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jeudi 9 juillet 2009

Keul Madang

L'été : saison des cerises, saison des sites surprises : la série entamée par l'apparition sur la toile de Cerise Press se poursuit avec l'arrivée d'un site sans équivalent connu de moi entièrement consacré dans notre langue à la Corée, sa culture et surtout sa riche littérature. Tout à la fois, site web, blog, revue en ligne, Keul Madang, Littératures et cultures de Corée « se propose de montrer les multiples facettes de la culture coréenne, culture entendue ici au sens large : arts, modes de vies, croyances, mythes, religions, relations sociales... »

Keul Madang est le fruit d'un travail collectif conduit par nos collègues de la section coréenne du Département d'Etudes Asiatiques de notre université, Jean-Claude de Crescenzo et Hye-Gyeong Kim, par ailleurs membres de notre équipe, qui jusqu'à présent nous avaient fait partager leur passion sur ce blog. Ils ont réuni autour d'eux une poignée de spécialistes - enseignants, traducteurs - et d'étudiantes aussi passionnées que leurs mentors, pour créer ce nouvel espace d'information, de réflexion et d'analyse qui arrive à un moment crucial dans la découverte par nos compatriotes de la Corée. Nous ne doutons pas qu'il saura tenir le rôle de guide dont nous avons tous besoin pour prendre toute la mesure de ce que ce pays attirant peut nous apporter dans notre connaissance de l'Extrême-Orient. Pour l'heure, on peut lire, ou relire, quelques critiques d'œuvres traduites dans notre langue, se familiariser avec quelques uns de ses plus fameux créateurs, écrivains et réalisateurs... Mais je n'en dis pas plus, allez vite voir par vous même, vous ne serez pas déçu.

Ah ! Oui, j'oubliais : « Keul () veut dire écrit/texte et Madang (마당), la cour de la maison (traditionnelle) ». M'est avis que nous ne nous priverons pas de visiter souvent cette bâtisse sortie du néant dans la chaleur d'un été torride. (P.K.)

mardi 21 avril 2009

Traduire la littérature coréenne

8e concours des jeunes traducteurs
de littérature coréenne



Pour découvrir et encourager de nouveaux traducteurs de littérature coréenne, Le Korean Littérature Translation Institute (KLTI) organise le 8ème concours de traduction de littérature coréenne à destination des nouveaux traducteurs.
  • Les langues admises sont : anglais, français, allemand, espagnol, chinois, russe, et japonais.
  • Le concours est ouvert aux traducteurs coréens et étrangers qui n'ont jamais reçu d’aides institutionnelles pour la traduction et qui n’ont jamais traduit ou édité un livre de littérature coréenne dans une langue étrangère.
  • Les demandeurs devraient choisir seulement une ouvrage à traduire, parmi les suivants:
성석제 작 « 해설자들 »
(제 54회 현대문학상 수상소설집)

김연수 작 « 산책하는 이들의 다섯 가지 즐거움 »

(제 33회 이상문학상 작품집)
  • Prix : Un gagnant du grand prix et un gagnant du prix secondaire seront choisis pour chaque langue. (Au cas où un gagnant du prix grand ne serait pas choisi, deux prix secondaires peuvent être attribués.) - KRW 3.000.000 (environ 1700 euros) pour les gagnants du grand prix et KRW 1.500.000 (environ 850 euros) pour les gagnants du prix secondaire.
  • ✈ Des billets d’avion aller-retour pour assister à la cérémonie de remise des prix seront fournis aux gagnants résidant à l’étranger.
Directives en ligne pour la soumission des textes:
  • Site Web de KLTI Corée (www.klti.or.kr), allez au 번역원사업소개 - > ; 교육연구사업 - > ; 신인상 Remplissez le formulaire de demande de concours (téléchargeable sur le site) et un document Pdf de la traduction, entre les 1er août et 31 août 2009.
  • Il est possible aussi de poster les documents : une copie du formulaire de demande de concours et trois copies de la traduction devront parvenir au plus tard le 31 août 2009, à l’adresse suivante : Korean Literature Translation Contest for New Translators Education & Reseach center, Korea Literature Translation Institute, 108-5 Samsung-dong, Gangnam-gu, Séoul (135-873). Corée du Sud
  • Les résultats de concours seront donnés le 20 octobre 2009 sur le site Web de LTI Corée.
Pour de plus amples informations, contactez Yana Kim
(tel.82- (0) 2-6919-7752, yana@klti.or.kr)
ou consultez la page d'accueil de KLTI Corée : http://www.klti.or.kr.

Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo

jeudi 12 mars 2009

Point d'orgue

La section d'Etudes coréennes du Département d'Etudes Asiatiques de l'université de Provence et l'Institut de l'Image d'Aix-en-Provence ont invité le réalisateur coréen IM Sang Soo (임상수) dans le cadre d'un Festival du cinéma coréen qui, depuis le 11 mars jusqu'au 24 mars, propose un riche panorama du cinéma coréen.

Une rencontre avec le réalisateur et Antoine Thirion (Les Cahiers du Cinéma) est prévue le samedi 14 mars à 17 h (Cité de l'Image, La Méjanes, Aix-en-Provence). Elle sera suivie de la projection d'Une femme coréenne (2003) et à 20 h 30 de The President's Last Bang (2005). Le troisième film de Im Sang-soo retenu dans cette programmation est Girl’s Night Out (1998).

Il s'agit donc d'une excellente occasion pour ce familiariser avec l'œuvre de ce réalisateur né en 1962, fils d'un critique de cinéma, qui a étudié « la sociologie avant de s'orienter à son tour vers le 7e art en intégrant la Korean Film Academy en 1989 ». La micro-biographie qui accompagne le programme du festival sur le site de l'Institut de l'image indique qu'il est « passé de la théorie à la pratique par la voie de l'assistanat, notamment auprès d'Im Kwon-taek au début des années 90 ».

De ce dernier [Im Kwon Taek (임권택)], on pourra également voir Le chant de la fidèle Chun-hyang (춘향뎐, 2000), le même jour à 14 h 30, soit juste en sortant de notre colloque, « Littératures d’Asie : traduction et réception », qui se tient, je vous le rappelle, vendredi 13 et samedi 14 (voir le programme). Quel meilleur point d'orgue imaginer ? (P.K.)

mardi 2 décembre 2008

La création contemporaine dans le théâtre coréen

le Département d'Etudes Asiatiques de l'Université de Provence et
sa section d'Etudes coréennes

vous convient à une conférence de
M. CHOI Jun-Ho
Professeur à la Korean National University of Arts (Séoul)
Directeur du Centre Culturel Coréen (Paris)
sur le thème de

La création contemporaine
dans le théâtre coréen
et
sa diffusion en France


Mardi 16 décembre 2008
à 17 h 30
Salle des Professeurs (2e étage)
Centre Schumann
Université de Provence
29, avenue Robert-Schuman - 13621 Aix-en-Provence cedex 1

dimanche 17 juin 2007

Traduit du coréen (001)

Paru le mois dernier,
Les Gens du Sud (남도 사람)
(Actes Sud, « Lettres Coréennes», 200 pages) de
YI Ch’ǒngjun
이청준 (李清俊, 1939- )
regroupe cinq textes écrits entre 1976 et 1981, pendant la dictature militaire.
Ils ont été traduits par
Kim Jung-Sook, Arnaud Montigny,
Yang Jung-Hee
, Ch'œ Yun & Patrick Maurus.


Le premier texte « A la manière de la côte Ouest », inspira le film de Im Kwon-Taek, bien connu du public français, sous le titre La chanteuse de P’ansori, qui depuis, est devenu le titre éponyme du texte. Im Kwon-Taek vient d’ailleurs de tourner une suite, Ch’ǒnnyǒnhak, une grue de mille ans, en s’inspirant du deuxième texte du livre des Gens du Sud : « Le vagabond de Sonhakdong ».

