jeudi 9 octobre 2008

Sous influence VV

Masque funéraire Kitan en bronze [Empire des Liao 遼 (946-1125)]
Ancienne collection Michael Steinhardt. (Source : site commercial)


Mes lectures de vacances étaient, en apparence tout au moins, bien éloignées des écrits du vénérable maître Kong. Elles étaient, je peux l'avouer maintenant – il y a prescription -, sous la stimulante influence du Visage vert dont il a été déjà question sur ce blog.

La revue a, vous le savez sans doute déjà, emprunté son nom au Das grüne Gesicht de Gustav Meyrink (1868-1932) qui fut non seulement un grand traducteur – celui de Dickens et de Kipling notamment -, mais aussi et surtout un grand romancier, auteur de tant de livres qui, c'est heureux, ne sont pas sans avoir quelque rapport occulte avec la littérature de l'Empire du Milieu. Rappelez-vous la fin de l'avant-propos que Jacques Dars donnait à son recueil de traductions de nouvelles chinoises des Ming (1368-1644), En mouchant la chandelle (Gallimard, « L'imaginaire », 1986) :
« Mais l'œuvre de Qu You [瞿佑 (1341-1427)] parvint même, incognito pourrait-on dire, jusqu'en Europe ! En effet, l'histoire des lanternes-pivoines, la préférée des Japonais, fut reprise par le passionné de folklore nippon qu'était Lafcadio Hearn (1850-1904) dans son recueil fantastique, parfois glaçant et épouvantable, Kwaidan. Les lecteurs de langue anglaise ignoraient sans doute qu'ils se délectaient à une histoire chinoise du début des Ming, comme le firent des lecteurs de langue allemande quand Gustav Meyrink, l'auteur du Golem, traduisait l'œuvre de Hearn. » (p. 17)
On aura donc raison de se plonger avec délices dans les volumes déjà parus – quinze au total – de cette revue unique ; étant un converti de la dernière heure, je ne connais que la dernière formule et donc les deux derniers volumes uniquement (14 & 15) qui m’ont particulièrement ravi.

L'appétit communicatif du Visage vert pour les textes oubliés et curieux, n'a pas mis longtemps à aiguiser le mien dans deux directions qui se rejoignent dans le même goût pour le fantastique :

1/ L'une m'a conduit vers des œuvres de notre vieille Europe. Aussi à peine avais-je quitté le château d'Udolphe, que j'entamai le Manuscrit trouvé à Saragosse du fascinant Jean Potocki (1761-1815). Mais je n'avais déjà plus le temps de m'enfoncer plus avant sur les chemins inquiétants et infestés de brigands et de démons des Alpujarras. J'en étais à peine arrivé au moment où les deux sœurs Emina et Zibeddé se rapprochaient d'Alphonse Van Worden, le narrateur. Le jeune capitaine des Gardes wallonnes, qui se demande s'il a affaire à « des femmes ou bien avec d'insidieux succubes » écrit à ce moment : Chacune d'elles prit une de mes mains. Emina demanda si je me trouvais mal. Je la rassurai. Zibbedé me demanda ce que c'était qu'un médaillon qu'elle voyait dans mon sein et si c'était le portrait d'une maîtresse. « C'est, lui répondis-je, un joyau que ma mère m'a donné, et que j'ai promis de porter toujours : il contient un morceau de la vraie croix ... » A ces mots, je vis Zibeddé reculer et pâlir. « Vous vous troublez, lui dis-je, cependant la croix ne peut épouvanter que l'esprit des ténèbres. » ...

Combien de mois va-t-il me falloir patienter avant de pouvoir retrouver Alphonse et le suivre à travers les trois éditions récentes [Le livre de Poche, 2007 & GF, 2008 : deux volumes sous coffret] qui rendent dans sa forme la plus complète la grande œuvre que son auteur, ami et soutien de l'orientaliste allemand Julius Heinrich Klaproth (1783-1835), qualifiait de « roman bizarre » ?

2/ L'autre chemin suivi dans le sillage du Visage vert m'a mené vers ces recueils de récits à faire frémir qui parcourent la longue histoire de la littéraire chinoise, et invité à sortir d'une pile de vieilleries un peu négligées au fil des ans quelques ouvrages d'outre-tombe. Parmi eux, quelque peu défraîchi par 20 ans de négligeance coupable, mon premier livre en chinois acheté à Bordeaux dans cette curieuse succursale depuis longtemps fermée des douteuses amitiés Franco-chinoises à deux pas de la place de la Victoire. Il portait un titre évocateur : Bu pa gui de gushi 不怕鬼的故事 (Pékin : Renmin wenxue, 1978). Ce microscopique choix établi en 1961 par le laboratoire de recherche en littérature de l'Institut des Sciences Sociales de Chine [Zhongguo shehui kexueyuan wenxue yanjiusuo 中國社會科學院文學研究所] pour affermir le matérialisme ambiant avec un lot d'histoires dans lesquelles on n'a [même] Pas peur des fantômes - il venait d’être réimprimé en 1978 -, reprenait justement 11 récits tirés du livre qui retint mon attention aussitôt retombée l'émotion causée par la rencontre d'un vieil ami de presque 30 ans.

L’œuvre en question est le Zi bu yu 子不語 (Ce dont le Maître ne parle pas) de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) que je retrouvais ainsi dans l'édition que la Shanghai guji tira à 9000 exemplaires en novembre 1986 ; deux tomes achetés au creux de mon deuxième hiver pékinois pour 4 yuan 60 ! Pas loin gisait une autre édition de la même mine d’histoires curieuses sous son titre alternatif - Xin Qi Xie 新齊諧 - parue à 9500 exemplaires en mai 1986 au Shandong (Qi Lu shushe, Jinan), en même temps que la suite donnée par Yuan Mei à sa collection de mirabilia, le Xu Zi bu yu 續子不語 : soit un des 12000 exemplaires tirés à Changsha au Yuelu Shushe.

C'était inespéré, mais ces éditions modernes en caractères simplifiées et ponctuées qui avaient alors redonné un souffle de vie à une œuvre née il y a quelque 220 ans, étaient toutes expurgées. Datant de 1788, l'ensemble de 1025 récits en langue classique dans le style de ceux de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) et de Ji Yun 紀昀 (1724-1805), avait, ne l'oublions pas, rencontré la censure dès 1836. Fort heureusement, les éditions plus ou moins complètes en furent nombreuses et il est dorénavant facile de rendre son visage d'origine à ce chef-d'œuvre oublié. Il n'empêche que le travail qui reste à faire pour le présenter au public français est de taille. Seule une poignée de ces récits à faire froid dans le dos ou à faire sourire a reçu une traduction, qui plus est pas toujours à la hauteur.

Mais ceci est une autre histoire qui pourrait avoir pour point de départ une incursion chinoise dans le bel édifice du Visage Vert, sous la forme d'une douzaine de récits courts : huit traduits par Solange Cruveillé, les quatre autres par moi, suivi d’une présentation que je m’efforce de rendre vivante et pas trop 'sinologico-soporifique'.

En attendant le mois de juin 2009 pour vous jeter sur le seizième volume concocté par Xavier Legrand-Ferronnière et ses collaborateurs, allez découvrir les précédents et, si vous êtes à Paris, précipitez-vous au stand du Visage vert au 18e Salon de la revue (10 - 12 octobre 2008).

