samedi 10 novembre 2007

Gare au Loup

Le suspens a été intense. De deux douzaines de titres est sortie une poignée de cinq ouvrages de laquelle devait n'être retenus qu'un titre et naturellement son auteur. Le moment tant attendu de connaître la réponse du jury du 2007 Man Asian Literary Prize est enfin arrivée. Elle est apparue aujourd'hui sur le site du concours. La voici dans sa version originale :
Hong Kong, 10 November 2007 – A panel of three internationally acclaimed authors and experienced literary judges named Jiang Rong [姜戎] winner of the inaugural Man Asian Literary Prize for the novel Wolf Totem. Adrienne Clarkson, Chair of the judges for the inaugural prize praised Wolf Totem: « A panoramic novel of life on the Mongolian grasslands during the Cultural Revolution, this masterly work is also a passionate argument about the complex interrelationship between nomads and settlers, animals and human beings, nature and culture. The slowly developing narrative is rendered in vivid detail and has a powerful cumulative effect. A book like no other. Memorable. » The prize winner was announced at a celebratory dinner at Cipriani Hong Kong. Jiang Rong was awarded USD 10,000 and the book’s translator, Howard Goldblatt, was awarded USD 3,000.
Jiang Rong est donc le seul des 4 auteurs de langue chinoise dont Mo Yan, à avoir passé avec succès les différents niveaux de cette compétition. Sa réaction a été délivrée par son éditeur chinois, M. Li Bo, Changjiang Publishing. La voici :
« Asia is home to ancient and important cultural traditions. In historical terms, the world is home to four great cultural empires; three had their origins in Asia. The region is a cradle of culture that is unrivalled around the world. As society entered the latter half of the 20th century, Asian nations reemerged, rich and prosperous, walking the various roads towards freedom and democracy, with culture not developing so quickly. Now, with the establishment of the Man Asian Literary Prize, this benevolent organization is able to draw upon richly creative resources, playing a crucial role in supporting cultural exchange around the world. This is a key contribution to future world peace. My story of Mongolia’s wolves is the product of an ongoing study of the Inner Mongolian environment, and interpretation of the meanings behind the natural behavior of animals. Through this story, I also reflect upon the nature of Chinese people. That such a Chinese story can come to the attention of the Man Asian Literary Prize is a great thing. »
Le dossier de presse fournit, outre une photo de Jiang Rong (voir ici), la courte biographie suivante :
Chinese author Jiang Rong was born in Jiangsu in 1946, and graduated from the middle school attached to China Art College in 1966. In 1967, Jiang joined the first wave of intellectuals who moved to the countryside as volunteers, living with nomadic communities on the Chinese border of Inner and Outer Mongolia for 11 years. Following his return to Beijing in 1978, Jiang embarked on postgraduate studies in political science at the renowned Chinese Academy of Social Sciences, and assumed an academic position at a Beijing university. Now retired, he lives in Beijing, with his wife. Wolf Totem is a fictional account of life in the 1970s that draws on Jiang’s personal experience of the grasslands of China’s border region. Translated by Howard Goldblatt, Wolf Totem will be released worldwide by Penguin in March 2008.
Ainsi qu’un synopsis de son roman :
It is the final 1960s heyday for the people of the Inner Mongolian grasslands—a time when an age-old balance based on culture and tradition was maintained between the nomads, their livestock, and the wild wolves who roamed the plains. Beijing intellectual Chen Zhen volunteers to live in a remote nomadic settlement on the border of Inner and Outer Mongolia. There, he discovers life of apparent idyllic simplicity based on an eternal struggle between the wolves and the humans in their fight to survive. Chen learns about the rich spiritual relationship, and respect that only equals can feel, that exists between these adversaries. After many years of solitude, his peace of mind is shattered with the arrival of his kinfolk sent from the cities to bring modernity and productivity to the remote grasslands. Once the careful balance between the wolves and humans is disrupted, however, culture and tradition is damaged, and the environment suffers.
On devrait donc reparler de cet auteur et de ce roman dont une traduction française va voir le jour prochainement. Chacun pourra alors se faire une idée de Lang tuteng 狼图腾 et de la pertinence des jugements du jury du Man Asian Literary Prize qu'on retrouvera l'année prochaine pour sa deuxième édition. (P.K.)

Une mission réussie

Détail d'un double portrait du Prix Nobel de littérature 2000
par le Studio Harcourt-P.-A. Allard, mis en vente ici.


Comme nous l’avions annoncé il y a peu, une convention a été signée entre l’Université de Provence et son Service commun de documentation et la Bibliothèque de l’université chinoise de Hong Kong (CUHK). Cette coopération, initiée par l’équipe « Littérature chinoise et traduction » a pour but de créer à la bibliothèque universitaire du centre des lettres et sciences humaines de l’université de Provence un Centre de recherche et de documentation Gao Xingjian (高行健研究与材料中心) en collaboration avec le Fonds spécial Gao Xingjian de Hong Kong (高行健特藏).

Une fois la convention signée (voir - ci-dessous- les articles parus dans la presse de Hong Kong), les bibliothécaires d’Aix-en-Provence ont discuté avec leurs collègues de Hong Kong de l’ensemble des projets qu’ils ont l’intention de mener à bien : création d’un site miroir, achat et échange de documentation sur l’oeuvre du Maître, élaboration d’une bibliographie exhaustive sur son oeuvre…

D’ici peu, les chercheurs sur l’oeuvre polymorphe de Gao Xingjian devront donc absolument se rendre soit à Hong Kong soit à Aix-en-Provence pour trouver les matériaux dont ils auront besoin. (N. D.)

Articles publiés dans la presse de Hong Kong :

中大設高行健館藏

[Sing Tao Daily 星島日報, 2007-11-07 ]
集小說家、劇作家、導演及畫家於一身的高行健,幾年前為華人摘下首個諾貝爾文學獎。中文大學圖書館與法國普羅旺斯大學圖書館昨簽署合作協議,攜手建立有關高行健及其作品最全面的第一手資源,包括為高行健建立網頁、搜購其資料、交換雙方收集的資料、館際互借及館員交流等,促進世界各地的學者對高行健作品的研究。是次合作由中大翻譯系教授方梓勳及普羅旺斯大學教授杜特萊促成,杜特萊與高行健早於七九年相識,杜特萊亦是專注研究高行健的著作,他和夫人麗麗安曾將多部高的作品翻譯成法文。方梓勳則是研究高行健戲劇的專家,亦是多部高行健著作的英語翻譯者。
中大法大合作搜集高行健資料

[Wenweipo 文匯報, 2007-11-07]

