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mercredi 3 mars 2010

Les traits chinois et les lignes francophones

Les 19 et 20 février 2010, l'université Queen's de Belfast a organisé un colloque international sur les artistes et écrivains francophones d'origine chinoise. Inspiré par le travail pluridisciplinaire de Gao Xingjian, ce séminaire, intitulé « Les traits chinois et les lignes francophones », a examiné les dimensions variées de la créativité sino-française tout au long du XXe siècle.

Cet événement a drainé de nombreux spécialistes, tant européens, qu’américains, ainsi que des membres des centres de recherche comme l’Espace de Recherche et de Documentation Gao Xingjian de l’université de Provence, ou l’Institut des Etudes Transtextuelles et Transculturelles de l’université Jean Moulin de Lyon.


Dans la première séance « Entre deux culturels », le dynamisme de la littérature transculturelle franco-chinoise est amplement étudié chez des auteurs d’origine chinoise comme François Cheng, Gao Xingjian, Dai Sijie, Shan Sa. La « transidentité » de leur création est analysée dans une perspective sociologique et sociolinguistique. Grâce à une intégration institutionnelle rapide, cette littérature émergente offre un nouveau champ d’investigations. Le dernier exposé de cette séance a abordé la francophonie chinoise dans divers contextes géographiques chinois, français, africains.

La deuxième séance était centrée sur l’aspect pluridisciplinaire. A travers une diversité de pratiques comme la peinture de Gao Xingjian, le cinéma de Dai Sijie et celui du cinéaste taïwanais Hou Xiaoxian, une cartographie de l’art contemporain francophone d’origine chinoise est élaborée, ainsi que les réflexions, théories et recherches qui leur sont attachées. La notion du récit de voyage est abordée en comparaison avec son écho dans le monde anglophone.

Les deux séances suivantes étaient consacrées aux écrivaines. D’abord, c’est l’écrivaine sino-québécoise Ying Chen qui a attiré particulièrement l’attention. C’est sur la problématique de la création littéraire dans un autre pays, une autre culture et une autre langue que cette romancière d'origine chinoise nous invite à réfléchir en filigrane de ses récits. Son œuvre originale, avec une écriture intériorisée, constitue un des meilleurs exemples d’écriture postmoderne au Québec.

Ensuite l’écriture féminine chinoise est évoquée avec Su Xuelin et Tan Xuemei. Par la médiation du roman, cette écriture porte une réflexion de recherche d’identité du soi marquée par l'expérience de l'exil, intérieur et extérieur, face à une double culture. Les intervenants étaient exclusivement des conférencières.

Le colloque a été honoré de la participation de Gao Xingjian, prix Nobel de littérature 2000, de Zhang Yinde, professeur de littérature comparée à la Sorbonne Nouvelle et de Gibert F. Fong, professeur de l’école de commerce Hang Seng à Hong Kong.

La présence de Gao a favorisé la constitution d’un pôle de contributions autour de son œuvre. L’intervention pertinente du professeur Fong sur le théâtre de Gao témoigne de la création singulière d’un artiste total au-delà de la dichotomie Chine/Occident. L’extrait du film inclassable La Silhouette sinon l’ombre a été suivi d’un dialogue entre Gao Xingjian et le public très réactif sur le processus de la création artistique. La lecture à haute voix du roman La Montagne de l’Âme par les étudiants de l’université de Queen’s en six langues différentes, a fait vivre aux participants une expérience exceptionnelle.

Enfin un bilan de la francophonie chinoise est esquissé par Zhang Yinde, dans un espace linguistique et culturel mondialisé, selon un axe chronologique et générique. Cette production se développe dans la diversification et dans la recherche identitaire avec un profond respect de la langue française. Zhang a souligné que des publications récentes ont en effet tendance à chercher leur voie propre, à la faveur de l’émergence de nouvelles thématiques.

