Affichage des articles dont le libellé est traduction. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est traduction. Afficher tous les articles

vendredi 22 novembre 2013

lundi 3 septembre 2012

Reprise


Reprise de l'activité de ce blog après un mois d'interruption volontaire.... juste à temps pour vous signaler que la recherche sinologique a rendez-vous à Paris pour la XIX Biennial Conference of the European Association of Chinese Studies (EACS) (Paris, September 4th –8th 2012).

Li Shiwei  黎诗薇 interviendra (vendredi 7, matin) dans le panel Translation studies avec un exposé intulé Translating pre-modern Chinese novels in France, from the Age of Enlightenment to present days.

Je compte sur elle pour vous faire un compte-rendu de ces quatre journées intenses qui seront lancées par une intervention du Prof. Léon Vandermeersh (le 5/09, 10:00-11:00)
Pour consulter le programme et les résumés des communications, merci de vous se rendre ici.


dimanche 1 avril 2012

Une fabuleuse histoire


Le livre du jour (1er avril) est incontestablement celui publié en janvier dernier sous le titre français Le poisson et le bananier. Une histoire fabuleuse de la traduction (Paris, Flammarion, 2012, 394 p.)  que David Bellos, a livré en anglais sous celui de Is That a Fish in Your Ear ? Translation and the Meaning of Everything (Penguin Books, 2011) dont la première partie renvoie au Babel Fish du The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy. On peut même encore écouter le savant Professeur à l'Université de Princeton dans l'Humeur vagabonde, émission radiophonique diffusée sur France Inter le 25 janvier 2012. Bonne lecture et à (très) bientôt pour le retour des Miscellanées littéraires. (P.K.)

vendredi 3 février 2012

IDEO 4 - Hommage à Jacques Dars



Jacques Dars fut non seulement un être exceptionnel et un spécialiste de la littérature chinoise ancienne d’une grande curiosité, ce fut aussi un traducteur dont la disparition le 28 décembre 2010 laisse un vide incommensurable dans notre champ d’étude, et inconsolables ses lecteurs fidèles.

Notre équipe de  recherche Leo2t (UMR 7306 - IrAsia) ressent le besoin de lui rendre hommage par la publication d’un numéro spécial de sa revue en ligne Impressions d’Extrême-Orient.

Nous lançons donc un appel à contribution en direction de tous les traducteurs pour qui l’œuvre de Jacques Dars fut une source d’inspiration, ou qui ont eu la chance de travailler avec lui notamment dans le cadre de la collection Connaissance de l’Orient (Editions Gallimard) qu’il a dirigée pendant 20 ans.

Nous désirons donner la priorité à des traductions inédites de textes courts issus des littératures d’Asie que notre équipe a inscrites dans son champ d’exploration, principalement les littératures chinoise, japonaise, indienne, vietnamienne, coréenne, thaïe, birmane.

Les textes seront accompagnés d’un appareil critique (présentation et notes) adapté et de sa version originale qui sera fournie aux lecteurs selon le modèle retenu pour le premier numéro de notre revue sur le thème du voyage [voir http://ideo.revues.org/59]

Les textes doivent être libres de droits. Pour les œuvres contemporaines, le traducteur devra disposer au préalable de l’accord de l’auteur pour la publication en ligne de la traduction.

Les propositions seront évaluées par un collège d’experts comprenant au moins un spécialiste la langue et de la culture du texte. Le rendu final ne pourra excéder 20 feuillets de 1500 signes espaces compris.

Le calendrier à respecter est le suivant :
•   les propositions seront reçues jusqu’au 30 avril 2012
• les propositions seront évaluées pendant les trois mois suivants et ceux qui les ont envoyées seront fixés sur leur acceptation ou non début septembre.
•  le travail éditorial occupera les mois suivants pour une mise en ligne sur le portail revues.org à l’adresse ideo.revues.org début 2013.

Contact et envoi des contributions :
pierre.kaser@univ-amu.fr

vendredi 24 septembre 2010

Traduire : un art de la contrainte

Les 17 et 18 octobre 2008 s'était tenu à l'Université de Provence un colloque co-organisé par L'« Equipe sur les Cultures et Humanités Anciennes et Nouvelles Germaniques et Slaves » (EA 4236) et notre équipe. Deux années se sont écoulées depuis. Les actes de cette manifestation baptisée « Traduire : langues et réalités. Un art de la contrainte » viennent de sortir aux Publications de l'Université de Provence (Aix-en-Provence) sous le titre Traduire : un art de la contrainte.

Cet ensemble de 295 pages sur lequel Charles Zaremba a veillé avec une grande attention réunit 22 intéressantes contributions (voir la table des matières téléchargeable sur le site de l’éditeur) parmi lesquelles celles de membres de notre équipe :
  • Philippe Che, « Repérer et traduire le langage allusif chez Ge Hong (283-343) », pp. 57-67.
  • Pierre Kaser, « Traduire le théâtre littéraire chinois ancien : Les Amants de la scène de Li Yu (1611-1680) », pp. 67-79.
  • Noël Dutrait, « Traduction de la réalité et du réalisme magique chez Mo Yan », pp. 81-93.
Il est également question de chinois avec la traduction de Causerie de Beaudelaire par Wang Xiaoxia : Jiao tan 交谈 [in F. Douay Soublin, « Constellations de contraintes, un poème de Beaudelaire sous le feu des traducteurs » (pp. 201-231), pp. 218-221]

« Les interventions et discussions qui ont jalonné les deux jours du colloque ont affirmé encore une fois (concluent N. Dutrait et C. Zaremba (p. 6), les éditeurs et rédacteurs d’un « Prélude » à deux voix), que par son caractère non mécanique, la traduction était un art où il s’agit non de créer, mais de re-créer, et c’est dans le re- que réside toute la contrainte qui pèse sur le traducteur (que, naturellement, il faut imaginer heureux).» (P.K.)


jeudi 22 juillet 2010

L'inaperçu de l'Inaperçu

Tout en se réjouissant qu'une œuvre chinoise soit primée, ce billet veut, en toute impartialité et sans esprit polémique, attirer l'attention sur un détail qui semble être passé inaperçu aux yeux du jury littéraire qui a distingué l'ouvrage en question.
Cette mise au point, ou plutôt cette mise en exergue d’un problème lié à l'attribution de prix à des œuvres des littératures d'Extrême-Orient et à leur accessibilité en langue française, me paraît suffisamment intéressante pour être portée en débat ici ; elle dépasse, en effet, le cadre très précis de ce prix particulier et de la traduction qu'elle honore.
Voici de quoi il s’agit.

