jeudi 15 novembre 2007

Devinette (008)

Pour notre première devinette depuis bien longtemps - un peu plus d'un mois déjà ! -, il s'agit de trouver le signataire de cette lettre et d'identifier le livre chinois dont la lecture le ravit autant :
Cher Moser,
Grand merci pour l'argent ! - Le temps est redevenu si mauvais, qu'il faut renoncer à l'espoir de te voir demain. - Je me suis trouvé tout à fait mal depuis dimanche : j'ai dû recourir au médecin et à la pharmacie. Maintenant, cela va mieux. - Mon éditeur Campe m'a fait visite ces jours-ci. - Je ne puis écrire que peu. - Je te prie de demander à Lehmann les trois livraisons des
Annales politiques ; je les reprendrai quand j'irai te voir. - Outre les romans français, je recommence à m'occuper de l'histoire d'Angleterre. Je t'en prie, laisse un moment le sanscrit, et apprends le chinois, et traduis-moi un roman chinois : c'est ce qu'il a de mieux à faire et à lire. Depuis que j'ai fait connaissance avec les Deux Cousines, mon âme est à Péking, Nanking, To-tzong, et autres lieux dont je ne puis prononcer le nom.

Je t'embrasse : adieu. Ton ami
.
Indices : des éléments de réponse ont déjà été divulgués sur ce blog ; cette lettre a été écrite dans une autre langue que la nôtre ; les illustrations retenues ici peuvent sans aucun doute aider les plus hésitants. A très bientôt pour la solution de cette devinette qui ne devrait pas vous tenir longtemps en haleine. (P.K.)

mercredi 14 novembre 2007

Qui est...

… ce « romancier, dramaturge, metteur en scène et peintre qui s’est imposé en Chine comme l’un des pionniers du théâtre et de la littérature d’avant-garde. En brisant, en 1983, avec sa pièce Arrêt de bus, plus de cinquante ans de convention théâtrale, il devient une des cibles d’un régime soucieux de limiter l’influence occidentale. En 1987, sa pièce est interdite. Il connaîtra alors des moments difficiles dans son pays. Après les événements de Tian'anmen, il décide de s’exiler, s’installe à Paris en 1988 et obtient la nationalité française en 1998. Ses oeuvres sont interdites en Chine. Espace francophone lui avait consacré une émission-portrait quelques mois avant qu’il reçoive le Prix Nobel de littérature en décembre 2000 » ?

Pour ceux qui n'auraient pas trouvé,
la réponse est :
Gao Xingjian 高行健.


Ce portait auquel fait référence ce petit texte de présentation est visible sur tv-francophonie.com, la télévision de découverte francophone. Pour y accéder, il faut se rendre sur le site de cette télévision à l'interface quelque peu datée et suivre les différentes étapes suivantes : choisir « Regarder les émissions », puis « les émissions par thèmes », puis « Ecrivains francophones ». Faire ensuite défiler les sujets dans la fenêtre jusqu'au film « Gao Xingjian, la lumière de l’encre » qui se trouve entre « Vénus Khoury Ghata, des lettres du Liban » et « Gaston Miron, un portrait rapaille ». Les illustrations de ce billet sont empruntées à ce film qui dure 26 minutes et 45 secondes, dans lequel Gao parle de sa vie, de son œuvre écrite, picturale et dramaturgique. (P.K.)

Tout ce que...

... vous avez toujours voulu savoir sur le chinois sans avoir jamais osé le demander.

Pour lire le chinois et le traduire, il faut avant tout le connaître et l’apprendre. Une foule d’ouvrages existent qui permettent d’apprendre le chinois, ainsi que des grammaires, des dictionnaires, des outils qui restent toujours très utiles.

Rares sont cependant les ouvrages qui risquent une synthèse au sujet de la langue chinoise. C’est pourquoi il faut saluer, à mon avis, la parution du très intéressant et très utile Parlons chinois de Zhitang Yang-Drocourt (L’Harmattan, 2007).

