mercredi 10 avril 2013

Vietnam : une nouvelle génération d'auteurs


Vietnam : une nouvelle génération d'auteurs

En marge du Salon du livre qui s’est déroulé à Paris du 22 au 25 mars dernier, plusieurs manifestations ont été organisées en faveur de la littérature vietnamienne, en particulier une soirée événementielle au CNL et une rencontre-débat à l’Inalco, autour de trois figures de la nouvelle génération du Vietnam : Nguyen Viet Ha pour son roman Une opportunité pour DIeu, Do Kh. pour Khmers Boléro et Thuân pour T. a disparu. Les trois ouvrages ont récemment paru aux éditions Riveneuve dans la nouvelle collection "Littérature vietnamienne contemporaine" pilotée par Doan Cam Thi, traductrice et maître de conférences à l’Inalco. 

Leurs parcours et leurs recherches ainsi que les sujets qu’ils abordent, très différents les uns des autres, incarnent en quelque sorte un Vietnam sans frontière. Née au Viêt Nam, Thuân, après des études à Moscou, s’est installée à Paris qu’elle quitte parfois pour Hanoi, New York ou Berlin. Deux de ses précédents romans, « Chinatown » et « T. a disparu », ont été traduits en français. Nguyen Viet Ha, écrivain catholique vivant au Vietnam, est considéré comme l’un des chefs de file de la nouvelle génération. Il domine la scène littéraire dès son premier roman paru en 1999, Une opportunité pour Dieu. Aujourd’hui, son œuvre comprend une dizaine de romans, d’essais et recueils de nouvelles. Né au Vietnam, Do Kh., quant à lui, vit entre Paris et La Californie. Poète, nouvelliste, romancier, scénariste, essayiste, il compte parmi les écrivains les plus novateurs de la littérature vietnamienne actuelle. Khmer Boléro est son premier roman écrit en français.

Lieu prestigieux situé au cœur de Paris, le Centre National du Livre (CNL) a donc reçu le 18 mars dernier les trois écrivains vietnamiens en compagnie de Doan Cam Thi. L’importance de l’événement était à la mesure de sa rareté : le CNL n’avait pas accueilli d’écrivain vietnamien depuis 7 ans. Ce fut l’occasion pour le public français et de la diaspora de découvrir une littérature d’avant-garde : prolixe, diverse, cosmopolite, créatrice.

La lecture d’extraits des trois romans a été suivie d’un riche débat autour de plusieurs thèmes : la place des lettres vietnamiennes sur la scène mondiale, le rapport des Vietnamiens à la littérature, l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs, l’écriture comme recherche. A la question : « Quel est le thème central de votre roman ? », Do Kh déclare avec un sourire malicieux : « C'est peut-être l'exil ou l'amour ou encore le plaisir sexuel,... mais tout cela n'a aucune importance, car ce qui prime pour moi c'est le plaisir des mots ». Aux questions : « Comment êtes-vous devenu écrivain ? Pourquoi avez-vous choisi d’écrire le roman ? », Nguyen Viet Ha réplique : « Pourquoi suis-je devenu écrivain ? Je l’ignore. Il faudrait le demander à Dieu. Quant au roman, c’est lui qui m’a choisi ».

Le lendemain, une rencontre suivie d’un débat mené par Nguyen Ngoc Giao et Jean-Pierre Han a eu lieu à l’auditorium de l’Inalco. Le très beau et tout nouveau bâtiment des Langues ‘O dans le 13e arrondissement de Paris a déjà accueilli depuis la rentrée de nombreux événements culturels organisés par la section de vietnamien de l’Inalco, souvent en collaboration avec la section de vietnamien de l’Université Paris-Diderot. Les étudiants des deux sections – situées aujourd’hui à deux pas l’une de l’autre – qui travaillent tout au long de leur formation sur la littérature vietnamienne, ont saisi avec enthousiasme l’occasion de discuter de vive voix avec les auteurs et d’approfondir leurs connaissances. Le débat a été particulièrement animé autour de l’origine et du sens de la citation mystérieuse que Nguyen Viet Ha a donnée comme exergue de son roman : « L’ultime impasse de l’homme est une opportunité pour Dieu ». Cette rencontre, riche aussi en découvertes pour les étudiants sur le travail d’écriture, est un témoignage toujours renouvelé de l’ouverture de l’Inalco au dialogue et au brassage des cultures.

Le succès de ces manifestations littéraires auprès du nombreux public francophone et de la diaspora venue de Paris, mais aussi de Prague, d’Amsterdam, de Berlin,…  traduit un réel intérêt pour le Viêt Nam. Au-delà de la littérature, c’est l’image du pays qui est en jeu. « Le Viêt Nam ne saurait être réduit à un régime politique, à une guerre ou à une carte postale, affirme Doan Cam Thi. C’est avant tout un peuple ouvert sur le monde et féru de littérature ». L’œuvre de ses jeunes auteurs, ces nouveaux héritiers d’une longue tradition lettrée, est sans aucun doute la facette la plus dynamique de la vie culturelle du Vietnam.

Doan Cam Thi

Voir sur le site du CNL : Le Vietnam : une nouvelle génération d’auteurs et 
de la collection « Littérature vietnamienne contemporaine » des Editions Riveneuve.

mardi 9 avril 2013

Korea Artwork III – ‘HAN’


Une exposition d’art contemporain coréen « KOREA ARTWORK III - HAN » se tiendra du 21 au 30 Mai 2013 à la Galerie ICONOCLASTES (20 rue Danielle Casanova, 75002 Paris, RER/M° - Auber/Opéra/Pyramides).

Le vernissage aura lieu le mardi 21 Mai 2013 entre 18h et 21h.
- OUVERTURE : Du lundi au samedi de 13h à 19h
- FERMETURE : Dimanche et jours fériés

La troisième exposition du Projet d’Art Contemporain Coréen – KOREA ARTWORK –, conçu dans l’intention de réaliser ‘le marquage et l’abolition des frontières entre les domaines artistiques’, KOREA ARTWORK III a pour thème « Han », le premier mot de l’expression « Han Min Jeok » désignant le peuple coréen. Étant lieu de rencontre avec des œuvres d’art variées, sensibles et spirituelles, cette exposition tente de présenter le peuple coréen ainsi que ses spécificités culturelles, souhaitant également contibuer à la dynamisation des échanges artistiques et culturels entre la Corée et la France et au delà entre la Corée et l’Europe.

