mardi 22 mai 2007

Etonnants voyageurs 2007

L'édition 2007 du festival international du livre et du film Etonnants Voyageurs va se tenir à Saint-Malo les 26, 27 et 28 mai. Cette manifestation dont la première édition a eu lieu en 1991 ouvre régulièrement ses portes aux littératures asiatiques et notamment à la littérature chinoise. C'est ainsi qu'en 2006, on pouvait y croiser, entre autres, l'écrivain Mo Yan, et les traducteurs Liliane et Noël Dutrait, ainsi que Jacques Dars.

Cette année, le thème retenu est « À l’heure de la littérature monde », thème qui s'appuie sur un manifeste en faveur d'une « littérature-monde en langue française », dont l'émergence « signe la fin de la “francophonie”, entendue comme l’espace où la France dispenserait ses lumières sur des masses quelque peu enténébrées, pour promouvoir un espace de liberté et d’échanges sur un pied d’égalité ». Ce manifeste, qu'on peut lire ici, a suscité bien des réactions, certaines très mitigées comme celle de Pierre Assouline qui s'achève ainsi : « Nous en dirons donc ce que François Mauriac disait de l’eau de Lourdes : s’il n’est pas certain que cela peut faire du bien, on est sûr au moins que cela ne fera pas de mal. » Ce manifeste a déjà été signé par 45 écrivains dont, l'écrivain d'origine chinoise, auteur à succès de Balzac et la petite tailleuse chinoise, Dai Sijie 戴思杰 (1954-)

Quelque 250 invités sont attendus parmi lesquels des représentants de la nouvelle générations d'auteurs de BD comme la japonaise Keiko Ichiguchi [Née à Osaka, en 1966, auteur de 1945 (Dargaud, 2005), America (Dargaud, 2007) et de Pourquoi les Japonais ont les yeux bridés (Dargaud, 2007)] et le jeune indien, Sarnath Banerjee présenté comme « le premier auteur de bande dessinée de son pays » [Calcutta (Denoël Graphic 2007), Corridor (Denoël Graphic 2006)].

L'Inde qui profite de l'engouement pour sa littérature suscité par le tout récent Salon du Livre de Paris, est également présente avec le journaliste et écrivain Suketu Mehta [Bombay, maximum city (Buchet-Chastel, 2006)], Bulbul Sharma (1952), peintre et écrivain [Mes sacrées tantes (Picquier, 2007), La Colère des aubergines (Picquier,1999)] et Abha Dawesar, dont il a été plusieurs fois question sur ce blog.

Seront également présentes Kim Tran-Nhut (1963) et sa sœur Thanh-Van Tran-Nhut (1962-) dont les œuvres individuelles ou composées à quatre mains semblent avoir trouvé leur public en France (Voir ici, ici ou ici).

Au moment où j'écris ce billet, la liste des invités ne contient pas un seul auteur en provenance de République Populaire de Chine ou de Taiwan, mais deux représentants de poids de la littérature chinoise de langue anglaise.

Tout d'abord, un autre auteur de romans policiers à succès, le Shanghaïen Qiu Xiaolong 裘小龍 qui depuis son installation à Saint Louis (Missouri) où il enseigne à la Washington University, a laissé le chinois pour écrire en anglais. Les amateurs de polars connaissent bien sont œuvre traduite chez Liana Levi [Mort d’une héroïne rouge (2001), Visa pour Shangaï (2003), Encres de Chine (2004), Le très corruptible mandarin (2006), De soie et de sang (2007)].

Preuve de sa notoriété Outre-Atlantique, le 7 avril 2007, il a été choisi par Howard W. French, pour « The Saturday Profile » du New York Times. Voici des extraits de cet article intitulé « For Creator of Inspector Chen, China Is a Tough Case to Crack » :

Shanghai is much more than his hometown. It is his muse, and it has been the one consistent subject of his fiction, the four Inspector Chen detective novels he has written so far, which have sold over 700,000 copies and have been translated into 16 languages, including Chinese. Chinese? Yes, since leaving the country at the age of 35 in 1988 on a Ford Foundation fellowship, Mr. Qiu has written in English instead of his native language. The choice, which today sometimes displeases Chinese authorities, he said, has been forced upon him by circumstances in his own country — from the bloody antidemocracy crackdown at Beijing’s Tiananmen Square in 1989, to the many restrictions on speech, especially anything construed as political speech, that have followed. He was reminded of these restrictions during his current visit home, when he wrote an article in homage of Yang Xianyi, an aging and infirm translator of Chinese classics into English. Mr. Yang became a hero to his generation of intellectuals for his decision to resign from the Communist Party over its handling of the pro-democracy demonstrations at Tiananmen Square. When Mr. Qiu approached Chinese magazines to get it published, they were unfailingly polite but unyielding. “We’re sorry,” he said editors would announce with a smile. “It’s very interesting, but for certain reasons, we’re afraid we can’t publish it.”
Plus loin, concernant son dernier titre When Red is Black, on peut lire :
YEARS later, while visiting his father’s grave, Mr. Qiu received the inspiration for what many readers consider to be his finest work, “When Red Is Black,” which like all his novels is a story about the exploits of Chief Inspector Chen of the Shanghai Police Bureau. In this novel, the detective is looking into the murder of a novelist and former member of the Red Guards. This background enables Mr. Qiu to process his deepest feelings about the fortunes of his family and of his country during the topsy-turvy years of ideological zealotry, as well as what the author considers the abandonment of virtually all values — save for the pursuit of money — that has followed. .../... CENSORS here could be called prescient too, however. They refused to allow the title “When Red Is Black” to be used in the Chinese version of the book, because of its clear ideological connotations. They also would not allow the city in question to be named Shanghai, designating it “City H” instead. If Mr. Qiu’s crime stories all have conclusions, their central character, Inspector Chen, a lover of classical poetry like the author himself, does not. Corruption is a recurrent theme, because “it is everywhere,” Mr. Qiu says. “What is the reason? Is it one-party rule? Is it something deeper in Chinese culture, because a legal culture does not have deep roots? Is it absolute power corrupting absolutely?” “The chief inspector does not have all the answers,” Mr. Qiu says. “Like all Chinese, he is just coming to terms with all that is changing around him.”
Qiu est aussi traducteur. Il a publié des traductions anglaises de poèmes chinois anciens : 100 Poems from Tang and Song Dynasties (Better Link Press, 2006, 231 p.) et Treasury of Chinese Love Poems: In Chinese and English (Hippocrene Books, 2003, 171 p.)

Autre vedette présente à Saint-Malo, l'américaine Tan Amy [Tan Anmei 譚恩美] (1952-), dont la notoriété est encore plus grande que celle de Qiu, si grande, nous dit-on, que l'écrivain a « "figuré" sous sa propre identité dans la série animée Les Simpson ».

On peut découvrir, ou mieux connaître, la vie et l'œuvre de cette fille d'émigrés chinois née aux USA, en visitant les deux sites internet suivants : 1 - il s'agit d'un site créé et entretenu par une admiratrice, Anniina Jokinen & 2 - ce qui pourrait bien être un véritable site personnel [Amy Tan y parle notamment de la maladie dont elle souffre depuis 1999 ], ou en lisant ses ouvrages traduits en français : Le club de la chance (Flammarion, 1992), La femme du dieu du feu (J’ai lu, 1997), L’attrape-fantômes (Robert Laffont, 1999), Les Fantômes de Luling (Robert Laffont, 2003) ou le tout récent Noyade interdite (Buchet-Chastel, 2007).

On peut aussi grâce à FORA.tv : The World is thinking écouter et voir Amy Tan qui parlait tout récemment (14/11/07), et pendant un peu plus d'une heure, de son dernier opus, Saving Fish From Drowning. (Il faut se rendre ici et cliquer sur le bouton "Launch Fora Player").