Et pourquoi n'iriez-vous pas explorer, sans plus tarder, le versant de la revue sur Facebook entretenu par Anne-Sylvie Homassel dont la succulante et élégante traduction du deuxième volume des aventures de Fu Manchu vient juste de sortir chez Zulma ? Les créatures du Docteur Fu Manchu vont me tenir en haleine tout le weed-end -- encore une lecture sous influence. Si vous voulez me voir revenir à mes anciennes occupations et tenir mes promesses, il ne vous reste plus qu'à invoquer les mânes de Kongzi et de Li Yu 李漁 (1611-1680), qui, c'est piquant à noter, partageaient le même dégoût du surnaturel. (P.K.)

lundi 6 octobre 2008

Un art de la contrainte

L'« Equipe sur les Cultures et
Humanités Anciennes et Nouvelles Germaniques et Slaves »
(EA 4236) et notre équipe ont conjugué leurs forces pour présenter les

17 & 18 octobre 2008,
salle des professeurs (2ème étage) de l'Université de Provence
29, av. Robert Schuman 13621 Aix-en-Provence cédex 1
un colloque international sur le thème :

Traduire : langues et réalités.
Un art de la contrainte

Chaque langue impose une image, une conceptualisation particulière du réel, dit-on, si bien que l'expression linguistique du réel n'est plus le réel. La complexité des rapports entre langue(s) et réel(s) ainsi que les diverses manières de percevoir et de rendre compte du réel se manifestent particulièrement dans les descriptions de lieux ou d'objets. En passant d'une langue à l'autre, on rend compte d'un réel déjà « formaté», notamment en ce qui concerne la traduction littéraire. Les caractéristiques de la langue-cible peuvent également influencer le style du texte, obliger le traducteur à faire des choix auxquels l'auteur n'a pas été confronté, non seulement au niveau lexical, mais aussi grammatical.

Vendredi 17 octobre

9 h 00 - Inauguration par Jean-Paul CAVERNI,
Président de l’Université de Provence

Questions théoriques

9 h 20 - Olga SAPOJNIKOVA, Nijni Novgorod (Russie), « L’identité culturelle sous l’angle de la critique en traduction littéraire. »
9 h 40 -
Marie-Christine HAZAËL-MASSIEUX, Université de Provence, « Traduction et diglossie. Comment traduire et que traduire en créole ? »
10 h 00 -
Marie VRINAT, INALCO, « La traduction littéraire : quand la contrainte devient prétexte à création. »
10 h 20 - Discussion - 10 h 40 - Pause
11 h 00 -
Elena PORCHNEVA, Université Linguistique de Nijni Novogorod, « Formation de la compétence interculturelle chez les futurs interprètes. »
11 h 20
- Malina STANKOVA, Université de Sofia, « La traduction et la signification. Quelques observations. »
11 h 40
- Gilles BARDY, Université de Provence, « Sur quelques problèmes de traduction du roumain en français. »
12 h 00 - Pause - 12 h 20 - Déjeuner

Questions de réalité

14 h 20
- Agnieszka GRUDZISKA, Paris IV-Sorbonne, « Pas de texte sans contexte. La traduction des archives du ghetto de Varsovie. »
14 h 40
- Miroslava SEVCÍKOVÁ, Brno, « Traduire les étranges réalité d’Antoine Volodine. »
15 h 00
- Noël DUTRAIT, Université de Provence, « La traduction de la réalité et du réalisme magique chez Mo Yan. »
15 h 20 - Discussion - 15 h 40 - Pause
16 h 00 -
Pierre KASER, Université de Provence, « Le théâtre dans le roman : Les Amants de la scène de Li Yu (1611-1680). »
16 h 20 -
Inês OSEKI-DEPRE, Université de Provence, « Traduction réaliste ou traduction relevante ? (A propos de la traduction française de João Guimaroes). »
16 h 40
- Anastasia VINOGRADOVA, Université de Provence, « “Des violettes au creuset” ou la pratique de la traduction en Russie à l'époque symboliste. »
17 h 00 - Discussion - 19 h 00 - Dîner


Samedi 18 octobre

Questions de poésie

9 h 00
- Perle ABBRUGIATI, Université de Provence, « Traduire une chanson. Quelques exemples autour de Brassens en italien. »
9 h 20 -
Françoise DOUAY, Université de Provence, « Un poème de Beaudelaire au prisme des langues : une constellation de points intraduisibles. »
9 h 40 -
Agnieszka ZUK, Nancy 2, « La construction de la réalité dans Dukla d’Andrzej Stasiuk. Les problèmes de la traduction du sensible. »
10 h 00 - Discussion - 10 h 20 - Pause
11 h 00
- Philippe CHE, Université de Provence, « Repérer et traduire le langage allusif chez Ge Hong, auteur taoïste du IVe siècle ? »
11 h 20 -
Pierre LARCHER, Université de Provence, « Traduire la poésie arabe pré-islamique : pourquoi ? comment ? »
11 h 40 -
Milena FUCIKOVÁ, Université de Provence, « C’est la fête de la langue ! Traduire l’univers créole de Patrick Chamoiseau en tchèque. »
12 h 00 - Discussion - 12 h 20 - Déjeuner

Questions de linguistique

14 h 30
- Charles ZAREMBA, Université de Provence, « Quand les faits de langue sont aussi des faits de récit. »
14 h 50 -
Kira KACHLAVIK, Université Linguistique de Nijni Novgorod, « Traductions russes de la prose philosophique de Pascal. »
15 h 10
- Kira PESHKOVA, Université de Provence, « Modélisation conceptuelle dans un domaine spécialisé et traduction “droits de l’homme” en russe et en français.
15 h 30 - Discussion - table ronde et clôture

Comité d'organisation Université de Provence
Noël DUTRAIT • Charles ZAREMBA
Contact : Absa d'Agaro, absa&up.univ-aix.fr

dimanche 5 octobre 2008

Réponse à la devinette (016)

Han Yu 韓愈(768-824)

D'abord
cette devinette qui, grâce à l'érudition de Thomas Pogu, n'a pas tenu longtemps. Même sans Google-assistance, il n'était pas bien sorcier de reconnaître ce volume de l'Histoire de la littérature chinoise que Georges Margouliès (né en 1902) consacra à la prose classique - c'est aujourd'hui encore la seule monographie de cette taille (336 pages) sur le sujet -, et son propos liminaire qui amène à se poser la question : « Où en sommes-nous soixante ans plus tard ? »

Celui que son éditeur (Payot) présentait comme « Docteur ès-lettres, ancien chargé de mission en Chine » et dont on peut lire une notice biographique à la page 294 de Deux siècles d'histoire de l'Ecole des langues orientales (Pierre Labrousse (ed.), Paris, Hervas, 1995), celui qu'Etiemble brocardait dans son Hygiène des lettres (1952) et dont l'Anthologie raisonnée de la littérature chinoise (1948) permit à Borgès de découvrir Han Yu 韓愈(768-824) le grand prosateur des Tang (618-907), livrait page 309 de cet ouvrage complété en 1951 par un volet consacré à la poésie, une réflexion dont on fera grand cas dans notre appréciation des traductions de littérature chinoise ancienne :
« Cependant, à côté de ces événements politiques, les rapports officiels avec l'étranger occidental, la représentation de la Chine en Europe [...], les voyages de nombreux Chinois en occident, tout amena la Chine de la fin du XIXe s. à commencer à connaître les lettres européennes.
Il ne faut pas croire qu'il puisse s'agir aussitôt d'influences ; ce ne furent que quelques traductions d'information et, si elles rendaient le sujet de l'ouvrage, la forme stylistique et souvent même l'adaptation de l'idée demeuraient essentiellement chinoises et conformes aux échantillons classiques, un peu comme le sont encore à présent dans le sens inverse les nombreuses imitations ou transpositions d'œuvres chinoises qu'on publie en Europe. »
Que de progrès parcourus depuis !


