vendredi 31 octobre 2008

Mo Yan de nouveau en rayon

On savait depuis longtemps déjà grâce à ce blog que Noël et Liliane Dutrait travaillaient sur Sishiyi pao 四十一炮 de Mo Yan 莫言 : le passage particulièrement retors que le billet du 16/04/07 proposait avait fait l'objet d'une proposition publique lors d'une mémorable journée d'études organisée par notre équipe voici un peu plus d'un an (26/10/07). Enfin, tout récemment (15/09/08), le traducteur annonçait en avoir fini avec cette traduction réalisée à quatre mains. Le processus arrive aujourd'hui à son terme avec un peu d'avance sur la date annoncée car ce nouvel ouvrage clef de l'œuvre de Mo Yan vient de sortir aux Editions du Seuil sous une jaquette qui ne laissera pas indifférent :

Quarante et Un Coups de canon
Editions du Seuil, collection « Cadre vert », 2008, 504 pages.

Voici les éléments qui accompagnent l'ouvrage sur le site de l'éditeur :
« Grand moine, chez nous, on appelle "enfant-canon" un enfant qui aime se vanter et mentir, mais tout ce que je vous raconte n’est que pure vérité. »

Dans un temple délabré, le jeune Luo Xiaotong, qui aspire à la sagesse, raconte sa vie au vieux moine Lan ; dans le même temps – les deux récits se croisent – il décrit et commente ce qui se passe dans ce lieu étrange et alentour. La passion de l’enfant c’est manger de la viande – et pourtant il est justement en train d’y renoncer pour devenir moine… Dans un tourbillon d’images et de mots, du réalisme le plus cru au surnaturel ou au fantastique, Luo Xiaotong débite ses histoires, celles de la tante Mule Sauvage, grande séductrice, de Lan l'Aîné, débauché aux capacités sexuelles exceptionnelles, de Huang Biao, éleveur de chiens de boucherie… les quarante et unes histoires du village des Bouchers, de la fin des années quatre-vingt à nos jours.

Sans mâcher ses mots et avec l’humour le plus féroce, Mo Yan brocarde l’absence de valeurs d’une société désormais sous l’empire de l’avidité et de la gloutonnerie.

Mo Yan, né en 1955, fils de paysans pauvres de la province côtière du Shandong, quitte tôt l’école pour travailler aux champs puis s’enrôle dans l’armée - c'est grâce à elle que l’autodidacte pourra devenir écrivain. Une dizaine de ses romans sont traduits en français dont Beaux seins, belles fesses (2004), Le maître a de plus en plus d'humour (2005) et Le Supplice du santal (2006).
Vous avez compris, il n'y a plus un moment à perdre pour se procurer ce nouveau morceau de choix, dont on aurait tort de se priver quel que soit son régime alimentaire. (P.K.)

Complément du 24/11/08 : voir la critique de Bertrand Mialaret sur Rue89.com : « Mo Yan publie un roman allégorique au goût de viande »

jeudi 30 octobre 2008

L'empire du désir ou l'empreinte d'un éditeur

Annoncé de longue date par son éditeur sous le titre
d'Histoire de la sexualité chinoise de Dalin Liu,
l'ouvrage qui fait l'objet de ce billet vient finalement de sortir
sous un nouveau titre et un nouveau format (20x22 cm).
Thomas Pogu (Master « Monde chinois », 2ème année)
a lu pour vous
L’Empire du Désir
.

Cet ouvrage, récemment paru aux éditions Robert Laffont (2008, 202 pages), est la traduction française d’un livre chinois paru en 2000 à Hong-Kong [Illustrated Handbook of Chinese Sex History], puis en 2003 en Chine continentale sous le titre de Zhongguo xingshi tujian 中國性史圖鑒 (Manuel illustré d’histoire de la sexualité chinoise [Changchun : Shidai wenyi, 345 p. et 600 ill.]). Son auteur, Liu Dalin 劉達臨, célèbre sociologue – et sexologue – chinois, avait eu le mérite de proposer au grand public de son pays le premier ouvrage retraçant la très riche et originale histoire de la sexualité en Chine. Cette parution s’inscrivait alors dans le cadre de ses efforts pour faire tomber les tabous entourant encore de nos jours les choses du sexe en Chine, et qui avaient notamment abouti en 1999 à l’ouverture du premier Musée du sexe chinois. Cette traduction, au titre aguicheur et à la séduisante présentation, saura, n’en doutons pas, exciter la curiosité des lecteurs désireux de mieux connaître les mœurs sexuelles d’une civilisation trop souvent – et à tort – considérée comme pudibonde.

Mais si l’existence de cet ouvrage reste salutaire pour le plus grand nombre, elle ne pourra pleinement satisfaire le lecteur averti. Car d’« histoire de la sexualité chinoise », tel qu’annoncée en sous-titre, il n’en est pas tout à fait question. L’organisation du livre ne suit en effet pas toujours une ligne chronologique mais privilégie un traitement thématique en dix chapitres (culte de la sexualité, unions collectives, monogamie ; art de la chambre à coucher ; homosexualité ; perversions sexuelles ; oppression sexuelle des femmes ; eunuques ; art et littérature érotiques ; sexe et religion ; éducation sexuelle), opérant parfois d’hasardeux allers-retours historiques et littéraires. Tout ceci n’est d’ailleurs pas facilité par la traduction « adaptée du chinois » (sic) de Jean-Claude Pastor, qui donne parfois plusieurs versions du titre d’un seul et même ouvrage chinois. Si le propos général reste d’assez bonne qualité, on regrettera néanmoins les approximations historiques, un manque de rigueur éditoriale, l’insertion d’illustrations (à la qualité parfois très moyenne) n’ayant que peu de rapports avec le contenu du texte environnant, l’absence de notes, de traductions de titres d’ouvrages chinois ou au contraire, l’absence du titre chinois lorsque celui-ci est traduit. Même un lecteur novice, pour autant qu’il soit un minimum exigeant, ne pourra tolérer ces légèretés et préfèrera se référer à la courte bibliographie pour y trouver l’ouvrage souvent cité de Robert van Gulik, La vie sexuelle dans la Chine ancienne (Gallimard, coll. « Tel », 2004). L’ouvrage, déjà ancien, publié en 1961 (en 1971 pour la France), et qui accuse pourtant certaines des marques de son temps, restera encore la seule étude fiable (bien qu’encore imparfaite) pour quiconque souhaite mieux connaître et comprendre les spécificités et l’évolution de la sexualité chinoise à travers son histoire.