Mme Yang-Drocourt, sinophone d’origine, est maître de conférences à Langues’O et chercheuse au Centre de recherches linguistiques sur l'Asie Orientale (CNRS). Elle analyse et expose en termes très clairs – et même souvent avec humour-, toutes les composantes de ce qu’on appelle aujourd’hui « le chinois », la langue la plus parlée au monde. Et, au fil des pages, on s’aperçoit que cette notion de « chinois » recouvre finalement des entités très nombreuses : le putonghua 普通话 (un mot apparu pour la première fois en 1906 !), le guoyu 国语, le mandarin, le hanyu 汉语, les différents dialectes… Les pages qui retracent l’historique des différentes transcriptions inventées par les Chinois pour transcrire leur langue sont aussi passionnantes. On apprend aussi que la prononciation choisie pour la langue commune aurait très bien pu être une prononciation du Sud et non du Nord. Un vote en a décidé autrement. Dans ce cas, on serait peut-être moins perdu à Canton, mais plus à Pékin !.. Les caractéristiques linguistiques du chinois sont aussi exposées en termes très accessibles ainsi que les différents niveaux de langue : chinois parlé, chinois écrit, registre soutenu.

Ce livre va être utile aux lycéens avancés, aux étudiants, aux enseignants et aussi… aux linguistes spécialistes d’autres langues qui auront, en 374 pages, sous les yeux un panorama exhaustif de cette langue. (N.D.)

mardi 13 novembre 2007

Miscellanées (006)

En découvrant Nonfiction.fr, le [tout nouveau] portail des livres et des idées, je suis tombé sur l’article de Frédéric Martel mis en ligne le 8/11/07, intitulé « Used Books : Google, Amazon, Wikipédia et la Bibliothèque d'Alexandrie ». En fait, il s'agit d'un utile compte-rendu du long article de Anthony Grafton, « Future Reading Digitization and its discontents » paru dans The New Yorker, qui résume comment après « avoir fait l'historique, de Gutenberg à nos jours, de ces projets d'encyclopédie de tous les savoirs, reliant les époques, et reliant les techniques », le professeur d'histoire à Princeton, « décrit le futur des livres à l'âge de Google, Amazon et Wikipédia ». La conclusion est la suivante :
« Universitaire classique, Grafton n'en termine pas moins son intéressant papier par une note paradoxale que l'on trouvera optimiste ou non, selon si on est technophile ou technophobe. Beaucoup de gens, dit-il en substance, continueront malgré tout à lire les livres, à l'ancienne manière (« the old way »). Et les nouvelles technologies, puissantes comme elles le sont, continueront « à illuminer », plutôt qu'à « éliminer », les livres et l'écrit que seules les bibliothèques peuvent offrir. Nous voici rassurés. »
Les nouvelles techniques auront, c'est sûr, un impact sur la lecture et l'édition mais n'en doutons pas aussi sur l'écriture. Certains y réfléchissent déjà comme The Institute of the Future of the Book. Il serait, de ce point de vue, intéressant de suivre de plus près ce qui se passe en Asie et notamment en Chine.

Une nouvelle fois, c'est Danwei qui nous offre des éléments pour conduire cette observation des conduites éditoriales, d'écriture et de lecture dans l’espace culturel qui a inventé le papier et l'imprimerie, et ceci à travers plusieurs billets (anciens et récents) auxquels je vais me contenter de vous renvoyer --- même si les événements récents m'octroient des loisirs forcés, je désespère d'avoir le temps de faire mieux dans les semaines à venir : je n'ai pas oublié pour ma part, que notre équipe entend mener à bien son projet de revue en ligne et que nous avons - et vous avez de la même manière - jusqu'au 15 décembre pour proposer un texte dûment traduit sur le thème du voyage [tous les éléments sont à portée d'un clic, ici ]