Cet ouvrage n’est ni un recueil de nouvelles, ni un texte unique, mais un ensemble de cinq textes courts, genre dans lequel les écrivains coréens excellent. A partir d’une trame simple, Yi Ch’ǒngjun tisse des histoires qui convergent vers une même recherche éperdue, l’âme du sud de la Corée, le Cheolla, terre du P’ansori, et ses gens, bourrus et rieurs, éprouvés par la douleur, solidaires, même lorsque le cœur chancelle. Le thème est commun aux cinq textes et se répète en refrain : à la mort de sa femme, un homme, chanteur vagabond apprend le chant à ses deux enfants. Mais le jeune garçon s’enfuit, tandis que pour améliorer la voix de sa fille, et plus probablement la garder avec lui, il lui crève les yeux. A la mort du père, la jeune fille deviendra chanteuse vagabonde, tandis que son frère devenu adulte, partira à sa recherche.

Ce thème ressemble à celui d’un P’ansori, (déjà évoqué sur ce blog), où chaque personnage exprime au travers d’une recherche inaccomplie, la même faute à porter, la même difficulté à retrouver un passé mythique, une conscience partagée. Cette recherche est aussi la recherche du han (voir ici). Patiemment, de texte en texte, de personnage en personnage, on accompagne l’auteur dans sa méticuleuse volonté d’extraire la faute des vivants et le cri des morts, l’immanence des dieux et les mythes fondateurs d’un monde qui s’enfuit.

Ces textes ne se dévoilent pas au premier regard. Ils exigent une lecture lente, aussi lente que le rythme du tambour, le puk () qui accompagne le chant du P’ansori. Parfois, le retour en arrière s’impose ; il faut suivre le voyageur, vérifier l’identité du personnage, s’accrocher au bon fil du récit, car Yi Ch’ǒngjun passe et repasse au même endroit, cherche l’indice, fouille l’histoire, et nous surprend par des phrases dont nous ne pouvons croire qu’elles sont le seul effet de la traduction : « Il est inutile d’éprouver de la rancoeur à l’égard d’un ressentiment » (p. 53) et qui illustre les diverses catégories du han (), traduit par ressentiment et wonhan (원한), forme négative du han, traduite par rancœur.

Dans ce livre, le chant, le han, le sud se cultivent, comme on cultive le thé et le riz dans cette région du Cheolla, décor des textes. Arrimé à l’âme coréenne, au-delà de l’émotion brève et fugitive, il est le lien qui unit les générations et sert à la métaphysique des personnages. « Si mon grand frère vit en ruminant son ressentiment, il ne reviendra pas risquer de le perdre » (p. 54) dit la jeune femme éplorée au voyageur compatissant. Par la voix, le han est protégé et se protège, et protège les générations à venir car il aide à vivre ; « il faut le déguster à petites doses » dira l’un des personnages.

L’errance s’installe et forme de texte en texte, le fil d’Ariane du livre. Chacun raconte le temps où l’homme et la nature ne faisaient qu’un. Ce sentiment de perte, dans une Corée qui va à marche forcée vers le progrès technique, s’incarne dans la voix de la jeune femme aveugle. Et cette voix nous dit le parfum d’une culture coréenne, qui ne s’offre pas sans efforts, sans farouche volonté d’aller au-delà des représentations usuelles que nous en avons.
Maurice Coyaud disait ne pas croire à l’âme des peuples. Mais comment interpréter alors ce que dit un personnage dans le troisième texte : « […] et le souvenir d’un oiseau de pluie dans le fond de son cœur, l’arbre regarda s’éloigner le voyageur. » ? (p. 110). Lancinante tentative d’élucidation du han coréen. Et la voix de la chanteuse, cette voix, la voix d’une profonde intimité coréenne, nous fait prendre conscience du temps qui s’enfuit, des libertés restreintes et de la nature qui plie sous les désirs du modernisme.