Le portrait fournit sur le site du festival Etonnants voyageurs nous livre, quant à lui, des informations sur ses activités actuelles :
Actuellement, Amy Tan travaille à un nouveau roman, collabore à l’écriture d’un épisode pilote pour la télévision avec le réalisateur Wayne Wang et le co-scénariste Ron Bass, et écrit avec le compositeur Stewart Wallace le livret de The Bonesetter’s Daughter (Les Fantômes de Luling), qui sera créé en septembre 2008 à l’Opéra de San Francisco. L’autre activité musicale de Amy Tan sur scène se borne au rôle de chanteuse d’appoint, meneuse de rythme dominatrice et second tambourin dans l’orchestre amateur The Rock Bottom Remainders composé d’écrivains, dont Stephen King, Dave Barry et Scott Turow. En dépit de leur talent discutable, leurs concerts annuels ont permis de réunir plus d’un million de dollars pour des programmes d’alphabétisation.
Merci d'avance à tous ceux qui auront la chance de se rendre à Saint-Malo de nous livrer des échos de leurs rencontres et de leurs trouvailles. (P.K.)

dimanche 20 mai 2007

Nouveautés éditoriales (05/07)


Vous avez sans doute remarqué que notre blog n'a pas publié de billet intitulé « Nouveauté(s) éditoriale(s) » depuis celui du 24/03/07. Sans doute, est-ce un manquement de ma part ou une distraction coupable, mais je n'ai rien trouvé concernant directement la littérature qui puisse en justifier la création : je vous présente - le cas échéant -, mes excuses pour le tort commis aux ouvrages non signalés, et mes encouragements à ceux qui voudraient combler ces lacunes ou compléter mes oublis : les portes et les fenêtres de ce blog leurs sont ouvertes.

Ce présent billet réalisé à la mi-temps de ce beau mois de mai s'impose à moi car la Chine se trouve, tout à coup, très présente sur les étals des libraires. Un rapide relevé fait apparaître une cinquantaine d'ouvrages parus ces dernières semaines ! J'en conserve ce qui m'apparaît être le nec plus ultra, savoir une édition revue et augmentée des Origines de la révolution chinoise : 1915-1949. (Lucien Bianco, Paris, Gallimard, « Folio histoire », 2007, 525 pages), Les paysans chinois d'aujourd'hui : trois années d'enquête au coeur de la Chine (Chen Guidi & Chun Tao, Bourin, « Document » , 2007), La Chine et la démocratie (Mireille Delmas-Marty & Pierre-Etienne Will (ed.), Fayard, 2007, 893 pages), La pensée en Chine aujourd'hui (Anne Cheng (ed.), Paris, Gallimard, « Folio/essais », n° 486), dont les sorties ont été dûment saluées dans plusieurs articles de presse. Je n'en dirai pas plus, mais il me semble qu'on peut faire le pari que les deux derniers devraient s'imposer rapidement comme des ouvrages de référence aussi indispensables que l'étude que Lucien Bianco livra pour la première fois en 1967.

Dans cette floraison de saison, la littérature n'est pas oubliée par les éditeurs, bien que, dirions-nous, sa présence se manifeste avec la plus grande modestie.

Notons pour le registre contemporain, la nouvelle édition du Chantier de Mo Yan 莫言, traduit par Chantal Chen-Andro qui voit le jour au Seuil dans la collection « Cadre vert ». M'est avis que l'auteur du Petit précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine (Picquier), nous dira très prochainement si la traduction de Zhulu a, ou non, évolué depuis sa sortie initiale en 1993 chez Scanéditions, ce que je suis dans l'impossibilité de faire aujourd'hui.

Pour ce qui est de la littérature de la Chine ancienne, je m'empresse de signaler une autre réédition. Il s'agit d'un volume publié voici 20 ans déjà aux éditions Le Nyctalope (1987) sous le titre Les formes du vent. Paysages chinois en prose. Ce livre au format de poche reprend donc sous ce beau titre, la traduction par Martine Vallette-Hémery de cinquante courts textes en prose classique d'auteurs de différentes époques allant des Dynasties du Nord et du Sud comme Bao Zhao 鮑照 (414-466), à la dernière dynastie avec, notamment, des compositions de Yuan Mei 袁枚 (1716-1797). La plupart des 27 auteurs convoqués sont des inconnus pour le public francophone ; certains pourtant devraient évoquer des souvenirs aux plus assidus : outre Wang Wei 王維 (701-761) [Patrick Carré, Phébus, 2003], Su Shi 蘇軾 (1036-1101) [Jacques Pimpaneau, Picquier, 2003 ; Stéphane Feuillas, Caractères, 2004], Zhang Dai 張岱 (1597-1689) [B. Teboul-Wang, Gallimard, « Connaissance de l'Orient », 1995], Ouyang Xiu 歐陽修 (1007-1072) [Pierre Brière, Cazimi, 1997], on retrouve un des maîtres du genre du « paysage en prose », Yuan Hongdao 袁宏道 (1568-1623) auquel M. Vallette-Hémery avait déjà consacré une étude [Yuan Hongdao (1568-1610). Théorie et pratique littéraires, Collège de France/IHEC, 1982] et un recueil de traductions [Nuages et pierres, Picquier, 1997].

Depuis cette publication, M. Vallette-Hémery n'a cessé d'explorer avec une réussite égale et une remarquable persévérance ce registre très particulier du génie littéraire chinois, ou ses abords immédiats. On lui doit en plus des recueils déjà évoqués, la révélation d'anthologies d'apophtegmes fameux de lettrés de la fin des Ming, comme Hong Zicheng 洪自成 [Propos sur la racine des légumes, 1995], ou du début des Qing comme Zhang Chao 張潮 (1650 - ?) [L’ombre d’un rêve, 1997] toujours au catalogue des éditions Zulma, et plus récemment ceux de Wu Congxian 吳從先 [Vu par la petite fenêtre, 2005] aux Editions Bleu de Chine. N'oublions pas non plus le recueil publié chez Picquier autour des jardins chinois [Les paradis naturels, 2001] et que cette spécialiste de la prose classique ancienne a aussi abordé la littérature moderne avec toujours le même doigté et la justesse de ton (voir ici). On ne peut donc que se réjouir de pouvoir retrouver ce petit volume (180 pages) depuis longtemps indisponible, présenté, cette fois, sous une couverture dont le motif - un canard volant au dessus des roseaux - est emprunté au Vol solitaire du peintre Bian Shoumin 邊壽民 (1684-1752).

Petite mise en garde, néanmoins : il vous faudra sans doute chercher ces Formes du vent quelque part entre les écrits de Krishnamurti et, au mieux, les traductions du Laozi et le Confucius de Jean Lévi (n° 198 de la même collection), sinon fouiner dans le rayon des ouvrages touchant de près ou de loin au vaste champ qui s'étend entre religion et superstition, car les libraires - tout au moins celui chez qui je me suis rendu -, se fiant à l'intitulé de la collection, « Spiritualités vivantes », le détournent de sa destination naturelle : le champ littéraire, où il a sa place à proximité des ouvrages de poésie ----- il faudrait du reste expliquer aux libraires (sauf à ceux de la Librairie Le Phénix (Paris) qui fête ses 40 premières années d'existence, bien entendu) où ranger ces curiosités littéraires, ces « paysages en prose » qui constituent, dixit François Cheng, « un genre majeur dans lequel se sont illustrés les plus grands », et dont un des chefs-d'œuvre est sans doute le Xu Xiake youji 徐霞客游記 [Randonnées aux sites sublimes, Jacques Dars (trad.). Gallimard, « Connaissance de l'Orient », 1993] !