Tout récemment, les jurés du « Prix de l'Inaperçu 2010 » ont primé dans la catégorie « Inaperçu/Etranger », Pingyuan 平原 de l'écrivain chinois Bi Feiyu 毕飞宇 ou, pour être plus précis, sa traduction par Claude Payen parue aux Editions Philippe Picquier sous le titre La Plaine. L'année dernière, le même jury avait, notons-le, retenu La Chambre solitaire de Shin Kyong-sku, traduit par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot également chez Picquier ; l’année précédente, lors de la première édition, l’auteur chinois Wang Gang figurait dans la liste des nominés pour son English (Picquier), c’est dire l’attachement que porte ce jury aux littératures d’Extrême-Orient et aux productions de l’éditeur qui en est le principal défenseur chez nous.
L'ouvrage primé cette année, paru en août dernier, n'avait guère reçu de critique, sauf ici et sur internet : c'est justement ce qui le prédisposait à être inscrit avec quatre autres titres sur la liste des ouvrages candidats, pour un prix l’« Inaperçu/Etranger », qui comme son nom l'indique, s'attache à révéler un ouvrage en traduction « passé inaperçu des critiques et des lecteurs » mais qui mérite d’être connu et lu.
Le prix, remis le 25 mai lors d’une soirée festive au Café de l’Industrie à Paris en présence de l'éditeur a, selon Livres Hebdo, eu pour effet immédiat que « Bi Feiyu et Eric Vuillard [le lauréat français] ne passent plus inaperçus ». La preuve ici.
Le site de l'académie conduite par un comité à la tête duquel se trouve Nils C. Ahl, journaliste, auteur et traducteur, qui travaille à donner aux littératures d'Extrême-Orient toute leur place dans le paysage contemporain notamment par ses critiques du Monde des Livres, offre tous les éléments pour bien comprendre et envisager dans toute sa complexité l'angle d'approche et la méthodologie mis en œuvre une fois par an, et aussi ses limitations, lesquelles, pour faire court, sont essentiellement linguistiques.

Pour en prendre la mesure, posons les éléments du problème :

La traduction d'abord : grâce à l'éditeur, on peut, sans engager le moindre frais ou se rendre à la bibliothèque, se faire une idée de l'ouvrage et en en lisant les pages 7 à 29, soit le premier chapitre en entier duquel je vais extraire les deux premiers paragraphes (page 7) --- on sait combien les auteurs y apportent toute leur attention, les traducteurs ne sont pas en reste : on peut donc penser que le passage suivant est particulièrement représentatif de l’ouvrage entier, et en constitue en quelque sorte la quintessence :
Encouragée par le soleil de juin, la terre avait enfin revêtu sa parure dorée. L’orge était mûre. Entre les diguettes, entre les villages, entre les norias, entre les sophoras, le sol avait disparu. Tout n’était plus qu’or et lumière. Pas de hautes montagnes, pas de vallées profondes. D’un seul regard, on embrassait la plaine du Nord du Jiangsu qui ondulait à l’infini dans la chaleur de l’été. L’odeur qui flottait dans l’air était l’appel de la terre. L’orge était mûre. Il fallait commencer la moisson.
Les yeux mi-clos, la bouche entrouverte, les paysans contemplaient l’immensité dorée, heureux de respirer le parfum de l’orge mûre, et ils sentaient les barbes de ses épis leur chatouiller délicieusement le cœur. La récolte de l’an dernier était depuis longtemps épuisée. Il était temps que la nouvelle récolte arrivât. Cette orge représentait leurs galettes, leurs mantou [note : Petits pains cuits à la vapeur.], leurs nouilles, leurs trois repas quotidiens. Elle était sur leurs tables les jours de noces ou de funérailles. En un mot, c’était leur vie.
Voici, à n’en pas douter, une bien belle entrée en matière qui invite à la lecture ... Pourtant dans son article sur Bi Feiyu et ses ouvrages disponibles en français - tous traduits par Claude Payen chez Picquier - Bertrant Mialaret (Rue89.com) émet des réserves sur le style du jeune auteur de Xinghua 兴化 : « Ce n'est pas un paysan comme Mo Yan ; on le constate dans ses descriptions de la campagne, des cultures et des récoltes : on ne sent pas le riz pousser…» Certes, Bi Feiyu n’a pas le métier de son aîné du Shandong, mais le lecteur attentif de tout ce qui se publie en littérature chinoise, ne se trompe-t-il pas de cible ? Un coup d’œil sur le texte source pourrait n’en doutons pas nous aider à trancher.
麦子黄了,大地再也不像大地了,它得到了鼓舞,精气神一下子提升上来了。在田垄与田垄之间,在村落与村落之间,在风车与风车、槐树与槐树之间,绵延不断的 麦田与六月的阳光交相辉映,到处洋溢的都是刺眼的金光。太阳在天上,但六月的麦田更像太阳,密密匝匝的麦芒宛如千丝万缕的阳光。阳光普照,大地一片灿烂, 壮丽而又辉煌。这是苏北的大地,没有高的山,深的水,它平平整整,一望无际,同时也就一览无余。麦田里没有风,有的只是一阵又一阵的热浪。热浪有些香,这 厚实的、宽阔的芬芳是泥土的召唤,该开镰了。是的,麦子黄了,该开镰了。
庄稼人望着金色的大地,张开嘴,眯起眼睛,喜在心头。再怎么说,麦子黄了也是一个振奋人心的场景。经过漫长的、同时又是青黄不接的守候之后,庄稼人闻到了新麦的香味,心里头自然会长出麦芒来。别看麦子们长在地里,它们终究要变成苋子、馒头、疙瘩或面条,放在家家户户的饭桌上,变成庄稼人的一日三餐,变成庄 稼人的婚丧嫁娶,一句话,变成庄稼人的日子。[source]
Pour qui lit le chinois, ce début est, me semble-t-il, mais je ne suis pas un spécialiste, bien trempé, et caractéristique du style de l’auteur qui transcrit quelque chose de la beauté et de la vigueur de la nature de ce petit coin du Jiangsu. Frappé par le décalage entre les deux textes, j’ai alerté mes camarades sinisants de l’équipe Leo2t qui n’ont pas manqué de réagir.

Je souscris totalement à ce qu’une lectrice aussi attentive qu’avertie des problèmes de traduction que nous réserve le chinois, a pris la peine de noter : « Au premier coup d’œil, on se rend compte d’une incohérence formelle, à savoir : le rendu en français est plus court que le passage original en chinois (ce qui a priori est impossible puisqu’une traduction représente environ 1,5 du texte chinois). Confronté au texte chinois, les craintes s’avèrent fondées : l’ordre des phrases est parfois inversé, des passages sont supprimés (soit morceaux de phrases, soit phrases entières), on note quelques faux sens, l’interprétation est trop libre. On semble plus face à une réécriture que face à une réelle traduction. C’est d’autant plus dommage que le texte français se lit bien, avec des tournures agréables, et reste cohérent pour un lecteur non sinisant. »

Un autre collègue encore mieux placé pour fournir un avis, a même obligeamment proposé, avec les réserves dues aux contraintes de l’exercice et au temps qu’il avait à lui consacrer, sa propre traduction que je vous livre ci-dessous avec son autorisation :
Le blé était jaune, la terre ne ressemblait plus à la terre, elle avait été stimulée et son énergie était montée d’un coup. Entre les levées de terre, entre les villages, entre les norias, entre les sophoras, les champs de blé à l’infini et le soleil du sixième mois rivalisaient de rutilance, partout débordaient des rayons dorés aveuglants. Le soleil était dans le ciel, mais c’étaient les champs de blé du sixième mois qui lui ressemblaient le plus, les barbes drues des épis tels des rayons étroitement serrés. Partout brillait le soleil, les terres s’étendaient rutilantes et splendides. C’étaient les vastes terres du Nord-Jiangsu, pas de hautes montagnes, pas d’eaux profondes, toutes plates, à perte de vue, embrassées d’un seul coup d’œil. Dans les champs de blé, pas un souffle de vent, seules montaient par moments des bouffées de chaleur odorantes. Ces fortes fragrances à l’infini, c’était l’appel de la terre : l’heure des moissons avait sonné. Oui, le blé était jaune, l’heure des moissons avait sonné
Les paysans contemplaient les vastes terres dorées, bouche ouverte, les yeux mi-clos, la joie au cœur. En fin de compte, le blé jaune était aussi une scène stimulante pour le cœur des hommes. Après une longue attente, après la pénurie entre les deux récoltes, quand les paysans sentaient l’odeur du blé nouveau, en eux poussaient spontanément les barbes des épis. Même si le blé poussait dans la terre, il finirait par devenir galettes aux herbes, petits pains à la vapeur, boulettes ou nouilles, il apparaîtrait sur la table de chaque maison, chez les paysans il deviendrait repas trois fois par jour, chez les paysans il accompagnerait fiançailles, mariages et enterrements, bref, chez les paysans il deviendrait la vie même.
Qui dit mieux ? Vos propositions, amendements et surtout vos réflexions, seront les bienvenues ; vous pouvez, si le cœur vous en dit, nous les communiquer dans un commentaire.

