samedi 23 mai 2009

Yu Hua sur un coussin d'AIR

Si ce blog vous avait averti de la tenue des Premières Assises internationales du roman, il avait failli à son devoir en sautant une édition. [Ce n'est pas trop grave puisque les actes des Assises 2007 et 2008 ont été édités et sont disponibles chez Christian Bourgois sous les titres respectifs de Roman et réalité et Le roman, quelle invention !] Voici, à la veille de l'ouverture des troisièmes A.I.R., « Le roman : hors frontières », le moment de nous rattraper. Encore s'en est-il fallu de peu que je manque à nouveau l'événement. Ma bouée de salut en ces temps de perte de repères chronologiques, fut l'édition électronique du Monde des livres du 21/05/09 qui en fait grand cas, puisque le quotidien est avec la Villa Gillet coorganisateur de ces manifestations qui devraient être encore plus médiatisées que les précédentes. Lisons, à ce propos, les mots du directeur, du Monde, Eric Fottorino :
De l'air. C'est un petit cube en équilibre sur une arête. Sur une face sont imprimées quelques phrases d'un texte, un peu comme sur la façade de l'immeuble du Monde boulevard Blanqui à Paris. Et sur une autre face, en majesté, trois grandes lettres façon tag forment ce mot : AIR, pour Assises internationales du roman, avec, au-dessous, « débats, tables rondes, lectures ». De l'air, en effet, et du bon. Tout est dit dans ce logo. Et c'est peu de le redire, pour la troisième année d'affilée : notre journal est fier de coorganiser à Lyon, avec la Villa Gillet, le soutien de la ville de Lyon, de la région Rhône-Alpes et de la DRAC, sans oublier le précieux partenariat de France Inter et des éditions Christian Bourgois, cette manifestation unique en son genre.
Un événement qui réunira en bord de Saône, du 25 mai au 31 mai, dans le site magnifique des Subsistances, une étourdissante palette d'écrivains venus parler non pas de leurs livres, mais de la littérature.
Avant de les lire, mon attention avait été attirée par l'annonce de la participation du « Philosophe et spécialiste de la Chine, François Jullien, samedi 30 mai à 15 heures, au débat sur l'épopée de la Chine contemporaine proposé par Philosophie Magazine », annonce inscrite en marge de l'entretien accordé par l'auteur des Transformations silencieuses (son dernier opus chez Grasset, 2009, 197 p.) à A. B.-M. pour le même Monde des Livres. Ce qui m'a surpris, c'est qu'aucune mention n'était faite d'une , d'un ou d'autre(s) interlocuteur(s). Pourtant qui dit « débat » dit aussi discussions, échanges, voire confrontations, donc la présence d'au moins deux débatteurs. Serait-ce que celle-ci, celui-ci, ou ceux-ci ne seraient que des faire-valoir et ne mériteraient pas même d'être mentionnés ?

Une rapide recherche m'a permis de télécharger le programme complet de l'événement à partir d'ici : soit un document pdf de 16 pages toutes annonciatrices de rendez-vous aussi nombreux que dignes d'intérêt (voir aussi page 22 du dossier de presse téléchargeable depuis la même page). La solution à mon interrogation se trouve page 8 : le débat qui durera 90 minutes et sera animé par Alexandre Lacroix rédacteur en chef de Philosophie magazine aura bien deux interlocuteurs, le deuxième sera l'écrivain Yu Hua 余华, auteur entre autres de Brothers dont il a été question à plusieurs reprises sur ce blog.

Ce sera peut-être pour lui l'occasion de dire quelle place le Zhuangzi 莊子 envisagé par le philosophe comme incontournable et une « ressource vive de l'œuvre de Gao Xinjiang [sic : Le Monde, « En Chine avec François Jullien et le "Tchouang-tseu" »] (Le Prix Nobel de littérature) » occupe dans sa propre création, voire d'exprimer que la nature même de l'expression romanesque chinoise n'est pas réductible à la vision que s'en font les Occidentaux. Mais il sera avant tout question pendant cette confrontation d'un tout autre sujet dont l'intitulé laisse quelque peu perplexe : « L'épopée de la Chine contemporaine ».

Plus tard dans la même journée (21 h-23 h), l'auteur chinois bien connu du lectorat français sera l'hôte d'une table ronde intitulée « Portraits d'une génération » (voir le dossier de presse, p. 25) qui devrait offrir des réponses aux questions suivantes : « Comment un roman peut-il cerner une époque au travers d'une génération ? », « Peut-on être l'écrivain d'une génération, ou bien la position même d'écrivain restreint-elle l'appartenance à son époque ? »

Afin de vous préparer à la rencontre avec Yu Hua, je vous invite à regarder la brève interview (3mn11s) mise en ligne par The New York Times si vous n'avez pas déjà actionné le lien qui est installé depuis quelques jours déjà dans la colonne de gauche de ce blog dans une nouvelle rubrique intitulée « Revue de presse en ligne ». Y figurent également les liens vers deux articles dont Yu Hua et Brothers sont les points de mire et d'autres renvois vers des articles où s'affichent le dynamisme et la variété de la littérature chinoise contemporaine. (P.K.)

vendredi 22 mai 2009

Un destin à deux sous

Versions abrégées du Liezi 列子 avec un commentaire de Zhang Zhan 張湛 (IVe s.) et du Zhuangzi 莊子 avec un commentaire de Guo Xiang 郭象(252-312) Dynastie des Tang, règne de Xuanzong 玄宗 (685-762, r. 712-756) BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 2495

Ne revenons pas sur le principe, il est bon --- choisir des passages représentatifs d'un ouvrage publié de longue date, en proposer une centaine de pages à un petit prix, pour susciter des curiosités et des envies de lecture, voire d'achats, est un procédé tout à fait louable. J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de me réjouir des choix réalisés par les ordonnateurs de la collection « Folio 2€ » (Gallimard) : c'était dans « L'eau à la bouche », billet du 13 janvier 2008 et plus récemment avec un extrait des savoureuses descriptions du Japon de Lafcadio Hearn (1850-1904). Aussi suis-je attentif à l'augmentation de son catalogue.

J'ai pourtant manqué la sortie de certains titres comme du n° 3696 qui s'attachait au Tao-tö king [comprendre le Dao de jing 道德經] de Lao-Tseu [comprendre Laozi 老子] publié en 2002. Ne l'ayant pas en main, je ne peux pas dire avec certitude ce que contient ce volume de 108 pages qui arbore un fier citron en couverture. Je suppose qu'il propose l'intégralité de la traduction que Liou Kia-hway avait offert à la collection « Connaissance de l'Orient » (n° 23, 1967) d'Etiemble (1909-2002) qui en avait signé la préface, avant de l'inclure dans le premier volume de la « Bibliothèque de la Pléiade » consacré aux Philosophes taoïstes (1980, 776 pages). Les quelque 50 pages d'« En relisant Lao-Tseu » seraient ainsi passées à la trappe, ce qui est, cela dit en passant, fort dommage pour le lecteur privé de ce texte liminaire enjoué et virevoltant qui s'achève sur le post-scriptum suivant :
J'oubliais : L'étymologie de tao n'a rien à voir, bien entendu, ni avec la barque d'Isis, ni avec l'échelle de Jacob, ni même avec les soucoupes volantes. Le caractères tao est formé de deux éléments dont l'un signifierait le chemin, marcher, l'autre : la tête. Le tao ce serait donc la grand-route ; Hauptweg, comme dit le sinologue allemand Forke. En fait, cette glose étymologique, elle non plus, ne convaincrait pas beaucoup de sinologues. Prenons-en notre parti. « Je suis le chemin », disait l'autre ; l'autre encore : « J'écris le Discours de la méthode. » Etc.
Je le cite, avec un plaisir teinté de nostalgie pour la liberté de ton et l'humour qui caractérisaient l'écriture de ce grand érudit humaniste, d'après le n° 179 (1979, 188 p.) d'une autre collection du même éditeur : la collection « Idées » qui défendit un demi-millier de titres entre 1962 et 1984, et qui m'a permis d'accéder à tant d'ouvrages stimulants dont ceux d'Etiemble justement : Connaissons-nous la Chine ? (n° 53, 1964, 185 p.) ou encore le savoureux Parlez-vous franglais ? (n° 40, 1964, 377 p.).