Le second ouvrage que je tiens à signaler aujourd'hui a bien failli m'échapper, car je l'ai d'abord pris pour une nouvelle édition, sous un titre à peine modifié, d'un ouvrage presque aussi ancien que Les formes du vent. Un coup d'œil aux deux couvertures en illustration de ce billet fera, mieux qu'un long discours, comprendre la cause de ma méprise momentanée :
• à gauche : la couverture de la réédition au format de poche de l'ouvrage Les 36 stratagèmes : Traité secret de stratégie chinoise. Traduit par François Kircher. Paris, J.-C. Lattès, 1991. Il s'agit, en l'occurrence, de la présentation retenue en 1995 chez Rivages pour sa collection « Rivages poche » (271 p.).

• à droite : la couverture d'un tout récent volume (portant le n° 572) de la « Petite bibliothèque » de la collection « Rivages poche » des Editions Payot & Rivages. Son titre est : Les 36 stratagèmes. Manuel secret de l'art de la guerre. Traduit du chinois, présenté et commenté par Jean Lévi (287 p.)
On s'y tromperait à moins. On est, du reste, en droit de se demander si la ressemblance n'a pas été sciemment recherchée dans ce but ? Quoi qu'il en soit, la première traduction publiée est dorénavant - et ce depuis 2001 je crois -, éditée par les Editions du Rocher, dans la collection « L'art de la guerre ». On pourra donc comparer cette ancienne édition/traduction/commentaire des fameux Trente-Six Stratagèmes, avec la nouvelle édition/traduction/commentaire qu'en donne 15 ans plus tard l'infatigable et très prolifique Jean Lévi à qui l'on doit de pouvoir lire en français tant de choses et notamment un très percutant Hanfeizi 韓非子 [Le Seuil, « Points/Sagesses », n° 141, 1999], ainsi qu'un Zhuangzi 莊子 intégral [Paris, Encyclopédie des Nuisances, 2006]. C'est un exercice auquel je me livrerai avec délice dès que j'aurai remis la main sur un exemplaire de ce best-seller réalisé sous un pseudonyme qu'il ne m'appartient pas de percer. Pour l'heure, je vais me contenter de citer un court passage de la présentation donnée par Jean Lévi à son dernier opus, lequel me semble promis à un succès équivalent ou même supérieur à celui reçu par le Sunzi bingfa 孫子兵法 qu'il avait réalisé voici sept ans (Sun Tzu, L'art de la guerre. Hachette) :
Les 36 Stratagèmes est un livre mystérieux. Si mystérieux qu'on peut se demander s'il constitue réellement un livre. .../... Le traité des 36 Stratagèmes aujourd'hui en circulation daterait de la fin des Ming ou du début des Qing et émanerait de ce milieu des sociétés secrètes antimandchoues qui fleurirent durant cette période. En fait, si « secret » il y a, il s'agit d'un secret de polichinelle. La plupart des expressions qui servent d'intitulé aux différentes combinaisons constituant la liste des trente-six stratagèmes sont des dictons ou des proverbes archiconnus. Mais ce ne sont pas seulement les intitulés qui ressortissent à un fonds culturel universellement partagé, les illustrations fournies par le commentaire sont elles aussi des poncifs. Rien de mystérieux dans tout cela. De toute façon les véritables recettes secrètes ne se transmettent jamais par écrit, mais oralement de maître à disciple. Car, ainsi que le proclame Tchouang-tseu, le grand philosophe taoïste du IVe siècle avant notre ère : « Ce que n'ont pu transmettre oralement les anciens est bien mort et les livres ne sont que leurs déjections. » (p. 7-8)
Les plus impatients de découvrir ces amusantes « déjections » pourront commencer leur formation sans tarder, par l'exploration online de ce texte grâce à l'excellente excroissance du site de l'Association Française des Professeurs de Chinois (AFPC), le Wengu zhixin 溫故知新 qui propose des classiques chinois en version originale et en traduction. Il fournit un accès au Sanshiliu ji 三十六計 qu'on peut lire avec l'assistance d'un dictionnaire en ligne et deux traductions (française et anglaise) en commençant ici.

Bonne découverte donc, et à un de ces prochains jours pour la confrontation du nouveau avec l'ancien. (P.K.)

mercredi 16 mai 2007

Devinette (003)


Une devinette chasse l'autre, mais celle-ci pourrait bien être la dernière car les précédentes n'ont soulevé aucune passion, pas même la plus infime tentative d'élucidation. Faut-il mettre un lot en jeu ? Si c'est le cas - on verra bien après tout -, j'offre au premier qui découvrira l'auteur des lignes suivantes un volume de littérature chinoise en traduction :
Qui n'a pas entendu dire qu'en Chine on jetait parfois les enfants à l'eau, comme ici l'on donne des boulettes aux chiens pendant la canicule. méfions-nous beaucoup des voyageurs de l'école de celui qui, voyant à Blois une jeune fille rousse, écrivit que toutes les femmes du Blésois étaient ainsi. Ces voyageurs préoccupés d'un fait, d'une exception dont le motif leur échappe, qui ne s'élèvent pas aux considérations générales et ne savent pas voir l'ensemble, ont causé bien des erreurs. Je crois que la Chine est particulièrement victime des gens qui prétendent y être allés et qui sont restés tout bonnement à Canton sur le territoire abandonné au commerce, ou à Macao, ville moitié portugaise et moitié chinoise.
Niveau de difficulté : 1/5. Réponse et publication du nom de la lauréate ou du lauréat vers le 24 mai. Bonne chance. (P.K.)

mardi 15 mai 2007

Lacunes

Le moine Xuanzang 玄奘 (602-664)

Le précédent billet sur la tenue à Aix-en-Provence du colloque sur la « Bibliothèque de la Pléiade » (24-26/05/07) m'avait amené à dresser la liste des sept volumes consacrés à la Chine déjà publiés dans la prestigieuse collection et conduit à la réflexion que c'était peu au regard de la richesse et la diversité de la littérature chinoise classique.

Méritaient sans conteste de venir gonfler ce palmarès, une traduction du Sanguo yanyi 三國演義 - et pourquoi pas celle qui fut publiée en sept volumes sur cinq ans par les Éditions Flammarion (1987-1991, Les trois royaumes, traduction de Louis Ricaud & Nghiêm Toan (1958.), achevée par Jean & Angélique Lévi) - et, bien entendu, la magistrale traduction par André Lévy du Liaozhai zhiyi 聊齋誌異 de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) qui vit le jour sous le titre de Chroniques de l'étrange en 2005 aux Éditions Picquier. Cette traduction intégrale n’aurait pas souffert d’être couchée sur papier bible, et ses 503 contes à faire frémir et sourire, auraient gagné à être accompagnés d’un appareil critique du type de ceux qui font la richesse des éditions livrées sous reluire peau dorée à l’or fin. Mais, saluons le courage des Éditions Picquier d’avoir pris en charge la livraison de ce chef-d'œuvre incontesté dans un élégant coffret de deux beaux volumes dûment illustrés et dotés de répertoires.

Mais, dès lors, pourquoi ne pas rêver à d'autres traductions qui pourraient venir, dans un avenir plus ou moins proche, enrichir la « Bibliothèque de la Pléiade », ou simplement, en paraissant ailleurs et sans les fastes de l’édition de luxe, offrir au lecteur français une vision plus large du génie littéraire chinois.

C’est l’exercice auquel je m'étais livré voici maintenant 6 ans pour le compte du Centre National du Livre (CNL) qui avait demandé à une poignée de sinologues de repérer les
« oublis les plus flagrants » touchant les « Classiques » dont la traduction serait susceptible d'être soutenue par de substantielles subventions. J’avais encore en tête un « Panorama des traductions de littérature chinoise ancienne » établi en 1997 pour la Revue Bibliographique de Sinologie (1997, pp. 339-350) auquel je n’avais pas eu à l’époque (2001) beaucoup de titres à ajouter ---- je suis contraint de faire la même constatation à nouveau, aujourd’hui : beaucoup reste à faire dans ce domaine !