J'espère que vous pourrez venir à cette occasion de rencontre avec des artistes coréens ainsi que leurs magnifiques créations. N’hésitez pas à partager cette information avec vos amis et proches.

jeudi 4 avril 2013

Séminaire Leo2t - printemps 2013

Source Christie's

L’axe de recherche
« Littérature d’Extrême-Orient, textes et traduction »  de l’IrAsia
est heureux de vous convier à son séminaire annuel,
le vendredi 12 avril 2013
de 14 h. à 17 h. 
Salle à fixer
 Centre des lettres de l’université Aix-Marseille - Aix-en-Provence

Au programme :

Noël Dutrait, « Critique du pouvoir et pouvoir de la fiction chez Gao Xingjian et Mo Yan, prix Nobel de littérature  2000/2012 »

François Dubois, « Les différentes fonctions des procédés métanarratifs dans la littérature chinoise contemporaine »

Guo Yingzhou, « Intertextualité dans l'oeuvre de Dai Sijie »

Li Shiwei, « Les traductions de Jin Ping Mei : un aperçu historique illustré de trois exemples »

Philippe Che, « Des traductions françaises du Dao de jing et du Yijing »

Pierre Kaser, « Bilan du travail sur ITLEO »

Contacts : Noël.Dutrait@univ-amu.fr • Pierre.Kaser@ univ-amu.fr

lundi 25 février 2013

Keul Madang 19 et le manhwa


Le numéro 19 (février 2013) de Keulmadang vient de sortir. Il est consacré à un genre littéraire encore peu connu: le manhwa 만화/漫畵.  Voici l'éditorial de Julien Paolucci :
De retour du dernier  festival d’Angoulême qui  a fait la part belle à la littérature graphique coréenne, voici l’occasion de dresser un état des lieux de la production de manhwa qui nous est proposée en France, et peut-être d’entrevoir quelques pistes de réflexion à travers  les oeuvres   qui nous semblent les plus représentatives. Une démarche qui pourra être approfondie avec la première interview que keulmadang accorde à un manhwaga, l’auteur Park Kun-woong.
Dans ce numéro sont également présentées deux oeuvres parues récemment, « Celle qui mangeait le riz froid » de Moon Chung-hee et « Sept méandres pour une île » de Yi In-seong, respectivement dans les domaines poésie et roman. Il est aussi à  remarquer une nouvelle « Histoire de la Corée » dont la publication était attendue depuis longtemps ,et qui vient, avec un autre titre « Les Coréens « , compléter notre connaissance de la Corée contemporaine.
Enfin, le forum de littérature coréenne qui s’était tenu à Aix en Provence le mois d’octobre dernier avait donné lieu à deux interviews d’auteurs, nous en publions la première partie ce mois-ci, l’écrivain Kim Jung-hyuk revient sur son travail d’écriture…
Bonne lecture à tous.
Ne perdez pas de temps pour activer le lien suivant : http://www.keulmadang.com/

dimanche 10 février 2013

Bonne année du serpent


Une nouvelle nouvelle année commence. Après 2013, voici celle du serpent 蛇 qui, à partir de ce 10 février, prend la suite de celle du dragon 龍 en attendant celle du cheval 馬 qui la remplacera le 31 janvier 2014. Que cette année guisi 癸巳 vous apporte à tous satisfaction, bonheur et aussi de belles rencontres littéraires.

Ce billet est, sachez-le, le 500ème d'une série entamée le 18 novembre 2006.

samedi 9 février 2013

Compte-rendu d'une mission à Beijing

Vidéo, malheureusement muette, présentant un diaporama ayant servi de support à un compte-rendu oral sur cette mission. 

Dans l’article intitulé « La sinologie en Chine aujourd’hui : un champ spéculaire et spéculatif » qui ouvre le dernier volume d’Etudes chinoises (vol. XXXI-1, 2012, pp. 7-32), Zhang Yinde fait une présentation aussi érudite que pertinente d’un domaine de la recherche chinoise en devenir et donne le cadre général dans lequel s’inscrit une manifestation dont ce billet va fournir un bref aperçu.

S’il en est question ici, c’est que j’ai eu la chance de pouvoir y participer grâce à l’aide financière de l’IrAsia. Ma participation était motivée par la volonté de trouver des soutiens pour faire progresser un des projets que conduit l’axe de recherche Leo2t, à savoir celui de l’Inventaire des traductions françaises des littératures d’Extrême-Orient, ITLEO.

Cette manifestation qui s’est tenue à Pékin, à la Beijing Foreign Studies University (Beijing waiguoyu daxue 北京外國語大學), les 15 et 16 décembre 2012,  a été pensée et conduite avec beaucoup de maîtrise par le Pr. Zhang Xiping 张西平 et le National Research Centre of Overseas Sinology (Zhongguo haiwai hanxue yanjiu zhongxin 中國海外漢學研究中心) qu’il dirige.

Elle avait pour intitulé Chinese Classics in Global Context (Zhongguo gudai wenhua jingdian zai haiwai de chuanbo ji yingxiang yanjiu -- 中国古代文化经典在海外的传播及影响研究 ——以二十世纪为中心国际学术研讨会). Elle a permis à des chercheurs principalement chinois de se retrouver autour d’une même interrogation sur la manière dont le monde a pris en  compte la culture chinoise et ses ouvrages fondamentaux au cours du siècle précédent, et de tenter une évaluation de l’influence que ces textes ont pu avoir dans différents secteurs culturels.
 
Pendant deux jours, ce sont quelque 80 communications qui ont été données, certaines devant un amphi bondé, d’autres à l’occasion de séances de deux heures regroupant outre les intervenants (de 3 à 5 à chaque fois), un public attentif et curieux. Les présidents de séances ont pour la plupart fait en sorte que le temps réservé à la discussion permettent des débats fructueux et  stimulants dans un climat d’échange amical. Je tiens pour ma part à saluer le Pr. Xie Tianzhen 谢天振 de l’Université des langues étrangères de Shanghai, Shanghai waiyu daxue 上海外语大学 et Wang Xiaolu 王晓路, professeur aux instituts de lettres et de langues étrangères de l’Université du Sichuan 四川大学, d’avoir su souligner l’intérêt que présente le projet ITLEO. L’attention que ce projet a suscité fut d’autant plus grande que les communications sur la sinologie française étaient beaucoup moins nombreuses que celles consacrées à la sinologie anglo-saxonne*. Les auditeurs ont été séduits par ce projet qui combine l’établissement des listes de traductions à une approche qualitative portant non seulement sur la nature et la qualité des traductions, mais donnant également toute son importance au traducteur, vecteur indispensable du dialogue des cultures entre elles.

Le grand traducteur Xu Yuanchong 许渊冲 a également donné une conférence pendant laquelle il a, malgré ses 91 ans et une surdité qui ne l’a pas empêché de répondre aux questions des étudiants venus l’écouter en nombre, réussi à communiquer à l’assistance son enthousiasme et sa confiance dans le pouvoir de la culture nationale.