- Si j'avais un moyen de transport, j'irais au village pour chercher un chanteur.
- Pourvu que cette sorte de personnage existe encore… (p. 110)
Auteur prolifique, à la production très diversifiée, souvent primé, Yi Ch’ǒnjun, né en 1939 dans le sud de la Corée, est considéré comme un écrivain conceptuel, au sens où l’histoire racontée s’efface peu à peu devant le cheminement de la conscience. Plusieurs de ses textes ont été adaptés au cinéma, notamment par Im Kwon-Taek et Lee Chang-Dong. On peut notamment lire quatre autres de ses textes en traduction chez Actes Sud, collection « Lettres Coréennes » : L’île d’Io (1991), Le prophète (1991), Ce paradis qui est le vôtre (1993) & L’harmonium (2001).

(
Jean-Claude de Crescenzo)

On peut aussi se faire une idée de l'œuvre de Yi Ch’ǒnjun en se rendant sur le site de La revue des ressources qui propose la traduction par Arnaud Montigny et Kim Jung-Suk d'une courte nouvelle intitulée « Le fauconnier ». Ceux qui ont la chance de pratiquer le coréen pourront lire une biographie très détaillée de cet auteur dont nous avons reproduit un autoportrait réalisé lorsqu'il avait 32 ans. (P.K.)

jeudi 7 juin 2007

P’ansori et Han, à propos des « Gens du Sud »

La conférence sur le P’ansori (펀소리) qui vient d’avoir lieu à l’université [voir le compte-rendu de Liliane Dutrait] a précédé de quelques jours la parution du livre de Yi Ch’ǒnjun 이 청준, Gens du Sud (넘도 사람), traduit par Patrick Maurus (Actes Sud, « Lettres coréennes », 2007, 200 pages). Au travers de cinq textes courts construit sur l’imitation d’un P’ansori : exposé, commentaires, reprises, intervention du conteur, l’auteur fait chanter à ses personnages les formes contemporaines de la coraénité, ainsi que la nomme Patrick Maurus dans la postface. Nous ferons ultérieurement un compte-rendu de lecture de ce livre, mais pour rester dans le fil de la conférence, nous aimerions insister sur ce qui constitue sans doute le soubassement anthropologique et culturel du P’ansori, le han . Ce mot d’origine chinoise, qui n’est pas sans poser d’intéressants problèmes de traduction, voire de compréhension, correspond à un sentiment indéfinissable par un seul mot français. Il exprimerait un étrange mélange de tragique, de mélancolie, de souffrance intériorisée, d’injustice, de fatum, de déchirement, dû au passé, aux circonstances, à soi, à autrui, et même à son ascendance. Bon nombre de Kut 굿, le rituel chamanique, sont d’ailleurs donnés pour conjurer le han de l’âme des ancêtres, lorsque celui-ci vient perturber les vivants. Ce sentiment, le han – les traducteurs de l’ouvrage choisissent de traduire le mot, et de le traduire par ressentiment - est proprement historique et mêle la rancœur, l’amertume, le regret, l’attente déçue, les rêves envolés. Il est aussi une révolte non violente contre la fatalité et l’impuissance. On peut s’approcher de la compréhension du han, en connaissant l’histoire de la Corée, envahie près de 930 fois, et dont la dernière la plus sauvage et la plus violente, menaça l’identité coréenne avec l’interdiction de parler le coréen et de porter un prénom coréen. Le pays en a gardé des traces indélébiles au cœur desquelles le han se nourrit. Le han du P’ansori exprime tout cela à la fois, le destin du pays, le destin des vivants et le lien avec les morts. Et cette voix si particulière des chanteurs transporte par des histoires à la trame narrative simple, le han de tout un peuple. Le han du P’ansori, c’est aussi le han du sud de la Corée, la province du Chǒlla, patrie du P’ansori. Cet ancien royaume de Paekche, réunifié de force par son voisin le Royaume de Silla est une province (située au sud ouest de la Corée, face à la Chine) essentiellement agricole, considérée comme le réservoir de la Corée. Ce peuple rusé et bon vivant – le Chǒlla est certainement la meilleure cuisine de Corée – souvent méprisé pour sa tradition rurale, n’a jamais été apprécié à la hauteur de ce qu’il apporte à la Corée. Historiquement oubliée par le pouvoir central, honnie par l’élite intellectuelle, cette région est pourtant un foyer de la culture populaire, dont les kwendae 관대, ces chanteurs-conteurs itinérants inspireront plus tard le P’ansori. Cette région qui produit le papier le plus célèbre de Corée, le hanji 한지, a été aussi de tous temps, le théâtre de multiples rébellions, paysannes, étudiantes et ouvrières, jusqu’au plus grand massacre civil qu’elle ait connu sous la dictature militaire, avec les évènements de Kwangju, ville de l’extrême sud, en 1981, où 2000 manifestants furent tués par la police. Ces gens du Sud, frondeurs, insoumis, parlant le dialecte local avec un accent rocailleux, qui furent interdit pendant près de 1000 ans de fonctions d’état, en ont conçu un ressentiment collectif, palpable aujourd’hui encore, en même temps qu’une fierté et une solidarité indissociables. Il suffit pour s’en convaincre, d’assister à un P’ansori à Chonju (capitale du Chǒlla du Nord), en dialecte local, surtitré en coréen ou d’écouter les histoires, souvent vives de ces gens montés à Séoul pour exercer la profession de chauffeur de taxi ou pour ouvrir des restaurants populaires. Ce sud, porte le han, le han du sud, ce sentiment qui saisit les sujets à leur corps défendant et exprime au travers d’un P’ansori cathartique, toutes les formes de pertes, de séparations, d’échecs, d’une région riche et délaissée. (KHG)