J'y avais aussi lu dans le français de Benedykt Grynpas un autre des trois « philosophes taoïstes » du volume « Pléiade », savoir Liezi 列子. Le numéro 14 de « Connaissance de l'Orient » de 1961 (228 p.), avait, longtemps avant de devenir le n° 36 dans le nouveau format (1989, 238 p.), fait un tour à la 347ème position du catalogue de la collection « Idées » : c'était en 1976 (288 p.). Voici ramené à la vie, sous le numéro de collection 4918, un petit tiers de cet ouvrage paru sous le titre suivant : Le Vrai classique du vide parfait. On y retrouve les livres IV, VI et VIII sous les mêmes titres et configuration qu'à l'origine, savoir respectivement « Confucius » (pp. 11-33), « Sur le destin » (pp. 37-56) et « Discours sur les conventions et le destin » (pp. 59-96). Ces trois des huit parties initiales du livre de Liezi sont livrées sans (ou peu s'en faut) les annotations qui les avaient jusqu'alors accompagnées – ne subsiste que la page d'introduction au Livre VIII. Exit aussi les 20 pages de la préface de la traductrice, il est vrai maintenant largement dépassées ; on a, par contre, droit à un nouveau titre -- Sur le destin et autres textes (« Folio 2€ », 2009, 112 p.) -- auquel une couverture répond en affichant un insolent caractère yùn 運 (sort, destin, fortune). Bref, je n'en aurais fait aucun cas si je n'avais porté mon attention à la quatrième de couverture qui porte une formule malheureuse dont le premier terme date de l'édition de 1976 : « L'un des textes les plus importants du taoïsme, des conseils pour une vie harmonieuse » ! Voilà qui mérite, vous en conviendrez sans doute, au moins deux rapides réactions.

Car enfin, le Liezi n'est pas, me semble-t-il, un texte de la même importance que ses deux autres compagnons en « Pléiade », savoir le Laozi/Dao de jing et le Zhuangzi 莊子avec lequel il partage une commune matière, soit près de la moitié de ses anecdotes. Sinon pourquoi Anne Cheng se contenterait-elle dans son Histoire de la pensée chinoise (Seuil, 1997, p. 103) de n'y faire qu'une référence marginale insistant sur le fait que « l'ouvrage qui porte actuellement ce titre [est] très composite et généralement considéré comme un faux des IIIe et IVe siècles de notre ère », confiant à la note de bas de page 4 du chapitre 4, le soin de conduire vers la traduction jugée « bonne » de A. C. Graham : The Book of Lieh-tzu. Londres : John Murray, 1961] ? Et pourquoi Nicolas Zufferey dans son Introduction à la pensée chinoise (Paris, Marabout, 2008) n'en dirait-il pas même un mot ? Doit-on les accuser de passer à côté d'un des monuments de la pensée taoïste, ou bien, modérer l'empressement de l'éditeur à nous en convaincre ?

Certes, s'il n'a pas la stature des œuvres avec lesquelles on l'apparente d'ordinaire, cet ouvrage en huit parties (biàn 遍) reconstitué par Liu Xiang 劉向 (77-6 av. JC.), avant de tomber plus ou moins dans l’oubli avant d'être remis en vogue grâce au commentaire de Zhang Zhan 張湛 (IVe s.) à l'époque des Six Dynasties, pour être finalement hissé au rang de « classique » du taoïsme officiel par la cour des Tang en 742 [Chongxu zhenjing 沖虛真經, Véritable classique du vide parfait], ne manque assurément pas d'intérêt. Le texte dont l'authenticité a été suspectée de longue date notamment par Gao Sisun 高似孫 (vers 1160-1220), lequel doutait de l'existence de ce Lie Yukou 列禦寇 à qui on l'attribue sur la foi d'une mention dans la 32e section du Zhuangzi 莊子 mais que Sima Qian 司馬遷 (vers 145-90) ignore, n'est certes pas plus homogène dans le fond que dans la forme. S'il garde la trace d’additions tardives, il n’en conserve pas moins des éléments d'une grande valeur, comme un chapitre entier (le septième) consacré à Yang Zhu 楊朱, penseur individualiste et hédoniste de l'Antiquité, que l’on ne connaîtrait autrement que par les attaques et les pics que lui adresse Mengzi 孟子 (Mencius, IV° s. av. JC.). Au delà de cet aspect documentaire sur certaines des tendances les plus originales de la pensée chinoise pendant la période pré-impériale, le Liezi est aussi un trésor d’anecdotes célèbres, parmi lesquelles on trouve celle qui a fourni l’un des trois articles les plus lus de Mao Zedong 毛澤東, « Yugong yi shan » 愚公移山 (Yu gong déplace les montagnes,), malheureusement absente de ce choix puisque faisant partie du chapitre V [Liezi, V. 3]

Xu Beihong 徐悲鴻 (1895-1940), « Yu gong yishan tu » 愚公移山圖 (1940)

Si le Liezi ne peut, malgré ses qualités et son apport, être véritablement envisagé comme « l'un des textes les plus importants du taoïsme », comment considérer le deuxième élément de l'accroche publicitaire clamant qu'il dispense des « conseils pour une vie harmonieuse » ?

C'est sans doute un peu vrai comme de tout ouvrage de cette nature, encore faut-il permettre au lecteur curieux mais pas forcément préparé de pouvoir tirer bénéfice de ce qu'il lit. Ce qu'on lui propose là offre bien matière à réflexion et à enrichissement personnel, mais la manière dont on le lui procure n'est, je le regrette, loin d'être la mieux adaptée. L'absence de toute contextualisation, le choix de chapitres entiers, de ces trois chapitres au détriment d'autres plus parlants, l'absence des notes explicatives comme de bibliographie complémentaire, etc., rendent bien délicate sa manipulation. La frustration n'est jamais très loin. Elle saisira quiconque tombera, page 30, sur le 13eme « chapitre » du « Livre IV » qui porte le titre suivant « Sophismes (résumé) ». Je cite in extenso :
[Ce chapitre est un exposé, sous forme de dialogue, de quelques paradoxes du sophiste Kong-souen Long (fin du IVe siècle avant J.-C.). L'œuvre de ce dernier ne nous est connue que par des fragments. Les paradoxes conservés ici n'ont d'intérêt que dans une étude d'ensemble de la sophistique chinoise ; certains semblent d'ailleurs n'être que des jeux purement verbaux. Le paradoxe « un cheval blanc n'est pas un cheval » est le plus célèbre et est souvent cité. On trouvera les textes de la sophistique chinoise, ainsi qu'une traduction, une préface et des notes dans : Ignace Kon Pao Koh, Deux sophistes chinois, Houei Che et Kong-souen Long, Paris, P.U.F., 1953.]
La consultation du 5eme chapitre de L'Histoire de la pensée chinoise serait sans doute plus adaptée et pratique pour prendre la mesure de l'apport de Hui Shi 惠施 (env. 380-305) et de Gongsun Long 公孫龍 (début du IIIe siècle av. J.-C.), que la lecture et la quête d'un ouvrage dorénavant difficile à trouver [repris (?) dans Mélanges. Bibliothèque de l'Institut des Hautes Etudes chinoises, Vol. XI et XIV. Tomes I & 2., 1957-1960] qu'Anne Cheng ne signale même pas. Et pourquoi ne pas, tant qu'à faire, remonter encore plus haut dans le temps pour lire, grâce à Pierre Palpant, l'article consacré en 1901 par le sinologue allemand Alfred Forke (1867-1944) au « Chinese Sophists ».

