Affichage des articles dont le libellé est IIAS. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est IIAS. Afficher tous les articles

samedi 4 avril 2009

Objet de collection

« The IIAS Newsletter celebrates its 50th issue » ! Pour fêter l'événement, une cérémonie se déroulera le 8 avril prochain, cérémonie pendant laquelle « the first copy of the 50th issue will be presented to Prof. Mr. P. F. van der Heijden, Rector Magnificus, Leiden University » !

Vous le savez sans doute déjà, l'International Institute for Asian Studies publie sa lettre d'informations depuis 1993 à raison de trois ou quatre numéros par an. Elle est reçue par quelque 26000 chercheurs et institutions basés en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et à travers toute l'Asie. Elle permet à la communauté des spécialistes de l'Asie et des diverses ères culturelles qui la composent de faire connaître les recherches qu'ils entreprennent, les projets qu'ils conduisent seuls ou ou en équipes, et aussi d'annoncer les différents colloques, conférences qui rythment l'année, comme de diffuser largement des appels à contribution et à communication et d'informer sur les publications savantes. Elle n'existe plus seulement sous sa forme papier qui s'apparente à un quotidien d'une quarantaine de pages en moyenne dans un format relativement maniable de 303 x 420 mm, mais aussi sous forme numérique accessible sur le site de l'IIAS. On peut la recevoir gracieusement directement à domicile, mais aussi via e-mail pour la version numérique. Rien de plus simple, il suffit de remplir le formulaire en ligne.

Si les 49 précédents numéros sont également disponibles en ligne, il vous faudra encore attendre encore un peu pour découvrir le tout dernier volume.

Curieusement, la version papier de ce numéro 50 est déjà parvenue dans ma boîte aux lettres ! Je peux donc vous en dévoiler la couverture (voir ci-contre) et le contenu. Pas tout le contenu, car comme toutes les précédentes, cette livraison est copieuse, mélangeant travaux de chercheurs confirmés et de jeunes chercheurs. Elle propose 48 pages réparties en plusieurs rubriques. Après les pages 3 et 4 qui se penchent sur le renouveau et le passé de cette publication, on découvre la partie intitulée « The Study » (pp. 5-17), dont une part est consacrée au thème du « retour » ( « Return », pp. 5-9) avec cinq contributions qui l'envisagent dans sa dimension historique et aussi en rapport avec l'actualité brûlante, comme dans « Forced return : the deportation of former Cambodian refugees from the US » (S. R. Cowan, p. 9). Suit « The Focus » (pp. 18-29), partie sur laquelle nous allons revenir brièvement, qui précède « The Review » (pp. 30-39) faisant état de publications récentes et « The Network » (pp. 40-47) fournissant des informations pratiques et le calendrier des colloques à venir. « The Portrait » (p. 48) est consacré à une exposition qui se tient en ce moment au Kunstal de Rotterdam (28 mars au 21 juin) : « Silk Stories : Taishô Kimono 1900-1940 », avec une courte présentation illustrée des kimonos du début du XXe siècle dont ceux de l'ère Taishô 大正 (1912-1926).

Mais c'est surtout le dossier qui donne son titre au numéro, « CyberAsia », qui retient l'attention, avec notamment une couverture et un bandeau très accrocheurs : « Guest Editor Chris Goto-Jones guides us through CyberAsia, a brave new world offering new technologies, new knowledge and new ways of thinking about Asia. »

Le dossier est donc placé sous un emblème qui parlera d'abord aux plus jeunes, puisqu'il s'agit de Naruto ナルト , le héros du shōnen manga 少年漫画 (manga pour adolescent) et ses diverses déclinaisons dont le film animé qui est « sans nul doute l'un des plus importants succès commerciaux de ces dix dernières années » et que l'on doit à Kishimoto Masashi 岸本 斉史 (1974-).