Il n’y a plus qu’à espérer de la part de l’éditeur qu’il se montre un peu plus respectueux envers ses lecteurs ainsi que de cet auteur, en publiant l’un de ses nombreux ouvrages à la fois plus complets et plus sérieux, tels que Zhongguo gudai xing wenhua 中国古代性文化. The Sex Culture of Ancient China [Yingchuan : Ningxia renmin, (1993) 1994, 1041 pages] ou Xing yu Zhongguo wenhua 性与中国文化 (Sexe et culture chinoise) [Beijing : Renmin, coll. « Zhongguo wenhua xinlun congshu », 1999, 619 pages], qui fourniront un bien meilleur aperçu de la qualité des travaux de Liu Dalin.


Lien

International Brothers

Sortie en avril 2008, la traduction française par
Isabelle Rabu
t et Angel Pino du roman de
Yu Hua 余华 (1960-), Xiongdi 兄弟 Brothers
(Shanghai wenyi, 2005 & 2006)
roman que nous avons évoqué plusieurs fois sur ce blog,
vient de recevoir
le premier prix du meilleur livre étranger
de l'hebdomadaire Courrier international.

Comme l'annonce la publication sur son site internet, Courrierinternational.com,
où est reproduite une critique du livre parue
dans le quotidien chinois Xin Jingbao,
ce prix est « destiné à récompenser tous les ans un essai,
un récit ou un roman traduit en français et témoignant
de la condition humaine dans une région du monde
».

Après Hu Jia 胡佳 ,
à qui vient d'être décerné le Prix Sakharov, c'est,
à nouveau, un Chinois qui est remarqué, et fort justement, honoré.

Pour rappel, Xiongdi raconte l’histoire sur une quarantaine d’années de deux frères séparés par la Révolution et réunis par le hasard et l’amour, tout en retraçant les bouleversements connus par la société chinoise entre la période Mao et celle d’une croissance économique fulgurante. Dans ce roman où tout s’oppose et se complète (communisme et capitalisme latent, Chine des années soixante et Chine contemporaine, jusqu’aux deux frères, l’un doux l’autre dur), l’auteur mêle humour, événements historiques, climat social et sentiments avec une liberté de ton et d’écriture qui ravit le lecteur occidental. On comprend ainsi mieux pourquoi, sur plus de trois cents titres en compétition, c’est ce livre qui a touché le jury de ce nouveau prix, grâce à un auteur chinois qui ose « partir à l’assaut de la réalité ». (S.C.)

mercredi 29 octobre 2008

La traduction littéraire en France

a invité

Gisèle Sapiro,

directrice de recherche au CNRS,
qui vient de diriger l'ouvrage collectif

Translatio.
Le marché de la traduction en France à l'heure de la mondialisation


(Editions du CNRS, 2008)
à donner une conférence sur le thème

La Traduction littéraire en France

Cette conférence, qui est ouverte à tous, enseignants et étudiants,
se déroulera le
Mardi 4 novembre, de 12h à 14h
Salle des Professeurs, Université de Provence,
Centre des lettres
- Aix-en-Provence.

CONFERENCE ANNULEE

samedi 25 octobre 2008

De blog en blog (004)

Pour ce nouveau « De blog en blog » - le précédent remonte au 1er mars 2008 -, j'ai joué le jeu (ou presque) de la dérive ludique d’un lien internet à un autre en suivant la curiosité du moment. Mon point de départ était naturellement votre blog et un de ses liens fétiches, celui du Visage vert lequel offre dans son dernier billet du 22/10/08 une bien réjouissante « Gigue ». De là, j'ai rapidement glissé tout continuant à me dandiner gracieusement vers la page actualité des éditions Zulma (« La grande maison »), pour voir quel nouveau prix le futur Goncourt (?) Jean-Marie Blas de Roblès avait reçu depuis ma précédente visite : et toc ! un de plus. Cette fois c'est le prix Giono qui couronne Là où les tigres sont chez eux ! Vu que ce prix « distingue un ouvrage de langue française - roman, récit ou recueil de nouvelles - faisant une large place à l’imagination dans l’esprit de Jean Giono et révélant un vrai talent de raconteur d’histoires », une visite à la page consacrée par l'éditeur à son protégé s'imposait ; une manière de se familiariser avec l'œuvre en question avant d'aller l'acheter ; il y est question, abondamment (784 pages !), d'Athanasius Kircher (1601-1680) dont le China Monumentis (1667) (accessible sur Gallica, BNF) fournit la première illustration de ce billet (voir ci-dessus). A partir de la même page, on peut se rendre sur le site de l'auteur , et aussi télécharger une biographie de Kircher par lui (colonne de droite) -- on peut également faire un détour par ObsVideo.com pour écouter J.-M. B. de R. et son éditeur, Serge Safran répondre aux questions de Grégoire Leménager : durée 14 mn 35 s.

Après cette escapade érudite, je suis repassé par le Visage vert toujours en quête de nouveauté et après une nouvelle gigue sautillante - on ne s'en lasse pas -, j'ai actionné un autre des signets amoureusement répertoriés par Anne-Sylvie Homassel, non pas dans les « Bermudes » où séjourne LEO2T, mais juste un peu plus bas, savoir une de ses « Maisons dans la prairie » .


Bonne pioche (mais pouvait-il en être autrement) ! J'ai découvert avec bonheur le blog de Blandine Longre, traductrice (anglais) & critique littéraire, qui, cela dit en passant et en la remerciant pour cette délicate attention, nous a casé dans une rubrique « Traduction ». Passé la surprise, je suis parti à la découverte de ce blog foisonnant qui, en tout juste douze (?) mois d'existence, a livré une foule de pistes de lectures dont de toutes fraîches explorations japonaises dans une déjà riche rubrique « Littérature étrangère » dont j'extrais les quatre billets suivants :
  • 12/10/2008 : La Magicienne 妖婆 d’Akutagawa Ryûnosuke 芥川龍之介 (1892-1927), nouvelles traduites du Japonais par Elizabeth Suetsugu (Ed. Picquier)
  • 16/10/2008 : Natural woman ナチュラル・ウーマン (1988) de Matsuura Rieko 松浦理英子 (1958-), traduit du Japonais par Karine Chesneau (Ed. Picquier)
  • 21/10/08 : Futon 蒲団, de Tayama Katai 田山花袋 (1871-1930), récits traduits du Japonais par Amina Okada, Le Serpent à plumes.
  • 24/10/08 : Les jours de Yokô d'Arishima Takeo 有島武郎 (1878-1923), roman traduit du Japonais par M. Yoshitomi et Albert Maybon (Ed. Picquier)
Un bel exemple dont pourraient s'inspirer les membres de notre équipe ! Bon, passons et reprenons notre périple pour explorer un des liens choisis par Blandine Longre : « Bingo ! encore gagné ! », car j'ai atterri sur la page d'accueil de La Revue Littéraire de Shanghai.

