël Dutrait)

vendredi 28 septembre 2007

Revue en ligne

La jeune équipe de recherche
« Littérature chinoise et traduction »
qui aspire à devenir bientôt la JE
« Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction »,
est heureuse d’annoncer qu’elle va lancer,
dans les mois qui viennent, sa revue en ligne :

Impressions d’Extrême-Orient

La vocation de cette revue est de contribuer à mieux faire connaître et apprécier les littératures d’Extrême-Orient. Elle proposera des traductions inédites de textes littéraires issus des aires culturelles que notre équipe dans sa forme actuelle est en mesure de couvrir : Chine, Japon, Inde, Vietnam, Corée, Thaïlande. Elle s’efforcera également de tenir les lecteurs – spécialistes, étudiants ou simples amateurs - au courant des travaux dans ce domaine. Elle ambitionne de devenir un point de repère en langue française pour l’approche des littératures d’Extrême-Orient.

Chaque numéro d’Impressions d’Extrême-Orient sera, une fois par an, mis en ligne sur le site de l’équipe et s’organisera autour d’un thème choisi lors d’une réunion de son comité de rédaction. Son corps sera consacré à la présentation de traductions inédites de textes littéraires qui ont un lien avec le thème retenu ; plusieurs rubriques complémentaires viendront s’y adjoindre : comptes rendus d’ouvrages en rapport avec les différentes littératures ; notices bibliographiques présentant l’état de la recherche dans un domaine donné, recension critique des traductions récemment publiées, de portraits ou d’interviews d’éditeurs ou de traducteurs ou voire même d’auteurs.

Directeur de la publication : Noël Dutrait
Rédacteur en chef : Pierre Kaser
Conseillers pour la rédaction : Liliane Dutrait, Sebastian Veg
Comité de rédaction : Noël Dutrait, Pierre Kaser, Michel Dolinski, Philippe Che, Elizabeth Naudou, André Delteil, Nguyen Ngoc, Louise Pichard-Bertaux, Jean-Luc Bidaux, Hye-Gyeong Kim, Sebastian Veg, Solange Cruveillé.
Le Comité scientifique est en cours de constitution.

A l’occasion de ses deux dernières réunions (10/07/07 et 25/09/07), l’équipe dirigée par Noël Dutrait a retenu, pour le numéro un, le thème suivant :

Le voyage :
voyage réel ou virtuel, onirique ou d’exploration



Le calendrier éditorial envisagé est le suivant :
  • date de publication : fin mars 2008
  • remise des traductions : avant le 15 décembre 2007
Chaque traduction reçue sera soumise à deux experts – un externe, un interne -, qui auront deux mois (janvier et février) pour se prononcer sur la qualité du travail et demander, le cas échéant, des corrections, voire de refuser la publication.

Type de travail attendu doit prendre en compte les éléments suivants :
  • chaque contributeur est appelé à proposer un texte littéraire traduit, précédé d’une présentation synthétique.
  • dans l’idéal, le texte sera inédit en traduction ; si ce n’est pas le cas, le traducteur devra justifier de la nécessité d’une nouvelle traduction.
  • la traduction ne devra pas excéder 20 feuillets de 1500 signes.
  • le texte retenu sera soit un texte intégral (nouvelle, conte, poésie), soit un extrait d’une œuvre plus ample (un chapitre de roman, par exemple).
  • le traducteur devra fournir sa traduction sur un support informatique (document Word portant le minimum d’enrichissement stylistique) ainsi que le texte original en format pdf ; celui-ci sera communiqué aux experts et également mis à disposition des lecteurs de la revue.
  • le traducteur est libre dans le choix de l’appareil critique qui accompagnera son travail (notes de bas de pages plus ou moins développées).
Les propositions de collaboration pour le premier numéro doivent être transmises avant le 15 décembre 2007 à Pierre Kaser : Pierre.Kaser@univ-provence.fr

mercredi 26 septembre 2007

A Marseille aussi

Photo : Katsu Miyauchi (source : Festival d'Avignon)