Or donc, bien que décidé à me borner au genre romanesque en langue vulgaire, je n’avais pu m’empêcher de signaler l’absence d'une traduction complète du Shiji 史記 (Mémoires historiques) de Sima Qian 司馬遷 (vers 145 - vers 90 av. J.-C.) - celle qu’Edouard Chavannes (1865-1918) a laissée incomplète (5 volumes chez Adrien Maisonneuve, 1969) n'est guère accessible sauf en ligne grâce à Pierre Palpant. J’avais même pensé au Shishuo xinyu 世說新語 de Liu Yiqing 劉義慶 (403-444) qu’on ne connaît que par bribes (J.-P. Diény, J. Pimpaneau), comme les écrits des grands hommes de lettres que furent Bai Juyi 白居易 (772-846), Yuan Zhen 元稹 (779-831), Su Shi 蘇軾 (Dongpo 東坡, 1037-1101), Duan Chengshi (vers 800- 863), Han Yu 韓愈 (758-824), Ouyang Xiu 歐陽修 (1007-1072), Liu Zongyuan 柳宗元 (773-819), Zhu Xi 朱熹 (1130-1200), Li Zhi 李贄 (1527-1602) et aussi Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) dont le Zi bu yu 子不語 (Ce que le Maître ne dit pas) pourrait être traduit comme bien d'autres recueils d'anecdotes - je pensais, notamment, à ceux de Feng Menglong 馮夢龍 (1574-1646) dont l’admirable anthologie d’histoires d’amour, Qingshi 情史 (Histoire du sentiment amoureux), le piquant Zhinang 智囊 (La besace de sapience), les remarquables Gujin tangai 古今谭概 (Thèmes de conversation), les désopilantes blagues de son Xiaofu 笑府 (Trésor comique) ou encore les poésies campagnardes des Shange 山歌 , etc. --- si on ajoute à ce bel ensemble ses recueils de contes, Feng pourrait remplir facilement huit ou neuf volumes « Pléiade » à lui tout seul.

Je n'oubliais pas non plus le théâtre littéraire des Yuan au Qing, genre particulièrement généreux qui est, et de loin, le moins connu des Français - et pour cause : c'est le plus difficile à traduire ! Je plaidais donc en faveur de Guan Hanqing 關漢卿 (né vers 1230), Ma Zhiyuan 馬致遠 (1250 ?-1322 ?), Wang Shifu 王實甫 (début du XIV° s.) pour son Xixiangji 西廂記 si indispensable, mais aussi Gao Ming 高明 (vers 1307-1371), Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1617), Hong Sheng 洪昇 (1645-1704) pour son Changsheng dian 長生殿 (Le palais de la longévité, 1688), Kong Shangren 孔尚仁 (1648-1718) pour son Taohua shan 桃花扇 (L’éventail aux fleurs de pêcher, 1699), entre autres dramaturges qui devraient être aussi universellement connus que Shakespeare, Goldoni ou Mariva
ux. C’est aussi le cas de Li Yu 李漁 (1611-1680), auteur de dix chuanqi 傳奇 dont la moitié au moins a de quoi séduire et fasciner le public français amateur des comédies de Molière. D'autant plus motivé que j'ai consacré beaucoup de mon temps à cet auteur original, je signalais combien il devrait retenir l’attention pour ses essais (Xianqing ouji 閒情偶寄) - depuis abordés avec maestria par Jacques Dars (Les carnets secrets de Li Yu. Picquier, 2004) -, mais aussi, et surtout, ses fictions : deux collections de récits courts - Wushengxi 無聲戲 (Comédies silencieuses) et Shi’er lou 十二樓 (Douze pavillons) -, et un roman, Rouputuan 肉蒲團 (Chair, tapis de prière), qui attend toujours une traduction à la hauteur de sa qualité et de son texte dorénavant correctement établi.

En plus des xiaoshuo 小說 en langue vulgaire de mon cher Li Yu, je pointais quelques créations marquantes de cette veine littéraire si prodigue d’œu
vres marquantes en commençant par le Fengshen yanyi 封神演義 - depuis traduit sous le titre d'Investiture des Dieux (Jacques Garnier, Librairie You-Feng, 2002). Je signalais ensuite cette surprenante suite au Xiyouji qu’est le Xiyou bu 西游補 de Dong Yue 董說 (1620-1686), déjà disponible en anglais depuis 1978, mais aussi le curieux et réjouissant Xingshi yinyuan zhuan 醒世姻緣傳 (Destinées matrimoniales propres à éveiller le monde) : longtemps attribuée à Pu Songling, la rédaction de ce roman riche (100 chapitres) et foisonnant pourrait finalement revenir à Ding Yaokang 丁耀亢 (1599-1669), auteur par ailleurs d’une intéressante suite au Jin Ping Mei dont la traduction permettrait aux amateurs de Fleur en Fiole d'Or de poursuivre leur étude des aléas de la destinée humaine.

Perdant, l’espace d’un instant tout sens des réalités, je convoquais dans le même élan fougueux trois mastodontes romanesques : le Yesou puya
n 野叟曝言 de Xia Jingqu 夏敬渠 (1705-1787), livre aussi monumental (154 chapitres) que fascinant qui ne se contente pas de raconter l’histoire d’un héros cherchant la gloire et la sainteté, mais qui embrasse véritablement tous les domaines de l’expérience humaine avec une volonté encyclopédique très marquée ; le Jinghua yuan 鏡花緣 (1821/1828) de Li Ruzhen 李汝珍 (1763-1830 ?), fresque narrative à peine moins longue (100 chapitres) offrant un point de vue original sur la société Qing, et, last but not least, le Guwangyan 姑妄言 (1730) de Cao Qujing 曹去晶, un colossal roman érotique redécouvert et édité en 10 gros volumes par M. Chan Hingho 陳慶浩 (CNRS), et qui apporte une vision toute nouvelle de la création romanesque entre Jin Ping Mei et Hongloumeng.

Pressentant plus ou moins le sort qui serait, in fine, réservé à mes propositions, je m'en tenais là. Moins pessimiste, j’aurais sans doute allongé la liste en énumérant une bonne douzaine de titres de romans de taille plus modeste en incluant quelques-unes des romances injustement méprisées au regard de rendus anciens, héritage mal assumé de la vieille école de sinologie française (Stanislas Julien (1799-1873), Abel Rémusat (1788-1832) ou Soulié de Morant (1878-1955), etc.), ou une ou deux collections de contes du XVIIe siècle tel l’admirable Doupeng xianhua 豆棚閒話 (vers 1660) ou le Shidiantou 石點頭 (vers 1635), voire le drolatique Shi’er xiao 十二笑 (vers 1656). Ce serait à refaire, j’ajouterai même quelques histoires de renardes que j'espère bien lire un jour dans la langue de Barbey d'Aurevilly grâce à Solange Cruveillé qui a pris à bras-le-corps ce registre aussi indispensable que plaisant.

Las ! Inutile de s’échauffer la bile. La consultation du fruit de ce travail vient de me ramener à la raison. La liste des lacunes retenues par le CNL pour le domaine chinois se limite – ce qui n’est déjà pas mal ! -, à trois auteurs qui sont : Yuan Mei pour Poésies de la maison sise sur la colline du grenier [Xiaocang shanfang shiji 小倉山房詩集], Œuvres de la maison sise [sur la Colline du Grenier, Xiaocang shanfang wenji
小倉山房文集], Propos sur la poésie [Suiyuan shihua 隨園詩話], Essais au fil du pinceau de Suiyuan [Suiyuan suibi 隨園隨筆] ; Tang Xianzu pour Les quatre rêves de Yumintang [Yumintang simeng 玉茗堂四夢, ensemble de quatre pièces qui comprend le Mudanting 牧丹亭 traduit en 1999 par André Lévy (Le Pavillon aux pivoines. Paris, Festival d’automne/Musica Falsa) qui pourrait bien être le maître d’œuvre de cette ambitieuse entreprise] et Wang Shifu pour Le pavillon de l’ouest. Et puis, c'est tout !