Basée à Shanghai, son « ambition [est] d’ouvrir un espace propice à la réinvention d’une vie littéraire mettant en résonance la langue française et une réalité chinoise mithridatisée par le creuset Shanghaien. .../... La Revue Littéraire de Shanghai veut, sous la forme d’une publication électronique, qu’une version papier pourrait aussi relayer, permettre à ces voix d’encre et de papier de trouver un relais, de l’intimité créatrice vers un premier cercle de lecteurs. La Revue souhaite aussi faciliter l’échange, entre passionnés de littérature chinois ou francophones, au sein d’un courant où chacun puisse enrichir sa démarche d’écriture à celle de l’autre. » (Voir ici)
Le « coordinateur éditorial » de la Revue est Tang Yi-Long / Tang Loaëc, auteur et critique littéraire qu'on peut lire notamment sur Bibliobs et sur les revues en ligne Ecrits-Vains et La Vénus Littéraire.

On trouve déjà en place des notes de lectures et des critiques de livres qui affichent les goûts de l'équipe pour les écrits d'Eileen Chang / Zhang Ailing (Un amour dévastateur, Rose rouge et rose blanche, Lust Caution), Chi Li (Pour qui te prends-tu ?; Tu es une rivière ; Trouée dans les nuages), mais aussi Liu Liu (A romance of house), Weihui (Shanghai Baby) ; Liu Zhenyun (Peaux d'ail et plumes de poulet) ; Liu Yichang (Tête-bêche) et Yan Lianke (Servir le peuple). Elles sont signées Tang Loaëc, Fabienne Trunyo et Blandine Longre.

Ma déambulation s'arrête ici, car la rubrique « Liens » de ce site, dont on suivra l'évolution avec beaucoup d'intérêt, n'est pas encore alimentée : je vais donc pouvoir souffler ! (P.K.)

vendredi 24 octobre 2008

Pékin en Paca

L'édition 2008 du festival Image de ville
a pour thème
« Pékin. Phénomène urbain ».
Il se tiendra comme chaque année à Aix-en-Provence
du 14 au 18 novembre 2008

Pour tout savoir sur lui, il faut se rendre sur le site de l’association organisatrice image de ville qui fournit toutes les informations relatives à cet événement dont Philippe Jonathan, architecte et urbaniste, diplômé de l'Université Qinghua (Pékin) et qui travaille régulièrement en Chine, a accepté d'être le directeur artistique invité. Voici comment il la présente :
Les images de la mutation de Pékin - la capitale de l’Empire du Milieu est devenue mégalopole globale - sont proprement abasourdissantes pour les habitants du Vieux Continent. Tout nous stupéfie : l’échelle et la vitesse des interventions, la radicalité et la brutalité de la transformation urbaine, l’immensité des projets ... Par sa mise en scène de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le réalisateur Zhang Yimou a réussi à capter l’attention des téléspectateurs de la planète, éclairant et relayant de par le monde l’image inventive d’une ville et de sa fiction, profondément métamorphosée et bouleversée. Cette question de la ville constitue pour le cinéma chinois, depuis vingt ans, une dimension fondamentale de son évolution thématique et esthétique. Après la génération des cinéastes qui inscrivaient leurs films à la campagne et avec le tournant que constitue Tian ‘anmen/1989, la ville, au-delà du simple décor, constitue désormais le fondement de l’inspiration et du questionnement pour les cinéastes chinois. Pour sa 6ème édition, quelques mois après l’effervescence médiatique, le festival Image de ville choisit de s’arrêter sur Pékin et prend le temps de regarder la ville. Ville du pouvoir global, Cité interdite, ville de la vie ordinaire … Quelle image Pékin cherche-t-elle à afficher ? Quel rôle l’architecture et les architectes y jouent-ils ? Quels regards le cinéma, chinois et occidental, porte-t-il sur la mutation de Pékin et au-delà sur les capitales des provinces chinoises ? Comment comprendre cette nouvelle civilisation urbaine qui, malgré l’éloignement géographique et culturel, semble s’inscrire dans un même mouvement d’homogénéisation globale de la planète ?
Le programme réserve de belles surprises : des expositions, des projections de films et de documentaires, des conférences, des rencontres, des performances et autres signatures occuperont ces cinq journées consacrées à une ville qui ne peut laisser indifférent. Je vous invite à le consulter en cliquant ici ou ici. J'en extrais l’événement littéraire qui permettra de rencontrer l'écrivain chinoise également cinéaste dont ce blog a plusieurs fois parlé : Guo Xiaolu 郭小櫓.

Une rencontre sur la littérature chinoise avec Xiaolu Guo, cinéaste et écrivain, Philippe Picquier, éditeur, Noël Dutrait, traducteur et professeur à l’Université de Provence, animée par Pascal Jourdana se tiendra, en effet, dans l’amphithéâtre de la Verrière (Cité du Livre, 8/10, rue des Allumettes, parking Méjanes), le lundi 17 novembre, à 18 h. Elle sera suivie d'une performance de Julien Blaine et de Ma Desheng.

Quant au film de Xiaolu Guo, Chine, la deuxième révolution ?, il sera projeté Salle Armand Lunel (Cité du Livre), le même jour mais à 16 h, en présence de la réalisatrice. (P.K.)

jeudi 23 octobre 2008

LEO2T : horizon 2009

La Jeune Equipe 2423
Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction
(LEO2T)
organise deux manifestations scientifiques en 2009


Etudes sinologiques japonaises dans une librairie de Kanda 神田, Tôkyô (cliché PK, 24/08/07)

Journées d’étude :
« Littératures d’Asie : traduction et réception »
13 et 14 mars 2009, Université de Provence.

Les communications pourront porter sur la traduction et la réception de textes littéraires anciens ou contemporains. Elles pourront aborder soit les problèmes de traduction d’une langue asiatique vers le français (ou une autre langue d’Occident), soit les questions de diffusion, de réception ou de critique de ces littératures.