J'avais, jusqu'à présent, signalé dans ce blog des activités culturelles qui se déroulaient en dehors et parfois fort loin de la cité phocéenne : tout récemment, c’était la Fureur de lire - dont Noël Dutrait va bientôt nous rendre compte ici - qui se déroulait à Genève ; ce week-end, c'est à la Librairie le Phénix, donc à Paris, que l'on va se presser, et dès demain et vendredi encore, c'est à Aix-en-Provence qu'il faudra se trouver ; on y reviendra le 26 octobre pour assister à notre journée sur la traduction dont le programme va être tout prochainement finalisé et diffusé ici-même et sur notre site lequel va faire peau neuve dans les semaines qui viennent.

Je suis donc ravi de pouvoir, enfin, écrire que Marseille ne boude pas totalement l'Asie, ses langues et ses littératures. Pour preuve, ces deux événements marquant de la vie culturelle locale : l'un, « La Faites des Mots », est déjà passé - certes depuis, mais bel et bien passé -, l'autre, Gens de Séoul 1919 à La Criée est à venir.


1. « La Faites des Mots »

Pour son 10ème anniversaire, l’association « C’est la faute à Voltaire » [27 cours Franklin Roosevelt, 13 001 Marseille] avait, les 21 et 22 septembre 2007, investi le square Stalingrad pour y fêter les mots. Aux côtés de stands aux noms accrocheurs tels que « La tirelire à mots », « Le recyclo-mots », et d’activités aussi attirantes et surprenantes les unes que les autres, telles que la « Vente aux enchères de mots », ou encore le « Tissu de mensonges », plusieurs débats ont réuni des acrobates des langues : poètes, écrivains, éditeurs, champions de lexicologie, de linguistique et maître ès traduction. C'est dans cette dernière catégorie et avec cette casquette que Philippe Che est intervenu en compagnie de la poétesse brésilienne d'expression française Ana Helena Rossi et l'immense lexicographe, sympathique puits de science, véritable trésor vivant, Henriette Walter, professeur honoraire de linguistique à l'université de Haute-Bretagne, membre du conseil supérieur de la langue française, auteur notamment du Français dans tous les sens (Grand prix de l'Académie Française, 1988) et de L'aventure des langues en Occident (Laffont, 1993).

Après avoir rappelé que bien des mots d'origine japonaise dont on use et abuse ici ont, comme zen, une origine chinoise - chan 禪 -, et fait un détour par la Réunion et ses emprunts goûteux au chinois, le traducteur de Ge Hong 葛洪 (284-364) (La voie des divins immortels. Gallimard, « Connaissance de l'Orient », 1999), a constaté la rareté des emprunts chinois aux langues étrangères : parmi ceux qu'il a cités, je retiens l'ice cream chinois : bingqilin 冰淇淋, composé du caractère bing glace/glacé et d'une prononciation autochtone de cream. Il fut ensuite question de traduction littéraire et des choix que le traducteur de textes anciens était amené à faire, notamment face à des termes comme zhubo 竹帛 (bambou+soie) qui signifient « livre ». Philippe Che a également signalé la curiosité que présente sa dernière publication puisqu'il s'agit de la traduction en français d'un texte composé en chinois (Jiaoyou lun 交友論) par le missionnaire jésuite italien Matteo Ricci (1552-1610) : Traité de l'amitié (Editions Noé, 2006) (Voir ici).

La curiosité des auditeurs pour la traduction et ses difficultés s'est manifestée par un flot de questions comme celles-ci : « Pourquoi traduire à nouveau une œuvre déjà traduite ?», « Quelles œuvres traduire ? », questions qui montrent que nos sujets quotidiens de réflexion ne sont pas si éloignés que cela des préoccupations des lecteurs potentiels de nos productions, ce qui est source de satisfaction et invite à s'exclamer de concert avec Jin Shengtan 金聖歎 (1610-1661) : « 不亦快哉!», cri du cœur que Simon Leys [ « Les trente-trois délices de Jin Shengtan » (1993), L'ange et le cachalot, Le Seuil, (1998) 2002, p. 184-190] a traduit par : « Ah, quel délice ! » Qui dit mieux ?


