mercredi 16 mai 2007

Devinette (003)


Une devinette chasse l'autre, mais celle-ci pourrait bien être la dernière car les précédentes n'ont soulevé aucune passion, pas même la plus infime tentative d'élucidation. Faut-il mettre un lot en jeu ? Si c'est le cas - on verra bien après tout -, j'offre au premier qui découvrira l'auteur des lignes suivantes un volume de littérature chinoise en traduction :
Qui n'a pas entendu dire qu'en Chine on jetait parfois les enfants à l'eau, comme ici l'on donne des boulettes aux chiens pendant la canicule. méfions-nous beaucoup des voyageurs de l'école de celui qui, voyant à Blois une jeune fille rousse, écrivit que toutes les femmes du Blésois étaient ainsi. Ces voyageurs préoccupés d'un fait, d'une exception dont le motif leur échappe, qui ne s'élèvent pas aux considérations générales et ne savent pas voir l'ensemble, ont causé bien des erreurs. Je crois que la Chine est particulièrement victime des gens qui prétendent y être allés et qui sont restés tout bonnement à Canton sur le territoire abandonné au commerce, ou à Macao, ville moitié portugaise et moitié chinoise.
Niveau de difficulté : 1/5. Réponse et publication du nom de la lauréate ou du lauréat vers le 24 mai. Bonne chance. (P.K.)

mardi 15 mai 2007

Lacunes

Le moine Xuanzang 玄奘 (602-664)

Le précédent billet sur la tenue à Aix-en-Provence du colloque sur la « Bibliothèque de la Pléiade » (24-26/05/07) m'avait amené à dresser la liste des sept volumes consacrés à la Chine déjà publiés dans la prestigieuse collection et conduit à la réflexion que c'était peu au regard de la richesse et la diversité de la littérature chinoise classique.

Méritaient sans conteste de venir gonfler ce palmarès, une traduction du Sanguo yanyi 三國演義 - et pourquoi pas celle qui fut publiée en sept volumes sur cinq ans par les Éditions Flammarion (1987-1991, Les trois royaumes, traduction de Louis Ricaud & Nghiêm Toan (1958.), achevée par Jean & Angélique Lévi) - et, bien entendu, la magistrale traduction par André Lévy du Liaozhai zhiyi 聊齋誌異 de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) qui vit le jour sous le titre de Chroniques de l'étrange en 2005 aux Éditions Picquier. Cette traduction intégrale n’aurait pas souffert d’être couchée sur papier bible, et ses 503 contes à faire frémir et sourire, auraient gagné à être accompagnés d’un appareil critique du type de ceux qui font la richesse des éditions livrées sous reluire peau dorée à l’or fin. Mais, saluons le courage des Éditions Picquier d’avoir pris en charge la livraison de ce chef-d'œuvre incontesté dans un élégant coffret de deux beaux volumes dûment illustrés et dotés de répertoires.

Mais, dès lors, pourquoi ne pas rêver à d'autres traductions qui pourraient venir, dans un avenir plus ou moins proche, enrichir la « Bibliothèque de la Pléiade », ou simplement, en paraissant ailleurs et sans les fastes de l’édition de luxe, offrir au lecteur français une vision plus large du génie littéraire chinois.

C’est l’exercice auquel je m'étais livré voici maintenant 6 ans pour le compte du Centre National du Livre (CNL) qui avait demandé à une poignée de sinologues de repérer les
« oublis les plus flagrants » touchant les « Classiques » dont la traduction serait susceptible d'être soutenue par de substantielles subventions. J’avais encore en tête un « Panorama des traductions de littérature chinoise ancienne » établi en 1997 pour la Revue Bibliographique de Sinologie (1997, pp. 339-350) auquel je n’avais pas eu à l’époque (2001) beaucoup de titres à ajouter ---- je suis contraint de faire la même constatation à nouveau, aujourd’hui : beaucoup reste à faire dans ce domaine !

Or donc, bien que décidé à me borner au genre romanesque en langue vulgaire, je n’avais pu m’empêcher de signaler l’absence d'une traduction complète du Shiji 史記 (Mémoires historiques) de Sima Qian 司馬遷 (vers 145 - vers 90 av. J.-C.) - celle qu’Edouard Chavannes (1865-1918) a laissée incomplète (5 volumes chez Adrien Maisonneuve, 1969) n'est guère accessible sauf en ligne grâce à Pierre Palpant. J’avais même pensé au Shishuo xinyu 世說新語 de Liu Yiqing 劉義慶 (403-444) qu’on ne connaît que par bribes (J.-P. Diény, J. Pimpaneau), comme les écrits des grands hommes de lettres que furent Bai Juyi 白居易 (772-846), Yuan Zhen 元稹 (779-831), Su Shi 蘇軾 (Dongpo 東坡, 1037-1101), Duan Chengshi (vers 800- 863), Han Yu 韓愈 (758-824), Ouyang Xiu 歐陽修 (1007-1072), Liu Zongyuan 柳宗元 (773-819), Zhu Xi 朱熹 (1130-1200), Li Zhi 李贄 (1527-1602) et aussi Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) dont le Zi bu yu 子不語 (Ce que le Maître ne dit pas) pourrait être traduit comme bien d'autres recueils d'anecdotes - je pensais, notamment, à ceux de Feng Menglong 馮夢龍 (1574-1646) dont l’admirable anthologie d’histoires d’amour, Qingshi 情史 (Histoire du sentiment amoureux), le piquant Zhinang 智囊 (La besace de sapience), les remarquables Gujin tangai 古今谭概 (Thèmes de conversation), les désopilantes blagues de son Xiaofu 笑府 (Trésor comique) ou encore les poésies campagnardes des Shange 山歌 , etc. --- si on ajoute à ce bel ensemble ses recueils de contes, Feng pourrait remplir facilement huit ou neuf volumes « Pléiade » à lui tout seul.

Je n'oubliais pas non plus le théâtre littéraire des Yuan au Qing, genre particulièrement généreux qui est, et de loin, le moins connu des Français - et pour cause : c'est le plus difficile à traduire ! Je plaidais donc en faveur de Guan Hanqing 關漢卿 (né vers 1230), Ma Zhiyuan 馬致遠 (1250 ?-1322 ?), Wang Shifu 王實甫 (début du XIV° s.) pour son Xixiangji 西廂記 si indispensable, mais aussi Gao Ming 高明 (vers 1307-1371), Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1617), Hong Sheng 洪昇 (1645-1704) pour son Changsheng dian 長生殿 (Le palais de la longévité, 1688), Kong Shangren 孔尚仁 (1648-1718) pour son Taohua shan 桃花扇 (L’éventail aux fleurs de pêcher, 1699), entre autres dramaturges qui devraient être aussi universellement connus que Shakespeare, Goldoni ou Mariva
ux. C’est aussi le cas de Li Yu 李漁 (1611-1680), auteur de dix chuanqi 傳奇 dont la moitié au moins a de quoi séduire et fasciner le public français amateur des comédies de Molière. D'autant plus motivé que j'ai consacré beaucoup de mon temps à cet auteur original, je signalais combien il devrait retenir l’attention pour ses essais (Xianqing ouji 閒情偶寄) - depuis abordés avec maestria par Jacques Dars (Les carnets secrets de Li Yu. Picquier, 2004) -, mais aussi, et surtout, ses fictions : deux collections de récits courts - Wushengxi 無聲戲 (Comédies silencieuses) et Shi’er lou 十二樓 (Douze pavillons) -, et un roman, Rouputuan 肉蒲團 (Chair, tapis de prière), qui attend toujours une traduction à la hauteur de sa qualité et de son texte dorénavant correctement établi.