Certes l’accent a été mis sur une des carences les plus criantes touchant un genre - le théâtre - sur lequel les éditeurs hésitent à investir, mais c’est faire peu de cas de tout le reste. Exit Sima Qian, Zhu Xi, Li Zhi et les autres romanciers, les autres dramaturges, tous les poètes et prosateurs de talent, exit aussi tous ces beaux romans et récits de la Chine ancienne, lesquels ne méritent pas, a priori, d’être distingués, et tant pis pour leurs traducteurs potentiels qui devront s’armer de courage et d’arguments pour convaincre que leur choix constitue bien une nécessité et pas seulement une fantaisie et requiert une assistance financière digne de ce nom et pas seulement une maigre rétribution.

Si vous avez des suggestions d'œuvres ou d'
auteurs à traduire, n’hésitez pas à les glisser dans un commentaire, je les ajouterais à cette déjà longue liste, qu'on pourrait encore allonger en invoquant - mais est-ce bien raisonnable ? -, les œuvres dont la traduction pourrait être revue. (P.K.)

vendredi 11 mai 2007

La Pléiade à Aix

Les 24-25-26 mai 2007 va se tenir à la Cité du Livre d'Aix en Provence, un colloque international intitulé « La Pléiade » bibliothèque, institution, musée imaginaire. Il est co-organisé par l’Equipe ORLAC (Observatoire de Recherche sur la Littérature contemporaine et actuelle, Université de Provence) et le CRAL (Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, CNRS). Il « tentera de cerner la place tout à fait singulière qu’occupe la « Bibliothèque de la Pléiade » dans l’édition. Conçue comme une bibliothèque imaginaire idéale par Jacques Schiffrin, la construction de la collection ne cesse de poser la question de la valeur littéraire. Cette valeur et le musée imaginaire qu’elle contribue à instituer voudraient échapper au temps ou du moins statuer pour la postérité ; or une collection, élément d’une politique éditoriale en constante adaptation, se doit d’évoluer. La « Bibliothèque de la Pléiade » porte ainsi trace et témoignage des conceptions successives de l'œuvre littéraire et, simultanément, des conceptions de l’édition critique et de ses mutations. »

Pour plus de détails, il faut consulter le programme ici, ici ou ici. A noter la communication de Jean-Pierre Lefebvre (ENS, Paris), « Traduire sur papier bible ». Peut-être sera-t-il question de la place (modeste) de la littérature asiatique dans cette prestigieuse collection dont le catalogue est consultable sur le site des Editions Gallimard.

Pour ce qui concerne la littérature chinoise, cette collection propose en tout et pour tout sept titres dont les deux volumes baptisés Philosophes taoïstes publiés respectivement en 1980 et en 2003 :
- No 283. TOME I : Lao-tseu : Tao-Tö King. Tchouang-tseu : L'Œuvre complète. Lie-tseu : Le Vrai classique du vide parfait. Traductions du chinois par Benedykt Grynpas et Liou Kia-hway. Textes relus par Paul Demiéville, Étiemble et Max Kaltenmark. Avant-propos, préface et bibliographie par Étiemble.

- No 494. TOME II : Huainan zi 淮南子. Édition publiée sous la direction de Charles Le Blanc et Rémi Mathieu, trad. du chinois par Bai Gang, Anne Cheng, Charles Le Blanc, Jean Levi, Jean Marchand, Rémi Mathieu, Nathalie Pham-Miclot et Chantal Zheng.
Pour ce qui est de la littérature de fiction, on a eu droit, en moins de vingt ans, à cinq œuvres majeures de la production romanesque chinoise en langue vulgaire :
1978 : Luo Guan-Zhong 羅貫中, Shi Nai-an 施耐庵, Au bord de l'eau, Shui-hu-zhuan 水滸傳, traduit du chinois par Jacques Dars, avec un avant-propos de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1981
: Cao Xueqin 曹雪芹, Le Rêve dans le pavillon rouge. Hongloumeng 紅樓夢, traduit du chinois par Jacqueline Alézaïs et Li Tche-houa et révisé par André d' Hormon.

1985
: Jin Ping Mei 金瓶梅, Fleur en Fiole d'Or, traduit du chinois par André Lévy, préface de Étiemble. Egalement disponible en collection « Folio ».

1991 : Wu Cheng'en 吳承恩, La Pérégrination vers l'ouest. Xiyou ji 西游記, traduit du chinois par André Lévy.

1996 : Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois. Jingu qiguan 今古奇觀. Contes chinois des Ming, traduits du chinois par Rainier Lanselle.
En soit remercié Etiemble (1909-2002) à qui l'on doit également la création, en 1956, de la collection « Connaissance de l'Orient ».

lundi 30 avril 2007

Réponse à la devinette (002)

La deuxième devinette dont je vais dévoiler la réponse était annoncée avec un niveau de difficulté relativement bas (3/5) car il n'était pas nécessaire de posséder une érudition sans borne pour la résoudre. Une bonne maîtrise des moteurs de recherche permettait de retrouver facilement la source de cette citation. En effet, l'ouvrage dont on pouvait lire un court extrait a été mis en ligne par Pierre Palpant dans la collection qu'il alimente régulièrement sur le site "Les Classiques des sciences sociales" de UQAC (Université du Québec à Chicoutimi). On ne saurait trop le remercier d'accomplir ce travail utile qui rend hommage à des auteurs que le sinologue amateur tout comme l'expert des affaires chinoises se doivent de connaître et de fréquenter assidûment.

Cette collection intitulée "Chine ancienne" donne accès en différents formats (Word, RTF, PDF) à plus d'une centaine d’ouvrages, soit plusieurs dizaines de milliers de pages. Dans la liste des titres et des auteurs accessibles, on trouve naturellement les classiques traduits par Séraphin Couvreur (1835-1919), le Yiking de Paul-Louis-Félix Philastre (1837-1902), la plupart des ouvrages de Marcel Granet (1884-1940) ceux d'Edouard Chavannes (1865-1918), dont les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien, les écrits d'Henri Maspero (1883-1945), le Tao tö king, Le livre de la voie et de la vertu de J.J.L. Duyvendak (1889-1954) et bien d'autres textes et traductions incontournables livrés depuis le milieu du XVIIIème siècle par les sinologes français et occidentaux.

C'est ainsi que dans les rayonnages de cette bibliothèque virtuelle facilement consultable et exploitable, on trouve dorénavant La Cité chinoise de G.-Eugène Simon (1829-1896). L'ouvrage date de 1885. Mais laissons Pierre Palpant présenter son édition électronique qui, je cite, est "réalisée à partir du texte de G.-Eugène Simon (1829-1896), La Cité chinoise. Première édition : Nouvelle Revue, Paris, 1885, 390 pages, reprise en fac-similé par les Éditions Kimé, Paris, 1992, collection ‘Manuscrits retrouvés’.