2. Gens de Séoul 1919 au Théâtre de la Criée

Gens de Séoul 1919 est une pièce de l'écrivain japonais Hirata Oriza 平田オリザ qui est connu, non seulement pour avoir boucler un tour du monde en bicyclette à l’âge de 16 ans, mais aussi pour avoir composé et défendu une œuvre dramatique déjà bien fournie. Il est aussi le patron de la compagnie de théâtre Seinendan 青年団 qu'il a créée en 1983 et le directeur artistique du théâtre Komaba Agora de Tokyo, la ville où il est né en 1962.

Gens de Séoul 1919 (2000) est « le second épisode de « la saga » des Shinozaki, riches papetiers japonais venus s’établir à Séoul, en Corée, au début du siècle dernier. La pièce fait écho à Gens de Séoul ソウル市民 (1989) qui relatait une journée dans la demeure des Shinozaki, un mois avant l’annexion de la Corée par les troupes japonaises. » La pièce, traduite comme celle de 1989 (Besançon, Les Solitaires Intepestifs, 1991) par Rose-Marie Makino-Fayolle est mise en scène et en décors par Franck Dimech. Ce spectacle d'une durée de 2 heures sera donné au Petit Théâtre entre le 28 septembre au 13 octobre 2007.

Nous comptons sur ceux qui s'y rendront pour avoir un compte-rendu et savoir si cette réalisation répond aux exigences de l'auteur qui, dixit Franck Dimech (av., 2007), « prône (...) une nouvelle idée de la représentation, loin de toute aspiration sentimentale et loin des modèles d’un théâtre métaphorique. Il y a, dans ce théâtre qui glorifie le dialogue de sourds, une langue millimétrée (...) de sorte qu’on doit l’appréhender comme une partition chirurgicale - des incises, des groupes de paroles superposés, des univers déjantés que l’on pourrait comparer à certains films de Jean-Luc Godard. » Les autres pourront se rattraper en lisant la traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle qui sort aux Solitaires Intempestifs. (P.K.)

lundi 17 septembre 2007

De la traduction

Plus que neuf jours à attendre pour aller se presser aux portes de
l'Amphi Guyon de l'Université de Provence (Aix-en-Provence)
pour assister au colloque international organisé par
l'Institut de la Francophonie et
le DELIC (Description Linguistique Informatisée sur Corpus),

« Le poids des langues.
Dynamiques, représentations, contacts, conflits
»,

les 27 et 28 septembre 2007.

Son programme, téléchargeable en format pdf à partir d'ici, est copieux : en tout pas moins de 19 communications, un débat et une table ronde (le 28/09, à 15 h). Parmi la vingtaine d'intervenants, on prendra, entre autres, plaisir à écouter Louis-Jean Calvet (U.P.) sur « Le poids des langues : vers un index comparatif des langues du monde », en compagnie d'Alain Calvet ( le 27/9, à 10 h) et Jean Véronis (U.P., directeur du DELIC et brillant blogmaster de Technologies du langage) sur « Poids des langues et technologies » (le 27/9 à 16 h, salle des Professeurs). Le 27/9, à 18 h, un débat intitulé « Poids des langues et traduction » réunira autour de Phillipe Blanchet (Université de Rennes II), Charles Zaremba (Professeur de linguistique slave, directeur du département d’études slaves de l’université de Provence, et traducteur de Kertész Imre, prix Nobel de littérature 2002, et de plusieurs auteurs hongrois), Richard Jacquemond (Maître de conférences à l'Université de Provence et chercheur à l'IREMAM, traducteur notamment de l'écrivain égyptien Sonallah Ibrahim (1937-) et Noël Dutrait. Souhaitons leur de bien accorder leur balance.