En plus des xiaoshuo 小說 en langue vulgaire de mon cher Li Yu, je pointais quelques créations marquantes de cette veine littéraire si prodigue d’œu
vres marquantes en commençant par le Fengshen yanyi 封神演義 - depuis traduit sous le titre d'Investiture des Dieux (Jacques Garnier, Librairie You-Feng, 2002). Je signalais ensuite cette surprenante suite au Xiyouji qu’est le Xiyou bu 西游補 de Dong Yue 董說 (1620-1686), déjà disponible en anglais depuis 1978, mais aussi le curieux et réjouissant Xingshi yinyuan zhuan 醒世姻緣傳 (Destinées matrimoniales propres à éveiller le monde) : longtemps attribuée à Pu Songling, la rédaction de ce roman riche (100 chapitres) et foisonnant pourrait finalement revenir à Ding Yaokang 丁耀亢 (1599-1669), auteur par ailleurs d’une intéressante suite au Jin Ping Mei dont la traduction permettrait aux amateurs de Fleur en Fiole d'Or de poursuivre leur étude des aléas de la destinée humaine.

Perdant, l’espace d’un instant tout sens des réalités, je convoquais dans le même élan fougueux trois mastodontes romanesques : le Yesou puya
n 野叟曝言 de Xia Jingqu 夏敬渠 (1705-1787), livre aussi monumental (154 chapitres) que fascinant qui ne se contente pas de raconter l’histoire d’un héros cherchant la gloire et la sainteté, mais qui embrasse véritablement tous les domaines de l’expérience humaine avec une volonté encyclopédique très marquée ; le Jinghua yuan 鏡花緣 (1821/1828) de Li Ruzhen 李汝珍 (1763-1830 ?), fresque narrative à peine moins longue (100 chapitres) offrant un point de vue original sur la société Qing, et, last but not least, le Guwangyan 姑妄言 (1730) de Cao Qujing 曹去晶, un colossal roman érotique redécouvert et édité en 10 gros volumes par M. Chan Hingho 陳慶浩 (CNRS), et qui apporte une vision toute nouvelle de la création romanesque entre Jin Ping Mei et Hongloumeng.

Pressentant plus ou moins le sort qui serait, in fine, réservé à mes propositions, je m'en tenais là. Moins pessimiste, j’aurais sans doute allongé la liste en énumérant une bonne douzaine de titres de romans de taille plus modeste en incluant quelques-unes des romances injustement méprisées au regard de rendus anciens, héritage mal assumé de la vieille école de sinologie française (Stanislas Julien (1799-1873), Abel Rémusat (1788-1832) ou Soulié de Morant (1878-1955), etc.), ou une ou deux collections de contes du XVIIe siècle tel l’admirable Doupeng xianhua 豆棚閒話 (vers 1660) ou le Shidiantou 石點頭 (vers 1635), voire le drolatique Shi’er xiao 十二笑 (vers 1656). Ce serait à refaire, j’ajouterai même quelques histoires de renardes que j'espère bien lire un jour dans la langue de Barbey d'Aurevilly grâce à Solange Cruveillé qui a pris à bras-le-corps ce registre aussi indispensable que plaisant.

Las ! Inutile de s’échauffer la bile. La consultation du fruit de ce travail vient de me ramener à la raison. La liste des lacunes retenues par le CNL pour le domaine chinois se limite – ce qui n’est déjà pas mal ! -, à trois auteurs qui sont : Yuan Mei pour Poésies de la maison sise sur la colline du grenier [Xiaocang shanfang shiji 小倉山房詩集], Œuvres de la maison sise [sur la Colline du Grenier, Xiaocang shanfang wenji
小倉山房文集], Propos sur la poésie [Suiyuan shihua 隨園詩話], Essais au fil du pinceau de Suiyuan [Suiyuan suibi 隨園隨筆] ; Tang Xianzu pour Les quatre rêves de Yumintang [Yumintang simeng 玉茗堂四夢, ensemble de quatre pièces qui comprend le Mudanting 牧丹亭 traduit en 1999 par André Lévy (Le Pavillon aux pivoines. Paris, Festival d’automne/Musica Falsa) qui pourrait bien être le maître d’œuvre de cette ambitieuse entreprise] et Wang Shifu pour Le pavillon de l’ouest. Et puis, c'est tout !

Certes l’accent a été mis sur une des carences les plus criantes touchant un genre - le théâtre - sur lequel les éditeurs hésitent à investir, mais c’est faire peu de cas de tout le reste. Exit Sima Qian, Zhu Xi, Li Zhi et les autres romanciers, les autres dramaturges, tous les poètes et prosateurs de talent, exit aussi tous ces beaux romans et récits de la Chine ancienne, lesquels ne méritent pas, a priori, d’être distingués, et tant pis pour leurs traducteurs potentiels qui devront s’armer de courage et d’arguments pour convaincre que leur choix constitue bien une nécessité et pas seulement une fantaisie et requiert une assistance financière digne de ce nom et pas seulement une maigre rétribution.

Si vous avez des suggestions d'œuvres ou d'
auteurs à traduire, n’hésitez pas à les glisser dans un commentaire, je les ajouterais à cette déjà longue liste, qu'on pourrait encore allonger en invoquant - mais est-ce bien raisonnable ? -, les œuvres dont la traduction pourrait être revue. (P.K.)

vendredi 11 mai 2007

La Pléiade à Aix

Les 24-25-26 mai 2007 va se tenir à la Cité du Livre d'Aix en Provence, un colloque international intitulé « La Pléiade » bibliothèque, institution, musée imaginaire. Il est co-organisé par l’Equipe ORLAC (Observatoire de Recherche sur la Littérature contemporaine et actuelle, Université de Provence) et le CRAL (Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, CNRS). Il « tentera de cerner la place tout à fait singulière qu’occupe la « Bibliothèque de la Pléiade » dans l’édition. Conçue comme une bibliothèque imaginaire idéale par Jacques Schiffrin, la construction de la collection ne cesse de poser la question de la valeur littéraire. Cette valeur et le musée imaginaire qu’elle contribue à instituer voudraient échapper au temps ou du moins statuer pour la postérité ; or une collection, élément d’une politique éditoriale en constante adaptation, se doit d’évoluer. La « Bibliothèque de la Pléiade » porte ainsi trace et témoignage des conceptions successives de l'œuvre littéraire et, simultanément, des conceptions de l’édition critique et de ses mutations. »

Pour plus de détails, il faut consulter le programme ici, ici ou ici. A noter la communication de Jean-Pierre Lefebvre (ENS, Paris), « Traduire sur papier bible ». Peut-être sera-t-il question de la place (modeste) de la littérature asiatique dans cette prestigieuse collection dont le catalogue est consultable sur le site des Editions Gallimard.