Je ne suis, pour ma part, pas resté insensible à l’intérêt qu’on porte là-bas aux recherches que nous menons ici, le plus souvent dans l’indifférence générale. La seconde raison de satisfaction est l’établissement d’une intéressante collaboration avec deux collègues chinois, le Pr. Qian Linsen 钱林森 et Che Lin 车琳, autour de l’écriture d’un ouvrage traitant de la circulation et l’influence de la littérature chinoise ancienne au XX° siècle en France ( 20 shiji Zhongguo gudian wenxue zia Faguo de chuanbo he yingxiang, 20世纪中国古典文学在法国的传播和影响). Puisse ce premier contact être le début d’une mise en commun suivie des efforts et des résultats. 

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*Sur les 88 communications, seule une demi-douzaine avait un lien avec le domaine français, telle celle de Li Shiwei 黎诗薇 (Leo2t/IrAsia) sur la réception dans notre pays des grands romans chinois des XVIIe et XVIIIe siècles ou celle de Che Lin sur la prose classique. Voir ici. [NB. Le site auquel conduit ce lien semble rencontrer des difficultés que j'espère momentanées.]

jeudi 31 janvier 2013

Une esthétique de la fantasmagorie (colloque)


Une esthétique de la fantasmagorie :
fantômes dans la Chine et l’Extrême-Orient d’hier et d’aujourd’hui

 Aesthetics of Phantasmagoria :  Ghosts in China and the Far East in the Past and Present

21-23 février 2013
Auditorium, Pôle des langues et Civilisations, 65 rue des Grands Moulins, 75013.

INSTITUT NATIONAL DES LANGUES ET CIVILISATIONS ORIENTALES-ASIEs, PARIS.

INSTITUT D’ASIE ORIENTALES, LYON

Colloque international organisé par
Marie Laureillard et Vincent Durand-Dastès,
Contacts :
Marie.Laureillard@univ-lyon2.fr  & vincent.duranddastes@inalco.fr

Programme du colloque


JEUDI 21 FEVRIER

(10h45-12h45)
1) Visions et mémoires des morts dans la Chine ancienne 
Seeing Ghosts and Remembering the Dead in Ancient China 
Présidente de séance : Brigitte Baptandier, Université Paris-Ouest Nanterre-LESC.

- Danielle Elisseeff, EHESS-CECMC : 
A quoi servent les esprits ? L'art et la manière de leur parler selon le Liji 禮記.

 - Pan Junliang, EPHE : 
Le phénomène de la voyance des fantômes (jiangui 見鬼) dans le Haut Moyen Age chinois.

- Annika Pissin, Lund University :
 « The Other » Child : Symbolic Children and Child Ghosts in Medieval China.

- Rania Huntington, University of Wisconsin, Madison : 
Dreaming of the Dead.

(14h-15h30)
2) Traiter avec les fantômes chinois: rituels et techniques 
Dealing with Chinese Ghosts: Rituals and Techniques
Présidente de séance: Catherine Despeux, Inalco

– Fang Ling, CNRS-GSRL: 
Le Jinjing 禁經 de Sun Simiao 孫思邈 (581-682).

- Christine Mollier, CNRS-CRCAO : 
La démonomanie en Chine médiévale: les ripostes religieuses.

- Michel Chambon, Boston University : 
Les dieux chrétiens à la rencontre des fantômes chinois : religion chinoise, christianisme, hybridation, théologie catholique.

(16h-18h)
3) Fantômes des îles de la Mer orientale et autres histoires 
Ghosts from the Eastern Islands and other stories 
Président de séance : Grégory Delaplace, Université Paris-Ouest Nanterre-LESC.


- François Macé, INALCO-CEJ :  
Du "traité sur les esprits" 鬼神論 d'Arai Hakuseki (1657-1725) à "l'inexistence des esprits" 無鬼 de Yamagata Bantô (1748-1821) - Les fantômes aux prises de l'esprit critique.

- Matthias Hayek, Université Paris Diderot-CRCAO : 
"De l'invisible au visible : esprits, démons et bestiaire fantastique au Japon".

- Mary Picone, EHESS : 
How to Visit Ghosts in Japan: from Premodern Guides of Haunted Sites to Contemporary Paranormal Exploration.

- Jacques Pimpaneau, INALCO : 
Heureusement que les fantômes existent pour que justice soit faite !


VENDREDI 22 FEVRIER

(9h-30- 10h 30)
4) Fantômes chinois vers la Mongolie et la Corée/Chinese ghosts in Mongolia and Korea 
Président de séance : Vincent Durand-Dastès, INALCO-Equipe ASIEs

- Le Minsook, Université Jean-Moulin Lyon 3 : 
Les fantômes dans Geumo sinhwa 金鰲新話 de Kim Si-seup 金時習 (1434–1493).

- Grégory Delaplace, Université Paris-Ouest Nanterre-LESC : 
Fantômes chinois en Mongolie.

(11h-12 h 30h)
5) Des fantômes en poésie et sur scène
Singing Ghosts : gui in Poetry and on Stage
Présidente de séance : Valérie Lavoix, INALCO-Equipe ASIEs

– Frank Kraushaar, University of Latvia (Riga) : 
"Spooky Party's: On the Gayness of Ghosts in Li He's (李賀) 神絃曲,神絃,神絃別曲".

- Vincent Durand-Dastès, INALCO-Equipe ASIEs : 
« Seized alive  » (huozhuo 活捉) : the fatal visit of the white-clad ghost in theater and religion of late imperial times.

- Sandrine Marchand, Université d’Artois : 
Poèmes de femmes, poèmes fantômes,  sous les Qing.

(14h-16h)
6) Visions fantomatiques des arts visuels aux récits religieux
Ghostly Visions from the Visual Arts to religious narratives
Présidente de séance : Claire-Akiko Brisset, Université Paris Diderot

-  Vincent Goossaert, EPHE : 
Ghostly destinies in the Yuli baochao 玉歷寶鈔 (19th century).

- Caroline Gyss, CNRS GSRL: 
Les fantômes affamés dans l’iconographie religieuse chinoise du Jeûne de l'Eau et de la Terre (Shuilu zhai 水陸齋).

- Michael Lucken, INALCO-CEJ : 
Le rossignol qui devint un moineau.

- Marie Laureillard, Université Lumière-Lyon 2- Institut d’Asie Orientale : 
How can you paint a ghost in the time of Feng Zikai and after ?

(16h30-18h30)
7) Ombres électriques
Electric Shadows
Présidente de séance : Mary Picone, EHESS

- Anne Kerlan, CNRS IHTP : 
Une histoire de fantômes chinois: le cinéma et les représentations du monde invisible.

- Jacline Moriceau : 
De quoi les fantômes sont-ils le signe chez Teshigahara?

- Corrado Neri, Université Jean-Moulin Lyon 3 : 
Tsai Mingliang: from Cinema of Ghosts to the Ghost of Cinema.