Il ressort de cette confrontation plusieurs interrogations que l’on ne peut pas occulter, au premier chef desquelles celle-ci : comment justifier le décalage entre le texte source et le premier rendu en français ?

Certes, on peut arguer que le traducteur n’a pas utilisé le même texte original que nous [savoir une version en ligne, laquelle est conforme à la version papier de l’édition Jiangsu wenyi, Nanjing, 2005, 432 p., pp. 1-2 (Cote 895.1b BIF au SCD Université de Provence) également consultée], mais il n’en reste pas moins que certains choix ne sont pas dus à un texte source inconnu ou inédit ; on peut dès lors se demander : si le texte finalement publié a, ou non, été revu par l’éditeur soucieux de livrer un texte moins volumineux donc moins onéreux, voire plus conforme à l’idée qu’il se fait de la littérature chinoise ; si le traducteur renoue consciemment ou non avec la tradition des « belles infidèles » ; s’il travaille en tandem avec un « lecteur source » peu scrupuleux, ou d’une « traduction relai » ; s'il s'agit, in fine, d'une commande à honorer rapidement ; que sais-je encore ? Quelque soit l’explication, notre petit examen a, je crois, déjà montré son utilité en indiquant que le jury du Prix de l’Inaperçu 2010 a primé un ouvrage quelque peu distordu par rapport à l’original.

Reste aussi entière la question de savoir s’il vaut mieux avoir un « Bi Feiyu allégé et primé » que « pas de Bi Feiyu du tout », question qui, naturellement, peut se poser avec tous les auteurs traduits à ce jour -- rappelons pour information que Claude Payen a livré en moins de 10 ans une bonne quinzaine de titres de littérature chinoise contemporaine et moderne dont cinq de Lao She 老舍, deux de Yan Lianke 阎连科, quatre de Bi Feiyu, pour la plupart parus aux Editions Philippe Picquier.

En guise de conclusion provisoire, j'invite les différents acteurs de la diffusion des littératures d'Extrême-Orient dans notre langue - savoir traducteurs, éditeurs, critiques, libraires, bibliothécaires, universitaires et lecteurs - à engager une réflexion sur leurs responsabilités respectives, réflexion qui pourrait aboutir un jour prochain à la création d'un label, d'une charte de bonne conduite ou de critères d'évaluation qualitative. Notre équipe apportera sa contribution, notamment dans les travaux préparatoires à son projet d'Inventaire des traductions françaises des littératures d'Extrême-Orient (ITLEO) dont il sera souvent question l'année prochaine ici et sur notre espace Netvibes. D'ici-là, je vous souhaite d'agréables vacances ponctuées de lectures stimulantes. (PK & co).

 
Complément du 28 avril 2013 : Ce billet publié le 22 juillet 2010 a déjà suscité  quatre commentaires, que vous pouvez lire en activant le lien suivant > http://jelct.blogspot.fr/2010/07/linapercu-de-linapercu.html < ou en cliquant > ici <, mais aussi une demande de droit de réponse par l'auteur de la traduction, Monsieur Claude Payen. Vu sa longueur, il n'est pas possible de le glisser dans un commentaire, aussi nous avons choisi de le proposer ci-dessous. Le voici :