Les projets de communication devront être envoyés avant
le 15 décembre 2008 à
Noël Dutrait : noel.dutrait@univ-provence.fr


Etudes sinologiques japonaises dans une librairie de Kanda 神田, Tôkyô (cliché PK, 24/08/07)


Colloque international :
« Le roman en Asie et ses traductions »
15 & 16 octobre 2009
[nouvelles dates]
Alors que Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, auquel revient chaque année la tâche d'annoncer le prix Nobel de littérature, a déclaré récemment : « Il y a de la littérature de qualité dans toutes les grandes cultures, mais on ne peut échapper au fait que l'Europe, toujours, est le centre du monde littéraire », on peut se demander si le roman en Asie, aussi bien ancien que contemporain, ne constitue pas un genre littéraire tout aussi important que le roman occidental.
Les communications pourront porter sur les thèmes suivants : Comment choisir les textes ? Pourquoi les choisir ? Comment les traduire ? Comment les présenter ? Peut-il exister une critique des traductions ? En fonction de quels critères ? La question des auteurs qui se traduisent eux-mêmes. La traduction des œuvres à partir de versions déjà traduites, l’édition des textes, la réception des traductions… On n’exclura pas des communications portant sur les œuvres elles-mêmes, reflets de leur époque, instruments de divertissement ou de recherche esthétique.

Merci d’envoyer vos propositions et suggestions à
Noël Dutrait : noel.dutrait@univ-provence.fr et
Pierre Kaser
: pierre.kaser@univ-provence.fr

mercredi 22 octobre 2008

Fumer du poisson

La JE LEO2T est heureuse d'annoncer
la prochaine conférence organisée par
l'Ecole Doctorale Langues, Lettres et Arts de notre université
Jeudi 13 novembre 2008
à 17H30, Salle des Professeurs (2ème étage),
Université Aix-Marseille 1,
29, avenue Robert Schuman, 13621 Aix-en-Provence Cedex 1


donnera une conférence suivie d'un débat sur le thème

« Toute interprétation fume-t-elle du poisson ?
Réflexions sur le travail littéraire à partir de Stanley Fish
»
Le théoricien américain Stanley Fish (1938-) invite à penser que toute interprétation relève essentiellement de la projection et que ce sont « les lecteurs qui font les poèmes ». On esquissera quelques-unes des conclusions radicales qu'on peut en tirer sur le plan épistémologico-politique, les situera brièvement dans la pensée de Stanley Fish, avant de prendre un recul critique : tout en mesurant les propriétés décapantes du relativisme fishien, on soutiendra qu'il peut être utile de reconnaître au texte sinon une (illusoire?) « dignité » transcendante, du moins un bloc de signification irréductible à ce qui viendra se projeter sur lui.

Yves Citton est professeur de littérature française à l’université de Grenoble. Il a récemment publié aux Éditions Amsterdam L’Envers de la liberté. L’invention d’un imaginaire spinoziste dans la France des Lumières, qui a remporté le Prix Rhône-Alpes du Livre 2007, ainsi que Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ? (2007). Il a rédigé la préface de la traduction française du livre de Stanley Fish, Quand lire, c'est faire (Paris, Les Prairies Ordinaires, 2007). Il fait partie du comité de rédaction des revues Multitudes et Dix-huitième siècle et collabore à la Revue Internationale des Livres et des Idées.
Cette conférence est ouverte à tous. On pourra s'y préparer en lisant l'article « L’autorité de l’interprète. Les fables théoriques de Stanley Fish » que Marc Escola a mis en ligne sur Fabula.org à l'occasion de la sortie de Stanley Fish, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives, trad. de l’anglais (américain) par Étienne Dobenesque, préface d’Yves Citton, postface inédite de Stanley Fish, Paris, Les Prairies ordinaires, coll. « Penser/croiser », 2007, 144 p.

mercredi 15 octobre 2008

Horizon BU

Vitrine d'un bouquiniste du quartier Kanda 神田, Tôkyô
(cliché PK, 24/08/07)


Bonne nouvelle pour les amateurs d'art, de lettres ou d'histoire de Chine : comme annoncé précédemment sur le blog, le fonds chinois qui dormait jusqu'à présent sur les étagères du sous-sol de la Bibliothèque Universitaire d'Aix-en-Provence sera bientôt mis à disposition des chercheurs et des étudiants.

Plusieurs centaines d'ouvrages en langue chinoise touchant à divers domaines sont en effet en cours de catalogage et seront consultables d'ici à quelques mois. Pour n'en citer que quelques-uns : pour les dictionnaires, le Dictionnaire des opéras et des spectacles populaires chinois (中国戏曲曲艺词典), le Kangxi zidian 康熙字典 ; pour la littérature ancienne, le Mencius 孟子, les Entretiens 论语, le Han Fei zi 韩非子, le Yijing 易经 ; pour les contes, le Vaste recueil de l'Ere de la Grande Paix 太平广记 (en intégralité), le Taiping Yulan 太平御览, les Chroniques de l'étrange 聊斋志异; pour les grands classiques de la littérature, les Trois Royaumes 三国演义, Au bord de l'eau 水浒传, le Rêve dans le pavillon rouge 红楼梦, la Pérégrination vers l'Ouest 西游记 ; pour l'Histoire, les Mémoires historiques 史记 et toutes les autres histoires dynastiques jusqu'aux Ming (en 24 volumes) ; pour l'archéologie et l'histoire ancienne, divers ouvrages sur les jiaguwen 甲骨文 ou sur les monnaies 古钱 ; pour la littérature chinoise du XXe siècle, des livres de Lao She 老舍, Ba Jin 巴金, Lu Xun 鲁迅, Guo Moruo 郭沫若 ; et dans les curiosités, des livres sur l'art du xiangsheng 相声, sur la peinture et la calligraphie, sur les techniques d'arts martiaux 武术, sur la médecine chinoise 中医, des collectors de revues chinoises (les Contemporains 现代), des traductions en chinois d'ouvrages occidentaux (Camus ou Saint-Exupéry notamment), et divers comptes-rendus de colloques ou résultats d'études sur la littérature, la sociologie, l'histoire, la démographie ou les publications chinoises. Nul doute que chacun pourra donc trouver son bonheur parmi ces ouvrages plus ou moins anciens, connus ou reconnus.

Une partie des livres sera librement consultable, mais la majorité restera en « magasin ». Il suffira alors pour se les procurer d'en faire la demande, et pour les découvrir de taper les mots-clés (titres, auteurs ou domaines) sur le portail Horizon de la B.U. : la recherche se fera alors en pinyin désagrégé, exception faite des noms propres (exemple : Shui hu zhuan – Zhongguo xi qu qu yi ci dian – Feng Menglong etc). A rappeler également que diverses revues en langue chinoise sont d'ores et déjà disponibles sur place dans la salle des périodiques (Yazhou zhou kan 亚洲周刊 notamment).

