mercredi 20 août 2008

Si peu de Ci


Le hasard m'a mis en main l'ouvrage suivant :

Gonthier WEIL, Jean CHASSARD,
Les grandes dates des littératures étrangères.
Paris : PUF, 1969, coll. « Que sais-je ? », n° 1350.

qui en 128 pages parcourt « l'énorme production littéraire accumulée, « depuis sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent » » (p. 7), et recense les ouvrages apparus entre le XXXe s. av. J.-C. (!) et 1968, soit du « Chou king » jusqu'à Kawabata Yasunari 川端康成 (11 juin 1899-16 avril 1972) pour la date d'obtention du Prix Nobel de littérature par l'auteur des Belles Endormies (Nemureru bijo 眠れる美女, 1961). L'ouvrage est offert comme un complément à Arsène CHASSANG, Charles SENNINGER, Les grandes dates de la littérature française. Paris : PUF, 1969, coll. « Que sais-je ? », n° 1346.

Ses auteurs ont retenu « toute œuvre de renommée internationale qui a subi victorieusement l'épreuve du temps », plus « des productions de valeur peut-être moins universelle, mais particulièrement représentatives d'un pays et d'une époque » et enfin des « ouvrages qui, à un moment donné, ont connu une exceptionnelle faveur, même lorsque la postérité n'a pas toujours ratifié le jugement des contemporains » (p. 5). L'origine des œuvres des 74 pays pris en compte est facilement repérable grâce à un code : Ja pour Japon (quelque 62 œuvres), In pour Indes (deux douzaines d'œuvres), pour Corée (quatre œuvres), Vn pour Viêt-nam (quatre œuvres), Ci pour la Chine -- ceci explique pourquoi ce billet rédigé le 20-08-2008 (!) a pris pour titre « Si peu de Ci », car la Chine n'apporte avec un total de 70 titres que 2,33 % des grandes dates de la littérature mondiale. Celles-ci se répartissent de la manière suivante : une cinquantaine pour la période d'avant 1911 et pas moins de 21 pour la période allant de 1918 à 1958.

A chacun d'évaluer maintenant le résultat obtenu pour la littérature chinoise en fonction de ses compétences et de ses goûts. Notons que ce survol trahit l'époque à laquelle il a été constitué et souffre de l'absence d'une véritable histoire de la littérature chinoise. Sachez, enfin, que « les œuvres dont la date de parution ne peut être précisée sont signalées à la date du décès de l'auteur dont le nom est précédé du signe + » (p. 7) :
Période avant Jésus-Christ

XXXe s. - Le Chou king : livre des documents (jusqu'au VIIe s).
XIIe s. - Les Rites des Tcheou (relatifs aux rites chinois anciens).
Xe s. - Le Che-king (livre des vers ; le plus ancien recueil littéraire).
VIIe s. - Le Tch'ouen-ts'ieou (les Annales).
VIe s. - Le Livre du Tao et de sa vertu (Lao Tseu). Discours des Royaumes (Tso K'ieou-ming). Livre de la Piété filiale (Tseng Tseu).
Ve s. - Dialogues ou Entretiens (Confucius). Les Printemps et Automnes (chronique attribuée à Confucius). La Grande Etude. L'Invariable Milieu (K'ong Ki alias Tseu Sseu).
420 - Le Mô King : le Livre canonique de Mô (Mô-Tseu).
IVe s. - Le Livre du maître Tchouang (Tchouang Tcheou).
IIIe s. - Le Livre du maître Han Fei (Han Fei).
289 - Le Livre de maître Mong (Mong Tseû ou Mencius).
285 - Douleur de l'éloignement ou Tomber dans l'infortune (K'iu Yuan). Le Tch'ou ts'eu : Elégies du pays de Tch'ou. Le Li-Sao (Song-Yu).
IIe s. - Le "Fou" du palais Chang-men (Sseû-ma Siang-jou). Le Che ki : Mémoires historiques (Sseû-ma Ts'ien). Le Hibou (Kia Yi).
122 - Le Livre du maître de Houai-nan (Lieou Ngan).

Période après Jésus-Christ

IIe s. - Les Dix-Neuf Poèmes antiques. Le poème : Vers le Sud-Est un paon s'envole.
330 - Le Pao-p'ou tseu : le Livre du maître Pao P'ou (Ko Hong). Biographies des immortels (Ko Hong).
427 - Retour à la vie champêtre (+ T'ao Yuang-Ming).
530 - Florilèges de la littérature (Siao T'ong).
762 - Recueil de poésies (Li T'ai-po).
770 - Œuvres (Tou-Fou).
824 - Œuvres (Han Yû).
846 - Recueil de poésies (Po Kiu-Yi).
XIe s. - Œuvres (Sou Che).
1077 - Livres des principes de divination appliqués à l'évolution historique (Chao Yong).
XIIe s. - Recueil complet du maître Tchou (Tchou-Hi).
XIIIe s. - Le Pavillon de l'Ouest (Wang Che-Fou). L'Orphelin de la Famille Tchao (Chi Chun-hsiang). Le Rivage (Che Nai-ngan).
1368 - La Guitare (Kao-Ming).
XIVe s. - Récits de l'histoire des trois royaumes (Lo Kouan-tchong).
1550 - Kin P'ing Mei (roman de mœurs, auteur inconnu). Mémoires d'un voyage en Occident (Wou Tch'eng-ên).
1617 - Le pavillon des pivoines (+ T'ang Hien-tsou).
1699 - L'Eventail aux fleurs de pêcher (K'ong Changjen).
1715 - Contes fantastiques du studio Leao (P'ou Song-ling).
1754 - Histoire privée des lettrés (Wou King-Tseu).
1764 - Le Songe du pavillon rouge (Ts'ao Siue-kin, jus. 1792).
1905 - Ce que l'on peut voir dans le monde des mandarins (Li Po-yuan).

