vendredi 22 janvier 2010

La voix d'une génération silencieuse

Il y a deux ans, c'était le 10 janvier 2008, Xinran était déjà l'hôte de la Librairie le Phénix (72 boulevard de Sébastopol, Paris 3e). Elle y était invitée à l'occasion de la sortie aux Editions Philippe Picquier de la traduction française de Miss Chopsticks sous le titre Baguettes chinoises.


Cette fois, soit le vendredi 29 janvier à 18h, la journaliste-écrivain [Xue ] Xinran 欣然 (1958-), retrouvera la même tribune pour présenter son dernier ouvrage publié chez le même éditeur : Mémoire de Chine (Traduit du chinois par Prune Cornet, 656 p.). L'ouvrage, qui existe déjà en anglais sous le titre de China Witness. Voices from a Silent Generation a été chaleureusement salué par la critique anglo-saxonne (voir notamment l'article du New York Times de Joshua Hammer, « Mobilized by Mao » (5/03/09).




Permettez-moi de me contenter de reproduire, après correction, la présentation de l'éditeur, d'un livre que je n'ai pas eu l'occasion de feuilleter au delà de la 19ème page grâce à un document pdf délivré gracieusement à partir du catalogue en ligne de l'éditeur -- pourrais-je faire autrement, surtout sans avoir pu confronter ce début au texte original ? :

« A l'issue de vingt ans d'interviews et d'enquêtes en tant que journaliste, j'ai peur que la vérité sur l'histoire moderne de la Chine - ainsi que notre quête de dignité nationale - ne disparaisse avec la génération de mes parents ».

Mémoire de Chine est la confession d'une génération dont l'histoire n'a jamais été racontée. Grands-parents et arrière-grands-parents décrivent avec leurs propres mots - pour la première et peut-être la dernière fois - les transformations qui ont définitivement changé la Chine au cours du siècle passé. Ce livre, à travers la quinzaine d'entretiens qu'il rassemble, est à la fois un voyage à travers le temps et l'espace, et un mémorial dressé à ceux qui ont vécu guerres, insurrections, persécution, invasions, révolutions, famines, modernisation, occidentalisation, et qui ont survécu pour entrer dans le XXIe siècle.

Xinran a parcouru toute la Chine, des métropoles aux provinces les plus reculées. Elle a rencontré une génération chez qui l'idée de culpabilité collective est très profondément ancrée, et pour qui la liberté d'expression est un étrange et dangereux concept. Ils ont parlé de leurs vies, leurs espoirs, leurs peurs et leurs luttes, de ce qu'ils ont vu et ressenti à propos de tous les événements auxquels ils ont assisté. En donnant voix à une génération oubliée, ce livre révèle l'histoire de la Chine et de son peuple. Comme le dit Xinran, il a pour but « d'aider notre futur à comprendre notre passé ».

Une dernière chose avant de vous rendre à la Librairie Le Phénix pour la troisième fois depuis le début de l’année ! : n'hésitez pas à consulter le blog et le site en anglais de celle qui fait entendre la voix d'une génération silencieuse. (P.K.)


Le 23/01/10, 11:00 : on trouvera une critique en chinois du livre de Xinran dont le titre original est Jianzheng Zhongguo 見證中國 sur le site chinois de la BBC : 見證中國:歷史是什麼?.

mercredi 20 janvier 2010

De l'informatisation de langues d'Asie

Je suis heureux de vous informer que la spécialité Technologies du Langage du Master Sciences du Langage de l'Université de Provence vous invite à la communication que donnera Vincent Berment, ingénieur chez Communication et Systèmes et chargé de cours à Langues d'O, le mardi 26 janvier, à partir de 13h30 (Centre Schuman, Salle des Professeurs, A220) sur le sujet : « Quelques expériences d'informatisation de langues d'Asie : lao, bengali, birman, khmer, thaï et tham » :

« Dans les siècles précédents, affirmer ou défendre une langue passait par le recueil des traditions orales, par la fixation d'une orthographe ou encore par la construction de dictionnaires. Aujourd'hui, le développement des ordinateurs personnels et celui des réseaux font de l'informatique un instrument pour écrire et communiquer. Traitements de texte et courriers électroniques sont devenus des outils de langue largement répandus. L'informatisation occupe ainsi une place essentielle dans cette vaste mobilisation culturelle et linguistique. Cependant, les langues ne sont pas égales devant les processus d'informatisation.

Dans cette communication, Vincent BERMENT viendra présenter son expérience dans le domaine de l'informatisation de langues peu dotées informatiquement. Concrètement, il parlera des difficultés et des méthodes mises en place pour le développement d'outils destinés au grand public : pour le lao (www.laosoftware.com), pour d'autres langues et systèmes d'écriture (www.gmsware.org), pour la traduction automatique français – langues d'Asie du Sud-Est. »

Ceux qui s'intéressent à l'Extrême-Orient, ses langues et ses littératures, ne sauraient manquer ce rendez-vous. Pour s'y préparer, on pourra télécharger la thèse de Vincent Berment, « Méthodes pour informatiser des langues et des groupes de langues 'peu dotées' » , dont on peut lire un résumé sur une page du site du Réseau-Asie. En voici, en guise de teasing, le début : « En 2004, moins de 1 % des 6809 langues du monde bénéficie d'un niveau d'informatisation élevé, incluant un éventail large de services allant du traitement de textes à la traduction automatique. Cette thèse, qui s'intéresse aux autres langues - les langues-pi - s'attache à proposer des solutions pour remédier à leur sous-développement informatique. ...» (P.K.)

mardi 19 janvier 2010

Du baseball taiwanais, entre autres sujets ...


