mercredi 30 mai 2007

Duong Thu Huong

Mon empressement à signaler la tenue du Festival Etonnants voyageurs m'a conduit à oublier de signaler la présence à Saint Malo de Duong Thu Huong (1948-).

Pourtant, Duong Thu Huong méritait d'être évoquée non seulement pour son œuvre, d'abord reconnue dans son pays le Viêtnam avant d'être particulièrement appréciée chez nous, mais aussi parce qu'elle vient d'obtenir [info LivresHebdo] le Grand Prix des lectrices du magazine Elle 2007 pour la Terre des oublis, publié début 2006 par Sabine Wiespiese Editeur et traduit du vietnamien par Phan Huy Duong.

Ce roman (dont on peut lire un extrait ici) figurait déjà dans la dernière sélection du Fémina du roman étranger, prix que Duong Thu Huong avait déjà obtenu à deux reprises pour Les paradis aveugles (Antoinette Fouque, 1991) et Au-delà des illusions (Philippe Picquier, 1996).

Itinéraire d’enfance (Traduit du vietnamien par Phuong Dang Tran), son dernier ouvrage, est, quant à lui, sorti il y à peine une vingtaine de jours à peine également chez Sabine Wespieser Editeur. Le 21 mai dernier, Stéphane Guibourgé (Le Figaro magazine) saluait la publication de ce « conte autobiographique », d'un article intitulé « Duong Thu Huong, la battante » dont voici un extrait :
« Elle vient d’avoir 60 ans. Vit en France depuis la sortie du magnifique Terre des oublis (Sabine Wespieser Editeur), en janvier 2006. « La nostalgie de mon pays me ronge, mais j’ai la liberté... » Elle vient de terminer un long roman. Elle dit que la littérature est son plaisir. « Aujourd’hui, j’ai le droit de goûter quelque chose pour moi-même. » Lent sourire. « Je suis à la fois heureuse et triste quand je songe à mon existence. J’ai beaucoup vécu pour les autres. Maintenant je pense à moi. Je sais que je suis juste en prenant cette décision. Cependant, je ne sais pas encore exactement ce que je veux. Je suis un animal douloureux, condamné à souffrir. C’est la destinée. »
Comme le signalait en 1998, Phan Huy Duong, traducteur de beaucoup d'œuvres de Duong Thu Huong, le public français a encore beaucoup à découvrir de la littérature vietnamienne :
« Moins de cinquante auteurs vietnamiens sont traduits en français. La plupart sont connus par leurs nouvelles. Sur ce total, ceux dont les romans ou recueils de nouvelles sont traduits ne sont plus qu’une quinzaine. Seule l’écrivain Duong Thu Huong a vu son oeuvre intégralement traduite en français. »
Il en profitait pour signaler quelques unes des difficultés de la traduction en français de la littérature vietnamienne :
« La langue vietnamienne est tellement musicale qu’il y a des centaines de mots pour qualifier une chose quand en français le même mot n’a que deux ou trois synonymes. En vietnamien, le mot traduit un son réel ou des sensations charnelles. Il y a dix-huit sortes de A en vietnamien ! Le français est abstrait quand le vietnamien colle au plus près de la réalité charnelle. »
Livres Hebdo en ligne dans sa même édition du 28/05, nous apprend également que « La tempête [a] contrari[é] l’organisation d'Etonnants Voyageurs » :
« Les puissantes rafales de vent qui ont soufflé sur l’Ille-et-Vilaine dans la nuit de dimanche à lundi n’ont pas épargné les structures d’accueil du festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, [qui a été] interrompu toute la matinée de lundi »,
mais ajoute aussitôt que « les prix échappent à la tempête » et que dimanche, le prix des Gens de mer, doté de 3 000 euros, a été décerné à Philippe Jaworski pour sa nouvelle traduction du Moby-Dick d’Herman Melville (1819-1891) parue à la « Bibliothèque de la Pléiade » (Œuvres, tome III, Gallimard, 2006).

Voilà une bonne invitation à relire cette œuvre, naguère (1941) traduite par Lucien Jacques (1891-1970), Joan Smith et Jean Giono (1895-1970) qui rendaient les premiers mots du premier chapitre :
Call me Ishmael. Some years ago--never mind how long precisely -- having little or no money in my purse, and nothing particular to interest me on shore, I thought I would sail about a little and see the watery part of the world.
ainsi :
Je m'appelle Ishmaël. Mettons. Il y a quelques années, sans préciser davantage, n'ayant plus d'argent ou presque et rien de particulier à faire à terre, l'envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l'eau.
Philippe Jaworski les traduit, quant à lui, de cette manière :
Appelez-moi Ismaël. Il y quelques années de cela — peu importe combien exactement — comme j'avais la bourse vide, ou presque, et que rien d'intéressant ne me retenait à terre, l'idée me vint de naviguer un peu et de revoir le monde marin.
L'article consacré au roman sur Wikipedia offre un comparatif plus étendu en confrontant ce passage et ces deux traductions à celles de Armel Guern (Sagittaire, 1954 -Phébus, 2005) et Georges Saint-Marnier (Walter Beckers, Kapellen-Anvers, 1967). Bien entendu, il en faut plus pour décider si « le nouveau » dépasse effectivement « l'ancien »; il n'empêche que la distinction reçue par ce nouveau Moby-Dick donne envie de se replonger dans ce Melville-là, comme à chaque sortie d'une nouvelle traduction de son Bartleby The Scrivener (Leyris, Gallimard, 1986 ; J.-Y. Lacroix, Allia, 2004), à moins que vous « préfériez ne pas ». (P.K.)

samedi 26 mai 2007

Réponse à la devinette (003)

Contrairement aux précédentes qui avaient laissé de marbre nos quelque 25 à 30 visiteurs quotidiens, cette devinette - la troisième de la série -, a reçu deux commentaires :
  • un d'encouragement à persévérer - « 1000 mercis !, cher anonyme, vos vœux seront exaucés ! » (jusqu'à nouvel ordre).
  • une proposition, qui plus est, juste ! Malheureusement, la gagnante n'a pas révélé son identité : sa modestie l'honore, mais elle se prive ainsi de la récompense prévue pour cet exploit [ce n'était du Mo Yan !], laquelle sera remise en jeu prochainement.
Bravo tout de même, car à la réflexion, ce n'était pas aussi simple que le faible niveau de difficulté indiqué (1/5) le laissait espérer. Jugez-en vous-même en découvrant la réponse.

Le passage était donc de la plume du grand Honoré de Balzac (1799-1850). La référence humoristique à Blois et au Blaisois, théâtre entre autres du Lys dans la vallée (voir notamment ici) et aux rousses (voir ici) pouvait mettre sur la piste. Mais, si le ton et le style étaient, me semble-t-il assez faciles à identifier, trouver l'œuvre exacte restait plus périlleux, d'autant qu'il s'agit bien d'un texte mineur récemment réédité dans :
Honoré de Balzac, Voyage de Paris à Java (1832) suivi d'une lettre de Tristram Nepos, d'une note d'Amédée Pichot et de la Chine et les Chinois (1842). Edition établie, préfacée et annotée par Patrick Maurus. Paris : Actes Sud, « Babel » n° 762, 2006. 173 pages.
L'extrait provient de La Chine et les Chinois (pp. 107-171) qui est la réunion de quatre articles parus entre le 14 et le 18 octobre 1842 dans les numéros 80 à 84 de La législature, journal des deux chambres, politique, commercial, industriel et littéraire créé en 1842 et dont la publication s'interrompit en décembre 1843. Comme l'indique P. Maurus, ce texte est « la longue critique descriptive » de La Chine et les Chinois, dessins exécutés d'après nature par Auguste Borget et lithographies à deux teintes par Eugène Ciceri auquel est associé un texte titré Explication des dessins qui sont en fait des Fragments de Lettres inédites de l'Auteur [Auguste Borget] depuis le jeudi 9 août 1838 jusqu'au 3 octobre de la même année. [Le passage proposé en devinette apparaît au début de la deuxième partie (publiée le 15/10/1842), soit p. 133]