- Kenny Kwok Kwan NG, Hong Kong Univ. of Science and technology : 
Phantoms in the Hong Kong Cinema: Cantonese Filmmakers’ Resurrections of Female Ghosts from Classical Chinese Opera and the Hollywood Tradition.


SAMEDI 23 FEVRIER

(9h-10h30)
8) Le dilemme entre réalisme et fantastique
A Dilemma : choosing between Realism and the Fantastic
Présidente de séance : Isabelle Rabut, INALCO-Equipe ASIEs

- Georges Bê Duc, Université de Picardie-Jules Verne : 
Zhou Zuoren (1885-1967) et les fantômes.

- Victor Vuilleumier : Université Paris Diderot-CRCAO , 
A la recherche de son âme au lac Xihu : ‘Errance’ (1926) de Wang Yiren, et Le Palais de la longévité de Hong Sheng.

- Colette Girard, Université de Genève : 
Histoires de rêves et de fantômes chez Yan Zongling (1905-1978).

(11h-12h30)
9) Fantômes républicains
Ghosts of the republic
Présidente de séance : Marie Laureillard, Université Lumière-Lyon 2

- Jessica Imbach, University of Zürich : 
„... stronger and much more beautiful than all the other ghosts“: The Motif of Revenge and the Figure of the Female Hanged (nüdiao 女吊) in Lu Xun's Writing …

- Chen Qin, Ohio State University : 
Allegories and Appropriations of the “Ghost”: A Study of Xu Xu’s Ghost Love.

- Jin Siyan, Université d’Artois : 
Les fantômes féminins dans le monde romanesque de Bai Wei 白薇(1893~1987,  Dai Houying 戴厚英 (1938~1996) et Lin Bai 林白 (1958).

(13h30-15h30)
10) Fantasmagories contemporaines
Contemporary Fantasmagories
Présidente de séance : Annie Bergeret-Curien, CNRS CECMC

- Xu Shuang, Université Paris Diderot-CRCAO : 
Figures de fantômes dans la littérature numérique : étude de l’écriture de la fantasmagorie à travers l’œuvre de Tianxiaguiyuan.

- Theeraphong Inthano, INALCO : 
L’amour, la vengeance, la mort : fantômes dans la culture médiatique en Thaïlande.

- Cécile Sakai, Université Paris-Diderot-CRCAO  : 
La littérature féminine contemporaine au Japon ou comment apprivoiser les fantômes.

(16h-18h)
11) Anges, monstres et fantômes d’aujourd’hui
Angels, Monsters, and Ghosts of Today
(Présidente de séance : Xu Shuang, Université Paris Diderot)

- Shao Baoqing, Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 : 
Le fantomatique et le réalisme: les fantômes dans Bailuyuan 白鹿原(« Au pays du Cerf Blanc ») de Chen Zhongshi.

- Rosa Lombardi, Università degli Studi Roma Tre : 
Ghosts-demons, spirits and monsters in Su Tong short stories.

- Annie Bergeret-Curien, CNRS-CECMC : 
L’éveil des esprits chez le romancier hongkongais Leung Ping-kwan.

- Zhang Yinde, Université Paris 3 : 
Les Démons de l'utopie dans l'œuvre de Mo Yan.

mardi 1 janvier 2013

2013, une nouvelle année pleine de promesses...

 
... et de rendez-vous pour les membres de l'axe Leo2t.
Le premier aura lieu le 28 janvier (14 h, Aix).
Merci de le noter dans vos nouveaux carnets.

Bonne année 2013 à toutes et à tous

lundi 10 décembre 2012

Au pays du Cerf blanc de Chen Zhongshi



Bai Jiaxuan n’eut dans sa vie pas moins de sept épouses et il en tirait une grande fierté.
C'est ainsi que débute Au pays du Cerf blanc la traduction par Shao Baoqing et Solange Cruveillé du Bailu yuan 白鹿原, bestseller de Chen Zhongshi 陳忠實 (1942-) que viennent de publier les Editions du Seuil.

Voici ce qu'en dit l'éditeur : 
Au pays du Cerf blanc, non loin de l’ancienne capitale Xi’an, deux formidables patriarches et leurs clans s’affrontent sans répit dans la tourmente de la première moitié du XXe siècle. Entre la chute de l’Empire manchou et la victoire du communisme, Baï Jiaxuan établit sur le village son autorité de paysan aisé, de notable confucianiste à la colonne vertébrale bien droite (bientôt cassée par les brigands !) tandis que son rival et ami Lu Zilin, bon vivant, corruptible, mais sensible et doux, saisit toutes les opportunités qu’offre la succession des nouveaux pouvoirs. 
Qui sera le vainqueur ? 
Les catastrophes diverses, famine, bandits, épidémies et Seigneurs de la guerre s’abattent sur leur village tandis que les enfants Bai et Lu s’aiment, se déchirent, combattent dans des camps opposés, choisissent de partir à l’aventure pour les uns ou plient, pour les autres, sous le poids de la tradition. 
Véritable épopée de la Chine profonde, dense, débordant de vie et d’humour, Au pays du Cerf blanc nous plonge dans un univers saisissant, peuplé de personnages inoubliables emportés dans le tourbillon de l’Histoire.
Ce roman a suscité, depuis sa sortie en 1993, un grand intérêt en Chine, et déjà des adaptations en ballet et au cinéma ; il pourrait bien devenir votre livre de chevet pendant toutes les vacances de fin d'année : il fait 816 pages.

Keul Madang : le n° 18 est en ligne


Le n° 18 (décembre 2012) de la revue Keul Madang est en ligne.
Voici l'éditorial de Julien Paolucci :
Quelques mois après la parution d’un numéro consacré à  la poésie, Keulmadang donne la parole au poète Ko Un. Au gré d’une interview et de lectures croisées,  se dessine  le portrait d’un homme  buvant à la source d’une poésie  qui jaillit de la terre et nourrit  l’Humanité. Un art enraciné dans l’histoire douloureuse de  la Corée du 20ème  siècle et dont les branches auront grandi avec l’expérience littéraire de l’auteur, aujourd’hui considéré comme l’un des poètes contemporains les plus importants. Un regard sur la poésie actuelle qui pourra être approfondi  par la lecture  d’un entretien avec Moon Chung-hee,  poétesse récemment traduite en français.
Pour le moins surprenant! Aux articles  des rédacteurs de Keulmadang, s’ajouteront de manière quotidienne dans un billet d’humeur, impressions à chaud, notes de lecture ou  réflexions qui surgissent au fil des textes; dans ce blog littéraire, c’est aussi l’actualité de la littérature coréenne que nous allons tenter de condenser pour vous.
Enfin, ce numéro est aussi l’occasion de vous adresser une grande nouvelle : Keulmadang  intègre le réseau des revues de l’IrAsia (Institut de Recherches Asiatiques) de l’Université d’Aix-Marseille  et s’ouvre ainsi à  un nouveau réseau de diffusion internationale.
Bonne lecture à tous

mardi 13 novembre 2012

Gao Xingjian : deux sinon rien


A peine un mois après la sortie du Veau suivi du Coureur de fond (traduit par François Sastourné)  du tout récent Prix Nobel de Littérature 2012, l'écrivain Mo Yan 莫言, les Editions du Seuil viennent de publier deux volumes consacrés à Gao Xingjian 高行健, Nobel de littérature 2000.