I. Or donc, voici le plus surprenant pour commencer, savoir le désir exprimé par un auteur à succès de ne plus publier de livre. Dans « Horror novelist puts down his pen for the sake of the environment », Joël Martinsen écrit :
« Zhou Dedong 周德东 is currently one of the most popular horror writers in China. Li Shaohong's movie The Door, released at the beginning of this year, was based on one of his stories, and he has ranked at or near the top in several national polls of horror readers, including one that sought to name « China's Stephen King ». In a market where online genre writers gain legitimacy by winning contracts with traditional publishers, Zhou is moving in the opposite direction. Last week, he posted a notice on his blog in which he announced that he was saying farewell to the world of print. »
Martinsen fournit la traduction - « No More Books » - de ce billet - « Bu zai chu shu » 不再出书 - qu'on peut lire en chinois ici et dont voici le début :
« As everyone knows, an author is a person who writes books. If an author announces that he will no longer put out books, what will you as readers think? I am that author :) The past few days I have been in talks with Sina's VIP Book Channel. We will sign a contract on 11 November so that henceforth I will no longer put out books in print. I will write exclusively online, giving my readers material on Sina VIP. Qimen Dunjia [奇门遁甲] will be my last print novel. Many readers may be asking themselves: why? The reason is very simple: environmental protection. »
Zhou Dedong, dont la production s'expose ici, conclut ainsi :
« I've always wanted to do new things, so you shouldn't be surprised at this decision not to put out new books. This action will give readers an awareness of social responsibility, and that's even better :) »
Martinsen poursuit :
« Zhou's probably right that his income will take a hit; a recent Wired article [ici] on China's online fiction market noted that author compensation is rising, but even at a royalty rate of just 10% per print volume, Zhou would receive far more on a 150,000 copy print run than he can expect to make on a pay-per-word basis online. On the other hand, if we don't take his « environmental protection » justification at face value, it's not hard to imagine that Sina has made him a more generous offer as part of their campaign to dominate the « eyeball economy ». The question of piracy is a little more cut-and-dry. Sure, publishing exclusively online will make bootleg print copies easier to identify, but that hasn't stopped the pirates from downloading and printing omnibus volumes of popular online novelists. Zhou is unlikely to be an exception. »
Danwei avait justement publié la petite note sur l'édition pirate et son mode de diffusion, « Bootleggers go mobile» (Joel Martinsen, 24/02/2007), que voici :
« Beijing's Mirror evening paper [voir ici l'article en chinois] discovered vendors selling pirated books out of a van loaded with hundred of volumes. Most of the titles were oversized compilations of net-lit or gaming fan-fiction that stretched to 700 pages - this kind of bootleg fiction in recent months has become fairly common to see sold on overpasses or from carts wheeled on sidewalks. The reporter also noticed an omnibus edition of Yu Dan's explications of The Analects [Lunyu 論語], Zhuangzi [Zhuangzi 莊子], and other classic texts. »
N.B. : Yu Dan 于丹, que Danwei a baptisé « The autographe machine », a occupé pendant plusieurs mois le sommet des listes de ventes avec son commentaire du Lunyu [《论语》心得, Zhonghua shuju] ; son ouvrage reste encore très bien placé en cette fin d'année : septième au le classement général, il est quatrième dans la catégorie « essai » [非小说].