Né en 1808, Auguste Borget meurt en 1877. C'est (dixit P. Maurus) « un des hommes qui comptent dans la vie de Balzac » (p. 109 et suivantes) lequel écrit à son sujet :
« Un Français en Chine ! un artiste ! un observateur !.. Qui est-ce ? Ah ! voilà.. C'est un garçon parti de la contrée la plus immobile et la moins progressive de France, un peintre de paysage né à Issoudun, en plein Berry. Parfois, le hasard se donne la tournure de l'impossible : c'est sa fatuité. Beaucoup de ceux qui me lisent vont s'écrier : - L'auteur n'est pas allé en Chine. Eh ! bien, il faut le dire, le Berry en doute encore, et bien des vieilles femmes y mourront sans vouloir croire qu'un Berrichon ait vu la Chine. » (p. 115)
L'illustration retenue le 16 mai est naturellement de lui, ce que ne cachait aucunement son titre 'Borget.jpg' et qui était un autre indice. Il s'agit d'un dessin au crayon sur papier, intitulé « Scène pour le théâtre de marionnettes – Macao » (1839-1840) qui est conservé à Bourges. Elle renvoie vaguement à un passage des pages 165-166 de La Chine et les Chinois, quand après avoir écrit que « Le premier missionnaire qui y pénétra y a trouvé la tragédie, la comédie, le roman. Voltaire, en imitant l'Orphelin de la Chine, nous a démontré que le théâtre Chinois repose sur les plus grandes idées politiques. La passion du Chinois pour le spectacle est égale à celle du Parisien », Balzac reproduit un passage des lettres de Borget :
« Si la comédie, si sévèrement défendue par nos prêtres, est non seulement tolérée par les bonzes, mais encore ils permettent aux théâtres, qui sont ambulants, de s'établir près des temples. Je vis une troupe dressant des bambous sur la grande esplanade, et bâtissant son théâtre, couvert de nattes, en face de la grande fenêtre ronde du temple, tournant dos à la mer. Les bonzes se tenaient constamment dans la cour du sanctuaire principal, jouissant du spectacle, tandis qu'ils fumaient la pipe. La sing-song, c'est le nom qu'on donne à ces fêtes, dura quinze jours, pendant lesquels l'esplanade offrit le spectacle le plus animé....»
Mais revenons à Balzac. Son intérêt pour la Chine ne commence pas avec le voyage de son ami. L'auteur de La comédie humaine profite de l'occasion pour révéler que « [S]on enfance a été bercée de la Chine et des Chinois par une personne chère qui adorait ce peuple étrange. Aussi, dès l'âge de quinze ans, avais-je lu le Père [Jean-Baptiste] du Halde [(1674-1743)], l'abbé [Jean-Baptiste] Grozier [pour Grosier], qui fut le prédécesseur de Charles Nodier à la Bibliothèque de l'Arsenal, et la plus grande partie des relations plus ou moins mensongères écrites sur la Chine ; enfin, je savais tout ce que l'on peut savoir théoriquement de la Chine. » Plus loin (p. 129), il écrit : « Malgré tous nos efforts et nos grands missionnaires, les pères [Ferdinand] Verbiest [(1623-1688)], [Dominique] Parennin (1665-1741)] et autres, nous ne savons pas encore, grâce à ce caméléonisme, si la Chine est un pays à gouvernement despotique ou à gouvernement constitutionnel, un pays plein de moralité ou un pays de fripons. Aussi, dès que j'appris l'arrivée en Chine d'un garçon sincère, me suis-je écrié : Enfin, nous allons savoir quelque chose ! » Plus loin encore, il s'appuie sur M. [Jean-Pierre] Abel Rémusat (1788-1832) et défend les « professeurs de la Bibliothèque Royale, si injustement soupçonnés de ne pas savoir le chinois » et de poursuivre : « M. A. Borget nous a expliqué cette erreur à l'avantage des mandarins de la rue Richelieu, en nous disant que le chinois parlé ne ressemble pas plus au chinois écrit que le bas-breton ne ressemble au français d'un discours de monsieur [Pierre-Nicolas] Berryer [(1757-1841)] ». (p. 116)

Donc, un conseil : lisez ce petit texte, prétexte à digressions savoureuses, qui, après quelque développements parfois douteux, s'achève sur la constatation qui nous tient toujours en haleine (p. 169-170) « que ce peuple vaut la peine d'être connu, étudié.»

Je reviendrais prochainement (ici ou ailleurs) sur l'apport de Borget à la connaissance de la Chine, mais je ne peux finir ce billet sans noter une des nombreuses perles que nous livre dans ce petit volume le grand Honoré de Balzac, lequel a - vous en conviendrez -, fort belle allure sur le daguerréotype servant d'illustration à ce billet ; il date de la même année (1842) :
« Ce n'est pas d'après sa durée, mais selon la quantité de bonheur qu'elle procure, qu'il faut juger de la vie. » (p. 136).
Bientôt une nouvelle devinette - puisque vous le voulez ! (P.K.)

vendredi 25 mai 2007

A.I.R. 2007


Grâce à Wei Wei, Ying Chen et Hwang Sok-Yong, l'Asie sera représentée aux Assises internationales du roman qui vont se tenir à Lyon du 30 mai au 3 juin 2007.

C'est ce que nous apprend le Monde des Livres co-organisateur avec la Villa Gillet de cet événement qui va réunir « une cinquantaine d'écrivains [et de critiques] en provenance de près de vingt-cinq pays » et qui donnera lieu à la publication d'un ouvrage chez Christian Bourgois, rassemblant l'ensemble des contributions.

Cet événement unique est, nous dit-on, symbolique d'une action envers la littérature :
Le caractère international des Assises témoigne de l'ouverture que nous avons toujours tenté, au Monde des livres, de faire prévaloir. Chaque roman dit quelque chose du monde qui l'entoure et qui l'a porté. A l'inverse, jamais nous n'avons fait nôtre l'interminable polémique sur la supposée médiocrité du roman français par rapport à la masse des romans traduits d'autres langues : d'où qu'elle vienne, la fiction peut être plus ou moins soucieuse de contraintes formelles, plus ou moins portée à l'introspection... elle parle forcément de son temps, d'une réalité donnée et des gens qui l'habitent ou la subissent.
Le programme de ces assises est très riche : il se décompose principalement en lectures et en tables rondes. Voici le détail de celles qui mettent en vedette les trois auteurs précédemment cités [Cette présentation est réalisée à partir des éléments mis en ligne sur le site des Assises. N.B. : ne manquez pas de télécharger les excellentes les "fiches auteurs" en pdf.] :

• Vendredi 1er juin à 21H - Douleurs de l’âme, douleurs du corps
Ying Chen (Chine / Canada) - Robert Dessaix - Benoîte Groult (France) - Robert McLiam Wilson (Irlande du Nord)
Maupassant, Artaud, Guibert... Les récits de la folie et des maladies de l’âme bouleversent nos perceptions du monde. Comment le langage littéraire s’adapte-t-il aux pathologies qui font vaciller la pensée et les corps, qui fragilisent la réalité et la stabilité de nos codes de représentation ?
Ying Chen est née en Chine. Elle écrit en français et vit au Canada. Pour tenter de mettre à distance les douleurs de l’exil, elle écrit son premier roman La mémoire de l’eau (Actes Sud, « Babel », 1996), troublante immersion dans la Chine contemporaine au travers des regards de femmes de plusieurs générations. Son style est à la fois d’une étonnante clarté et d’une profonde complexité, bouleversant temps et sensations. Avec Le Mangeur (Seuil, 2006), son dernier roman, c’est sur la figure du père qu’elle se penche après s’être intéressée à la mère dans L’Ingratitude (Actes Sud, 1996).