P. Palpant fournit également la présentation de l'auteur suivante qu'il tire de deux sources [1. les pages 17 à 20 d'un document pdf intitulé Histoire de la Chine moderne (2002) diffusé par le Collège de France dont l'auteur est Pierre-Étienne Will ; 2. l'article "China in Western Thought and Culture" du Dictionary of the History of Ideas (New York : Charles Scribner's Sons, 1973-74, p. 371) signé Donald F. Lach] :
"Ingénieur agronome, il fait en Chine, au début des années 1860, une mission d’études de quatre ans, qui le conduit à sillonner le pays. Il est consul de France dans la deuxième moitié des mêmes années 1860. Rentré en France, il fait paraître à la Nouvelle revue, septembre-octobre 1885, un texte sur La Famille Ouang-Ming-Tse, qu’il intégrera dans son livre La Cité chinoise de la fin de la même année. Son livre, par son style, son enthousiasme, son aspect ‘expérience vécue’, et arrivant peu après la guerre du Tonkin, connaîtra un franc succès et des rééditions en France, aussi bien que diverses traductions." "Le succès du livre a été hors de proportion avec son importance intrinsèque."
Quoi qu'il en soit, les propos de G[eorges ?]-Eugène Simon sur l'art de la traduction, et cette conviction qu'il faut à ceux qui s'y consacrent "un goût particulier, une absence complète de prétentions et une certaine simplicité de coeur et d’esprit", peuvent encore nous interpeller. Plus loin dans le texte (p. 176), Simon revient sur le sujet :
"[I]l est vrai qu’en certaines matières il ne suffit pas de savoir une langue pour la bien interpréter, mais qu’il est indispensable d’y joindre une grande indépendance d’esprit et de caractère et certaines connaissances préalables. Or, si ces qualités réunies ne se rencontrent pas toujours chez les laïcs, combien doit-il être plus rare encore de les trouver chez les religieux ! Cependant, tout odieuses que soient ces infidélités de traducteur et ces violences faites aux livres consacrés de la Chine, elles n’ont, au moins directement, fait verser le sang de personne."

lundi 16 avril 2007

Petit exercice de traduction

Les écrivains chinois contemporains aiment souvent utiliser la phrase courte dans leurs écrits. Ce n’est pas le cas de Mo Yan 莫言 dans le roman Sishiyipao 《四十一炮》(Les quarante et un canons), que je traduis en ce moment avec Liliane Dutrait.

Au chapitre 15, je suis tombé sur la phrase suivante (le narrateur est surveillant dans les toilettes d’un dancing) :

我无法看到他在舞场里的潇洒舞姿,但我能想象出来,当他搂住那个穿着洁白的、墨绿的、紫红的晚礼服,露着仿佛是用白玉雕成的肩膀和胳膊,佩戴着璀璨夺目的首饰,大眼睛水汪汪、嘴角上生一颗黑色的美人痣的全舞场最美丽的女人翩翩起舞时,多少人的目光都投射到他的身上。

Pas facile non ? Je livrerai le résultat définitif de notre traduction dans quelques temps… (N.D.)

L'illustration provient du site chinois Bandao wang 半岛网 (Qingdao) qui organisait, le 29 novembre dernier, un chat avec l'écrivain, dont on peut lire le verbatim ici , voir des photos, ici, accéder à des documents complémentaires, ici, et même voir la vidéo à partir d'ici [nécessite le lecteur Windows Media]. (P.K.)

dimanche 15 avril 2007

Devinette (002)

Même défi pour cette nouvelle devinette que pour la précédente : Qui peut dater le texte ci-dessous et en identifier l'auteur ?
Il existe aujourd’hui de très bons sinologues français, anglais, allemands et russes. Mais il ne suffit pas toujours de connaître une langue, et de la connaître à fond, à supposer qu’il y en ait beaucoup qui puissent se flatter de connaître jusque-là la langue chinoise, pour être capable d’en interpréter toutes les productions. Il y faut tout au moins un goût particulier, une absence complète de prétentions et une certaine simplicité de coeur et d’esprit.
Vous pouvez glisser vos propositions dans un commentaire discutant ce jugement sur l'art de traduire le chinois. Les solutions seront fournies dans les semaines qui viennent. Difficulté 3/5 pour la datation, 3/5 pour l'attribution. (P.K.)

mardi 10 avril 2007

Trois revues et une exposition

Dans le numéro de janvier-février 2007 (n° 933-934) de la revue Europe, on trouve une très intéressante interview de Gao Xingjian, faite par Daniel Bergez, au sujet du thème de ce numéro : « Littérature et peinture ». Gao Xingjian y réaffirme les trois orientations de sa création : l’écriture narrative, la peinture et le théâtre. Il aurait pu aussi mentionner le cinéma puisque le public d’Aix-en-Provence a pu voir en juin 2006 son très étonnant film « La silhouette, sinon l’ombre », réalisé par Alain Melka et Jean-Louis Darmyn, sur lequel nous reviendrons prochainement.

Intitulée « Le troisième œil », cette interview permet à Gao Xingjian de définir sa démarche d’artiste polymorphe qui tente avant tout de « récupérer le temps perdu » après avoir « perdu sa jeunesse… pour rien ». C’est pour lui, « un défi, fragile et individuel, devant l’immense pouvoir du marché ».

Le même numéro de la revue Europe contient un dossier sur un autre prix Nobel, Elfriede Jelinek, avec des contributions de ses traducteurs, dont celle de Olivier Le Lay qui a reçu le prix André Gide 2006 pour sa traduction des Enfants de morts (Le seuil, 2007).

Le même Olivier Le Lay est interviewé dans la Revue des deux mondes de février 2007 qui comporte aussi un important dossier sur Elfriede Jelinek et la traduction de son œuvre. On méditera sur l’une des réponses de Olivier Le Lay :
« Une fois qu’on a isolé, élucidé puis traduit les problèmes de sens, il faut se lancer et commencer soi-même à créer. L’écriture de Jelinek est une formidable machine à assimiler les éléments étrangers, les apports, à rassembler les fragments. Elle les accueille, les transforme puis recrée un texte neuf à partir de ces mots en capilotade. (…) Là où de nouveaux mots naissaient, j’ai créé de nouveaux mots en français, c’était souvent la part la plus forte et la plus enthousiasmante de mon travail : valvuvle, testiculament, androgynécée, vélocipéder etc. »
Enfin, il faut lire le très copieux numéro XXV de la revue Etudes chinoises qui contient, outre un élogieux article sur les actes du colloque Gao Xingjian d’Aix-en-Provence de janvier 2005 sous la plume de Frédéric Wang, un compte rendu sur Les Œuvres de Maître Tchouang, traduit par Jean Lévi (Editions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2006), sous la plume de Jean-François Billeter qui insiste sur les questions de la traduction de cet ouvrage. On y trouve par ailleurs un certain nombre de contributions qui concernent la polémique entre François Jullien et Jean-François Billeter… A suivre, sans doute…

Et pour revenir à Gao Xingjian, on peut se rendre jusqu’au 27 mai au Ludwigmuseum de Koblenz pour admirer la grande exposition de peintures intitulée « La Fin du monde » ! (N.D.)

Réponse à la devinette (001)

Personne n’a trouvé d’où était tirée la phrase sur la littérature chinoise et les sinologues français traducteurs. Il s’agit d’un livre intitulé Les Chinois, pendant une période de 4458 années, écrit par H. De Chavannes de la Giraudière, publié en 1845 à Tours, page 21 ! Agrémenté de très jolies gravures, ce livre décrit en presque 400 pages la Chine et son histoire, son gouvernement, ses arts, ses mœurs et usages… On peut y lire aussi :
« Le chinois, on le voit, n’a aucun rapport, ni avec l’hébreu, ni avec le grec. L’homme courageux qui veut l’étudier a tout à apprendre ; et, possédât-il la connaissance la plus approfondie des langues savantes et parlées de l’Europe, comme il n’existe aucune analogie entre elles et le chinois, il ne peut, en aucune façon, se guider par l’application des règles fondamentales qui forment la base du grec, du latin et de ses dérivés. »
On le voit, pour M. H. De Chavannes de la Giraudière, le chinois, ce n’est pas de l’hébreu ! (N.D.)

