dimanche 25 mai 2008

L'envers de l'endroit

Comme l'énonce, on ne peut mieux, la mise en garde qui figure dans la notice « Noms chinois », porte d'entrée vers un ensemble de notices Wikipedia fort complètes sur le sujet, « le système des noms chinois est complexe ». Le versant anglais de l'encyclopédie souvent critiquée - et ce, à juste titre quand il s'agit de littérature chinoise ancienne -, commence quant à elle par une mise au point qui sera pour nous un utile rappel :
« Chinese culture follow a number of conventions different from those of personal names in Western cultures. Most noticeably, a Chinese name is written with the family name (surname or last name) first and the given name next, therefore « John Smith » as a Chinese name would be « Smith John ». For instance, the basketball player who is commonly called Yao Ming would be addressed as « Mr. Yao », not « Mr. Ming » ». [Lire la suite]
En effet, c'est en nous conformant à cette convention que nous nous efforçons tous - enseignants, traducteurs, sinologues -, de rendre compte de l'identité des Chinois, écrivains ou anonymes, personnages historiques ou de fiction que nous croisons.

Certes, cette rêgle qui impose une inversion par rapport à notre habitude occidentale est souvent mise à mal par la rencontre de noms de plume ou de pinceau, de sobriquets et d'autres appellations sociales aussi nombreuses que diverses ; mais, fort heureusement, depuis un certain temps déjà, l'usage de la transcription pinyin (拼音 pīnyīn) a considérablement simplifié le problème et on s'entendait tous pour reconnaître derrière la transcription « Yu Hua », l'écrivain chinois 余华, derrière « Gao Xingjian », le prix Nobel de littérature 高行健, et, pour faire court, derrière « Pu Songling », 蒲松齡, le maître de l'étrange de la Chine des Qing.

Dans les cas les plus délicats, comme avec Li Yu (937-978) et Li Yu (13 septembre 1611- 12 février 1680) que certains font, à tort, naître un an plus tôt et mourir trop jeune d'autant, les dates de naissance viennent à propos lever les dernières incertitudes -- ici pour distinguer le poète des Song 李煜, du 李渔 dramaturge, romancier de la fin des Ming et du début des Qing ; dans les cas extrêmes, il suffit d'être juste un peu plus précis, comme quand il s'agit de distinguer ce Li Yu (1611-1680)-là d'un autre Li Yu, 李玉, également dramaturge et que les historiens du théâtre font souvent naître en 1611 et mourir en 1680, voire en 1681, alors qu'on devrait sans doute retenir pour lui les dates moins précises de « vers 1591 » ou « à la fin de l'ère Wanli (1573-1620) » pour sa naissance et d' « après » 1671 pour sa mort. On peut alors faire apparaître les noms que chacun des deux hommes de lettres s'étaient choisis tout au long de leur vie, tout au moins les plus connus d’entre eux : ainsi, on aura le choix pour le premier Li Yu de l'appeler Li Liweng 李笠翁 ou Hushang Li Liweng 湖上李笠翁 surnom qu'il affectionnait particulièrement et qui le rattache au Lac de l'Ouest (Xihu 西湖) et à sa ville de prédilection Hangzhou 杭州 ; pour le second Li Yu, autre célébrité de la vie littéraire, mais de Suzhou 蘇州 cette fois, on retiendra l'appellation sociale Xuanyu 玄玉 ou encore le nom de cabinet Yili'an zhuren 一笠庵主人 ; dans ce domaine, comme dans bien d’autres, le plus simple est, bien entendu, de recourir, aux caractères chinois car personne ne confondra le « yu » du « pêcheur » avec le « yu » du « jade », mais les éditeurs ne sont pas toujours prêts à franchir le pas, surtout sur les couvertures des ouvrages ; la traduction du prénom, toujours possible, ne devant, me semble-t-il être envisager qu'en dernier recours !

Or donc, tout semblait aller pour le mieux dans le monde le plus harmonieux qui soit, celui où le nom de personne chinois faisait apparaître dans la transcription pinyin adéquate, le patronyme suivi du prénom, pour le plus grand bonheur des apprentis sinologues, de la grande majorité des journalistes, de l'ensemble des bibliothécaires, que sais-je encore !

Mais voilà que le monde de l'édition, par la volonté d'éditeurs pionniers épousant des tendances venues d'Outre-Manche et d'encore plus loin - nos amis Chinois en sont également victimes -, sont en passe de ruiner ce bel équilibre en inversant l'ordre naturel pour imposer aux noms chinois une présentation « à l'occidentale », du type « prénom-patronyme » !

J'en veux pour preuve le cas déjà rencontré ici de 郭小櫓, que par la grâce des Editions Buchet Chatel, on trouve dorénavant de plus en plus souvent dans le sens Xiaolu Guo au lieu du Guo Xiaolu d'origine ; plus récemment et grâce aux Editions du Seuil, c'est l'écrivain 叶兆言 qui se voit présenter « à l'envers de l'endroit » dans l'ordre Zhaoyan Ye au lieu du naturel, de l'évident Ye Zhaoyan ; ceci sur la jaquette et la couverture d’une récente publication, sur le site de l'éditeur -- sauf, curieusement, dans sa notice biographique et sur la page de garde du roman en question !

Peu importe !, me direz-vous. Certes, vous avez raison : mieux vaut avoir beaucoup de bons auteurs avec l'identité « tête-en-bas » qu'une flopée d'écrivaillons droit dans leurs bottes patronymiques ! Mais une question s'impose : que va-t-il se passer pour les autres auteurs du catalogue de cet éditeur, qui, de plus en plus souvent, prouve son intérêt pour les lettres chinoises ? Mo Yan 莫言 , qui est le nom de plume de Guan Moye 管谟业, ne devrait-il pas se retrouver sans dessus dessous – certes « Mo » est bien un nom de famille, mais « Yan » un bien curieux prénom ; idem pour Ha Jin 哈金, nom de plume de Jin Xuefei 金雪飞 ; les couples de deux caractères ainsi formés résisteront-ils aussi bien que le Xi Xi 西西 pseudonyme de Zhang Yan 張彥 (1938-) qui peut, avantage certain en ces temps incertains, être bousculé sans aucune conséquence et ceci même en chinois ? Du reste, ne devrions-nous pas le transcrire Xixi, comme écrire Moyan, Hajin, Bajin 巴金 pour le nom de plume de Li Yaotang 李堯棠 (19005-2005), Laoshe 老舍 pour celui de Shu Qingshun 舒庆春 (1899-1966), Luxun 魯迅 pour celui de Zhou Shuren 周樹人 (1881-1936), etc. ? Les experts, souhaitons le, se prononceront un jour sur ce qui n'est pas qu'un détail.

Au sujet d’inquiétude : que faire quand d'aventure se présentera un auteur doté d'un patronyme composé de deux syllabes, un Chunyu 淳于, un Sima 司馬 ou un Ouyang 歐陽 --- aurons nous droit à un Qian Sima, au lieu de Sima Qian 司馬遷 (145-86), à un Xiu Ouyang, au lieu de Ouyang Xiu 歐陽修 (1007-1072), voire à un Xiangru Sima, au lieu de Sima Xiangru 司馬相如 (179-117) ? Souhaitons que cette révolution soit réservée aux seuls auteurs modernes et contemporains !