L'Institut de Recherche sur le Sud-Est Asiatique (IRSEA), créé (comme l'indique son site internet) « en mai 1993 à Aix-en-Provence, s'est installé à Marseille sur le campus St Charles de l'Université de Provence, en janvier 1999, pour constituer aux côtés du Centre de Recherche et de Documentation sur l'Océanie (CREDO, UMR 6574), et d'une unité mixte de service (UMS 1885) la Maison Asie Pacifique » avec « trois missions principales :
 - la recherche fondamentale avec une équipe de chercheurs et d'enseignants chercheurs en permanence au contact des réalités de leurs terrains de recherche,
- la production scientifique : outre la publication d'ouvrages et la coordination de la Revue Moussons, revue bilingue couvrant l'Asie du Sud-Est pour les sciences humaines et sociales, l'IRSEA développe trois programmes scientifiques. - la transmission des connaissances et des méthodes et la diffusion du savoir par le biais de l'enseignement, de séminaires et de colloques. »

L'IRSEA offre régulièrement à ses jeunes doctorants l'occasion de présenter leurs travaux. La prochaine « Journée des doctorants » se tiendra le vendredi 22 janvier à la Maison Asie Pacifique (Université de Provence. 3 place Victor Hugo, Marseille 3°). Neuf orateurs se succèderont salle LSH 205 entre 9h30 et 17h30 :

Nathalie Claude-Sollier, « Pratiques alimentaires et rapport au corps : enquête sociologique sur la nouvelle bourgeoisie shanghaienne » • Valérie Mespoulet, « Femmes taiwanaises et espace social : un état de la question »
 • François Molliet, « Quelle adaptation pour les lieux de culte chrétien à Taiwan ? » • Céline Coderey, « 
Les thérapeutes et leurs pratiques de soin en Arakan (Birmanie) » • Luc Benaiche, « Penser le système d’enfermement khmer rouge en regard du Goulag et du laogai » • Julie Humeau, « Cas des donateurs occidentaux pour les Tibétains en exil » • Jérôme Soldani, « Baseball « bleu » et baseball « vert ». Des différents horizons de la « passion nationale » taiwanaise » • Damien Onillon, « Représentations et enjeux de l’écotourisme à Taiwan : dimension socio-culturelle, développement durable et identité » • Frédérique Guyader, « Terrain et genre de l'anthropologue : exemple de contraintes dans les relations enquêtrice-enquêtés chez les Naxi (Chine) ».

Nous leur souhaitons d'avoir un public aussi attentif que fourni. (P.K.)

Gao'Zar

Si vous avez recours aux alertes Google, peut-être avez-vous déjà remarqué qu'elles délivrent les informations sollicitées selon leur logique et leur rythme propres, parfois même, sans autre justification qu'informatique, et donc souvent avec une coupable distorsion dans le temps. Mais peu importe le retard occasionné, dès lors que les événements signalés ont laissé une trace sur la toile. Ceux provoqués par Europalia sont si nombreux que l'on ne peut en vouloir au moteur de recherche de différer leur annonce. Vous ne m'en voudrez pas plus je l'espère de vous livrer les choses comme que je les ai découvertes sur le site du BOZAR Festival qui est, le temps d'Europalia, consacré à la Chine. Il offre la possibilité de suivre, à distance et en différé, l'ensemble des nombreuses manifestations artistiques qui parfois touchent à la création littéraire. Il y est question notamment de Gao Xingjian, de censure et de Ai Weiwei 艾未未...

Une vidéo de 4 minutes permet, ainsi, de voir Gao Xingjian et de l'entendre répondre en français à des questions sur les différents aspects de sa création, à l'occasion de la présentation de sa pièce « Au bord de la vie ».

Une autre vidéo de 6 minutes est consacrée à un des thèmes abordés à China@Bozar : « Qu’en est-il de la censure du gouvernement chinois, 20 ans après les événements sur la place Tian'anmen ? La sinologue et journaliste Catherine Vuylsteke tente d’apporter une réponse. » C'était le 15 novembre dernier, Journée internationale des écrivains emprisonnés. Ce Day of the Imprisoned Writer « a offert l'occasion au public d'assister à deux discussions menées par Catherine Vuylsteke, avec le dramaturge Sha Yekin et le romancier Ma Jian : le plateau qui accueillait les intervenants de la journée, a été sobrement complété avec une chaise vide, qui illustrait l'absence de Liu Xiaobo, signataire de la Charte 08, enfermé depuis par les autorités chinoises. Cette absence remarquée prouve une nouvelle fois les risques qu'encourent ces écrivains dans leur travail de mémoire et de décryptage. »

L'ensemble des vidéos réalisées est également disponible sur la page Youtube du BOZAR. L'une d'elles est consacrée à Ai Weiwei qui parle de l'exposition « The State of Things » qu'il a conçue pour l'occasion. Sur une autre, on voit le facétieux artiste portant un casque vert pendant l préparation de cette rétrospective croisée de l'art contemporain chinois et belge, laquelle fermait ses portes le 10/01/10. ... (P.K.)

jeudi 14 janvier 2010

Keul Madang

Le numéro 3 de la revue de littérature coréenne KEULMADANG est paru en décembre. Dans ce numéro, vous trouverez un dossier consacré à l’auteur féminin EUN Hee-Kyung dont le deuxième roman un recueil de nouvelles en fait, vient de paraître aux Editions Zulma. Le dossier comporte une interview de l’auteur réalisé par Kim Hye Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo, une note de lecture de « Les boites de ma femme », son dernier livre et un extrait de ses nouvelles.

Egalement dans le numéro 3, une nouvelle de KIM Tae yeong, « J’étais un maquereau », un article très complet sur la danse coréenne, « Les Hong de Bulim habitent à Bamgole», un texte poétique du photographe CHOI Sang woon, un clin d’oeil cinématographique de Hervé Péjaudier, en direct de Séoul, ainsi que de nombreuses notes de lectures.

Le tout, lisible à l’adresse suivante : www.keulmadang.com (Jean-Claude de Crescenzo)

mercredi 13 janvier 2010

Gao, artiste universel

A peine de rentré de Londres où il a été fêté par ses amis, Gao Xingjian sera jeudi au Musée du Quai Branly (salle de cours 2) avec son traducteur et ami Noël Dutrait pour une exploration de son œuvre multiforme dans le cadre d'une série de rencontres intitulée : Les figures de l'artiste universel.