Droit de réponse 
   
Par le plus grand des hasards, je tombe sur ce blog et je découvre que je suis violemment attaqué. Je ne comprends d’ailleurs pas les motivations de mes détracteurs. Je leur rappellerai seulement un de mes proverbes anglais préférés : « He who lives in a glass house shouldn’t throw stones ».
    Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, j’ai commis une faute que je ne m’explique pas. En effet, j’ai un peu élagué la traduction de la première page. Je ne me souviens pas dans quelles circonstances. Peut-être, en relisant, ai-je trouvé une phrase ou deux un peu lourdes que j’avais l’intention de modifier et que j’ai effacées sans les remplacer. En tout cas, je ne crains pas d’affirmer que je n’ai pas trahi l’auteur, comme le font les traductions proposées sur ce blog. Il est moins grave de mal décrire une voiture que de déclarer qu’elle fonctionne au gazole, alors qu’elle fonctionne à l’essence. C’est pourtant ce que font ceux commettent une grosse faute factuelle dès le premier mot de leur traduction.
  "Ne pas connaître les cinq céréales", signifie, si je ne m'abuse en chinois "être un peu idiot". Je ne suis pas, et de loin, le meilleur traducteur, mais je peux me targuer d'être un des plus qualifiés pour la traduction des descriptions de la vie des paysans pauvre. Pourquoi? Parce que j'ai été élevé chez les paysans du Morvan pendant la guerre (la deuxième guerre mondiale) et j'ai travaillé dans les champs depuis l'âge de cinq ans, avec les femmes, puisque les hommes étaient prisonniers en Allemagne. J’ai porté dans mes bras des gerbes de blé et d’orge et j’ai avalé la poussière en tournant la manivelle du tarare. Je connais donc la différence entre le blé et l’orge et je sais ce qu’est un tarare.
  La critique de ma traduction n’est pas ce qui m’a affecté le plus, puisque je peux facilement démontrer que d’autres ne sont pas meilleurs que moi. Noël Dutrait a d’ailleurs bien voulu reconnaître que certaines de mes remarques étaient « convaincantes. »
   J’avais un jour déclaré à Brigitte Duzan qui tenait à m’interviewer qu’un proverbe chinois dit que « L’homme craint d’être célèbre comme le cochon craint d’engraisser » Or, un anonyme ( ?) se précipitant comme les mouches sur… (étant plus poli que lui, je le laisse terminer la phrase) sur une remarque de Brigitte Duzan me qualifiant de traducteur « compulsif », m’accuse carrément d’être un fumiste. Or, Brigitte Duzan qui est parfaitement anglophone a employé le mot au sens anglais qui n’a rien de péjoratif. (Vous pouvez lui demander confirmation). « A compulsive smoker », c’est simplement un fumeur invétéré. Pour ma défense, s’il en était besoin, je dirai que, lorsque j’ai pris ma retraite après avoir travaillé toute ma vie près de quinze heures par jour, je me suis retrouvé assis devant mon bureau du matin au soir, je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas pu traduire deux pages de roman par jour, sans traduire à une vitesse excessive. D’autres traduisent autant que moi tout en travaillant et en écrivant des articles.
      Je crois avoir retenu aussi que vous souhaitez (comment ?) attribuer un label de qualité aux traductions, comme pour le saucisson ou le fromage. Ce label existe déjà dans les pays totalitaires qui vont même plus loin en interdisant la publication. C’est le cas de la Chine, dans des conditions qui ne sont pas très claires. Il existait aussi l’imprimatur du Pape (je ne sais pas si elle existe encore).
    Je vois deux traductions, l’une d’un collègue « qualifié » (Qui ?), l’autre d’une étudiante. Le collègue a bien regardé le texte, mais il a omis de se renseigner (comme je l’ai fait) auprès de l’auteur, si bien qu’il commet une énorme faute dès le premier mot de sa traduction.
    Quand j’ai commencé la traduction du livre, j’étais en Chine et j’ai rencontré plusieurs fois Bi Feiyu. Il a bien insisté sur le fait qu’il fallait traduire  麦  par « orge ». Pour qu’il n’y ait pas de confusion possible, il connaissait même le mot anglais « barley ». Le blé, c’est  小麦  comme l’a bien traduit Sylvie Gentil au début de « Bon baisers de Lénine ». (Ligne 8 du texte chinois : « 小麦已经满熟  呢 ». Ligne 12 de la traduction : « Le blé était à maturité ».)   C’est grave pour la suite, car même s’il existe peut-être des variétés de blé possédant des barbes, c’est surtout l’orge qui est célèbre pour ses barbes. 风车 : La traductrice (félicitée par le professeur pour sa traduction) a remplacé mes « norias » par des « tarares ». Plus prudent, le collègue devait savoir que les paysans ne pouvaient pas laisser leurs tarares passer l’hiver pour pourrir dans les champs. Je n’insisterai pas sur d’autres détails qui me semblent discutables.
    Bref, je me suis permis de déranger un peu l’ordre des choses en ne collant pas mot pour mot au texte. Mon expérience (très longue) me permet de donner un conseil aux étudiants : « Quand vous faites une version, attention ! Le professeur est en embuscade. Une traduction lourde montrant que vous avez bien compris vous vaudra un « md » (mal dit), ce qui vaut mieux qu’un « cs » (contresens) » Je mérite des « md ». J’ai essayé de faire une introduction agréable à lire, j’ai réussi puisque l’éditeur l’a citée en présentation du livre. Des gens mal intentionnés sur ce blog accusent Philippe Picquier de je ne sais quels noirs desseins. C’est de la calomnie et de l’idiotie pure ! L’éditeur m’a fait confiance et j’assume la responsabilité de la traduction. Je voudrais savoir si les éditeurs des autres traducteurs (présents sur ce blog) ont à leur disposition un traducteur pour relire les traductions des traducteurs. Il semblerait aussi que certains proposent une formule mathématique pour évaluer une traduction : « texte français = texte chinois x 1,5 » en oubliant de préciser l’unité de mesure. Dans le cas du livre qui nous préoccupe, nous avons : Texte chinois : 30 caractères x 28 lignes x 267 pages (237 000 caractères selon l’éditeur). Texte français : 50 lettres x 33 lignes x 476 pages = 785 400 lettres. La formule est-elle respectée ? Ne connaissant pas l’unité de mesure, je suis incapable de répondre.
    Je ne crois pas, comme le déclarent certains que les écrivains chinois soient très à cheval sur les détails de style. Le contenu est pour eux plus important que la forme. D’ailleurs, quand je lis les commentaires de lecteurs chinois, je vois qu’ils critiquent surtout l’histoire et non la forme. D’autre part, excepté pour Lao She, j’ai toujours gardé le contact avec les auteurs que je traduisais et, plusieurs fois, je leur ai signalé des erreurs scientifiques ou chronologiques et ils m’ont toujours autoriser à les modifier comme bon me semblait. Je ne publierai pas les exemples car, contrairement à certains participants de ce blog, je n’éprouve pas le besoin de ridiculiser mes semblables pour montrer mon intelligence (au cas où j’en posséderais une).
    J’ai aimé ce livre car j’y ai retrouvé une atmosphère que j’ai un peu connue et je l’ai peut-être mieux compris que d’autres car j’étais abonné au Renmin Ribao au Renmin Huabao et d’autres journaux, ce qui m’a permis de comprendre ce que des plus jeunes que moi n’ont pas bien compris.
    Ici, se termine mon plaidoyer.
                                                                               Claude Payen (23 avril 2013)

vendredi 14 mai 2010

La Fabrique des Traducteurs


Il y a peu nous vous avons signalé l'existence du blog du CITL. Voici, aujourd'hui, un message urgent en provenance de ce Collège international des traducteurs littéraires basé à Arles. Je vous le livre, tel quel, en insistant seulement sur l'intérêt qu'il peut présenter pour de jeunes traducteurs. Je vous remercie de lui assurer une publicité sans réserve.



Selon toute vraisemblance, le Collège international des traducteurs littéraires (CITL), à Arles, accueillera à partir du 30 août prochain « La Fabrique des traducteurs ». Ce programme a pour objectif de donner à de jeunes traducteurs en début de carrière l’occasion de travailler avec d’autres traducteurs expérimentés et de mieux connaître le paysage de la traduction et de l’édition dans les deux pays.

Les enjeux

Face au recul de l’enseignement du français dans le monde, face au vieillissement du vivier des traducteurs et aux difficultés qu’ils ont à exercer leur métier, l’émergence d’une nouvelle génération qualifiée, familiarisée avec les réalités des métiers du livre et apte à jouer un rôle de passeur entre le français et la langue d’origine est une nécessité. La Fabrique des traducteurs vise à renouveler les générations de traducteurs étrangers traduisant du français vers leur langue), en s’appuyant sur un travail en tandem. Les jeunes traducteurs traduisant vers le français y trouveront un précieux dispositif de perfectionnement : une situation de bilinguisme idéal où chacun bénéficie de l’apport d’un locuteur naturel.

L’objectif est aussi de développer le réseau des traducteurs professionnels, en constituant un noyau de traducteurs d’une même génération, qui formeront à moyen terme un réseau international d’entraide et de compétences. Pour chaque session linguistique, trois jeunes traducteurs traduisant du français vers leur langue travailleront avec trois jeunes traducteurs traduisant dans l’autre sens.

A plus long terme, la visée est enfin de favoriser le repérage ou l’émergence de structures qui apportent un soutien au travail des traducteurs dans leur pays, et de nouer de nouveaux partenariats.

Principes de fonctionnement :

La Fabrique des traducteurs repose sur un triple tutorat :
  • Un axe « vertical », grâce à la présence conjointe de deux traducteurs expérimentés traduisant respectivement du français et vers le français. Ces tuteurs guideront le travail.
  • Un axe « horizontal », les jeunes traducteurs se choisissant mutuellement pour traduire en tandem.
Chaque traducteur bénéficie ainsi pour son travail en cours de la compétence d’un locuteur naturel, ce qui apporte un enrichissement mutuel décisif.
  • L’inscription dans un réseau : Dix semaines du travail sur projets, où le travail en tandem alterne avec des séances plénières.
  • Des rencontres avec des professionnels du livre (éditeurs, directeurs de collection, responsable de droits étrangers, association de traducteurs, responsables) de revues ou opérateurs institutionnels ...
Public concerné :

Les langues concernées pour 2010 seront successivement le russe (du 30 août au 7 novembre 2010), le chinois (du 4 novembre 2010 au 12 janvier 2011). Suivront en 2011 l’arabe, l’italien, l’espagnol et le portugais. Le programme s’adresse à de jeunes traducteurs en début de carrière. Les candidats à ce programme seront porteurs d’un projet personnel de traduction. C’est sur ce projet et sur des critères d’excellence qu’ils seront choisis.

