mercredi 4 juillet 2007

Procrastination

C'est en début de vacances que surgissent d'un fatras de dossiers en suspens quelques projets de traduction ensevelis pendant l'année sous les contraintes quotidiennes et les obligations professionnelles ou plus généralement la paresse intellectuelle.

Je me trouve donc, une fois de plus, confronté au monument que représente pour moi le chef-d'œuvre de la nouvelle en langue vulgaire du XVIIe siècle, Shi’er lou 十二樓 de mon cher Li Yu 李漁 (1611-1680). En fait, c'est la lecture longtemps différée de la traduction des trois premiers pavillons par Jean-Pierre Abel-Rémusat (1788-1832) qui m'y renvoie. Parus en 1827 dans le second et le troisième tomes de Contes chinois traduits par MM. Davis, Thoms, le P. d'Entrecolles, etc., et publiés par M. Abel-Rémusat (Paris, Moutardier), ces versions livrées voici 180 ans méritent toujours une grande attention. En effet, celui à qui on les doit avait mené une utile réflexion sur les difficultés propres à la traduction de la fiction chinoise. Il en avait livré une partie dans sa longue introduction à Iu-Kiao-Li ou Les deux cousines traduction par lui-même du Yu Jiao Li 玉嬌梨 - romance en langue vulgaire du début des Qing -, parue en 1826 (Paris, Moutardier). Il prévoyait alors de consacrer un volume entier à ces problèmes, mais une mort prématurée l'en a empêché.

Je veillerai à fournir prochainement ici-même les passages les plus intéressants de cette contribution oubliée et à les ajouter à la collection de textes sur la traduction, réunis pour servir de base de réflexion à nos étudiants de Master [doc. pdf ici], anthologie bien modeste (18 pages) de laquelle j'extrais une phrase une rien provocatrice de ce cher Diderot dont une nouvelle biographie vient de paraître dans la jeune collection « folio/biographies » [n° 26, Raymond Trousson, 2007, 237 pages] :
« Il n'est pas nécessaire d'entendre une langue pour la traduire, puisque l'on ne traduit que pour des gens qui ne l'entendent point. » (Les Bijoux indiscrets (1748), chapitre XLII).
En prolégomènes facultatifs à toute traduction future, je vous propose, pour l’heure, de visiter deux sites en relation avec cet exercice périlleux (voir ici) et parfois aussi douloureux que plaisant. Un traducteur informé en valant deux, tout le monde devrait gagner à les consulter, ne serait-ce que rapidement. Les voici :
  1. Le site de la Fédération Internationale des Traducteurs (FTI) avec notamment ses nouvelles et sa charte du traducteur.
  2. Le site de la Société Française des Traducteurs (SFT) qui a établi sa propre charte du traducteur et édite la revue Traduire [les tables des matières sont consultables en ligne] dont les n° 190/191 et 195 étaient consacrés à la traduction littéraire, et le n° 211 à Etienne Dolet (1509 ?-1546).
À noter également l'appel à contribution pour un colloque international qui nous rapproche des travaux d'Abel-Rémusat à quatre ans près : « Traduire en langue française en 1830 ». Celui-ci se tiendra à l'Université de Nantes, les 27, 28 et 29 novembre 2008. L'année 1830 a été retenue car
« elle ouvre une période de renouveau en France et en Europe [... qui] se marque entre autres (du moins dans les débuts) par un allègement de la censure et une libéralisation des lois sur la presse, mesures qui vont favoriser un accroissement du nombre de publications, en librairie et dans le monde journalistique. [...] Cette période se signale également par une remarquable floraison de traductions, de différentes langues et dans des domaines très hétérogènes, dont journaux et revues, notamment, se feront souvent l'écho, sinon le relais. […]

Organisé dans le cadre du projet HTLF (Histoire des Traductions en Langue Française, sous la direction d'Yves Chevrel et de Jean-Yves Masson, à paraître aux éditions Verdier) et articulé autour d'une « coupe » chronologique dont on souhaite éprouver la pertinence (y compris au-delà de l'Hexagone), ce colloque s'ouvrira à des propositions traitant aussi bien des traductions littéraires que des traductions scientifiques, philosophiques, juridiques, etc. en français. Il s'agira en effet de s'intéresser à des textes traduits en langue française, c'est-à-dire à des traductions dont le lieu de publication, loin de se limiter à la France, inclura non seulement des pays francophones frontaliers (Suisse, Belgique) mais aussi des pays européens (voire extra-européens) ayant eu des liens linguistiques avec la France.

Les propositions de communication (résumé d'une page maximum), assorties d'une brève bio-bibliographie, sont à envoyer avant le 31 décembre 2007 à Christine Lombez, Professeur de Littérature Comparée, Université de Nantes (ch.lombez@netcourrier.com)
Pour clore ce coming-out en procrastination, je vous rappelle, à nouveau, notre journée consacrée à la traduction des littératures d’Inde et d’Extrême-Orient du 26 octobre 2007 dont l'appel à communication est toujours valable : attention le 15 septembre, c'est quasiment demain. (P.K.)

2 commentaires:

françoise a dit…

et si pour la devinette c'était HEINE

L.C.T. a dit…

Bingo, chère Françoise vous avez trouvé. Je tiens à vous féliciter car ce n'était pas facile, mais vous n'êtes pas la première ! En réalité, deux personnes avaient également la réponse depuis quelques jours, mais n'avez pas tenu à en faire état officiellement en ajoutant un commentaire. Vous n'avez pas hésitez à le faire, je vous en remercie bien chaleureusement. Je poste une réponse en bonne et due forme dans les 48 heures. A très bientôt donc. (P.K.)