Est-il déjà trop tard ? Comme Ye Zhaoyan, Liu Sola 刘索拉 (1955-), a déjà subi, bien que partiellement [Voir illustration ci-contre], les outrages de la tendance actuelle (La grande île des tortues-cochons. (Sylvie Gentil, trad.), Le Seuil, « Cadre vert », 2006) ; quant à Zhang Ailing 張愛玲 (1920-1995), elle avait voici bien longtemps contribué à semer le trouble en se gratifiant du prénom Eileen pour devenir Eileen Chang, échappant miraculeusement à la pinyinisation globale... Mais, sans la protection de son ange gardien français - Noël Dutrait - Gao Xingjian résisterait-il à la tendance à la francisation de son nom ? La confusion règne déjà sur le site du magazine Lire.fr, plus par erreur, il est vrai, que par volonté de normalisation.

Certes ce qui compte, et finalement je vous rejoins, c'est - qu'importe l'emballage -, qu'on puisse lire de bonnes traductions françaises de bons livres chinois. Je ne saurais vous dire si celle qui m'a soufflé ce billet d'humeur sera à placer dans cette catégorie.

C'est, à ma connaissance, la troisième de cet auteur du Jiangsu que ses amis, son éditeur chinois, ses lecteurs, et les officiers de l'état-civil, etc., appellent Ye Zhaoyan 叶兆言, né en 1957 à Suzhou. On le connaît donc chez nous grâce à deux titres dont le premier est annoncé « indisponible » par son éditeur :
  • La jeune maîtresse (Nadine Perront, trad., Arles : Editions Philippe Picquier, « Picquier Poche », n° 105, (1996) 1998) : ce roman « se déroule dans les années vingt, dans une petite ville du Sud de la Chine, s'ouvre sur la mort, au cours d'ébats amoureux, du vieux seigneur Zhen, un vieillard débauché qui laisse derrière lui une grande fortune. Autour d'une jeune et riche héritière excentrique, capricieuse, libidineuse et opiomane, une galerie de personnages corrompus et pervers, entraînés par leur passion, le désespoir ou la haine, pousseront à la ruine le clan familial. »
  • La Serre sans verre (Jiann-Yuh Wang, trad., Paris : Editions Bleu de Chine, 2006, 341 pages) comporte selon l'éditeur « de nombreux éléments autobiographiques, même si l'auteur s'en défend. L'histoire se déroule au sein d'une petite université, l'Ecole théâtrale, au plus fort de la tempête de la Révolution culturelle (...) vue à travers le regard faussement candide d'un enfant. »

Le nouvel opus disponible en français est
Yijiusanqi nian de aiqing
一九三七年的爱情.
Il a été traduit en anglais par
Michael Berry (Faber, 2002)
sous le titre

Nanjing 1937. A Love Story
et,
du chinois en français, par
Nathalie Louisgrand-Thomas
sous le titre
Nankin 1937, une histoire d'amour
(Paris : Le Seuil, « Cadre vert », 2008, 348 p.)


Voir (ci-dessous) ce qu'en dit l'éditeur sur son site :


Les spécialistes, les critiques littéraires et les amateurs nous diront bientôt, je l'espère, ce qu'il faut en penser. (P.K.)

Complément du 11/06/08 : Voici le commentaire apporté à ce billet par Anne Sastourné des Editions du Seuil que je remercie pour ses intéressantes précisions :

Depuis que je m'occupe, au Seuil, des romans d'Asie (il faut entendre par là des ouvrages traduits des langues d'Extrême-Orient) ce problème reste quasi insoluble. A l'intérieur du livre, pas de problème, je maintiens l'ordre habituel des langues d'origine - généralement « nom » « prénom » - en veillant à utiliser des petites capitales pour le «nom », voire à préciser l'usage à l'aide d'une note. Sans compter qu'in texte les noms des personnages restent bien entendu dans le bon ordre.

Las, les livres paraissent dans la collection «cadre vert » dont la charte est rigide : prénom+nom et largement soutenue par les commerciaux (et les libraires). Notamment parce que toutes les bases de données, de plus en plus nombreuses, dans les maisons d'Editions sont bâties sur ce modèle (vous entrez le nom et le prénom séparément et ils «tombent » toujours dans le même ordre). Si j'impose l'ordre inverse, je complique le travail et suis à la merci d'une correction intempestive.
D'où cette solution... parfaitement ridicule, je vous l'accorde volontiers. (Pauvre Liu Sola, elle aussi).

Ne me parlez pas de Mo Yan : pour chaque livre, je refais une note visible qui accompagne le manuscrit et le dossier (pour Ha Jin, ma collègue du rayon anglophone veille de son côté)... et me suis retrouvée plusieurs fois avec un classement à Yan, ou un Yan en capitales - rattrapé in extremis sur les couvertures mais pas toujours, dans les catalogues et les bases...

La question était presque plus simple il y a quelques années : tous les
Asiatiques restaient à ce régime - et les bases informatiques étaient plus rares. Désormais de nombreux Japonais pratiquent, d'eux-mêmes, l'inversion ; elle choque donc de moins en moins. Des Chinois(es) de plus en plus souvent prennent un prénom occidental et, du même mouvement, font également l'inversion... Voilà qui ne simplifie pas la tâche!

Merci, en tout cas, pour ce tour de la question, passionnant ! Toute suggestion sera très bienvenue.

Anne Sastourné (11/06/08)

samedi 24 mai 2008

Devinette (015)