Ce séminaire animé par Yolaine Escande, Directeur de recherche au CNRS et Denis Vidal, Chargé de Recherche à l'IRD pose la question suivante : « Comment se trouve redéfinie aujourd’hui la « figure » de l’artiste « universel » dans un contexte toujours plus marqué par la mondialisation ? C’est à cette question cruciale pour un musée qui se donne comme vocation de s’ouvrir à des formes d’art et de créativité contemporaine en provenance du monde entier que nous tenterons d’apporter des réponses, au cours d'une série de séances à vocation interdisciplinaire. Chacune des séances prévues sera plus spécifiquement consacrée à l'étude d'un artiste ou d'un groupe d'artistes qui incarnent, chacun à leur façon, un tel idéal. Plusieurs d'entre elles seront organisées en association avec les artistes eux-mêmes.»

La séance du jeudi 14 janvier 2010 de 15h30 à 17h30 sera donc consacrée à Gao Xingjian.


« Gao Xingjian, artiste universel », c'est aussi le titre donné par Camille Perotti à l'interview de Gao mis en ligne le 19 décembre sur le site de La Libre Belgique. Il y est question de l'art envisagé par Gao comme « un besoin intérieur de l’humanité. Une consolation. L’art est [ajoute-t-il] une sublimation de cette prise de conscience de notre condition » et aussi des différents aspects du travail de l'artiste. On y trouve également des informations sur les manifestations consacrées à Gao Xingjian dans le cadre d'Europalia Chine qui offre depuis le 8 octobre dernier et jusqu'au 14 février 2010 « une immersion dans la vie et la culture chinoise. Au-delà des clichés persistants, europalia.china veut déceler ce qu’il y a de plus authentique et présenter un art de vivre millénaire à l’heure de la globalisation et du progrès technique, soixante ans après la fondation de la République Populaire de Chine. » (P.K.)

mardi 12 janvier 2010

Vive le socialisme ?


L'auteur chinoise Zhang Lijia sera, le vendredi 15 janvier 2010, à 18 h, l'invitée de la Librairie Le Phénix (72, bd Sébastopol, Paris 3e, 01.42.72.70.31) pour présenter l'ouvrage que Bourin Editeur vient de publier sous le titre : Vive le socialisme ! La véritable histoire d'une jeune chinoise qui rêvait de liberté (450 p.)

La page consacrée par l'éditeur à cette publication fournit le lien vers le site personnel de Zhang Lijia dont la visite permettra de faire connaissance avec celle qui se présente en anglais (uniquement) ainsi :
Lijia Zhang. Writer, Journalist, Social Comentator, sans faire jamais mention des caractères chinois de son nom !

La consultation de ce site très riche s'impose pour qui envisage de lire ce livre écrit en anglais et publié sous le titre « Socialism is Great » A Worker's Memoir of New China ( New York, Atlas & Co, 2008). C'est, est-il écrit, « a testament to Zhang’ personal triumphs over the controlled existence that was supposed to be her destiny ». La traduction française par Jean-François Chaix arrive dans la foulée de plusieurs publications en Australie (2008), en Inde (2008), en Hollande (2009), en Italie (2009). Ne manquez pas l'interview de Zhang par Jeremy Goldkorn mis en ligne le 8 septembre 2008 sur Danwei.org : « Zhang Lijia: Socialism is Great! » (8:07) (en anglais) et, pourquoi pas, une des nombreuses versions de la chanson qui a inspiré le titre de ces mémoires personnelles faisant revivre la Chine des années 80 : Shehui zhuyi hao 社会主义好! (P.K.)

dimanche 10 janvier 2010

Les 70 ans de Gao Xingjian

Nous l’avions annoncé, les amis de Gao Xingjian se sont souvenus que celui-ci est né le 4 janvier 1940 à Ganzhou dans la province du Jiangxi. L’écrivain Ma Jian et le poète Yang Lian, qui résident à Londres, ont organisé au Centre of Chinese Studies de la SOAS deux journées autour du premier écrivain de langue chinoise lauréat du prix Nobel, sur le thème « Realms of the Spirit in Gao Xingjian’s Literature and Art ».

Gao Xingjian lui-même avait accepté l’invitation et ces deux journées se sont déroulées dans une capitale britannique glaciale, mais aussi dans une atmosphère de chaude amitié et d’échanges fructueux. Ce fut l’occasion de voir ou de revoir dans le Brunei Gallery Lecture Theatre de la SOAS le film de Gao Xingjian, Après le déluge, puis La Silhouette sinon l’ombre et enfin l’enregistrement vidéo de La Neige en août dans la mise en scène que Gao Xingjian avait dirigée à Taibei en 2002. Enfin, une lecture par trois comédiens dirigés par Stephen Watts a été donnée de l’œuvre la plus récente de Gao dans la traduction anglaise de Claire Conceison, Ballade Nocturne.