【本報訊】中大大學圖書館系統與法國普羅旺斯大學圖書館在昨簽署了合作協議,共同為兩校圖書館收集及搜購有關2000年諾貝爾文學獎得主高行健及其作品的資料,以豐富兩館的相關館藏。兩館館長施達理及Martine Mollet 簽署協議,出席見證簽署儀式的人士包括中大副校長鄭振耀、法國駐香港領事代表及其他嘉賓。該合作協議涵蓋了5方面,包括建立高行健網頁、搜購資料、交換雙方收集之資料、館際互借及館員交流等。
Ajout du 20/11/07 : On peut également consulté le site du Consulat général de France à Hong Kong & Macao, qui revient sur la signature, par Mme Martine Mollet, conservatrice en chef de la bibliothèque universitaire de l’Université de Provence, et M. Colin Storey, son homologue pour l’Université chinoise de Hong Kong (CUHK), de la convention entre leurs deux universités lors d’une cérémonie officielle à Hong Kong. L'article, consultable ici, rappelle qu'« étaient également présents lors de cette cérémonie M. Noël Dutrait, professeur de langue et littérature chinoise, directeur de l’équipe de recherche « Littérature chinoise et traduction » et Vice-President de l’Université de Provence, Mme Magosha Seitz et Mr Jean-Luc Bidaux, de l’Université de Provence, le professeur Jack Cheng, Pro Vice-Chancellor de CUHK, Mme Rita Wong, M. T.C. Lam, et bien sûr, le professeur Gilbert Fong, spécialiste du théâtre de Gao Xingjian et de sa traduction en anglais. »

mardi 6 novembre 2007

Traduit du coréen (002)

Les Piquets de ma mère
(Ŏmmaǔi malttuk 엄마의 말둑 )
Roman de Pak Wansǒ (박 완서)
Traduit du coréen par Patrick Maurus et Mun Shi Yeun
(Arles : Actes Sud, « Lettres Coréennes», 2007)

Ce roman est paru une première fois chez Actes Sud en 1993 sous le titre Le Piquet de ma Mère (엄마의 말둑) (Traduction de Kang Geobae). Depuis, avec les rééditions, le texte initial a été augmenté d’une suite, pour paraître aujourd’hui en trois parties, dans une nouvelle traduction de Patrick Maurus et Mun Shi Yeun, et prendre un pluriel en titre : Les piquets de ma mère, (ce qui ne change rien au titre, la langue coréenne ignorant, la plupart du temps, la distinction singulier-pluriel).

Pak Wansǒ (1931-) est une romancière coréenne de premier plan, que la presse coréenne qualifie de « tardive » puisqu’elle a publié son premier roman à l’âge de 39 ans (!). Elle s’est rattrapée depuis, avec une trentaine d’ouvrages et plusieurs prix littéraires. Ses thèmes de prédilection tournent autour des conflits entre les générations ou entre la tradition et la modernité. En Corée, peut-être plus qu’ailleurs, à cause de la modernisation fulgurante du pays, les conflits cités plus haut vont souvent de pair. L’occupation japonaise et la guerre de Corée fournissent les autres sources, bien compréhensibles et inépuisables, de la littérature et du cinéma coréens.

Dans Les piquets de ma mère, Pak Wansǒ nous fait traverser presque un siècle d’histoire coréenne. Dans la première partie, celle de l’enfance, durant l’occupation japonaise (1919-1945), la narratrice, son frère et sa mère quittent le village natal près de Songdo (송도) [1] pour aller « planter les piquets » à Séoul, c’est-à-dire trouver une maison à l’intérieur des portes de la capitale. Avoir une maison « dans-les-murs » est alors considéré comme une marque de prestige social. Mais il n’est pas facile d’habiter Séoul (déjà, à l’époque !) et la famille devra se contenter d’une pièce dans une maison « hors-les-murs », maison au toit de chaume, au sommet d’une montagne environnante, à l’extérieur de Séoul. Cette déception, que la petite fille considérera comme une véritable trahison, va mobiliser toute l’énergie de la mère pour réaliser son ambition : habiter à l’intérieur de Séoul et faire de sa fille une « femme moderne ».

Dès lors, cette petite fille investie de cette terrible mission devra subir de multiples deuils, celui de la perte de ses cheveux longs d’abord, car « à Séoul, les petites filles vont à l’école avec les cheveux courts (et évitent le traditionnel chignon) et un cartable sur le dos ». Pertes progressives et discipline rigoureuse, jeux interdits et assignation à résidence pour cette enfant qui, au travers de la réussite scolaire, doit annoncer la venue d’une époque nouvelle : « Si ton frère réussit, c’est toute la famille qui s’en sortira. Mais toi, si tu travailles beaucoup et deviens une femme moderne, tu pourras t’épanouir. Tu comprends ? » (p. 72). Ce passage marque la rupture avec la tradition car ce n’est pas ici le premier fils qui est investi de la nécessité de réussir.

La deuxième partie du roman couvre la période de la guerre de Corée, vue de l’intérieur de leur village de montagne et des faubourgs crasseux de la ville. La narratrice, devenue adulte et femme moderne, oublie régulièrement sa petite famille, au cours d’interminables parties de hwat’u (화투), jeu traditionnel de cartes, tandis que la troisième partie, plus contemporaine, couvre les dernières années de la vie de la mère, jusqu’à sa mort, au moment où il faudra planter le dernier piquet, la stèle funéraire.

Pak Wansŏ, malgré la longueur de la période couverte, s’écarte du roman fleuve, souvent cher aux auteurs coréens. Ce qui est perdu en précisions historiques est gagné en vigueur narrative. En 200 pages, la romancière aborde presque un siècle de l’histoire coréenne, en privilégiant la narration au détriment de la description, des faits historiques ou du commentaire psychologique. Ce style narratif, très épuré, est paradoxalement propice à la peinture de caractères. Il montre bien comment, lentement, l’identité de la petite fille va s’affirmer, au fur et à mesure que l’identité de la mère va se concentrer exclusivement sur son rôle parental. Cette mère, autrefois femme progressiste, qui n’a pas hésité à quitter son village de campagne (le début de l’exode rural en Corée) avec ses deux enfants, après la mort de son mari, et qui, sous le coup de son obsédante ambition va se dévouer à la réussite de sa fille, se confronter au choc urbain, fréquenter les pauvres bien malgré elle et s’humilier devant les bourgeois.

Cette lutte de chaque instant contre la pauvreté, ce souhait obsédant d’habiter l’intérieur de la ville, de voir sa fille devenir « moderne » montrent les bouleversements de la société coréenne. Nous sommes là, probablement face à la genèse de l’investissement massif et contemporain des parents, dans l’éducation des enfants, caractéristique frappante dans la société coréenne.

Bien que dans ce roman, les trois parties nous soient apparues comme inégales, dans leur densité, leur intérêt et leur style, (et ce, malgré une traduction unificatrice), nous recommandons la lecture à qui voudrait comprendre, au travers d’une écriture directe, une « écriture de femme », comme disent les traducteurs, les mutations douloureuses de la société coréenne, vues du côté de la pauvreté et de la simplicité.