Pour certains, ce pourrait être une vrai devinette d’un niveau de difficulté assez élevé ; pour les inconditionnels de la recherche sur Google, une routine ; pour moi, ce billet est un futile prétexte pour vous présenter le début d’un ouvrage que j’affectionne particulièrement. Voici donc un nouveau texte en quête d’auteur et d’identification, texte avec lequel l’illustration retenue n’a aucun rapport sinon la Chine : celle de Kangxi 康熙 (r. 1662-1722) pour ce « plat en porcelaine à décor polychrome de la famille verte », mis en vente ici et celle de Sioeu-Tcheou, un de ses fins lettrés qui, débarquant au Havre après un long voyage, suscite la curiosité de l’indigène et s’en ouvre à son ami le lettré Yn-Che-Chan :
Enfin me voilà à portée, cher Yn-Che-Chan, de me servir de la langue Française, dont la connaissance nous a coûté plusieurs années d'étude. Je vais faire usage des instructions de nos amis les Européens : bientôt je pourrai vérifier si ce qu'ils nous racontent des mœurs des Français est conforme à la vérité, et si les Livres que nous avons lus par le canal de Missionnaires, sont dignes de foi.
Je suis arrivé à Paris depuis deux jours : dirais-tu que dans ce court espace de temps ils s'est présenté tant de nouvelle idées à mon esprit, il s'est offert à mes yeux tant d'images qui m'étaient totalement inconnue, qu'à peine puis-je dire faiblement une partie des choses qui m'ont le plus frappé ? Il faudra que tu me donnes le temps de revenir de ma première surprise ; alors, il me sera permis d'entrer dans un détail que tu ne dois point espérer de trouver dans cette première lettre. Ne la regarde, cher Yn-Che-Chan, que comme les discours d'un homme ébloui et troublé par la confusion des objets. Un Siamois qui arrive à Paris peut être comparé à ces malades qui se sauraient souffrir qu'avec peine le grand jour, et qui sont obligés de s'accoutumer peu à peu à la clarté de ces astres.
Les Français, par ce que j'en ai vu jusqu'ici, me paraissent aussi prévenus en leur faveur que les Japonais, aussi inconstants que les Tartares, et aussi spirituels que les Siamois. Si je n'avais pas su leur langue avant d'arriver chez eux, toutes leurs manières m'auraient encore surpris davantage : tu ne saurais te figurer combien elles paraissent singulières.
Je débarquai à un port, qu'on appelle le Havre-de-Grace. A peine fus-je sorti du bâtiment, que deux hommes s'approchèrent de moi, et me dirent avec un air riant : Monsieur est étranger sans doute ? « Je suis de Pékin, leur répondis-je. « Quoi ! Monsieur est Chinois, reprirent-ils ; il doit avoir apporté bien des choses rares de son pays. Oserions-nous vous demander combien de temps vous avez resté en voyage .... avez-vous couru de grands dangers .... ne trouvez-vous pas extraordinaire le changement de climats ... ?
Surpris, cher Yn-Che-Chan, de ce nombre de questions accablantes, et étonné que des gens que je n'avais jamais vus montrassent tant de curiosité, j'aurais bien voulu mortifier leur pétulance. Si j'avais été à la Chine, je leur eusse fait sentir tout le ridicule de leur conduite ; comme étranger, je me contentai de leur dire : « Messieurs, je suis au désespoir de ne pouvoir vous répondre ; la lassitude que m'a causé le voyage me servira d'excuse. Souffrez que j'aille me reposer. » A peine eus-je dit ces mots, qu'un grand homme qui était sur le rivage et peu éloigné de moi, me dit : « Venez chez nous, Monsieur, vous y serez fort bien. Je loge ordinairement tous les Seigneurs qui passent ici, et il y a peu de jours que j'avais dans ma maison trois Milords, deux Ducs et cinq Barons Allemands. » Ensuite, sans attendre ma réponse, il ordonna aux matelots qui portaient mes hardes de le suivre ; je me lassai entraîner, plutôt que je n'allai volontairement, dans son auberge. A peine y fus-je entré, que la maîtresse de maison, les enfants, ses domestiques mêmes commencèrent à m'accabler de questions. Leur curiosité ne leur donnait pas le loisir de s'expliquer les uns après les autres : ils parlaient tous ensemble, et le bruit qu'ils faisaient ressemblait à celui d'une populace mutinée. Si je n'avais ouï leurs discours, j'aurais été dans une crainte mortelle : un autre Chinois qui n'eût su que sa langue, aurait sans doute cru que tous ces gens songeaient à le voler, ou à le maltraiter.
Cependant le bruit s'étant répandu dans le voisinage qu'un Chinois était arrivé, on accourait de toutes parts pour me voir, et l'on m'examinait avec des yeux aussi curieux que si l'on eût considéré un de ces animaux rares, ou de ces tigres apprivoisés que montent à Pékin les diseurs de bonne aventure. Plusieurs étaient surpris de me trouver comme les autres hommes ; j'entendais qu'ils disaient : « Cela est fort singulier, il est presque fait comme un Français, qui pourrait le croire ! » D'autres discouraient sur mon habillement : l'un condamnait ma robe qui ne laissait pas voir la taille ; l'autre n'approuvait point mon bonnet ; celui-ci eût voulu que je n'eusse point eu de pantoufles. Pendant près de deux ou trois heures presque toute la ville ne fut occupée que de ce qui me regardait.
La réponse, et la suite de cette lettre, d’ici peu, soit avant la date anniversaire de la naissance de l’auteur. (P.K.)

mardi 20 mai 2008

Mencius, le retour

Zengzi 曾子, disciple de Confucius, et sa maman :
un cas touchant de piété filiale tiré des Ershisi xiao 二十四孝.

La Chine est à la mode chez les libraires pour le meilleur et pour le pire. Le « moins pire du pire » d'abord avec un livre nouveau qui n'apporte rien sinon un accès facile mais payant à une matière librement consultable sur internet. Je m'explique.

Les éditions Pocket s'étaient intelligemment manifestées récemment (2006) en intégrant en trois volumes dans sa collection de poche « Agora », un Monde chinois (1978-1999) de Jacques Gernet qui devenait ainsi accessible à toutes les bourses. Mais, voilà que la même collection propose aujourd'hui un volume de Textes essentiels de la pensée chinoise : Confucius et le confucianisme (n° 317). Si, au premier abord, l'offre est alléchante, les 352 pages de ce choix de textes établi et présenté par Alexis Lavis, n'offrent rien de plus que des extraits - j'écris de mémoire car je ne l'ai pas acheté - du Lunyu 論語 (Les Entretiens de Confucius), du Mengzi 孟子 (Mencius), du Daxue 大學 (La Grande étude) et du Zhongyong 中庸 (L'Invariable milieu), donc des Sishu 四書 (Quatre Livres), avec en plus le Xiaojing 孝經(Classique de la Piété filiale) et des bribes du Liji 禮記 (Le livre des Rites) à chaque fois dans la traduction historique qu'en donna Séraphin Couvreur (1835-1919) à la fin du XIXe siècle et pour le Xiaojing, celle encore plus ancienne du Père Pierre Martial Cibot (1727-1780) datant de 1779 !

Le texte de présentation ne justifie absolument pas un achat dont on fera léconomie, non pas que ces traductions plus que centenaires ne méritent plus de circuler --- bien au contraire, qui ne voudrait pas les voire ressortir dans leur intégralité et avec un appareil critique adapté ?-, mais qu'elles sont toutes en accès libre et gratuit dans des versions consciencieusement numérisées par Pierre Palpant dont le travail de bénédictin aurait bien pu servir à rentabiliser au maximum l'édition de ce livre. Celui-ci pourrait, en toute logique, être le premier d'une série longue et passionnante, mais, si l'on en croit la quatrième de couverture, devrait tourner court : « Il y eut certes en Chine de nombreux courants de pensée qui marquèrent durablement sa culture, mais seul le confucianisme en fut pour ainsi dire le cadre qui fit de l’empire du Milieu un monde si spécifique. (...) Cette anthologie des grands textes confucianistes offre au lecteur un large champ au sein duquel il pourra entrer de façon approfondie dans cette pensée qui ordonna tout l’esprit d’un peuple. » Passons, on sait depuis un précédent billet consacré au dernier opus de Nicolas Zufferey comment se faire une bonne idée de la richesse de la pensée chinoise !

Le meilleur maintenant. Pour à peine plus d'1 € supplémentaire, on ne résistera pas à la réédition en poche [Editions Rivages Poche / Petite Bibliothèque, n° 615] du Mencius qu'avait publié en 2003 aux Editions You-Feng, André Lévy. Un format plus compact - 293 pages contre 212 au départ -, pour un livre qui ne perd rien de son premier jet, pas même ses caractères chinois qui agrémentent les 20 pages d'une érudite introduction, les nombreuses notes de bas de pages, les deux appendices [la biographie du penseur dans le Shiji 史記 et l'évocation du dévouement de sa mère dans le Lienüzhuan 列女傳], le glossaire des « mots clés du Mencius » et la bonne bibliographie finale. Avec quelques coquilles en moins, c'est un Mencius nerveux et direct qu'on prendra plaisir à comparer si l'on veut avec celui de Couvreur [en ligne ici] dont les Editions des Mille et une nuits avaient, voici quatre ans déjà, tiré plusieurs chapitres (I, II et IV) pour composer un petit volume intitulé De l'utilité d'être bon (n° 445, 2004, 79 pages).