Son maître d'œuvre est Chris Goto-Jones (Professor of Modern Japan Studies, Department of Japanese and Korean Studies, Leiden University), directeur par ailleurs du projet Asiascape, basé à l'Université de Leiden depuis sa création en septembre 2007 :
« Asiascape.net is the home of the Contemporary East Asian Media Centre (CEAMC). It is an attempt to build a new international research coalition in the rapidly emerging fields of cyberculture (New Media, Convergence Culture, Video Games and other related media, such as fan-culture) and animanga (Anime and Manga), especially as they relate to (or originate from) East Asia. It is well known that a large proportion of this type of media emerges from the East Asian region (Japan, China and Korea), and Asiascape seeks to sponsor and organize research into the importance of these media as a series of transformative, cutting edge, transnational global commodities, and/or as a series of cultural products that reveal much about East Asia itself. There is a scattered (and growing) group of international researchers working in this field and, in addition to conducting its own original research, Asiascape aims to provide a hub for the organization and direction of this rapidly emerging field. With an international advisory board of leading scholars, Asiascape will sponsor a series of ‘state of the field’ conferences and disseminate research using new and old media, including via this website and its associated news-blog, vistas. »
On retrouve parmi les signataires des contributions du dossier « CyberAsia » , un membre de son équipe : Thomas Lamarre (University McGill, Canada) : « What is Techno-region ? » (p. 19). Les autres viennent de lieux et d'horizons intellectuels très divers :
  • Fabian Schäfer (East Asian Institute, Leipzig University) : « Animalisation, subjectivity and the Internet » (pp. 20-21)
  • Cobus van Staden (South African Broadcasting Corporation) : « Heidi in Japan: what do anime dreams of Europe mean for non-Europeans ? » (p. 24)
  • Jeroen de Kloet (University of Amsterdam) : « Bloggers, hackers and the King Kong syndrome » (p. 25)
  • Bart Barendregt (Dept. Of Cultural Anthropology and Development Sociology, Leiden University) : « In the year 2020: Muslim futurities in Southeast Asia » (pp. 26-27)
  • Jens Damm (Jens Damm, Freie Universität, Berlin) : « Chinascape: moving beyond the People's Republic » (pp. 28-29).
Chris Goto-Jones intervient à deux reprises : « Alien autopsy: the science fictional frontier of Asian Studies » (pp. 22-23) et « CyberAsia » (p. 18) qui introduit ce dossier aussi riche et stimulant que la matière qu'il ausculte : « This special issue of The Newsletter offers a variety of lenses on the question of cyberAsia. Ths expansive neologism contains : allegations of Asia's technological superiority ; imaginations of Asias's utopian relationship with digital technology; and finally analyses of the concrete ways in wich high technolgies have transformed social and cultural practices inthe region (and permitted the region to ripple around the world). Hence, the term cyberAsia is confounded one, generating myriad possible meanings and implications, both empirically and theoretically. »

J'ai plus particulièrement apprécié l'article de Jeroen de Kloet qui évoque les célèbres bloggeurs chinois que sont Michael Anti 安替 (Zhao Jing 趙静, 1975-), Zuola [Zhou Shuguang 周曙光, 1981-] et Wang Xiaofeng 王小峰 (1960-) que j'ai déjà évoqué sur ce blog. En conclusion, ne manquez pas ce numéro dont Henk Schulte Nordholt (Chair of the IIAS Board) dit « Don't throw this issue away, it will become a collections item » (p. 2), et, bien entendu, tous les suivants, en regrettant, malgré tout, l'absence des caractères propres à chaque langue asiatique ainsi que la taille très réduite de la police utilisée. (P.K.)

vendredi 6 juin 2008

Derniers paragraphes (004)

En attendant de lire ici-même un compte-rendu détaillé sur le « Gao Xingjian Arts Festival » qui vient de se dérouler à Hong Kong et une synthèse sur le colloque international « Gao Xingjian : A Writer For His Culture, A Writer Against His Culture » qui en fut un des moments forts, pourquoi ne pas jeter un coup d’œil aux deux pages que la Newsletter de l’International Institute for Asian Studies (IIAS) consacre au prix Nobel de littérature 2000.

On doit ces deux pages (téléchargeables à partir d’ici) à Bob van der Linden qui a intitulé ce court portait « Individuality, literature and censorship: Gao xingjiang and China », composé de trois parties, « A meditation on the human spirit », « The fate of the writer in exile », et « Lost in translation? » qui a lui seul appelle sans doute des commentaires :
« Towards the end of Soul Mountain, Gao Xingjian writes:

« This is not a novel! »
« A novel must have a complete story. »
He says he has told many stories, some with endings and others without.
« They’re all fragments without any consequence, the author doesn’t know how to organize connected episodes. »
[...]
« No matter how you tell a story, there must be a protagonist. In a long work of fiction there must be several important characters, but this work of yours...? »
« But surely the I, you, she and he in the book are characters? » he asks.
« These are just different pronouns to change the point of view of the narrative. This can’t replace the portrayal of characters. These pronouns of yours, even if they are characters, don’t have clear images they’re hardly described at all. »
He says he isn’t painting portraits.»
(London: Harper Perennial, 2001, p. 452-3).