La traduction de Patrick Maurus et Mun Shi Yeun illustre le parti pris signalé dans le texte de présentation de l’ouvrage. La concision narrative et la densité des caractères des personnages sont bien rendues par la traduction (dont nous ferons ultérieurement une approche comparée avec la précédente traduction). Pour notre plus grand plaisir de lecteurs, de nombreuses et savoureuses onomatopées ont été conservées dans la langue originelle et donnent au texte de bien intéressantes accélérations stylistiques, sǔkk, sǔkk…

(Hye-Gyeong Kim et Jean-Claude de Crescenzo)

[1] Songdo, petite bourgade près d’Incheon (aéroport international de Séoul) est situé à 60 km de la capitale coréenne. Ce bourg présente la particularité aujourd’hui d’être l’objet d’un investissement massif (25 milliards de $US) pour en faire la future plaque tournante de l’économie asiatique. Cette ville consacrée au dieu du business copiera le meilleur des plus grandes villes du monde et se voudra la U-ville, traduisez ville de l’ubiquité, où il sera possible d’être présent en plusieurs lieux en même temps, grâce à l’interconnection de tous les réseaux. Le projet devrait être terminé en 2014.

lundi 5 novembre 2007

Une belle journée

L’Equipe de recherche « Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction » a tenu sa journée de rentrée sur la traduction des langues et des littératures asiatiques, le 26 octobre dernier à l’Université de Provence (Aix-en-Provence).

Je profite de ce billet pour remercier au nom de l'équipe toutes celles et tous ceux qui y ont participé de manière active, sous les projecteurs en proposant une communication, ou de manière plus discrète en assurant, dans les coulisses, l’intendance et le bon déroulement de cette journée. Un grand merci aussi au public d’être venus nombreux, parfois de loin, assister aux onze exposés et pour avoir fait bon accueil aux intervenants en leur posant de fort pertinentes questions.

Trois invités extérieurs, venant de Barcelone, Venise et Strasbourg, et une partie non négligeable des membres de notre équipe ont eu l’occasion de proposer leurs réflexions sur les sujets qui les mobilisent tout au long de l’année. Il s’agissait de faire sentir, à travers des exemples concrets, les difficultés que rencontre le traducteur dans sa pratique de la traduction littéraire et les solutions qu'il propose, sans restriction sur le choix de l’aire culturelle, le genre et l’époque. Il fut, ainsi, aussi bien question de prose narrative et de poésie classiques que de narration expérimentale pour un lectorat choisi ou de roman de cape et d’épée destiné au « grand public » ; nous avons, également, eu des aperçus sur la traduction du chinois (cinq communications), du japonais (deux communications), de l’hindi, du coréen, du vietnamien et du thaï.

Voici, comme promis, un court compte-rendu de cette journée : il est naturellement très imparfait et ne demande qu’à être complété ; vos commentaires et corrections seront, naturellement, les bienvenus.

Ouvrant la journée par un rapide exposé, j’ai fait état de travaux de traduction menés en collaboration avec mes étudiants de Master 1 et 2 sur deux courts récits en langue classique, savoir le « Yangxian shusheng » 陽羡書生 de Wu Jun 吳均 (469-520) et la version raccourcie qu’en a tirée Duan Chengshi 段成式 (ca. 803-863) pour son Youyang zazu 酉陽雜俎 (Mélanges de Youyang). Leur confrontation m’a permis de mettre plus clairement en évidence l’obligation faite au traducteur de ce type de récit d'intervenir en traduirant l’implicite et, l’impératif qui pèse sur lui de le faire avec le plus de doigté et de modération possibles.

Solange Cruveillé a, quant à elle, conclu la journée en offrant un inventaire très complet des difficultés rencontrées dans la traduction d’une œuvre d’un des plus fameux romanciers de roman de cape et d’épée contemporain [wuxia xiaoshuo 武俠小說], Wang Gulu 王度盧 (1909-1977), traduction qui vient de sortir chez Calmann-Lévy sous le titre Tigre et Dragon. Première époque : la vengeance de Petite Grue. [Voir ici]

Peu avant, Noël Dutrait nous avait plongé dans une page d’un roman de Mo Yan 莫言 (1956-), Les Quarante et Un Canons (Sishiyi pao 四十一炮, 2003), qu’il traduit en ce moment. Il a notamment attiré notre attention sur une phrase anormalement longue dans l’écriture chinoise. Il nous a proposé les choix retenus avec Liliane Dutrait avec laquelle il collabore pour rendre l’art de Mo Yan (entre autres auteurs majeurs) accessible et sensible à un public francophone de plus en plus connaisseur. Il répondait par la même occasion ainsi au « Petit exercice de traduction » qu’il avait proposé le 16 avril dernier sur ce blog (voir ici). Voici la solution proposée ce 26 octobre :
« Je ne pouvais pas voir son allure élégante à l’intérieur de la salle, mais je pouvais imaginer combien les regards de tous convergeaient vers lui quand il s’élançait avec grâce en enlaçant la plus belle femme du dancing, vêtue d’une robe de soirée blanc immaculé, vert bouteille ou cramoisie, dévoilant des épaules et des bras qui semblaient sculptés dans le jade blanc, couverte de bijoux étincelants, avec de grands yeux limpides et au-dessus de la lèvre un grain de beauté noir. »
Qui dit mieux ?

Jade Ngyuen Phuong Ngoc nous a fait quitter la Chine pour le Vietnam et un texte de l’écrivain Tô Hoài (1920-). La lecture d’une page du chapitre 1 de Cát bụi chân ai (1992) et de sa traduction sous le titre de Sables et poussières, traces de quelqu’un nous a convaincu qu’il fallait au traducteur du vietnamien littéraire une intime connaissance de la langue de départ et une grande maîtrise du français pour traiter judicieusement de l’expression de l’espace et surtout du temps.

Cette dernière problématique était également l’objet de l’exposé d’Elizabeth Naudou qui l’explorait dans la langue hindi et à partir des écrits de Nirmal Verma (1929-2005) et notamment de « Vîkend » (« Week-end ») monologue extrait du recueil Tîn Ekânt (Trois solitudes, New Delhi, 1990). Ce représentant du nouveau roman indien, traducteur de Milan Kundera, aimait à jouer sur l’ambiguïté des formes verbales qui peuvent en hindi se comprendre selon trois modalités temporelles différentes, ce que le français ignore.

La littérature actuelle qui en Thaïlande intègre l’anglo-thaï – langue en perpétuelle mutation-, réserve elle aussi, au traducteur, son lot de surprises. Louise Pichard-Bertaux a attiré notre attention sur ce problème à partir de l’examen de quelques bonnes feuilles d’une des dernières productions d’un des écrivains thaïlandais contemporains les plus en vogue, Win Liaw-warin lequel semble prendre beaucoup de plaisir à intégrer les trouvailles de ses compatriotes dans le registre littéraire.

Avec Julie Kim, nous nous sommes penchés sur les onomatopées et la manière de les rendre dans la traduction du roman coréen. L’exposé nous a permis d’entendre la prononciation idéale des transcriptions qui peuvent irriter l’œil lorsqu’elle apparaissent dans certaines traductions récentes (Voir ici]. Plusieurs stratégies ont été évoquées afin d’éviter les désagréments causés par une simple transposition, et surtout pour ne pas se priver de ce qui constitue un des charmes de la langue coréenne.