Il s'agit d'un volumineux volume (1024 pages) comprenant La Montagne de l'Ame, Une canne à pêche pour mon grand-père, Le Livre d'un homme seul, ainsi que deux nouvelles inédites :  L'Ami et Vingt-cinq ans après. 
« Les deux nouvelles inédites, écrites au début des années 1980, évoquent les retrouvailles de proches séparés par la Révolution culturelle. L’Ami réunit Chuichui, autrefois accusé d’espionnage et victime de tortures, et son ami d’enfance, après treize ans de séparation. Vingt-cinq ans après, c’est le temps qu’il aura fallu à Zhang pour retrouver son amour de jeunesse. La fidélité des sentiments l’emporte sur la dictature et, si douloureuse qu'ait pu être la séparation, chacun n’aura eu de cesse, et à raison, d’espérer, de rêver, et d'écrire ces retrouvailles. » [Extrait du dossier de presse]
L'ensemble est traduit par Noël et Liliane Dutrait et sort dans la collection « Opus ».
Les amateurs seront également ravis de découvrir une autre œuvre inédite en traduction. Elle est traduite par Noël Dutrait et Philippe Che sous le titre de Chronique du Classique des mers et des monts. Tragicomédie divine en trois actes. Il s'agit de la pièce de théâtre Shanhai jing zhuan 山海經傳 élaborée par Gao Xingjian à partir du Shanhai jing 山海經 et donnée à Hong Kong en février dernier.
« "LE RÉCITANT, frappant sur son tambour qui rend un son mat.
Mesdames, Messieurs, regardez notre ancêtre à tous, Nüwa, au milieu de ce chaos. C’est une déesse, naturellement, et non pas une femme ordinaire. Elle est d’une grande beauté malgré sa grande saleté, elle n’a aucune honte et garde sa dignité. On ne sait ce qu’elle dit, on ne sait ce qu’elle chante. Les dieux ont leur propre langage, comment vous et moi, hommes et femmes ordinaires, pourrions-nous les comprendre ? "
La mythologie chinoise dans laquelle nous entraine le prix Nobel GAO Xingjian est peuplée de monstres fantastiques - buffle unijambiste, serpent à tête humaine, corbeaux d'or et oiseaux aux couleurs chatoyantes -, de dieux et déesses tour à tour capricieux, jaloux, colériques et touchants. En proie aux vices humains, ces personnages qui forgent notre monde actuel rappellent étrangement les dieux antiques grecs ou romains et les humains de tout temps et tous lieux. » [Extrait du dossier de presse]

jeudi 1 novembre 2012

Appel du Citl



APPEL À CANDIDATURE POUR LA FABRIQUE JAPONAISE DES TRADUCTEURS
COLLÈGE INTERNATIONAL DES TRADUCTEURS LITTÉRAIRES

La Fabrique des traducteurs a pour objectif de donner à de jeunes traducteurs en début de carrière l'occasion de travailler avec d'autres traducteurs expérimentés et de mieux connaître le paysage de la traduction et de l'édition dans les deux pays. Chaque atelier met en présence, pendant dix semaines, trois jeunes traducteurs étrangers et trois jeunes traducteurs français.

Plusieurs binômes de traducteurs expérimentés se succèdent et guident le travail des six jeunes traducteurs pendant 2 à 3 semaines chacun. Le temps restant est mis à profit pour les rencontres professionnelles et la préparation de la lecture publique des travaux. Les textes traduits au cours des ateliers font l'objet d'une lecture publique de clôture.

Les candidats retenus reçoivent une bourse de résidence de 2500 €.
Un atelier franco-japonais se déroulera du 8 avril au 14 juin 2013.

L’appel à candidature est en ligne jusqu'au 10 décembre :

Pour plus de renseignements, merci de contacter Caroline Roussel :

mardi 23 octobre 2012

4e Rencontre des Écrivains Coréens


4e Rencontre des Écrivains Coréens,
en partenariat avec la Fondation littéraire de Corée (Klti).

Jeudi 25 octobre à 18h30
à la Cité du Livre-Bibliothèque La Méjanes,
Amphithéâtre

En présence des auteurs :
Kim Ae-ran, Kim Jung-hyuk, Pyun Hye-young et
Han Yu-joo (actuellement auteure invitée à Aix)

La soirée sera présentée par Annie Terrier, directrice des Écritures Croisées
et Noël Dutrait, Directeur de l'IrAsia
(animation Jean-Claude de Crescenzo, traduction Julie Kim).

Présentation, débats, signatures.
(Table tenue par la Librairie Goulard)

jeudi 11 octobre 2012

Mo Yan, Prix Nobel de Littérature 2012

MO YAN vient de se voir décerner le Prix Nobel de Littérature pour l'année 2012 !

jeudi 4 octobre 2012

Yan Lianke à Aix-en-Provence


Du 18 au 21 octobre prochains va se tenir à Aix-en-Provence, la Fête du Livre 2012 organisée par les Ecritures Croisées.

Elle a pour étendard les Bruits du monde. Littératures de l'ici et de l'ailleurs et sera dédié à Carlos Fuentes. Les auteurs invités sont David Grossman, Antoine Volodine, Juan Goytisolo, Péter Esterházy et Yan Lianke que vous pourrez rencontrer non seulement le samedi 20 à 15h à l'Amphithéâtre de la Verrière, mais encore le dimanche 21 entre 10h00 et 11h30, toujours au même endroit. Cette deuxième rencontre est réservée principalement aux étudiants de l'IUT Métiers du Livre d'Aix-en-Provence et à ceux du Département d'études Asiatiques d'Aix-Marseille Université.
A 15h30, Yan Lianke dialoguera, toujours à Amphithéâtre de la Verrière de la Cité du Livre, avec Antoine Volodine. L'interprétariat de chacune de ces trois séances sera assurée par M. Philippe Che (AMU, IrAsia-Leo2t).