In fine, Sur le destin n'est pas, pour ces raisons et bien évidemment ce qui transparaît de son contenu à travers ce rendu ancien (presque un demi-siècle), le self-help book, le manuel de développement personnel, que la formule « des conseils pour un vie harmonieuse » promettait. Certaines pages risquent même de faire tourner cette quête de la quiétude en cauchemar.

La traduction n'y sera peut-être pas complètement étrangère. Dans un compte-rendu publié l'année suivant sa publication dans le Journal of the American Oriental Society (Vol. 82, No. 4 (Oct. - Dec., 1962), pp. 593-594), Richard B. Mather (University of Minnesota) relevait, entre autres défauts plus techniques touchant à la réorganisation du Liezi, ce qui lui semblait être une de ses nombreuses formules dénuées de sens et éloignées du texte : « Eprouver vraiment (ce qui est réel) n'est pas un vain mot (mais) croire aux rêves, c'est ne pas comprendre les rapports des réalités changeantes. » Il est vrai que le recours très fréquent à des parenthèses afin de faire apparaître l'implicite n'est pas la solution idéale pour un texte qui, il est vrai aussi, n'est pas toujours sans obscurité.



Mais, plutôt que de gloser sans fin sur les carences qui entourent la mise en circulation sur ce segment du marché du livre d'une partie des écrits attribués à Liezi réunis autour du thème du destin, je vous propose de confronter plusieurs traductions de la même anecdote.

D'abord, le texte : j'ai choisi la dernière anecdote du dernier livre [« Shuōfú » 說符, VIII. 36] :
昔齊人有欲金者。清旦衣冠而之市。適鬻金者之所。因攫其金而去。吏捕得之。問曰。人皆在焉。子攫人之金何。對曰。取金之時。不見人。徒見金。
Pour vous aider dans votre lecture ne manquez pas d'utiliser les perfectionnements que le site Chinese Text Project a mis à votre disposition, et son dictionnaire (voir ci-dessous) qui permet d'accéder en un clic à des emplois des caractères élucidés dans les autres textes saisis dans sa très riche base de données textuelles.


Les traductions (françaises uniquement) maintenant. Il y en a trois : celle du missionnaire Jésuite, le Père Léon Wieger (1856-1933) dans Les pères du système taoïste (1913, Paris : Les belles Lettres, 1950) (p. 151) [I] ; celle de Benedykt Grynpas (1961) (1976, p. 282 ; 2009, p. 96) [II] et celle, la plus récente, que l'on doit à Jean-Jacques Lafitte et que l'on trouve dans Lie Tseu (Liezi), Traité du vide parfait. Paris : Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », n° 149, 1997, 229 p., p. 182) [III] :
[I] Un homme de Ts’i fut pris soudain d’un tel désir d’avoir de l’or, qu’il se leva de grand matin, s’habilla, se rendit au marché, alla droit à l’étalage d’un changeur, saisit un morceau d’or et s’en alla. Les gardes le saisirent et lui demandèrent : Comment as-tu pu voler, dans un endroit si plein de monde ? Je n’ai vu que l’or, dit -il ; je n’ai pas vu le monde.
[II] A Ts'i vivait un homme d'une grande avidité pour l'or. Tôt le matin, il mit ses vêtements, se coiffa et courut ensuite au marché. Il s'approcha de la table d'un changeur, s'empara de l'or et s'enfuit. L'agent de l'autorité qui l'arrêta le questionna : « Comment, dit-il, avez-vous pu saisir de l'or en public ? » L'autre répondit : « Lorsque je me suis emparé de l'or, je n'ai plus vu les hommes … Je ne voyais que l'or. »
[III] Un Qien voulait de l'or. Il se vêtit dès l'aube, mit un chapeau et alla au marché. Il s'approcha de la table d'un changeur d'or, prit l'or et s'enfuit. Il fut arrêté et questionné : « Comment as-tu pu prendre l'or devant tout ce monde ? » Il répondit : « En prenant l'or, je ne voyais pas le monde, je ne voyais que l'or. »
Petit bonus : la même anecdote figure également dans ce qu'Ivan P. Kamenarović, son traducteur français, appelle « un véritable testament philosophique de l'Antiquité chinoise », le Lüshi Chunqiu 呂氏春秋, Printemps et automnes de Lü Buwei (Paris : Cerf, « Patrimoine-confucianisme », 1998, p. 298), [XVI.7/j. 91.3.: « Qù yoù » 去宥 « Eviter les étroitesses » (voir ici) :
Un homme du pays de Qi fut pris un jour du soudain désir d'avoir de l'or. Il se leva de bon matin, mit ses vêtements et son couvre-chef et alla droit chez un changeur. Voyant des gens qui maniaient de l'or, il avança la main vers un lingot dont il s'empara. Les gardes l'ayant arrêté et attaché, ils lui demandèrent : « Comment avez-vous pu vous saisir devant tout le monde d'un or qui ne vous appartient pas ? – Je n'ai pas vu les gens, répondit l'homme, je n'ai vu que l'or. »
A vous de juger quelle est la meilleure et d'évaluer les avantages des unes par rapport aux autres, et, pourquoi pas, de proposer une nouvelle traduction pour ce passage dont chacun tirera, je n'en doute pas, des enseignements pour sa propre existence. (P.K.)

mercredi 20 mai 2009

Et de trois

Après La vengeance de Petite Grue (2007) et La danse de la grue et du phénix (2008), traduction française du premier tome de la pentalogie de Wang Dulu 王度盧 (1909-1977) Tigre et Dragon (portée à l'écran en 2000 par Ang Lee), nous sommes heureux d'annoncer la parution de la première partie du tome deux, Li Mubai, l'épée précieuse, traduit par une ancienne étudiante du département d'Etudes Asiatiques de l'Université de Provence, Amélie Manon.