Pour ce qui concerne la littérature chinoise, cette collection propose en tout et pour tout sept titres dont les deux volumes baptisés Philosophes taoïstes publiés respectivement en 1980 et en 2003 :
- No 283. TOME I : Lao-tseu : Tao-Tö King. Tchouang-tseu : L'Œuvre complète. Lie-tseu : Le Vrai classique du vide parfait. Traductions du chinois par Benedykt Grynpas et Liou Kia-hway. Textes relus par Paul Demiéville, Étiemble et Max Kaltenmark. Avant-propos, préface et bibliographie par Étiemble.

- No 494. TOME II : Huainan zi 淮南子. Édition publiée sous la direction de Charles Le Blanc et Rémi Mathieu, trad. du chinois par Bai Gang, Anne Cheng, Charles Le Blanc, Jean Levi, Jean Marchand, Rémi Mathieu, Nathalie Pham-Miclot et Chantal Zheng.
Pour ce qui est de la littérature de fiction, on a eu droit, en moins de vingt ans, à cinq œuvres majeures de la production romanesque chinoise en langue vulgaire :
1978 : Luo Guan-Zhong 羅貫中, Shi Nai-an 施耐庵, Au bord de l'eau, Shui-hu-zhuan 水滸傳, traduit du chinois par Jacques Dars, avec un avant-propos de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1981
: Cao Xueqin 曹雪芹, Le Rêve dans le pavillon rouge. Hongloumeng 紅樓夢, traduit du chinois par Jacqueline Alézaïs et Li Tche-houa et révisé par André d' Hormon.

1985
: Jin Ping Mei 金瓶梅, Fleur en Fiole d'Or, traduit du chinois par André Lévy, préface de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1991 : Wu Cheng'en 吳承恩, La Pérégrination vers l'ouest. Xiyou ji 西游記, traduit du chinois par André Lévy.

1996 : Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois. Jingu qiguan 今古奇觀. Contes chinois des Ming, traduits du chinois par Rainier Lanselle.
En soit remercié Etiemble (1909-2002) à qui l'on doit également la création, en 1956, de la collection « Connaissance de l'Orient ».

lundi 30 avril 2007

Réponse à la devinette (002)

La deuxième devinette dont je vais dévoiler la réponse était annoncée avec un niveau de difficulté relativement bas (3/5) car il n'était pas nécessaire de posséder une érudition sans borne pour la résoudre. Une bonne maîtrise des moteurs de recherche permettait de retrouver facilement la source de cette citation. En effet, l'ouvrage dont on pouvait lire un court extrait a été mis en ligne par Pierre Palpant dans la collection qu'il alimente régulièrement sur le site "Les Classiques des sciences sociales" de UQAC (Université du Québec à Chicoutimi). On ne saurait trop le remercier d'accomplir ce travail utile qui rend hommage à des auteurs que le sinologue amateur tout comme l'expert des affaires chinoises se doivent de connaître et de fréquenter assidûment.

Cette collection intitulée "Chine ancienne" donne accès en différents formats (Word, RTF, PDF) à plus d'une centaine d’ouvrages, soit plusieurs dizaines de milliers de pages. Dans la liste des titres et des auteurs accessibles, on trouve naturellement les classiques traduits par Séraphin Couvreur (1835-1919), le Yiking de Paul-Louis-Félix Philastre (1837-1902), la plupart des ouvrages de Marcel Granet (1884-1940) ceux d'Edouard Chavannes (1865-1918), dont les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien, les écrits d'Henri Maspero (1883-1945), le Tao tö king, Le livre de la voie et de la vertu de J.J.L. Duyvendak (1889-1954) et bien d'autres textes et traductions incontournables livrés depuis le milieu du XVIIIème siècle par les sinologes français et occidentaux.

C'est ainsi que dans les rayonnages de cette bibliothèque virtuelle facilement consultable et exploitable, on trouve dorénavant La Cité chinoise de G.-Eugène Simon (1829-1896). L'ouvrage date de 1885. Mais laissons Pierre Palpant présenter son édition électronique qui, je cite, est "réalisée à partir du texte de G.-Eugène Simon (1829-1896), La Cité chinoise. Première édition : Nouvelle Revue, Paris, 1885, 390 pages, reprise en fac-similé par les Éditions Kimé, Paris, 1992, collection ‘Manuscrits retrouvés’.

P. Palpant fournit également la présentation de l'auteur suivante qu'il tire de deux sources [1. les pages 17 à 20 d'un document pdf intitulé Histoire de la Chine moderne (2002) diffusé par le Collège de France dont l'auteur est Pierre-Étienne Will ; 2. l'article "China in Western Thought and Culture" du Dictionary of the History of Ideas (New York : Charles Scribner's Sons, 1973-74, p. 371) signé Donald F. Lach] :
"Ingénieur agronome, il fait en Chine, au début des années 1860, une mission d’études de quatre ans, qui le conduit à sillonner le pays. Il est consul de France dans la deuxième moitié des mêmes années 1860. Rentré en France, il fait paraître à la Nouvelle revue, septembre-octobre 1885, un texte sur La Famille Ouang-Ming-Tse, qu’il intégrera dans son livre La Cité chinoise de la fin de la même année. Son livre, par son style, son enthousiasme, son aspect ‘expérience vécue’, et arrivant peu après la guerre du Tonkin, connaîtra un franc succès et des rééditions en France, aussi bien que diverses traductions." "Le succès du livre a été hors de proportion avec son importance intrinsèque."
Quoi qu'il en soit, les propos de G[eorges ?]-Eugène Simon sur l'art de la traduction, et cette conviction qu'il faut à ceux qui s'y consacrent "un goût particulier, une absence complète de prétentions et une certaine simplicité de coeur et d’esprit", peuvent encore nous interpeller. Plus loin dans le texte (p. 176), Simon revient sur le sujet :
"[I]l est vrai qu’en certaines matières il ne suffit pas de savoir une langue pour la bien interpréter, mais qu’il est indispensable d’y joindre une grande indépendance d’esprit et de caractère et certaines connaissances préalables. Or, si ces qualités réunies ne se rencontrent pas toujours chez les laïcs, combien doit-il être plus rare encore de les trouver chez les religieux ! Cependant, tout odieuses que soient ces infidélités de traducteur et ces violences faites aux livres consacrés de la Chine, elles n’ont, au moins directement, fait verser le sang de personne."

lundi 16 avril 2007

Petit exercice de traduction

Les écrivains chinois contemporains aiment souvent utiliser la phrase courte dans leurs écrits. Ce n’est pas le cas de Mo Yan 莫言 dans le roman Sishiyipao 《四十一炮》(Les quarante et un canons), que je traduis en ce moment avec Liliane Dutrait.

Au chapitre 15, je suis tombé sur la phrase suivante (le narrateur est surveillant dans les toilettes d’un dancing) :

我无法看到他在舞场里的潇洒舞姿,但我能想象出来,当他搂住那个穿着洁白的、墨绿的、紫红的晚礼服,露着仿佛是用白玉雕成的肩膀和胳膊,佩戴着璀璨夺目的首饰,大眼睛水汪汪、嘴角上生一颗黑色的美人痣的全舞场最美丽的女人翩翩起舞时,多少人的目光都投射到他的身上。

Pas facile non ? Je livrerai le résultat définitif de notre traduction dans quelques temps… (N.D.)