Conditions d’éligibilité :
  • être âgé de 35 ans maximum
  • être entièrement disponible du 30 août au 7 novembre 2010 pour la session "russe" et du 4 novembre 2010 au 12 janvier 2011 pour la session "chinoise"
  • justifier d’un projet de traduction autour du domaine linguistique défini
  • justifier d’une traduction publiée de la même langue : 1 ouvrage ou 2 textes en revue ;
  • ne pas avoir bénéficié d’une aide du CNL depuis au moins 2 ans.
Date limite de dépôt des dossiers :
  • 31 mai (langues : RUSSE et CHINOIS)
Déroulement du séjour :
  • Chaque session prévoit la venue de deux traducteurs expérimentés différents dans chaque sens, chacun venant 3 à 4 semaines. Le temps restant sera mis à profit pour le programme de rencontres professionnelles et la préparation de la présentation publique.
  • L’atelier se déroulera au Collège international des traducteurs littéraires (Arles). Le lieu offre à ses résidents la possibilité d’utiliser une bibliothèque spécialisée de 17 000 ouvrages. L’hébergement se fait soit sur place en studios individuels équipés d’une salle d’eau et d’un bureau, soit en appartement au centre ville d’Arles. Le Collège dispose enfin d’un équipement collectif permettant de prendre ses repas sur place (cuisine équipée, salon, salle à manger, terrasse).
  • Les textes traduits au cours des sessions feront l’objet d’une présentation publique de clôture. Cette présentation sera précédée d’un travail de mise en voix, encadré par un professionnel de la scène qui sera bilingue.
  • La publication d’une brochure diffusée à 300 exemplaires auprès des professionnels du livre et présentant les travaux réalisés donnera une visibilité au programme et à ses participants.
  • Les participants pourront assister aux événements littéraires organisés par le CITL (cycle de découverte la littérature française contemporaine, ...) et, pour les sessions russe et chinoise, participer au Assises de la traduction littéraire en Arles du 5 au 7 novembre 2010 (rencontres professionnelles ouvertes qui réunissent environ 250 participants et qui proposent des ateliers de traduction, lectures, conférences et tables rondes).
Renseignements et inscription :
  • Les dossiers de candidature sont à retirer auprès du Centre National du Livre (Hôtel d’Avejan. 53, rue de Verneuil. 75343 Paris cedex 07 Tél. : 01 49 54 68 68 / Fax : 01 45 49 10 21)
  • Les candidats retenus seront boursiers du CNL. Ils percevront un crédit de résidence d’un montant de 5 000 € pour un séjour de deux mois et demi
  • Le formulaire d’inscription sera téléchargeable sur le site http://www.centrenationaldulivre.fr
  • Les dossiers sont à retourner par fax ou par mail au Centre national du livre, à l’attention de : Valérie ICHOU. Bureau des Auteurs. 53 rue de Verneuil. 75343 PARIS CEDEX 07. Tél. 01 49 54 68 12. Mél. valerie.ichou@culture.fr
Financement
coproduction ATLAS-CITL - Culturesfrance - Centre National du Livre (CNL) -
Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) -
Région Provence Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA)
Le Collège international des traducteurs littéraires (CITL)
est géré par l’association ATLAS,
qui organise les Assises de la Traduction Littéraire en ArleS.
CITL - Espace Van Gogh, 13200 Arles - Tél. 04 90 52 05 50 Fax 04 90 93 43 21
www.atlas-citl.org

mercredi 28 avril 2010

De la traduction du chinois

En actionnant le lien suivant > ici <, vous vous rendrez sur notre page Dailymotion et serez alors en mesure d'écouter pendant un peu moins de 5 minutes l'intervention de Noël Dutrait dans l'émission Post Frontières (Florian Delorme) du 29 mars 2010 sur France Culture. L'émission intégrale est toujours accessible, mais pour une durée réduite, en podcast sur sa page d'archives.

Vous pourrez notamment y lire le commentaire qu'y a laissé le traducteur de Gao Xingjian, Mo Yan et que je reproduis ci-dessous. Inutile de dire que j'approuve son jugement final :
02/04/2010 16:49 dutrait (Le Puy Sainte Réparade, France)
C'est amusant qu'après mon intervention sur la traduction du chinois (dont je suis spécialiste), un intervenant se soit appliqué à dire le contraire de ce que j'affirmais. J'estime qu'en chinois, rien n'est totalement intraduisible. Les Chinois traduisent depuis très longtemps (on pense par exemple au canons bouddhiques venus d'Inde) et ils n'ont pas attendu la chute du mur de Berlin pour traduire les philosophes du monde entier. Un intervenant a même affirmé que le nom de la Chine en chinois avait quelque chose d'intraduisible, car il signifie "Pays du Milieu"... Mais en français, chaque fois qu'on parle de la mer Méditerranée, on ne pense pas automatiquement au fait qu'il s'agit d'une mer "entre les terres"...

Dommage que je n'ai pas pu répondre aux éminents spécialistes? C'est amusant de voir que quand on parle de la Chine et du chinois, tous les clichés sur la Chine mystérieuse et la langue chinoise prétendument si difficile reviennent aussitôt...
Noël Dutrait.

jeudi 14 mai 2009

A Trévise à toute allure

Vous n'avez plus de temps à perdre si vous voulez écouter les 10 intervenants qui vont parler des contraintes et des libertés dans la traduction du chinois à Trévise ce vendredi 15 mai. Juste le temps de lire de quoi il sera question à l'Auditorium Santa Croce du Complesso Universitario San Leonardo (Riviera Garibaldi 13/E - 31100 Treviso) et de découvrir la liste des communications – les résumés sont accessibles dans un document pdf téléchargeable ici ; l'affiche se trouve, quant à elle, :