Because of his use of pronouns as characters, numerous details from Chinese history and culture, philosophical ‘excursions’ etc., Gao’s novels (and especially Soul Mountain) are not easy to read. One also wonders how much got lost in the no doubt excellent translations by Mabel Lee and to what extent these novels should be read in Chinese to be fully appreciated. Be that as it may, in English one can already sense the uniqueness of Gao’s autobiographical fiction. Hopefully his novels will soon be available in China, for any world civilisation should at least allow a niche for a creative individual in search of new developments in language.»
Le dernier numéro - 47 - de cette Newsletter indispensable à qui veut rester au courant des activités de la recherche sur l’Asie a pour thème « New Religious Movements ».

Le précédent - n° 46 - avait pour titre « The Politics of Dress » et portait en couverture une très amusante photo représentant les chefs d’Etats de l’APEC lors de leur réunion annuelle en novembre 2005 en Corée [Voir illustration ci-dessus], mais aussi un intéressant article de Louise Edwards : « Dressing for power Scholars’ robes, school uniforms and military attire in China » qui s’achève par un paragraphe baptisé « Militarised politicians » :
« The importance of education to political dress was balanced by rising sartorial militarism. Early in the Republican period China’s male political leaders often appeared in full European military regalia. The population was presented with images of alien remoteness in their leaders and these excessively decorated military clothes soon became associated with corrupt, selfaggrandisement. By the mid-1930s this ceased featuring in political leaders’ clothing despite the merging of political and military roles. Instead, leaders such as Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek and Mao Zedong emerged in simpler forms of military attire invoking their increasing proximity to the ‘people’. The Sun Yat-sen suit (aka Mao suit) eventually became the communist uniform for both men and women. But, at the leadership level, the premier legitimacy of the scholar as leader remained even through to the Cultural Revolution. A widely circulated image of Mao from 1968, ‘Chairman Mao goes to Anyuan’, depicts a youthful Mao in a scholar’s robe. At crucial junctures the balance between the Mao-suited ‘soldier’ and the virtuous ‘scholar’ reappears to reassure people of the leadership’s wisdom, strength and constancy. The famous posters of Mao handing power to Hua Guofeng that carry the caption “With you in charge, I am at ease” depict the two men in Mao suits, surrounded by books, pens and sheafs of paper. The scholar performed political work well past the demise of the Imperial examination system. » (p. 7).
Le président Mao allant à Anyuan 毛主席去安源 (1968)
de Liu Chunhua 刘春华 (1944-)

Il se trouve qu’au moment de la sortie de ce numéro très richement illustré m’était tombé dans les mains le « Que sais-je ? », le n° 1675, dans lequel Michel Jan décrivait La vie chinoise (PUF). J’avais donc consulté le passage où il est question de l’habillement (p. 61-62). Je ne résiste pas au plaisir de vous le livrer tel quel :
« Les Chinois ont toujours eu une conception pratique du vêtement. Pour l'immense majorité ce ne fut jamais un moyen particulier de distinction. Les fantaisies et le luxe étaient réservés à une minorité de riches propriétaires et à la cour impériale. L'uniformité vestimentaire est encore actuellement une règle générale. Le vêtement pouvant différencier, dans une même société, des classes sociales, la fantaisie et la mode sont des phénomènes inhabituels, désapprouvés par le plus grand nombre. S'affubler de vêtements originaux ou étrangers est la preuve d'un manque de maturité. La rigueur ou la liberté relative des coupes ou des couleurs dépendent de l'humeur politique générale. La correction de la tenue est courante même chez les plus défavorisés, par contre l'élégance est rare. Elle émane alors d'une silhouette ou s'exprime dans une attitude, elle n'est pas le résultat d'une recherche ou d'une composition vestimentaire. Le vêtement est taillé ample et n'épouse pas les formes du corps. Dans la rue, la foule apparaît uniforme. Hommes et femmes portent invariablement une veste et un pantalon, d'une coupe unique et fonctionnelle, de couleur bleue ou grise. La casquette légère en coton (jiefang mao) coiffe la majorité de la population masculine. A l'intérieur des habitations les jeunes revêtent des chandails tandis que les femmes se permettent de porter des vestes traditionnelles aux couleurs vives. L'été, les citadins échangent volontiers le pantalon et la veste stricte pour une robe de couleur. C'est à Shanghai qu'on note les plus grandes audaces : robes à fleurs, voyantes, chemisiers multicolores. Ces originalités se remarquent d'autant plus qu'elles sont des exceptions dans certaines villes et à plus forte raison dans les campagnes. »
Il est sans doute heureux que cette contribution soit définitivement sortie des rayonnages des librairies. Mais il en reste suffisamment dans les bibliothèques et chez les bouquinistes pour induire les naïfs en erreur. Gare à ceux qui, comme certains étudiants pressés, n’ayant pas pris la peine de consulter sa date de rédaction - 1976 et 1980, date d’une ultime (?) révision -, se baseraient sur ce tableau complaisant pour envisager la Chine de ce début du XXIe s. Les autres pourraient s'amuser au jeu des différences et des permanences, et se poser la question : que reste-t-il de la Chine d'il y a trente ans ?