L'illustration provient du site chinois Bandao wang 半岛网 (Qingdao) qui organisait, le 29 novembre dernier, un chat avec l'écrivain, dont on peut lire le verbatim ici , voir des photos, ici, accéder à des documents complémentaires, ici, et même voir la vidéo à partir d'ici [nécessite le lecteur Windows Media]. (P.K.)

dimanche 15 avril 2007

Devinette (002)

Même défi pour cette nouvelle devinette que pour la précédente : Qui peut dater le texte ci-dessous et en identifier l'auteur ?
Il existe aujourd’hui de très bons sinologues français, anglais, allemands et russes. Mais il ne suffit pas toujours de connaître une langue, et de la connaître à fond, à supposer qu’il y en ait beaucoup qui puissent se flatter de connaître jusque-là la langue chinoise, pour être capable d’en interpréter toutes les productions. Il y faut tout au moins un goût particulier, une absence complète de prétentions et une certaine simplicité de coeur et d’esprit.
Vous pouvez glisser vos propositions dans un commentaire discutant ce jugement sur l'art de traduire le chinois. Les solutions seront fournies dans les semaines qui viennent. Difficulté 3/5 pour la datation, 3/5 pour l'attribution. (P.K.)

mardi 10 avril 2007

Trois revues et une exposition

Dans le numéro de janvier-février 2007 (n° 933-934) de la revue Europe, on trouve une très intéressante interview de Gao Xingjian, faite par Daniel Bergez, au sujet du thème de ce numéro : « Littérature et peinture ». Gao Xingjian y réaffirme les trois orientations de sa création : l’écriture narrative, la peinture et le théâtre. Il aurait pu aussi mentionner le cinéma puisque le public d’Aix-en-Provence a pu voir en juin 2006 son très étonnant film « La silhouette, sinon l’ombre », réalisé par Alain Melka et Jean-Louis Darmyn, sur lequel nous reviendrons prochainement.

Intitulée « Le troisième œil », cette interview permet à Gao Xingjian de définir sa démarche d’artiste polymorphe qui tente avant tout de « récupérer le temps perdu » après avoir « perdu sa jeunesse… pour rien ». C’est pour lui, « un défi, fragile et individuel, devant l’immense pouvoir du marché ».

Le même numéro de la revue Europe contient un dossier sur un autre prix Nobel, Elfriede Jelinek, avec des contributions de ses traducteurs, dont celle de Olivier Le Lay qui a reçu le prix André Gide 2006 pour sa traduction des Enfants de morts (Le seuil, 2007).

Le même Olivier Le Lay est interviewé dans la Revue des deux mondes de février 2007 qui comporte aussi un important dossier sur Elfriede Jelinek et la traduction de son œuvre. On méditera sur l’une des réponses de Olivier Le Lay :
« Une fois qu’on a isolé, élucidé puis traduit les problèmes de sens, il faut se lancer et commencer soi-même à créer. L’écriture de Jelinek est une formidable machine à assimiler les éléments étrangers, les apports, à rassembler les fragments. Elle les accueille, les transforme puis recrée un texte neuf à partir de ces mots en capilotade. (…) Là où de nouveaux mots naissaient, j’ai créé de nouveaux mots en français, c’était souvent la part la plus forte et la plus enthousiasmante de mon travail : valvuvle, testiculament, androgynécée, vélocipéder etc. »
Enfin, il faut lire le très copieux numéro XXV de la revue Etudes chinoises qui contient, outre un élogieux article sur les actes du colloque Gao Xingjian d’Aix-en-Provence de janvier 2005 sous la plume de Frédéric Wang, un compte rendu sur Les Œuvres de Maître Tchouang, traduit par Jean Lévi (Editions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2006), sous la plume de Jean-François Billeter qui insiste sur les questions de la traduction de cet ouvrage. On y trouve par ailleurs un certain nombre de contributions qui concernent la polémique entre François Jullien et Jean-François Billeter… A suivre, sans doute…

Et pour revenir à Gao Xingjian, on peut se rendre jusqu’au 27 mai au Ludwigmuseum de Koblenz pour admirer la grande exposition de peintures intitulée « La Fin du monde » ! (N.D.)

Réponse à la devinette (001)

Personne n’a trouvé d’où était tirée la phrase sur la littérature chinoise et les sinologues français traducteurs. Il s’agit d’un livre intitulé Les Chinois, pendant une période de 4458 années, écrit par H. De Chavannes de la Giraudière, publié en 1845 à Tours, page 21 ! Agrémenté de très jolies gravures, ce livre décrit en presque 400 pages la Chine et son histoire, son gouvernement, ses arts, ses mœurs et usages… On peut y lire aussi :
« Le chinois, on le voit, n’a aucun rapport, ni avec l’hébreu, ni avec le grec. L’homme courageux qui veut l’étudier a tout à apprendre ; et, possédât-il la connaissance la plus approfondie des langues savantes et parlées de l’Europe, comme il n’existe aucune analogie entre elles et le chinois, il ne peut, en aucune façon, se guider par l’application des règles fondamentales qui forment la base du grec, du latin et de ses dérivés. »
On le voit, pour M. H. De Chavannes de la Giraudière, le chinois, ce n’est pas de l’hébreu ! (N.D.)

Outre Les Chinois pendant une période de 4458 années (Tours : Mame, 1845), Hippolyte de Chavannes De La Giraudière laisse une œuvre très variée dont les titres suivants donneront une petite idée :
La vapeur depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Tours, Pornin, 1844.
Souvenirs d'un vieux pêcheur. Tours : Mamé et Cie, 1853
Récits et anecdotes de chasse. Tours, A. Mame, 1853.
Récréations technologiques : le coton, les peaux et les pelleteries, la chapellerie, la soie. Tours : A. Mame, 1856, 188 p. [Gallica]
L'Irlande, son origine, son histoire et sa situation présente. Tours, Alfred Mame, 1860
Les catastrophes célèbres. Tours : Alfred Mame, 1861. [Gallica]
Simon le Polletais, Esquisses de moeurs maritimes. Tours. Mame, 1876.
Les petits naturalistes. Tours : Alfred Mame et fils, 1889. [Gallica]
Trois de ces titres sont disponibles sur le site de la Bibliothèque Nationale de France. Bonne lecture, et à bientôt pour une nouvelle devinette. (P.K.)

dimanche 1 avril 2007

Retour du Japon

Je rentre d’un fort intéressant voyage à Tokyo où j’ai participé au Deuxième colloque international sur la France et l’Asie de l’Est, dont le titre était « Les intellectuels au XXIe siècle, la France, l’Asie de l’Est et le monde ». Un colloque organisé par la Maison franco-japonaise et la Société japonaise de didactique du français. Autant dire tout de suite que les organisateurs japonais, spécialistes de littérature française et traducteurs, parlaient dans un français parfait. Les langues officielles du colloque étaient le français et le japonais avec traduction simultanée effectuée par des interprètes remarquables. Certains intervenants se sont aussi exprimé en chinois ou en coréen.