Deux journées de travail interdisciplinaire, une véritable rencontre de la francophonie chinoise, ont permis aux participants de partager des points de vue et d’apporter un éclairage sur l’émergence d’effets de la francophonie chinoise à ce jour encore peu étudiée.

Guo Yingzhou

jeudi 12 mars 2009

Quelques parutions récentes

Sebastian Veg, membre associé de notre équipe, chercheur au CEFC de Hong Kong vient de publier aux éditions de l’EHESS, Fictions du pouvoir chinois, littérature, modernisme et démocratie au début du XXe siècle.

J’avais eu le grand plaisir de faire partie du jury de thèse de Sebastian Veg, qu’il avait soutenue en 2004 dans notre université. Cette thèse de littérature comparée, dirigée par Fridrun Rinner était intitulée « Fictions chinoises du pouvoir et du changement politique : Kafka, Brecht, Segalen, Lu Xun, Lao She ». Elle analysait et comparait magistralement les œuvres de cinq auteurs essentiels du XXe siècle dans leur prise en compte des changements politiques et de la recherche de la démocratie.

Cet ouvrage deviendra à coup sûr un « incontournable » aussi bien pour les historiens de la Chine moderne que pour les spécialistes de littérature chinoise moderne et les comparatistes qui s’intéressent à la littérature du XXe siècle. On y trouve traitées en profondeur toutes les questions importantes qui se sont posées aux écrivains de cette époque dans le monde entier : les rapports entre fiction et pouvoir, fiction et morale, démocratie et fiction, la naissance d’une littérature dite « nationale », les relations entre récit de voyage, exotisme et colonialisme, littérature réaliste et réalisme socialiste, le théâtre face à l’histoire et bien d’autres encore.

En outre, l’ouvrage est truffé de notes toutes plus stimulantes les unes que les autres, remplies d’informations passionnantes. Les repères chronologiques, un glossaire des caractères chinois, une imposante bibliographie, des index et même des illustrations très judicieusement choisies complètent cet ouvrage indispensable.

Seul un polyglotte comme Sebastian Veg pouvait se permettre d’aller aussi loin dans l’étude des œuvres de deux écrivains allemands, un écrivain français et deux écrivains chinois ! Il s’agit de La véridique histoire d’A-Q de Lu Xun, La Maison de thé de Lao She, René Leys de Victor Segalen, La Muraille de Chine de Franz Kafka et La Bonne Ame du Setchouan de Bertold Brecht. Sebastian Veg justifie son choix par ces mots : « La restriction à des œuvres situées dans le contexte chinois se justifie aussi par la rareté des textes européens traitant des changements politiques en Europe à cette époque, la Chine apparaissant sans doute alors comme le lieu par excellence où se jouait le chamboulement politique de la modernité. »

Une autre publication récente a attiré mon attention, l’ouvrage de Izabella Łabędzka, Gao Xingjian’s Idea of Theatre, from the Word to the Image, publié chez Brill en 2008.

Après les travaux de Gilbert Fong et de Sy Ren Quah, ce livre tout récent deviendra aussi un « incontournable » dans l’étude de notre Prix Nobel. Notre équipe de recherche a eu deux rendez-vous manqués avec Izabella Łabędzka : elle avait annoncé sa venue au colloque sur l’œuvre théâtrale et romanesque de Gao Xingjian que nous avions organisé en 2005, puis à la table ronde sur la traduction de l’œuvre de Gao Xingjian à l’occasion de l’ouverture de l’Espace de recherche et documentation de notre université en 2008, mais les deux fois elle a été empêchée de venir par des événements indépendants de sa volonté. En lisant son livre, on ne peut que regretter son absence tant il paraît capital pour travailler sur l’œuvre théâtrale de Gao. Elle passe du théâtre d’avant-garde du début des années 1980 à la recherche du théâtre total, en passant par l’absurde, le tragique, le rôle de « l’acteur neutre » etc., concepts fondamentaux dans la recherche esthétique de Gao Xingjian. Là aussi, un jeu de notes foisonnantes apporte une foule de références et de renseignements, ainsi qu’une bibliographie très complète.