Pour finir, laissez-moi vous prévenir qu’avant de vous livrer une autre occasion de manifester l'étendue de votre savoir sinologique ou votre agilité à manier les moteurs de recherche online, je vous parlerai bientôt (?) dans ce blog de plusieurs ouvrages que je viens de recevoir, et surtout du très recommandable Zhu Xi (朱熹), Mémoire sur la situation de l'empire (Wu-shen fengshi 戊申封事) 1188. Traduit du chinois, présenté et annoté par Roger Darrobers (Paris : Editions You Feng, 2008, 192 p.), puis du problématique Liu Dalin 刘达临, L'empire du désir. Une histoire de la sexualité chinoise (Traduction adaptée du chinois par Jean-Claude Pastor. Paris : Robert Laffont, 2008, 202 pages), et de bien d’autres choses encore : je n'ai pas oublié que je dois poursuivre mon survol des traductions de romans érotiques chinois, vous parler du sublime Oreiller magique de Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1635) (Handan ji 邯鄲記, traduit par André Lévy, MF, « Frictions », 2007), et tenir deux ou trois autres promesses laissées en suspens. Il sera aussi question de l'incursion prochaine de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) dans les colonnes du Visage Vert, dont le blog a fort gentillemment salué notre récente métamorphose. Mais comment faire pour tout faire, vite et, si possible, pas trop mal ? (P.K.)

samedi 4 octobre 2008

Un nouveau départ

Depuis septembre 2008, la jeune Equipe « Littérature chinoise et traduction » s’est élargie vers d’autres littératures d’Asie et a pris un nouveau nom :

« Littératures d’Extrême-Orient,
textes et traduction
»

ce blog l’indique déjà fièrement sur son bandeau,
le site de l’équipe sera bientôt revu en conséquence.

Les principaux axes de recherche de notre équipe dont l’acronyme est dorénavant LEO2T, restent essentiellement les mêmes, mais envisagés sur un espace culturel qui dépasse le monde chinois :
  • les problèmes liés à la traduction des littératures d’Asie, à savoir de Chine, du Japon, d’Inde, de Thaïlande, du Vietnam et de Corée.
  • l’œuvre de Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature 2000, Docteur Honoris Causa de l'université de Provence en liaison avec le Service commun de la documentation de l’Université de Provence dans lequel se trouve l’Espace de recherche et de documentation Gao Xingjian.
L’équipe dirigée par Noël Dutrait réunit maintenant plus d’une douzaine de spécialistes sur six aires culturelles asiatiques [présentation réactualisée bientôt sur notre site]. L’équipe va continuer à développer des activités de recherches qui déboucheront sur des publications, mais aussi des manifestations publiques de plusieurs ordres.

La dernière réunion de l’équipe (30/09/08) a permis de définir le calendrier des activités des mois à venir. En voici, dans l’attente d’informations plus détaillées, les grandes lignes :

  • le 13 février 2009, l’équipe organisera une journée sur la traduction des littératures d’Asie baptisée « Littératures d’Asie : traduction et réception ». Les membres de l’équipe sont d’ores et déjà invités à proposer un titre de communication et à suggérer le nom de spécialistes qui pourraient être invités. Des propositions de communication peuvent nous être envoyées avant le 15 janvier 2009.
  • les 11 et 12 décembre 2009, l’équipe envisage de tenir un colloque international sur le thème suivant : « Le roman en Asie et ses traductions ». Toute proposition de communication est la bienvenue.
Notre collaboration avec la bibliothèque universitaire, déjà importante avec l’ERD Gao Xingjian, sera renforcée, notamment autour du projet d’établissement d’un inventaire des traductions françaises des littératures asiatiques. Le fonds d’ouvrages de notre modeste bibliothèque sera accueilli dans les locaux de la BU très prochainement et le catalogage du fonds chinois diligenté par Jean-Luc Bidaux, sera assuré pour partie par Solange Cruveillé. Nous lui souhaitons bon courage.

L’hiver qui vient devrait voir la concrétisation de notre désir de publier le premier numéro de notre revue en ligne, Impressions d’Asie, qui a pris pour diverses raisons dont certaines indépendantes de notre volonté, un considérable retard.

Bien avant, soit l’après-midi du 21 octobre 2008 à partir de 15 h. jusqu'à 17 h. (salle C232), les étudiants de Master de notre formation auront la possibilité – pour ne pas dire l’obligation – de rencontrer les membres de notre équipe. Ce sera l’occasion pour nous de présenter nos domaines de recherches et les travaux menés dans le cadre de l’équipe.

D’autre part, ce blog s’efforcera de vous tenir au courant des activités de notre équipe, comme de rester en alerte sur l’actualité des littératures asiatiques et d’en rendre compte avec le plus de célérité possible. Ce billet est le 200ème paru depuis sa création le 18 novembre 2006 --- c’est ce qui m’a amené à l’illustrer d’un montage proposant deux cents poisson, qui augurent d’un bonheur doublé pour un avenir radieux, ce qui n’est pas rien en ces temps de crise.

samedi 27 septembre 2008

Devinette (016)

Illustration empruntée au site de Jacques Poitou,
Professeur de linguistique à l'université Lumière Lyon-2

En divulguant la réponse à la devinette estivale, le 27 août dernier, j’écrivais que « la prochaine devinette qui portera le numéro 16 et les suivantes devraient être plus directement orientées vers la littérature chinoise ancienne et ceux qui ont contribué à mieux la faire connaître chez nous. »

Un mois s'est écoulé sans signe dans ce sens : il est grand temps de rattraper ce retard et de tenir parole. Voici donc un texte dont on cherchera fébrilement l'auteur et qu'on tentera d'identifier :
La littérature chinoise a été jusqu'ici et de nos jours reste encore absolument en dehors des horizons littéraires du lecteur européen. Aucun homme instruit ne peut se permettre d'ignorer ne fût-ce que le nom des grands classiques des autres pays d'Europe tels que Goethe, Shakespeare, Camoens, Calderon, Molière, Dante, Dostoïévsky, nombreux sont ceux qui connaissent des auteurs persans et hindous, Saadi ou Omar Khayam, Kalidasa ou Tagore, mais l'Extrême-Orient reste le domaine étroit de quelques spécialistes et bien des gens sont encore à se demander si la Chine possède une littérature quelconque. Sans aller jusqu'à ce point extrême de l'ignorance, il est certain que la littérature chinoise et son histoire sont à peu près totalement ignorées en Europe.
La plupart des sinologues n'ont traité qu'insidemment la question littéraire et le texte artistique qu'ils étudiaient les intéressait d'habitude surtout par ses données historiques ou philosophiques, les légendes ou les traits de mœurs qu'il exposait. Cependant aux yeux de l'auteur, et aussi du lecteur chinois, des détails avaient pour la plupart du temps un caractère secondaire et accidentel d'ornement remplaçable. Par contre, l'élément émotionnel et esthétique qui forme la raison d'être des productions artistiques n'intéressait pas le sujet des recherches savantes ; ces savants le laissaient de côté.
Vous connaissez la procédure, alors, à vous de jouer. (P.K.)

mercredi 17 septembre 2008

A Cassis aussi !