Outre Les Chinois pendant une période de 4458 années (Tours : Mame, 1845), Hippolyte de Chavannes De La Giraudière laisse une œuvre très variée dont les titres suivants donneront une petite idée :
La vapeur depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Tours, Pornin, 1844.
Souvenirs d'un vieux pêcheur. Tours : Mamé et Cie, 1853
Récits et anecdotes de chasse. Tours, A. Mame, 1853.
Récréations technologiques : le coton, les peaux et les pelleteries, la chapellerie, la soie. Tours : A. Mame, 1856, 188 p. [Gallica]
L'Irlande, son origine, son histoire et sa situation présente. Tours, Alfred Mame, 1860
Les catastrophes célèbres. Tours : Alfred Mame, 1861. [Gallica]
Simon le Polletais, Esquisses de moeurs maritimes. Tours. Mame, 1876.
Les petits naturalistes. Tours : Alfred Mame et fils, 1889. [Gallica]
Trois de ces titres sont disponibles sur le site de la Bibliothèque Nationale de France. Bonne lecture, et à bientôt pour une nouvelle devinette. (P.K.)

dimanche 1 avril 2007

Retour du Japon

Je rentre d’un fort intéressant voyage à Tokyo où j’ai participé au Deuxième colloque international sur la France et l’Asie de l’Est, dont le titre était « Les intellectuels au XXIe siècle, la France, l’Asie de l’Est et le monde ». Un colloque organisé par la Maison franco-japonaise et la Société japonaise de didactique du français. Autant dire tout de suite que les organisateurs japonais, spécialistes de littérature française et traducteurs, parlaient dans un français parfait. Les langues officielles du colloque étaient le français et le japonais avec traduction simultanée effectuée par des interprètes remarquables. Certains intervenants se sont aussi exprimé en chinois ou en coréen.

Il est bien sûr impossible de parler ici du contenu de chaque communication (elles seront publiées dans un avenir proche), mais je rapporterai simplement ce qui m’a le plus marqué.

La plupart des intervenant, historiens, sociologues, politologues, ont montré comment la chute du Mur de Berlin et la disparition de l’URSS avaient marqué « la fin des idéologies » et comment les intellectuels de la fin du XXe siècle avaient pour beaucoup d’entre eux eu de la peine à se situer dans le nouveau débat politique.

L’une des communications les plus originales fut celle de l’écrivain marocain Abdelkébir Khatibi qui a parlé de l’intellectuel face au mondialisme en prenant son cas comme exemple. Il a déclaré : « Altermondialiser sa pensée, c’est aller vers la construction de cette œuvre collective avec d’autres penseurs et artistes, à travers la diversité des sociétés et des cultures. L’intellectuel d’aujourd’hui est appelé à être le traducteur actif et tolérant de nos différences, quels que nous soyons. »

Dong Qiang, professeur à l’université de Pékin, écrivain et traducteur, s’est posé la question : « La Chine aura-t-elle un miracle intellectuel au XXIe ? » Et il a conclu : « Ce dont la Chine a besoin aujourd’hui, est un mouvement non pas intellectuel, mais un mouvement de nouvelle culture, seul capable de remédier aux dégâts de la révolution culturelle, et fournir un terrain aux intellectuels. »

Gu Zheng, photographe de Shanghai, a présenté la nouvelle photographie chinoise, telle qu’on a eu l’occasion de la voir à Arles il y a peu de temps.

Chen Danqing, peintre chinois résident aux USA, a parlé des relations difficiles entre les intellectuels chinois et le pouvoir communiste.

De célèbres artistes japonais, Minato Chihiro et Kolin Kobayashi, ont présenté leurs œuvres en phase avec les attentes du XXIe siècle. La matinée consacrée aux intellectuels « précaires » fut particulièrement instructive puisqu’elle nous a permis de découvrir que les jeunes intellectuels japonais avaient les mêmes difficultés que leurs homologues occidentaux pour trouver des espaces pour s’exprimer et des moyens de gagner leur vie.

Enfin, le public japonais sembla particulièrement apprécier la polémique franco-française qui a éclaté le deuxième jour avec l’exposé à la tonalité très radicale de Serge Halimi, journaliste au Monde Diplomatique, dénonçant la main-mise du grand capital sur les média et les intellectuels, tandis que l’historien Christophe Prochasson, de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, s’efforçait de nuancer cette analyse.

Le célèbre poète Ko Un et le critique littéraire Choi Won-shik ont tous deux rappelé la tragédie que vit la Corée depuis de longues années, toujours coupée en deux, malgré des efforts de rapprochement souvent demandés et soutenus par les intellectuels.

Enfin, j’ai voulu, dans ma communication, « Gao Xingjian, un intellectuel à la marge », montrer comment cet intellectuel chinois du XXe siècle, prix Nobel de littérature, préférait rester en dehors des grands débats politiques pour se consacrer à son œuvre dans laquelle il exprime sa pensée en profondeur. J’ai bien entendu
mentionné le dialogue exceptionnel qui avait eu lieu à Aix-en-Provence, en octobre dernier, entre l’écrivain et intellectuel engagé japonais Oe Kenzaburo et Gao Xingjian.

On se souvient peut-être que Gao Xingjian avait dit à Oe Kenzaburo :
« Je vous admire beaucoup, parce que vous êtes comme dans Le Mythe de Sisyphe de Camus, vous êtes un Sisyphe moderne, c’est tragique. Mais vous, vous en êtes tout à fait conscient et vous continuez à vous lancer dans le débat politique, vous vous battez sans fin pour la justice alors qu’elle ne peut exister, ce sera toujours tragique, mais vous restez toujours aussi héroïque, je vous admire vraiment. »
Tout au long de ce colloque, j’ai eu la chance de faire la connaissance d’éminents professeurs japonais tels que MM. Ishizaki Harumi, Tachibana Hidehiro, mais aussi de la sociologue Gisèle Sapiro, dont l’un des thèmes de recherche est la sociologie de la traduction des littératures étrangères, de l’historien Christophe Prochasson et de Jacques Julliard, éditorialiste au Nouvel Observateur. Rien de plus stimulant que d’échanger, discuter, manger, boire un verre (de thé, de bière, de saké ou de vin rouge) avec tous. Et aussi de revoir Françoise Sabban, directrice de la Maison Franco-japonaise, spécialiste de l’alimentation en Chine. Souvenez-vous de son excellente préface à l’excellent livre de Lu Wenfu traduit par Annie Curien, Vie et passion d’un gastronome chinois, Picquier 1988.

Enfin, une découverte grâce à Pierre Lévy de l’université d’Ottawa : l’existence d’une recherche pour mettre au point un « système d’adressage sémantique universel » qui facilitera la communication entre les intellectuels du monde entier. Voir à ce sujet le site www.ieml.org.

Décidément, je n’ai pas perdu mon temps. Et, pendant que nous restions enfermés dans une salle de réunion sans fenêtres, les cerisiers japonais se préparaient à ouvrir leurs fleurs, à une date que la météorologie nationale du Japon avait mal déterminée, en raison d’une erreur d’informatique… Noël Dutrait

La joie des poissons

Lors d'une excursion, Houei Cheu [Huizi 惠子] et son ami Tchouang Tcheou [Zhuang Zhou 莊周] s'étaient retrouvés sur la jetée qui surplombait la rivière Hao. Tchouang s'était exclamé :
- Les poissons ! Vois comme ils s'ébattent librement, comme ils doivent être heureux !

- Comment sais-tu qu'ils sont heureux ? Tu n'es pas un poisson ! avait ergoté le rhéteur.
- Tu n'es pas moi, comment sais-tu que je ne puis savoir si les poissons sont heureux ?
Houei avait cru avoir le dessus par cette réponse :

- Si n'étant pas toi, je ne puis savoir ce que tu sais, n'étant pas un poisson tu ne peux savoir si les poissons connaissent la joie.