[Epoque moderne]

1918 - Journal d'un fou (Lou Siun).
1919 - Histoire de la littérature en langue parlée. Histoire de la philosophie chinoise (Hou Che).
1921 - La Véritable Histoire de Ah Q (Lou Siun).
1924 - Che-mo Che-ki (Hiu-Che-mo).
1927 - L'Eclipse (Mao Touen). Nuit à Florence (Siu Tche-Mo).
1928 - Le Journal de Mlle Cha-fei (Ting-Ling). Feuilles tombées (Kouo Mo-jo).
1929 - Eau morte (Wen Yi-Touo).
1930 - Chat noir (Kouo Mo-jo).
1931 - La Famille (Pa Kin).
1936 - Le Lever du soleil (Ts'ao Yu).
1937 - Le Chameau (Lao Tche). La Terre sauvage (Ts'ao Yu). Le Pont de Mario Paulo (T'ien Han).
1942 - K'iu Yuan (Kouo Mo-jo).
1946 - Quatre Générations sous un même toit (Lao Che).
1947 - Voyage dans les nuages (Siu Tche-Mo, posth.).
1951 - La Nouvelle Démocratie (Mao Tsé-toung).
1958 - Dix-Huit Poèmes (Mao Tsé-toung).
N'hésitez pas à communiquer en commentaire vos réactions et à proposer les nombreuses corrections (transcriptions, titres originaux, datation, attribution) et ajouts qui s'imposent, voire à suggérer des éliminations.

Témoin d'une époque, donc, se livre peut-il encore rendre service ? Sans doute oui, en guise de mémo pour une expérience personnelle de la découverte des littératures étrangères. Acheté d'occasion, mon exemplaire porte en effet beaucoup d'annotations au crayon de papier : dates ajoutées, passages des micro-biographies et titres d'œuvres soulignés, pour certains gratifiés d'une ou deux, voire de trois croix dans la marge -- assurément une évaluation du plaisir procuré par la lecture : si son ancien propriétaire a effectivement lu tous ces ouvrages, c'était un lecteur athlétique et un fin connaisseur de la littérature mondiale sans grande prédilection pour la littérature asiatique, mis à part japonaise.

Une autre vertu de ce livre, qui malgré ses lacunes donne le vertige, est de faire des rapprochement inattendus, comme pour l'année 1931, avec le Jia 家 de Bajin 巴金(Famille de Pa Kin (1904-2005) et le Tropique of Cancer d'Henry Miller, lui aussi un athlétique lecteur ------ que ceux qui comme Pierre Assouline n'ont pas été séduit par Les livres de ma vie (1952) regarde son Bathroom monologue sur YouTube. Il y est question, entre autres, de Tanizaki Jun'ichirô 谷崎潤一郎 (1886-1965). Mais dépêchez-vous d'en profiter, la rentrée approche à grands pas. (P.K.)

P.S. : En fait, Jia date de 1933 et le Tropique of Cancer de 1934 !

2 commentaires:

Bertrand Mialaret a dit…

Palmares intéressant qui rend modeste sur les appréciations que l'on peut porter et sur l'usure du temps!
Pour l'époque moderne, la seule que je connaisse un peu, je suis frappé par le fait que ce palmarès privilégie les auteurs de théatre et les poétes.
On remarque aussi que des personnages importants tels Hou Che ne sont pas traduits, que les poêtes ne figurent que dans les anthologies (Siu Tche-Mo, Wen Yiduo)
La place de Guo Moruo (Kuo mo jo) comme homme de théatre et comme poète est peut etre trop importante.
Mao Dun (Mao Touen) aurait peut etre pu etre cité pour d'autres livres par exemple Minuit.
Il est bon de faire figurer Ding Ling (Ting Ling) bien oubliée.

Lao She aurait mérité d'autres citations à part Le Chameau maintenant traduit Le Pousse Pousse
et Quatre Générations..
Les pièces de théatre de Tsao Yu (Cao yu)ne méritent pas à mon sens d'etre citées deux fois.
Pas mal d'oubliés dans la période d'avant 1958 surtout parmi les politiquement incorrects et notamment Shen Congwen, Eileen Chang, Lin Yutang, Qian Zhongshu.
Etant loin de mes livres, j'ai surement oublié d'autres bons auteurs.
Bonne journée.

L.C.T. a dit…

Merci, cher Bertrand Mialaret, pour ce commentaire aussi prompt qu'intéressant, qui plus est composé sans le filet que représente une bibliothèque que j'imagine bien fournie. J'en profite pour saluer à nouveau vos billets qui devraient, pour le moins, stimuler la verve nos collaborateurs spécialistes de littérature chinoise de ce siècle et du précédent.
Last but not least : bonne rentrée.
(P.K.)