Le premier jour, un symposium a réuni cinq intervenants qui ont livré une analyse au sujet des diverses facettes du maître, pour en montrer l’esprit unique qui en émane. Après que la sinologue Mary Massilli eut livré une étude très éclairante sur son théâtre, je me suis attaché à revenir sur l’histoire de la traduction de Lingshan 灵山 en expliquant à quel point l’intérêt que j’ai porté à ce roman dès que j’en ai lu les premières pages m’avait poussé à le traduire avec Liliane Dutrait, malgré les immenses difficultés que nous avions à trouver un éditeur. J’ai essayé, à travers quelques exemples, de montrer que nous avions cherché à rendre la « musique de la langue » si chère à l’auteur. Puis Chen Maiping a montré en quoi l’œuvre de Gao Xingjian devait être appréhendée comme un tout, sans avoir à se demander s’il s’agit d’une œuvre chinoise ou occidentale, d’une œuvre moderne ou post-moderne… Pour Chen Maiping, Gao Xingjian a commencé à emprunter sa propre voie là ou d’autres s’étaient arrêtés. Et il a déploré une nouvelle fois que le nom de Gao Xingjian soit officiellement passé sous silence par les autorités de Chine continentale alors que selon lui, l’anniversaire des 70 ans de l’artiste devrait faire la une des journaux chinois. Enfin, Chen Maiping a bien défini comment Gao Xingjian avait décidé de partir en exil et d’agir en individu isolé quand il avait compris que l’action collective n’aurait aucune utilité pour faire changer le régime qui opprimait sans cesse les intellectuels et les artistes. En agissant seul et en obtenant la récompense suprême que représente le Prix Nobel, Gao Xingjian a montré de manière éclatante à quel point la seule force spirituelle d’un individu pouvait parvenir à gravir les plus hautes montagnes. Enfin, l’écrivain Ma Jian, l’auteur de Chemins de poussière rouge et de Beijing Coma, compagnon de route de Gao Xingjian depuis le début des années 1980, a rappelé l’itinéraire de son ami et a montré à quel point son extraordinaire travail avait signé l’échec de la dictature de Chine continentale dans sa tentative d’étranglement de la pensée artistique.


Enfin, tout au long de ces deux journées qui ont attiré une nombreuse assistance, Gao Xingjian a répondu aux questions du public et a participé aux débats sur son œuvre. Il a rappelé sa position inébranlable d’artiste totalement indépendant, attaché à faire aboutir ses projets artistiques polymorphes, infatigablement.


Bon anniversaire Monsieur Gao !


PS : Bertrand Mialaret de Rue 89 a fait spécialement le déplacement à Londres et devrait rendre compte ces journées prochainement. On peut aussi se rendre sur le site de la BBC pour écouter une très intéressante interview de Gao Xingjian en chinois.


Noël Dutrait.

jeudi 7 janvier 2010

Premier rendez-vous de l'année

Comme l'a annoncé Jacqueline Nivard dans un billet publié dès le 14 décembre 2009 dans ses Carnets du Centre Chine, indispensable blog du Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine qui a pris un nouveau départ sur la plate-forme Hypothèses et enfilé de nouveaux et seyants atours, Sebastian Veg et Zhang Yinde, seront le vendredi 8 janvier à 18h les invités de la Librairie Le Phénix.

Les deux chercheurs qui officient respectivement au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) et à l’université de la Sorbonne Nouvelle Paris 3, auront pour mission de faire « (re)découvrir des textes fondamentaux de la littérature chinoise, en dévoilant leur portée politique. Ils parleront aussi des échanges entre la culture chinoise et la culture européenne, du rôle de l’écrivain, du statut de la fiction en tant que discours sur le pouvoir légitime ».

L’occasion de cette rencontre est fournie par la parution du livre de Sébastian Veg, Fictions du pouvoir chinois. Littérature, modernisme et démocratie au début du XXème siècle (Paris : EHESS, « En temps & lieux », 2009, 384 p.) dont Noël Dutrait disait il y a pas longtemps sur notre blog qu’il « deviendra à coup sûr un « incontournable » aussi bien pour les historiens de la Chine moderne que pour les spécialistes de littérature chinoise moderne et les comparatistes qui s’intéressent à la littérature du XXe siècle ». Il y sera sans doute également question du dernier opus de Zhang Yinde, Littérature comparée et perspectives chinoises (Paris : L’Harmattan, « Espaces littéraires », 2008, 406 p.), pas moins indispensable.

Souhaitons que la neige ne vienne pas contrarier ce rendez-vous qu’on ne saurait manquer si l’on se trouve sur place ou à proximité du 72 boulevard Sébastopol dans le 3ème arrondissement de la capitale (01.42.72.70.31). (PK)

vendredi 1 janvier 2010

lundi 21 décembre 2009

Gao'70

Pour célébrer les soixante-dix ans de Gao Xingjian, né le 4 janvier 1940 à Ganzhou (R.P. de Chine), la SOAS (School of Oriental and African Studies) de l'Université de Londres va tenir un symposium les 4 et 5 janvier prochains : « Realms of the Spirit in Gao Xingjian's Literature and Art. A Symposium and Film Showcase of a Nobel Laureate ».

Ce sera l'occasion pour tous les participants de visionner les films réalisés par le Prix Nobel de Littérature 2000 : seront ainsi projetés successivement « Après le Déluge » et « Silhouette / Shadow », ainsi qu'une œuvre nouvelle intitulée « Ballade nocturne ».

En plus des séances de signature et les échanges sans aucun doute rendus possibles à l'occasion de pauses « Coffee and Tea », interviendront plusieurs amis de l'artiste et des spécialistes de son œuvre dont Tienchi Martin Liao, représentante de la Laogai Research Foundation (LRF) en Europe et présidente du ICPC (Independent Chinese PEN Center), Mary Mazzilli, spécialiste du cinéma chinois et taïwanais à la SOAS, le poète chinois Yang Lian 杨炼, Chen Maiping 陈迈平 et l'écrivain Ma Jian 马建 - qu'il n'est plus guère besoin de présenter -, ainsi que Noël Dutrait sur lequel nous comptons pour avoir des échos de première main sur cet événement aussi festif que savant.

D'ici-là, nous vous recommandons de consulter la page que le Centre of Chinese Studies a mis en ligne sur le site internet de la SOAS. Happy birthday, M. Gao !

mardi 8 décembre 2009

Sous les dorures du Roi Soleil

Illustration tirée de China Monumentis (A. Kircher, 1667, p. 233).

Les 4 et 5 décembre 2009, j'ai eu l'opportunité d'assister au colloque organisé, à la Bibliothèque de Versailles, par la Société d’études des Pratiques et Théories en Traduction (SEPTET - Université de Strasbourg) et l’équipe Histoire des Traductions en Langue Française (HTLF - Université de Paris IV-Sorbonne) sur le thème « Les relations internationales à travers les traductions françaises au siècle de Louis XIV ».