Il est bien sûr impossible de parler ici du contenu de chaque communication (elles seront publiées dans un avenir proche), mais je rapporterai simplement ce qui m’a le plus marqué.

La plupart des intervenant, historiens, sociologues, politologues, ont montré comment la chute du Mur de Berlin et la disparition de l’URSS avaient marqué « la fin des idéologies » et comment les intellectuels de la fin du XXe siècle avaient pour beaucoup d’entre eux eu de la peine à se situer dans le nouveau débat politique.

L’une des communications les plus originales fut celle de l’écrivain marocain Abdelkébir Khatibi qui a parlé de l’intellectuel face au mondialisme en prenant son cas comme exemple. Il a déclaré : « Altermondialiser sa pensée, c’est aller vers la construction de cette œuvre collective avec d’autres penseurs et artistes, à travers la diversité des sociétés et des cultures. L’intellectuel d’aujourd’hui est appelé à être le traducteur actif et tolérant de nos différences, quels que nous soyons. »

Dong Qiang, professeur à l’université de Pékin, écrivain et traducteur, s’est posé la question : « La Chine aura-t-elle un miracle intellectuel au XXIe ? » Et il a conclu : « Ce dont la Chine a besoin aujourd’hui, est un mouvement non pas intellectuel, mais un mouvement de nouvelle culture, seul capable de remédier aux dégâts de la révolution culturelle, et fournir un terrain aux intellectuels. »

Gu Zheng, photographe de Shanghai, a présenté la nouvelle photographie chinoise, telle qu’on a eu l’occasion de la voir à Arles il y a peu de temps.

Chen Danqing, peintre chinois résident aux USA, a parlé des relations difficiles entre les intellectuels chinois et le pouvoir communiste.

De célèbres artistes japonais, Minato Chihiro et Kolin Kobayashi, ont présenté leurs œuvres en phase avec les attentes du XXIe siècle. La matinée consacrée aux intellectuels « précaires » fut particulièrement instructive puisqu’elle nous a permis de découvrir que les jeunes intellectuels japonais avaient les mêmes difficultés que leurs homologues occidentaux pour trouver des espaces pour s’exprimer et des moyens de gagner leur vie.

Enfin, le public japonais sembla particulièrement apprécier la polémique franco-française qui a éclaté le deuxième jour avec l’exposé à la tonalité très radicale de Serge Halimi, journaliste au Monde Diplomatique, dénonçant la main-mise du grand capital sur les média et les intellectuels, tandis que l’historien Christophe Prochasson, de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, s’efforçait de nuancer cette analyse.

Le célèbre poète Ko Un et le critique littéraire Choi Won-shik ont tous deux rappelé la tragédie que vit la Corée depuis de longues années, toujours coupée en deux, malgré des efforts de rapprochement souvent demandés et soutenus par les intellectuels.

Enfin, j’ai voulu, dans ma communication, « Gao Xingjian, un intellectuel à la marge », montrer comment cet intellectuel chinois du XXe siècle, prix Nobel de littérature, préférait rester en dehors des grands débats politiques pour se consacrer à son œuvre dans laquelle il exprime sa pensée en profondeur. J’ai bien entendu
mentionné le dialogue exceptionnel qui avait eu lieu à Aix-en-Provence, en octobre dernier, entre l’écrivain et intellectuel engagé japonais Oe Kenzaburo et Gao Xingjian.

On se souvient peut-être que Gao Xingjian avait dit à Oe Kenzaburo :
« Je vous admire beaucoup, parce que vous êtes comme dans Le Mythe de Sisyphe de Camus, vous êtes un Sisyphe moderne, c’est tragique. Mais vous, vous en êtes tout à fait conscient et vous continuez à vous lancer dans le débat politique, vous vous battez sans fin pour la justice alors qu’elle ne peut exister, ce sera toujours tragique, mais vous restez toujours aussi héroïque, je vous admire vraiment. »
Tout au long de ce colloque, j’ai eu la chance de faire la connaissance d’éminents professeurs japonais tels que MM. Ishizaki Harumi, Tachibana Hidehiro, mais aussi de la sociologue Gisèle Sapiro, dont l’un des thèmes de recherche est la sociologie de la traduction des littératures étrangères, de l’historien Christophe Prochasson et de Jacques Julliard, éditorialiste au Nouvel Observateur. Rien de plus stimulant que d’échanger, discuter, manger, boire un verre (de thé, de bière, de saké ou de vin rouge) avec tous. Et aussi de revoir Françoise Sabban, directrice de la Maison Franco-japonaise, spécialiste de l’alimentation en Chine. Souvenez-vous de son excellente préface à l’excellent livre de Lu Wenfu traduit par Annie Curien, Vie et passion d’un gastronome chinois, Picquier 1988.

Enfin, une découverte grâce à Pierre Lévy de l’université d’Ottawa : l’existence d’une recherche pour mettre au point un « système d’adressage sémantique universel » qui facilitera la communication entre les intellectuels du monde entier. Voir à ce sujet le site www.ieml.org.

Décidément, je n’ai pas perdu mon temps. Et, pendant que nous restions enfermés dans une salle de réunion sans fenêtres, les cerisiers japonais se préparaient à ouvrir leurs fleurs, à une date que la météorologie nationale du Japon avait mal déterminée, en raison d’une erreur d’informatique… Noël Dutrait

La joie des poissons

Lors d'une excursion, Houei Cheu [Huizi 惠子] et son ami Tchouang Tcheou [Zhuang Zhou 莊周] s'étaient retrouvés sur la jetée qui surplombait la rivière Hao. Tchouang s'était exclamé :
- Les poissons ! Vois comme ils s'ébattent librement, comme ils doivent être heureux !

- Comment sais-tu qu'ils sont heureux ? Tu n'es pas un poisson ! avait ergoté le rhéteur.
- Tu n'es pas moi, comment sais-tu que je ne puis savoir si les poissons sont heureux ?
Houei avait cru avoir le dessus par cette réponse :

- Si n'étant pas toi, je ne puis savoir ce que tu sais, n'étant pas un poisson tu ne peux savoir si les poissons connaissent la joie.

- Il a bien fallu que tu saches que je sais pour me poser la question, avait répondu Tchouang.
Et avec un geste ample de la main, il avait conclu :
- Je le sais parce que je me trouve là, sur la jetée de la Hao ...
Cet extrait du chapitre 17 du Zhuangzi 莊子 (ici traduit par Jean Lévi, Les Œuvres de Maître Tchouang. Paris : Editions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2006, p. 142-143) pour saluer dignement ce 1er avril, qu'on appelle ailleurs April Fools' Day ou All Fools' Day, Aprilscherz ... ou encoreエイプリルフール au Japon, 만우절 en Corée et 愚人节 en Chine. (PK)

samedi 31 mars 2007

Web littéraire (001)

Ceux qui prédisaient que l'internet allait tuer le livre et la littérature devraient revoir leurs prévisions alarmistes à la baisse car l'édition traditionnelle n'est pas encore morte avec pas moins de 57 728 titres parus en France en 2006 !, et la littérature occupe de plus en plus d'espace sur la toile : le nombre d'ouvrages accessibles depuis n'importe où et n'importe quand est impressionnant et ceci quelle que soit la langue. C'est notamment le cas pour le web chinois, nous y reviendrons un jour prochain.