Il ne reste plus à André Lévy qui, quittant un temps les contrées de la littérature de divertissement - roman et théâtre - de la Chine ancienne, et après quelques escapades en terres contemporaines et bien d'autres ouvrages originaux, avait traduit un incontournable Lunyu (Confucius, Les entretiens avec ses disciples, Paris : GF, n° 799, 1994, 256 p.), qu'à rendre vie aux deux autres des Quatre Livres.

Tant qu'il ne l'aura pas fait, on devra encore se reporter aux traductions décapantes d'Andrew Plaks chez Penguin Books (« Penguin Classics », 2003) qui jouent par rapport à celles de James Legge (1815-1897) (The Chinese Classics, 1865-1872), le même rôle rafraîchissant que les traductions d'André Lévy avec celles de Couvreur : Ta Hsüeh and Chung Yung (The Highest Order of Cultivation and on the Practice of the Mean). xxxix + 127 pages dont 50 de notes.

Reste encore en suspens la question de savoir qui rendra enfin justice au Xiaojing que Roger Pinto (Le Seuil, « Points/sagesses » n° 131, 1998) n'avait guère épargné dans son rendu livré en amuse-gueule au fac-similé de la version Cibot qui avait passé les vingt dernières années de sa vie à Pékin ? Mais peut-on espérer trouver en France le même engouement pour ces vieilleries qu'en Chine-même où ces textes sont réédités sous toutes les formes, presque jusqu'à la nausée ? Et que diriez-vous d'un Ershisi xiao 二十四孝, ce petit recueil d'époque Yuan (1279-1368) proposant 24 exemples de Piété filiale piochées dans l'histoire de Chine entre sa lointaine Antiquité et la dynastie Song ? En feriez-vous volontiers votre livre de chevet ? (P.K.)

samedi 17 mai 2008

Gao Xingjian : A Writer For or Against His Culture


Gao Xingjian
高行健, Prix Nobel de littérature 2000, est à nouveau à l’honneur. Après l’inauguration à la Bibliothèque de l’Université de Provence d’un Espace de recherche et de documentation, c’est à Hong Kong que vont se dérouler des manifestations pour rendre hommage à son œuvre, le Gao Xingjian Arts Festival. Un site internet - en anglais et en chinois - entièrement consacré à l’événement fournit les informations relatives à toutes les activités qui se sont tenues et vont se tenir jusqu’au 1 juin 2008.

Les 28, 29 et 30 mai, aura lieu le colloque international organisé par The Chinese University of Hong Kong (CUHK), le Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC, Hong Kong), et l'Université de Provence, déjà annoncé sur ce blog et dont voici le détail


Gao Xingjian and Chinese Aesthetics

« Ne pas avoir de -isme », un -isme pour un homme seul
Noël Dutrait 杜特萊, Université de Provence (Aix-Marseille I)

• Creative Exile and Chineseness
Gilbert C. F. Fong 方梓勳, The Chinese University of Hong Kong

• 後諾貝爾時期高行健的新思索
Liu Zaifu 劉再復, City University of Hong Kong

• Fission and Fusion:
Dynamic Tension of Chineseness in Gao Xingjian’s Literary Writing
Ming Jian 簡明, William Paterson University, New Jersey, USA

• 逃亡·隱逸·禪‭ ‬—‭ ‬讀高行健作品隨想‭ ‬
Tian Benxiang 田本相 , China Arts Academy, Beijing, China

• Reverberations of Zhuangzi in Gao Xingjian’s Aesthetics
Mabel Lee 陳順妍, University of Sydney, Australia

• 高行健與莊子
Zhang Yinde 張寅德, Université Paris III, France

The Aesthetics of Fiction

• Modernity Overcome? Gao Xingjian and Kenzaburo Oe
Sebastian Veg 魏簡, CEFC, Hong Kong

• 多人稱的實驗與多聲部構成的嘗試‭ ‬──‭ ‬論高行健的創作特點
Iizuka Yûtori 飯塚容, Chûo University, Japan

• 試論高行健小說裏第二人稱的運用
Ngai Ling Tun 危令敦 , The Chinese University of Hong Kong

• From A Preliminary Discussion of the Art of Modern Fiction to Soul Mountain
and One Man’s Bible: Gao Xingjian’s Use of
Narrative Patterns to Rethink China
Nicoletta Pesaro, Università Ca' Foscari Venezia, Italy

• 從«靈山»最末幾章中“雪”的意像說起
Xiao Yingying 蕭盈盈, Université Paris VII, France

• 「護衛者」──《河那邊》
Wong Juen Kon 王晉光/Ng Hau Wan‬吳巧雲, The Chinese University of Hong Kong

• 漸行漸濃的禪意與佛境‭ ‬──‭ ‬從《靈山》走到《八月雪》
Liu Chunying 劉春英, Jinan University, Guangzhou, China

The Aesthetics of Drama

• 表演三重性:一種美學?還是一種技法?
Lin Kehuan 林克歡 , Former Director, China Youth Theatre, Beijing, China

• Framing Chineseness:
The Representations of Contemporary China in Gao Xingjian's Plays
Quah Sy Ren 柯思仁, Nanyang Technological University, Singapore

• Asian Modern Theatre with Universality by Gao Xingjian
Sookyung Oh , Hanyang University, Seoul, Korea

• 從此岸到彼岸:高行健戲劇的美學境界
Hu Zhiyi 胡志毅, Zhejiang University, Hangzhou, China

• 完全戲劇:豐富中的貧困—從高行健的作品看戲劇的文學意義
Shi Xusheng 施旭昇, Communication University of China, Beijing, China

• Absurdism, Brechtianism and Ritualism
in the Early Works of Gao Xingjian
Luk Yun Tong 陸潤棠, Fo Guang University, Taiwan

The Plays

• Politics in Rituals: Gao Xingjian’s Escape
Law Ching 羅菁, Hong Kong Baptist University

• On the Margins of Both East and West: Nocturnal Wanderer
Wah Guan Lim 林華源, Princeton University, New Jersey, USA

• The Religious and the Autobiographical: Snow in August in Taipei
Alex Huang, Pennsylvania State University, USA

• 《叩問死亡》:叩問中性演員的可能性
Shelby K. Y. Chan 陳嘉恩, The Chinese University of Hong Kong

• A Tentative Quest of Gao Xingjian's The Man Who Questions Death
Hwang Mei-shu 黃美序, Chinese Culture University, Taiwan

• The Franco-Sino-Anglo Gao in Ballade Nocturne
Claire Conceison 康開麗 , Tufts University, Boston, USA

Nous comptons naturellement sur Noël Dutrait pour nous rendre compte de cette manifestation savante qui marquera sans doute une étape importante dans les recherches sur Gao Xingjian, et des développements sur ses à-côtés, dont les points forts seront les créations d'œuvres dramatiques d'un genre nouveau. (P.K.)

mardi 13 mai 2008

Derniers paragraphes (001-ter)

Montage de six photos prises à la bande annonce de
la série en 20 épisodes
tirée des romans
Meng li hua luo zhi duoshao
梦里花落知多少
de Guo Jingming 郭敬明,
et
Quan li quan wai 圈里圈外 de Zhuang Yu 庄羽.

Je venais juste de poster le complément à « Derniers paragraphes (001) » quand je suis tombé sur la chronique que Raymong Zhou du China Daily avait publié le 10 mai, page 4 du quotidien chinois en langue anglaise et mis en ligne le même jour à 7h40, texte dans lequel il revenait sur les articles du New York Times (NYT) signalés précédemment, et l'effet que l'un d'entre eux avait produit en Chine.