Les interventions, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, ont exploré un vaste espace allant de l'Espagne à la Chine, offrant un tableau de l'évolution de la traduction des langues étrangères en France, en particulier, à l’époque de Louis XIV, époque à laquelle la langue de traduction est passée du latin au français, autant pour les textes en provenance d’Europe, que ceux venant de pays lointains comme la Chine. Trois communications abordaient justement la Chine

(Cliché Huang Chunli - De gauche à droite :
Isabelle Landry-Deron - Nathalie Monnet - Véronique Alexandre Journeau)

  • En s’appuyant sur de nombreuses illustrations de précieux manuscrits, Nathalie Monnet (Bibliothèque nationale de France) a montré comment les missionnaires, mais pas uniquement eux, étudiaient et traduisaient les textes chinois depuis Paris, sous le règne de Louis XIV. En effet, l'intérêt pour la Chine s'est développé plus tardivement en France que dans d'autres pays d'Europe. C'est en fait Louis XIV qui a donné l'impulsion déterminante de ce mouvement en finançant l'envoie en Chine de Jésuites français qui avaient, entre autres missions, celle de lui expédier des livres chinois. Le roi apporta également son appui financier à la publication à Paris d'une importante traduction des œuvres du corpus confucéen. C'est notamment sous son règne que fut engagé un Chinois - Huang Jialüe 黃嘉略 ou Arcade Huang (voir Danielle Elisseeff, Moi, arcade, interprète chinois du roi-soleil. Arthaud, 191 p.] -, comme catalogueur des 68 livres en langue chinoise de la Bibliothèque Royale. Quelques traductions plurilingues (mandchou, mandarin et français) des XVIIe et XVIIIe siècle, ainsi que quelques ébauches de traductions de textes, ou encore quelques outils (dictionnaire, grammaire, manuel de prononciation, traductions décortiquées montrant le passage d'une langue à l'autre, guidés de conversation) destinés à créer les conditions de l'étude et de la traduction du chinois à Paris ont été rapidement présentés. Ces premiers essais témoignent de la volonté de créer une sinologie laïque destinée à faire contrepoids à la domination écrasante des Jésuites, qui plaçaient la littérature chinoise au service des intérêts de leur congrégation. Nous avons pu constater que les difficultés pour apprendre et traduire la langue chinoise ont peu évolué depuis cette époque. Les anciens avaient autant de mal que nos contemporains pour l'apprentissage du chinois et la traduction.
  • Véronique Alexandre Journeau (Réseau Asie-Imasie, CNRS/FMSH) intervient sur les première traductions du chinois vers le français sous Louis XIV : le cas de l'inscription nestorienne de Si-Ngan-Fou. La découverte, en 1625, d'une stèle à Xi'an portant une double inscription en syriaque et en chinois célébrant la religion venue d'Occident a suscité nombre de traductions à l'époque et ultérieurement (notamment pour l'anglais) : « Du chinois vers le portugais, du portugais en italien, d'italien en latin et enfin du latin en français » comme indiqué dans La Chine d'Athanase Kircher (1602-1680). Cet ouvrage, paru en 1670 en français, présente le texte en langues originales et sa traduction. Au-dessus du texte français, la présence des termes chinois rend visible la concision de la langue chinoise ainsi que les inévitables biais d'interprétation résultant de la connaissance approximative à l'époque de la langue et de la civilisation chinoises. L'annexe de l'ouvrage est, en outre constituée d'un lexique chinois-français, peut-être le premier du genre, classé par termes génétiques et expressions dérivées, mais le chinois n'y est présent que sous la forme d'une transcription, romanisation de l'époque qui ne cessera d'évoluer par la suite. L'approche par la traductologie proposée dans cette communication porte sur la démarche du traducteur de l'époque avec mise en perspective de deux traductions ultérieures en français dont celle de Paul Pelliot (1878-1945) qui fit lui-même un commentaire critique des traductions antérieures à la sienne.
  • Isabelle Landry-Deron (CECMC, EHESS) a abordé le corpus de traduction du chinois en français dans la Description de la Chine de J.-B. Du Halde (1735). Ce document essentiel dans la connaissance de la Chine au XVIIIe siècle publié par la mission jésuite de Pékin a figuré pendant un siècle et demi dans la bibliothèque de l'honnête homme. Il comporte une vingtaine de traductions du chinois en français qui ont contribué à conférer à l'ouvrage son statut de référence incontournable jusqu'à la fin du XIXème siècle. La critique moderne récuse généralement ce qualificatif de traduction. Cela permet de mieux comprendre la perception de la Chine par les élites de l'époque. (Voir son livre La Preuve par la Chine. La « Description » de la Chine de J.-B. Du Halde (1735). Paris : Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 2002, 428 p.)
(Huang Chunli)

vendredi 4 décembre 2009

La littérature chinoise contemporaine sur la Canebière

(Cliché tiré d'un entretien donné par Noël et Liliane Dutrait à Télé Campus Provence)

Ce samedi 5 Décembre 2009 à 15 h, à l'Espace culture de Marseille (42, La Canebière), Noël Dutrait donnera une conférence sur la littérature chinoise contemporaine. L'auteur du Petit précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine [Editions Philippe Picquier, (2002) 2006, 162 pages] et de tant de traductions d'œuvres marquantes de la fin du XXe et du début du XXIe siècles, seul ou en tandem avec son épouse Liliane Dutrait, présentera les grands courants actuels de la création littéraire chinoise.
Depuis 30 ans, la littérature chinoise contemporaine a connu un essor extraordinaire. Étouffée pendant des années par le poids de la politique, elle se développe maintenant aussi bien en Chine continentale qu'à Taïwan, Hong-Kong, Singapour ou dans la "diaspora" hors de Chine. Les écrivains, poètes, dramaturges sont de plus nombreux et il n'est pas toujours facile d'avoir une vue d'ensemble de leur production. Il existe cependant actuellement de nombreuses traductions en français et dans d'autres langues, ce qui permet au public non sinisant de prendre connaissance de ces œuvres.
Cette manifestation organisée par Chinafi est annoncée comme il se doit sur le sympathique blog de l'association. Venez nombreux.