II. Dans « Trend-spotting in online fiction » (June 5, 2007), Joel Martinsen rend compte, cette fois, d'un long entretien [voir ici] de Qin Yuchun 秦于淳 du Fazhi wanbao 法制晚报 (Mirror), avec Dan Fei 丹飞, sur les tendances actuelles de l'édition chinoise. Dan Fei est justement un de ceux qui contribuent à les définir :
« In mass-market fiction this year, grave-robbing stories and palace romances are still hot, while fantasy and wuxia fiction are in decline. So says Daniel Dan Fei, the editor behind popular titles. [...] Many of the titles that Dan has shepherded to market originated online. This is nothing new; what is notable is the controversy that several of these books have generated. In March, the online version of Stories from the Ming Dynasty (明朝那些事儿) was the focus of accusations of click-fraud: the book was promoted as a « million-hits-a-month » forum post, which some online detectives decided was an inflated number [voir ici]. When an unfinished online novel is acquired by a publisher, the author might stop updating at the publisher's request (given how widely things are copied on the Chinese web, taking down the original is usually not an option). Readers typically do not do much more than grumble, but earlier this year, one group of fans took action - they launched a boycott of Palace Harem (后宫) following the print publication of the first volume in February. In their opinion, author Liulianzi [流潋紫] was reveling in her fame while ignoring the people who made her famous in the first place. Some fans were particularly incensed that she never gave a firm date for the release of the concluding volumes, resulting in fans compulsively refreshing her web-page and giving her clicks that she didn't deserve. The publisher apologized to readers while simultaneously blaming rampant piracy for their decision to keep the story's conclusion off the Internet. »
In the following interview, Dan Fei acknowledges the positive effect that such a vocal opposition can have on sales. He also discusses the process of creating a bestseller, and offered his predictions of this year's hottest book trends.
L'entretien [trois pages à partir d'ici] s'achève ainsi :
« Mirror : What subject matter will be popular next? Do you have any predictions?
Dan : I really can't predict. In my view, readers and writers, or maybe the marketplace, are qualified to predict trends. If you really want a forced prediction, then I think moving love stories will still be a popular trend among women's books, and solid mixes of fact and fiction will be popular among men's books. For the time being, cross-genre romances are still a relatively large category. In addition, alternate history and grave-robbing will still be hot for a while. It's hard to find superior horror books. To date, Cai Jun 蔡俊 and Guigunü 鬼古女 are in the first wave, while Nalan 纳兰, Tina, Piece of Candy 一枚糖果, and Zhou Dedong 周德东 are in the second wave. Who will join the first and second waves? I'm still looking. Solid reading material for men (男性读物) and the humanities and social sciences (社科人文) may occasionally break out of the pack. Motivational (励志), computer (软件), and business (经管) books are still very profitable. But fantasy (奇幻) and martial arts (武侠) are in decline. »
Et Mo Yan dans tout cela ?
III. L'article « Publishing and pulping the ancient classics » également de Joel Martinsen, posté le 31 octobre et les sources chinoises qui ont été mises à contribution [voir l'article de Hao Hongjie 郝洪捷, ici] méritent aussi d'être lus, surtout si vous êtes un passionné de littérature chinoise ancienne.