Dans « Skin-deep translation may mislead », Raymond Zhou expliquait qu'une traduction « superficielle » du portrait consacré à Guo Jingming 郭敬明 avait ravi ses fans qui avait pu ainsi lire que leur auteur fétiche était « the most successful writer in China » :
« « How can NYT stoop so low? » many asked. Guo is currently the bestselling author in China and, by correlation, the highest earning one as well. But the 24-year-old is not respected. He was found by a court of law to have committed the cardinal sin for a writer - plagiarism. But, against the court order, he refused to apologize, explaining that he needed to uphold his image in the eyes of his adoring fans. Apart from this, nobody is praising his adolescent schmaltz for literary achievement. All this was sketched out in detail in the NYT essay. But whoever first reported it in the Chinese press did not bother to read the whole article. He or she was so focused on the word « successful » that everything else probably became a blur. From the NYT article, it is natural to deduce that the author meant « commercial success ». However, the Chinese translator-cum-commentator has obviously interpreted it as « literary excellence » or « high quality overall ». In an ideal world, a work of great literary value should have high sales. But we don't live in an ideal world, and bestsellers, like blockbuster movies, do not necessarily do anything except fill a few hours of your leisure time. The misunderstanding of NYT's appraisal of China's literary pop idol is more evident when the context is enlarged from the article to the whole book review section. On that day, NYT carried four full-length reviews of four Chinese novels (…) all serious works by accomplished writers. The Guo Jingming piece was like a dessert, nice and frothy, but not supposed to replace the main entrees. None of the Chinese commentators mentioned any of the four book reviews. Through endless copying and reposting, which is the pillar of Chinese website management, the point has been hammered home that Americans, for whatever unfathomable reason, favor China's most ridiculed literary pretender as their favorite Chinese writer. »
Il faut lire l’ensemble de l’article dont je n’ai reproduit ici que les paragraphes centraux, mais aussi, pourquoi pas, les autres chroniques de Raymond Zhou qui ont une tournure très humoristique et personnelle : « This is a personal column, annonce-t-il, comme ici, not a disguised version of a government proclamation. »

Dans la foulée, jetez-vous sur l'article qu'Alain Beuve-Méry a ramené de son périple à Saint-Malo pour la 19e édition du Festival Etonnants voyageurs ; sa consultation gratuite est limitée dans le temps sur le versant « Livres » du Monde.fr (12/05/08). Il y est question de Xinran et Guo Xiaolu [qui] « ont fait entendre la voie des femmes chinoises en exil » : « Noyées dans la masse, deux écrivains, exilées à Londres, « deux femmes en colère », Xinran l'aînée, âgée d'une cinquantaine d'année et Xiaolu Guo, la cadette, une petite trentaine, connue aussi pour ses talents de cinéaste – elle est invitée à Cannes – ont fait entendre la voie des femmes chinoises en exil, écartelées entre pays d'origine et d'adoption. » [Lire la suite] (P.K.)

Derniers paragraphes (001-bis)

Le 9 mai dernier, je signalais que le Sunday Book Review du New York Times avait consacré une bonne place de son dernier numéro mis en ligne le 4 mai 2008 (accès gratuit) à la littérature chinoise actuelle et à quatre de ses auteurs les plus marquants. Dans mon empressement, j'étais passé à côté du portrait consacré à un des auteurs les plus en vogue de RPC, le jeune - il est né en 1983, le 6 juin, au Sichuan -, Guo Jingming 郭敬明. Ce portrait au titre bien trouvé - « China’s Pop Fiction »- est signé Aventurina King, tout aussi jeune - elle est née pour sa part en 1986 et en France -, collaboratrice de Wired.com, du South China Morning Post et du supplément littéraire du New York Times. C'est sans doute elle, qui, cela dit en passant, entretient un élégant site internet et un intéressant blog, la mieux placée pour présenter cette nouvelle idole de la jeunesse chinoise :
The most successful writer in China today isn’t Gao Xingjian, the winner of the 2000 Nobel Prize, or even Jiang Rong, the author of the best-selling novel Wolf Totem, just released in the United States. It’s 24-year-old Guo Jingming, a pop idol whose cross-dressing, image-obsessed persona has made him a sensation in a country where the Communist dictatorship advocates prudery and heterosexuality. Thousands of teenagers — his readers are rarely over 20 — flock to Guo’s signing sessions. Some post frenzied declarations of love on his blog: Little Four, I will always be with you! (Guo’s nickname comes from « fourth dimension war », a random quotation he found in a magazine.) Alongside adoring letters addressed to « Big Brother Guo », the author posts pictures of himself half-naked in the shower, in his underwear or swathed in Dolce & Gabbana accessories and Louis XIV-style shirts.
Fidèle à la règle que je me suis fixée pour cette rubrique, je me contente donc des dernières lignes empruntées à ces deux pages fort bien documentées :
Guo may have survived charges of plagiarism and bad writing, but today he faces what may be a more dangerous threat: even younger writers. The past few years have seen the rise of a group of teenage authors, sometimes called the « post-’90s » generation. Four years ago, 9-year-old Yang Yang received $150,000 for his novel The Magic Violin, about a young boy who is befriended by enchanted objects after his father disappears. It sold 100,000 copies. He has since published three more books and last year signed a contract for a 10-book series. Last month, Yang Daqing’s Story of the Ming Expedition, a novel about the Japanese invasion of Korea in 1592, supposedly written when the author was 13, hit bookstores. And 14-year-old Tang Chao’s second novel, Give My Dream Back, about unrequited love and suicide, was recently published with a first run of 50,000 copies. Over the phone, Guo spoke dismissively of these potential rivals. « I don’t really know much about them », he said. And they certainly don’t seem to be interfering with his plans. Guo’s next novel, When We Were Young, about four university students, arrives in stores in October. And next year, he plans to hold a national competition for young writers and to design his own line of stationery.
Pour poursuivre votre découverte de cette face cachée (en France) de la vie littéraire (?) chinoise, pourquoi ne pas visiter le blog de Guo, voire sa notice sur Wikipedia [en chinois et en anglais] et lire un autre article d'Aventurina King, toujours en ligne sur Wired.com, sur « The Chinese Novel Finds New life Online » (17/08/07)


En illustration de ce billet, j'ai reproduit la première page du texte et deux des 22 pages de photos qui ouvrent Never Flowers in Never Dreams, Meng li hua luo zhi duoshao 梦里花落知多少 (2004) pour lequel Guo avait été reconnu coupable de plagiat à l'encontre de la jeune romancière pékinoise Zhuang Yu 庄羽. Notons qu'il est publié aux Editions Chunfeng wenyi 春风文艺, maison d'édition de Shenyang qui s'était, voici bien longtemps déjà – c'était au début des années 1980 - signalée en publiant les caizi jiaren xiaoshuo 才子佳人小说 - ces bien intéressantes romances dites du « puits de sciences et de la beauté » de la fin des Ming (1368-1644) et du début des Qing (1644-1911) -, sorties du riche fonds de la Bibliothèque municipale de Dalian (Liaoning) --- doit-on y voir un lien et imaginer une communauté d'inspiration entre les deux productions ? (P.K.)

lundi 12 mai 2008

Derniers paragraphes (002)