Mais restons-en, pour l'heure, à un espace, certes plus réduit, mais qui échappe déjà à toutes les tentatives d'approche exhaustive.

Si l'on veut mener "une réflexion approfondie sur la pérennité du livre et de la lecture dans notre société", on peut justement profiter des avantages de l'internet pour visionner les six heures de vidéo que représente l'ensemble des interventions du colloque intitulé « L’avenir du livre » qui s'est tenu à Paris le 22 février 2007, sur le site du Centre National du Livre. Ne manquez pas les interventions de Marc Fumaroli, de l’Académie française, historien, essayiste et surtout d'Alain Mabanckou, écrivain, essayiste autour du thème "Pourquoi développer le goût de la lecture ?"

le premier contact entre la littérature et l'internet date de 1971, année de la création du Projet Gutenberg par Michael Hart. Il est assez réconfortant de constater que le premier site proposant du "contenu" sur le réseau est un site de littérature, et que l'objectif de ce site est de mettre à la disposition de tous le plus grand nombre possible d'œuvres littéraires du domaine public. Un objectif poursuivi par des générations de bibliothécaires, et qui devient enfin possible, grâce à la numérisation des livres en mode texte dans un format simple qui puisse être lu par tous les systèmes et sur toutes les machines. Au milieu des années 1990, lorsque l'utilisation du web se généralise, le projet trouve un second souffle et un rayonnement international. [Lire la suite ici, voir aussi ici].
Notons que sur les 20 000 titres dorénavant disponibles qui se répartissent en quelque 50 langues différentes, on ne trouve qu'une cinquantaine de titres chinois, tous classiques. Beaucoup reste donc à faire. Au Top 100 des 2 millions de téléchargements mensuels, c'est le Sunzi 孫子 qui l'emporte grâce à la version anglaise qu'en donna le fils d'Herbert Giles (1845-1935), Lionel Giles (1875-1958) en 1910 (The Art of War).

Une fois signalé le Project Gutenberg, il subsiste un immense territoire à baliser afin d'en faire émerger le meilleur - ce sera une des missions que tentera de remplir ce blog au fil des semaines à venir. En guise de mise en bouche, je ne pouvait manquer de relever que dans ses derniers "Rebuts de presse" (22 mars 2007), Didier Jacob (Le Nouvel Observateur en ligne) a livré un relevé utile qu'il présente ainsi :
Nous publions cette semaine dans l'Obs un dossier spécial consacré aux 50 meilleurs sites littéraires. En voici la liste augmentée, que nous vous engageons à compléter et à enrichir, en laissant en commentaires les adresses de vos sites préférés. Nous ajouterons les meilleurs, au fur et à mesure, à la liste qui suit.
Passée la déception de constater que prudemment il ne vise pas à l'exhaustivité, et donc de n'y pas trouver votre blog préféré - celui de notre équipe s'entend -, on peut, surtout s'y l'on est néophyte en la matière, se livrer avec enthousiasme à son auscultation systématique. On peut aussi picorer en testant les adresses inconnues, ou pas visitées depuis longtemps. C'est simple, il n'y a plus qu'à jouer de la souris.

Certes, il est, au bout du compte, rarement question dans ces sites des littératures du bout du monde qui nous passionnent, mais ce parcours mérite d'être entrepris. A chacun d'établir son palmarès et d'accrocher selon ses goûts des adresses dans la liste de ses signets. Outre quelques magazines littéraires déjà évoqués dans ce blog comme celui du Magazine de la littérature étrangère Transfuge, le Magazine littéraire, Lire, il renvoie aux revues américaines littéraires qui traitent à l'occasion des littératures asiatiques et indiennes.

Voici à titre d'exemple mes sites préférés : l'incontournable site de la BNF, Gallica, bien sûr, mais aussi Littératures et compagnies - annuaire des sites consacrés aux auteurs classiques et contemporains -, Fabula (déjà évoqué ici), Athena, La République des livres - le blog de Pierre Assouline -, et aussi le Zazieweb - capharnaüm communautaire des adeptes de l'e-lecture.

Last but not least, le surprenant site de l'éditeur Zulma dont on peut consulter les catalogues chinois, et surtout coréen ... N'est-ce pas déjà suffisant pour illuminer un week-end pluvieux. (PK)

vendredi 30 mars 2007

Bye-bye India

Comme le signale Alain Beuve-Méry [dans Le Monde en ligne du 28/03/07], le Salon du Livre 2007 a fermé ses portes mardi 27 mars à 22 heures, après avoir accueilli 186 000 personnes, soit 6 % de plus par rapport à 2006, alors que le Salon "ne compte plus que cinq jours (contre six les autres années)". "Les éditeurs, ajoute-t-il, ont réalisé, dans l'ensemble, un bon chiffre de ventes", avant de conclure par ce paragraphe :
Autre phénomène : l'Inde. Près de 15 000 exemplaires ont été vendus par la "Librairie indienne" du Salon (...), notamment Baby Ji, d'Abha Dawesar (éd. Héloïse d'Ormesson) et Loin de Chandigarh, de Tarun Tejpal (Buchet-Chastel), les deux livres les plus demandés en grand format ; mais on note aussi une grande vogue pour les livres en format de poche (dont deux à 2 €) et pour les essais. Seules la Russie et l'Italie ont enregistré un plus grand succès en termes de ventes. En 2008, la littérature israélienne succédera à celle de l'Inde."
En guise d'ultime écho à cette édition du Salon, j'ai retenu ce billet daté du 28/03, qu'Abha Dawesar a posté sur son blog français, billet intitulé "Par delà le péché et le plaisir" dont je ne cite ici que les dernières lignes :
Il fait beau et il n’y a pas de vent. Je transpire. La sensation du soleil sur la peau reste un plaisir aussi grand que le goût d’eau fraîche bu quand on a soif. Le matin j’avais noté les péchés capitaux sur une feuille parce que je ne viens pas d’une culture judéo-chrétienne. J’ai du mal à se souvenir de tous les péchés en cherchant le péché qui correspond avec le plaisir du soleil. Cet instant je suis tout près de peuples anciens qui ont cru que le soleil est un dieu. (Lire le texte entier, ici )
En illustration, j'ai choisi un fragment de la page web de l'espace de cette artiste touche-à-tout [voir son site], sur MySpaceVideo, où l'on peut voir 1 mn 19 s d'un film qu'elle a réalisé. (PK)

samedi 24 mars 2007

Miscellanées (002)