André Delteil nous a entretenu du haiku et des contraintes nombreuses qui pèsent sur ceux qui tentent de les faire vivre dans notre langue dans toute leur brièveté et leur subtile musicalité. Après avoir rendu hommage à deux traducteurs qui ont brillé chacun à sa manière dans ce périlleux exercice - René Sieffert (1923-2004) et Jean Cholley, récemment disparu -, il a évoqué son expérience personnelle de la traduction, mais aussi de la composition d’une forme poétique japonaise majeure sans équivalent chez nous.

Nous avions aussi le bonheur d’accueillir trois intervenants qui n’avaient pas hésité à franchir de nombreux kilomètres pour nous entretenir de leurs travaux et nous faire partager leurs réflexions, ce dont nous devons leur savoir gré, qui plus est, lorsque le français n’est pas leur langue maternelle comme pour Anne–Hélène Suàrez Girard de l’Universitat Autonoma de Barcelona et pour Paolo Magagnin de l’Université Ca’ Foscari de Venise.

Pas moins méritant fut Vincent Grépinet qui venant de Strasbourg nous a fait partager ses angoisses face à un problème qu’il a fort habilement et élégamment résolu. C’est celui de la traduction par un japonisant de textes en kanbun [tirés du Kôkan hitsudan 江關筆談(1711)], savoir écrits par des Japonais directement en chinois classique, textes faisant état de palabres diplomatiques entre des diplomates japonais et coréens à une époque tendue des relations entre les deux pays. A la rugosité d’un chinois de facture classique parfois quelque peu chahutée, s’ajoutent des références culturelles plus familières aux sinologues versés dans la Chine ancienne, qu’à l’historien du Japon.

Paolo Magagnin, pour sa part, a déployé sa réflexion sur la traduction de la passion amoureuse à partir d’un des rares textes de Yu Dafu 郁大夫 (1896-1945) - Qiuhe 秋河 -, a avoir été traduit en langue française. Son tour de force fut de nous faire sentir dans notre langue la finesse de tournures stylistiques propres à l’écriture de Yu Dafu qui ont, vraisemblablement, échappé au traducteur français [Stéphane Lévêque, Rivière d’automne, Picquier, « Pavillon des corps curieux », 2002].

Enfin, avec la même finesse d’esprit et une aussi parfaite maîtrise de la langue, la nôtre, la chinoise, et la sienne – l’espagnol -, Anne–Hélène Suàrez Girard nous a fait pénétrer dans une forteresse littéraire réputée imprenable : la poésie classique chinoise. Qui plus est, elle n’a pas choisi la facilité puisqu’elle l’a abordée en se confrontant à ses deux difficultés majeures : la forme, avec un poème de Li Bai 李白 (701-762) de facture originale, et, le contenu, avec un poème de Luo Binwang 駱賓王 (640 ?-684 ?) invitant à tisser des relations intertextuelles avec le lointain passé historique et littéraire chinois.

D’une manière générale, les intervenants ont présenté des traductions inédites en insistant sur le fait qu’elles n’étaient « pas encore abouties », ou qu’elles nécessitaient « une révision », trahissant par là le sentiment douloureux de l’artisan, jamais ou rarement, satisfait par son ouvrage. Chacun des intervenants et des traducteurs présents, a, me semble-t-il, pu profiter des interrogations et surtout des solutions apportées par les autres pour affiner sa perception intime du travail de traducteur et la faire progresser. Cette journée aura également favorisé, ce qui n’est pas son moindre intérêt, des rencontres amicales entre chercheurs et amoureux de littérature évoluant souvent isolés dans des contrées pas toujours suffisamment hospitalières.

Il n’en reste pas moins que les questions posées à l’issue des interventions montrent que le public friand des littératures d’Asie se passionne moins pour les problèmes liés à la traduction que pour les messages envoyés par les auteurs et les textes traduits. L’équipe devrait en tenir compte dans ses prochaines activités, bien décidée qu’elle est à poursuivre son travail afin rendre mieux compréhensibles et indispensables ces littératures d’Extrême-Orient. (P.K.)

dimanche 4 novembre 2007

Et de cent !

Ce « Baizitu » 百子圖 (Cent enfants) vient illustrer ce billet qui est, vous l'avez deviné, le 100e publié sur ce blog depuis sa création le samedi 18 novembre 2006.

100 billets déjà ! 100 billets de teneur et de longueur différentes livrés selon les nécessités et l'inspiration du moment au cours des douze derniers mois. 100 billets ou notules ou posts, composés par, en tout et pour tout, six personnes : Liliane [1] et Noël [15] Dutrait, Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo [5], Solange Cruveillé [3] et moi-même [le reste]). En tout neuf pages à faire défiler pour revivre, avec un peu de recul, certains des événements littéraires qui ont marqué l'année écoulée et la vie de notre équipe.

100 billets, c'est aussi quelques rubriques auxquelles vous êtes habitués : des devinettes – elles sont déjà au nombre de sept - et reçoivent un bon accueil de la part d'un petit groupe de fidèles ; des « Miscellanées » - déjà 5 -, qui permettent de proposer de manière rapide des informations et des liens à exploiter ou à stocker ; d'autres rubriques pourraient s'étoffer dans le cas où la bonne volonté régulièrement exprimée par les uns et les autres finirait par se concrétiser : je ne pense pas forcément à la rubrique « Avatars », pourtant riche de promesses – l’époque ne préfère-t-elle pas le succédané à l’original ?-, mais plutôt à la rubrique « Traduit de ... »…

Ce blog, c'est aussi : quelque 140 libellés pour s'orienter dans la petite forêt de ses billets - dont certains sont plus fournis : je pense notamment à Gao Xingjian, forcément à égalité avec Mo Yan [chacun 11 occurrences], à la traduction [21] ; et, aussi, seulement 45 commentaires - j'en reste sans voix !

Dans le même temps, ou presque, vous avez étés plus de 8500 à activer, parfois en vain - notamment lorsque vous vous y risquez depuis la République populaire de Chine -, ce lien devenu familier pour certains : http://jelct.blogspot.com/. Si cette adresse vous reste chère, ce sera pour nous une grande satisfaction.

Promis, le 101e billet aura un contenu moins « blogocentriste » ; il présentera un compte-rendu de notre journée sur la traduction du 26 octobre dernier ! (P.K.)

samedi 3 novembre 2007

Wang Dulu, enfin !