International Conference, Treviso, 15 May 2009
The Chinese word for ‘translation’ is fan 翻, which means « turn over, reverse » (as in the Latin word vertere) and also « search, rummage ». Translating a Chinese text, whether a classical or a modern one, a technical or a literary one, means on the one hand to « search » among one’s linguistic and extralinguistic resources; on the other hand it means sometimes to « turn over completely » the text in order to produce an adequate translation. It may happen that to « betray » a text is the only way to be « faithful » to it: in Hunter’s words: « There is little point in translating the text ‘faithfully’ if its message is not communicated to the readers. And translation is, of course, communication, but not at all costs » (« Translation from Chinese: Coherence and the Reader », 1991, p. 627). Translating is often a hard and audacious task to be accomplished, according to George Steiner: « To move between languages, to translate, even with restrictions of totality, is to experience the almost bewildering bias of the human spirit towards freedom » (After Babel, 1998, p. 497). But the philological understanding of the text and a deep awareness of its linguistic, historical, and cultural background prevent the translator’s bias to freedom from becoming bewilderment and abuse. The question is: which problems of commensurability and translatability between Chinese and European languages are translators confronted with? Is there any specificity in Chinese translation and in Chinese language, and if there is any, is it possible and/or necessary to transmit it coherently into the metatext? Recent tendencies in Translation Studies try to answer some of these questions, in order to enrich the field with new perspectives and to challenge its Western-centric viewpoint. This conference on Chinese translation aims at exploring these and other features of Chinese translation from both a practical and a theoretical standpoint, and to analyse old and new ways of translating Chinese texts.
  • Bruno Osimo, Università Ca’ Foscari, Venezia : Terminology in metalanguage as a possible solution
  • Attilio Andreini, Università Ca’ Foscari, Venezia : How to establish the text to translate? Some methodological issues in reading Early Chinese manuscripts
  • Paolo Magagnin, Università Ca’ Foscari, Venezia : The practice of the remainder in translation from Chinese
  • Federica Passi, Università Ca’ Foscari, Venezia : Translation, modernity and the past: the case of Zhang Ailing
  • Michael Berry, University of California, Santa Barbara : Translation, Transcription, and Being Translated: Reflections on the Challenges of Chinese-English Literary Translation
  • Stefano Zacchetti, Università Ca’ Foscari, Venezia : Medieval Chinese as a Target Language: Translation Strategies in the Early Chinese Versions of Buddhist Scriptures
  • Sebastian Veg, French Centre for Research on Contemporary China (Hong Kong) : Lu Xun and « hard translations » : the specificities of Republican literature
  • Nicoletta Pesaro, Università Ca’ Foscari, Venezia : The rhythm of thought: some problems of translating syntax in modern Chinese literature
  • Noël Dutrait (Université de Provence) and Liliane Dutrait : Between fidelity and betrayal, between constraint and freedom, the choice of pragmatism: the translation of Mo Yan’s novels
  • Fiorenzo Lafirenza, Università Ca’ Foscari, Venezia : There’s a tense for every activity under heaven: strategies for choosing verbal tenses in literary translation from Chinese into Italian.

lundi 13 avril 2009

Un éditeur, un traducteur

L'éditeur, c'est Philippe Picquier qui, à l'occasion du dernier Salon du livre de Paris, répondait aux questions d'Aujourd'hui la Chine (interview mise en ligne le 16/03/2009 ). Voici, sans commentaire – je compte sur vous pour en faire -, un aperçu succinct de cet entretien publié sous le titre « Philippe Picquier, un éditeur qui fait découvrir l'Asie au public français » :
  • Du pourquoi de son engagement et de ses choix dans l'édition ? : J'ai commencé à travailler dans l'édition et dans les années 80, le marché était favorable car enfin, il y avait une réelle ouverture à la littérature étrangère, donc j'ai pu concilier ma passion, mes amitiés et le marché! Mais c'est un véritable travail de l'ombre, car je ne parle pas toutes ces langues et je travaille avec des interprètes et des traducteurs, ce qui n'empêche pas les bonnes questions. Une maison d'édition se construit avec des rencontres, il faut trouver ce qui est riche en eux et ce qui peut intéresser les autres. Il faut donc savoir comment découvrir et comment mettre en valeur les auteurs, voici d'ailleurs un des intérêts du salon du livre.
  • De l'avenir ? : Nous avons eu une bonne année 2008 et comme tout le monde, nous nous demandons ce qui va se passer en 2009.../... On va évidemment numériser notre catalogue petit à petit, comme nous avons vu le cadavre du disque dans le domaine de la musique, nous savons qu'il faut être vigilant, que nous devons nous préparer. Mais le livre physique n'est pas mort ! L'éditeur va voir son boulot changer mais celui-ci ne sera pas de moins bonne qualité.
  • Quid de la littérature en Chine ? : Pour la Chine, je suis moins optimiste que pour le Japon, la Corée et évidemment l'Inde, je pense que nous sommes dans un brouhaha inaudible d'où surnagent à peine 5-6 écrivains.

Le traducteur, c'est Claro. Il était interrogé par Gilles Heuré pour Télérama. Publié dans le n° 3090, l'entretien a également été mis en ligne (2/04/2009) : « Traduire, c’est parfois refaire un texte avec le sentiment de ne plus savoir écrire ». Egalement romancier et éditeur, Claro passe pour être « l'homme des auteurs difficiles » : c'est notamment à lui que l'on doit la traduction du Golden Gate de l'auteur indien Vikram Seth né à Calcutta en 1952. Paru en 1986, Golden Gate fut un premier roman remarqué d'abord pour sa forme : il est composé en vers, en hommage à l'Eugène Onéguine de Pouchkine. (1799-1837). On peut se faire un idée de la version française grâce à l'éditeur Grasset (2009, 337 p.) qui en offre les premiers sonnets.

Les propos du traducteur sur son art retiendront, je n'en doute pas, également votre attention. Je me contente ici de reproduire quelques bribes de l'entretien qui mérite d'être lu dans son ensemble et sa continuité :
  • « Passeur » ou « faussaire » ? : Un bon traducteur n'est pas forcément un écrivain, mais sûrement quelqu'un qui se sent obligé, presque moralement, de le devenir le temps d'une traduction. C'est donc un écrivain assez étrange : il est un double de l'auteur qu'il traduit et dont il doit intégrer le style, la vitesse ou la rythmique. Et en même temps, un écrivain dans sa propre langue. Le poète et traducteur Emmanuel Hocquard le dit très justement : « Je ne traduis pas, j'écris des traductions. »
  • De la fidélité du traducteur ? : La fidélité ne signifie pas qu'il faut rester collé au texte. Elle consiste à retrouver l'impulsion, c'est-à-dire ce qui a poussé l'auteur à écrire le livre, et à l'assumer dans une posture d'écriture, pas simplement de transposition ou d'équivalence.
  • Quid de « l'expérience » ? : Un traducteur ne devient pas meilleur avec le temps et la somme de ses traductions. Nous ne sommes pas des plombiers. Chaque texte présente ses difficultés propres et vous remet en cause. On peut ainsi aimer des textes et ne pas arriver à les traduire.
  • Quid de « la mise en déséquilibre » ? : C'est un moment très intéressant quand on aime les mots et l'écriture, parce qu'elle nous oblige à chercher comment un texte peut se tenir, se redresser. Les dictionnaires ne nous sont alors d'aucune aide, ils servent à tout sauf à traduire. Ce moment est vertigineux, il s'agit de refaire un texte avec le sentiment de ne plus savoir écrire. Ce qui est normal puisque traduire c'est d'abord défaire un texte, y compris dans sa propre langue.
  • Quid de « l'intraduisibilité » ? : C'est une notion que je ne peux admettre. Chaque texte exige les modalités de sa traduction. Un texte extrême pour telle ou telle raison, qu'elle soit musicale ou syntaxique, nécessite, comme les autres, d'inventer sa traduction. .../... Il faut aussi insister sur l'importance de la relecture de la traduction. Un éditeur peut en effet l'améliorer largement. Nous, traducteurs, pouvons réussir certains passages très compliqués et en rater d'autres, plus simples, parce que nous avons concentré notre énergie ailleurs. Personnellement, j'aime qu'un éditeur, ou son équipe, retravaille le texte. Quand vous rendez une traduction de mille feuillets et que l'on vous dit « c'est formidable », j'ai quelques inquiétudes.
  • De la durée de vie des traductions : Des traductions peuvent être périmées. Celles qui vieillissent le plus sont celles qui ont incorporé de l'argot, comme les anciennes Série noire. .../... Les retraductions sont rares, pour des questions financières. Il faut donc savoir choisir parce qu'une traduction doit durer longtemps.
  • « Loi du marché » vs « nécessité littéraire » : On assimile les livres à des produits, mais c'est idiot : un livre qui se vend à cent mille exemplaires aux Etats-Unis ne rencontrera pas forcément le même succès en France, même avec une promotion d'enfer.
Je vous laisse juge de ces différentes appréciations et positions qui pour ma part sont de salutaires stimulations. (P.K.)