Version chinoise du blason de Cassis.

Une partie des membres de notre équipe
Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction (LEO2T)
sera présente à la conférence internationale organisée par
la Maison Asie Pacifique
qui se tiendra à Cassis (13) du 2 au 4 octobre 2008.
Cette conférence réunira dans la salle Calendal
une quarantaine de chercheurs français,
de Hong Kong, de Grande Bretagne, des USA, de Thaïlande,
mais aussi de Taiwan.
On peut compter sur l’équipe organisatrice pour que ces journées se déroulent dans la meilleure ambiance qui soit et que les différents ateliers apportent des lumières sur le thème central de cette réunion qui est
L’Asie et le Pacifique entre mondialisation et globalisation.
Résistances, métissages et stratégies d’adaptation.


L’atelier auquel prendront part cinq d’entre a pour intitulé
Métissages culturels : arts et littératures

Voici le programme des communications qui se tiendront le 2 octobre :
Président de séance : Philippe Che
10h00 : Elizabeth Naudou (UP, LEO2T) : « At the End of India-Europe Dialogue – Nirmal Verma’s monologues »
10h30 : Louise Pichard Bertaux (MAP/CNRS/LEO2T) : « City and contemporary literature in Thailand : a similar evolution »
11h00 : Questions, pause
11h30 : Alain Guillemin (LAMES/CNRS/IRSEA) : « The Translation into French of Kim Van Kieu, Masterpiece and Mirror of Vietnamese Literature »
12h00 : Gilbert Fong (Dpt of Translation, University of Hongkong): « Suspended Identities : Behind the Looking Glass of Translated Theatre in HongKong. »
12h30 : Questions, pause déjeuner

Président de séance : Gilbert Fong
14h30 : Noël Dutrait (UP, LEO2T) : « Influences and Resistances in Chinese Literature (End of XXth - Beginning of XXIst c.) »
15h00 : Pierre Kaser (UP, LEO2T) : « Confucius à Broadway : The Wisdom of Confucius de Lin Yutang »
15h30 : Questions
16h00 : Philippe Che (UP, LEO2T) : « Ge Hong (285-345) and Roger Bacon (1214-1294): A Comparative Study »
16h30 : Questions
17h00 : Clôture de l’atelier
La langue du colloque est l’anglais, mais je me suis laissé dire que certains feront de la résistance. Notons que Jade Nguyen P. Ngoc (LEO2T) traitera d’un sujet non-littéraire avec une communication intitulée « Vietnam Between China and South East Asia as seen by Orientalist: Redefinition and reconstruction of the Vietnamese identity during the French colonial period (first part of the 20th century) » comme du reste Michel Dolinski (UP/IRSEA-LEO2T, France) intervenant sur l’« Integration of the Vietnamese-Chinese in the diasporic networks of South-East Asia ». Gageons que chacun, intervenant ou simple spectateur, repartira chez lui en se disant que « Qui a vu Paris, et non Cassis, n'a rien vu ! ».

lundi 15 septembre 2008

Concours de littérature coréenne (2008)

L'équipe de Recherche
« Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction »
est heureuse de s'associer
à l’Institut pour la
Traduction de la Littérature Coréenne
(Séoul)
et au Département d’Etudes Asiatiques
de l'Université de Provence

pour l'édition 2008 de son concours
« A la découverte des grandes œuvres de la littérature coréenne »

L'œuvre retenue pour
cette deuxième édition du concours de compte-rendu de lecture
qui se déroulera du 16 septembre 2008 au 28 novembre 2008
est


Nokcheon

suivi de Un éclat dans le ciel
《녹천에는 똥이 많다》
Traduit par KIM Kyunghee, LEE In-Sook, Stéphane COULON
(Paris : Le Seuil, collection « Nouvelles », 2005, 223 pages)
de
LEE Chang-Dong
이창동 [ 李滄東 ]

Né en 1954 à Daegu, LEE Chang Dong mène une double carrière de cinéaste et d’écrivain. Il obtient son diplôme de Langue et Littérature coréennes en 1980. Son œuvre littéraire et cinématographique est couronnée par plusieurs prix internationaux.

Œuvre littéraire :
1983, The Booty ; 1987, Burning Papers
1992, Nokcheon suivi de Un éclat dans le ciel

Oeuvre cinématographique :
En 1993, il débute dans le cinéma avec Park Kwan-Su (un des fondateurs de la nouvelle vague coréenne) qui lui propose d’écrire le scénario de To the story island. Puis, il réalise en
1996, Green Fish ; 2000, Pepermint Candy ; 2002, Oasis ;
2008, Secret Sunshine (Milyang)

En février 2003, il est nommé Ministre de la Culture en Corée du Sud et démissionnera 1 an plus tard, en désaccord sur la question des quotas de production cinématographique, en Corée du sud.

•

Les candidats devront rédiger un texte personnel :
compte-rendu, note de lecture, commentaire, critique.

Pour pouvoir participer, il faut :
• s'inscrire avant le 18 octobre avec vos coordonnées par e-mail à jcdc@up.univ-mrs.fr
(Le livre Nokcheon sera offert aux 60 premiers candidats inscrits).
• rédiger un texte de 4 pages maximum (1500 signes par page).
• adresser ce texte par e-mail à jcdc@up.univ-mrs.fr
avant le 29 novembre 2008

Les textes seront examinés par les membres du Jury de l’Equipe de Recherche « Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction » de l’Université de Provence.
Résultats du concours par e-mail le 13/12/2008.
Remise des prix le mercredi 17/XII/2008 (18 h.)
à l’Université de Provence (Salle du Conseil, 2e étage) :

6 candidats seront sélectionnés et gagneront :
1er prix : Un ordinateur portable Samsung (ou valeur)-
2e prix : (Deux gagnants) Un iPod Apple (ou valeur) -
3e prix : (trois gagnants)
Un appareil photo numérique Samsung (ou valeur).

Le 1er prix participera à une sélection mondiale. En cas de victoire à cette sélection, un voyage en Corée lui sera offert à cette occasion.