lundi 4 juin 2007

P'ansori

Liliane Dutrait a assisté, comme beaucoup d’entre vous, à la conférence sur le p’ansori annoncée sur ce blog le 22 mai dernier. Elle nous fait l’amitié de nous offrir ce compte rendu aussi enthousiaste qu’instructif que je vous invite à lire :

Une femme, en robe coréenne, éventail à la main, qui chante seule pendant des heures, mimant et racontant une histoire au texte versifié, accompagnée d’un homme assis rythmant au tambour son récit, une scène dépouillée : tel est le p’ansori dont les Occidentaux commencent à devenir familiers grâce à des manifestations comme le Festival d’Avignon, le Festival d’automne à Paris ou l’Année France-Corée.

Le 29 mai 2007, la section Corée du Master de négociation internationale, l’Equipe de recherche Littérature chinoise et traduction et l’Association France-Corée proposaient une passionnante rencontre sur le thème : « Le p’ansori, du rituel chamanique à l’opéra à une voix », animée par Han Yumi 한유미, enseignante de coréen à l’université de La Rochelle puis à l’université Paris-VII, et Hervé Hervé Péjaudier, enseignant, tous deux traducteurs de théâtre coréen, et particulièrement de p’ansori 판소리.

Han Yumi a fait une très intéressante présentation de ce genre d’opéra épique à une voix, qui puise ses sources dans le rituel chamanique, le kut. Tous deux ont en commun un(e) chanteur(se) qui tient tous les rôles, un accompagnement au tambour ou à la flûte, un décor spécifique.