L'histoire se poursuit avec les aventures de Li Mubai, fils du défunt Li Fengjie, ami fidèle de Petite Grue, qui confia l'orphelin au chevalier Ji Guangjie, auprès duquel l'enfant apprit les rudiments des arts martiaux. Une fois adulte, le jeune homme va croiser la route d'un vieux garde d'escorte, l'Aigle aux ailes de Fer, qu'il va aider dans sa lutte qui l'oppose à une fratrie avide de vengeance. C'est ainsi qu'il rencontrera la magnifique Yu Xiulian, elle-même experte dans le maniement des armes, dont il tombera éperdument amoureux. Mais leur relation sera-t-elle sans nuage ?
Parmi les lanternes décorées, la courtisane,
A l'égal d'un chevalier, guette l'élégant jeune homme ;

Il est dur de renoncer à ses sentiments,
Dans l'alcool, il noie son chagrin.
Tout un programme... Ce troisième volet de Tigre et Dragon retrace donc l'épopée chevaleresque et l'histoire d'amour de la deuxième génération de héros de la pentalogie, et nous emmène dans la somptueuse ancienne ville de Pékin. Bonne lecture, et vivement la suite ! (Solange Cruveillé)

Bonne nouvelle de dernière minute : La vengeance de Petite Grue (2007) et La danse de la grue et du phénix (2008) ressortent en format de poche chez J'ai lu. Vous n'avez plus d'excuse pour ne pas les lire avant ce troisième volume. (21/05/09)

vendredi 15 mai 2009

Les trésors cachés du Kinsey Institute

Je ne sais plus par quel hasard, mais pendant la même séance de navigation qui vous a valu mon précédent billet, « Enfer et BEFEO », j'ai fait un rapide crochet par le site du Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction. J'ai ainsi eu tout le loisir de découvrir sa nouvelle interface, moins austère que la précédente, et le plaisir de constater qu'elle offrait une meilleure circulation dans la forêt des données fournies par ce centre d'études unique au monde installé au Morrison Hall de l'Indiana University (Bloomington, IN). Et puis, encore plus récemment, je suis tombé – encore un hasard - sur les films mis en ligne sur Youtube par ce prestigieux institut pour assurer sa promotion et informer sur son activité.

Je vous laisse découvrir par vous-même l'étendue du champ d'étude de ce laboratoire de recherche dont la création remonte à 1947 [Voir « Origin of the Institute » et « History of the Institute »] et de passer en revue par le menu l'œuvre du signataire des deux rapports qui firent l'effet de bombes dans l'Amérique du Nord du milieu de siècle dernier : Sexual Behavior in the Human Male (1948) et Sexual Behavior in the Human Female (1953). Les pages sur l'historique de cette institution voulue par le Dr Alfred C. Kinsey (1894-1956) et le film d'introduction mis en ligne par elle-même constituent, me semble-t-il, un socle plus solide que le film – Kinsey - consacré voici cinq ans à son créateur dont le travail est, encore maintenant, régulièrement mis en accusation. Je vais donc me contenter d'attirer votre attention sur deux points qui peuvent permettre d'enrichir singulièrement notre connaissance d'un aspect de la culture chinoise qui est loin d'être périphérique.


Puisque nous sommes trop éloignés pour profiter de l'exposition « Eros in Asia: Erotic Art from Iran to Japan » qui s'est ouverte le 20/02/09 et qui invite à contempler l'« extensive collection of erotic artwork from across the Asian continent » collectée pendant les années 40 et 50 du siècle dernier par Kinsey lui-même, je vous encourage à consulter le dossier relatif à votre espace de prédilection qu'offrent les pages du CCIES, comprendre The Continuum Complete International Encyclopedia of Sexuality éditée (Londres, New York : The Continuum International Publishing Group Inc, 2004) et actualisée en ligne sous la responsabilité de Robert T. Francœur et Raymond J. Noonan. On y trouve notamment des dossiers sur l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Chine continentale, bien sûr, mais aussi la Thaïlande, l'Indonésie, le Vietnam et Hong Kong ! Le document consacré à la [République populaire de] Chine élaboré par le Pr. Ruan Fang-Fu (voir ici), M. P. Lau et T. Francœur, complètera avantageusement et actualisera utilement les idées qu'on se fait ordinairement sur un sujet qui n'a pas encore reçu chez nous (donc en français) de synthèse recommandable --- on a vu que le dernier ouvrage sur ce sujet avait été traité avec un manque de sérieux coupable. Les 26 pages de la version papier (disponible en pdf et consultable en ligne dans son intégralité) s'organisent selon le plan suivant :
Demographics and a Brief Historical Perspective. 1. Basic Sexological Premises ; 2. Religious, Ethnic, and Gender Factors Affecting Sexuality ; 3. Knowledge and Education about Sexuality ; 4. Autoerotic Behaviors and Patterns ; 5. Interpersonal Heterosexual Behaviors ; 6. Homoerotic, Homosexual, and Bisexual Behaviors ; 7. Gender Diversity and Transgender Issues ; 8. Significant Unconventional Sexual Behaviors ; 9. Contraception, Abortion, and Population Planning ; 10. Sexually Transmitted Diseases and HIV/AIDS ; 11. Sexual Dysfunctions, Counseling, and Therapies ; 12. Sex Research and Advanced Professional Education. Part 2. The 1992 Survey of Sexual Behavior in Modern China: A Report of the Nationwide « Sex Civilization » Survey of 20,000 Subjects in China ; 13. Ethnic Minority Resources ; Conclusion.
L'exposé est enrichi d'une bibliographie qui signale trois des ouvrages de Liu Dalin 劉達臨 dont The Sex Culture of Ancient China (Zhongguo gudai xing wenhua 中國古代性文化, 1993) parmi plus de 60 références couvrant l'ensemble des nombreux sujets abordés.

Le second point risque de vous paraître plus anecdotique, car il concerne un ouvrage encore inédit en traduction et qui risque de le rester longtemps encore, savoir le Su E pian 素娥篇. Pourtant il s'agit rien de moins que du livre le plus précieux du fonds de la bibliothèque de l'Institut Kinsey. Liana Zhou, conservatrice en chef de la Kinsey Institute Library en fait justement grand cas dans sa présentation de l'établissement qu'elle dirige dans une vidéo que je vous invite à regarder [cliquer ici]. La fiche consacrée au Su'E pian dans le catalogue porte la date de 1610. Ce point ainsi que l'attribution de l'œuvre restent en débat et reposent sur l'étude de cette édition unique reproduite dans le 2nd volume du complément à la série « Siwuxie huibao » 思無邪匯寶 qui en fournit un fac-similé d'excellente qualité dûment présenté par Chan Hing-ho (Chen Qinghao 陳慶浩). On apprend entre autre que l'on doit sa gravure à Huang Yikai 黃一楷 (1580-1622) qui a également laissé l'empreinte de son talent notamment dans une édition du Guifan 閨範 du moraliste Lü Kun 呂坤 (1536-1618). La qualité et l'originalité des 92 illustrations feraient presque oublier un texte dont l'attribution n'est pas encore certaine et qu'on peut lire en ligne dans une édition lacunaire livrée sans les gravures dont 18 d'entre elles sont visibles ici. Ce trésor de l'édition chinoise de la fin des Ming (1368-1644) a été offert au Kinsey Institute en 1948 par le sinologue d'origine chinoise Wang Jizhen 王際真 (Wang Chi-Chen, 1899 - ?) qui traduisit, entre autres, le Hongloumeng 紅樓夢 en anglais dès 1929, d'abord en abrégé, puis de manière plus étendue en 1958 [soit 1/5 du roman d'après Cyril Birch (The Journal of Asian Studies, Vol. 18, No. 3 (mai 1959), pp. 386-387)]. Sur ce don, voir l'article du sinologue Ma You-Yuan [Ma Youyuan 馬幼垣 (1940-) ] « A unique treasure of the Kinsey Sex Institute : the old collection of Wang Ji-Zhen becomes a unique treasure of the Kinsey Institute » (1979) naturellement présent dans le catalogue de la bibliothèque Kinsey dont on peut se faire une idée grâce à sa conservatrice dans une vidéo par laquelle elle présente le Su E pian en pas moins de 30 secondes (de 0:48 à 1:22).