À noter enfin que le fonds de la jeune équipe LEO2T (« Littératures d'Extrême-Orient : textes et traduction ») précédemment catalogué sur un fichier électronique sera prochainement transféré à la B.U. Vous saurez donc où trouver les volumes qui vous intéressent. Bonne lecture et bonnes recherches à tous ! (S.C.)

mardi 14 octobre 2008

꼬끼오...꼬끼오!

(Photo extraite du site de Kyobo, la plus grande librairie de Séoul)

꼬끼오...꼬끼오!
(Cocorico ...cocorico !)

Jean-Marie Gustave Le Clezio (르클레지오), Prix Nobel de Littérature 2008 est sans doute l'écrivain français contemporain le plus prisé en Corée du Sud. Une vingtaine de ses livres a déjà été traduite et publiée, parmi lesquels Désert, Poisson d'or, Révolutions, L'africain... Son style d'écriture, au ton vif et énergique, est considéré à la fois comme classique et raffiné.

Le Clézio a fait plusieurs séjours en Corée du sud durant les 8 dernières années. Il est professeur invité à l'Université féminine d'Ewha, à Séoul, dans le quartier de Sinchon qui compte à lui seul 4 universités. Il est un professeur de littérature et de culture françaises apprécié des étudiantes pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Comme d'autres, Le Clezio a été fasciné par le destin singulier et tragique de ce petit pays, coincé entre des grands, souvent envahi et spolié, habitué à se battre pour exister. Le Clézio écrit le coréen et connaît les rudiments de la langue. Dans le journal Le Monde du 10 octobre, Choi Mikyung, directrice du département de français de l'université d'Ewha et traductrice dit : « Le Clézio est apprécié des coréens car il parle de pays qui ne sont pas au centre du monde, qui ne prétendent pas à l'universalité. On sent qu'il comprend les souffrances des peuples qui ont été dominés au cours de leur histoire, comme la Corée ».

La nouvelle de l'attribution du Nobel de littérature a bien entendu été reprise par de nombreux médias et blogs, saluant parfois Le Clézio comme l'auteur français qui obtient la distinction « huit ans après Gao Xingjian, auteur d'origine chinoise, exilé en France ».

En décembre 2007, au cours d'une rencontre avec Hwang Sok-Yeong, autre espoir de Nobel de littérature pour la Corée, durant deux heures, les deux auteurs ont abordé leurs mondes littéraires et les questions de traduction. Ils se sont reconnus de nombreux points communs : nés approximativement à la même période, étrangers aux pays dans lesquels ils vivent (Le Clézio en Corée au moment de la conférence et Hwang Sok-Yong à Paris) ayant chacun vécus des guerres (Allemagne, Vietnam, Corée). Les deux écrivains ont insisté sur l'importance de la traduction pour l'internationalisation d'une oeuvre, Hwang Sok-Yong affirmant qu'un auteur mal traduit risquait de voir sa reconnaissance limitée.

JMG Le Clézio et Hwang Sok-Yong – décembre 2007

Le dernier roman de Le Clézio, Ritournelle de la faim (Gallimard), aurait été écrit en partie, dans une chambre de la résidence universitaire dans laquelle il résidait à Séoul et inspiré par une histoire vécue dans l'île (touristique) de Jeju, en 1948, lors d'une rébellion indépendantiste.

Au cours de sa conférence de presse improvisée dans les locaux de sa maison d'édition, à la question d'un journaliste sur le message qu'il avait à faire passer, Le Clézio répondit « Mon message, c'est qu'il faut continuer à lire des romans, en ces temps de crise mondiale ».

Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo

jeudi 9 octobre 2008

Sous influence VV

Masque funéraire Kitan en bronze [Empire des Liao 遼 (946-1125)]
Ancienne collection Michael Steinhardt. (Source : site commercial)


Mes lectures de vacances étaient, en apparence tout au moins, bien éloignées des écrits du vénérable maître Kong. Elles étaient, je peux l'avouer maintenant – il y a prescription -, sous la stimulante influence du Visage vert dont il a été déjà question sur ce blog.

La revue a, vous le savez sans doute déjà, emprunté son nom au Das grüne Gesicht de Gustav Meyrink (1868-1932) qui fut non seulement un grand traducteur – celui de Dickens et de Kipling notamment -, mais aussi et surtout un grand romancier, auteur de tant de livres qui, c'est heureux, ne sont pas sans avoir quelque rapport occulte avec la littérature de l'Empire du Milieu. Rappelez-vous la fin de l'avant-propos que Jacques Dars donnait à son recueil de traductions de nouvelles chinoises des Ming (1368-1644), En mouchant la chandelle (Gallimard, « L'imaginaire », 1986) :
« Mais l'œuvre de Qu You [瞿佑 (1341-1427)] parvint même, incognito pourrait-on dire, jusqu'en Europe ! En effet, l'histoire des lanternes-pivoines, la préférée des Japonais, fut reprise par le passionné de folklore nippon qu'était Lafcadio Hearn (1850-1904) dans son recueil fantastique, parfois glaçant et épouvantable, Kwaidan. Les lecteurs de langue anglaise ignoraient sans doute qu'ils se délectaient à une histoire chinoise du début des Ming, comme le firent des lecteurs de langue allemande quand Gustav Meyrink, l'auteur du Golem, traduisait l'œuvre de Hearn. » (p. 17)
On aura donc raison de se plonger avec délices dans les volumes déjà parus – quinze au total – de cette revue unique ; étant un converti de la dernière heure, je ne connais que la dernière formule et donc les deux derniers volumes uniquement (14 & 15) qui m’ont particulièrement ravi.

L'appétit communicatif du Visage vert pour les textes oubliés et curieux, n'a pas mis longtemps à aiguiser le mien dans deux directions qui se rejoignent dans le même goût pour le fantastique :

1/ L'une m'a conduit vers des œuvres de notre vieille Europe. Aussi à peine avais-je quitté le château d'Udolphe, que j'entamai le Manuscrit trouvé à Saragosse du fascinant Jean Potocki (1761-1815). Mais je n'avais déjà plus le temps de m'enfoncer plus avant sur les chemins inquiétants et infestés de brigands et de démons des Alpujarras. J'en étais à peine arrivé au moment où les deux sœurs Emina et Zibeddé se rapprochaient d'Alphonse Van Worden, le narrateur. Le jeune capitaine des Gardes wallonnes, qui se demande s'il a affaire à « des femmes ou bien avec d'insidieux succubes » écrit à ce moment : Chacune d'elles prit une de mes mains. Emina demanda si je me trouvais mal. Je la rassurai. Zibbedé me demanda ce que c'était qu'un médaillon qu'elle voyait dans mon sein et si c'était le portrait d'une maîtresse. « C'est, lui répondis-je, un joyau que ma mère m'a donné, et que j'ai promis de porter toujours : il contient un morceau de la vraie croix ... » A ces mots, je vis Zibeddé reculer et pâlir. « Vous vous troublez, lui dis-je, cependant la croix ne peut épouvanter que l'esprit des ténèbres. » ...