Les autres œuvres de Ying Chen en français sont : Quatre mille marches. Un rêve chinois. Seuil (2004) ; Querelle d’un squelette avec son double. Seuil (2003) ; Le champ de la mer. Seuil (2002) ; Immobile. Actes Sud (1998) ; Les Lettres chinoises. Leméac (1993) - Actes Sud « Babel » (1998)

• Samedi 2 juin à 18H30 - Littérature et trauma : entre violence passée et violence présente (première séance)
David Albahari (Canada / Serbie) - André Brink (Afrique du Sud) - Yasmina Khadra (Algérie) - Wei-Wei (Chine)
Comment raconter la violence du réel ? Comment rendre compte de l’indicible ? Les grands traumatismes de l’histoire obligent le roman à inventer des formes et des écritures. Entre témoignage et réalité, urgence et patience, le roman engage la responsabilité de la littérature.
Wei-Wei, née en 1957 dans la province du Guangxi, vit en Angleterre et est l’auteur de trois romans : La Couleur du bonheur (Denoël, 1996 - l'Aube, 2002-2006)), Fleurs de Chine (l’Aube, 2001) et Le Yangtsé sacrifié (Denoël, 2004), écrits en français. Sa vie comme ses romans sont une succession de péripéties et de dénouements inattendus, dans lesquels se croisent une multitude de personnages. Wei Wei nous invite à découvir la Chine, les tumultes, les bouleversements sociaux, politiques et culturels de son histoire, dans un regard plein de lucidité, de compassion et d’humour.

Son dernier ouvrage traduit est Une fille Zhuang, Éditions de l’Aube (2006)

• Dimanche 3 juin à 11H, La Matière Je :
Donald Antrim (USA) - Christine Angot (France) - Philippe Forest (France) - Hwang Sok-Yong (Corée)
La matière JE est une source inépuisable de figures et de formes littéraires. Écriture narcissique ? Parfois, peut-être, mais surtout écriture engagée avec courage dans le partage d’une intimité qui dévoile des fragilités. Mais pourquoi s’exposer ainsi ? Et quelle est la place du lecteur dans ces romans qui côtoient l’autobiographie ? Le Moi n’ouvre-t-il pas aux autres et à l’universel ?
Hwang Sok Yong est né en exil en 1943 en Mandchourie où sa famille s’était réfugiée pour fuir la colonisation japonaise. Pour avoir voulu montrer qu’un rapprochement était possible avec la Corée du Nord communiste, il fut condamné à 7 ans de prison. Très ancrée dans la réalité historique, son oeuvre est d’une vibrante actualité politique. Son dernier roman, à caractère fortement autobiographique, retrace le parcours d’une génération de Coréens portée par l’utopie des idéaux pour lesquels il s’est battu. Il a été adapté au cinéma par Im Fang-Soo.
- Le Vieux jardin. Eun-Jin Jeong et Jacques Batilliot (trad.), Zulma (2005)
- Les Terres étrangères. Arnaud Montigny et Jungsook Kim (trad.), Zulma (2004)
- L’invité. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (trad.), Zulma (2004)
- L’ombre des armes. Yeong-Hee LIM, Marc Tardieuet et Françoise Nagel (trad.), Zulma (2003)
- Monsieur Han. Jean-Noël Juttet et Mikyung Choi (trad.), Zulma (1997, 2002), 10/18 (2004)
- La route de Sampo. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (trad.), Zulma (1996), 10/18 (2004)
Compléments :

- 5 juin 2007 : On trouvera des échos des Asssises sur Rue89.com, grâce à Hubert Artus :

-
«A Lyon, des Assises du roman denses et intenses » (ext) : ..."Démarche qui entre opportunément avec celle de la romancière chinoise –vivant à Vancouver- Ying Chen, sensée parler de douleurs de l’exil. Dès le début, refusant d’être une énième fois interrogée comme la Chinoise de Vancouver, elle se lançait, d’une voix faite d’émotion et de silence, dans une ode au langage, dans un touchant exposé de la force intrinsèquement créatrice d’énergie qu’ont les mots lorsqu’ils en viennent à parler de la mort et de la douleur, envisageant les mots comme une "masse du vivant". De sorte qu’elle ne "représente pas mes personnages, [je] les deviens". Et de conclure : "Le véritable contenu du texte n’est pas dans l’histoire, mais dans la mystérieuse combinaison des mots"....
- « Un bon livre doit changer votre vie... une semaine » (ext.) : ... "le samedi a vécu deux tables rondes intitulées « Littérature et trauma: entre violence passée et violence présente ». La première était probablement la séance la plus prisée et la plus attendue des Assises. Et proposait un plateau moderne, chargé en pathos et en poétique : l’Algérien Yasmina Khadra, le Sud-Africain André Brink, la mosaïque David Albahari (Serbe, juif et bosniaque) et la Chinoise Weï-Weï. Les interventions –des auteurs et du public- furent à la hauteur de l’attente poétique, et chaque auteur d’évoquer non seulement son propre sort (chacun ayant un passé chargé en terme de conflits, d’exil forcé, de clandestinité ou de ségrégation) mais aussi l’avenir de son pays.".../... Le Coréen Hwang Sok-Yong, lui, travaille sur une littérature au carrefour de l’autobiographie et du roman. Le premier roman qu’il ait écrit à la première personne est celui qu’il écrivit lorsqu’il sortit de prison (il prit sept ans pour avoir voulu montrer qu’un rapprochement avec la Corée du Nord communiste était possible)."...

- 7 juin 2007 : dans Le Monde des Livres, Alain Beuve-Méry ("Un lieu unique") rapporte des propos de Ying Chen : "Je me suis prise au jeu de cette réflexion sur l'écriture. Et comme je suis moi-même très sérieuse, ce festival m'a tout à fait convenu."

A suivre (P.K.)

jeudi 24 mai 2007

Broken english


Dans le cadre d'un spécial « Etonnants voyageurs », le magazine Télérama propose un article d'Olivier Pascal-Moussellard, intitulé « Les amants de la Tamise » qui présente certains des « Indiens, Jamaïcains, Chinois, [qui] issus d’un passé impérial ou de l'immigration, ont revififié la littérature anglaise. »

Il évoque notamment la jeune chinoise Guo Xiaolu 郭小橹 (1973-) :
Le joli succès rencontré depuis deux mois par la jeune romancière chinoise Xiaolu Guo confirme la pérennité de cette étrange fusion. Xiaolu habite Londres depuis quatre ans seulement. Pour elle, comme pour tant d’immigrés, la ville et la langue forment une seule et même forteresse : on s’y cogne, on s’y perd, on la maudit avant de trouver la clef. A concise Chinese-English Dictionary for lovers, son premier roman « londonien » (Xiaolu en a écrit d’autres en Chine), sonde l’extraordinaire bric-à-brac de sensations – angoisses, bonheurs et frustrations – qu’éprouve la jeune étrangère lâchée dans la gueule de Londres. Un roman d’initiation, une histoire d’amour, de sexe et de mots, qui rappelle parfois L’Attrape-cœurs de J. D. Salinger, un de ses romans favoris.