On voit à nouveau le Su E Pian pendant 14 secondes à 6 minutes 58 secondes du début de la séquence d'introduction au Kinsey Institute (Jinsai xing yu shengyun yanjiusuo 金賽性輿生育研究所 ou simplement Jinsai yanjiusuo 金賽研究所 en chinois) – juste le temps d'entrevoir une double illustration attachée à la section 22 de l'ouvrage, « Ebats plaisants dans un chariot tiré par des moutons » (« Yangche xingle » 羊車行樂) ! (P.K)

jeudi 14 mai 2009

A Trévise à toute allure

Vous n'avez plus de temps à perdre si vous voulez écouter les 10 intervenants qui vont parler des contraintes et des libertés dans la traduction du chinois à Trévise ce vendredi 15 mai. Juste le temps de lire de quoi il sera question à l'Auditorium Santa Croce du Complesso Universitario San Leonardo (Riviera Garibaldi 13/E - 31100 Treviso) et de découvrir la liste des communications – les résumés sont accessibles dans un document pdf téléchargeable ici ; l'affiche se trouve, quant à elle, :

International Conference, Treviso, 15 May 2009
The Chinese word for ‘translation’ is fan 翻, which means « turn over, reverse » (as in the Latin word vertere) and also « search, rummage ». Translating a Chinese text, whether a classical or a modern one, a technical or a literary one, means on the one hand to « search » among one’s linguistic and extralinguistic resources; on the other hand it means sometimes to « turn over completely » the text in order to produce an adequate translation. It may happen that to « betray » a text is the only way to be « faithful » to it: in Hunter’s words: « There is little point in translating the text ‘faithfully’ if its message is not communicated to the readers. And translation is, of course, communication, but not at all costs » (« Translation from Chinese: Coherence and the Reader », 1991, p. 627). Translating is often a hard and audacious task to be accomplished, according to George Steiner: « To move between languages, to translate, even with restrictions of totality, is to experience the almost bewildering bias of the human spirit towards freedom » (After Babel, 1998, p. 497). But the philological understanding of the text and a deep awareness of its linguistic, historical, and cultural background prevent the translator’s bias to freedom from becoming bewilderment and abuse. The question is: which problems of commensurability and translatability between Chinese and European languages are translators confronted with? Is there any specificity in Chinese translation and in Chinese language, and if there is any, is it possible and/or necessary to transmit it coherently into the metatext? Recent tendencies in Translation Studies try to answer some of these questions, in order to enrich the field with new perspectives and to challenge its Western-centric viewpoint. This conference on Chinese translation aims at exploring these and other features of Chinese translation from both a practical and a theoretical standpoint, and to analyse old and new ways of translating Chinese texts.
  • Bruno Osimo, Università Ca’ Foscari, Venezia : Terminology in metalanguage as a possible solution
  • Attilio Andreini, Università Ca’ Foscari, Venezia : How to establish the text to translate? Some methodological issues in reading Early Chinese manuscripts
  • Paolo Magagnin, Università Ca’ Foscari, Venezia : The practice of the remainder in translation from Chinese
  • Federica Passi, Università Ca’ Foscari, Venezia : Translation, modernity and the past: the case of Zhang Ailing
  • Michael Berry, University of California, Santa Barbara : Translation, Transcription, and Being Translated: Reflections on the Challenges of Chinese-English Literary Translation
  • Stefano Zacchetti, Università Ca’ Foscari, Venezia : Medieval Chinese as a Target Language: Translation Strategies in the Early Chinese Versions of Buddhist Scriptures
  • Sebastian Veg, French Centre for Research on Contemporary China (Hong Kong) : Lu Xun and « hard translations » : the specificities of Republican literature
  • Nicoletta Pesaro, Università Ca’ Foscari, Venezia : The rhythm of thought: some problems of translating syntax in modern Chinese literature
  • Noël Dutrait (Université de Provence) and Liliane Dutrait : Between fidelity and betrayal, between constraint and freedom, the choice of pragmatism: the translation of Mo Yan’s novels
  • Fiorenzo Lafirenza, Università Ca’ Foscari, Venezia : There’s a tense for every activity under heaven: strategies for choosing verbal tenses in literary translation from Chinese into Italian.

vendredi 8 mai 2009

Enfer et BEFEO

Edition Ming (Yeshidetang 業世德堂) du Xiugu chunrong 繡谷春容,
Taiwan [國立故宮博物院圖書文獻處].

Ce billet est – autant vous prévenir à l'avance – , une sorte de complément à « Enfer chinois (02) » qui présentait, vous vous en souvenez peut-être, une collection de textes romanesques érotiques de la période impériale luxueusement éditée à Taiwan sous le nom de « Siwuxue huibao » 思無邪匯寶. Il va, en plus, impliquer le B.E.F.E.O. d'une façon bien coupable dans une rapide présentation de matériaux de recherche sur un segment brûlant de la littérature romanesque chinoise en langue vulgaire. Mais commençons par ce qui fut le début d'une séance de navigation sur internet riche en trouvailles, savoir un article paru voici 40 ans dans le Bulletin de l'Ecole Française d'Extrême-Orient :
« Le Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient (BEFEO) est une revue à comité de lecture qui publie annuellement des travaux scientifiques d’un haut niveau d’érudition, rédigés en français ou en anglais, portant sur l’Asie - principalement comprise de l’Inde au Japon - dans tous les domaines des sciences humaines et sociales. C’est l’une des revues les plus anciennes et renommées au plan international dans le champ des études asiatiques. Dès ses débuts en 1901, le BEFEO a accueilli des textes signés par les plus grands savants occidentaux travaillant sur les civilisations asiatiques. Depuis les années 1970, la revue s’est résolument ouverte aux sciences sociales et à l’histoire contemporaine, tout en maintenant ses domaines d’excellence : l’histoire de l’art, l’archéologie, la philologie, l’histoire ancienne, l’ethnographie, etc. Outre une importante section de recensions d’ouvrages, le BEFEO comprend une partie de chroniques qui fait part des activités des membres de l’EFEO et rend compte de certaines manifestations scientifiques majeures. »
Le BEFEO est depuis le premier numéro publié par les Editions Adrien Maisonneuve, une des plus anciennes maisons d'édition orientaliste en France. Le catalogue de cette maison fondée à Paris en 1838, mais toujours très active, vaut d'être consulté. Il offre non seulement un choix très vaste de revues savantes, mais aussi, pour qui en a les moyens, de bien beaux ouvrages anciens, et notamment la série complète des 80 premiers volumes du BEFEO. Vous pouvez aussi commander au détail les numéros anciens [sauf les tomes I (1901) à XLIII (1955) et le tome XLV/1 (1960), épuisés] jusqu'au n° 93 (2006) – le n° 94 (2007) devrait voir le jour très prochainement.

Mais, curieux du contenu de cette prestigieuse publication de l'Ecole Française d'Extrême-Orient (EFEO), vous pouvez préférer l'accès en ligne désormais possible sur le portail de revues scientifiques Persée : ici. On peut, en effet, dorénavant consulter gratuitement et avec une grande facilité d'utilisation, les 107 numéros publiés entre 1901 et 2003. Ainsi sans le moindre effort physique ou financier, on peut explorer de plusieurs manières et en toute quiétude ce fonds d'une richesse exceptionnelle ; on peut, qui plus est, télécharger au format pdf les articles de son choix. Persée offre ainsi beaucoup plus et beaucoup mieux que Gallica (BNF) qui n'avait inscrit que 23 volumes du BEFEO à son catalogue [savoir les numéros 1 à 11, 14, 16, 17, 19, 20, 26, 28, 33, 34, 37 et 38]. Il convient donc d'inscrire de toute urgence l'adresse de l'accès direct au catalogue BEFEO sur Persée dans la liste de vos liens privilégiés : celle de votre navigateur préféré ou mieux votre liste personnelle Delicious, comme je le fis le 5 novembre dernier. Pour les derniers volumes, il vous faudra, mais doit-on s'en plaindre, vous rendre dans votre bibliothèque préférée.