La quatrième de couverture indique bien la démarche suivie par l’auteur :
« This book argues that Gao Xingjian's Idea of Theatre can only be explained by his broad knowledge and use of various Chinese and Western theatrical, literary, artistic and philosophical traditions. The author aims to show how Gao's theories of the theatre of anti-illusion, theatre of conscious convention, of the "poor theatre" and total theatre, of the neutral actor and the actor - jester - storyteller are derived from the Far Eastern tradition, and to what extent they have been inspired by 20th century Euro-American reformers of theatre such as Antonin Artaud, Bertolt Brecht, Vsevolod Meyerhold, Jerzy Grotowski and Tadeusz Kantor. Although Gao' s plays and theatre form the major subject, this volume also pays ample attention to his painting and passion for music as sources of his dramaturgical strategies. »
Espérons que dans un avenir proche Izabella Łabędzka pourra venir en personne nous parler de cet ouvrage et visiter notre Espace de recherche et de documentation Gao Xingjian.


A propos de Gao Xingjian, on peut suivre ses déplacements à travers les échos que l’on trouve sur Internet, en Espagne par exemple. En décembre, le musée Würth de La Rioja a organisé une grande exposition de ses œuvres récentes sous le titre Después del diluvio, « Après le déluge ». Un bel album, disponible à l’ERD Gao Xingjian contient un texte de Gao Xingjian « De l’esthétique de l’artiste ».

Enfin, à l’occasion de la mise en scène de la pièce Au bord de la vie au Pérou par Marcos Malavia qui avait fait avec Muriel Roland une lecture de cette pièce l’année dernière dans notre université, une interview de Gao Xingjian est disponible sur le site du réseau Asie. Voilà ce qu’il répond à la question « Pensez-vous que votre œuvre puisse avoir la même signification pour le public latino-américain que pour le public européen ? »
« Oui, ça me fascine. Il y a une vive réaction de la part des lecteurs latino-américains. Moi, j’ai une passion pour les auteurs latino-américains, et je connaît assez bien leur travail. Il y a beaucoup de traductions en chinois. Ce n’est pas tellement loin, surtout le réalisme magique. C’est une autre manière de présenter l’absurde, mais qui me parle très bien. Marcos Malavia est bolivien. Il a très bien compris mon théâtre, et il n’y a pas de difficultés de communication avec lui. Ca veut dire qu’on n’est pas si loin les uns des autres.»
Signalons enfin que Télé Campus Provence vient de sortir cinq DVD contenant l’ensemble des manifestations de l’ouverture de l’ERD Gao Xingjian, les 26 mars, 2 et 3 avril 2008. Ils seront bientôt consultables en ligne.

J’aimerais aussi signaler deux livres récents : un très beau texte court de Yan Lianke, Les jours, les mois, les années, traduit par Brigitte Guilbaud, aux éditions Philippe Picquier et Chinatown (Seuil, « Cadre vert ») de Thuân, une écrivaine vietnamienne qui vit à Paris. Sa traductrice en français, Doan Cam Thi participe au colloque des 13 et 14 mars de notre équipe sur Littératures d’Asie : traduction et réception.

Et pour les amateurs de littérature comparée, je suggère une comparaison entre Quarante et un coups de canon de Mo Yan et le dernier roman de Yann Queffélec, La Puissance des corps. On s’aperçoit que les affaires de viande trafiquée peuvent survenir aussi bien en Chine qu’en France… Noël Dutrait

vendredi 13 juin 2008

Colloque Gao Xingjian à Hong Kong

A propos du colloque international
« Gao Xingjian :
A Writer For His Culture, A Writer Against His Culture »,
高行健:中國文化交叉路

Hong Kong 28-30 mai 2008

On se souvient que notre équipe « Littérature chinoise et traduction » avait organisé en janvier 2005 un important colloque international autour de l’écriture romanesque et théâtrale de Gao Xingjian, qui avait réuni seize spécialistes venus de neuf pays différents. Les bases d’une recherche internationale sur l’œuvre du prix Nobel de littérature 2000 étaient solidement établies et les actes de ce colloque en font foi (voir L’Ecriture romanesque et théâtrale de Gao Xingjian, Seuil, 2006).