•

On retrouve également l'image du poids des langues et la métaphore de la pesée dans les bribes de l'introduction donnée par Myriem Bouzaher à sa traduction du dernier ouvrage d'Umberto Eco (1932-) sous le titre Dire presque la même chose. Expériences de traductions (Grasset, 464 pages) disponibles ici ou là (savoir sur les sites de vente en ligne) :
« Ce n'est pas un essai théorique sur la traduction, mais une illustration des problèmes que posent la traduction à travers des exemples qu'Umberto Eco a vécu : en tant qu'éditeur, en tant qu'auteur, en tant que traducteur lui-même. Ce sont ces trois éclairages-là que nous retrouvons sans cesse dans un texte qui fourmille d'exemples, en toutes les langues. Eco demande à ses lecteurs d'être plurilingues, et non polyglottes, nul besoin de maîtriser les langues citées pour comprendre, puisqu'on est toujours dans la comparaison. Lorsqu'on arrive à la notion capitale de la fidélité : s'il ne cite pas le fameux traduttore-traditore (que les Français ont inventé) il nous apprend que la fidélité n'est pas la reprise du mot à mot mais du monde à monde. Les mots ouvrent des mondes et le traducteur doit ouvrir le même monde que celui que l'auteur a ouvert, fut-ce avec des mots différents. Les traducteurs ne sont pas des peseurs de mots, mais des peseurs d'âme et dans cette histoire de passage d'un monde à l'autre tout est affaire de négociation... Tout bon traducteur est celui qui sait bien négocier avec les exigences du monde de départ pour déboucher sur un monde d'arrivée le plus fidèle possible, non pas à la lettre mais à l'esprit. Tout donc est dans le presque du titre. »
Sur le dernier opus de l'auteur d'Il Nome della rosa (1980) [Le Nom de la rose. Traduit par Jean-Noël Schifano, Grasset, 1982], il faut lire - rapidement car il va très rapidement quitter l'espace gratuit du Monde.fr - l'article en ligne de Lila Azam Zanganeh [initialement paru dans l'édition papier du 14/09/07 du quotidien Le Monde] :
Dire presque la même chose : traduire sans trahir.

Peut-on prétendre avoir lu Shakespeare, Dante, Cervantès ou Goethe quand on ne les a pas découverts dans leur langue d'origine ? La traduction, qui concerne près d'un tiers des romans publiés en France chaque année, permet de faire passer une oeuvre d'un idiome à l'autre, mais n'est jamais une reconstitution à l'identique. Elle opère, comme le souligne le titre du dernier recueil d'Umberto Eco, dans l'ordre du « presque » même, c'est-à-dire du proche, le plus proche possible, mais cependant différent. [Lire la suite]
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Pour ne pas quitter la traduction et l'Italie, je voudrais signaler qu'un appel à contribution court jusqu'au 15 décembre 2007 pour participer aux premières Journées internationales d'études sur la traduction qui se tiendront à Cefalù, très accueillante ville de 13774 âmes dans la province de Palerme en Sicile, les 30-31 octobre et 1er novembre 2008. Le détail de l'appel figure sur Fabula.org (ici) ; en voici l'essentiel :

Sera au cœur de l'interrogation « le rôle joué par la traduction ou la terminologie dans l'évolution des langues, l'épanouissement intellectuel et le rapprochement des cultures », sous deux angles d'approche : l'angle littéraire, autour du sujet « Les problèmes linguistiques, culturels et interculturels de la traduction littéraire » ; et l'angle linguistique, autour du sujet « Les problèmes de la traduction sur objectifs spécifiques ». .../... « En dehors des présentations ayant trait au thème principal, le Comité accueillera favorablement les propositions traitant d'autres aspects pertinents de la théorie et de la pratique de la traduction et les métaphores traductionnelles. L'objectif global des Journées internationales d'études est de permettre aux participant-e-s de se pencher, à partir de divers angles, sur les acquis, les grandes questions et les perspectives de ces disciplines. Les réflexions porteront essentiellement sur la francophonie. »

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Pour conclure, je vous rappelle que c'est le 26 octobre que se déroulera notre journée consacrée à la traduction : la prochaine réunion de notre équipe (le 25/9) permettra de peser toutes les propositions reçues et d'établir un programme qui sera communiquer sans délai. (P.K.)