Combien de mois va-t-il me falloir patienter avant de pouvoir retrouver Alphonse et le suivre à travers les trois éditions récentes [Le livre de Poche, 2007 & GF, 2008 : deux volumes sous coffret] qui rendent dans sa forme la plus complète la grande œuvre que son auteur, ami et soutien de l'orientaliste allemand Julius Heinrich Klaproth (1783-1835), qualifiait de « roman bizarre » ?

2/ L'autre chemin suivi dans le sillage du Visage vert m'a mené vers ces recueils de récits à faire frémir qui parcourent la longue histoire de la littéraire chinoise, et invité à sortir d'une pile de vieilleries un peu négligées au fil des ans quelques ouvrages d'outre-tombe. Parmi eux, quelque peu défraîchi par 20 ans de négligeance coupable, mon premier livre en chinois acheté à Bordeaux dans cette curieuse succursale depuis longtemps fermée des douteuses amitiés Franco-chinoises à deux pas de la place de la Victoire. Il portait un titre évocateur : Bu pa gui de gushi 不怕鬼的故事 (Pékin : Renmin wenxue, 1978). Ce microscopique choix établi en 1961 par le laboratoire de recherche en littérature de l'Institut des Sciences Sociales de Chine [Zhongguo shehui kexueyuan wenxue yanjiusuo 中國社會科學院文學研究所] pour affermir le matérialisme ambiant avec un lot d'histoires dans lesquelles on n'a [même] Pas peur des fantômes - il venait d’être réimprimé en 1978 -, reprenait justement 11 récits tirés du livre qui retint mon attention aussitôt retombée l'émotion causée par la rencontre d'un vieil ami de presque 30 ans.

L’œuvre en question est le Zi bu yu 子不語 (Ce dont le Maître ne parle pas) de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) que je retrouvais ainsi dans l'édition que la Shanghai guji tira à 9000 exemplaires en novembre 1986 ; deux tomes achetés au creux de mon deuxième hiver pékinois pour 4 yuan 60 ! Pas loin gisait une autre édition de la même mine d’histoires curieuses sous son titre alternatif - Xin Qi Xie 新齊諧 - parue à 9500 exemplaires en mai 1986 au Shandong (Qi Lu shushe, Jinan), en même temps que la suite donnée par Yuan Mei à sa collection de mirabilia, le Xu Zi bu yu 續子不語 : soit un des 12000 exemplaires tirés à Changsha au Yuelu Shushe.

C'était inespéré, mais ces éditions modernes en caractères simplifiées et ponctuées qui avaient alors redonné un souffle de vie à une œuvre née il y a quelque 220 ans, étaient toutes expurgées. Datant de 1788, l'ensemble de 1025 récits en langue classique dans le style de ceux de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) et de Ji Yun 紀昀 (1724-1805), avait, ne l'oublions pas, rencontré la censure dès 1836. Fort heureusement, les éditions plus ou moins complètes en furent nombreuses et il est dorénavant facile de rendre son visage d'origine à ce chef-d'œuvre oublié. Il n'empêche que le travail qui reste à faire pour le présenter au public français est de taille. Seule une poignée de ces récits à faire froid dans le dos ou à faire sourire a reçu une traduction, qui plus est pas toujours à la hauteur.

Mais ceci est une autre histoire qui pourrait avoir pour point de départ une incursion chinoise dans le bel édifice du Visage Vert, sous la forme d'une douzaine de récits courts : huit traduits par Solange Cruveillé, les quatre autres par moi, suivi d’une présentation que je m’efforce de rendre vivante et pas trop 'sinologico-soporifique'.

En attendant le mois de juin 2009 pour vous jeter sur le seizième volume concocté par Xavier Legrand-Ferronnière et ses collaborateurs, allez découvrir les précédents et, si vous êtes à Paris, précipitez-vous au stand du Visage vert au 18e Salon de la revue (10 - 12 octobre 2008).

Et pourquoi n'iriez-vous pas explorer, sans plus tarder, le versant de la revue sur Facebook entretenu par Anne-Sylvie Homassel dont la succulante et élégante traduction du deuxième volume des aventures de Fu Manchu vient juste de sortir chez Zulma ? Les créatures du Docteur Fu Manchu vont me tenir en haleine tout le weed-end -- encore une lecture sous influence. Si vous voulez me voir revenir à mes anciennes occupations et tenir mes promesses, il ne vous reste plus qu'à invoquer les mânes de Kongzi et de Li Yu 李漁 (1611-1680), qui, c'est piquant à noter, partageaient le même dégoût du surnaturel. (P.K.)

lundi 6 octobre 2008

Un art de la contrainte

L'« Equipe sur les Cultures et
Humanités Anciennes et Nouvelles Germaniques et Slaves »
(EA 4236) et notre équipe ont conjugué leurs forces pour présenter les

17 & 18 octobre 2008,
salle des professeurs (2ème étage) de l'Université de Provence
29, av. Robert Schuman 13621 Aix-en-Provence cédex 1
un colloque international sur le thème :

Traduire : langues et réalités.
Un art de la contrainte

Chaque langue impose une image, une conceptualisation particulière du réel, dit-on, si bien que l'expression linguistique du réel n'est plus le réel. La complexité des rapports entre langue(s) et réel(s) ainsi que les diverses manières de percevoir et de rendre compte du réel se manifestent particulièrement dans les descriptions de lieux ou d'objets. En passant d'une langue à l'autre, on rend compte d'un réel déjà « formaté», notamment en ce qui concerne la traduction littéraire. Les caractéristiques de la langue-cible peuvent également influencer le style du texte, obliger le traducteur à faire des choix auxquels l'auteur n'a pas été confronté, non seulement au niveau lexical, mais aussi grammatical.