Le Monde - comme l'ensemble de la presse - saluait hier l'ouverture du Salon du Livre, et, qu'il en soit remercié, pense à ceux qui - comme moi - ne peuvent s'y rendre en leur offrant la "Littérature indienne sur la Toile" et (entre autres) un article salutaire de Christophe Jaffrelot intitulé "Diversité linguistique et vitalités littéraires". La version en ligne du Monde des Livres est à l'unisson et sous la plume de Raphaëlle Rérolle chante l'audace et la liberté d'Abha Dawesar :
Abha Dawesar porte sur le corps des femmes un regard extraordinairement libre, sans être impudique. Dans un pays où l'évocation du sexe en littérature n'est pas monnaie courante et où, affirme l'auteur, "l'amour entre les femmes est tabou", Babyji jette gaiement un pavé dans la mare. (Lire l'article ici).
En plus d'un papier de circonstance titrant "Les indiens à Paris" , le Figaro Littéraire (en ligne) dresse une liste de "Douze éditeurs aux quatre coins de France" parmi lesquels figurent les Editions Tristram (Auch), à qui l'on doit la si belle traduction de Guy Jouvet du Tristram Shandy de Laurence Sterne (La vie et les opinions de TS, gentilhomme, 2004, 937 p.), mais aussi les Editions de L'Aube avec ce commentaire dont on goûtera diversement la forme, et peut-être le fond :
"Il était une fois, un auteur chinois... qui connaissait l'écrivain Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature et traduit en français aux éditions de l'Aube, dans le Lubéron (Une canne à pêche pour mon grand-père ; La Montagne de l'âme...) Il envoya son manuscrit. L'écrivain chinois était content. Désormais, il savait deux noms de villes françaises : Paris et La Tour-d'Aigues. Aussi fut-il fort surpris quand Marion Hennebert, l'éditeur, lui appris que La Tour-d'Aigues n'était pas, loin s'en faut, la deuxième ville du pays... "
Pour finir ce billet décousu, voici le moyen de vivre le Salon du Livre par procuration. Il suffit d'aller visiter sa WebTv. (PK)

Nouveauté éditoriale (03/07)

L'événement est suffisamment rare, et réjouissant, pour être noté dès qu'il intervient sans même avoir pris le temps d'en évaluer l'impact réel. Cet événement est la publication, le 22 mars 2007, d'un nouveau volume de la 'Série chinoise' de la collection « Connaissance de l'Orient » aux Editions Gallimard, prestigieuse collection créée par Etiemble (1909-2002) et dirigée par Jacques Dars. [Je reviendrai prochainement (?) sur cette collection et sur ses autres séries qu'on peut, en attendant, découvrir sur le site de l'éditeur.]

Le précédent numéro de la série est le très remarquable volume consacré aux Elégies de Chu [Chu ci 楚辭], attribuées à Qu Yuan 屈原, Song Yu 宋玉 et autres poètes chinois de l'Antiquité, IVe siècle av. J.-C. - IIe siècle apr. J.-C., traduites, présentées et annotées par Rémi Mathieu (vol. 111, 2004, 306 pages).

Ce dernier numéro en date donne la vedette au poète des Tang, "poète maudit" ou "poète fantôme" comme on voudra, Li He 李賀 (791-817) :

Li He, Poèmes. Traduit du chinois par Marie-Thérèse Lambert. Préface et notes de Guy Degen. Paris : Gallimard, « Connaissance de l'Orient », n° 115, 'Série chinoise', 206 p. :
Qu'un poète au destin aussi tragique que celui de Li He (791-817) ait eu pour troisième nom Li Changji (« Infaillible Bon Augure »), voilà qui tient de la gageure. Pourtant les meilleurs auspices semblaient réunis : une bonne famille – le poète descend du clan impérial – et un vrai talent – le célèbre lettré Han Yu, qui deviendra ministre, lui accorde son appui après avoir admiré ses poèmes. Son destin s'éclaire-t-il alors ? Non, puisqu'on lui refuse jusqu'au droit de se présenter au concours de « lettré avancé » pour des raisons onomastiques. Il obtient à grand-peine un poste subalterne au Bureau des Rites, insuffisant pour les nourrir, lui, sa mère et son jeune frère. De Changgu, sa ville natale au Henan, à Chang'an, la capitale, il promène son tragique destin.
L'homme inquiète par sa silhouette squelettique, ses cheveux blancs, ses sourcils d'un seul tenant et ses ongles démesurés. Cultive-t-il son air de fantôme (les Chinois le nomment « poète fantôme » ou « fantôme parmi les poètes »), on ne sait, mais ce n'est pas étonnant que les anthologies l'aient boudé et que les lecteurs l'aient fui. Trop de malheur ! Il ne se nomme guère dans ses vers, mais tout parle de lui, tout est lui : ministre évincé, favorite oubliée, palais déserté... jusqu'à l'armoise qui l'envahit.
Peut-on encore ignorer quel génie fut Li He ? Donnons-lui auprès des Li Bo et Du Fu la place qu'il mérite.
[Présentation de l'éditeur]
L'ouvrage propose, me semble-t-il, l'œuvre complète, soit quelque 243 poèmes. C'est beaucoup plus - et sans doute encore mieux -, que les 58 déjà disponibles dans Li He, Les Visions et les jours. Choix de poèmes traduits du chinois et présentés par Marie-Thérèse Lambert et Guy Degen. Paris : Editions de la différence, coll. « Orphée », n° 191. 1994, 123 p. Certes, ce petit volume était une édition bilingue très utile, mais, il n'est plus guère trouvable en librairie. Sa confrontation avec ce jeune frère de 13 ans son cadet sera très instructive pour suivre l'évolution de la traduction par M.-T. Lambert et Guy Degen de ce poète aussi fascinant qu'attachant. On en reparlera donc ici, ou ailleurs, mais si vous avez un avis, n'hésitez pas à laisser un commentaire. (PK)

lundi 19 mars 2007

Devinette (001)


Qui peut dater le texte ci-dessous et en identifier l'auteur ?
Outre l'histoire et la poésie, les Chinois ont une multitude innombrable d'ouvrages d'éducation, de contes, de fables, de romans, de pièces de théâtre. Depuis une vingtaine d'années, les sinologues français ont traduit des comédies et des romans qui, mieux que tous autres documents, nous ont initié à la vie intime des Chinois, à leurs moeurs, à leurs usages, à leurs croyances. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que toutes ces oeuvres d'une apparence futile, ont un but moral et instructif. Elles sont remplies de maximes de sagesse et de conseils excellents. Nulle part les livres ne sont aussi nombreux qu'en Chine. Deux circonstances y contribuent puissamment : c'est d'un côté leur bas prix, et de l'autre l'énorme quantité de gens qui lisent. On peut dire, sans hyperbole, que tous les Chinois, même des dernières classes, sont en état de s'exprimer au besoin par écrit, et que le goût de l'instruction y est universel. En considérant la vaste étendue de l'empire et son innombrable population, les exceptions à la règle générale que nous venons de poser sont tellement rares, qu'elles confirment notre proposition, tout étrange qu'elle puisse paraître.
Merci de tenter votre chance avec la première de nos devinettes en glissant vos réponses dans un commentaire. Les solutions seront fournies dans les semaines qui viennent.

Difficulté 3/5 pour la datation, 5/5 pour l'attribution. (ND/PK)

dimanche 18 mars 2007

Sur la traduction

Les Éditions du Cercle de la Librairie publient "tout ce qui intéresse les professionnels et les passionnés du livre : ouvrages de référence et de réflexion, manuels pratiques sur les techniques et les métiers du livre, beaux livres sur l'histoire de l'édition..." Parmi ces "livres qui parlent du livre", on trouve celui, tout récent, de Marie-Françoise Cachin.