Or donc, revenons à notre article quadragénaire dont le souvenir m'est revenu l'autre jour en préparant le billet « Traduire l'humour sans plus attendre ». La page ad hoc chargée, il ne m'a pas fallu plus de deux 20 secondes pour y accéder : une recherche, avec les options « Dans cette revue » - « Dans tous les champs » et les mots « André Lévy » et « chantefable » m'a permis de retrouver bien plus rapidement que si j'avais tenté de remettre la main sur le tiré-à-part dont je m'étais rendu acquéreur voici les lustres, l'article suivant :

André Lévy, « Un texte burlesque du XVIe siècle dans le style de la chantefable », Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, 1969, n° 1, pp. 119-124.

Démonstration était à nouveau faite de la supériorité de l'outil informatique sur la mémoire humaine ; ne me restait plus qu'à activer mon cerveau pour lire cette plaisante présentation documentée du Fengliu lequ 風流樂趣 (Plaisir d'amour ou Gaudriole sur la joie d'amour) qui s'achève sur ces mots : « Ces brèves remarques rendent bien imparfaitement compte de ce texte curieux, mais nous espérons qu'elles auront suffi à montrer qu'il mérite quelque attention et que sa traduction exigerait un tour de force délicat dans tous les sens du terme. Qu'il ne nous soit pas tenu rigueur d'y avoir renoncé et d'en laisser le soin à meilleure compétence ! »

Cette une conclusion m'a donné une fiévreuse envie de lire ce court texte d'à peine 1600 caractères qui pourrait bien être « le plus ancien écrit érotique ou pornographique en vernaculaire qui nous soit parvenu » ; je me retrouvais donc devant un nouveau défi, le trouver.

Certes, il m'aurait sans doute suffit de feuilleter le Guose tianxiang 國色天香 (préfacé en 1587) qui le reproduit en toute fin de son dernier juan. Mais, là encore, j'ai assez vite renoncé à retrouver les deux volumes de la série « Zhongguo huaben daxi » 中國話本大系 de la maison d'édition de Nankin, Jiangsu guji 江蘇古籍, qui le proposait avec le Xiugu chunrong 繡谷春容 --- j'en profite pour lancer un vibrant appel à celui ou celle à qui j'ai bien pu prêter ce livre en deux tomes acheté, il m'en souvient, à Suzhou voici une bonne dizaine d'années !

Une nouvelle fois, internet est venu à mon secours. D'abord, un rapide coup d'œil sur l'inventaire des romans proposés par le site Kaifang wenxue 開放文學, m'a bien vite rassuré. Le Guose tianxiang y est bien présent dans une ultime rubrique fourretout et mon texte en queue du 10ème juan de ce curieux leishu 類書 publié en 1597. L'affaire était presque dans le sac. Un acquis de conscience me fit élargir la recherche qui offrait en définitive bien d'autres alternatives dont la plus fructueuse est celle qui me conduisit, via la page consacrée au Fengliu qule, à une base de données encore inconnue de moi.

Heureux et surpris de trouver un éventail aussi large de textes romanesques chinois du registre dont l'objet de ma quête serait l'ancêtre le plus ancien, je ne pouvais pas garder cette information pour moi plus longtemps ! Je laisse donc à plus tard l'élucidation de l'identité de celui à qui l'on doit sa mise en ligne pendant l'été 2007 – si j'en crois son blog, OMIGAR aurait bien qu'autres chats à fouetter en ce moment que d'enrichir encore ce fonds dont je vous livre la porte d'entrée :


Son utilisation est on ne peut plus simple : en trois clics (voir illustration ci-dessus), on accède à une édition en caractères non simplifiés d'ouvrages difficiles à trouver en librairie et rares en bibliothèque. Pour l'exemple, j'ai retenu le Dengcao heshang zhuan 燈草和尚傳 (Moine Mèche de Lampe) cher à mon cœur ! Les œuvres sont classées par ordre alphabétique de la transcription pinyin. En voici (impasse faite sur des choix de poésies), la liste complète :
《八段錦》 , 《百花野史(百花魁)》 ,《伴花眠》 ,《碧玉樓》,《弁而釵》,《別有香》 ,《痴婆子傳》 ,《春燈謎史》,《痴嬌麗》 ,《酬鸞鳳》 ,《春閨秘史》 ,《春夢瑣言》 ,《春染繡塌》,《春透海棠》,《春又春(花裡蝶)》 ,.《燈草和尚》,《搗玉台》 ,《燈月緣》,《第一美女傳》 ,《斷珠蕊》,《飛燕外傳》,《風流和尚》,《風流樂趣》,《風流媚》,《風流悟》 ,《風月夢》,《閨艷秦聲》,《姑妄言》,《漢宮春色》 ,《河間婦傳》 ,《海陵佚史》,《金海陵縱欲亡身》 ,《雜事秘辛》 ,《海棠鬧春》 ,《後庭花》 ,《花放春》 ,《畫眉緣》 ,《花蔭露》 ,《花飛香》 ,《換夫妻》 ,《歡喜浪史》,《歡喜緣》,《歡喜冤家》,《金海陵縱欲亡身》,《海陵佚史》 ,《金瓶梅》,《續金瓶梅》,《二續金瓶梅》,《三續金瓶梅》 ,《錦繡衣》, 《控鶴監秘記》 ,《空空幻》 , 《浪蝶偷香》,《浪史》,《兩肉緣》 ,《龍陽逸史》 ,《露春紅》,《濃情快史》,《寐春卷》 ,《美婦人》 ,《 濃情快史》,《鬧花叢》,《濃情秘史》 ,《情海緣》 ,《巧緣艷史》, 《肉蒲團》,《如意君傳》, 《三山秘記》,《僧尼孽海》 ,《山水情》 ,《蜃樓志全傳》 ,《雙合歡》 , 《桃花庵》 , 《杏花天》 ,《繡榻野史》 , 《雜事秘辛》 ,《趙飛燕別傳》,《株林野史》.
On a donc accès à un ensemble de 78 textes couvrant le large éventail des formats pris par l'érotisme romanesque chinois, de la miniature rustique et burlesque comme le désopilant Fengliu lequ, au monumental et majestueux Guwangyan 姑妄言 (10 volumes de la collection « Siwuxie huibao » 思無邪匯寶 !). On a même droit à quelques bonus comme un texte critique du professeur Wang Yongjian 王永健 (Université de Suzhou) (« Guwangyan xing miaoxie pingyi » 《姑妄言》性描寫評議 ), paru dans le 65ème tome de l'excellence revue spécialisée sur le roman chinois ancien, Ming Qing xiaoshuo yanjiu 明清小說研究 (2002-3, pp. 217-220), revue qui en est, en ce début d'année, à sa 91ème livraison (2009-1) -- le premier volume a vu le jour en 1985 ; il en sera question ici dans un avenir que je souhaite proche. (P.K.)

jeudi 7 mai 2009

Tcheng-Loh, 1925

Voici comme promis dans un précédent billet consacré à Tcheng-Loh [Chen Lu 陳籙] (1877-1939), les éléments le concernant contenus dans Figures contemporaines tirées de l'Album Mariani, volume 14 (Paris : Librairie Henri Floury, 1/05/1925) – en tout trois pages, dont une pleine page dévolue à la gravure de Henri Brauer reproduite ci dessus. Le texte serait de Joseph Uzanne. Il se présente en deux parties : une longue notice laudative, suivie d'une courte notice factuelle en caractères plus petits. Je ne reproduis pas à nouveau le texte autographe qui ventait le vin Mariani et repousse à plus tard l'identification des lieux, personnages et administrations cités sous des transcriptions que j'ai scrupuleusement respectées jusque dans leurs variations. Des sources chinoises seront alors mises à contribution pour compléter le portrait, complément qui vous réserve quelques surprises.