Dans un article intitulé « De Confucius à Jin Yong » et publié dans l'indispensable volume édité par Anne Cheng, La pensée en Chine aujourd'hui [Paris : Gallimard, « Folio/essais », 2007, pp. 75-102], Nicolas Zufferey écrit :
« La littérature d'arts martiaux, que l'on peut rapprocher de nos romans de cape et d'épée, a connu un important renouveau à Hong Kong à partir du milieu des années 1950. Cette dernière phase dans l'histoire du genre, appelé parfois « nouveau roman d'arts martiaux » (xin wuxia xiaoshuo [新武俠小說]), a donné quelques bons auteurs, dont précisément Jin Yong [金庸, Louis Cha, Zha Liangyong 查良鏞 (1924-)]. La plus grande partie de l'œuvre de ce dernier n'est pas traduite en langues occidentales, et cette constatation vaut pour la littérature d'arts martiaux dans son ensemble ; mais le public européen n'est pas ignorant de l'atmosphère et des codes du genre, grâce au cinéma de Hong Kong et à des films récents comme Tigre et dragon (2000) ou Le Secret des poignards volants (2004), qui ont rencontré un succès certains en Occident. » (p. 90)
« Jin Yong est », poursuit Nicolas Zufferey, « l'un des monstres sacrés de la littérature chinoise du XXe siècle » et il signale, en note, qu'un seul de ses ouvrages est disponible en français, savoir La Légende du héros chasseur d'aigles [Wang Jiann-Yuh (trad.) Paris : Editions You-Feng, 2004] mais, note-t-il, « il s'agit malheureusement d'une traduction bâclée, surtout dans le second volume ». (p. 401). [Sur cette traduction, voir ici ou ]

Wang Dulu 王度盧 [Wang Baoxiang 王葆祥 (1909-1977)] aura donc plus de chance puisque son introduction sur le bout de terre qui a vu naître Alexandre Dumas, ne pouvait mieux se réaliser.

Ecrivain autodidacte qui a trouvé très tôt sa voie de salut dans l'écriture, Wang Dulu est une personnalité pas moins importante que Jin Yong et un auteur pas moins prolixe. Il laisse plus d'une vingtaine d'ouvrages grand public dont la plupart sont ce que les spécialistes et les amateurs aiment à appeler le wuxia yanqing xiaoshuo 武俠言情小說 (roman d'amour et de chevalerie). Ils sont d'une nature plus nettement « romantique » que les constructions de son célèbre cadet ; ils sont donc plus appréciés du public féminin. Même plus d'un demi-siècle après la réalisation de sa pentalogie (1938-1942) : He Tie xilie 鶴鐵系列 [rebaptisée pour l'occasion Tigre et Dragon] fait toujours mouche. L'adaptation cinématographique par Ang Lee [Li Ang 李安 (1954-)] du quatrième volet, Wohu Canglong 臥虎藏龍, a ainsi relancé l'intérêt pour cet auteur inventif et attachant considéré comme un des Quatre grands maîtres de l'école du nord 北派四大家. C'est cette saga mouvementée capable de tenir en haleine le plus blasé des lecteurs de romans de cape et d'épée qui va enfin être rendue en français.

Datant de 1938, He jing Kunlun 鶴驚崑崙, le premier volet, nous est présenté sous le titre de La Vengeance de Petite Grue, première partie de cette aventure éditoriale à l'avenir incertain lancée en cette fin d'année par les Editions Calmann-Lévy qui le présente ainsi :
« Alors que le règne de la dynastie Qing sur la Chine a atteint son apogée en ce début de XIXe siècle, le trouble s’empare du clan Kun Lun, l’un des plus fameux de l’empire du Milieu. Son chef, Maître Bao, vient de tuer l’un de ses disciples pour le punir d’avoir eu une aventure avec une femme mariée, une pratique absolument proscrite sous son pouvoir. Il songe aussi à tuer Jiang Xiaohe, le fils de sa victime, pour éviter que celui-ci ne revienne réclamer vengeance par la suite. Mais le jeune garçon parvient à s’enfuir, et sur le chemin de son exil rencontre un maître du mont Jiuhua qui l’accepte comme disciple et entreprend de lui enseigner les arts du combat. Douze ans plus tard, Jiang Xiaohe, désormais âgé de 26 ans, est devenu lui aussi un expert en arts martiaux. S’il a juré de venger la mort de son père, l’amour qu’il porte à Bao Aluan, son amie d’enfance mais aussi la petite-fille de Maître Bao, le plonge en plein dilemme. Comment, en effet, concilier son honneur et l’urgence de ses sentiments ? Comment, dans cette Chine mandchoue désormais confrontée à la modernité occidentale, démêler l’écheveau de passion et de haine qui lie les deux jeunes gens ? Avec Tigre et Dragon, écrits entre 1938 et 1942, Wang Dulu nous propose une inoubliable galerie de portraits plus grands que nature sur trois générations, mélange exotique d’amour, de haine, de rédemption et de vengeance. Une série historique pleine de merveilles et d’exotisme, magnifiquement adaptée au cinéma en 2000 par Ang Lee. »
La fiche oublie, et c'est fort regrettable mais si courant, de mentionner que ce premier tome a été traduit, comme le prochain, par Solange Cruveillé qui mérite nos applaudissements à au moins deux titres :
  1. d'avoir accepté de quitter pour un temps les renards et les renardes qu'elle suit dans le champ littéraire chinois, principalement ancien, pour une thèse de doctorat : les lecteurs de Galantes chroniques de renardes enjôleuses (Picquier, « Le Pavillon des corps curieux », 2005) pour laquelle elle avait réalisé une postface - « Les renardes par l'une d'elles », pp. 119-132 -, savent que rien de ce qui est familier à ces personnages inquiétants ou charmeurs qui peuplent l'imaginaire chinois ne lui est étranger.
  2. d'avoir rempli sa tache de traductrice avec talent, doigté et en toute conscience des dangers qu'elle affrontait, ce dont elle nous a convaincu pendant la communication qu'elle a donnée lors de notre journée sur la traduction du 26 octobre dernier. Non seulement, elle a réussi le tour de force de me faire lire d'une traite les onze chapitres de ce volume, mais aussi celui d'imposer à son éditeur des notes de bas de page et la liste des quelque 125 personnages de ce récit à rebondissements qu'elle a si bien servi en rendant palpable la souplesse nerveuse du style de Wang Dulu. Chapeau ! Le deuxième tome de cette Première époque, sortira en janvier 2008 sous le titre La Danse de la Grue et du Phénix. Ne le louper pas !
Maintenant, à chacun de juger, en connaisseur ou en amateur, mais en toute impartialité, de l'accueil à réserver à ce projet qui ne devrait pas souffrir de la concurrence du manga d'Andy Seto 司徒劍僑 [8 tomes déjà publiés aux Editions Tonkam], projet dont la réalisation sera pris en charge à partir du troisième volume par une autre traductrice - à qui l'on souhaite bon courage. Les renards et les renardes chinois sont des êtres très possessifs. (P.K.)

A lire en complément, l'article de Bertrand Mialaret sur Rue89.com : « Romans d'arts martiaux : des contes de fées pour adultes ? » (voir ici). (23/01/08, P.K.)

dimanche 28 octobre 2007

Gao Xingjian, d'Aix à Hong Kong

Gao Xingjian à Aix-en-Provence (29/01/2005) [P.K.]

De la création du Centre de recherche et de documentation sur l’œuvre de Gao Xingjian 高行健, prix Nobel de littérature 2000.

L’axe de recherche « L’œuvre de Gao Xingjian » de la Jeune Equipe 2423 « Littérature chinoise et traduction » (appelée à devenir « Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction ») s’est dans un premier temps concrétisé en janvier 2005 par la tenue, dans notre université, du premier grand colloque international à ce sujet et la publication des actes de ce colloque aux Editions du Seuil (voir ici, ici et ).