Une visite s’imposait. Aller chez Mrs. Guo, dans le quartier de Hackney, au nord de Londres, c’est prendre la même baffe que la narratrice, Mrs. Z., quand elle débarque sur les rives de la Tamise. Un air de no man’s land, des vitrines déprimantes, l’image furtive de trois musulmanes voilées de la tête aux pieds devant une boîte de strip-tease, et l’écriteau « Interdit de cracher » (en deux langues) accroché à chaque palier : un monde à part vraiment, un quasi-tiers-monde, à dix stations de métro et des années-lumière du palais de Buckingham. Les huit dictionnaires dispersés dans le salon de Xiaolu ne sont pas de trop pour apprendre à le décrypter et à le raconter : « Au début était le verbe, mais le verbe était tordu ! s’amuse la jeune femme en nous tendant une tasse de thé. Quand je suis arrivée, je n’employais qu’un seul temps, le présent, comme en Chine. Bonjour la confusion. Quant à Londres, je ne le connaissais qu’à travers des classiques, traduits de manière fantaisiste dans mon pays : Oliver Twist ne s’y appelle pas Twist, le texte est nettoyé de tous les jurons… j’ai dû tout reprendre de zéro. » Dur pour l’immigrée, mais passionnant pour l’écrivaine. Son « London », Xiaolu l’a décrit « comme ça venait » : en « broken english » – langue bancale, grammaticalement barbare mais riche d’étranges ful­gurances – que baragouinent les nouveaux immigrants (et qui rendra fou, à n’en pas douter, le traducteur français du livre). En plein dans le mille : A concise Chinese-English Dictionary for lovers se vend comme des petits pains.
On en saura encore plus sur Guo Xiaolu en consultant son site qui propose des textes, des photos, des films et des informations sur elle-même. On y apprend notamment que A Concise Chinese - English Dictionary for Lovers a déjà été traduit en italien [Piccolo Dizionario Cinese - Inglese per Innamorati. C. Capararo (trad.), Gènes, Rizzoli, 2007], et que sont en préparation des traductions en français, allemand, espagnol, finnois et polonais !

Pour l'heure, on peut lire de GUO Xiaolu, La Ville de Pierre, roman écrit en chinois et publié à Shanghai en 2003, traduit par Claude Payen aux Editions P. Picquier (2004) :
« Jiang Corail Rouge vit à Pékin avec son ami au rez-de-chaussée d'un immeuble de vingt-cinq étages. Mais elle ne peut oublier l'époque où elle avait sept ans et habitait Shitouzhen, la Ville de Pierre, un petit port battu par les typhons, dont les pêcheurs étaient des "mendiants de la mer ". Car elle y a enfoui en partant un terrible secret et, dit-elle, "rien ne peut se comparer à l'amour et la haine que j'ai éprouvés là-bas". »
Son prochain ouvrage (dont on peut lire un court extrait ici) sortira chez Random House en 2008. Il a pour titre 20 Fragments of a Ravenous Youth :
« A wounded body is when, after leaving a man you've lived with for three years, you curl up on your side of the bed as if there's still somebody there. That is a wounded body. Habit keeps you giving space to another body, where there is only emptiness. »
Tout un programme. Pour voir la couverture, cliquer ici. (P.K.)

mardi 22 mai 2007

La Corée à l'honneur


La section Corée du Master de Négociation Internationale,
l'Equipe de recherche Littérature Chinoise et Traduction et
l’Association France-Corée
vous invitent

le mardi 29 mai 2007, à 18 h,

à la Conférence-vidéo musicale

Le P’ansori,
du rituel chamanique à l’opéra à une voix


Les arts de la scène en Corée plongent leurs racines dans un passé très lointain.
Le
kut (rituel chamanique) et le p'ansori 판소리 (opéra épique à une voix)
ont survécu à des siècles d'évolution
et sont devenus des « Trésors Nationaux Intangibles »
dont la reconnaissance est désormais internationale.


par le Dr HAN Yumi, enseignante à l'Université de La Rochelle
et Hervé PEJAUDIER, professeur certifié

Cette conférence suivie d'un récital de Kayagum 伽倻琴
(Instrument traditionnel coréen à cordes) par PARK Keun-A

Université de Provence, Salle des Professeurs
29 Av. R. Schuman -13621 Aix en Provence.

Etonnants voyageurs 2007

L'édition 2007 du festival international du livre et du film Etonnants Voyageurs va se tenir à Saint-Malo les 26, 27 et 28 mai. Cette manifestation dont la première édition a eu lieu en 1991 ouvre régulièrement ses portes aux littératures asiatiques et notamment à la littérature chinoise. C'est ainsi qu'en 2006, on pouvait y croiser, entre autres, l'écrivain Mo Yan, et les traducteurs Liliane et Noël Dutrait, ainsi que Jacques Dars.

Cette année, le thème retenu est « À l’heure de la littérature monde », thème qui s'appuie sur un manifeste en faveur d'une « littérature-monde en langue française », dont l'émergence « signe la fin de la “francophonie”, entendue comme l’espace où la France dispenserait ses lumières sur des masses quelque peu enténébrées, pour promouvoir un espace de liberté et d’échanges sur un pied d’égalité ». Ce manifeste, qu'on peut lire ici, a suscité bien des réactions, certaines très mitigées comme celle de Pierre Assouline qui s'achève ainsi : « Nous en dirons donc ce que François Mauriac disait de l’eau de Lourdes : s’il n’est pas certain que cela peut faire du bien, on est sûr au moins que cela ne fera pas de mal. » Ce manifeste a déjà été signé par 45 écrivains dont, l'écrivain d'origine chinoise, auteur à succès de Balzac et la petite tailleuse chinoise, Dai Sijie 戴思杰 (1954-)

Quelque 250 invités sont attendus parmi lesquels des représentants de la nouvelle générations d'auteurs de BD comme la japonaise Keiko Ichiguchi [Née à Osaka, en 1966, auteur de 1945 (Dargaud, 2005), America (Dargaud, 2007) et de Pourquoi les Japonais ont les yeux bridés (Dargaud, 2007)] et le jeune indien, Sarnath Banerjee présenté comme « le premier auteur de bande dessinée de son pays » [Calcutta (Denoël Graphic 2007), Corridor (Denoël Graphic 2006)].

L'Inde qui profite de l'engouement pour sa littérature suscité par le tout récent Salon du Livre de Paris, est également présente avec le journaliste et écrivain Suketu Mehta [Bombay, maximum city (Buchet-Chastel, 2006)], Bulbul Sharma (1952), peintre et écrivain [Mes sacrées tantes (Picquier, 2007), La Colère des aubergines (Picquier,1999)] et Abha Dawesar, dont il a été plusieurs fois question sur ce blog.

Seront également présentes Kim Tran-Nhut (1963) et sa sœur Thanh-Van Tran-Nhut (1962-) dont les œuvres individuelles ou composées à quatre mains semblent avoir trouvé leur public en France (Voir ici, ici ou ici).

Au moment où j'écris ce billet, la liste des invités ne contient pas un seul auteur en provenance de République Populaire de Chine ou de Taiwan, mais deux représentants de poids de la littérature chinoise de langue anglaise.

Tout d'abord, un autre auteur de romans policiers à succès, le Shanghaïen Qiu Xiaolong 裘小龍 qui depuis son installation à Saint Louis (Missouri) où il enseigne à la Washington University, a laissé le chinois pour écrire en anglais. Les amateurs de polars connaissent bien sont œuvre traduite chez Liana Levi [Mort d’une héroïne rouge (2001), Visa pour Shangaï (2003), Encres de Chine (2004), Le très corruptible mandarin (2006), De soie et de sang (2007)].