Pour rester sous le signe de la pesée, j'ai retenu comme illustration à ce billet, ce document trouvé sur Canal Académie, la première radio académique sur internet. En vous rendant ici, vous pourrez lire ou écouter l'article de Bertrand Galimard Flavigny sur cet intéressant ouvrage publié vers 1763 : La balance chinoise ou lettres d’un Chinois lettré sur l’éducation.

dimanche 16 septembre 2007

Supplices chinois

« Ils torturent un Chinois : après lui avoir attaché les mains dans le dos, ils l'étendent face contre terre puis lui soulèvent la tête en direction des pieds aussi loin qu'ils peuvent et lui attachent alors les pieds avec ses cheveux et, s'il les a très courts, ils y ajoutent une petite corde ; ensuite ils lui font passer dans le dos, entre les jambes et les bras, un grand bâton avec lequel deux Chinois le compressent très fort et l'écrasent pour le faire avouer. »
J'ai choisi ce passage de la seconde partie du Voyage en Chine d'Adriano de las Cortes s. j. (1625) [réédité en 2001 chez Chandeigne (Collection « Magellane ») par Pascale Girard qui en signa la présentation les notes et la traduction de l'espagnol réalisée avec Juliette Monbeig (512 p. + 60 illustrations : texte cité, p. 454 ; illustration, p. 453] pour introduire « plaisamment » ce billet que m'a inspiré une annonce reçue ce jour :

La Librairie Le Phénix
nous invite dans ses murs à rencontrer
Jérome Bourgon

à l'occasion de la parution de
Supplice chinois
aux Editions La Maison d'à côté,
le vendredi 28 Septembre (à 17 h)
au 72 boulevard de Sébastopol (Paris, 3e arr.)

Supplice chinois est, apprend-on, un coffret [15 x 15 cm] qui contient un livre de 236 pages et un DVD regroupant « les images des peines et supplices recueillis et analysés, ainsi que les photographies du démembrement de Foudjouri, le dernier supplicié. » Il retrace, documents à l'appui, « l’histoire d’un crime commis voici un peu plus d’un siècle dans un empire qui devait bientôt disparaître. » C'est « l’histoire d’un châtiment terrible, le lingchi 凌遲 ou supplice des «mille entailles», qui est devenu le « supplice chinois » par excellence. » C'est « l’histoire d’un regard, celui qu’une civilisation – la nôtre – porte sur une autre – celle de la Chine –, assez proche pour qu’elle s’y reconnaisse fugitivement, assez lointaine pour qu’elle repousse cet alter ego avec horreur. »

On peut, d'ores et déjà, se faire une idée de la riche documentation réunie en visitant le site consacré à cette recherche exemplaire. On peut aussi se rendre sur le site du Musée Niepce (Chalon sur Saône, 71) qui conserve les photographies que Jérome Bourgon analyse dans un documentaire de 18 minutes consultable à partir d'ici.

Nous avions déjà évoqué, rappelez-vous, ce travail à l'occasion de la publication du Supplice oriental dans la littérature et les arts édité par Antonio Dominguez Leiva et Muriel Détrie (Paris : Les éditions du Murmure, 2005, 352 p.) et tout récemment en annonçant la présence de son instigateur à la prochaine Fureur de lire de Genève. Vous ne pouvez donc plus échapper à ce supplice dont personne ne devrait trouver à se plaindre, bien au contraire. (P.K.)