jeudi 3 décembre 2009

En attendant LE guide

[Au NAMOC. Cliché : Anny Lazarus]

Après une excellente soutenance, lundi 30 novembre, au terme de laquelle Solange Cruveillé s’est vue décerner la plus haute mention pour son travail sur « Le renard dans les textes chinois de l'époque pré-impériale à la dynastie Qing : de la légende à la fiction, de la démonisation à l'humanisation », nous avons eu droit mardi 1 décembre à une non moins passionnante présentation intitulée « Art contemporain chinois, trois décennies : 1979-2009 ». Elle a été offerte, à un public attentif mais que l’on peut trouver pas encore assez fourni et réactif, par Anny Lazarus qui prépare sous la direction de Noël Dutrait une thèse sur le thème de « La critique d'art en Chine après 1979 ».

La salle qui nous accueillait nous a permis de visionner dans d’assez bonnes conditions un choix d’œuvres illustrant admirablement le propos de notre guide. Anny Lazarus m’a transmis les liens qui permettront d’approfondir ce premier contact avec une matière dense et surprenante, Puisque nous aurons l’occasion prochainement, ici-même, de parler d’une publication à laquelle Anny Lazarus met la dernière main et qui constituera le guide idéal de l’art contemporain chinois, je me contente de vous les livrer tel quel. Or donc « A vos souris ! » Partez sans crainte à la découverte de cette sélection qui ne constitue qu’une « toute petite partie de l’iceberg » [Cliquez sur chaque item en langue occidentale pour ouvrir la page associée. NB. Les commentaires sont d’Anny Lazarus qui a également fourni les clichés qui illustrent ce billet]. (P.K.)

[Le TodayArtMuseum (Beijing) Cliché : Anny Lazarus]

♦ Critique et archives : Asia Art Archive (Hong Kong) (en chinois : traditionnel / simplifié) • Centre de recherche de Gao Minglu (Pékin) • Archives Wen Pulin : Chinese Avant-garde Art Archive • Site des critiques d'art : Zhongguo yishu pipingjia gang 中国艺术批评家网 • Répertoire des revues 美术期刊信息 ♦ Structures officielles : Wenlian Meixie • Musée national de Pékin - NAMOC (en chinois) • Songzhuang (site officiel) • 798-Pékin (site officiel) ♦ Sites d'informations (proposent beaucoup de liens) : Artintern.net, site d’information artistique créé par Wu Hung qui avait déjà fondé le site Tom.com. Installé à Caochangdi : 艺术国际 • Zhongguo meishu xueyuan biaoshi wenhua yanjiusuo 中国美术学院展示文化研究中心 • Dongfang shijue 东方视觉 : très documenté, avec une navigation agréable, recense toute l’actualité artistique, propose des dossiers d’archives très nombreux (expositions répertoriées par année), ainsi qu’un grand nombre de textes critiques, son moteur de recherche est efficace • Arthub, site créé par BizArt, basé à Shanghai ♦ Collections et fondations : Li Xianting Film FondationDSLCentre UCCA (Centre Ullens) • Three Shadows Photography Center (Pékin/ Caochangdi) ♦ Quelques galeries (parmi les meilleures : NB.- Possibilité de s'abonner aux différentes newletters pour se tenir informé) : ShanghArt (Shanghai & Pékin) • C5Art (Pékin-Sanlitun) • Vitamin Creativ Space (Canton & Pékin) • Galerie Continua (Pékin-798) • Galerie Faurschou (Pékin-798) • Galerie Paris-Beijing Photo (Pékin-798) • Long March Project (Pékin-798) • Galerie Chen Linghui (Beijing/Beigao - Taiwan) • Urs Meile (Lucerne Pékin/Caochangdi) ♦ Musées : Jinri meishuguan 今日美术馆 - Today Art MuseumMusée National du Film ChinoisSites d'artistes : Xu Bing Cai GuoqiangCao Fei ♦ (Anny Lazarus)

mercredi 25 novembre 2009

Studieux début de semaine

Le début de la semaine qui commence le lundi 30 novembre va être riche en événements savants de haute qualité grâce à deux membres associés de notre équipe de recherche (LEO2T), puisque lundi, justement, va se dérouler à partir de 14 h salle des Professeurs (Université de Provence, Centre des lettres, Aix-en-Provence), la soutenance de thèse pour l'obtention du grade de docteur dans la formation doctorale Langues, Lettres et Arts, discipline Langue et littérature chinoises de Solange Cruveillé. Le titre de ce travail d’un demi-millier de pages denses et érudites est