Alors qu’il existait au XVIIIe siècle une douzaine de p’ansori (p’an = aire, lieu de représentation, scène ; sori = chant, son), d’une longueur allant de deux à dix heures, le répertoire n’en compte aujourd’hui plus que cinq (Le Dit de Chunhyang, Le Dit de Simcheong, Le Dit de Heungbo, Le Dit de la Falaise rouge, Le Dit du palais sous la mer) – un peu plus si l’on compte une récente « épopée » sur une « Jeanne d’Arc » coréenne, ou un p’ansori que son caractère trop licencieux a quelque peu écarté. Les thèmes de ces « chants », « dits » ou « histoires », selon la traduction que l’on donne au mot ka qui les désigne, tournent autour de la loyauté familiale, la piété filiale et la fidélité conjugale.

Né au XVIIIe siècle (le premier est daté de 1754), le genre a connu une période de maturité jusqu’au début du XIXe siècle. A la fin du siècle, il a été le symbole de la « yangbanisation » (yangban = lettré) qui affirmait la suprématie de la culture coréenne sur l’étranger. Mais en parallèle était sacrifiée sa veine populaire pour satisfaire l’aristocratie lettrée. C’est aussi l’époque, grâce à Sin Jao-Hyo, de la fixation du texte qui n’avait jusque-là qu’une transmission orale. Le début du XXe siècle, période de la colonisation japonaise, voit l’affaiblissement du p’ansori, en même temps que se développe la première période de la littérature moderne. C’est le moment de la construction du premier théâtre national, de la réécriture des romans classiques, de l’apparition de films sur les romans classiques… et la naissance de l’opéra occidental. La fidèle Chunhyang devient l’héroïne d’une pièce de théâtre qui réunit une foule d’acteurs.

Depuis 1945 et jusqu’à nos jours, le p’ansori connaît une renaissance. En 1964, il est désigné comme « bien culturel immatériel national ». Mais il est aussi victime du mouvement des « nouveaux villages » qui vise à moderniser la Corée, notamment en faisant disparaître les arts traditionnels… Il est cependant de jeunes intellectuels qui choisissent de rénover le genre, tel Kim Ji-ha qui crée deux p’ansori modernes au titre évocateur : Cinq Voleurs, Une mer de merde… Le p’ansori croise aussi le chemin du jazz lors de concerts quelque peu surprenants dont Han Yumi a fait entendre un passage. Le cinéma s’en empare : le film Le Chant de la fidèle Chunhyang, de Im Kwon-Taek, en 2000, connaît un énorme succès.

Han Yumi et Hervé Péjaudier ont eu l’occasion de traduire et surtitrer plusieurs p’ansori. Ils ont exposé leurs difficultés pour respecter à la fois le sens, le rythme et le son de ces opéras uniques, la plus grande d’entre elles étant sans doute de devoir respecter les impératifs techniques du surtitrage d’un texte d’une haute qualité littéraire.

Dans la deuxième partie de la rencontre, Hervé Péjaudier revenait aux sources du p’ansori : le chamanisme. D’origine ouralo-altaïque – la Sibérie et la Mongolie en sont le berceau –, le chamanisme est apparu très tôt en Corée, où ont alterné tantôt respect tantôt mépris à son égard au fil des siècles.

Le premier roi de Silla, au début du Ier millénaire, aurait été un roi-chamane. Le chamanisme s’affronte ensuite aux différentes religions qui s’installent en Corée. Le bouddhisme, arrivé en 372, en fait son ennemi. Mais, lorsque le néo-confucianisme domine en 1392, le chamanisme s’allie au bouddhisme contre lui… Très ouvert, il accueille dans son panthéon dieux et esprits issus du bouddhisme et du taoïsme, personnages historiques divinisés, forces naturelles, ancêtres… Au XXe siècle, lorsque apparaît le christianisme, le chamanisme l’accueille bien : ses nombreux saints lui fournissent tout un panthéon nouveau ! Mais, à l’instar du p’ansori, la modernité et le mouvement des « nouveaux villages » veulent sa disparition et l’éradication des chamanes… Ceux-ci se rebellent et créent un Syndicat des chamanes, au nom du respect des croyances… et de l’anticommunisme. En parallèle, le chamanisme connaît un mouvement de muséification et de folklorisation qui risque tout autant de lui nuire.