Beijing coma, le prochain livre de Ma Jian 马建 à sortir chez Flammarion - qui a publié, rappelez-vous, ses Nouilles chinoises (traduit de l'anglais par Constance de Saint-Mont, 2006) - est déjà sorti sous le même titre (Chatto & Windus, 586 p.) en Grande-Bretagne où vit l'auteur. Jonathan Fernby l'a déjà lu pour The Times online (9/05/08)

Sa recension commence par ces mots :
« Ma Jian’s epic novel is the first major work of fiction on the student protests in Tiananmen Square in 1989, and the events that ended with the Communist leadership sending in the army on June 4 in a defining moment of China's modern history. As such, the book is a huge achievement, mixing imagination and fact as it charts in compelling close-up the complex and heady nature of the Beijing Spring, which was joined by hundreds of thousands of inhabitants of the capital. »
Et s'achève par ceux-ci :
« Finely written and translated, with beautifully controlled interaction between the actors, the book's account of life and love in the square in 1989 brings out the complexity of the movement that reached well beyond the traditional description of it as a pro-democracy revolt. Above all, the Beijing Spring provided the participants with “a warm space with a beating heart” and reasons for soaring hope - but was also shot through with inevitable differences, rivalries and bickering. The characters, some of them real people appearing in roman à clef roles, take on depth and meaning as the story moves towards tragedy, on both a personal and a wider level. Nineteen years on, June 4 is still off limits for discussion in China, yet another of the episodes on which the leaders of the People's Republic prefer to impose a coma of orthodoxy while hoping that economic growth will provide them with the legitimacy denied by the protestors. Sadly, the richness and humanity of Ma Jian's book shows why this remains the case. »
On peut toujours lire l'interview réalisée par Didier Jacob pour Le Nouvel Observateur (31/08/06) pendant laquelle le « peintre, photographe, écrivain, Ma Jian, [...] auteur de plusieurs livres, dont Chienne de vie et La Mendiante de Shigatze (Actes Sud), et Chemins de poussière rouge (l'Aube) [et] qui vit à Londres avec sa femme et ses deux jeunes enfants » disait : « Il est actuellement impossible de publier en Chine un livre qui ait un quelconque contenu intellectuel. »

Pour ce nouvel opus - Beijing Coma - traduit du chinois par Flora Drew, on peut également - en attendant d'autres critiques - se reporter à la notice que lui consacre son éditeur.

On reparlera certainement de ce livre au moment de sa sortie française, mais il ne faut plus attendre pour lire l'instructif article que Bertrand Mialaret vient de consacrer sur Rue89.com dans le cadre du festival Etonnants voyageurs, au « Monde changeant de l'édition chinoise à l'heure capitaliste » et dont le dernier paragraphe donne envie de lire ce qui le précède :
« Au total, le livre en Chine connaît une situation paradoxale: un énorme marché qui se développe rapidement, encore archaïque et bureaucratique pour l’édition, parfois déstabilisé par la piraterie, mais qui en même temps est étonnamment moderne du fait de l’influence d’internet sur le comportement des lecteurs, la littérature et l’industrie du livre; on y reviendra. »
Ne vous en privez pas. (P.K.)

dimanche 11 mai 2008

Qui veut la peau du loup ?

L'appel lancé par Noël Dutrait n'a pas encore reçu de réponse ; personne n'a encore donné son avis sur le Totem du Loup de Jiang Rong ! Je vais donc ouvrir le bal, non pas en vous disant ce que j'en pense - je ne l'ai pas lu et ne programme pas de le lire -, mais en répercutant des avis tranchés trouvés sur la toile. Or donc, qui veut la peau du loup ?

Certainement pas Jonathan Mirsky qui signe pour la Literary Review (mai 2008) un compte-rendu élogieux intitulé « Decade in the Grasslands », dans lequel il n'hésite pas à écrire que « Wolf Totem is the best Chinese book I've read for many years and the only really good novel. It is enlightening, poignant, mysterious - and a miracle. » [lire la suite], ni même Alan Cheuse pour la NPR (National Public Radio) qui confiait le 26 mars 2008 son enthousiasme en 2 mn 20 s., dans une chronique – « Wolf Totem' Eulogizes Mongolian Culture » - ainsi résumée : « A captivating English translation of Jiang Rong's award-winning novel chronicles a Beijing student's immersion with nomadic farmers of the Mongolian grasslands just before China's Cultural Revolution of the 1960s and '70s. The story becomes a passionate eulogy to a ferocious and far-flung way life, and to the wolf, the foremost predator of the grasslands. »

C'est plutôt, Linda Jaivin qui n’a pas aimé le roman. Elle le fait savoir dans une recension parue dans l'Australian Literary Review (le 7 mai 2008) que Danwei.org a la bonne idée de signaler et de publier dans un billet intitulé « Lupine lactose intolerant » avec une introduction de Geremie R. Barmé, « Milking Wolves’ Totem —reading Linda Jaivin on Jiang Rong’s lupine love story ».

L'ensemble devrait intéresser les lecteurs français de Jiang Rong - s'il y en a ! - sinon les spécialistes de littérature chinoise contemporaine, voire les curieux de la Chine d’aujourd’hui. Quant à moi, je vais sagement me garder de hurler avec les loups. (P.K.)

samedi 10 mai 2008

Quelques lectures, un voyage et un colloque

Depuis quelques semaines, je partage mes lectures entre un roman fort plaisant Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants de Xiaolu Guo, paru chez Buchet Chastel et Le Totem du loup de Jiang Rong, paru chez Bourdin éditeur. Rien à voir entre les deux œuvres, si ce n’est qu’elles ont été écrites par des auteurs chinois !


Xiaolu Guo dont on avait pu lire La Ville de Pierre, traduit par Claude Payen, publié par les éditions Philippe Picquier, nous livre un nouveau roman écrit sous la forme d’un dictionnaire qui est traduit de l’anglais par Karine Laléchère. Notons que de la même manière que les éditeurs indiquent parfois « traduit de l’espagnol (Cuba) », l’éditeur indique ici traduit de l’anglais (Chine). Nous apprenons donc avec grand intérêt que l’anglais est manifestement l’une des langues en usage en Chine !

Ceci dit, ce roman en forme de dictionnaire est particulièrement amusant à lire et l’on peut saluer le tour de force de la traductrice qui a reproduit dans sa traduction la maladresse de l’anglais de débutant de l’auteur, une jeune fille chinoise fraichement débarquée de Chine à Londres sans savoir un seul mot de la langue de Shakespeare. Tout ce qu’elle possède, c’est un dictionnaire chinois-anglais qui parfois, comme tous les dictionnaires, n’explique pas tout…

Au fil des pages, l’anglais (traduit en français) de l’héroïne s’améliore. Depuis un paragraphe tel que celui-ci : « Les nourritures ici sont très confondantes. Les Anglais mangent et boivent des choses étranges. Même Confucius trouve l’anglais confondant s’il vient ici, je pense », en passant par l’évocation des « œufs brouillons » on arrive à une description du pays de Galles fort bien menée au chapitre intitulé « Phare ». Et au cours de ces pages, depuis l’entrée « Prologue » à l’entrée « Epilogue » en passant par « « Bisexuel », « Anarchisme », « Fatalité » « Humour » ou « Berlin », on mesure la distance culturelle entre la jeune chinoise un peu perdue et l’artiste anglais déprimé avec lequel elle se met en ménage, ainsi que l’ensemble des questions que se pose l’héroïne au sujet de sa nouvelle vie et des situations et villes nouvelles qu’elle découvre.