Vendredi 17 octobre

9 h 00 - Inauguration par Jean-Paul CAVERNI,
Président de l’Université de Provence

Questions théoriques

9 h 20 - Olga SAPOJNIKOVA, Nijni Novgorod (Russie), « L’identité culturelle sous l’angle de la critique en traduction littéraire. »
9 h 40 -
Marie-Christine HAZAËL-MASSIEUX, Université de Provence, « Traduction et diglossie. Comment traduire et que traduire en créole ? »
10 h 00 -
Marie VRINAT, INALCO, « La traduction littéraire : quand la contrainte devient prétexte à création. »
10 h 20 - Discussion - 10 h 40 - Pause
11 h 00 -
Elena PORCHNEVA, Université Linguistique de Nijni Novogorod, « Formation de la compétence interculturelle chez les futurs interprètes. »
11 h 20
- Malina STANKOVA, Université de Sofia, « La traduction et la signification. Quelques observations. »
11 h 40
- Gilles BARDY, Université de Provence, « Sur quelques problèmes de traduction du roumain en français. »
12 h 00 - Pause - 12 h 20 - Déjeuner

Questions de réalité

14 h 20
- Agnieszka GRUDZISKA, Paris IV-Sorbonne, « Pas de texte sans contexte. La traduction des archives du ghetto de Varsovie. »
14 h 40
- Miroslava SEVCÍKOVÁ, Brno, « Traduire les étranges réalité d’Antoine Volodine. »
15 h 00
- Noël DUTRAIT, Université de Provence, « La traduction de la réalité et du réalisme magique chez Mo Yan. »
15 h 20 - Discussion - 15 h 40 - Pause
16 h 00 -
Pierre KASER, Université de Provence, « Le théâtre dans le roman : Les Amants de la scène de Li Yu (1611-1680). »
16 h 20 -
Inês OSEKI-DEPRE, Université de Provence, « Traduction réaliste ou traduction relevante ? (A propos de la traduction française de João Guimaroes). »
16 h 40
- Anastasia VINOGRADOVA, Université de Provence, « “Des violettes au creuset” ou la pratique de la traduction en Russie à l'époque symboliste. »
17 h 00 - Discussion - 19 h 00 - Dîner


Samedi 18 octobre

Questions de poésie

9 h 00
- Perle ABBRUGIATI, Université de Provence, « Traduire une chanson. Quelques exemples autour de Brassens en italien. »
9 h 20 -
Françoise DOUAY, Université de Provence, « Un poème de Beaudelaire au prisme des langues : une constellation de points intraduisibles. »
9 h 40 -
Agnieszka ZUK, Nancy 2, « La construction de la réalité dans Dukla d’Andrzej Stasiuk. Les problèmes de la traduction du sensible. »
10 h 00 - Discussion - 10 h 20 - Pause
11 h 00
- Philippe CHE, Université de Provence, « Repérer et traduire le langage allusif chez Ge Hong, auteur taoïste du IVe siècle ? »
11 h 20 -
Pierre LARCHER, Université de Provence, « Traduire la poésie arabe pré-islamique : pourquoi ? comment ? »
11 h 40 -
Milena FUCIKOVÁ, Université de Provence, « C’est la fête de la langue ! Traduire l’univers créole de Patrick Chamoiseau en tchèque. »
12 h 00 - Discussion - 12 h 20 - Déjeuner

Questions de linguistique

14 h 30
- Charles ZAREMBA, Université de Provence, « Quand les faits de langue sont aussi des faits de récit. »
14 h 50 -
Kira KACHLAVIK, Université Linguistique de Nijni Novgorod, « Traductions russes de la prose philosophique de Pascal. »
15 h 10
- Kira PESHKOVA, Université de Provence, « Modélisation conceptuelle dans un domaine spécialisé et traduction “droits de l’homme” en russe et en français.
15 h 30 - Discussion - table ronde et clôture

Comité d'organisation Université de Provence
Noël DUTRAIT • Charles ZAREMBA
Contact : Absa d'Agaro, absa&up.univ-aix.fr

dimanche 5 octobre 2008

Réponse à la devinette (016)

Han Yu 韓愈(768-824)

D'abord
cette devinette qui, grâce à l'érudition de Thomas Pogu, n'a pas tenu longtemps. Même sans Google-assistance, il n'était pas bien sorcier de reconnaître ce volume de l'Histoire de la littérature chinoise que Georges Margouliès (né en 1902) consacra à la prose classique - c'est aujourd'hui encore la seule monographie de cette taille (336 pages) sur le sujet -, et son propos liminaire qui amène à se poser la question : « Où en sommes-nous soixante ans plus tard ? »

Celui que son éditeur (Payot) présentait comme « Docteur ès-lettres, ancien chargé de mission en Chine » et dont on peut lire une notice biographique à la page 294 de Deux siècles d'histoire de l'Ecole des langues orientales (Pierre Labrousse (ed.), Paris, Hervas, 1995), celui qu'Etiemble brocardait dans son Hygiène des lettres (1952) et dont l'Anthologie raisonnée de la littérature chinoise (1948) permit à Borgès de découvrir Han Yu 韓愈(768-824) le grand prosateur des Tang (618-907), livrait page 309 de cet ouvrage complété en 1951 par un volet consacré à la poésie, une réflexion dont on fera grand cas dans notre appréciation des traductions de littérature chinoise ancienne :
« Cependant, à côté de ces événements politiques, les rapports officiels avec l'étranger occidental, la représentation de la Chine en Europe [...], les voyages de nombreux Chinois en occident, tout amena la Chine de la fin du XIXe s. à commencer à connaître les lettres européennes.
Il ne faut pas croire qu'il puisse s'agir aussitôt d'influences ; ce ne furent que quelques traductions d'information et, si elles rendaient le sujet de l'ouvrage, la forme stylistique et souvent même l'adaptation de l'idée demeuraient essentiellement chinoises et conformes aux échantillons classiques, un peu comme le sont encore à présent dans le sens inverse les nombreuses imitations ou transpositions d'œuvres chinoises qu'on publie en Europe. »
Que de progrès parcourus depuis !