Responsable du concours :
Hye-Gyeong KIM, enseignante de coréen à l’Université de Provence.
UFR ERLAOS, Université de Provence
29 av. R. Schuman – 13621 Aix-en-Provence cedex 1
Informations en rapport au concours sur le site et
le blog de l’Equipe de Recherche : http://jelct.blogspot.com

Finir une traduction…

Nombre d’entre vous ont dû m’entendre parler du roman de Mo Yan 莫言, Sishiyi pao 四十一炮, Quarante et un coups de canon, depuis avril 2004, date à laquelle, Liliane Dutrait et moi avons signé un contrat de traduction avec les éditions de Seuil. À l’époque, on s’en souvient peut-être, Mo Yan avait participé au Salon du livre de Paris où son roman Beaux seins belles fesses 丰乳肥臀 (traduit aussi par nous-mêmes) avait remporté un franc succès. Le Seuil avait alors confié à Chantal Chen-Andro la traduction du terrible Supplice du santal 檀香刑 qui est paru en 2006 et nous avait demandé de traduire ces Quarante et un coups de canon. Le temps a passé, Chantal Chen-Andro a même avancé la traduction du dernier roman de Mo Yan, Shengsi pilao 生死疲劳 (à paraître en 2009), tandis que nous plongions dans le très foisonnant Quarante et un coups de canon avec délices. Malheureusement, cette traduction a avancé moins vite que prévu… Quelques responsabilités qui m’ont été confiées à l’université de Provence ont retardé cette traduction, ainsi que des événements d’ordre plus personnel, et ce roman a dû attendre jusqu’à maintenant pour pouvoir enfin paraître en français (en octobre prochain). Il faut souligner la patience des éditions du Seuil et saluer la belle persévérance de cette maison qui « suit » Mo Yan en publiant quasi systématiquement ses « gros romans ». C’est un fait assez rare dans le domaine de la littérature chinoise contemporaine, où l’on voit souvent des écrivains éparpillés chez plusieurs éditeurs, et leur œuvre traduite de façon fragmentaire, voir incohérente… Il ne me semble pas que d’autres auteurs chinois contemporains aient déjà une quinzaine de titres publiés en traduction française…

Réglons d’abord la question du titre. Après une longue période de réflexion, après Les Quarante et Un Canons – titre que nous avons utilisé tout au long des discussions sur ce travail –, nous avons définitivement opté pour Quarante et un coups de canon. C’est que dans ce roman, on verra qu’il y a à la fois un « enfant-canon », 炮孩子 – un enfant qui aime raconter des histoires, le plus souvent totalement imaginaires –, quarante et un chapitres – qui sont autant de coups de canon pao 炮 –, et… quarante et un véritables (?) coups de canon, sishiyi pao 四十一炮… Deux récits s’entremêlent : le monologue intarissable sur des faits réels ou imaginés que débite le narrateur à un vieux moine impassible, narrateur qui désire devenir moine lui-même, et le récit de faits de sa jeunesse, racontés dix ans après à travers ses yeux d’enfant. Tout cela se déroule pendant les dix dernières années du XXe siècle, dans le grand tourbillon que connaît la société chinoise depuis cette époque. Au centre du roman, la viande de boucherie, objet de convoitise, objet de passion et objet hautement lucratif ! Une fois de plus, Mo Yan fait raconter par un enfant, comme dans Le Clan du Sorgho et dans de nombreuses nouvelles que l’on peut lire en français dans une traduction de Chantal Chen-Andro, réunies sous le titre Enfant de fer (éditions du Seuil).

On sort de la lecture de ces Quarante et un coups de canon sonné, abasourdi, émerveillé, dégoûté, voire révulsé, mais on a le net sentiment d’avoir parcouru un incroyable voyage dans un monde de plus en plus déréglé. Quand on le traduit, c’est encore plus fort puisque nous avons passé des mois en compagnie de ce Liu Xiaotong, de son père et de sa mère, de sa sœur, la gentille Jiaojiao, de la tante Mule Sauvage, du grand moine et de Lao Lan, le chef du village, de Lan l’Ancien et de bien d’autres encore... En 442 pages en chinois (780 feuillets en traduction française), Mo Yan déverse son torrent de langage et prouve bien, comme il le dit dans sa postface que pour lui « 诉说就是一切 », « la narration, c’est tout » !

Pour ce qui est de notre méthode de travail « à quatre mains », comme toujours, j’ai fait le passage du chinois au français en restant très près du texte (j’ai d’ailleurs expérimenté cette fois le logiciel Wenlin qui est très utile pour élaborer un premier jet), puis Liliane a fait des corrections et des propositions sur cette version brute, nous avons ensuite travaillé ensemble pour établir une version plus achevée, revérifié tout ce qui posait problème en envoyant à Mo Yan beaucoup plus que quarante et un e-mail sur des mots ou expressions qui demeuraient obscurs… Mo Yan a répondu avec la plus grande gentillesse (et rapidité) à toutes nos questions, nous expliquant aussi bien l’expression 炒鱿鱼, « se faire mettre à la porte » , que 梦梦梦, 反反正 (il arrive souvent le contraire de ce qu’on voit en rêve), et bien d’autres… A ce stade, la traduction a mûri, nous sommes devenus au fil des pages familiers des personnages et des lieux, et il arrive souvent que l’on revienne sur des choix qui avaient été faits au début. Enfin, comme toujours lorsque nous traduisons un roman, nous avons relu (chacun) à haute voix la version finale pour tenter d’aplanir les dernières aspérités. Et à présent que nous relisons les épreuves, nous avons encore envie de retoucher çà et là…

Dans un portrait de Brice Matthieussent, célèbre traducteur de John Fante ou Jim Harrison, paru dans La Provence du 8 septembre 2008 juste au moment où nous finissions notre traduction, il déclare : « Je n’ai pas vraiment de théorie sur la traduction, c’est au cas par cas, mais j’estime que 80 % du roman disparaît. » Bigre ! Cela nous a fait froid dans le dos…. Si 80 % d’un roman traduit de l’américain disparaît à la traduction, on peut supposer que 99,99 % d’un roman traduit du chinois risque de disparaître ! Est-ce le cas ? Nous n’en avons pas l’impression, mais ce sera aux lecteurs sinisants de le dire. Quant à la théorie sur la traduction, nous n’avons pas vraiment non plus de principes stricts, les questions ou problèmes sont envisagés au fur et à mesure qu’ils se posent, sans parti pris, en ayant toujours le souci de respecter le texte chinois, mais de rester compréhensible, accessible, et d’éviter de tomber dans le contresens de l’exotisme ou du mystérieux que les particularités de la langue et de la culture chinoises pourraient involontairement faire naître chez le lecteur.

Certains d’entre vous se souviennent des journées sur la traduction que nous avions organisées en février 2006, au cours desquelles nous avions étudié dans notre atelier le début du chapitre deux (Deuxième coup de canon) de ce roman. D’autres se souviennent aussi de la phrase interminable que j’avais proposée comme exemple de difficulté de traduction sur ce blog… Maintenant, nous avons tranché, nous avons fait des choix, pour affiner la traduction, au plus près du texte original, en espérant avoir restitué l’esprit et le style de ce roman, tout au moins « presque la même chose » comme dirait Umberto Ecco.

Noël et Liliane Dutrait

dimanche 14 septembre 2008

Billet de rentrée

Une bonne nouvelle pour commencer : votre blog a survécu aux vacances, aux J.O. et même aux deux premières semaines de ce mois de rentrée particulièrement chargé : ce billet même s'il n'a pas de véritable contenu devrait suffire à en confirmer la survie. Le voilà donc - après quelques problèmes d'ordre technique - de nouveau actif avec une foule de billets en attente - le temps de les rédiger et la patience pour les mettre en ligne me font pour l’heure cruellement défaut, mais les choses devraient s'arranger dans les semaines qui viennent -, et, presque hélas !, un nouveau moteur de surveillance.