Mais sur un sujet aussi important, il convient de clore en se tournant vers les écrits d’un spécialiste, savoir Li Yu 李漁 (1611-1680) dont on peut lire grâce à Jacques Dars quelques unes des plaisantes considérations qui figurent dans l’essai « Zhi fu » 治服, « Se vêtir » (Xianqing ouji 閒情偶寄, juan 3) :
« Art difficile, qui demande un long apprentissage ! Comme dit l'antique adage : « Trois générations pour que les aînés sachent s'habiller, cinq pour qu'ils sachent manger » [三世長者知被服, 五世長者知飲食], ce qui rejoint un dicton moins ancien affirmant qu'il faut trois générations de fonctionnaires pour se vêtir et manger [décemment] [三代為宦, 著衣喫飯]. Les pauvres et indigents, honteux de leurs guenilles, répètent qu'ils n'ont pas d'argent pour s'habiller et déclarent que s'ils faisaient fortune, les hommes caracoleraient vêtus de pelisse, et les femmes arboreraient de magnifiques atours ... C'est ignorer que le vêtement adhère au corps, qu'un singe habillé fait pouffer tout le monde de rire, et que l'habit manifeste, chez les riches, la richesse, chez les pauvres, la pauvreté : le riche le met pour montrer sa richesse, le pauvre met le sien pour montrer sa pauvreté ... » (Les carnets secrets de Li Yu. Arles : Picquier, 2003, p. 46 ; pour visualiser le texte chinois, cliquer ici ou sur l'illustration ci-contre).
Ces remarques n’épuisent naturellement pas le sujet. Du reste, J. Dars n’a pas entièrement traduit cet essai qui réserve quelques surprises comme une piquante discussion d’un passage de La Grande Etude (Daxue 大學), commentaire très personnel que Li Yu avait déjà utilisé dans l’introduction du onzième de ses Shi’er lou 十二樓 (Douze pavillons, 1658) vers lesquels je vais à nouveau me pencher dans les mois qui viennent. (P.K.)

vendredi 2 mars 2007

IIAS Newsletter


Le site de l'IIAS a récemment fait peau neuve. Il est encore plus facile que par le passé de s'orienter dans la masse d'informations mises à la disposition des chercheurs par cet Institut International d'Etudes Asiatiques, lequel se définit ainsi :
The International Institute for Asian Studies (IIAS) is a postdoctoral research centre based in Leiden and Amsterdam, the Netherlands. Our main objective is to encourage the interdisciplinary and comparative study of Asia and to promote national and international cooperation in the field. The institute focuses on the human and social sciences and on their interaction with other sciences. (Lire la suite ici)
L'IIAS édite une Newsletter dont la 43° édition vient de paraître (Leiden, Spring 2007, 40 pages). Son contenu - comme celui des 13 numéros précédents - a été mis en ligne, mais si vous éprouvez encore un certain plaisir à feuilleter une revue savante au format journal, n'hésitez plus à vous y abonner ; c'est gratuit et fort simple à partir d'ici.

Je vous recommande tout particulièrement dans la dernière livraison, intitulée "Comparative Intellectual Histories of Early Modern Asia", l'article de Benjamin A. Elman (Department of East Asian Studies and History, Princeton University), "Early Modern Classicism and Late Imperial China" (pp. 5-6), ainsi que le n° 40 dont le thème était : "The Art of Seduction" (PK)