Il y a un peu plus de vingt ans, un jeune étudiant chinois rencontra Mme de Thèbes, la célèbre devineresse. C'était à Paris. Le jeune homme avait éclairant un visage avenant, les yeux les plus vifs. Mme de Thèbes le considéra, réfléchit et puis, avec l'assurance de la foi :
« Un jour vous quitterez Paris. Un jour vous y reviendrez. Lorsque vous partirez, ce sera vers une belle destinée. Lorsque vous reviendrez, ce sera pour voir se réaliser cette destinée. Or à Paris, ce jour-là, vous serez ministre. »
Et en effet, Tching-Loh, que le célèbre vice-roi Tchang-Tche-tong avait distingué et avait envoyé à Paris, pour suivre les cours de la Faculté de Droit, comme boursier de l'Empire, est aujourd'hui le ministre de Chine, un ministre écouté, très apprécié.
Tout en poursuivant ses études classiques : littérature, histoire, philosophie qui en feront un jour un docteur ès lettres, il entre, à quinze ans, à l'Ecole de l'Arsenal de Fou-Tchéou. En même temps que les sciences, il apprend la langue française, professée par M. Médard.
Puis il passe avec succès ses examens de licence en droit et le thèse qu'il présente, à cette occasion, lui attire les félicitations officielles du jury. La même année, le gouvernement impérial mandchou le détache auprès de S. E. Lou Tsieng-Tsiang, délégué de la Chine à la Conférence de la paix, à La Haye. Il s'y rend en qualité de secrétaire de légation.
La Révolution Chinoise le trouve directeur des Affaires politiques et le maintient dans ce haut poste. L'année suivante, il est envoyé au Mexique comme ministre plénipotentiaire de la République de Chine, puis détaché à la conférence sino-russo-mongole de Kiakta, où il se montre le plus fin diplomate. Puis il est nommé résident général de Chine à Ourga, dans la Mongolie.
Mais le rude climat de ce pays et l'immense labeur, auquel il s'est astreint depuis dix ans, le forcent à prendre du repos. Il se retire dans sa magnifique villa de Foutchéou. Quelques mois ne s'étaient pas passés que son patriotisme lui fait accepter de rentrer à Pékin en qualité de vice-ministre des Affaires étrangères.
Bientôt c'est la charge du ministre qu'il devra assumer, car S. E. Lu Tseng-tsiang part pour Paris, en qualité de délégué de la Chine à la Conférence de la Paix, et M. Tcheng-Loh devient gérant du Waichiaopou et cela durant plus de deux années. Les questions épineuses ne manquent pas, dont il se tire avec honneur : question du Chantong, du Thibet, de Fou-tchéou. Il travers avec succès les multiples crises du mouvement des étudiants. Ne sacrifiant jamais rien des intérêts supérieurs du pays, il sait se concilier l'opinion publique tout en résistant aux débordements de la démagogie. Il est un des artisans de l'annulation de l'indépendance de la Mongolie et il a la suprême joie de présider à l'acte par lequel l'immense Mongolie fait retour à la Chine, sa protectrice naturelle.
Enfin, en septembre 1920, le Dr Yon ayant été, par décret présidentiel, nommé ministre des Affaires étrangères, S. E. M. Tcheng-Loh est nommé au poste si envié de ministre de Chine en France.
Dans la chaude atmosphère d'amitié qui règne entre la Chine et la France, S. E. Tcheng-Loh ne pouvait qu'exercer le rôle le plus utile. Formé en France, ayant goûté notre culture par la fréquentation de nos auteurs, il était né pour aider au rapprochement de nos deux pays. Il existe à Paris un Institut des hautes études chinoises, à Lyon une Université franco-chinois, à Changhaï une Ecole franco-chinoise. Des centaines d'étudiants chinois viennent chaque année en France. Le terrain, certes, est bien préparé et S. E. Tcheng-Loh arrive à une heure propice où ses brillantes qualités de diplomate trouveront particulièrement leur emploi. Le talent de poète, d'historien et d'orateur de l'éminent diplomate font de lui un homme complet et charmant, aussi à l'aise dans un salon de Paris que dans une assemblée littéraire de son pays. M. Tcheng-Loh, un bienveillant ami de la France, est un fin érudit, un écrivain averti et un poète. La Chine lui doit une histoire très documentée de la Mongolie et la traduction du Code civil français. Lorsque ses hautes fonctions lui laissent quelques loisirs, M. Tcheng-Loh compose des poèmes, qui enferment toujours une grâce exquise et une haute idée philosophique.


S. E. Tcheng-Loh, ministre de Chine à paris et homme d'Etat. – Né en 1877 à Min Hsien, préfecture de Fou-tcheou, province de Fou-Kien. A quinze ans élève de l'Ecole de l'Arsenal de Fou-tchéou. Suit le cours de français de M. Médard. A dix-huit ans, il passe au collège Tche-Kiang de Woutéchang (Houpei) où il obtient le diplôme de fin d'études. Chargé de cours dans cet établissement. En 1903 vient à Paris suivre les cours de l'Ecole de Droit, comme boursier de l'Empire. Attaché à la mission mandchoue qui parcourt l'Europe pour y étudier les constitutions ; chargé de rédiger les rapports. Accompagne S. E. Lou Tsiang-tsiang à la Conférence de la Paix à La Haye (1907). Rappelé en Chine il entre au Waï Wou Pou ; co-directeur du Tchou Tsai Konan ; chef de section de Bureau chargé de la rédaction de la Constitution. Passe le concours du Ministère de l'Instruction ; reçu docteur avec le n° 2. Puis admis à l'examen impérial du Pao-Ho-Tien, il est reçu académicien. En 1910, il devient directeur des Affaires politiques, poste qu'il conserve pendnt la Révolution et sous la première république. En 1913, envoyé comme ministre plénipotentiaire au Mexique, puis détaché comme plénipotentiaire chinois à la conférence sino-russi-mongole. En 1915, résident général à Ourga (Kon-loun), démissionne au bout de deux ans. En 1918, vice-ministre des Affaires étrangères. Fait l'intérim du ministre pendant l'absence de Lou Tseng Tsiang et la Conférence de la Paix. Le 17 septembre 1920, il est nommé ministre de Chine en France. – Nombreuses études littéraires et historiques édités par le Commercial Press de Changhaï ; a publié la traduction du Lama Rouge de Ki-Yun, en collaboration avec Mme Lucie Paul-Margueritte.
Ajoutons à cette présentation les quelques lignes trouvées par Alain Rousseau dans le volume pour l'année 1924 de Qui êtes-vous ? Annuaire des contemporains. Notices biographiques (Paris : Maison Ehret. G. Ruffy, 1924, 806 p.), page 716. Non seulement, l'année de naissance est différente de celle indiquée plus haut, mais sont fournis jour et mois de naissance, ainsi que quelques indications précieuses, dont l'adresse. Voyez plutôt :