Intitulé simplement La traduction (Electre - Ed. du Cercle de la Librairie, 2007, 144 p.), et publié en février dernier, il propose un "examen de la situation de la traduction littéraire dans les pratiques éditoriales aujourd’hui en France, un portrait du métier de traducteur, précise son statut et son environnement professionnel et aborde la place de la traduction chez les éditeurs, les relations traducteurs-éditeurs et la publication des traductions. Avec des adresses d’associations et d’organismes de formation."

Notre équipe ne manquera pas de s'en doter prochainement et d'en rendre compte dans ce blog. (PK)

samedi 17 mars 2007

Le roman chinois en hausse

Lu dans le blog de Pierre Assouline (La République des Livres), dans un billet intitulé "L’anglais règne en librairie", ce relevé de chiffres publiés par la revue Livres Hebdo (n° 681, vendredi 16 mars 2007) :
En 2006, 41,4 % des romans publiés en France ont été traduit d’une langue étrangère .../... L’anglais arrive naturellement premier avec 2503 titres [soit] 75,5 % des titres ! Juste après, on trouve l’allemand et l’espagnol avec 134 titres (soit 4 %) suivis par l’italien (108 titres soit 3,3 %). Morne plaine… Le russe (qui recule) et les langues de l’est se tiennent au coude à coude (44 titres traduits dans l’année), puis les langues scandinaves, le japonais… Seule percée notable : le roman chinois avec 37 titres traduits.
Je ne peux malheureusement pas compléter cette présentation rapide de l'analyse intitulée "Les traductions 2006 : My translator is rich" (p. 70 à 72), car je ne suis pas abonné à cette revue qui s'adresse avant tout aux professionnels de l'édition, mais le site de l'hebdo propose la consultation de sa une qui titre sur la "Légère baisse des traductions en 2006" et de son édito/sommaire qui ne fait qu'effleurer le sujet qui nous intéresse :
Le seul secteur où le nombre de traductions augmente est le roman. En 2006, plus de quatre romans sur dix provenaient de l’étranger, soit 5 % de plus qu’en 2005. Les romans de langue anglaise, déjà largement dominants (trois traductions sur quatre) progressent encore un peu. Mais d’autres littératures et d’autres langues, et c’est là une bonne nouvelle, gagnent aussi des points. C’est le cas de l’allemand, de l’italien, de l’espagnol, des langues d’Europe de l’Est et… du chinois, parti de bien bas, il est vrai.
Il est à parier que l'Inde va rattraper son retard en cette année 2007, si ce n'est déjà fait à l'occasion du Salon du Livre. (PK)

vendredi 16 mars 2007

Abha Dawesar

Le Centre National du Livre (CNL) se met aussi à l'heure indienne. Outre le détail des manifestations du Salon du livre, il fournit une utile et brève présentation des littératures indiennes, ainsi que des "Biobibliographies" des 31 auteurs indiens présents à Paris pour cette manifestation.

Parmi eux, Abha Dawesar. "Née en 1974 à Delhi, [elle] est partie étudier à New York à dix-sept ans et s’y est établie. Diplômée de Harvard en philosophie politique, elle a d’abord travaillé dans le secteur bancaire, abandonné il y a quelques années pour mieux voir la vie et le monde à travers l’écriture (en anglais)." En plus de Babyji (Anchor Books, 2005) qui a reçu l'American Library Association’s Stonewall Award, elle a déjà publié Miniplanner (Cleis Press, 2000) et That summer in Paris (Doubleday Publishing, 2006)

Son Babyji, traduit par Isabelle Reinharez, sort cette semaine chez Héloïse d’Ormesson (collection "De l'attraction des corps") qui en assure la promotion sur son blog :
"À 33 ans, elle est l'auteur indien qui dérange. Avec Babyji, [son] premier roman traduit en français, Abha Dawesar met en scène l'homosexualité féminine et la frénésie de séduction." [A la question :] "Votre héroïne est une lycéenne qui séduit une femme divorcée, puis la servante de sa maison, et initie enfin à ses jeux la plus jolie fille de sa classe. Comment ce roman a-t-il été accueilli en inde, que l'Occident imagine très puritaine?"[, Abha Dawesar répond :] "L'Occident n'a pas forcément une vision très perspicace de l'Inde. Qui d'ailleurs, peut sérieusement prétendre saisir ce pays dans la totalité de ses cultures, de ses langues, de ses populations? L'Inde est traversée d'une quantité de contrastes, à mon avis sans équivalents dans le monde. C'est un pays jeune où plus des deux tiers des habitants ont moins de vingt-cinq ans : cela se répercute évidemment sur les mentalités. La croissance économique, le développement de technologies, l'arrivée des chaînes satellitaires, ont été facteurs de bouleversements importants. Mes personnages et le milieu dans lequel ils évoluent - la moyenne de Delhi - expriment ces changements. L'accueil réservé à Babyji a été triomphal." (Lire la suite ici)
Abha Dawesar est très présente sur l'internet à travers un site personnel et deux blogs : l'un en anglais, et l'autre plus récent en français, mais aussi sur MySpace : et dans le Fig Tree (blog de Tatania de Rosnay) qui en donne un "Portrait".

Elle et son ouvrage le seront aussi au Salon du livre, mais déjà sur France 5. Elle a, en effet, participé au Bateau livre du jeudi 15 mars, 21:35 [rediffusion le dimanche 18 mars, 10:00], et répond pendant 10 minutes aux questions de Frédéric Ferney (à partir de la 30ème minute) : l'émission devrait être disponible pendant une semaine (voir ici).

Pour l'heure, on peut continuer à saliver en lisant la présentation de Babyji que donnait en 2005 son éditeur, Anchor Books :
Anamika's the kind of girl her traditional peers aren't quite sure about: is the sexually precocious heroine of Dawesar's second novel (after Miniplanner) a feminine Didi or a masculine Bhaiyya, a cerebral schoolgirl or a predatory lecher? After studying chaos theory in her high school physics textbook, Anamika feels justified in pursuing three simultaneous same-sex affairs, with her doting servant, her impressionable schoolmate and a beautiful older woman who inspires such complicated feelings that Anamika nicknames her India, after their vast and varied homeland. Anamika uses sex as a means to investigate life's chemistry and her autonomy outside of rigid Brahmin mores. Despite the intensity of her passion, particularly for India, Anamika's comic stiffness is evident in such amorous declarations as "I want to collapse my wave function into you." As issues of caste, meritocracy and self-sacrifice arise, Anamika purifies her intentions by channeling them into helping a troubled male student, Chakra Dev, who's almost as oversexed as she is. If the unusual secondary characters occasionally seem as gratuitous as pornographic movie extras, Anamika's ponderings and emotional reversals are lavished with as much attention as a 16-year-old girl would demand. Despite its meandering path, the novel achieves an impressive balance between moral inquiry and decadent pleasure, pleasing the intellect and the senses - if not necessarily the heart - of the open-minded reader.
Vos réactions à la lecture de ce roman seront les bienvenues. Je vous communiquerai les miennes, si, finalement, je succombe aux charmes de ce sujet et de son auteur. (PK)