Depuis cet événement scientifique, un rapprochement a eu lieu avec le professeur Gilbert Fong, spécialiste du théâtre de Gao Xingjian et de sa traduction en anglais. Gilbert Fong a effectué un séjour d’un mois dans notre équipe en mai 2006 et une délégation de la bibliothèque de l’université chinoise de Hong Kong, la CUHK, est venue pour discuter de notre coopération future et pour assister à la projection en première mondiale du film de Gao Xingjian, réalisé par Alain Melka et Jean-Louis Darmyn, La Silhouette sinon l’ombre [voir ici].

Le 5 novembre 2007, une cérémonie officielle de signature d’une convention entre notre université et la CUHK aura lieu à Hong Kong. Il a en effet été décidé qu’en collaboration avec le Fonds Gao Xingjian de la CUHK, ouvrirait à la bibliothèque universitaire de l’université de Provence un Centre de recherche et de documentation sur l’œuvre de Gao Xingjian dans lequel les étudiants et les chercheurs pourront trouver une documentation complète aussi bien sur les œuvres elles-mêmes que sur les articles critiques et commentaires à son sujet. Le Centre collectionnera aussi des documents donnés par l’auteur lui-même, par ses traducteurs et ses amis. Le Fonds Gao Xingjian de Hong Kong mettra l’accent surtout sur les œuvres en chinois et dans les autres langues asiatiques plus l’anglais, tandis que le Centre Gao Xingjian d’Aix-en-Provence mettra l’accent sur la documentation en français et dans les langues européennes autres que l’anglais. De toute façon, les deux centres échangeront systématiquement leur documentation et un site Internet commun sera créé. Après Saint-John Perse et Camus, un nouveau prix Nobel de nationalité française aura un centre de documentation à Aix-en-Provence.

Enfin, Noël Dutrait participera à une manifestation autour de Gao Xingjian à Singapour au mois de novembre 2007 et à une autre manifestation organisée par le Mai français à Hong Kong au mois de mai 2008. Nous en reparlerons.

Pour ceux qui lisent le chinois, notons que l’entretien entre Oe Kenzaburo et Gao Xingjian qui avait eu lieu lors de la Fête du livre 2006 à la bibliothèque Méjanes, un entretien animé par Philippe Forest et Noël Dutrait, a été publié dans son intégralité dans la revue de Hong Kong Mingbao yuekan 明報月刊 de septembre 2007 et repris dans le Lianhebao 聯合報 de Taiwan du 5 septembre 2007. Egalement, la communication que Noël Dutrait avait faite à Tôkyô au mois d’avril 2007 sur « Gao Xingjian, un écrivain à la marge » [voir ici et ] a été traduite par Mme Wu Chingjin 吳青津 (étudiante en Master 2 Monde chinois et Océanie, voir ici et ) et publiée en juillet 2007 dans le même Lianhebao 聯合報. Le texte en français devrait bientôt être publié au Japon. On le voit, les grands médias d’Asie s’intéressent à notre Nobel peut-être davantage que ceux de France.

Rendez-vous maintenant en mars 2008 pour l’ouverture du Centre de recherche et de documentation Gao Xingjian au Service commun de documentation de notre université. Une rencontre avec Gao Xingjian en personne est prévue, une conférence sur son œuvre, une table ronde de ses traducteurs… (N.D.)

Pour accéder à l'ensemble des billets de ce blog où il est question de Gao Xingjian, cliquer ici ou sur le nom de Gao dans la liste des Libellés (à gauche de l'écran).

samedi 27 octobre 2007

3974

3974 c'est, en ce 27 octobre 2007, le nombre de livres français traduits en chinois figurant dans le Fu Lei tushu shujuku傅雷图书数据库‚ base de données des Livres français traduits en chinois, créée sous le haut patronage du Ministère Français des Affaires étrangères et de l'Ambassade de France en Chine.

Fu Lei 傅雷 (1908-1966), fut un grand intellectuel chinois. Né à Shanghai, ce fin critique d'art, et père du grand pianiste chinois né en 1934, FU Zong 傅聪, a signé la traduction de pas moins de quatorze romans de Balzac, du Prosper Mérimée, Jean-Christophe de Romain Rolland et des contes de Voltaire. (Pour une micro biographie en français, voir ici, en chinois, voir ici)

Comme l'indique la page d'accueil du site, cette base bibliographique « a pour ambition de recenser les livres traduits du français vers le chinois et publiés par des éditeurs de Chine continentale de la fin du XIXe siècle à nos jours. Ce travail de recensement a été mené pour répondre aux besoins des éditeurs, des traducteurs, des chercheurs, des libraires, des étudiants mais également du grand public. » En complément, un « pôle de traduction » a été conçu pour « mieux faire connaître la pensée, la création et la recherche françaises auprès du public chinois ». Trois objectifs principaux sont visés :
  • Former de nouvelles générations de traducteurs chinois vers le français grâce à des bourses de séjour de traducteurs chinois (…), deux sessions par an de formation à la traduction organisées par l’Ambassade de France en Chine et destinées à des traducteurs de Chine continentale, de Hong Kong et de Taiwan.
  • Augmenter le nombre de traductions du français vers le chinois grâce à une meilleure information des éditeurs dans le cadre du Plan d'aide à la publication FU Lei
  • Améliorer l'information et la communication grâce à la base de données FU Lei. (…) Elle permet aux éditeurs chinois d’avoir accès à plusieurs catalogues de nouveautés de maisons d’édition françaises en langue chinoise,… »
et au visiteur français d'explorer ce fichier selon sa curiosité ou sa fantaisie. Il y trouvera, bien entendu, beaucoup de classiques, des auteurs vivants aussi, des ouvrages de sciences humaines, d'histoire, des biographies de Français qui se sont illustrés dans la grande ou de la petite histoire, des livres pour enfants et bien d'autres choses encore, mais aussi des ouvrages de sinologie. Parmi les signataires célèbres, on rencontre tout naturellement Jacques Gernet pour trois traductions : deux ( !) traductions pour Chine et Christianisme. Action et réaction (Gallimard, 1982) : Yu Shuo 于硕 (trad.), Shenyang : Chunfeng wenyi, 1989 et Geng Sheng 耿昇 (trad.), Shanghai guji, 1991, et une des Aspects économiques du Bouddhisme dans la société chinoise du Ve au Xe siècle (EFEO, 1956) toujours par Geng Sheng qui a aussi traduit 30 autres ouvrages sinologiques dont Cinquante ans d’études chinoises en France (Faguo Dangdai Zhongguoxue 法国当代中国学, Jean-Pierre Drège (ed.), Beijing : Zhongguo shehui kexue yuan, 1998, 614 p.), mais aussi les Lettres édifiantes et curieuses de Jean-Baptiste Du Halde, du Paul Pelliot, du Rolf Alfred Stein, du Paul Demiéville, du René Grousset, etc.