Suite à une collaboration régulière avec le professeur Gilbert Fong de la Chinese University of Hong Kong (CUHK), spécialiste et traducteur du théâtre de Gao Xingjian, l’Espace de recherche et documentation Gao Xingjian du Service commun de documentation de l’université de Provence a ouvert en avril 2008, tandis que se préparait depuis plusieurs mois à Hong Kong la tenue d’un nouveau grand colloque international, dans le cadre du Gao Xingjian Arts Festival et de la manifestation Le French May. Ce colloque a été organisé par la CUHK, le Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) et notre équipe. Il a réuni vingt-quatre spécialistes venus de dix pays différents, dont – et c’est là la grande nouveauté de cette manifestation – trois spécialistes de Chine continentale : M. Tian Benxiang 田本相 de l’Institut chinois de recherche sur l’art 中国艺术研究院, Mme Liu Chunying 刘春英 de l’université Jinan à Canton 暨南大学 et M. Hu Zhiyi 胡志毅, de l’université du Zhejiang 浙江大学.

Les thèmes retenus étaient : l’esthétique du roman et du théâtre de Gao Xingjian, la modernité occidentale et l’esthétique chinoise, Gao Xingjian et Zhuangzi, Gao Xingjian et le bouddhisme. Curieusement, aucune communication n’était directement axée sur l’esthétique picturale et cinématographique de l’auteur qui est, comme on le sait, non seulement romancier et dramaturge, mais aussi peintre et cinéaste. Ce seront sans doute des thèmes privilégiés du prochain colloque autour de son travail de création.

J’ai eu l’honneur de présenter la première communication lors de la session intitulée « Gao Xingjian and Chinese Aesthetics », 高行健与中国美学, présidée par l’écrivaine taiwanaise Long Yingtai 龙应台. Celle-ci a déclaré d’emblée qu’elle refusait qu’on lui parle de « grandeur de la nation chinoise » tant que celle-ci n’aurait pas reconnu « la richesse et l’importance de l’œuvre de Gao Xingjian »… Pour ma part, j’avais choisi d’intervenir sur le concept-clé de notre auteur, « ne pas avoir de –isme » 没有主义, en me demandant s’il s’agissait d’un nouvel -isme, le « -isme du non-isme », ou plutôt d’un art de vivre et d’une nouvelle éthique.

Les grands thèmes de discussion ont porté sur l’influence des différentes formes de la pensée chinoise sur l’œuvre de Gao Xingjian, le taoïsme de Zhuangzi ou le bouddhisme Zen, et l’influence de l’Occident à travers le théâtre de l’absurde, Bertolt Brecht ou Georges Perec. La question du jeu de l’acteur (les trois degrés dans le jeu de l’acteur, le moi, individu vivant, l’acteur et le rôle) a été examinée par plusieurs intervenants ainsi que le recours aux pronoms personnels dans la narration romanesque, qui fait l’originalité des deux grands romans La Montagne de l’âme et Le Livre d’un homme seul.

Notons que la parution à Hong Kong en mai 2008 du recueil d’essais de Gao Xingjian (éditions du mensuel Mingbao 明报月刊出版社) intitulé De la création 论创作 intervenait fort à propos. On y trouve la réédition de textes plus anciens dont certains ont déjà été traduits en français, mais surtout les quatre conférences encore inédites que Gao Xingjian a écrites pour l’université de Taiwan en 2007. Il y parle de la place de l’écrivain, de l’art du roman, du potentiel du théâtre et de l’esthétique du peintre. Ces textes, en cours de traduction en français (parution aux éditions du Seuil en 2009), apportent un éclairage capital sur l’art de Gao Xingjian et ses conceptions esthétiques. Liu Zaifu 刘再复, dans la préface de cet ouvrage et dans la communication qu’il a faite au cours du colloque, souligne l’importance de la réflexion de Gao Xingjian depuis qu’il a reçu le prix Nobel en considérant qu’il est non seulement peintre et écrivain, mais aussi un penseur de premier plan qui aidera ses contemporains à « dire adieu au XXe siècle ».