dimanche 12 avril 2009

De la traduction du chinois… en Turquie

Je me souviens que, quand j’étais enfant, on m’avait raconté une blague, tout droit tirée de l’Almanach Vermot. Au moment de son exécution, on demandait à un condamné à mort quelles étaient ses dernières volontés. Celui-ci répondait que son seul et ultime désir était d’apprendre à parler le turc et le chinois avant de mourir… Aux yeux de l’humoriste, ces deux langues étaient donc les deux langues au monde les plus longues et difficiles à apprendre. J’ai bel et bien appris le chinois (au mois d’octobre 2009, je fêterai le quarantième anniversaire de mon apprentissage du chinois en me remémorant mes débuts à l’université de Provence sous la direction de Patrick Destenay qui nous initiait aux charmes des quatre tons, avant de commencer l’apprentissage des caractères dans la méthode américaine de Yale University, le fameux et excellent manuel de John DeFrancis), mais le turc m’est resté totalement inconnu. Il me faudrait sans doute encore une bonne quarantaine d’années avant de le maîtriser aussi bien que Marie-Hélène Sauner-Leroy, maître de conférences au département d’études moyen-orientales de l’université de Provence, actuellement en détachement à l’université de Galatasaray à Istanbul, qui m’a permis d’effectuer une mission dans le cadre des échanges Erasmus. Ce fut l’occasion de rencontrer des passionnés de traduction d’Istanbul, à l’occasion de conférences à ce sujet dans son université. La chaleur de l’accueil des autorités de l’université de Galatasaray – le professeur Kenan Gürsoy et le professeur Osman Senemoglu – n’a rien d’étonnant dans un pays aussi hospitalier que la Turquie et la qualité des discussions qui ont entouré les conférences a bien montré que, quelles que soient les langues traduites, du turc au français ou du chinois au français, les difficultés sont les mêmes.

Nous nous sommes demandé au passage comment s’était faite la traduction en turc de La Montagne de l’Âme et du Livre d’un homme seul de Gao Xingjian : à partir du chinois, du français… ou de l’anglais ? J’ai présenté aux collègues turcs et à leurs étudiants la méthode que nous pratiquions dans nos traductions : ni ciblisme, ni sourcisme, mais avant tout un pragmatisme qui permet de résoudre les difficultés du chinois au cas par cas, en respectant le texte original autant que faire se peut tout en soignant le style de la langue d’arrivée, dans le souci que le lecteur francophone profite au mieux de la lecture d’un texte de Mo Yan, Gao Xingjian, A Cheng, Su Tong ou Han Shaogong

Une autre conférence m’a permis de présenter Gao Xingjian, un auteur encore peu connu en Turquie, mais dont les deux principaux romans sont traduits. Les critiques qui ont été formulées après que le prix Nobel de littérature lui a été décerné en 2000 n’étaient pas sans rappeler à mes auditeurs turcs celles qui étaient apparues dans les milieux littéraires stambouliotes lorsque Oran Pamuk avait obtenu le même prix en 2006. L’évocation du rôle de passeur que Gao Xingjian a joué au début des années 1980 en Chine, quand il présentait à ses collègues écrivains l’œuvre de Ionesco ou celle de Prévert, et jetait les bases d’une réflexion sur l’« art du roman moderne » a manifestement reçu un fort écho auprès des enseignants de français de Galatasaray qui ont expliqué à quel point la littérature française a été influente en Turquie, depuis les grands classiques jusqu’au Nouveau Roman.

La découverte d’un pays réserve toujours des surprises… Sur le plan linguistique, si le turc m’a plutôt fait penser aux structures du coréen (la question ne semble pas tout à fait tranchée par les linguistes), l’influence au niveau du vocabulaire se manifeste ici et là. Nous avons en effet savouré de délicieux mantı (avec un i sans point), de petits raviolis dont le nom rappelle celui des mantou chinois. Le mot turc su pour l’eau semble bien venir de shui en chinois… et la porcelaine cini indique bien ses origines. Malheureusement, nous n’avons pas pu voir la collection de porcelaines chinoises conservée au palais de Topkapı (encore avec un i sans point) dont on dit qu’elle est une des trois plus grandes au monde. L’aile du palais où elle est exposée était en réfection… Une bonne raison de retourner à Istanbul.

Si M. Barack Obama se trouvait à Istanbul au même moment, ce n’est certes pas pour assister à des conférences sur la traduction, mais plutôt pour affirmer à quel point il estime nécessaire que la Turquie soit intégrée à l’Union européenne. Et le peu de temps où nous sommes restés en Turquie nous a prouvé que c’était certainement une bonne idée tellement ce pays paraît ouvert et prêt à se tourner vers l’Europe.

Noël Dutrait


jeudi 9 avril 2009

In memoriam Henri Meschonnic

Je viens d'apprendre, grâce au billet que lui a consacré aujourd'hui 9 avril 2009, Pierre Assouline dans sa République des livres, la triste nouvelle de la disparition d'Henri Meschonnic qui vient de mourir à l'âge de 77 ans. Pour saluer le « théoricien du langage et de la littérature, traducteur, poète » (Fabula.org), cet « esprit rare » (P. Assouline) dont l'œuvre va continuer de rayonner encore longtemps, je reproduis ci-dessous un court passage de son « Introduction », à Poétique du traduire (Paris : Verdier, 1999, p. 85).



Henri MESCHONNIC

(18 septembre 1932 – 8 avril 2009)

« S’il n’y a pas, selon chaque œuvre, une modification corrélative dans le traduire, il y a ce qu’on peut définir comme la mauvaise traduction. La bonne est celle qui fait ce que fait le texte, non seulement dans sa fonction sociale de représentation (la littérature), mais dans son fonctionnement sémiotique et sémantique. Ainsi les critères de bon ou du mauvais ne sont plus des critères simplement philologiques définis par la bonne connaissance de la langue : [Jacques] Amyot [(1514-1593)] et Beaudelaire ont fait des fautes, mais leur traduction est bonne. Une traduction sans faute peut être mauvaise. Les critères ne sont plus des critères subjectifs, esthétiques, l’accomplissement d’un programme idéologique, des goûts d’un individu, d’un groupe, d’un moment. Ce sont les critères pragmatiques de la réussite historique, c’est-à-dire la durée, qui n’est rien d’autre qu’un fonctionnement textuel, une activité discursive de relais. Les exemples ne sont pas si rares. Les traductions mauvaises sont certainement plus nombreuses, comme les mauvais livres plus nombreux que les bons. Mais les bonnes sont exemplaires en ceci que, contrairement au caractère périssable donné pour inhérent à la traduction - comme si la traduction était dans son essence identifiée à la mauvaise traduction - elles montrent que la traduction réussie ne se refait pas. Elle a l’historicité des œuvres originales. Elle reste un texte malgré et avec son vieillissement. Les traductions sont alors des œuvres - une écriture - et font parties des œuvres. Qu’on puisse parler du Poe de Beaudelaire et de celui de Mallarmé montre que la traduction réussie est une écriture, non une transparence anonyme, l’effacement et la modestie du traducteur que préconise l’enseignement des professionnels. »

jeudi 12 mars 2009

Intraduisible légèreté du blogueur distrait

Dans un billet mis en ligne le 30 novembre 2007, j'annonçais la tenue le 17 décembre de la même année à l'Université de Provence d'une Journée doctorale sur le thème « Traduire l’intraduisible », journée pendant laquelle devaient intervenir neuf orateurs, jeunes doctorants, professeurs de notre université ou chercheurs extérieurs à elle. Parmi eux , trois nous sont plus chers : Noël Dutrait, He Hongmei et Solange Cruveillé.