En effet, Sitemeter a fait peau neuve ; s’il fournit encore plus généreusement que par le passé ses indiscrétions, il le fait dorénavant sous forme de graphiques tordus, de listes à peine lisibles, et de figures colorées comme celle ci-dessus qui indique que sur les 100 visites prises en compte, vous étiez 80 % d'Européens à nous visiter ; le reste se divisait comme suit : 8 % étaient localisés en Asie, 5 en Amérique du Nord, 2 en Amérique latine et en Afrique et 1 en Australie. La belle affaire ! Je regretterai longtemps l'ancienne présentation qui me permettait de mieux apprécier votre fidélité et la circulation qui s'était établie entre différents points de la toile, notamment avec les sites et blogs qui nous ont fait l'amitié d'inscrire notre adresse dans la liste de leurs liens privilégiés. Je pense notamment au blog du Visage Vert qui signalait tout récemment que nous partagions quelques curieux surfeurs et, sans aucun doute, la même curiosité et fringale pour la bonne littérature.

Avant de disparaître - momentanément ? - de la colonne de gauche de cette page, le compteur venait, sachez-le, de dépasser les 27000 visites. Ce n'est pas si mal, même si leur rythme quotidien s’était sérieusement détérioré au fil de cet été et que vous êtes nombreux à nous rencontrer au hasard de recherches souvent peu avouables ! Quoi qu'il en soit n'hésitez pas à faire grimper ce chiffre en revenant lire comment va s'organiser l'année qui débute pour notre équipe, en découvrant prochainement ses projets pour 2009, le changement de son identité institutionnelle, la concrétisation de ses projets en suspens, son implication dans différents colloques, voire, sait-on jamais, de nouvelles signatures, etc.

Pour ma part, je m'en tiendrai à la ligne de conduite arrêtée le 30 juin dernier et poursuivrai à une cadence que je souhaite plus soutenue mon survol des traductions françaises de littérature chinois ancienne, avec d'abord la suite de ma série sur les traductions de romans érotiques, mais aussi de bien d’autres choses encore (Tang Xianzu, notamment, ressuscité par André Lévy, et de quelques ouvrages qui sont déjà sortis ou vont prochainement paraître comme celui de Liu Dalin). A bientôt donc. (P.K.)

jeudi 28 août 2008

Lu, entendu, vu cet été

Détail de la couverture de David Pearson pour Récit de Lune de Guo Songfen (Zulma)

Cet été, de nouvelles traductions de littérature taiwanaise contemporaine sont apparues chez les libraires. Un très joli livre de Guo Songfen 郭松芬 (1938-2005), Récit de lune 月吟 traduit par Marie Laureillard, chez Zulma. C’est l’histoire triste de Tiemin, atteint de tuberculose, soigné par sa jeune épouse Wenhui qui n’obtiendra guère de reconnaissance de la part de son mari pour son dévouement. Pris par l’action politique dans laquelle il se lance à corps perdu malgré sa maladie, Tiemin la délaisse peu à peu. L’histoire se passe juste au moment de la rétrocession de Taiwan à la Chine, après la défaite japonaise de 1945. Le texte, très bien traduit, est rempli de mélancolie et de force poétique. La discrète sensualité qui se dégage de l’évocation des pensées de la jeune épouse frustrée est remarquable. Un court roman qui apporte aussi une description de l’atmosphère qui régnait dans l’île au cours de ces années d’après-guerre. Une présentation agréable, une traduction et des notes soignées, la découverte d’un auteur inconnu, que demander de plus ?

Un autre roman taiwanais, de Ping Lu 平路, est sorti au Mercure de France, Le Dernier Amour de Sun Yat-sen, en chinois 行道天涯, traduit par Emmanuelle Péchenart. Là aussi, un livre très bien présenté, bien traduit, qui met en parallèle les derniers mois de la vie de Sun Yat-sen avec les dernières années de la vie de sa jeune épouse, Song Qingling. Ce roman montre deux êtres, célébrissimes dans le monde chinois, dans toute la vérité de leur déchéance progressive, en raison de la maladie pour lui, de la vieillesse pour elle. Ils deviennent des êtres humains ordinaires sous la plume de l’auteur. Un roman historique qui met en scène des personnages que l’on découvre sous un jour nouveau. J’ai pensé en lisant ce livre à l’excellent roman de Jean Echenoz, Ravel, qui évoque les dernières années de la vie du grand compositeur français dans leur quotidienneté.


Dans les choses « entendues » cet été, j’ai été étonné par le commentaire d’un certain M. Wang, ancien diplomate chinois en poste à Paris, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin retransmise à la télévision [France 2], expliquant la signification du drapeau rouge à cinq étoiles de la république populaire de Chine. Il a affirmé que la grande étoile jaune représentait l’ethnie han, tandis que les quatre autres représentaient les principales ethnies minoritaires de Chine. Hum, hum, est-ce donc que les Han seraient plus grands que les autres ? Et y aurait-il des ethnies plus importantes que d’autres… Je me souvenais très bien que mon collègue et ami Roland Breton, géographe distingué et également « vexicologue » (spécialiste des drapeaux), m’avait appris que la grand étoile représentait le Parti communiste chinois entouré des quatre classes sociales ayant soutenu le programme commun du Parti communiste chinois en 1949 : les paysans, les ouvriers, les classes moyennes et les capitalistes nationaux (et non les capitalistes « compradores » qui ont vendu leur pays aux étrangers). Naturellement, pendant la Révolution culturelle, cette explication n’a plus été de mise et l’on ne parle plus que de la grande étoile symbolisant le parti communiste et des quatre autres étoiles symbolisant « l’union du peuple tout entier ». Un peu plus tard, le même M. Wang affirmait que les enfants habillés en costumes des différentes minorités ethniques (la presse occidentale a ensuite affirmé que ces enfants étaient des Han portant les costumes des ethnies minoritaires) étaient en train de chanter l’hymne national… que je n’arrivais pas à reconnaître, et pour cause, car ce n’était pas du tout celui-ci. En fait, il a bien été chanté lors de cette cérémonie, mais un peu plus tard, et par une autre chorale.

Parmi les choses « vues », j’ai été surpris et heureux de trouver sur le lieu de mes vacances une place dédiée à Marcel Granet, sinologue, qui est né dans cette charmante petite ville… Si quelqu’un veut savoir où j’ai passé mes vacances, il lui suffit de se référer à une biographie du grand sinologue français !

Cliché ND.

Pour revenir à des choses « lues », j’ai beaucoup apprécié cet été les suppléments du Monde au sujet des Jeux olympiques avec des papiers de différents journalistes, souvent très intéressants et savoureux. On a même pu lire des interviews d’écrivains non officiels comme Liu Xiaobo 刘晓波 ou Ma Jian 马建 dont vient de paraître en France un roman qu’il a mis dix ans à écrire, Beijing coma, traduit de l’anglais par Constance de Saint-Mont aux éditions Flammarion.