Il commence par le constat que l'on a tous fait en nous rendant dans la section « littérature classique » d'une librairie chinoise à la recherche d'un des Quatre grands romans 四大名著 [notons qu'il n'est à aucun moment question de Jin Ping Mei 金瓶梅 dont l'édition est toujours problématique en RPC], et écrit :
« your eyes might glaze over as you survey the choices before you. Critical editions, photo-reproductions, illustrated abridgements, and graphic novel versions line the shelves. Recent GAPP [General Administration of Press and Publication 新闻出版总署] data cited in a Mirror article last month revealed that between 1950 and 2005, more than 230 different editions of Dream of the Red Mansions [Hongloumeng 紅樓夢] were published, along with over 210 editions of Romance of the Three Kingdoms [Sanguo yanyi 三國演義] and over 190 versions each of Outlaws of the Marsh [Shuihuzhuan 水湖傳] and Journey to the West [Xiyouji 西游記]. A survey of the current inventory of the Beijing Book Building (北京图书大厦) found 94 separate Red Mansions editions issued by 66 different publishers. Not all of these books are selling, however. GAPP numbers have nearly 50 billion yuan worth of books warehoused every year (based on cover price). The Mirror calculates that since reprinted classics make up around 40% of a given year's titles, they must make up the same percentage of warehoused books, though the paper's figures are used somewhat haphazardly. At any rate, it makes for a stunning headline: « 20 billion yuan worth of reprinted classics get pulped every year.» What attracts publishers to the classics? Money, for one thing. Of those 94 editions, 56 were literary editions and 38 were children's books. The literary editions had an average price of 60 yuan; the Mirror estimates the cost per book at one-third of the cover price, or around 20 yuan. For many resource-poor publishing houses, issuing new editions of classics is a moneymaking shortcut. »
D'un autre côté, à part un nombre assez réduit d'œuvres abondamment publiées, la grande majorité des ouvrages classiques sont difficiles à trouver. Une raison est invoquée ? Ces ouvrages sont difficiles à vendre car ils sont peu demandés :
« However, why is there so little demand for classics? To answer this question, we must get down to the deeper reason why classics do not get reprinted: the public lacks the ability to read, or should I say consume, classics. They are wary of the profundity of classics, or else they think them useless. They would rather spend their time reading Guo Jingming [郭敬明] and Annie Baobei [安妮宝贝]. Hence classics are confined to a minority of scholars and demand is tiny. Classics are spiritual treasures of a people; it is a great loss to let them lie fallow for so long. Therefore, the main task now is to popularize the classics and raise the public's ability to absorb them. The imbalance doesn't have to go on forever. Huang Song 黄松, office director for Leadership Team of the National Plan to Reorganize Ancient Book Publication [全国古籍整理出版规划领导小组办公室主任], says that the wide range of choices will be reduced in the future to a small number of quality editions : We are currently undertaking a general investigation into the nation's ancient books. Following the investigation, we will put forth a standard edition of each work, and that edition will be authoritative.... From now on, unless substantial new material is discovered related to a particular ancient book, publishers will not put out new editions. This means that editors will not need to duplicate their efforts, publishers can save on resources, and readers will have more effective choices. »
Comptez sur moi pour suivre ce dossier. Il n'empêche qu'en attendant ce sursaut, on trouve en ligne de plus en plus de textes numérisés, parfois avec attention, et ceci de chaque côté du détroit. Il n'en reste pas moins que les spécialistes et les amateurs de littérature chinoise ancienne sont en général plus en confiance avec une belle édition, si possible en caractères non simplifiés, truffée de notes et de variantes avec ses appendices critiques, ses jeux d'illustrations ou un beau fac-similé reproduit à l'ancienne. Le contact avec le texte chinois dans son expression initiale semble un élément important sinon essentiel de son appréciation. C’est ce que montre un ouvrage comme le Reading Illustrated Fiction in Late Imperial China, Robert E. Hegel [Stanford, Ca.: Stanford University Press, 1998] qui n'a pas échappé à Google (voir ici)

IV. Pour finir ce survol rapide, voici un lien utile, voire indispensable, pour se faire une idée de l'histoire de l'édition chinoise. Il s'agit de la version intégrale d'une « histoire générale de l'imprimerie chinoise » réalisée en 1998, sous le titre Zhonghua yinshu tongshi 中華印刷通史 est en ligne ici. Mais, désolé pour ceux qui ne pratiquent pas la langue, elle est en chinois. En complément, on trouvera une riche iconographie sur un site voisin, The Glory of Chinese Printing 中華印刷之光, avec des commentaires en chinois, mais aussi en anglais, à qui j'ai emprunté les illustrations de ce billet qui devrait avoir une (des) suite(s). (P.K.)

dimanche 11 novembre 2007

Tous à l'opéra

Mei Lanfang 梅兰芳 (1896-1966) en compagnie de Yao Yufu 姚玉芙 (1894-1961)

Je comptais attendre de disposer de la dernière traduction d'André Lévy qui sort ces jours-ci aux Editions MF (anciennement Musica falsa), pour publier un billet entièrement consacré au théâtre/opéra chinois. Mais l'Oreiller magique, titre sous lequel va apparaître le Handan ji 邯鄲記 de Tang Xianzu 湯顯祖 (1550 - 1616) tarde à arriver jusqu'à Marseille [voir liste des libraires distribuant cet éditeur courageux, ici], et l'événement théâtral chinois majeur de cette fin d'année débute demain ! Je ne peux donc plus tergiverser. Je remets donc à plus tard l'examen de la pièce pour vous dire le plus rapidement possible de quoi il retourne, car le temps presse.

Il s'agit rien de moins que du Troisième Festival des Opéras Traditionnels Chinois. Organisé par le Centre Culturel de Chine à Paris, sous le haut patronage du Ministère de la Culture Français, avec le soutien de l’Association des Commerçants Chinois en France, en partenariat avec les chaînes de télévision FR3 et Public Sénat.