Tcheng Loh, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République de Chine en France. 57, rue de Babylone. T.: Ségur 31-68. Epi d'or 1er rang ; Grand-officier de la Légion d'honneur ; Grand-cordon de la Couronne d'Italie. Né à Fou-Tchéou, le 22 mars 1876. Marié à Mlle Kahn. Trois filles, un fils. Educ. : Ecole supérieure en Chine ; Faculté de Droit de Paris. Œuvres : Le Lama rouge et autres contes.
Dans un second commentaire, Alain Rousseau nous faisait également remarquer que le 57, rue de Babylone n'est pas une adresse anodine. Cliquez ici et vous verrez qu'il a raison ! (P.K.)

mardi 5 mai 2009

Traduire l'humour sans plus attendre

IDEO 1 auquel nous travaillons depuis tant de mois est prêt. En fait, il est prêt depuis un bon moment, mais il n'a toujours pas, pour des raisons d'ordre technique, trouvé sa place sur la toile. Ce premier numéro de notre revue électronique Impressions d'Extrême-Orient proposera huit traductions de textes inédits autour du thème du voyage envisagé avec une grand latitude de traitement et couvrant un vaste espace tant géographique que temporel, puisqu'il s'étend de la Chine du XVIIe siècle à celle d'aujourd'hui, de la Thaïlande à la Corée, en faisant un crochet par l'Inde et le Vietnam. Ce beau vaisseau à la voilure flambant neuve va donc finir par sortir de la tourmente et par accoster sur vos écrans – on entend déjà sa sirène. Le corps de ce numéro inaugural dont la mise en ligne vous sera annoncée, je le souhaite, très prochainement, sera complété, entre autres, par des communications données à l'occasion de notre journée sur la traduction du 26 octobre 2007.

Bien que le volume 1 ne soit pas encore disponible, nous pensons qu'il est déjà temps de lancer le second volume de traductions qui constituera un jour un numéro 4 – les numéros 2 et 3 seront en effet entièrement consacrés aux communications données pendant les deux manifestations programmées par notre équipe en 2009, savoir le colloque « Littératures d’Asie : traduction et réception » des 13 et 14 mars qui s'est admirablement bien déroulé et celui des 11 et 12 décembre 2009 sur le roman asiatique - « Le roman en Asie et ses traductions ». Mais pas d'impatience, et chaque chose en son temps, revenons donc à ce futur n° 4 d'IDEO et à son thème.


Le thème retenu pour ce second volume de traduction s'est rapidement imposé aux membres de l'équipe. Serait-ce la morosité ambiante, la lourdeur du climat qui entoure nos activités et les menaces qui pèsent sur leur avenir, qui nous y ont conduits ? Je ne saurais l'affirmer. Toujours est-il qu'il a fait l'unanimité et s'est imposé largement devant d'autres thèmes sur lesquels il sera toujours temps de revenir un jour prochain. Puisqu'il s'agit, non pas de délimiter une problématique, nous le proposons ici dans sa formulation la plus simple, celle qui permettra à chacun de se sentir libre de faire des propositions que nous souhaitons nombreuses, variées et originales :

Traduire l'humour

Pour ceux qui ne pourraient se satisfaire de « simplement » traduire et aimeraient gloser sur ce thème potentiellement très riche, nous envisageons déjà de mettre sur pied un colloque qui pourrait être l'occasion de parler de l'expérience de la traduction en langue française de textes humoristiques en provenance d'Extrême-Orient. Un appel à communication sera envoyé à cet effet dès que notre calendrier d'activité pour 2010 sera arrêté.

Pour l'heure, vous voici face à un nouveau défi. Il est double : 1. identifier dans le corpus littéraire qu'offre votre champ d'investigation culturel et linguistique privilégié, un ou des textes susceptibles d'illustrer de manière originale et novatrice le thème de l'humour et 2. le ou les traduire en français.

Je vous rappelle le modus operandi : chaque contributeur est appelé à proposer un texte littéraire traduit, précédé d’une présentation synthétique avant le 1 mars 2010.
  • Dans l’idéal, le texte sera inédit en traduction ; si ce n’est pas le cas, le traducteur devra justifier de la nécessité d’une nouvelle traduction. Pour les textes contemporains le traducteur s'assurera au préalable de détenir l'autorisation de l'auteur.
  • La traduction ne devra pas excéder 20 feuillets de 1500 signes.
  • Le texte retenu sera soit un texte intégral (nouvelle, conte, poésie), soit un extrait d’une œuvre plus ample (un chapitre de roman, par exemple).
  • Le traducteur devra fournir sa traduction sur un support informatique (Word ou OpenOffice) portant le minimum d’enrichissement stylistique) ainsi que le texte original en format pdf ; celui-ci sera communiqué aux experts chargés d’évaluer la traduction et également mis à disposition des lecteurs de la revue.
  • Le traducteur est libre dans le choix de l’appareil critique qui accompagnera son travail (notes de bas de pages plus ou moins développées).
  • Pour toutes les questions relatives à cet appel, prière de contacter Pierre.Kaser@univ-provence.fr
Mais, comme il n'est jamais trop tôt pour bien faire, voici en guise d'apéritif et pour satisfaire les moins patients d'entre vous, une blague chinoise qui (dans sa forme initiale au moins) fait rire depuis au moins quatre siècles. Elle n'est pas sans rapport avec le sentiment de ceux qui aimeraient pouvoir enfanter, non pas des héritiers, mais des numéros d'IDEO :

« A peine est-il devant le marchand de nouilles que l'impatient s'écrie : « Alors, elles arrivent ces nouilles ! ». Le patron arrive, les verse sur la table et lâche un : « Avale ça, faut que j'lave le bol ! » L'impatient au comble de la colère rentre chez lui. « Je vais en crever de rage ! », lance-t-il à sa femme. Celle-ci sans perdre un moment fait son paquetage : « Si tu meurs, je cours me remarier ». Le lendemain des noces, le second mari désire la répudier. Quand elle lui en demande la raison, il répond : « Mais c'est que tu ne m'as toujours pas donné d'héritier ! »
性急人過麵店。即亂嚷曰。為何不拿麵來。主人持麵至。傾之桌上曰。你快吃。我要凈碗。其人怒甚。歸謂妻曰。我氣死了。妻忙打包袱曰。你死。我去嫁人。及嫁過一宿。後夫欲出之歸。問故。曰。怪你不養兒子。
Cette blague tirée du Jingxuan yaxiao 精選雅笑 (Choix élégant de blagues raffinées) datant des Ming (1368-1644) a déjà fait l'objet d'une traduction par André Lévy dans un article pionnier intitulé « Notes bibliographiques pour une histoire des « histoires pour rire » en Chine » (Etudes sur le conte et le roman chinois. Paris : Ecole Française d'Extrême-Orient, 1971, pp. 67-95). Il ouvrait une voie qui n'a pas été suivie depuis. IDEO 4 sera pour moi l'occasion de payer une part de ma dette de reconnaissance vis-à-vis de mon maître en sinologie. Mais, comme on le dit souvent, plus on est de fous plus on rit – certains ajoutent même que plus on est, moins il y a de riz -, aussi, quelle que soit la raison qui vous y pousse, n'hésitez plus et envoyez vos propositions de participation, et .... ne traînez pas ! (P.K.)