- Il a bien fallu que tu saches que je sais pour me poser la question, avait répondu Tchouang.
Et avec un geste ample de la main, il avait conclu :
- Je le sais parce que je me trouve là, sur la jetée de la Hao ...
Cet extrait du chapitre 17 du Zhuangzi 莊子 (ici traduit par Jean Lévi, Les Œuvres de Maître Tchouang. Paris : Editions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2006, p. 142-143) pour saluer dignement ce 1er avril, qu'on appelle ailleurs April Fools' Day ou All Fools' Day, Aprilscherz ... ou encoreエイプリルフール au Japon, 만우절 en Corée et 愚人节 en Chine. (PK)

samedi 31 mars 2007

Web littéraire (001)

Ceux qui prédisaient que l'internet allait tuer le livre et la littérature devraient revoir leurs prévisions alarmistes à la baisse car l'édition traditionnelle n'est pas encore morte avec pas moins de 57 728 titres parus en France en 2006 !, et la littérature occupe de plus en plus d'espace sur la toile : le nombre d'ouvrages accessibles depuis n'importe où et n'importe quand est impressionnant et ceci quelle que soit la langue. C'est notamment le cas pour le web chinois, nous y reviendrons un jour prochain.

Mais restons-en, pour l'heure, à un espace, certes plus réduit, mais qui échappe déjà à toutes les tentatives d'approche exhaustive.

Si l'on veut mener "une réflexion approfondie sur la pérennité du livre et de la lecture dans notre société", on peut justement profiter des avantages de l'internet pour visionner les six heures de vidéo que représente l'ensemble des interventions du colloque intitulé « L’avenir du livre » qui s'est tenu à Paris le 22 février 2007, sur le site du Centre National du Livre. Ne manquez pas les interventions de Marc Fumaroli, de l’Académie française, historien, essayiste et surtout d'Alain Mabanckou, écrivain, essayiste autour du thème "Pourquoi développer le goût de la lecture ?"

le premier contact entre la littérature et l'internet date de 1971, année de la création du Projet Gutenberg par Michael Hart. Il est assez réconfortant de constater que le premier site proposant du "contenu" sur le réseau est un site de littérature, et que l'objectif de ce site est de mettre à la disposition de tous le plus grand nombre possible d'œuvres littéraires du domaine public. Un objectif poursuivi par des générations de bibliothécaires, et qui devient enfin possible, grâce à la numérisation des livres en mode texte dans un format simple qui puisse être lu par tous les systèmes et sur toutes les machines. Au milieu des années 1990, lorsque l'utilisation du web se généralise, le projet trouve un second souffle et un rayonnement international. [Lire la suite ici, voir aussi ici].
Notons que sur les 20 000 titres dorénavant disponibles qui se répartissent en quelque 50 langues différentes, on ne trouve qu'une cinquantaine de titres chinois, tous classiques. Beaucoup reste donc à faire. Au Top 100 des 2 millions de téléchargements mensuels, c'est le Sunzi 孫子 qui l'emporte grâce à la version anglaise qu'en donna le fils d'Herbert Giles (1845-1935), Lionel Giles (1875-1958) en 1910 (The Art of War).

Une fois signalé le Project Gutenberg, il subsiste un immense territoire à baliser afin d'en faire émerger le meilleur - ce sera une des missions que tentera de remplir ce blog au fil des semaines à venir. En guise de mise en bouche, je ne pouvait manquer de relever que dans ses derniers "Rebuts de presse" (22 mars 2007), Didier Jacob (Le Nouvel Observateur en ligne) a livré un relevé utile qu'il présente ainsi :
Nous publions cette semaine dans l'Obs un dossier spécial consacré aux 50 meilleurs sites littéraires. En voici la liste augmentée, que nous vous engageons à compléter et à enrichir, en laissant en commentaires les adresses de vos sites préférés. Nous ajouterons les meilleurs, au fur et à mesure, à la liste qui suit.
Passée la déception de constater que prudemment il ne vise pas à l'exhaustivité, et donc de n'y pas trouver votre blog préféré - celui de notre équipe s'entend -, on peut, surtout s'y l'on est néophyte en la matière, se livrer avec enthousiasme à son auscultation systématique. On peut aussi picorer en testant les adresses inconnues, ou pas visitées depuis longtemps. C'est simple, il n'y a plus qu'à jouer de la souris.

Certes, il est, au bout du compte, rarement question dans ces sites des littératures du bout du monde qui nous passionnent, mais ce parcours mérite d'être entrepris. A chacun d'établir son palmarès et d'accrocher selon ses goûts des adresses dans la liste de ses signets. Outre quelques magazines littéraires déjà évoqués dans ce blog comme celui du Magazine de la littérature étrangère Transfuge, le Magazine littéraire, Lire, il renvoie aux revues américaines littéraires qui traitent à l'occasion des littératures asiatiques et indiennes.

Voici à titre d'exemple mes sites préférés : l'incontournable site de la BNF, Gallica, bien sûr, mais aussi Littératures et compagnies - annuaire des sites consacrés aux auteurs classiques et contemporains -, Fabula (déjà évoqué ici), Athena, La République des livres - le blog de Pierre Assouline -, et aussi le Zazieweb - capharnaüm communautaire des adeptes de l'e-lecture.

Last but not least, le surprenant site de l'éditeur Zulma dont on peut consulter les catalogues chinois, et surtout coréen ... N'est-ce pas déjà suffisant pour illuminer un week-end pluvieux. (PK)

vendredi 30 mars 2007

Bye-bye India

Comme le signale Alain Beuve-Méry [dans Le Monde en ligne du 28/03/07], le Salon du Livre 2007 a fermé ses portes mardi 27 mars à 22 heures, après avoir accueilli 186 000 personnes, soit 6 % de plus par rapport à 2006, alors que le Salon "ne compte plus que cinq jours (contre six les autres années)". "Les éditeurs, ajoute-t-il, ont réalisé, dans l'ensemble, un bon chiffre de ventes", avant de conclure par ce paragraphe :
Autre phénomène : l'Inde. Près de 15 000 exemplaires ont été vendus par la "Librairie indienne" du Salon (...), notamment Baby Ji, d'Abha Dawesar (éd. Héloïse d'Ormesson) et Loin de Chandigarh, de Tarun Tejpal (Buchet-Chastel), les deux livres les plus demandés en grand format ; mais on note aussi une grande vogue pour les livres en format de poche (dont deux à 2 €) et pour les essais. Seules la Russie et l'Italie ont enregistré un plus grand succès en termes de ventes. En 2008, la littérature israélienne succédera à celle de l'Inde."
En guise d'ultime écho à cette édition du Salon, j'ai retenu ce billet daté du 28/03, qu'Abha Dawesar a posté sur son blog français, billet intitulé "Par delà le péché et le plaisir" dont je ne cite ici que les dernières lignes :
Il fait beau et il n’y a pas de vent. Je transpire. La sensation du soleil sur la peau reste un plaisir aussi grand que le goût d’eau fraîche bu quand on a soif. Le matin j’avais noté les péchés capitaux sur une feuille parce que je ne viens pas d’une culture judéo-chrétienne. J’ai du mal à se souvenir de tous les péchés en cherchant le péché qui correspond avec le plaisir du soleil. Cet instant je suis tout près de peuples anciens qui ont cru que le soleil est un dieu. (Lire le texte entier, ici )
En illustration, j'ai choisi un fragment de la page web de l'espace de cette artiste touche-à-tout [voir son site], sur MySpaceVideo, où l'on peut voir 1 mn 19 s d'un film qu'elle a réalisé. (PK)