Le Totem du loup, c’est une autre affaire… L’éditeur indique sur la quatrième de couverture: « Vendu en Chine à plus de vingt millions d’exemplaires, Le Totem du Loup est un fascinant roman d’aventures. Mais c’est aussi le récit d’une initiation, celle de Chen Zhen, jeune étudiant chinois qui doit apprendre, au contact des tribus mongoles, comment survivre… Les hordes de loup règnent encore sur la steppe. Les cavaliers nomades, héritiers de Gengis Khan, craignent et vénèrent cet animal qu’ils ont choisi pour emblème. La rencontre avec cette culture va bouleverser le jeune Chinois. Il sera d’autant plus ébranlé que cet univers qui le séduit tant est sur le point de disparaître… »

En fait, ce roman est davantage le récit d’une longue interrogation d’un « jeune instruit » chinois, envoyé en Mongolie intérieure, au sujet de la supériorité ethnique des Mongols (qui ont dominé le monde à une époque donnée) par rapport à la faiblesse des Han (incapables de résister aux invasions étrangères à travers les siècles. Il élabore une théorie qui voudrait que les Mongols, peuple de nomades, se soient inspirés de l’organisation clanique des loups tandis que les Han, peuple de pasteurs, se soient comportés comme les moutons… que les loups dévorent. Le jeune instruit, Chen Zhen, va même jusqu’à élever un louveteau pour mieux étudier son comportement…

La campagne orchestrée pat l’éditeur français a porté ses fruits. Les grands quotidiens et les grands hebdomadaires français ont consacré une ou deux pages à ce roman, sans vraiment dire nettement s’ils appréciaient ce livre pour ses qualités littéraires ou pour les informations qu’ils nous apportaient sur ce mystérieux totem du loup. On y insiste surtout sur le fait que ce livre serait considéré dans certains milieux économiques chinois « comme une sorte de Bible dans laquelle ils voient une apologie de l’esprit de compétition, une arme dans la guerre économique contre l’Occident » (Voir « L’année du loup », par Pascale Nivelle, Libération du 7 février 2008.)

Je reviendrai sur ce roman prochainement, mais aujourd’hui j’aimerais savoir si parmi les lecteurs de notre blog, certains l’ont lu et ce qu’ils en pensent…

Au passage, signalons aussi l’article sur le roman de Yu Hua, Brothers (un titre en anglais pour un roman chinois, décidément l’anglais semble bien être l’une des langues de la Chine…) paru dans Le Monde des livres du 9 mai 2008.

Enfin, le colloque auquel j’ai participé à Louvain-la-Neuve était, comme on pouvait s’y attendre, passionnant. La traduction entre Orient et Occident : modalités, difficultés et enjeux, voilà le genre de problématique qui préoccupe beaucoup la jeune équipe dont vous lisez le blog qui, soit dit au passage, va très prochainement changer de nom, passant de « Littérature chinoise et traduction » à « Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction ».

Après que le professeur Paul Servais eut présenté la problématique de la journée, Marc de Launay, Chargé de recherches au CNRS et à l’Ecole Normale supérieure de Paris ouvrait les travaux avec une très stimulante communication intitulée « Le sens et le temps ». Il indiquait en introduction : « Une longue tradition européenne, souvent mal contrôlée, à peine discutée, situe la pratique de la traduction dans un réseau de connotations où dominent, du côté des récepteurs, le soupçon qu’elle serait une tâche peccamineuse, et, du côté des traducteurs, la culpabilité de n’avoir pas fait assez droit à l’original. Cette atmosphère explique le recours à des termes impropres comme ceux de « fidélité » ou de « trahison » qui n’ont, en fait, rien à voir avec la pratique traductive ; mais elle explique une certaine pusillanimité, chez nombre de traducteurs, qui les entraîne à tout à la fois sous-estimer leur fonction en lui refusant une dignité philosophique, par exemple, et à en surestimer le caractère personnel, néanmoins bien présent, en oubliant que toute traduction est vouée à la reprise. »

Ensuite, les différents participants ont disserté sur le choix des traductions, la manière de les présenter, la réception des œuvres traduites, les difficultés de communication d’une langue à l’autre et/ou d’une civilisation à l’autre. La question des concepts philosophiques occidentaux traduits en chinois en passant par le japonais, la traduction des textes canoniques du Bouddhisme, la traduction de la littérature occidentale vers le chinois et de la littérature chinoise vers l’Occident, autant de sujets qui ont été approchés et discutés au cours de cette journée. La publication des actes de ce colloque apportera certainement une petite lumière de plus pour éclairer ce long chemin qui permet la communication entre les cultures.

Noël Dutrait

vendredi 9 mai 2008

Derniers paragraphes (001)

Voici une nouvelle rubrique pour signaler rapidement des articles disponibles - plus ou moins longtemps et pas toujours gratuitement - sur internet ou sous forme plus traditionnelle, par la mention de leur référence et, sans autre forme de procès, leur dernier paragraphe. La première livraison (001) concerne la littérature chinoise contemporaine et des auteurs et des ouvrages déjà signalés sur ce blog.

Portrait de Yu Hua pris sur son blog.
Yu Hua 余华

Le Monde des livres (08/05/08) propose grâce à Nils C. Ahl
  • un entretien avec Yu Hua à l'occasion de la sortie française de son dernier livre traduit, Brothers (Actes Sud, 2008), « Yu Hua : « J'ai servi la Chine toute crue » : « Brothers est un livre important par son ambition et sa radicalité, Yu Hua le sait. Au moins pour lui. Les livres réinventent parfois les écrivains. « Ce roman-là a fait naître un nouveau Yu Hua. Il y a dix ans, je n'aurais pas osé être aussi libre et aussi sincère. Il m'a fallu beaucoup d'audace pour écrire ce livre. J'ai arrêté d'avoir peur de la manière dont on me lirait. Je n'ai plus cherché à plaire ni à savoir comment bien écrire. Je n'osais pas choquer avant ce livre. Je le faisais malgré moi, parfois. Avec Brothers, on peut croire que j'ai fait exprès de choquer. En vérité, j'ai seulement trouvé un peu de courage pour écrire sans me poser de questions. »
  • et une critique, « Une vie dans le bouillon de l’histoire », qui finit par : « On se souvient de Yu Hua auteur de romans habités et incisifs comme Vivre ! (Le Livre de Poche, 1994) ou Le Vendeur de sang (Actes Sud, 1997). On le découvre aussi habile à décrire le dilemme enfantin entre des bonbons et un amour fraternel qu'à jeter ses personnages dans la gueule de l'histoire. Ecrivain de l'ambition et de la déception sociale, des amours contredites et indirectes, il y a de l'Hemingway chez Yu Hua, certainement, mais aussi du Stendhal. »
Sur Liberation.fr (24 avril 2008), on peut encore lire en ligne l'interview de Yu Hua par Claire Devarrieux - « La Chine est plus riche et la vie plus exagérée que je l’imaginais. Rencontre. Yu Hua évoque «Brothers» et sa vision de la Révolution culturelle » - et la note critique, « Hip hip hip Yu Hua », qui se conclut ainsi : « Brothers est sans doute le plus insolent des livres de Yu Hua. Les slogans maoïstes y sont continuellement détournés (une des prouesses des traducteurs est de l’avoir rendu perceptible en français). L’expérience la plus crue, ou la plus cruelle, est filtrée par le regard d’un garnement généreux. Il y a souvent des enfants dans les histoires de Yu Hua, comme s’il n’avait jamais oublié celui qu’il a été. Tous ses romans racontent que la vie est susceptible de basculer du jour au lendemain, et que c’est arrivé à tous les Chinois de sa connaissance. »