Curieusement, on croise aussi une fiche pour la magistrale biographie chronologique de Dai Mingshi 戴名世 (1653-1713) que Pierre-Henri Durand 戴廷杰, chercheur au CNRS, a rédigée directement en chinois et a du reste publié à la Zhonghua shuju de Beijing : Dai Mingshi nianpu 戴名世年谱 ( 2004, 1228 pages). [voir ici]

Pourtant, P.-H. Durand a prouvé à maintes reprises qu'il maniait fort brillamment la langue française, d'abord en qualité d'auteur avec ses Lettrés et pouvoirs. Un procès littéraire dans la Chine impériale (Paris : Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, « Civilisations et sociétés », 1991, 468 p.) mais et aussi comme traducteur, avec un choix de textes de Dai Mingshi paru en « Connaissance de l'Orient » (Paris : Gallimard, 1998, 310 p.) sous le titre de Recueil de la montagne du Sud [Nanshan ji 南山集]. Ce livre qui fait revivre ce grand lettré, membre de la prestigieuse Académie de la Forêt des Pinceaux, qui, au printemps de 1713, a été décapité sur la place publique, n'est, comme a raison de le signaler Jacques Dars, le directeur de la prestigieuse collection dont il constitue le n° 98, « nullement destiné au seul spécialiste ; il s'adresse aussi bien à l'historien soucieux d'élargir ses horizons qu'à l'« honnête lecteur » curieux des choses de la Chine. »

En illustration, outre les trois titres de Pierre-Henri Durand, vous trouverez deux clichés du bandeau du Fu Lei tushu shujuku qui propose une animation de couvertures d'ouvrages traduits en chinois. En haut, vous avez reconnu Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard (1730) qui devient, grâce à Ning Chunyan 宁春艳, Aiqing Ouyu Youxi 爱情偶遇游戏 [« LISETTE : Mon cœur est fait comme celui de tout le monde ; de quoi le vôtre s'avise-t-il de n'être fait comme celui de personne ? SILVIA : Je vous dis que, si elle osait, elle m'appellerait une originale. LISETTE : Si j'étais votre égale, nous verrions. » (Extrait de l'acte I, scène 1, pour le texte complet, voir ici)]. Ci-dessous, c'est du Milan Kundera dont huit ouvrages ont été traduits entre 2003 et 2006 avec ce Rideau (Gallimard, 2005) 帷幕 Weimu (Shanghai yiwen, 2006) par Dong Qiang 董强 (Département de français de l'Institut des Langues étrangères de l'Université de Beijing) lequel a également traduit L'Art du roman (Gallimard, 1995) : 小说的艺术 Xiaoshuo de yishu (Shanghai yiwen, 2004). Les Chinois peuvent donc lire les lignes suivantes : « C'est en écrivant L'insoutenable légèreté de l'être [1982] que, inspiré par mes personnages qui tous se retirent d'une certaine façon du monde, j'ai pensé au destin de la fameuse formule de Descartes : l'homme, « maître et possesseur de la nature ». Après avoir réussi des miracles dans les sciences et la technique, ce « maître et possesseur » se rend subitement compte qu'il ne possède rien et n'est maître ni de la nature (elle se retire, peu à peu, de la planète) ni de l'Histoire (elle lui a échappé) ni de soi-même (il est guidé par les forces irrationnelles de son âme). Mais si Dieu s'en est allé et si l'homme n'est plus maître, qui est donc maître ? La planète avance dans le vide sans aucun maître. La voilà, l'insoutenable légèreté de l'être. » (L'art du roman, « Entretien sur l'art du roman », Gallimard, 1986).


Notre Journée sur la traduction des langues et des littératures asiatiques s'est, de l'avis général, très bien déroulée. Un grand merci à tous, spectateurs ou acteurs de cette fructueuse rencontre dont vous aurez, ici-même, des échos dans les jours qui viennent. Patience. (P.K.)

vendredi 26 octobre 2007

Concours de littérature coréenne

L’Equipe de Recherche
« Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction »

s'associe
à l’Institut pour la Traduction de la Littérature Coréenne (Séoul),
et au Département d’Etudes Asiatiques de l'Université de Provence

pour son concours

A la découverte des grandes œuvres de la littérature coréenne

Ce concours de compte-rendu de lecture
est ouvert à tous les étudiants des Universités Aix-Marseille.
Du 5 Novembre 2007 au 4 février 2008 (nouvelle date)

Œuvre choisie :

Kalui norae 칼의 노래
de Kim Hoon 김훈 (金薰, 1948-)
Prix Dongin 2001 (Corée)


KIM Hoon, Le Chant du Sabre.
Traduit par Young-Nan Yang
avec la collaboration de François Théron,
Paris : Gallimard, « Du monde entier », 2006, 336 pages.

Pour participer :
  • vous devez vous inscrire en envoyant vos coordonnées par e-mail à jcdc@up.univ-mrs.fr. Le livre Le Chant du Sabre sera offert aux 60 premiers candidats inscrits.
  • vous devez rédiger un texte de 4 pages maximum (1500 signes par page).
  • Vous adressez ce texte par e-mail à jcdc@up.univ-mrs.fr avant le 4 février 2008.
Les textes seront examinés par les membres du Jury de l’Equipe de Recherche « Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction », de l’Université de Provence. Résultat du concours par e-mail le 19/02/2008. Remise des prix le 22 février 2008 à l’Université de Provence.

Six étudiants seront sélectionnés et gagneront :
  • 1er Prix : un ordinateur portable Samsung
  • 2e prix : (Deux gagnants) un iPod Apple
  • 3e prix : (Trois gagnants) un appareil photo numérique Samsung.
Le lauréat ayant remporté le 1er prix participera à la sélection mondiale qui aura lieu à Séoul.
Un voyage en Corée sera offert au gagnant de cette sélection.

Responsable du concours :
KIM Hye-Gyeong,
enseignante de coréen à l’Université de Provence.
UFR ERLAOS - Université de Provence
29 av. R. Schuman - 13621 Aix-en-Provence cedex 1

jeudi 25 octobre 2007

Miscellanées (005)


Journée sur la traduction à l'Université de Provence

Je vous rappelle que c'est demain, 26 octobre 2007, que va se tenir la Journée sur la traduction des langues et des littératures asiatiques, journée organisée par notre équipe et qui se déroulera à partir de 9 heures dans la Salle des Professeurs (2e étage) de l’Université de Provence, Centre d’Aix-en-Provence. Vous êtes, bien entendu, les bienvenus.
Pour le programme, voir ici (site de l'équipe) ou (blog de l'équipe)


2007 Man Asian Literary Prize, suite

Le suspens continue, mais nous sommes un peu mieux fixés sur les chances pour un auteur de langue chinoise de décrocher ce prix. En effet, la 'shortlist' de cinq candidats vient d'être divulguée sur le blog du 2007 Man Asian Literary Prize.