Lors de la séance de conclusion, à l’issue de trois journées de communications et discussions, il a été souligné que certains thèmes très importants de l’œuvre de Gao Xingjian n’avaient pas été suffisamment abordés, notamment la place de la sexualité dans son œuvre et, comme on l’a dit plus haut, ses conceptions esthétiques picturales et cinématographiques.

Chaleureux et souriant, Gao Xingjian a assisté à plusieurs sessions du colloque, entre les nombreux entretiens qu’il a donnés aux journalistes, dont certains venus de Chine continentale. Son témoignage personnel lors des séances d’ouverture et de clôture du colloque a provoqué une grande émotion chez l’ensemble des participants qui ont apprécié sa disponibilité pour répondre à leurs questions.

Il faut remercier chaleureusement Jean-François Huchet, le directeur du CEFC à Hong Kong, et Sebastian Veg, chercheur au CEFC (auteur d’une contribution où il a posé les bases d’une comparaison entre Gao Xingjian et Oe Kenzaburo), Gilbert Fong de CUHK, ainsi que Hardy S. C. Tsoi le directeur du Sir Run Run Shaw Hall de CUHK, les coorganisateurs de ce colloque dont les participants ont pu aussi assister à la première mondiale de la pièce de Gao Xingjian Chronique du Classique des mers et des monts 山海经传 jouée… en cantonais. Les participants au colloque d’Aix-en-Provence en janvier 2005 avaient, eux, pu assister à une représentation de La Neige en août à l’Opéra de Marseille.

L’Espace de recherche et documentation Gao Xingjian était représenté par l’un de ses responsables, Jean-Luc Bidaux, qui a pu amasser, avec l’aide de son homologue hongkongais C. K. Lam, une importante documentation autour de l’événement : programmes de théâtre, catalogue de l’exposition sur les œuvres de Gao Xingjian à la bibliothèque de CUHK, articles de journaux, etc.

Les études sur l’œuvre de Gao Xingjian ont connu un essor particulier grâce à ces journées. Nul doute que d’ici quelques mois ou quelques années, sera organisée une nouvelle rencontre quelque part dans le monde pour poursuivre cette étude.

Noël Dutrait

lundi 18 février 2008

Espace de Recherche & de Documentation Gao Xingjian

Gao Xingjian
Prix Nobel de Littérature 2000
à l’Université de Provence les 2 et 3 avril 2008
à l’occasion de l’inauguration de
l’Espace de Recherche & de Documentation
Gao Xingjian
,
Bibliothèque universitaire des Lettres & Sciences Humaines,
Aix-en-Provence


Dans un communiqué de presse diffusé ce jour (14/02/08), la bibliothèque des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Provence, annonce qu’elle « ouvrira en avril prochain une salle dédiée à un fonds spécial portant sur l’oeuvre du prix Nobel de littérature 2000, Gao Xingjian. L’inauguration officielle de cette salle, qui portera le nom d’ « Espace de Recherche et de Documentation Gao Xingjian », aura lieu jeudi 3 avril à 11h00, en présence de l’auteur.

A cette occasion, toute une série de manifestations, ouvertes à un large public, seront organisées : conférence, projection, table ronde, lectures, échanges avec l’auteur, … (programme ci-dessous).