Pour finir, laissez-moi vous prévenir qu’avant de vous livrer une autre occasion de manifester l'étendue de votre savoir sinologique ou votre agilité à manier les moteurs de recherche online, je vous parlerai bientôt (?) dans ce blog de plusieurs ouvrages que je viens de recevoir, et surtout du très recommandable Zhu Xi (朱熹), Mémoire sur la situation de l'empire (Wu-shen fengshi 戊申封事) 1188. Traduit du chinois, présenté et annoté par Roger Darrobers (Paris : Editions You Feng, 2008, 192 p.), puis du problématique Liu Dalin 刘达临, L'empire du désir. Une histoire de la sexualité chinoise (Traduction adaptée du chinois par Jean-Claude Pastor. Paris : Robert Laffont, 2008, 202 pages), et de bien d’autres choses encore : je n'ai pas oublié que je dois poursuivre mon survol des traductions de romans érotiques chinois, vous parler du sublime Oreiller magique de Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1635) (Handan ji 邯鄲記, traduit par André Lévy, MF, « Frictions », 2007), et tenir deux ou trois autres promesses laissées en suspens. Il sera aussi question de l'incursion prochaine de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) dans les colonnes du Visage Vert, dont le blog a fort gentillemment salué notre récente métamorphose. Mais comment faire pour tout faire, vite et, si possible, pas trop mal ? (P.K.)

samedi 4 octobre 2008

Un nouveau départ

Depuis septembre 2008, la jeune Equipe « Littérature chinoise et traduction » s’est élargie vers d’autres littératures d’Asie et a pris un nouveau nom :

« Littératures d’Extrême-Orient,
textes et traduction
»

ce blog l’indique déjà fièrement sur son bandeau,
le site de l’équipe sera bientôt revu en conséquence.

Les principaux axes de recherche de notre équipe dont l’acronyme est dorénavant LEO2T, restent essentiellement les mêmes, mais envisagés sur un espace culturel qui dépasse le monde chinois :
  • les problèmes liés à la traduction des littératures d’Asie, à savoir de Chine, du Japon, d’Inde, de Thaïlande, du Vietnam et de Corée.
  • l’œuvre de Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature 2000, Docteur Honoris Causa de l'université de Provence en liaison avec le Service commun de la documentation de l’Université de Provence dans lequel se trouve l’Espace de recherche et de documentation Gao Xingjian.
L’équipe dirigée par Noël Dutrait réunit maintenant plus d’une douzaine de spécialistes sur six aires culturelles asiatiques [présentation réactualisée bientôt sur notre site]. L’équipe va continuer à développer des activités de recherches qui déboucheront sur des publications, mais aussi des manifestations publiques de plusieurs ordres.

La dernière réunion de l’équipe (30/09/08) a permis de définir le calendrier des activités des mois à venir. En voici, dans l’attente d’informations plus détaillées, les grandes lignes :

  • le 13 février 2009, l’équipe organisera une journée sur la traduction des littératures d’Asie baptisée « Littératures d’Asie : traduction et réception ». Les membres de l’équipe sont d’ores et déjà invités à proposer un titre de communication et à suggérer le nom de spécialistes qui pourraient être invités. Des propositions de communication peuvent nous être envoyées avant le 15 janvier 2009.
  • les 11 et 12 décembre 2009, l’équipe envisage de tenir un colloque international sur le thème suivant : « Le roman en Asie et ses traductions ». Toute proposition de communication est la bienvenue.
Notre collaboration avec la bibliothèque universitaire, déjà importante avec l’ERD Gao Xingjian, sera renforcée, notamment autour du projet d’établissement d’un inventaire des traductions françaises des littératures asiatiques. Le fonds d’ouvrages de notre modeste bibliothèque sera accueilli dans les locaux de la BU très prochainement et le catalogage du fonds chinois diligenté par Jean-Luc Bidaux, sera assuré pour partie par Solange Cruveillé. Nous lui souhaitons bon courage.

L’hiver qui vient devrait voir la concrétisation de notre désir de publier le premier numéro de notre revue en ligne, Impressions d’Asie, qui a pris pour diverses raisons dont certaines indépendantes de notre volonté, un considérable retard.

Bien avant, soit l’après-midi du 21 octobre 2008 à partir de 15 h. jusqu'à 17 h. (salle C232), les étudiants de Master de notre formation auront la possibilité – pour ne pas dire l’obligation – de rencontrer les membres de notre équipe. Ce sera l’occasion pour nous de présenter nos domaines de recherches et les travaux menés dans le cadre de l’équipe.

D’autre part, ce blog s’efforcera de vous tenir au courant des activités de notre équipe, comme de rester en alerte sur l’actualité des littératures asiatiques et d’en rendre compte avec le plus de célérité possible. Ce billet est le 200ème paru depuis sa création le 18 novembre 2006 --- c’est ce qui m’a amené à l’illustrer d’un montage proposant deux cents poisson, qui augurent d’un bonheur doublé pour un avenir radieux, ce qui n’est pas rien en ces temps de crise.

samedi 27 septembre 2008

Devinette (016)

Illustration empruntée au site de Jacques Poitou,
Professeur de linguistique à l'université Lumière Lyon-2

En divulguant la réponse à la devinette estivale, le 27 août dernier, j’écrivais que « la prochaine devinette qui portera le numéro 16 et les suivantes devraient être plus directement orientées vers la littérature chinoise ancienne et ceux qui ont contribué à mieux la faire connaître chez nous. »

Un mois s'est écoulé sans signe dans ce sens : il est grand temps de rattraper ce retard et de tenir parole. Voici donc un texte dont on cherchera fébrilement l'auteur et qu'on tentera d'identifier :
La littérature chinoise a été jusqu'ici et de nos jours reste encore absolument en dehors des horizons littéraires du lecteur européen. Aucun homme instruit ne peut se permettre d'ignorer ne fût-ce que le nom des grands classiques des autres pays d'Europe tels que Goethe, Shakespeare, Camoens, Calderon, Molière, Dante, Dostoïévsky, nombreux sont ceux qui connaissent des auteurs persans et hindous, Saadi ou Omar Khayam, Kalidasa ou Tagore, mais l'Extrême-Orient reste le domaine étroit de quelques spécialistes et bien des gens sont encore à se demander si la Chine possède une littérature quelconque. Sans aller jusqu'à ce point extrême de l'ignorance, il est certain que la littérature chinoise et son histoire sont à peu près totalement ignorées en Europe.
La plupart des sinologues n'ont traité qu'insidemment la question littéraire et le texte artistique qu'ils étudiaient les intéressait d'habitude surtout par ses données historiques ou philosophiques, les légendes ou les traits de mœurs qu'il exposait. Cependant aux yeux de l'auteur, et aussi du lecteur chinois, des détails avaient pour la plupart du temps un caractère secondaire et accidentel d'ornement remplaçable. Par contre, l'élément émotionnel et esthétique qui forme la raison d'être des productions artistiques n'intéressait pas le sujet des recherches savantes ; ces savants le laissaient de côté.
Vous connaissez la procédure, alors, à vous de jouer. (P.K.)