Le Sunday Book Review du New York Times consacre une bonne place de son dernier numéro mis en ligne le 4 mai 2008 (accès gratuit) à la littérature chinoise actuelle et à quatre de ses auteurs les plus marquants :

Wang Anyi 王安忆

A la fin d'un court article intitulé « Miss Shanghai » qui signale de la sortie de The Song of Everlasting Sorrow. A Novel of Shanghai de Wang Anyi récemment traduit par Michael Berry et Susan Chang Egan aux Presses de l'Université Columbia (Columbia University Press, 440 pp.), Francine Prose écrit : « As The Song of Everlasting Sorrow moves toward its violent, melodramatic and distressingly appropriate ending, readers may feel a Proustian nostalgia for the novel’s lost time, a sadness that mirrors the melancholy that haunts Wang Qiyao and pervades the fascinating, mostly vanished longtang of Shanghai. » Chez nous, le roman a été traduit par Y. André et S. Lévêque : Le Chant des regrets éternels (Picquier, 2006). Le site américain propose également le premier chapitre de ce roman dans sa traduction anglaise.


Yan Lianke 閻連科

« Kissing the Cook » est le titre de l'article dans lequel Liesl Schillinger - qu'on peut entendre dans le podcast du 5 mai 2008 - parle du Serve the People ! de Yan Lianke que vient de traduire Julia Lovell (Black Cat/Grove/Atlantic, 217 p.) et dont on peut aussi lire le premier chapitre : « Lucky for Yan Lianke — who, after all, must make his life in a country of contradictions, possibilities and thin skins — we can’t be sure. Two years ago, responding to a blogger who asked him to explain the deeper story behind his banned book The Dream of Ding Village, he said : « I am a person who is almost 50 years old. At this age, I don’t want to argue with anybody anymore. The only thing that I want to do is to write better novels. » He added, « From now on, I will be silent. » As for the deeper meaning of Serve the People!, perhaps Fielding said it best, in the opening words of Joseph Andrews : « Examples work more forcibly on the mind than precepts. »


Jiang Rong 姜戎

C'est avec une référence à Jack London (1876-1916) et à son fameux roman, The Call of the Wild (1903), connu en français sous le titre de L'appel de la forêt (sans doute à revoir) que Pankaj Mishra offre une recension du Wolf Totem de Jiang Rong dont la traduction par Howard Goldblatt vient de sortir chez Penguin Press (527 p.). Son « Call of the Wild » se conclut ainsi : « It seems strange that the Chinese censors missed this indictment of Han imperialism. It’s even more remarkable that a novel so relentlessly gloomy and ponderously didactic has become a huge best seller, second in circulation only to Mao’s little red book. This success may be due, at least in part, to its exhortations to the Chinese to imitate the go-getting spirit of the West. However, Wolf Totem also captures a widespread Chinese anxiety about their country’s growing physical and moral squalor as millions abandon the countryside in search of a middle-class lifestyle that cannot be environmentally sustained. The novel’s literary claims are shaky; and Jiang Rong’s apparent wish to transform China’s national character through a benign conservationism is compromised by his boy-scoutish arguments for toughness. Yet few books about today’s China can match Wolf Totem as a guide to the troubled self-images of so many of its people as they stumble, grappling with some inconvenient truths of their own, into modernity. »


Mo Yan 莫言

Pour Mo Yan, c'est le grand sinologue Jonathan Spence (1936-) [voir sa biographie sur le site de l'American Historical Association par le regretté Frederic E. Wakeman Jr. (1938-2006)], professeur d'histoire moderne de la Chine à l'université de Yale et auteur de tant d’admirables livres dont le dernier en date est Return to Dragon Mountain: Memories of a Late Ming man (Viking Books, 2007, 352 p.) consacré à Zhang Dai 張岱 (1597-1689) qui intervient. On apprend du reste que « Spence remarked in a recent telephone conversation, he feels « at home with Mo Yan’s literary rendering of complex political and social shifts. » The appearance of “novels of this quality, » he added, « suggests that freedoms are being claimed in fiction that are still taboo in political writing. »

L'ouvrage sur lequel il se penche est la traduction que Howard Goldblatt (encore lui !) vient de publier chez Arcade sous le titre : Life and Death are wearing me out (540 p.). Le dernier paragraphe constitue une excellente conclusion à cette revue de presse. Le voici : « The kind of critique that we find in this book has many echoes within China today. In his new novel, Wolf Totem, Jiang Rong includes a ferocious account of the battle between a starving wolf pack and a herd of wild horses that seems tightly geared to showing the value of older ways of living in the steppe, in contrast with the ultimately disastrous values insisted on by the Party. Mo Yan has his own version of such a battle in his account of the donkeys’ struggle against the wolves near the collective farm. Yan Lianke’s Serve the People! gives a common soldier and his mistress, the wife of the division commander, a summer of passionate lovemaking, culminating in a wild and randy spree in which they smash all the once-treasured artifacts and memorabilia of Mao Zedong and his outmoded, pointless policies. Such antipolitical passion also surfaces in many of the sexual entanglements Mo Yan describes in Life and Death Are Wearing Me Out. It seems that novels in China are coming into their own, that new freedoms of expression are being claimed by their authors. Mao has become a handy villain. One wonders how much longer his successors will be immune from similar treatment. »

Pour achever cette revue de presse, je vous rappelle que la revue Impur dont le numéro 2 est annoncé pour septembre sera consacrée à la Chine et attend toujours des propositions. (P.K.)

mardi 6 mai 2008

Etonnants voyageurs 2008

Le mois mai n'est pas seulement synonyme de beaux jours chômés et de week-ends à rallonge, mais également d'un rendez-vous annuel avec la littéraire dédiée à l'aventure et au voyage et une invitation à faire le plein de ce que nous offrent les écrivains quand ils « redécouvrent le monde », savoir le Festival international du livre et du Film, Etonnants voyageurs.

L'édition 2008 se déroulera, toujours à Saint-Malo, du 10 au 12 mai ; il est donc encore temps de préparer son paquetage et de courir découvrir les activités organisées autour du thème « Migrations », qui nous invite à penser le monde en terme de « flux : flux de populations, comme jamais le monde n’en connut, migrations, volontaires ou subies, flux de capitaux, flux d’images et de sons, immédiateté d’une communication mondialisée. Où l’imaginaire individuel et collectif, paradoxalement, retrouve dans le grand tohu-bohu planétaire une place centrale de puissance de création de communautés imaginaires, fluides, plurielles, en perpétuelles recompositions. » [Lire la suite]

Parmi les quelque 275 écrivains qui feront le déplacement, on peut noter la présence d'auteurs dont il a été question sur ce blog : outre Tran Huy Minh, La princesse et le pêcheur (Actes Sud, 2007), ce sont deux auteurs dont on a déjà évoqué ici l'œuvre : Guo Xiaolu, l'auteur du Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants (Buchet Chastel, 2008) et Xinran (Baguettes chinoises, Editions Philippe Picquier, 2008). Pierre Haski sera également du voyage.

Comme annoncé sur le site des Editions Philippe Picquier, plusieurs débats permettront de rencontrer ces auteurs. Un hommage sera rendu à Nicolas Bouvier (1929-1989), disparu voici dix ans déjà. (P.K.)