Comme le décrit très précisément le site du Centre Culturel de Chine à Pari [voir ici : un dossier de presse très instructif de 15 pages est téléchargeable en format pdf] ce « Festival des Opéras Traditionnels Chinois [...] aura lieu du 12 au 18 novembre 2007, sous la forme d’un concours qui récompensera les interprètes chinois les plus talentueux. [...] Ce festival réunira six troupes venues de plusieurs régions de Chine, qui interpréteront différentes formes d’opéra traditionnel. [...] Les troupes, présélectionnés par des professionnels du spectacle chinois, se produiront [à raison d'une troupe par soirée] devant un jury français qui récompensera, lors de la soirée de clôture, les meilleurs artistes. »

Dans l'ordre, les spectateurs pourront découvrir l'opéra Yueju 越剧 (Zhejiang) avec la troupe de l'Opéra yueju de Hangzhou 杭州越剧院, dans une adaptation du Hedda Gabler d'Ibsen (!), du Jingju 京剧 (ou opéra de Pékin) avec la troupe du Théâtre Jingkun 京昆剧场 qui donnera La maison de Wulong (Wulong yuan 乌龙院), du Pingju 评剧 (Hebei) avec la Troupe d’opéra Pingju de Cheng Zhaocai 成兆才评剧团 qui jouera La légende de l’île de la concubine impériale Cao (Caofeidian chuanqi 曹妃甸传奇), du Manhanju 漫瀚剧, théâtre de Mongolie intérieure avec la Troupe théâtrale Manhan 内蒙古自治区包头市漫瀚剧团 qui a mis à son programme La femme de Qidan (Qidan nü 契丹女), du Jinju 晋剧 (Shanxi) avec la Troupe théâtrale Jeunesse de l’Institut de recherche de l’opéra Jinju de la ville de Taiyuan 太原实验晋剧院青年剧团 qui représentera La réussite à l’examen impérial de Fan Jin (Fanjin zhongju 范进中举) et pour finir en beauté avec du Kunju 昆剧 avec la Troupe théâtrale du prix de la Fleur de Prunus 中国戏剧梅花奖艺术团 pour La tour Leifeng (Leifeng ta 雷锋塔) ou le Serpent blanc (Baishe zhuan 白蛇传).

C'est donc le 18 novembre qu'aura lieu la cérémonie de clôture et que des prix seront remis par un jury composé de M. Jean-Pierre Wurtz (président du jury), inspecteur général des théâtres du Ministère de la Culture et de la Communication, de M. Joël Bellassen, inspecteur général de chinois au Ministère de l’Education Nationale et Professeur à l’INALCO ; de Mme Marie-Claire Quiquemelle, sinologue, anthropologue et chercheuse au CNRS, de M. Jean-Marie Fegly, spécialiste de l’opéra Kunju et de M. Roger Darrobers, professeur de chinois à l'université Paris X - Nanterre et à qui l'on doit d'avoir fait connaître l'écrivain Liu Xinwu 劉心武 (1942- ) au public français et plusieurs ouvrages, toujours aux Editions Bleu de Chine, sur Pékin qu'il a arpenté avec passion et esprit (voir ici) et son théâtre : Opéra de Pékin, théâtre et société à la fin de l'empire sino-mandchou (1998). C'est aussi lui qui a rédigé la meilleure introduction au théâtre chinois disponible en français avec un livre de la collection « Que sais-je ? » (n° 2980, PUF, 1995), Le théâtre chinois, que chacun prendra la peine de lire avant de se précipiter à la salle Adyar, théâtre presque centenaire à proximité du Champs de Mars, à Paris, s'entend.

En complément, une conférence sur « La culture de l’opéra de Pékin » sera donnée par M. Wu Jiang (1949-), auteur d’opéra renommé et directeur de l’Institut national de l’opéra de Pékin, le 13 novembre à 14h30 (Salle Adyar, entrée libre sous réserve des places disponibles). Si après cela l'Oreiller magique ne bat pas des records de vente, c'est à désespérer ! On en reparlera. (P.K.)