La création de ce fonds spécial est le fruit d’une coopération entre le Service Commun de la Documentation (SCD) de l’Université de Provence et la bibliothèque universitaire de l’Université Chinoise de Hong-Kong, coopération impulsée par Noël Dutrait, professeur à l’Université de Provence, directeur de la jeune équipe « Littérature chinoise et traduction », traducteur, avec Liliane Dutrait, des oeuvres de Gao Xingjian en français et de Gilbert Fong, Professeur à l’Université Chinoise de Hong-Kong, traducteur du théâtre de Gao Xingjian en anglais. Ainsi, à Aix-en-Provence comme à Hong-Kong, étudiants, enseignants et chercheurs auront désormais à disposition, regroupés et organisés dans un même espace, l’ensemble des matériaux (tous supports et toutes langues) concernant l’oeuvre du premier, et seul à ce jour, écrivain en langue chinoise à avoir reçu le prix Nobel de littérature.

Pour Martine Mollet, Directrice du SCD de l’Université de Provence, « la création de l’E.R.D. Gao Xingjian au sein de la bibliothèque des Lettres et Sciences Humaines d’Aix-en-Provence est l’expression d’une collaboration exemplaire avec les enseignants-chercheurs de notre université. Elle traduit parfaitement l’orientation de la politique documentaire du SCD empreinte d’une forte volonté de rapprocher les espaces fonctionnels de nos bibliothèques avec l’enseignement et la recherche. »

Programme des journées - tout public :

Mercredi 26 mars 2008
Lieu : Université de Provence, campus d’Aix Schuman,
bâtiment central, salle des professeurs

17h00 - 18h30 Conférence de Noël Dutrait
(Université de Provence, traducteur français de l’oeuvre de Gao Xingjian),
« Gao Xingjian, sa vie, son oeuvre »


Mercredi 2 avril 2008,
en présence de Gao Xingjian

Lieu : Université de Provence, campus d’Aix Schuman,
Théâtre Antoine Vitez

17h30 Présentation de Gao Xingjian par N. Dutrait
18h00 - 20h00 Projection du film La silhouette sinon l’ombre,
suivi d’un débat avec les co-réalisateurs : Alain Melka,
Jean-Louis Darmyn et Gao Xingjian


Jeudi 3 avril 2008,
en présence de Gao Xingjian

Lieu : Université de Provence, campus d’Aix Schuman,
Bibliothèque universitaire des Lettres & Sciences Humaines

11h00 - 12h00 Cérémonie officielle d’inauguration,
Espace de Recherche et de Documentation Gao Xingjian
Lieu : Université de Provence, Théâtre Antoine Vitez

14h00 - 16h00 Table ronde :
« La traduction et la réception de l’oeuvre de Gao Xingjian »,
avec la participation de
N. Pesaro (Université de Venise, Italie),
I. Labedzka (Université A. Mickienicz, Pologne),
T. Lodén et Chen Maiping (Université de Stockholm, Suède),
Gilbert Fong (Chinese University, Hong Kong, Chine),
Zhang Yinde (Université Paris 3) et
N. Dutrait (Université de Provence)

16h30 - 18h30 Théâtre de Gao Xingjian, lectures
Sylvia Roux, Ballade nocturne
Muriel Roland et Marcos Malavia, Au bord de la vie

18h30 - 19h30
Échange avec Gao Xingjian, signatures


Contacts, renseignements :
missioncom@up.univ-mrs.fr
Université de Provence Centre Schuman
29 av. Robert Schuman - 04 42 95 32 37

jeudi 29 novembre 2007

A Writer For His Culture, A Writer Against His Culture

Appel à contribution / Call for papers:

A Writer For His Culture,
A Writer Against His Culture :

Gao Xingjian


International conference organised by
The Chinese University of Hong Kong
(CUHK),
the French Centre for Research on Contemporary China (CEFC, Hong Kong), and
the University of Aix-Marseille I