Preuve de sa notoriété Outre-Atlantique, le 7 avril 2007, il a été choisi par Howard W. French, pour « The Saturday Profile » du New York Times. Voici des extraits de cet article intitulé « For Creator of Inspector Chen, China Is a Tough Case to Crack » :

Shanghai is much more than his hometown. It is his muse, and it has been the one consistent subject of his fiction, the four Inspector Chen detective novels he has written so far, which have sold over 700,000 copies and have been translated into 16 languages, including Chinese. Chinese? Yes, since leaving the country at the age of 35 in 1988 on a Ford Foundation fellowship, Mr. Qiu has written in English instead of his native language. The choice, which today sometimes displeases Chinese authorities, he said, has been forced upon him by circumstances in his own country — from the bloody antidemocracy crackdown at Beijing’s Tiananmen Square in 1989, to the many restrictions on speech, especially anything construed as political speech, that have followed. He was reminded of these restrictions during his current visit home, when he wrote an article in homage of Yang Xianyi, an aging and infirm translator of Chinese classics into English. Mr. Yang became a hero to his generation of intellectuals for his decision to resign from the Communist Party over its handling of the pro-democracy demonstrations at Tiananmen Square. When Mr. Qiu approached Chinese magazines to get it published, they were unfailingly polite but unyielding. “We’re sorry,” he said editors would announce with a smile. “It’s very interesting, but for certain reasons, we’re afraid we can’t publish it.”
Plus loin, concernant son dernier titre When Red is Black, on peut lire :
YEARS later, while visiting his father’s grave, Mr. Qiu received the inspiration for what many readers consider to be his finest work, “When Red Is Black,” which like all his novels is a story about the exploits of Chief Inspector Chen of the Shanghai Police Bureau. In this novel, the detective is looking into the murder of a novelist and former member of the Red Guards. This background enables Mr. Qiu to process his deepest feelings about the fortunes of his family and of his country during the topsy-turvy years of ideological zealotry, as well as what the author considers the abandonment of virtually all values — save for the pursuit of money — that has followed. .../... CENSORS here could be called prescient too, however. They refused to allow the title “When Red Is Black” to be used in the Chinese version of the book, because of its clear ideological connotations. They also would not allow the city in question to be named Shanghai, designating it “City H” instead. If Mr. Qiu’s crime stories all have conclusions, their central character, Inspector Chen, a lover of classical poetry like the author himself, does not. Corruption is a recurrent theme, because “it is everywhere,” Mr. Qiu says. “What is the reason? Is it one-party rule? Is it something deeper in Chinese culture, because a legal culture does not have deep roots? Is it absolute power corrupting absolutely?” “The chief inspector does not have all the answers,” Mr. Qiu says. “Like all Chinese, he is just coming to terms with all that is changing around him.”
Qiu est aussi traducteur. Il a publié des traductions anglaises de poèmes chinois anciens : 100 Poems from Tang and Song Dynasties (Better Link Press, 2006, 231 p.) et Treasury of Chinese Love Poems: In Chinese and English (Hippocrene Books, 2003, 171 p.)

Autre vedette présente à Saint-Malo, l'américaine Tan Amy [Tan Anmei 譚恩美] (1952-), dont la notoriété est encore plus grande que celle de Qiu, si grande, nous dit-on, que l'écrivain a « "figuré" sous sa propre identité dans la série animée Les Simpson ».

On peut découvrir, ou mieux connaître, la vie et l'œuvre de cette fille d'émigrés chinois née aux USA, en visitant les deux sites internet suivants : 1 - il s'agit d'un site créé et entretenu par une admiratrice, Anniina Jokinen & 2 - ce qui pourrait bien être un véritable site personnel [Amy Tan y parle notamment de la maladie dont elle souffre depuis 1999 ], ou en lisant ses ouvrages traduits en français : Le club de la chance (Flammarion, 1992), La femme du dieu du feu (J’ai lu, 1997), L’attrape-fantômes (Robert Laffont, 1999), Les Fantômes de Luling (Robert Laffont, 2003) ou le tout récent Noyade interdite (Buchet-Chastel, 2007).

On peut aussi grâce à FORA.tv : The World is thinking écouter et voir Amy Tan qui parlait tout récemment (14/11/07), et pendant un peu plus d'une heure, de son dernier opus, Saving Fish From Drowning. (Il faut se rendre ici et cliquer sur le bouton "Launch Fora Player").

Le portrait fournit sur le site du festival Etonnants voyageurs nous livre, quant à lui, des informations sur ses activités actuelles :
Actuellement, Amy Tan travaille à un nouveau roman, collabore à l’écriture d’un épisode pilote pour la télévision avec le réalisateur Wayne Wang et le co-scénariste Ron Bass, et écrit avec le compositeur Stewart Wallace le livret de The Bonesetter’s Daughter (Les Fantômes de Luling), qui sera créé en septembre 2008 à l’Opéra de San Francisco. L’autre activité musicale de Amy Tan sur scène se borne au rôle de chanteuse d’appoint, meneuse de rythme dominatrice et second tambourin dans l’orchestre amateur The Rock Bottom Remainders composé d’écrivains, dont Stephen King, Dave Barry et Scott Turow. En dépit de leur talent discutable, leurs concerts annuels ont permis de réunir plus d’un million de dollars pour des programmes d’alphabétisation.
Merci d'avance à tous ceux qui auront la chance de se rendre à Saint-Malo de nous livrer des échos de leurs rencontres et de leurs trouvailles. (P.K.)

dimanche 20 mai 2007

Nouveautés éditoriales (05/07)


Vous avez sans doute remarqué que notre blog n'a pas publié de billet intitulé « Nouveauté(s) éditoriale(s) » depuis celui du 24/03/07. Sans doute, est-ce un manquement de ma part ou une distraction coupable, mais je n'ai rien trouvé concernant directement la littérature qui puisse en justifier la création : je vous présente - le cas échéant -, mes excuses pour le tort commis aux ouvrages non signalés, et mes encouragements à ceux qui voudraient combler ces lacunes ou compléter mes oublis : les portes et les fenêtres de ce blog leurs sont ouvertes.

Ce présent billet réalisé à la mi-temps de ce beau mois de mai s'impose à moi car la Chine se trouve, tout à coup, très présente sur les étals des libraires. Un rapide relevé fait apparaître une cinquantaine d'ouvrages parus ces dernières semaines ! J'en conserve ce qui m'apparaît être le nec plus ultra, savoir une édition revue et augmentée des Origines de la révolution chinoise : 1915-1949. (Lucien Bianco, Paris, Gallimard, « Folio histoire », 2007, 525 pages), Les paysans chinois d'aujourd'hui : trois années d'enquête au coeur de la Chine (Chen Guidi & Chun Tao, Bourin, « Document » , 2007), La Chine et la démocratie (Mireille Delmas-Marty & Pierre-Etienne Will (ed.), Fayard, 2007, 893 pages), La pensée en Chine aujourd'hui (Anne Cheng (ed.), Paris, Gallimard, « Folio/essais », n° 486), dont les sorties ont été dûment saluées dans plusieurs articles de presse. Je n'en dirai pas plus, mais il me semble qu'on peut faire le pari que les deux derniers devraient s'imposer rapidement comme des ouvrages de référence aussi indispensables que l'étude que Lucien Bianco livra pour la première fois en 1967.

Dans cette floraison de saison, la littérature n'est pas oubliée par les éditeurs, bien que, dirions-nous, sa présence se manifeste avec la plus grande modestie.

Notons pour le registre contemporain, la nouvelle édition du Chantier de Mo Yan 莫言, traduit par Chantal Chen-Andro qui voit le jour au Seuil dans la collection « Cadre vert ». M'est avis que l'auteur du Petit précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine (Picquier), nous dira très prochainement si la traduction de Zhulu a, ou non, évolué depuis sa sortie initiale en 1993 chez Scanéditions, ce que je suis dans l'impossibilité de faire aujourd'hui.

Pour ce qui est de la littérature de la Chine ancienne, je m'empresse de signaler une autre réédition. Il s'agit d'un volume publié voici 20 ans déjà aux éditions Le Nyctalope (1987) sous le titre Les formes du vent. Paysages chinois en prose. Ce livre au format de poche reprend donc sous ce beau titre, la traduction par Martine Vallette-Hémery de cinquante courts textes en prose classique d'auteurs de différentes époques allant des Dynasties du Nord et du Sud comme Bao Zhao 鮑照 (414-466), à la dernière dynastie avec, notamment, des compositions de Yuan Mei 袁枚 (1716-1797). La plupart des 27 auteurs convoqués sont des inconnus pour le public francophone ; certains pourtant devraient évoquer des souvenirs aux plus assidus : outre Wang Wei 王維 (701-761) [Patrick Carré, Phébus, 2003], Su Shi 蘇軾 (1036-1101) [Jacques Pimpaneau, Picquier, 2003 ; Stéphane Feuillas, Caractères, 2004], Zhang Dai 張岱 (1597-1689) [B. Teboul-Wang, Gallimard, « Connaissance de l'Orient », 1995], Ouyang Xiu 歐陽修 (1007-1072) [Pierre Brière, Cazimi, 1997], on retrouve un des maîtres du genre du « paysage en prose », Yuan Hongdao 袁宏道 (1568-1623) auquel M. Vallette-Hémery avait déjà consacré une étude [Yuan Hongdao (1568-1610). Théorie et pratique littéraires, Collège de France/IHEC, 1982] et un recueil de traductions [Nuages et pierres, Picquier, 1997].