Le renard dans les textes chinois de l'époque pré-impériale à la dynastie Qing : de la légende à la fiction, de la démonisation à l'humanisation.
Résumé : La charge symbolique et culturelle du renard dans la langue et la littérature chinoises est si forte que les chercheurs chinois parlent désormais de véritable « Culture vulpine ». Si quelques travaux ont été récemment réalisés sur ce thème en Occident, ils se sont jusqu'alors limités aussi bien chronologiquement que thématiquement, n'offrant pas la possibilité d'apprécier avec justesse et impartialité l'importance du sujet. La présente thèse se propose de remonter aux origines des croyances sur le renard en Chine et d'analyser leur évolution au fil des siècles, à travers des textes produits entre l'époque pré-impériale et la fin de la dynastie des Qing. Ce long travail d'exégèse a permis de dégager les principales caractéristiques de l'animal renard mises en avant dans les œuvres anciennes, mais aussi les différentes facettes du renard dans les contes surnaturels du premier millénaire de notre ère puis dans les fictions vernaculaires des dernières dynasties impériales. À travers l'étude, la traduction, l'interprétation et la critique de récits anciens et classiques attenant à des genres aussi divers que la divination, la philosophie, l'Histoire ou l'érotisme, deux constatations majeures ont pu être faites : l'animal est passé du domaine de la légende à celui de la fiction, mais surtout il a été démonisé avant d'être humanisé. Tout l'enjeu de cette étude est de comprendre comment ces évolutions se sont opérées, de déterminer qui véhicule les principales croyances à l'égard du renard mais aussi de voir quelles sont les significations revêtues par les récits vulpins de forme classique. Les réponses à ces questions et à bien d'autres constituent la matière principale de cette monographie du renard dans la culture chinoise.
Le jury sera composé du directeur de thèse, Noël Dutrait et de Patrick Doan, Zhang Yinde, Nicolas Zufferey et Pierre Kaser.


Li Zhanyang 李占洋 , « Rent » 《"租"—收租院》
Collection Yard, History Observed, Joseph Beuys, Mao Zedong.
Résine époxy, 195 x 217 x 160 cm, 2007. Courtesy galerie Urs Meile, Lucerne- Pékin.

Le lendemain de cette fête du renard, soit le mardi 1 décembre 2009 à partir de 15 h, salle polyvalente du 1er étage du bâtiment de la scolarité, ce sera Anny Lazarus, doctorante dans notre formation, qui présentera les travaux qu’elle conduit sous la direction de Noël Dutrait pour sa thèse. Son exposé portera sur l’

« Art contemporain chinois, trois décennies : 1979-2009 »

traitant des « conditions d'une émergence » et de « l'actualité de l'art et ses débats », pour s’achever par une sélection d'œuvres récentes.

Anny Lazarus a présenté récemment pour l’obtention d’un Master, un mémoire intitulé « La critique d'art en Chine après 1979. Entre dépendance idéologique et recherche de liberté : le cadre de son émergence, les conditions de sa pratique. » ; la thèse qu’elle prépare porte le titre d’« Art contemporain en Chine : les outils conceptuels des critiques d'art chinois. Modèles théoriques et vision de l'histoire, légitimation et validation en œuvre dans le (re)-fondement de la discipline depuis 1979 ».
Résumé : L'état des lieux de la situation des critiques d'art en Chine continentale depuis 1979 révèle que ceux-ci présentent la critique d'art comme une nouvelle discipline qui s'est construite à partir des traductions d'ouvrages occidentaux publiés au milieu des années 1980, négligeant le riche héritage des traités picturaux classiques. De plus, pendant plus d'un siècle et demi, chez les intellectuels progressistes, modernité a résonné avec le savoir occidental. La culture classique, en particulier la langue et l'écriture, était considérée comme un fardeau féodal. Sous le régime maoïste, les intellectuels ont été les cibles d'une campagne visant à réduire à néant toute forme de pensée, avec comme point culminant la Révolution culturelle. La mission assignée à l'art était alors de servir la révolution. En 1979, le parti adopte une nouvelle politique accompagnée de la "libération de la pensée" et les critiques d'art se sont de suite engagés auprès des artistes non officiels en luttant contre la censure. Ma thèse cherchera à éclaircir comment ces intellectuels ont forgé leurs outils conceptuels pour aborder des œuvres novatrices, comment fonctionne aujourd'hui la relation très ancienne en Chine entre esthétique et politique, relation réactivée en 2003, avec la décision du Parti communiste de renforcer le nationalisme en "réhabilitant" le confucianisme. Un autre axe de ma recherche concernera certains auteurs français comme Foucault, Deleuze, Derrida ou Bourdieu, particulièrement estimés chez les jeunes artistes chinois, en tentant d'évaluer leur influence. Dans un premier temps, je travaillerai sur des textes en chinois de critiques d'art (Gao Minglu, Wang Lin, Li Xianting, Zhu Qi...). En faisant une synthèse de mes traductions je tenterai de présenter les démarches théoriques de ces auteurs et de comprendre comment ils légitiment leurs concepts en particulier vis-à-vis de l'histoire. Mon projet consiste aussi à comprendre dans la situation très particulière de la Chine à la fin du XXe siècle, l'influence des critiques dans le champ de l'art, ainsi que la fondation ou re-fondation de la discipline et son inscription dans l'enseignement supérieur en Chine après 1979.
Gageons que vous serez nombreux à venir écouter l’une et l’autre. (P.K.)

lundi 23 novembre 2009

Et de quatre

Nous signalons pour le mois de novembre la parution du volume 4 de la série Tigre et Dragon de l'auteur Wang Dulu 王度盧, traduit par les soins d'Amélie Manon, sous le titre Xiulian, l'épingle d'or. Ce tome ravira les amateurs du genre (wuxia xiaoshuo 武俠小說, ou romans de chevalerie chinois), et mène à leur terme les nombreuses intrigues commencées dans le volume 3 (Li Mubai, l'épée précieuse). C'est en effet avec bonheur qu'on retrouve notre jeune héros, dans « un Pékin d’intrigues et de complots », toujours tiraillé entre l'amour et le devoir, entre l'ambition personnelle et le triste destin réservé aux héros solitaires des Fleuves et des Lacs. Ce tome marque aussi la fin d'une aventure, la suite de la série (soit 6 volumes supplémentaires) n'étant pas programmée en traduction. Souhaitons néanmoins un avenir sinon prometteur, du moins meilleur, aux romans de gongfu 功夫 chinois offerts en traduction au public francophone, avec en premier lieu les oeuvres de Jin Yong 金庸, maître incontesté du genre. (Solange Cruveillé)

jeudi 19 novembre 2009

Traduire l’humour : le colloque

Dessin de Wang Yuan 王原 (Da honglian 大红脸)

Nous avions, voici quelques mois - c'était le 5 mai dernier -, lancé un appel à contributions pour le quatrième numéro de notre revue en ligne Impressions d'Extrême-Orient qui va, cette fois c'est imminent, faire son entrée sur le portail Revues.org. Nous n'avons reçu que bien peu de réponses, mais, il est vrai que l'appel court jusqu'au 30 septembre de cette année. Nous accueillons donc toujours toutes les propositions de textes humoristiques inédits dans notre langue, libres de droits ou bien bénéficiant d'un accord de publication clairement établi par son auteur. Ces propositions seront ensuite évaluées par notre comité de rédaction et les traducteurs informés, le moment venu, des obligations liées à la mise en ligne de leurs travaux (Pour plus de détails, prière de consulter les recommandations aux auteurs sur le site d'IDEO).