Dates : 28 - 30 May 2008

Venue : The Chinese University of Hong Kong

Organising Committee
Noël Dutrait, Gilbert C.F. Fong, Hardy Tsoi, Sebastian Veg

Proposal and Paper Submission
Please submit a title and a brief abstract of around 250 words by email to:
Hong Kong Drama Programme,
Sir Run Run Shaw Hall, The Chinese University of Hong Kong (srrsh@cuhk.edu.hk), or Sebastian Veg (sveg@cefc.com.hk)
Please include your position and institutional affiliation in your proposal. Abstracts should be written in English. Presentations may be made in English or Chinese (Putonghua).
Deadline for submission of proposals: 15 January 2008
Deadline for submission of papers: 1 May 2008

Gao Xingjian has in many ways cultivated a complex relationship with cultural identities. Born in China, where he lived until the age of 47, he then moved to Europe, finally settling in France after deciding not to return after 1989. He is the first Nobel laureate in literature to write in Chinese, but received the prize as a French citizen. His two full-length novels are both closely linked to China, One Man’s Bible because it deals with the episode of the Cultural Revolution, and Soul Mountain because it is, among other things, a deep-reaching confrontation with and reworking of southern Chinese popular legends and traditions. At the same time, Gao has repeatedly presented both of these works as a kind of final reckoning with China and Chineseness, asserting that he had severed all links with China and now considered himself a trans-national or trans-cultural writer.

«
Chineseness », if this is indeed a useful concept, is firstly linked to language. Gao is one of a very small number of writers who have authored works in more than one language, as did Samuel Beckett before him. But while Beckett moved chronologically from English to French, Gao continues to write simultaneously in both Chinese and French, choosing his native language for the longer novels, and his adopted language for the shorter dramatic works that he wrote during the 1990’s. As did Beckett, he takes an active interest in the translations of his works between French and Chinese, and has actually translated, and in fact rewritten, several theatrical works, baffling translators into third languages, who no longer know which version to work on.

For these reasons, in terms of biography, language, and aesthetic and cultural references, Gao Xingjian presents a very singular case for study. This conference will focus on the issues related to Chineseness in his work, without any limitations in terms of genre, examining his plays, novels, stories, paintings and film. The question of language may serve as a starting point: is there something distinctly Chinese in the works that Gao has authored in Chinese, as opposed to his French writings? What role does translation play in the evolution of his writing, especially in the case of texts that he has himself adapted into another language, but also more largely in terms of translating cultural references into another language and cultural context? In particular, how do Chinese traditional cultural references, but also allusions to modern and contemporary Chinese history (the early in 1980’s in his first dramatic works), fit into texts that purport to be situated beyond national borders?

More generally, the issue of Chineseness raises the question of aesthetics. How is one to assess Gao’s assertion that he is no longer a «
Chinese writer », but rather has attained a form of intercultural aesthetics that are not indebted to a particular national tradition? Few would deny that Gao’s works continue to engage with Chinese aesthetics in an unmistakable way. To name but a few, the recent opera Snow in August, which was staged in Taipei and Marseilles in 2004, is freely adapted from the legend of Huineng, the sixth patriarch of Chan/Zen Buddhism, a doctrine or method which plays a particular role in the structure of several of his texts. His paintings also draw on elements of Chinese aesthetics, using ink, brush and water to create a distinctive style that eschews any simple characterization in terms of national traditions. In this connection, one may wonder whether this particular style played a role in defining Gao’s syncretic form of writing.

Finally, the very categories of national literature and cultural tradition should probably not be viewed uncritically. While Gao deconstructs the idea of Chineseness in his texts and works, one may wonder to what extent this critical attitude is simply part and parcel of the contemporary situation of literature, in which national, linguistic and cultural borders tend to become blurred, as many writers aim to achieve a form of writing that can no longer be ascribed to a cultural tradition in any linear or direct way.


Contacts:
Gilbert C.F. Fong (cheefunfong@cuhk.edu.hk) or
Sebastian Veg
(sveg@efc.com.hk)

dimanche 28 octobre 2007

Gao Xingjian, d'Aix à Hong Kong

Gao Xingjian à Aix-en-Provence (29/01/2005) [P.K.]

De la création du Centre de recherche et de documentation sur l’œuvre de Gao Xingjian 高行健, prix Nobel de littérature 2000.