Venez nombreux découvrir l'auteur de Servir le peuple (2006), Le Rêve du village des Ding (2007) , Les jours, les mois, les années (2009), Bons baisers de Lénine (2009), Songeant à mon père (2010), Les Quatre Livres (2012), tous publiés aux Editions Philippe Picquier.

mercredi 12 septembre 2012

Gao Xingjian: FFP, le documentaire

Gao Xingjian (à droite) avec Mickael Lackner, directeur du IKGF

Du 24 au 27 octobre 2011, s'était tenue à Erlangen une conférence internationale organisée par l'International Consortium for Research in the Humanities qui avait pour objet Gao Xingjian: Freedom, Fate, and Prognostication. Le documentaire réalisé pendant cette manifestation, signalée à l'époque sur ce blog, est dorénavant accessible en ligne : en grand format > ici ; en petit format >  là ; et également à partir du site de l'ERD Gao Xingjian, rubrique 'Ressources audiovisuelles' > ici.

lundi 3 septembre 2012

Reprise


Reprise de l'activité de ce blog après un mois d'interruption volontaire.... juste à temps pour vous signaler que la recherche sinologique a rendez-vous à Paris pour la XIX Biennial Conference of the European Association of Chinese Studies (EACS) (Paris, September 4th –8th 2012).

Li Shiwei  黎诗薇 interviendra (vendredi 7, matin) dans le panel Translation studies avec un exposé intulé Translating pre-modern Chinese novels in France, from the Age of Enlightenment to present days.

Je compte sur elle pour vous faire un compte-rendu de ces quatre journées intenses qui seront lancées par une intervention du Prof. Léon Vandermeersh (le 5/09, 10:00-11:00)
Pour consulter le programme et les résumés des communications, merci de vous se rendre ici.


samedi 4 août 2012

Pause estivale

Je vous donne rendez-vous en septembre. Bonnes vacances. PK

vendredi 3 août 2012

Miscellanées littéraires (014)

N° du 5 fev. 1911 [Source Gallica]
Si vous voulez tout savoir sur Le Petit journal et son Supplément illustré qui ravirent tant de lecteurs curieux du monde et de ce qui s’y passe consultez le site qui lui est entièrement consacré et grâce auquel vous apprendrez que ce titre « est l'un des plus anciens journaux de France. Il est née en 1863 et sa création doit être considérée comme l'un des événements qui marquèrent le plus profondément dans la vie du Paris de naguère. » (Jean Lecocq, Almanach, 1940) et qu’il aurait publié son dernier numéro le 1er août 1937.

Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque de France, permet de feuilleter en ligne ou de télécharger aussi bien le Petit journal  que le Supplément illustré. Vous pouvez, enfin, grâce à la recherche d’image de Google, embrasser d’un seul coup d’œil un grand nombre de ces unes qui attiraient imanquablement l’attention et donnaient envie de lire les pages intérieures.

Le numéro qui a retenu mon attention est celui qui parut le 5 février 1911 [sur Gallica ; voir également ici]. Son titre accrocheur « La Chine se modernise » est bardé d'un sous-titre développé en page 2 (numérotée 42) pas moins attirant : « A Shanghai, des Chinois font en public le sacrifice de leur natte » : 

Comme nos lecteurs le verront dans notre « Variété », l'évolution de la Chine vers la civilisation occidentale ne se manifeste pas seulement dans l'ordre militaire et administratif. Un mouvement considérable se produit en ce moment dans les grandes villes chinoises en faveur du costume européen, et surtout contre la vieille tradition de la coiffure chinoise. C'est ainsi que ces jours derniers, à Shanghaï, cinq cents Chinois héroïques, réunis sur une place publique, sont montés l'un après l'autre sur une estrade et, en présence de quatre mille de leurs compatriotes, ont renoncé à l'appendice chevelu et natté qui, de temps immémorial, a fait l'ornement du chef et du dos des fidèles sujets du Fils du Ciel. De telles manifestations de la part d'un peuple si attaché naguère à ses coutumes et à son costume ne doivent pas nous intéresser seulement par leur pittoresque. Elles caractérisent un état d'esprit nouveau, de nature à nous faire réfléchir, car le triomphe de la civilisation occidentale, transformant la Chine en puissance industrielle et militaire, n'irait probablement pas sans faire courir à l'Europe les plus graves dangers.
La rubrique « Variété » approfondit en élargissant le sujet. Ernest Laut (1864-19??) y signe un long article intitulé  « Le pied des Chinoises et la natte des Chinois ». Restons-en, pour cette fois, à ce qui touche à la coiffure des hommes et lisons :
L'impératrice Tsou-Hsi ne s'occupa pas moins de la tête des hommes que des pieds des femmes. C'est encore elle qui, en cette même année 1903, annonça à ses sujets qu'il leur serait loisible désormais de couper leur natte si ça pouvait leur faire plaisir.
Or, il est piquant de constater que cette natte qu'elle condamnait ainsi par ordonnance impériale, c'est un de ses ancêtres qui, jadis, l'imposa aux Chinois. Au temps jadis, en effet, les Fils du Ciel portaient les cheveux courts. Or, quand les Tartares de Mandchourie conquirent le pays, l'idée leur vint d'imposer aux vaincus une marque distinctive d'esclavage, et ils édictèrent que, dorénavant, tous les Chinois porteraient le front rasé et la chevelure longue et tressée sur la nuque. Les vieilles chroniques chinoises affirment que ce décret fut d'abord très mal accueilli. Beaucoup de Chinois, pour y échapper, s'enfuirent à Hainan, à Formose et au Japon. Et puis, peu à peu, la fâcheuse origine de cette mode fut oubliée, et le Chinois porta sa natte sans se douter que cette coutume était née d'une défaite et d'une humiliation de ses ancêtres. Or, cette natte, sans laquelle nous ne pouvions nous imaginer le vrai Chinois de Chine, voici qu'elle disparaît, elle aussi. L'impératrice avait commencé par autoriser simplement ses sujets à la couper. Comme ceux-ci hésitaient, elle ne se contenta plus de conseiller, elle ordonna. A la fin de 1904, elle publia un rescrit édictant que, a partir du premier jour de la première lune de l'année suivante, c'est-à-dire à partir du 4 février 1905, officiers et soldats de l'armée chinoise devraient couper leur tresse. Les mandarins civils des trois degrés supérieurs étaient invités à suivre également cet exemple. Le sacrifice accompli dans l'ordre militaire, il s'agissait de faire adopter par le civil la nouvelle esthétique capillaire. Depuis quelques mois surtout, la campagne en faveur de la modernisation de la coiffure a pris un développement considérable. Elle donne lieu dans toutes les grandes villes chinoises à des scènes curieuses et à des manifestations des plus pittoresques. Au mois de décembre dernier, à Hong-Kong, six notables respectables par l'âge et la situation morale dont ils jouissent, coupèrent leur natte en public, tandis qu'une fanfare jouait des airs d'opéra. Des centaines d'imitateurs suivirent leur exemple, et, bientôt, des sacrifices sans nombre eurent lieu.
 Les partisans de la jeune Chine organisent partout des meetings dans lesquels ils vitupèrent à qui mieux mieux contre la natte. L'un d'eux, l'autre jour, rappelait que lors de la guerre des Légations, un seul soldat français avait suffi pour emmener prisonniers cinq Chinois en les attachant par la natte à la sangle de son cheval. Un autre citait le cas d'un mécanicien chinois qui, pris par sa chevelure dans l'engrenage d'une machine fut broyé en subissant une horrible torture. Cette campagne porta ses fruits. En l'espace de trois jours, onze mille personnes se convertirent à la mode nouvelle. Mais le mouvement a fini par inquiéter les marchands qui craignent que leurs compatriotes, non contents de couper leurs nattes, ne veuillent aussi abandonner le costume national, ce qui serait pour le commerce une perte considérable. Déjà, il y a trois ans, le ministre de l'Instruction publique en Chine, effrayé par les progrès de la mode européenne parmi les lettrés et les étudiants, publia un décret interdisant à tous les élèves des écoles et établissements de l'État de s'habiller de cette façon. Une seule exception fut prévue. « En raison, disait le ministre, des inconvénients qu'offre le costume indigène pour les exercices de gymnastique, les vêtements européens seront autorisés pour cet usage spécial, mais ils ne devront être faits qu'avec des étoffes fabriquées en Chine. » Cependant, la mode européenne gagne de plus en plus. La suppression de la natte est l'acheminement forcé vers le veston et le pantalon. Et la Chine est destinée à suivre vers la civilisation européenne, une évolution, plus lente peut-être, mais tout aussi sûre, que celle qu'a suivie le Japon.