Il n'en reste pas moins qu'il nous est apparu que le sujet pourrait également servir de thème pour une journée d'étude. Cette journée sur le thème « Traduire l'humour » permettra à qui le désire d'aborder tous les problèmes qui peuvent surgir dès lors que l'on tente de faire passer d'une des langues de notre zone géographique de prédilection, savoir le hindi, le chinois, le thaï, le coréen, le vietnamien et le japonais, dans une autre (et particulièrement la nôtre), des traits d'humour d'une autre culture. Nous ne mettons aucune limite et restriction aux angles d'approche qui pourraient être retenus, ni même à la nature des textes soumis à examen. Néanmoins, nos expériences récentes nous invitent à demander aux intervenants d’envisager une intervention la plus brève possible (20 minutes) afin de laisser le plus de place à la discussion et aux échanges avec le public et les autres intervenants.

Bien évidemment, les interventions pourront s'attacher, le cas échéant, à élucider les difficultés rencontrer dans la réalisation des traductions proposées pour IDEO 4 et à intégrer dans leur version écrite des traductions. L’ensemble des communications données lors du colloques viendra compléter ce numéro spécial consacré à l’humour d’Extrême-Orient.

Les propositions de communications peuvent nous être envoyées directement sous forme d'un court résumé d'une vingtaine de lignes accompagné d'un bref curriculum vitae avant le 15 septembre 2010. Les dates retenues pour cette manifestation qui se déroulera à Aix-en-Provence, sont le 26 et le 27 novembre 2010 [nouvelles dates]. Cette manifestation sera précédée d'une après-midi de travail le 23 avril 2010.

Contacts : Noel.Dutrait@univ-provence.fr, Pierre.Kaser@univ-provence.fr

* Petit exercice pour les sinisants : traduire dans un commentaire la bulle et les feuillets sur lesquels on peut lire : « 难忘的一天/上礼拜四,» et « 难忘的一天/去年元旦 ». Niveau de difficulté 1/10.

mercredi 18 novembre 2009

L'Asie au 7ème Meeting

La M.E.E.T. (Maison des écrivains étrangers et des traducteurs) tient son septième MEETING, Rencontres littéraires internationales au LIFE (Lieu International des Formes Emergentes) de Saint‐Nazaire, les 19 ‐ 22 novembre 2009.

Elle y accueillera une vingtaine d'écrivains français et étrangers. L'Asie y sera représentée par Tawada Yôko 多和田葉子 , née en 1960 à Tokyo mais qui, installée depuis 1982 à Hambourg, écrit aussi en allemand et dont on peut lire des traductions françaises aux éditions Verdier, et Duong Thu Huong dont il a été souvent question sur ce blog et que les Aixois connaissent bien. Elle et Phuong Dang Tran, sa traductrice, recevront pour Au zénith (Editions Sabine Wespieser), le Prix Laure‐Bataillon 2oo9.

Ce prix qui récompense la meilleure œuvre traduite en français dans l’année en hommage à Laure Bataillon, lauréate en 1988, est doté de 15 000 €, il est attribué conjointement à l'écrivain étranger et à son traducteur en langue française. Le dossier de presse de la manifestation consultable en ligne grâce au blogmaster du dynamique et indispensable blog Prix-littéraires, rappelle que les lauréats pour l'année 2000 furent Mo Yan et ses traducteurs Noël et Liliane Dutrait pour Le pays de l'alcool (Le Seuil).

Le prix Laure‐Bataillon classique, décerné depuis 2003, au traducteur d'une œuvre littéraire d’un auteur décédé, revient quant à lui cette année à Jean‐Raymond Fanlo pour la traduction des œuvres de Cervantès (Don Quichotte & Nouvelles exemplaires. LGF/Livre de Poche, Collection « La Pochothèque », 2008, 1250 pages). J'en profite pour vous signaler que la conférence donnée le mardi 17 mars 2009, par Jean-Raymond Fanlo, professeur de littérature de la Renaissance à l’université de Provence, « Retraduire Cervantès : mieux s’informer, mieux restituer, pour mieux rire », est disponible sur le site de Télé Campus Provence de notre universitéTélé Campus Provence, 54 mn).

Ce prix, dont l'attribution à une œuvre et à une traduction également exceptionnelles nous réjouit, justifie l'illustration de ce billet qui est la couverture d'une adaptation drolatique du Don Quichotte par l'écrivain chinois Geng Xiaode 耿小的 (1907-1994) auteur d'une bonne trentaine d'ouvrages dont des essais sur l'humour et la satire (1940), et cette désopilante adaptation mettant en scène d’hilarants redresseurs de torts, Huaji xiake 滑稽侠客 rééditée en 1986 à Tianjin par les éditions Baihua wenxue (coll. « Xiandai tongsu xiaoshuo yanjiu ziliao » 现代通俗小说研究资料 [Matériaux de recherche sur le roman populaire moderne]) dont on reparlera à la prochaine occasion qui pourrait n'être pas si éloignée que cela : notre équipe ne va-t-elle pas prochainement explorer le registre humoristique notamment à l'occasion d'un colloque qui se tiendra les 23 et 24 avril 2009 ? (P.K.)