Depuis cette publication, M. Vallette-Hémery n'a cessé d'explorer avec une réussite égale et une remarquable persévérance ce registre très particulier du génie littéraire chinois, ou ses abords immédiats. On lui doit en plus des recueils déjà évoqués, la révélation d'anthologies d'apophtegmes fameux de lettrés de la fin des Ming, comme Hong Zicheng 洪自成 [Propos sur la racine des légumes, 1995], ou du début des Qing comme Zhang Chao 張潮 (1650 - ?) [L’ombre d’un rêve, 1997] toujours au catalogue des éditions Zulma, et plus récemment ceux de Wu Congxian 吳從先 [Vu par la petite fenêtre, 2005] aux Editions Bleu de Chine. N'oublions pas non plus le recueil publié chez Picquier autour des jardins chinois [Les paradis naturels, 2001] et que cette spécialiste de la prose classique ancienne a aussi abordé la littérature moderne avec toujours le même doigté et la justesse de ton (voir ici). On ne peut donc que se réjouir de pouvoir retrouver ce petit volume (180 pages) depuis longtemps indisponible, présenté, cette fois, sous une couverture dont le motif - un canard volant au dessus des roseaux - est emprunté au Vol solitaire du peintre Bian Shoumin 邊壽民 (1684-1752).

Petite mise en garde, néanmoins : il vous faudra sans doute chercher ces Formes du vent quelque part entre les écrits de Krishnamurti et, au mieux, les traductions du Laozi et le Confucius de Jean Lévi (n° 198 de la même collection), sinon fouiner dans le rayon des ouvrages touchant de près ou de loin au vaste champ qui s'étend entre religion et superstition, car les libraires - tout au moins celui chez qui je me suis rendu -, se fiant à l'intitulé de la collection, « Spiritualités vivantes », le détournent de sa destination naturelle : le champ littéraire, où il a sa place à proximité des ouvrages de poésie ----- il faudrait du reste expliquer aux libraires (sauf à ceux de la Librairie Le Phénix (Paris) qui fête ses 40 premières années d'existence, bien entendu) où ranger ces curiosités littéraires, ces « paysages en prose » qui constituent, dixit François Cheng, « un genre majeur dans lequel se sont illustrés les plus grands », et dont un des chefs-d'œuvre est sans doute le Xu Xiake youji 徐霞客游記 [Randonnées aux sites sublimes, Jacques Dars (trad.). Gallimard, « Connaissance de l'Orient », 1993] !

Le second ouvrage que je tiens à signaler aujourd'hui a bien failli m'échapper, car je l'ai d'abord pris pour une nouvelle édition, sous un titre à peine modifié, d'un ouvrage presque aussi ancien que Les formes du vent. Un coup d'œil aux deux couvertures en illustration de ce billet fera, mieux qu'un long discours, comprendre la cause de ma méprise momentanée :
• à gauche : la couverture de la réédition au format de poche de l'ouvrage Les 36 stratagèmes : Traité secret de stratégie chinoise. Traduit par François Kircher. Paris, J.-C. Lattès, 1991. Il s'agit, en l'occurrence, de la présentation retenue en 1995 chez Rivages pour sa collection « Rivages poche » (271 p.).

• à droite : la couverture d'un tout récent volume (portant le n° 572) de la « Petite bibliothèque » de la collection « Rivages poche » des Editions Payot & Rivages. Son titre est : Les 36 stratagèmes. Manuel secret de l'art de la guerre. Traduit du chinois, présenté et commenté par Jean Lévi (287 p.)
On s'y tromperait à moins. On est, du reste, en droit de se demander si la ressemblance n'a pas été sciemment recherchée dans ce but ? Quoi qu'il en soit, la première traduction publiée est dorénavant - et ce depuis 2001 je crois -, éditée par les Editions du Rocher, dans la collection « L'art de la guerre ». On pourra donc comparer cette ancienne édition/traduction/commentaire des fameux Trente-Six Stratagèmes, avec la nouvelle édition/traduction/commentaire qu'en donne 15 ans plus tard l'infatigable et très prolifique Jean Lévi à qui l'on doit de pouvoir lire en français tant de choses et notamment un très percutant Hanfeizi 韓非子 [Le Seuil, « Points/Sagesses », n° 141, 1999], ainsi qu'un Zhuangzi 莊子 intégral [Paris, Encyclopédie des Nuisances, 2006]. C'est un exercice auquel je me livrerai avec délice dès que j'aurai remis la main sur un exemplaire de ce best-seller réalisé sous un pseudonyme qu'il ne m'appartient pas de percer. Pour l'heure, je vais me contenter de citer un court passage de la présentation donnée par Jean Lévi à son dernier opus, lequel me semble promis à un succès équivalent ou même supérieur à celui reçu par le Sunzi bingfa 孫子兵法 qu'il avait réalisé voici sept ans (Sun Tzu, L'art de la guerre. Hachette) :
Les 36 Stratagèmes est un livre mystérieux. Si mystérieux qu'on peut se demander s'il constitue réellement un livre. .../... Le traité des 36 Stratagèmes aujourd'hui en circulation daterait de la fin des Ming ou du début des Qing et émanerait de ce milieu des sociétés secrètes antimandchoues qui fleurirent durant cette période. En fait, si « secret » il y a, il s'agit d'un secret de polichinelle. La plupart des expressions qui servent d'intitulé aux différentes combinaisons constituant la liste des trente-six stratagèmes sont des dictons ou des proverbes archiconnus. Mais ce ne sont pas seulement les intitulés qui ressortissent à un fonds culturel universellement partagé, les illustrations fournies par le commentaire sont elles aussi des poncifs. Rien de mystérieux dans tout cela. De toute façon les véritables recettes secrètes ne se transmettent jamais par écrit, mais oralement de maître à disciple. Car, ainsi que le proclame Tchouang-tseu, le grand philosophe taoïste du IVe siècle avant notre ère : « Ce que n'ont pu transmettre oralement les anciens est bien mort et les livres ne sont que leurs déjections. » (p. 7-8)
Les plus impatients de découvrir ces amusantes « déjections » pourront commencer leur formation sans tarder, par l'exploration online de ce texte grâce à l'excellente excroissance du site de l'Association Française des Professeurs de Chinois (AFPC), le Wengu zhixin 溫故知新 qui propose des classiques chinois en version originale et en traduction. Il fournit un accès au Sanshiliu ji 三十六計 qu'on peut lire avec l'assistance d'un dictionnaire en ligne et deux traductions (française et anglaise) en commençant ici.