Mais qui sont les chamanes, qui en Corée sont toujours des femmes ? Il en est de deux sortes : des chamanes « héréditaires », qui sont les héritières d’un savoir, qui veillent au respect des traditions : il en reste deux cents ; des chamanes charismatiques, au nombre de deux cent mille environ, qui ont un jour connu la « maladie chamanique », un événement annonciateur de leur « don ».

La cérémonie (kut) varie selon les possibilités financières des demandeurs. Elle a lieu dans un espace sanctuarisé, et son but est d’apaiser les esprits en leur faisant plaisir, donc en leur donnant à manger, à boire, en leur offrant danses et chants. Avec l’urbanisation de la Corée, les lieux propices se sont faits plus rares, et les chamanes de la ville ont désormais des sanctuaires personnels.

L’enthousiasme et le talent des conférenciers a permis à un public nombreux d’étudiants, enseignants et passionnés de culture coréenne d’en savoir plus sur ce sujet passionnant qui a suscité l’envie de voir des représentations. Ce qui sera possible en novembre au musée du quai Branly à Paris.

L’auditoire a eu la chance de bénéficier, à la fin de la conférence, d’un petit récital de kayagum 가야금, instrument traditionnel à cordes, par Park Keun-A, jeune étudiante d’échanges, Japonaise d’origine coréenne, dont le talent a suscité l’enthousiasme. (L.D.)

Pour poursuivre la découverte de cette expression dramatique si singulière, on peut, par exemple, se rendre sur Youtube qui permet de visionner du p'ansori ou certains de ses avatars (voire même une affligeante parodie). En cliquant ici, on peut déguster 3 minutes 37 secondes de l'art de « la plus célèbre chanteuse de pansori, Ahn Sook-sun en représentation au musée Guimet (Paris) en novembre 2006 », grâce à un document mis en ligne par 'dubrouchel', visionné déjà plus de 2600 fois. Mon préféré des 17 choix possibles ce soir est « Hwa Cho Jang Dae Mok» (7 minutes 23 secondes).

On peut aussi facilement entendre du kayagum, comme ici sur le site de Lee Youngshin [cliquer sur "Listening to Music" dans la barre de menu], qui interprète « Kayagum Sanjo », morceau qui dure 21 minutes et 18 secondes (nécessite RealPlayer). La même page offre sept chants accompagnés de kayagum en format mp3 et un heure de p'ansori : « Choon Hyuang Ga ». On peut même - ô magie de l'internet - jouer soi-même du kayagum ou plutôt du KayaToy. Pour cela il faut se rendre ici.

Notons pour finir, que l'événement du mois du Centre Culturel Coréen [2, avenue d’Iéna 75116 Paris] est justement un stage de P'ansori qui se déroulera du 4 au 15 juin, stage gratuit (du lundi au vendredi, de 15h à 17h). (P.K.)

mardi 22 mai 2007

La Corée à l'honneur


La section Corée du Master de Négociation Internationale,
l'Equipe de recherche Littérature Chinoise et Traduction et
l’Association France-Corée
vous invitent

le mardi 29 mai 2007, à 18 h,

à la Conférence-vidéo musicale

Le P’ansori,
du rituel chamanique à l’opéra à une voix


Les arts de la scène en Corée plongent leurs racines dans un passé très lointain.
Le
kut (rituel chamanique) et le p'ansori 판소리 (opéra épique à une voix)
ont survécu à des siècles d'évolution
et sont devenus des « Trésors Nationaux Intangibles »
dont la reconnaissance est désormais internationale.


par le Dr HAN Yumi, enseignante à l'Université de La Rochelle
et Hervé PEJAUDIER, professeur certifié

Cette conférence suivie d'un récital de Kayagum 伽倻琴
(Instrument traditionnel coréen à cordes) par PARK Keun-A

Université de Provence, Salle des Professeurs
29 Av. R. Schuman -13621 Aix en Provence.