Affichage des articles dont le libellé est Connaissance de l'Orient. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Connaissance de l'Orient. Afficher tous les articles

vendredi 11 mai 2007

La Pléiade à Aix

Les 24-25-26 mai 2007 va se tenir à la Cité du Livre d'Aix en Provence, un colloque international intitulé « La Pléiade » bibliothèque, institution, musée imaginaire. Il est co-organisé par l’Equipe ORLAC (Observatoire de Recherche sur la Littérature contemporaine et actuelle, Université de Provence) et le CRAL (Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, CNRS). Il « tentera de cerner la place tout à fait singulière qu’occupe la « Bibliothèque de la Pléiade » dans l’édition. Conçue comme une bibliothèque imaginaire idéale par Jacques Schiffrin, la construction de la collection ne cesse de poser la question de la valeur littéraire. Cette valeur et le musée imaginaire qu’elle contribue à instituer voudraient échapper au temps ou du moins statuer pour la postérité ; or une collection, élément d’une politique éditoriale en constante adaptation, se doit d’évoluer. La « Bibliothèque de la Pléiade » porte ainsi trace et témoignage des conceptions successives de l'œuvre littéraire et, simultanément, des conceptions de l’édition critique et de ses mutations. »

Pour plus de détails, il faut consulter le programme ici, ici ou ici. A noter la communication de Jean-Pierre Lefebvre (ENS, Paris), « Traduire sur papier bible ». Peut-être sera-t-il question de la place (modeste) de la littérature asiatique dans cette prestigieuse collection dont le catalogue est consultable sur le site des Editions Gallimard.

Pour ce qui concerne la littérature chinoise, cette collection propose en tout et pour tout sept titres dont les deux volumes baptisés Philosophes taoïstes publiés respectivement en 1980 et en 2003 :
- No 283. TOME I : Lao-tseu : Tao-Tö King. Tchouang-tseu : L'Œuvre complète. Lie-tseu : Le Vrai classique du vide parfait. Traductions du chinois par Benedykt Grynpas et Liou Kia-hway. Textes relus par Paul Demiéville, Étiemble et Max Kaltenmark. Avant-propos, préface et bibliographie par Étiemble.

- No 494. TOME II : Huainan zi 淮南子. Édition publiée sous la direction de Charles Le Blanc et Rémi Mathieu, trad. du chinois par Bai Gang, Anne Cheng, Charles Le Blanc, Jean Levi, Jean Marchand, Rémi Mathieu, Nathalie Pham-Miclot et Chantal Zheng.
Pour ce qui est de la littérature de fiction, on a eu droit, en moins de vingt ans, à cinq œuvres majeures de la production romanesque chinoise en langue vulgaire :
1978 : Luo Guan-Zhong 羅貫中, Shi Nai-an 施耐庵, Au bord de l'eau, Shui-hu-zhuan 水滸傳, traduit du chinois par Jacques Dars, avec un avant-propos de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1981
: Cao Xueqin 曹雪芹, Le Rêve dans le pavillon rouge. Hongloumeng 紅樓夢, traduit du chinois par Jacqueline Alézaïs et Li Tche-houa et révisé par André d' Hormon.

1985
: Jin Ping Mei 金瓶梅, Fleur en Fiole d'Or, traduit du chinois par André Lévy, préface de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1991 : Wu Cheng'en 吳承恩, La Pérégrination vers l'ouest. Xiyou ji 西游記, traduit du chinois par André Lévy.

1996 : Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois. Jingu qiguan 今古奇觀. Contes chinois des Ming, traduits du chinois par Rainier Lanselle.
En soit remercié Etiemble (1909-2002) à qui l'on doit également la création, en 1956, de la collection « Connaissance de l'Orient ».

samedi 24 mars 2007

Nouveauté éditoriale (03/07)

L'événement est suffisamment rare, et réjouissant, pour être noté dès qu'il intervient sans même avoir pris le temps d'en évaluer l'impact réel. Cet événement est la publication, le 22 mars 2007, d'un nouveau volume de la 'Série chinoise' de la collection « Connaissance de l'Orient » aux Editions Gallimard, prestigieuse collection créée par Etiemble (1909-2002) et dirigée par Jacques Dars. [Je reviendrai prochainement (?) sur cette collection et sur ses autres séries qu'on peut, en attendant, découvrir sur le site de l'éditeur.]

Le précédent numéro de la série est le très remarquable volume consacré aux Elégies de Chu [Chu ci 楚辭], attribuées à Qu Yuan 屈原, Song Yu 宋玉 et autres poètes chinois de l'Antiquité, IVe siècle av. J.-C. - IIe siècle apr. J.-C., traduites, présentées et annotées par Rémi Mathieu (vol. 111, 2004, 306 pages).

Ce dernier numéro en date donne la vedette au poète des Tang, "poète maudit" ou "poète fantôme" comme on voudra, Li He 李賀 (791-817) :

Li He, Poèmes. Traduit du chinois par Marie-Thérèse Lambert. Préface et notes de Guy Degen. Paris : Gallimard, « Connaissance de l'Orient », n° 115, 'Série chinoise', 206 p. :
Qu'un poète au destin aussi tragique que celui de Li He (791-817) ait eu pour troisième nom Li Changji (« Infaillible Bon Augure »), voilà qui tient de la gageure. Pourtant les meilleurs auspices semblaient réunis : une bonne famille – le poète descend du clan impérial – et un vrai talent – le célèbre lettré Han Yu, qui deviendra ministre, lui accorde son appui après avoir admiré ses poèmes. Son destin s'éclaire-t-il alors ? Non, puisqu'on lui refuse jusqu'au droit de se présenter au concours de « lettré avancé » pour des raisons onomastiques. Il obtient à grand-peine un poste subalterne au Bureau des Rites, insuffisant pour les nourrir, lui, sa mère et son jeune frère. De Changgu, sa ville natale au Henan, à Chang'an, la capitale, il promène son tragique destin.
L'homme inquiète par sa silhouette squelettique, ses cheveux blancs, ses sourcils d'un seul tenant et ses ongles démesurés. Cultive-t-il son air de fantôme (les Chinois le nomment « poète fantôme » ou « fantôme parmi les poètes »), on ne sait, mais ce n'est pas étonnant que les anthologies l'aient boudé et que les lecteurs l'aient fui. Trop de malheur ! Il ne se nomme guère dans ses vers, mais tout parle de lui, tout est lui : ministre évincé, favorite oubliée, palais déserté... jusqu'à l'armoise qui l'envahit.
Peut-on encore ignorer quel génie fut Li He ? Donnons-lui auprès des Li Bo et Du Fu la place qu'il mérite.
[Présentation de l'éditeur]
L'ouvrage propose, me semble-t-il, l'œuvre complète, soit quelque 243 poèmes. C'est beaucoup plus - et sans doute encore mieux -, que les 58 déjà disponibles dans Li He, Les Visions et les jours. Choix de poèmes traduits du chinois et présentés par Marie-Thérèse Lambert et Guy Degen. Paris : Editions de la différence, coll. « Orphée », n° 191. 1994, 123 p. Certes, ce petit volume était une édition bilingue très utile, mais, il n'est plus guère trouvable en librairie. Sa confrontation avec ce jeune frère de 13 ans son cadet sera très instructive pour suivre l'évolution de la traduction par M.-T. Lambert et Guy Degen de ce poète aussi fascinant qu'attachant. On en reparlera donc ici, ou ailleurs, mais si vous avez un avis, n'hésitez pas à laisser un commentaire. (PK)