Bonne découverte donc, et à un de ces prochains jours pour la confrontation du nouveau avec l'ancien. (P.K.)

mercredi 16 mai 2007

Devinette (003)


Une devinette chasse l'autre, mais celle-ci pourrait bien être la dernière car les précédentes n'ont soulevé aucune passion, pas même la plus infime tentative d'élucidation. Faut-il mettre un lot en jeu ? Si c'est le cas - on verra bien après tout -, j'offre au premier qui découvrira l'auteur des lignes suivantes un volume de littérature chinoise en traduction :
Qui n'a pas entendu dire qu'en Chine on jetait parfois les enfants à l'eau, comme ici l'on donne des boulettes aux chiens pendant la canicule. méfions-nous beaucoup des voyageurs de l'école de celui qui, voyant à Blois une jeune fille rousse, écrivit que toutes les femmes du Blésois étaient ainsi. Ces voyageurs préoccupés d'un fait, d'une exception dont le motif leur échappe, qui ne s'élèvent pas aux considérations générales et ne savent pas voir l'ensemble, ont causé bien des erreurs. Je crois que la Chine est particulièrement victime des gens qui prétendent y être allés et qui sont restés tout bonnement à Canton sur le territoire abandonné au commerce, ou à Macao, ville moitié portugaise et moitié chinoise.
Niveau de difficulté : 1/5. Réponse et publication du nom de la lauréate ou du lauréat vers le 24 mai. Bonne chance. (P.K.)

mardi 15 mai 2007

Lacunes

Le moine Xuanzang 玄奘 (602-664)

Le précédent billet sur la tenue à Aix-en-Provence du colloque sur la « Bibliothèque de la Pléiade » (24-26/05/07) m'avait amené à dresser la liste des sept volumes consacrés à la Chine déjà publiés dans la prestigieuse collection et conduit à la réflexion que c'était peu au regard de la richesse et la diversité de la littérature chinoise classique.

Méritaient sans conteste de venir gonfler ce palmarès, une traduction du Sanguo yanyi 三國演義 - et pourquoi pas celle qui fut publiée en sept volumes sur cinq ans par les Éditions Flammarion (1987-1991, Les trois royaumes, traduction de Louis Ricaud & Nghiêm Toan (1958.), achevée par Jean & Angélique Lévi) - et, bien entendu, la magistrale traduction par André Lévy du Liaozhai zhiyi 聊齋誌異 de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) qui vit le jour sous le titre de Chroniques de l'étrange en 2005 aux Éditions Picquier. Cette traduction intégrale n’aurait pas souffert d’être couchée sur papier bible, et ses 503 contes à faire frémir et sourire, auraient gagné à être accompagnés d’un appareil critique du type de ceux qui font la richesse des éditions livrées sous reluire peau dorée à l’or fin. Mais, saluons le courage des Éditions Picquier d’avoir pris en charge la livraison de ce chef-d'œuvre incontesté dans un élégant coffret de deux beaux volumes dûment illustrés et dotés de répertoires.

Mais, dès lors, pourquoi ne pas rêver à d'autres traductions qui pourraient venir, dans un avenir plus ou moins proche, enrichir la « Bibliothèque de la Pléiade », ou simplement, en paraissant ailleurs et sans les fastes de l’édition de luxe, offrir au lecteur français une vision plus large du génie littéraire chinois.

C’est l’exercice auquel je m'étais livré voici maintenant 6 ans pour le compte du Centre National du Livre (CNL) qui avait demandé à une poignée de sinologues de repérer les
« oublis les plus flagrants » touchant les « Classiques » dont la traduction serait susceptible d'être soutenue par de substantielles subventions. J’avais encore en tête un « Panorama des traductions de littérature chinoise ancienne » établi en 1997 pour la Revue Bibliographique de Sinologie (1997, pp. 339-350) auquel je n’avais pas eu à l’époque (2001) beaucoup de titres à ajouter ---- je suis contraint de faire la même constatation à nouveau, aujourd’hui : beaucoup reste à faire dans ce domaine !

Or donc, bien que décidé à me borner au genre romanesque en langue vulgaire, je n’avais pu m’empêcher de signaler l’absence d'une traduction complète du Shiji 史記 (Mémoires historiques) de Sima Qian 司馬遷 (vers 145 - vers 90 av. J.-C.) - celle qu’Edouard Chavannes (1865-1918) a laissée incomplète (5 volumes chez Adrien Maisonneuve, 1969) n'est guère accessible sauf en ligne grâce à Pierre Palpant. J’avais même pensé au Shishuo xinyu 世說新語 de Liu Yiqing 劉義慶 (403-444) qu’on ne connaît que par bribes (J.-P. Diény, J. Pimpaneau), comme les écrits des grands hommes de lettres que furent Bai Juyi 白居易 (772-846), Yuan Zhen 元稹 (779-831), Su Shi 蘇軾 (Dongpo 東坡, 1037-1101), Duan Chengshi (vers 800- 863), Han Yu 韓愈 (758-824), Ouyang Xiu 歐陽修 (1007-1072), Liu Zongyuan 柳宗元 (773-819), Zhu Xi 朱熹 (1130-1200), Li Zhi 李贄 (1527-1602) et aussi Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) dont le Zi bu yu 子不語 (Ce que le Maître ne dit pas) pourrait être traduit comme bien d'autres recueils d'anecdotes - je pensais, notamment, à ceux de Feng Menglong 馮夢龍 (1574-1646) dont l’admirable anthologie d’histoires d’amour, Qingshi 情史 (Histoire du sentiment amoureux), le piquant Zhinang 智囊 (La besace de sapience), les remarquables Gujin tangai 古今谭概 (Thèmes de conversation), les désopilantes blagues de son Xiaofu 笑府 (Trésor comique) ou encore les poésies campagnardes des Shange 山歌 , etc. --- si on ajoute à ce bel ensemble ses recueils de contes, Feng pourrait remplir facilement huit ou neuf volumes « Pléiade » à lui tout seul.

Je n'oubliais pas non plus le théâtre littéraire des Yuan au Qing, genre particulièrement généreux qui est, et de loin, le moins connu des Français - et pour cause : c'est le plus difficile à traduire ! Je plaidais donc en faveur de Guan Hanqing 關漢卿 (né vers 1230), Ma Zhiyuan 馬致遠 (1250 ?-1322 ?), Wang Shifu 王實甫 (début du XIV° s.) pour son Xixiangji 西廂記 si indispensable, mais aussi Gao Ming 高明 (vers 1307-1371), Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1617), Hong Sheng 洪昇 (1645-1704) pour son Changsheng dian 長生殿 (Le palais de la longévité, 1688), Kong Shangren 孔尚仁 (1648-1718) pour son Taohua shan 桃花扇 (L’éventail aux fleurs de pêcher, 1699), entre autres dramaturges qui devraient être aussi universellement connus que Shakespeare, Goldoni ou Mariva
ux. C’est aussi le cas de Li Yu 李漁 (1611-1680), auteur de dix chuanqi 傳奇 dont la moitié au moins a de quoi séduire et fasciner le public français amateur des comédies de Molière. D'autant plus motivé que j'ai consacré beaucoup de mon temps à cet auteur original, je signalais combien il devrait retenir l’attention pour ses essais (Xianqing ouji 閒情偶寄) - depuis abordés avec maestria par Jacques Dars (Les carnets secrets de Li Yu. Picquier, 2004) -, mais aussi, et surtout, ses fictions : deux collections de récits courts - Wushengxi 無聲戲 (Comédies silencieuses) et Shi’er lou 十二樓 (Douze pavillons) -, et un roman, Rouputuan 肉蒲團 (Chair, tapis de prière), qui attend toujours une traduction à la hauteur de sa qualité et de son texte dorénavant correctement établi.

En plus des xiaoshuo 小說 en langue vulgaire de mon cher Li Yu, je pointais quelques créations marquantes de cette veine littéraire si prodigue d’œu
vres marquantes en commençant par le Fengshen yanyi 封神演義 - depuis traduit sous le titre d'Investiture des Dieux (Jacques Garnier, Librairie You-Feng, 2002). Je signalais ensuite cette surprenante suite au Xiyouji qu’est le Xiyou bu 西游補 de Dong Yue 董說 (1620-1686), déjà disponible en anglais depuis 1978, mais aussi le curieux et réjouissant Xingshi yinyuan zhuan 醒世姻緣傳 (Destinées matrimoniales propres à éveiller le monde) : longtemps attribuée à Pu Songling, la rédaction de ce roman riche (100 chapitres) et foisonnant pourrait finalement revenir à Ding Yaokang 丁耀亢 (1599-1669), auteur par ailleurs d’une intéressante suite au Jin Ping Mei dont la traduction permettrait aux amateurs de Fleur en Fiole d'Or de poursuivre leur étude des aléas de la destinée humaine.