L’axe de recherche « L’œuvre de Gao Xingjian » de la Jeune Equipe 2423 « Littérature chinoise et traduction » (appelée à devenir « Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction ») s’est dans un premier temps concrétisé en janvier 2005 par la tenue, dans notre université, du premier grand colloque international à ce sujet et la publication des actes de ce colloque aux Editions du Seuil (voir ici, ici et là).

Depuis cet événement scientifique, un rapprochement a eu lieu avec le professeur Gilbert Fong, spécialiste du théâtre de Gao Xingjian et de sa traduction en anglais. Gilbert Fong a effectué un séjour d’un mois dans notre équipe en mai 2006 et une délégation de la bibliothèque de l’université chinoise de Hong Kong, la CUHK, est venue pour discuter de notre coopération future et pour assister à la projection en première mondiale du film de Gao Xingjian, réalisé par Alain Melka et Jean-Louis Darmyn, La Silhouette sinon l’ombre [voir ici].

Le 5 novembre 2007, une cérémonie officielle de signature d’une convention entre notre université et la CUHK aura lieu à Hong Kong. Il a en effet été décidé qu’en collaboration avec le Fonds Gao Xingjian de la CUHK, ouvrirait à la bibliothèque universitaire de l’université de Provence un Centre de recherche et de documentation sur l’œuvre de Gao Xingjian dans lequel les étudiants et les chercheurs pourront trouver une documentation complète aussi bien sur les œuvres elles-mêmes que sur les articles critiques et commentaires à son sujet. Le Centre collectionnera aussi des documents donnés par l’auteur lui-même, par ses traducteurs et ses amis. Le Fonds Gao Xingjian de Hong Kong mettra l’accent surtout sur les œuvres en chinois et dans les autres langues asiatiques plus l’anglais, tandis que le Centre Gao Xingjian d’Aix-en-Provence mettra l’accent sur la documentation en français et dans les langues européennes autres que l’anglais. De toute façon, les deux centres échangeront systématiquement leur documentation et un site Internet commun sera créé. Après Saint-John Perse et Camus, un nouveau prix Nobel de nationalité française aura un centre de documentation à Aix-en-Provence.

Enfin, Noël Dutrait participera à une manifestation autour de Gao Xingjian à Singapour au mois de novembre 2007 et à une autre manifestation organisée par le Mai français à Hong Kong au mois de mai 2008. Nous en reparlerons.

Pour ceux qui lisent le chinois, notons que l’entretien entre Oe Kenzaburo et Gao Xingjian qui avait eu lieu lors de la Fête du livre 2006 à la bibliothèque Méjanes, un entretien animé par Philippe Forest et Noël Dutrait, a été publié dans son intégralité dans la revue de Hong Kong Mingbao yuekan 明報月刊 de septembre 2007 et repris dans le Lianhebao 聯合報 de Taiwan du 5 septembre 2007. Egalement, la communication que Noël Dutrait avait faite à Tôkyô au mois d’avril 2007 sur « Gao Xingjian, un écrivain à la marge » [voir ici et là] a été traduite par Mme Wu Chingjin 吳青津 (étudiante en Master 2 Monde chinois et Océanie, voir ici et là) et publiée en juillet 2007 dans le même Lianhebao 聯合報. Le texte en français devrait bientôt être publié au Japon. On le voit, les grands médias d’Asie s’intéressent à notre Nobel peut-être davantage que ceux de France.

Rendez-vous maintenant en mars 2008 pour l’ouverture du Centre de recherche et de documentation Gao Xingjian au Service commun de documentation de notre université. Une rencontre avec Gao Xingjian en personne est prévue, une conférence sur son œuvre, une table ronde de ses traducteurs… (N.D.)

Pour accéder à l'ensemble des billets de ce blog où il est question de Gao Xingjian, cliquer ici ou sur le nom de Gao dans la liste des Libellés (à gauche de l'écran).