Évidemment, je n’ai pas pu être d’accord avec un éditeur pékinois anonyme qui affirme, cité par Sylvie Kauffmann, que « la littérature chinoise contemporaine n’est pas au mieux de sa forme, dans un régime où la création est strictement encadrée, et où on lit de moins en moins de livres ». Je continue à penser que la littérature contemporaine en langue chinoise dans son ensemble, et en Chine continentale en particulier, est l’une des plus riches du monde. Le fait qu’on lise de moins en moins de livres n’empêche pas de très nombreux lecteurs chinois de dévorer des romans sur Internet et d’acheter des livres qui deviennent des best-sellers comme Brothers, 兄弟 de Yu Hua 余华, Le Totem du loup 狼图腾 de Jiang Rong 姜戎 et bien d’autres.

Dans Le Monde encore cet été, est paru en feuilleton Cité de la Poussière rouge de Qiu Xiaolong traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Battle. Ce sont de courts textes, véritables tranches de vie quotidienne dans la Chine contemporaine depuis la Révolution culturelle jusqu’à 2005. Qiu Xiaolong nous avait habitués à ses romans policiers toujours bien ficelés, là, il évoque la réalité quotidienne avec le même talent. L’ensemble des textes sortira prochainement aux éditions Liana Levi.

Le Figaro, quant à lui, avait choisi de publier tout au long du mois d’août des textes écrits par de grands écrivains étrangers commençant tous par la même phrase de l’Odyssée d’Homère : « Ulysse prit le sentier rocailleux qui monte à travers bois, du port vers la falaise. Il allait vers l’endroit qu’avait dit Athéna… » Et c’est Mo Yan 莫言 qui a clos la série le 18 août avec un texte plein d’humour intitulé Le Vieil Homme et le Château bleu 蓝色城堡 traduit par votre serviteur et Liliane Dutrait, accessible sur Internet.

Voilà, si vous avez trouvé où j’ai passé mes vacances, vous aurez compris que je ne suis pas allé en Chine… en tous cas pas physiquement ! J’y ai pourtant passé de nombreuses heures, grâce à ces lectures, et aussi parce que, avec Liliane Dutrait, nous avons enfin achevé la traduction des Quarante et un coups de canon 四十一炮, de Mo Yan, ce qui nous a permis encore de passer de fabuleux moments avec le grand écrivain, en le traduisant, en relisant la traduction, et en découvrant ses réponses toujours rapides et complètes à nos courriers électroniques lorsque nous avions besoin d’en savoir plus sur telle ou telle expression ou particularité locale. (À paraître aux éditions du Seuil à l’automne.)

Profitons-en pour signaler que Mo Yan vient de remporter le prix du roman Le Rêve du pavillon rouge de la Hong Kong Baptist University 香港浸会大学 pour son roman Shengsi pilao 生死疲劳, dont la traduction en français doit sortir l’année prochaine aux éditions du Seuil, dans une traduction de Chantal Chen-Andro. Ce prix, le plus richement doté de tous les prix littéraires de littérature contemporaine en chinois, récompense le meilleur long roman (长篇小说) écrit en langue chinoise. On peut lire à ce sujet l’intéressant reportage du Yazhou zhoukan 亚洲周刊 du 17 août 2008.

Et vous, dans quelle littérature d’Asie vous êtes-vous plongés ? Quels livres nous recommandez-vous ? Les traductions ne manquent pas actuellement dans le domaine des littératures coréenne, japonaise, indienne, chinoise ou vietnamienne… Des conseils de lecture pour l’automne et l’hiver seront les bienvenus. Noël Dutrait, 28 août 2008.

mercredi 27 août 2008

Réponse à la devinette estivale

Il s'agissait, rappelez-vous, de trouver duquel des livres signalés dans un choix de lectures estivales provenait une intéressante citation concernant la lecture. L'illustration retenue pour le billet qui proposait cette innocente devinette estivale aurait pu vous mettre sur la piste car le célèbre tableau intitulé « La lectrice » peint par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) en 1770-1772 avait plus de vingt ans quand ces lignes furent écrites par Ann Radcliffe (1764-1823) dans Les Mystères d'Udolphe, soit à peine plus que l'âge d'Emilie, l'héroïne de ce chef-d'œuvre du roman gothique : The Mysteries of Udolpho (1794).

Pour ceux qui n'auraient pas été séduits par la traduction de Victorine de Chastenay (1797) proposée dans le volume n° 3493 de la collection « Folio classique » (Gallimard, 2001. Edition de Maurice Lévy, 904 pages, p. 515) voici la version originale :
« Emily sought to lose the sense of her own cares, in the visionary scenes of the poet; but she had again to lament the irresistible force of circumstances over the taste and powers of the mind; and that it requires a spirit at ease to be sensible even to the abstract pleasures of pure intellect. The enthusiasm of genius, with all its pictured scenes, now appeared cold, and dim. As she mused upon the book before her, she involuntarily exclaimed, 'Are these, indeed, the passages, that have so often given me exquisite delight? Where did the charm exist?-- Was it in my mind, or in the imagination of the poet? It lived in each,' said she, pausing. 'But the fire of the poet is vain, if the mind of his reader is not tempered like his own, however it may be inferior to his in power.' »
Le roman d'Ann Radcliffe qui plut aussi bien à Jane Austen (1775-1817) qu'à une pléiade d'écrivains dont Balzac, Hugo et Nodier (voir l'érudite préface de Maurice Lévy, pp. 7-44, notamment page 8), inspira sitôt publié au C. Alexandre D[uval] (1767-1842), un « Drame en cinq actes et en prose » intitulé Montoni ou Le château d'Udolphe publié en l'An VI (1795-1796). Les plus curieux peuvent aller le lire sur Gallica.

On peut aussi faire l'économie de cette lecture très datée pour se consacrer entièrement à l'œuvre initiale. En effet, il n'y a plus de temps à perdre à quelque cinq jours de la rentrée. La prochaine devinette qui portera le numéro 16 et les suivantes devraient être plus directement orientées vers la littérature chinoise ancienne et ceux qui ont contribué à mieux la faire connaître chez nous. (P.K.)

mercredi 20 août 2008

Si peu de Ci


Le hasard m'a mis en main l'ouvrage suivant :

Gonthier WEIL, Jean CHASSARD,
Les grandes dates des littératures étrangères.
Paris : PUF, 1969, coll. « Que sais-je ? », n° 1350.

qui en 128 pages parcourt « l'énorme production littéraire accumulée, « depuis sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent » » (p. 7), et recense les ouvrages apparus entre le XXXe s. av. J.-C. (!) et 1968, soit du « Chou king » jusqu'à Kawabata Yasunari 川端康成 (11 juin 1899-16 avril 1972) pour la date d'obtention du Prix Nobel de littérature par l'auteur des Belles Endormies (Nemureru bijo 眠れる美女, 1961). L'ouvrage est offert comme un complément à Arsène CHASSANG, Charles SENNINGER, Les grandes dates de la littérature française. Paris : PUF, 1969, coll. « Que sais-je ? », n° 1346.