Rappelons que par le Tifaling 剃髮令, les Mandchous avait très tôt imposé à tous les Chinois le port de la coiffure mandchoue qui consistait à se raser le haut du front et à se faire une natte, bianzi 辮子 ; s’en abstenir signifiait la mort, selon la formule bien connue et extrêmement convaincante Liu fa, bu liu tou ; liu tou, bu liu fa  留髮不留頭,留頭不留髮 qu’on traduira  librement par Mieux vaut garder sa tête au prix de ses cheveux que la perdre pour ses cheveux. En conséquence, se débarrasser de sa natte avait, en 1911, après 267 ans de domination étrangère, un caractère anti-mandchou très marqué et devait peu à un phénomène de mode.

Certains comme Gu Hongming 辜鴻銘 (1857-1928) auront du mal à s’en passer [voir les anciens billet où il est question de ce curieux personnages qui avait fait l’objet de la devinette n° 11  ; voir également la réponse]. Gu était également un amateur de pieds bandés. On y reviendra un de ces jours prochains. 

mercredi 1 août 2012

Miscellanées littéraires (013)

Edition de 1735 de L'Ecumoire [source]
J’ai découvert Claude-Prosper Jolyot de Crébillon, dit Crébillon fils, né à Paris le 14 février 1707 et mort dans la même ville le 12 avril 1777 (merci Wikipedia), en 1977 avec Les égarements du cœur et de l’esprit (1736) qu’Etiemble avait préfacé en 1961 et qui faisait alors son apparition dans la collection « Folio » de Gallimard sous le n° 891.

C’était juste à la sortie de la lecture des Bijoux indiscrets de Diderot qu'Etiemble invoquait dès les premières lignes de cette invitation à lire tout Crébillon fils. J’achetais aussitôt, et peu avant de faire l’acquisition d’un volume de la Bibliothèque des curieux (Paris, coll. « Les Maîtres de l’Amour », 1913) contenant outre La Nuit et le moment (1755) et Le Hasard du coin du feu (1763), Le Sopha (1742), un autre titre de cet auteur qui, dixit Etiemble « mourut à soixante-dix ans, pauvre, ce qui, de la part d’un homme de son métier, en ce temps-là, est bien », et c’était  L’Écumoire ou Tanzaï et Néadarné. Histoire japonaise dont Ernest Sturm venait de donner, avec la collaboration de Marie-Clotilde Hubert, une édition critique de haut vol, mais jamais rééditée, chez Nizet (Paris, 1976, 414 p.). L’introduction savante commençait ainsi : « Dès sa publication en 1734, Tanzaï et Néadarné, histoire japonaise du « jeune Crébillon » connaît un succès de scandale, désigne l’auteur à la répression policière, divertit Voltaire et retient l’attention de Marivaux et de Prévost. Par la suite le roman demeure lu avec assiduité ; il fait l’objet, sous le titre de L’Ecumoire, de rééditions successives jusqu’à la veille de la Révolution. » (p. 9) L'édition initiale s'affiche comme ayant été éditée « A Pékin, Chez Lou-chou-chu-la, seul imprimeur de Sa Majesté Chinoise pour les langues étrangères. »

Ainsi quand, le 3 juin dernier, Thomas Pogu m’a envoyé des extraits de ce roman et des morceaux de la préface d’Etiemble aux Egarements, j’étais aussi ravi qu’impatient de les faire partager.  C’est donc avec deux lunes de retard que je comble cette lacune. 

Mais avant de vous faire lire un extrait de la préface sus-mentionnée, voici le résumé du roman par Pierre Dournes dans le Dictionnaire des œuvres érotiques de Pascal Pia (Robert Laffont, « Bouquins », (1971) 2001, pp. 150-151) :

[Il suffit de cliquer sur le document ci-dessus pour l’agrandir]
« Et si L’Écumoire, cette histoire censément japonaise de Tanzaï et Néadarné, n'était pas seulement, ou n'était pas surtout, ou n'était pas du tout, un conte licencieux ? Et si j'avais eu tort, voilà quelques décennies, d'en parler un peu cavalièrement, pour faire quelque chose comme un mot sur cet ustensile de ménage à trois ou quatre ? Cette japonaiserie qui dissimule médiocrement une de ces chinoiseries à la mode vers ce temps-là parut si dangereuse qu'elle valut à l'auteur un séjour en prison. Sous une forme parodique dont « frémit » naïvement le bibliographe et sinologue Henri Cordier, Crébillon brocarde avec enjouement l'engouement de son siècle pour la Chine en général et en particulier pour la morale confucéenne. N'est-ce point faire pièce aux jésuites, qui tiennent Confucius pour l'un des hommes les plus saints qu'ait produits la gentilité, que de prétendre qu'à ce moraliste austère et qu'on prétendait chrétien sans le savoir, on pouvait avec vraisemblance attribuer un conte badin ? « Cet ouvrage est, sans contredit, un des plus précieux monuments de l'Antiquité ; et les Chinois en font un si grand cas qu'ils n'ont pas dédaigné de l'attribuer au célèbre Confucius. » En fait, rien de moins chinois que cette « histoire japonaise » dont les personnages s'appellent Hiaouf-Zélès-Tanzaï et Néadarné, où les démons s'indianisent en Dives à moins qu'ils ne s'arabisent en Ginnes, nos Djinns. Orient funambulesque, qui mélange des lambeaux d'un Orient musulman que Les Mille et Une Nuits, traduites par Galland, avaient divulgué en Europe, et d'une Chine de pacotille, dont les jésuites s'instituaient alors les commis-voyageurs. » (Etiemble, « Préface », Les Egarements.... (1961) 1977 , pp. 15-16).