Depuis, comme nous l'apprend Sophie Rabau sur Fabula.org, la revue e-LLA, Revue électronique des doctorants en Langues, Lettres et Arts, hébergée par le site de l'Université de Provence, a mis en ligne – c'était le 2 juin 2008 ! -, son premier numéro qui propose justement les actes de cette journée d'étude.

Il est donc grand temps de se rendre sur les pages donnant accès à ces communications en format pdf :
  • He Hongmei (doctorante en littérature française, CIELAM), « Les traductions de Proust en Chine » : La comparaison de deux traductions de Proust en chinois nous permet de mieux comprendre comment les traducteurs ont transféré dans cette langue hétérogène le style proustien et particulièrement ses deux aspects les plus importants : la phrase et la métaphore. Au lieu de se borner à signaler les défauts ou les qualités de chaque traduction, notre comparaison a pour but de trouver leurs différences, d’illustrer les problèmes auxquels se heurtent les traducteurs et la manière dont ils les résolvent.
  • Solange Cruveillé, « La traduction des images érotiques dans un conte de Zhou Qingyuan » : La littérature érotique chinoise classique a pour particularité de décrire beautés et scènes amoureuses en des termes élégants et poétiques, en usant d’un vocabulaire floral ou guerrier qui peut paraître totalement abstrait à un lecteur non averti. Quels choix le traducteur devra-t-il faire pour rendre fidèlement ces images, en veillant à garder à la fois beauté de la langue et contenu implicite ?
Notons qu'on retrouvera aussi bien Noël Dutrait que He Hongmei et Solange Cruveillé au colloque sur les « Littératures d'Asie : traduction et réception » qui va se tenir demain vendredi 13 mars 2009 et le jour suivant (voir le programme). Voilà un oubli réparé. (P.K.)

dimanche 4 janvier 2009

Quelques notes en ce changement d’année…

Liu Xiaobo 刘晓波 en 2006.
Copies d'écran réalisées à partir d'un document audiovisuel

mis en ligne par le Pen American Center sur YouTube (31/12/08).

Ces derniers jours, on a pu lire dans les journaux la nouvelle de la publication en Chine de la « Charte 08 » signée par des milliers de citoyens chinois issus de milieux variés qui réclament une réforme politique de leur pays pour que celui-ci puisse faire face plus efficacement aux graves problèmes auxquels il est confronté. Cette Charte s’inspire de la Charte 77 de Tchécoslovaquie qui avait ouvert la voie à la fameuse « révolution de velours ». Nombreux sont les écrivains qui ont signé cette pétition et nombreux sont ceux qui, de ce fait, ont été inquiétés par la police.

C’est le cas de Liu Xiaobo 刘晓波, un intellectuel essayiste qui n’avait pas hésité à critiquer vers 1985 la nouvelle littérature chinoise dite « de retour aux racines » en raison de son orientation insuffisamment moderniste à son goût… Par la suite, il avait soutenu le mouvement de la place Tian’anmen en 1989 et avait écopé de quatre ans de prison… Des sinologues du monde entier ont envoyé une pétition au président Hu Jintao pour dénoncer les conditions dans lesquelles Liu Xiaobo a été arrêté, sans qu’aucun motif clair ne lui ait été notifié. Aux dernières nouvelles, la femme de Liu Xiaobo a pu le rencontrer et indiquer qu’il était en bonne santé, mais il reste en état d’arrestation…

Lorsque Gao Xingjian indique que la situation politique en Chine n’a pas changé (voir par exemple sa conférence prononcée à Barcelone récemment), il déclenche souvent des réactions dubitatives des Occidentaux, mais la réalité montre une nouvelle fois qu’il est loin d’avoir tort…

Cette courte pause d’hiver m’a permis aussi de découvrir une bande dessinée japonaise : Le Journal de mon père [Chichi no koyomi (父の暦), 1994] de Jirô Taniguchi [Taniguchi Jirô 谷口 ジロー (Casterman, 2007). J’ai trouvé cette œuvre excellente, tant elle arrive à nous montrer la psychologie de son héros dans ses relations avec son père et le reste de sa famille. La force de cette BD n’est pas moindre que celle d’un roman et permet de comprendre, loin des clichés occidentaux sur la civilisation japonaise, la nature des relations sociales dans ce Japon du début des années 1950.

Mais comme je ne suis pas un grand lecteur de BD en général et des BD japonaises en particulier, je ne fais peut-être là que découvrir des choses très banales aux yeux des amateurs qualifiés.



Lu aussi dans Libération du 31 décembre 08 et 1er janvier 09, une explication de Marie Darrieussecq au sujet de sa traduction récemment publiée chez P.O.L. des célèbres lettres d’Ovide Les Tristes et Les Pontiques, ici traduites Tristes Pontiques en hommage à Lévi-Strauss...

Les questions que notre équipe de recherche LEO2T se pose souvent au cours de ses journées d’études apparaissent nettement dans cet entretien. En effet, ces textes avaient déjà été retraduits récemment par Danièle Robert chez Actes Sud (2001, 700 pages), dans une « excellente édition bilingue, bien annotée » (Libération dixit). Marie Darrieusscq indique comment elle a procédé pour livrer cette nouvelle traduction « d’une beauté nue, proche d’un texte passé au décapage, sans ponctuation ni notes » (re dixit Libération). Marie Darrieusscq déclare : « J’ai voulu qu’un lecteur contemporain soit aussi peu arrêté par mon texte qu’un lecteur de l’époque par la langue d’Ovide. Parfois j’ai éliminé des passages trop redondants, parfois je n’ai pas osé ou su les réduire. (…) J’ai cherché à trouver le point d’équilibre entre la justesse du sens et le naturel de l’expression ».

On voit que les problèmes sont les mêmes, que l’on traduise du latin du début de l’ère chrétienne ou du chinois ancien ou contemporain…


Pour finir, notons que Gao Xingjian a fait parvenir à l’ERD Gao Xingjian la version définitive de son dernier film « Après le déluge », tourné en 2008 à l’occasion de l’exposition du même nom qu’il a présentée à Barcelone en novembre 2008 ainsi qu’une abondante documentation à ce sujet.

Un catalogue de son exposition vient d’être publié : Gao Xingjian, Después del diluvio, La Rioja, Museo Würth, 2008. On y trouve en quatre langues (espagnol, allemand, anglais et français) le texte « De l’esthétique de l’artiste » publié en chinois en 2008 dans le recueil Chuangzaolun. Un texte dans lequel Gao Xingjian prolonge sa réflexion sur l’art et l’artiste, commencée dans Pour une autre esthétique (Flammarion, 2001).

Noël Dutrait.