Cette liste, qui comprend 3 femmes et 2 hommes, est la suivante :
  • Jose Dalisay Jr. (1954-) pour Soledad’s Sister (Philippines)
  • Reeti Gadekar, pour Families at Home (Inde)
  • Nu Nu Yi Inwa (1957-), pour Smile As They Bow (Birmanie)
  • Jiang Rong (1946-), pour Wolf Totem (RPC)
  • Xu Xi, pour Habit of a Foreign Sky (Hong Kong)
Exit donc Guo Xiaolu, Egoyan Zheng, et également Mo Yan - qui se consolera avec le Nobel l'année prochaine, ou la suivante -, et poursuite du suspens jusqu'au 10 novembre pour connaître le lauréat de se prix qui pourrait couronner un auteur chinois en la personne de Jiang Rong.

Le blog du MALP publie également un appel à contribution pour le n° 6 de l'Asia Literary Review. ALR (je cite) « is an exciting new literary review launched from Hong Kong. The Review hopes to provide you with short stories, essays, poetry and columns from Asia’s most established writers while giving Asia’s new talent a space to exhibit their literary ideas.»

Le n° 5 vient de paraître [voir illustration ci-dessous], son sommaire est consultable sur le site de la revue, comme ceux des quatre précédents numéros. L'ALR, n'est actuellement disponible qu'à Hong Kong, alors si vous passez par là....



Blog bloqué

L'excellent blog Danwei.org , qui a fêté son quatrième anniversaire le 24/10/07, continue de nous tenir régulièrement au courant de la politique suivie en matière de liberté d'expression des Chinois sur internet et nous avertit des campagnes visant à réguler cet espace. Récemment, ce sont 18401 sites jugés pornographiques ou illégaux qui ont été fermés, ce qu'indique également Lydia Chen dans un article paru dans le ShanghaiDaily.com, « China disconnects 18,400 illegal Websites » :
CHINA blocked access to 18,401 illegal Websites during a nationwide campaign against online pornography that started in April, an industry newspaper reported today. A total of 9,593 unregistered Websites were shut down while 8,808 Websites were closed for disseminating pornographic, illicit or fraudulent pictures and information on the Internet, said Miao Wei, deputy general manager of China Telecom, the country's biggest telecommunication carrier, which was involved in the campaign..../... On August 30, the Ministry of Information Industry also ordered main search engines, including Baidu, Google, Yahoo, Zhongsou, Sina and Sogou, to remove "illegal and unhealthy information" from their search results.
Danwei évoque aussi les difficultés rencontrées par les Chinois pour tenir un blog (voir ici). YouTube a aussi été visé (voir ici, ici). Sur son blog, Marc van der Chijs fournit une explication :
I suspect the real reason might be that YouTube just launched a Chinese version, which would make the site much more accessible for Chinese users. Not a very smart idea to do that in the middle of the National Congress, and I am surprised nobody at mother company Google's China offices rang an alarm bell about this before the launch. A typical example of the mistakes foreign companies make while trying to do business in China.
Plus grave pour nous, Blogspot, site qui héberge notre blog, fait aussi les frais de la même politique restrictive. On lira à ce propos le billet de Jeremy Goldkorn publié, par Danwei, le 23 octobre 2007 dans la rubrique Net Nanny Follies sous le titre « Party Congress ends, Blogspot blocked again » :
Popular Google-owned blog host Blogspot was suddenly accessible in China on October 15 or 16 this year, after a period of being blocked. The 17th Party Congress started on October 15. The 17th Party Congress ended yesterday. Today, Blogspot is once again not accessible in China. Has someone at China's Net Nanny headquarters figured out that a lot of foreign journalists like to blog and get annoyed when they visit China and cannot access Blogspot? And that therefore things would be most harmonious if Blogspot worked when there are big events in China that attract the international media? [Sur le même sujet voir aussi ici].
Rien ne permet de vérifier la validité de l'expertise, mais d'après Greatfirewallofchina.org consulté ce jour, notre blog est effectivement bloqué par la Chine. [voir notre illustration ci-dessous]

Il n'empêche que certains internautes chinois et/ou non chinois mais basés en Chine, ont pu nous consulter ces derniers temps : depuis Shanghai, le 22/10 et ceci pendant 15 minutes & 15 secondes ; depuis Beijing, le 13 septembre, de nouveau le 1 octobre et aussi le 30 septembre depuis la province de Guizhou. Affaire à suivre, donc.

Grâce à vous, où que vous soyez, notre compteur vient de dépasser les 8000 visites : vous êtes entre 35 et 60 à venir quotidiennement, principalement de France, mais aussi d'un peu partout dans le monde, et même d'Iran ! Je souhaite, pour ma part, que chacun trouve ici son compte et un moyen agréable de mieux connaître les littératures asiatiques, et devienne, ainsi, plus familier du travail, parfois ingrat de ceux, qui leur consacrent toute leur énergie.



My Tailor is Chinese

Alors que Blogspot est bloqué en RPC, l'AFP nous apprend que « L'anglais risque d'être détrôné sur la Toile » (Le Monde, 13/10/07) et que
« Les langues asiatiques sont en passe d'être plus utilisées que l'anglais sur Internet. Selon le site Internetworldstats.com, sur les 1,2 milliard de personnes qui utilisent Internet dans le monde, 31 % ont l'anglais comme première langue. Mais le chinois augmente sans cesse : 15,7 % des internautes sont sinophones, nombre qui a quintuplé en sept ans. L'Asie compte le plus grand nombre d'internautes (437 millions) avec un taux de pénétration de seulement 12 % de la population. Les 322 millions d'internautes européens et les 233 millions de Nord-Américains représentent respectivement des taux de pénétration de 40 % et 70 %. Par ailleurs, l'Internet Corporation for Assigned Names et Numbers (Icann), qui gère les adresses Internet mondiales, a annoncé, lundi 8 octobre, que les noms des sites Internet pourront désormais être rédigés dans onze alphabets non occidentaux. Ces adresses pourront être testées sur le site de l'Icann pour vérifier qu'elles fonctionnent. Sept ans auront été nécessaires à cet organisme pour appliquer sa propre décision de rendre les noms de domaines internationaux. »
D'autre part, on apprend que la Chine comptait plus de 172 millions d’utilisateurs d’internet en septembre 2007. Pour plus de détail, on pourra consulter les données du China Internet Network Information Center 中国互联网络信息中心 (ici en anglais ou en chinois).

Il ne faut pas être grand devin pour imaginer que cette inflation ne manquera pas d'avoir une influence sur la création littéraire chinoise. Du reste, ce phénomène est en gestation comme le note déjà Danwei (ici). J'ai déjà eu l'occasion de signaler que nous sommes attentifs à la part que va prendre l'internet dans le monde des lettres chinoises et dans l'espace créatif des auteurs chinois. Nombre d'entre eux possèdent et entretiennent régulièrement des blogs ; ceux-ci diffusent souvent des parties non négligeables de leur création, et les billets qu'ils livrent sont souvent riches en informations sur la genèse de leurs œuvres. On ne peut donc pas passer à côté de ce phénomène, alors préparez-vous à être sollicité pour collaborer à la mise en place d'un observatoire de la création littéraire chinoise sur internet, observatoire qui aura sa fenêtre sur le site de l'équipe. A vos souris. (P.K.)