Perdant, l’espace d’un instant tout sens des réalités, je convoquais dans le même élan fougueux trois mastodontes romanesques : le Yesou puya
n 野叟曝言 de Xia Jingqu 夏敬渠 (1705-1787), livre aussi monumental (154 chapitres) que fascinant qui ne se contente pas de raconter l’histoire d’un héros cherchant la gloire et la sainteté, mais qui embrasse véritablement tous les domaines de l’expérience humaine avec une volonté encyclopédique très marquée ; le Jinghua yuan 鏡花緣 (1821/1828) de Li Ruzhen 李汝珍 (1763-1830 ?), fresque narrative à peine moins longue (100 chapitres) offrant un point de vue original sur la société Qing, et, last but not least, le Guwangyan 姑妄言 (1730) de Cao Qujing 曹去晶, un colossal roman érotique redécouvert et édité en 10 gros volumes par M. Chan Hingho 陳慶浩 (CNRS), et qui apporte une vision toute nouvelle de la création romanesque entre Jin Ping Mei et Hongloumeng.

Pressentant plus ou moins le sort qui serait, in fine, réservé à mes propositions, je m'en tenais là. Moins pessimiste, j’aurais sans doute allongé la liste en énumérant une bonne douzaine de titres de romans de taille plus modeste en incluant quelques-unes des romances injustement méprisées au regard de rendus anciens, héritage mal assumé de la vieille école de sinologie française (Stanislas Julien (1799-1873), Abel Rémusat (1788-1832) ou Soulié de Morant (1878-1955), etc.), ou une ou deux collections de contes du XVIIe siècle tel l’admirable Doupeng xianhua 豆棚閒話 (vers 1660) ou le Shidiantou 石點頭 (vers 1635), voire le drolatique Shi’er xiao 十二笑 (vers 1656). Ce serait à refaire, j’ajouterai même quelques histoires de renardes que j'espère bien lire un jour dans la langue de Barbey d'Aurevilly grâce à Solange Cruveillé qui a pris à bras-le-corps ce registre aussi indispensable que plaisant.

Las ! Inutile de s’échauffer la bile. La consultation du fruit de ce travail vient de me ramener à la raison. La liste des lacunes retenues par le CNL pour le domaine chinois se limite – ce qui n’est déjà pas mal ! -, à trois auteurs qui sont : Yuan Mei pour Poésies de la maison sise sur la colline du grenier [Xiaocang shanfang shiji 小倉山房詩集], Œuvres de la maison sise [sur la Colline du Grenier, Xiaocang shanfang wenji
小倉山房文集], Propos sur la poésie [Suiyuan shihua 隨園詩話], Essais au fil du pinceau de Suiyuan [Suiyuan suibi 隨園隨筆] ; Tang Xianzu pour Les quatre rêves de Yumintang [Yumintang simeng 玉茗堂四夢, ensemble de quatre pièces qui comprend le Mudanting 牧丹亭 traduit en 1999 par André Lévy (Le Pavillon aux pivoines. Paris, Festival d’automne/Musica Falsa) qui pourrait bien être le maître d’œuvre de cette ambitieuse entreprise] et Wang Shifu pour Le pavillon de l’ouest. Et puis, c'est tout !

Certes l’accent a été mis sur une des carences les plus criantes touchant un genre - le théâtre - sur lequel les éditeurs hésitent à investir, mais c’est faire peu de cas de tout le reste. Exit Sima Qian, Zhu Xi, Li Zhi et les autres romanciers, les autres dramaturges, tous les poètes et prosateurs de talent, exit aussi tous ces beaux romans et récits de la Chine ancienne, lesquels ne méritent pas, a priori, d’être distingués, et tant pis pour leurs traducteurs potentiels qui devront s’armer de courage et d’arguments pour convaincre que leur choix constitue bien une nécessité et pas seulement une fantaisie et requiert une assistance financière digne de ce nom et pas seulement une maigre rétribution.

Si vous avez des suggestions d'œuvres ou d'
auteurs à traduire, n’hésitez pas à les glisser dans un commentaire, je les ajouterais à cette déjà longue liste, qu'on pourrait encore allonger en invoquant - mais est-ce bien raisonnable ? -, les œuvres dont la traduction pourrait être revue. (P.K.)

vendredi 11 mai 2007

La Pléiade à Aix

Les 24-25-26 mai 2007 va se tenir à la Cité du Livre d'Aix en Provence, un colloque international intitulé « La Pléiade » bibliothèque, institution, musée imaginaire. Il est co-organisé par l’Equipe ORLAC (Observatoire de Recherche sur la Littérature contemporaine et actuelle, Université de Provence) et le CRAL (Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, CNRS). Il « tentera de cerner la place tout à fait singulière qu’occupe la « Bibliothèque de la Pléiade » dans l’édition. Conçue comme une bibliothèque imaginaire idéale par Jacques Schiffrin, la construction de la collection ne cesse de poser la question de la valeur littéraire. Cette valeur et le musée imaginaire qu’elle contribue à instituer voudraient échapper au temps ou du moins statuer pour la postérité ; or une collection, élément d’une politique éditoriale en constante adaptation, se doit d’évoluer. La « Bibliothèque de la Pléiade » porte ainsi trace et témoignage des conceptions successives de l'œuvre littéraire et, simultanément, des conceptions de l’édition critique et de ses mutations. »

Pour plus de détails, il faut consulter le programme ici, ici ou ici. A noter la communication de Jean-Pierre Lefebvre (ENS, Paris), « Traduire sur papier bible ». Peut-être sera-t-il question de la place (modeste) de la littérature asiatique dans cette prestigieuse collection dont le catalogue est consultable sur le site des Editions Gallimard.

Pour ce qui concerne la littérature chinoise, cette collection propose en tout et pour tout sept titres dont les deux volumes baptisés Philosophes taoïstes publiés respectivement en 1980 et en 2003 :
- No 283. TOME I : Lao-tseu : Tao-Tö King. Tchouang-tseu : L'Œuvre complète. Lie-tseu : Le Vrai classique du vide parfait. Traductions du chinois par Benedykt Grynpas et Liou Kia-hway. Textes relus par Paul Demiéville, Étiemble et Max Kaltenmark. Avant-propos, préface et bibliographie par Étiemble.

- No 494. TOME II : Huainan zi 淮南子. Édition publiée sous la direction de Charles Le Blanc et Rémi Mathieu, trad. du chinois par Bai Gang, Anne Cheng, Charles Le Blanc, Jean Levi, Jean Marchand, Rémi Mathieu, Nathalie Pham-Miclot et Chantal Zheng.
Pour ce qui est de la littérature de fiction, on a eu droit, en moins de vingt ans, à cinq œuvres majeures de la production romanesque chinoise en langue vulgaire :
1978 : Luo Guan-Zhong 羅貫中, Shi Nai-an 施耐庵, Au bord de l'eau, Shui-hu-zhuan 水滸傳, traduit du chinois par Jacques Dars, avec un avant-propos de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1981
: Cao Xueqin 曹雪芹, Le Rêve dans le pavillon rouge. Hongloumeng 紅樓夢, traduit du chinois par Jacqueline Alézaïs et Li Tche-houa et révisé par André d' Hormon.

1985
: Jin Ping Mei 金瓶梅, Fleur en Fiole d'Or, traduit du chinois par André Lévy, préface de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1991 : Wu Cheng'en 吳承恩, La Pérégrination vers l'ouest. Xiyou ji 西游記, traduit du chinois par André Lévy.

1996 : Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois. Jingu qiguan 今古奇觀. Contes chinois des Ming, traduits du chinois par Rainier Lanselle.
En soit remercié Etiemble (1909-2002) à qui l'on doit également la création, en 1956, de la collection « Connaissance de l'Orient ».