Ses auteurs ont retenu « toute œuvre de renommée internationale qui a subi victorieusement l'épreuve du temps », plus « des productions de valeur peut-être moins universelle, mais particulièrement représentatives d'un pays et d'une époque » et enfin des « ouvrages qui, à un moment donné, ont connu une exceptionnelle faveur, même lorsque la postérité n'a pas toujours ratifié le jugement des contemporains » (p. 5). L'origine des œuvres des 74 pays pris en compte est facilement repérable grâce à un code : Ja pour Japon (quelque 62 œuvres), In pour Indes (deux douzaines d'œuvres), Cé pour Corée (quatre œuvres), Vn pour Viêt-nam (quatre œuvres), Ci pour la Chine -- ceci explique pourquoi ce billet rédigé le 20-08-2008 (!) a pris pour titre « Si peu de Ci », car la Chine n'apporte avec un total de 70 titres que 2,33 % des grandes dates de la littérature mondiale. Celles-ci se répartissent de la manière suivante : une cinquantaine pour la période d'avant 1911 et pas moins de 21 pour la période allant de 1918 à 1958.

A chacun d'évaluer maintenant le résultat obtenu pour la littérature chinoise en fonction de ses compétences et de ses goûts. Notons que ce survol trahit l'époque à laquelle il a été constitué et souffre de l'absence d'une véritable histoire de la littérature chinoise. Sachez, enfin, que « les œuvres dont la date de parution ne peut être précisée sont signalées à la date du décès de l'auteur dont le nom est précédé du signe + » (p. 7) :
Période avant Jésus-Christ

XXXe s. - Le Chou king : livre des documents (jusqu'au VIIe s).
XIIe s. - Les Rites des Tcheou (relatifs aux rites chinois anciens).
Xe s. - Le Che-king (livre des vers ; le plus ancien recueil littéraire).
VIIe s. - Le Tch'ouen-ts'ieou (les Annales).
VIe s. - Le Livre du Tao et de sa vertu (Lao Tseu). Discours des Royaumes (Tso K'ieou-ming). Livre de la Piété filiale (Tseng Tseu).
Ve s. - Dialogues ou Entretiens (Confucius). Les Printemps et Automnes (chronique attribuée à Confucius). La Grande Etude. L'Invariable Milieu (K'ong Ki alias Tseu Sseu).
420 - Le Mô King : le Livre canonique de Mô (Mô-Tseu).
IVe s. - Le Livre du maître Tchouang (Tchouang Tcheou).
IIIe s. - Le Livre du maître Han Fei (Han Fei).
289 - Le Livre de maître Mong (Mong Tseû ou Mencius).
285 - Douleur de l'éloignement ou Tomber dans l'infortune (K'iu Yuan). Le Tch'ou ts'eu : Elégies du pays de Tch'ou. Le Li-Sao (Song-Yu).
IIe s. - Le "Fou" du palais Chang-men (Sseû-ma Siang-jou). Le Che ki : Mémoires historiques (Sseû-ma Ts'ien). Le Hibou (Kia Yi).
122 - Le Livre du maître de Houai-nan (Lieou Ngan).

Période après Jésus-Christ

IIe s. - Les Dix-Neuf Poèmes antiques. Le poème : Vers le Sud-Est un paon s'envole.
330 - Le Pao-p'ou tseu : le Livre du maître Pao P'ou (Ko Hong). Biographies des immortels (Ko Hong).
427 - Retour à la vie champêtre (+ T'ao Yuang-Ming).
530 - Florilèges de la littérature (Siao T'ong).
762 - Recueil de poésies (Li T'ai-po).
770 - Œuvres (Tou-Fou).
824 - Œuvres (Han Yû).
846 - Recueil de poésies (Po Kiu-Yi).
XIe s. - Œuvres (Sou Che).
1077 - Livres des principes de divination appliqués à l'évolution historique (Chao Yong).
XIIe s. - Recueil complet du maître Tchou (Tchou-Hi).
XIIIe s. - Le Pavillon de l'Ouest (Wang Che-Fou). L'Orphelin de la Famille Tchao (Chi Chun-hsiang). Le Rivage (Che Nai-ngan).
1368 - La Guitare (Kao-Ming).
XIVe s. - Récits de l'histoire des trois royaumes (Lo Kouan-tchong).
1550 - Kin P'ing Mei (roman de mœurs, auteur inconnu). Mémoires d'un voyage en Occident (Wou Tch'eng-ên).
1617 - Le pavillon des pivoines (+ T'ang Hien-tsou).
1699 - L'Eventail aux fleurs de pêcher (K'ong Changjen).
1715 - Contes fantastiques du studio Leao (P'ou Song-ling).
1754 - Histoire privée des lettrés (Wou King-Tseu).
1764 - Le Songe du pavillon rouge (Ts'ao Siue-kin, jus. 1792).
1905 - Ce que l'on peut voir dans le monde des mandarins (Li Po-yuan).

[Epoque moderne]

1918 - Journal d'un fou (Lou Siun).
1919 - Histoire de la littérature en langue parlée. Histoire de la philosophie chinoise (Hou Che).
1921 - La Véritable Histoire de Ah Q (Lou Siun).
1924 - Che-mo Che-ki (Hiu-Che-mo).
1927 - L'Eclipse (Mao Touen). Nuit à Florence (Siu Tche-Mo).
1928 - Le Journal de Mlle Cha-fei (Ting-Ling). Feuilles tombées (Kouo Mo-jo).
1929 - Eau morte (Wen Yi-Touo).
1930 - Chat noir (Kouo Mo-jo).
1931 - La Famille (Pa Kin).
1936 - Le Lever du soleil (Ts'ao Yu).
1937 - Le Chameau (Lao Tche). La Terre sauvage (Ts'ao Yu). Le Pont de Mario Paulo (T'ien Han).
1942 - K'iu Yuan (Kouo Mo-jo).
1946 - Quatre Générations sous un même toit (Lao Che).
1947 - Voyage dans les nuages (Siu Tche-Mo, posth.).
1951 - La Nouvelle Démocratie (Mao Tsé-toung).
1958 - Dix-Huit Poèmes (Mao Tsé-toung).
N'hésitez pas à communiquer en commentaire vos réactions et à proposer les nombreuses corrections (transcriptions, titres originaux, datation, attribution) et ajouts qui s'imposent, voire à suggérer des éliminations.

Témoin d'une époque, donc, se livre peut-il encore rendre service ? Sans doute oui, en guise de mémo pour une expérience personnelle de la découverte des littératures étrangères. Acheté d'occasion, mon exemplaire porte en effet beaucoup d'annotations au crayon de papier : dates ajoutées, passages des micro-biographies et titres d'œuvres soulignés, pour certains gratifiés d'une ou deux, voire de trois croix dans la marge -- assurément une évaluation du plaisir procuré par la lecture : si son ancien propriétaire a effectivement lu tous ces ouvrages, c'était un lecteur athlétique et un fin connaisseur de la littérature mondiale sans grande prédilection pour la littérature asiatique, mis à part japonaise.

Une autre vertu de ce livre, qui malgré ses lacunes donne le vertige, est de faire des rapprochement inattendus, comme pour l'année 1931, avec le Jia 家 de Bajin 巴金(Famille de Pa Kin (1904-2005) et le Tropique of Cancer d'Henry Miller, lui aussi un athlétique lecteur ------ que ceux qui comme Pierre Assouline n'ont pas été séduit par Les livres de ma vie (1952) regarde son Bathroom monologue sur YouTube. Il y est question, entre autres, de Tanizaki Jun'ichirô 谷崎潤一郎 (1886-1965). Mais dépêchez-vous d'en profiter, la rentrée approche à grands pas. (P.K.)

P.S. : En fait, Jia date de 1933 et le Tropique of Cancer de 1934 !