Mais mettons fin à ces interminables prolégomènes pour citer comme il se doit des extraits d’un ouvrage à inscrire à votre programme de lectures estivales, si, naturellement, vous arrivez à mettre la main dessus : voir le premier des 4 tomes des Œuvres complètes de Crébillon fils de la « Bibliothèque du XVIIIe siècle » des Classiques Garnier (Jean Scgard (ed.), 2010, 799 p.) sinon, il faudra passer par le téléchargement d’éditions anciennes sur Google Books : 
Chapitre I (ext.) : De l’origine de ce livre

Cet ouvrage est, sans contredit, un des plus précieux monuments de l’Antiquité ; et les Chinois en font un si grand cas, qu’ils n’ont pas dédaigné de l’attribuer au célèbre Confucius. En effet, pour la sagesse des préceptes, la bonté de la morale, la beauté de l’invention, la singularité des événements, et l’ordre qui y est répandu, ils n’ont pu se dispenser de l’en croire l’auteur, ou de moins de souhaiter qu’il le fût. Ce livre, cependant, est de Kiloho-éé, personnage illustre, antérieur à Confucius de plus de dix siècles, premier mandarin de la loi, revêtu des emplois les plus grands, et connu à la Chine par un grand nombre d’ouvrages historiques, politiques, et moraux. Un savant chinois (1) qui a fait, il y a quatre cents ans, l’Histoire littéraire de sa patrie avec une exactitude admirable, a prouvé, par des raisons invincibles, que Kiloho-éé était seul l’auteur de ce livre. Ce qu’il en a donné n’est qu’un fragment d’une histoire plus longue, un essai, pour ainsi dire, de celle de tout un peuple. Les raisons pour lesquelles il a abandonné son projet, ne nous sont pas connues. Quelque honneur que Kiloho-éé ait attendu de ce commencement, qui ne forme que l’Histoire particulière d’un Prince, il n’a pu s’empêcher d’avouer qu’il l’a traduit de l’ancienne langue japonaise, sur un manuscrit très vieux ; et l’auteur japonais l’avait lui-même traduit de la langue des Chéchianiens, peuple qui dès ce temps-là ne subsistait plus.
Le Japonais, dans un endroit, assure que sa nation tenait à honneur de descendre des Chéchianiens : mais il semble n’être pas de cet avis, parce que de son temps même il ne restait aucune preuve de cette descendance, et qu’il croit, en auteur judicieux, qu’une chose aussi importante ne peut être trop bien constatée. Il entre même sur cet article une Dissertation que Kiloho-éé n’a point traduite, parce qu’elle n’éclaircissait rien. Il serait plus difficile aujourd’hui de savoir ce qui en est. Sous le bon plaisir du lecteur, on passera donc à des faits d’une discussion plus aisée.
(1) Cham-hi-hon chu-ka-hul-chi. Hist. litt. de la Chine, Pékin, 1306, p. 135, prem. vol.

 Chapitre II (ext.) : Comment ce trésor a passé en France

Un Hollandais, homme d’esprit, se trouvant à Nankin il y a près de cent ans, fut obligé, par les affaires, d’y demeurer assez de temps pour pouvoir apprendre passablement le Chinois. Dans le temps que pour s’y former davantage il cherchait à faire une traduction, ce livre lui tomba entre les mains, il l’admira, l’entreprit, et parvint, après un travail de trois ans, à le mettre en Hollandais ; mais très imparfaitement, selon qu’il l’a avoué lui-même. Peu curieux de le donner au public, il repassa en Europe, et laissa son ouvrage au savant Jean-Gaspard Crocovius-Putridus, de Leipzig, son ami intime, et connu dans la littérature par la dispute qu’il a eue avec Emmanuel Morgatus, sur une chose importante. Il s’agissait de savoir si les meutes de la chaste Diane étaient composées de chiens et de chiennes, ou seulement de l’un ou l’autre sexe de ces animaux. Après des contestations très vives, la palme demeura à Putridus, qui prouva, par des raisons tirées de la pudeur de la déesse, et par les témoignages des plus grands hommes de l’Antiquité, qu’elle n’avait jamais eu que des chiennes. Le Hollandais arriva dans le temps que Putridus était complimenté par tous les doctes d’Allemagne, sur l’important service qu’il venait de rendre à la république des Lettres ; il le pria de commenter sa traduction chinoise. Crocovius la traduisit en latin, l’enrichit de notes et de commentaires, et il était près de la donner au public en trois volumes in-folio, lorsqu’une mort prématurée enleva ce savant homme. Balthazar Onerosus, et Melchior Insipidus, ses neveux, héritiers des biens et de la science profonde de leur oncle, augmentèrent encore son livre, le commentèrent, éclaircirent ses notes, en ajoutèrent de nouvelles, comparèrent les leçons, restituèrent les passages, et le faisaient enfin imprimer à Nuremberg en cinq volumes in-folio, lorsque la peste les emporta. Leurs enfants, moins érudits, et hors d’état de subvenir aux frais d’une édition de cette importance, vendirant l’ouvrage de leurs pères à un noble Vénitien qui se trouva pour lors à Nuremberg. Ce seigneur, nommé Annibal, Julio, Scipione, Buz-è-via, de gli Tafanari, de retour à Venise, le traduisit en sa langue, non tel qu’il l’avait acheté. Comme il n’entendait que très imparfaitement le latin, il laissa à part l’érudition : aidé par un frère servite, et tous deux s’aidant d’un dictionnaire, il le mit enfin en état de paraître en langue vénitienne. Si Son Excellence Buz-è-via avait put profiter des remarques savantes dont les Allemands avaient orné cet ouvrage, la France l’aurait plus complet, et mille choses qui ont besoin d’éclaircissements, n’en resteraient pas privées. On ne se flatte pas d’avoir bien réussi à cette dernière traduction. Le vénitien est un jargon difficile à entendre, et le traducteur français avoue que dans le toscan même il y a bien des termes qui l’arrêtent. Ce qui ne paraîtra pas extraordinaire, quand on saura qu’il n’a étudié l’italien que deux mois, sous un Français de ses amis qui n’avait été à Rome que six semaines.
Chapitre III (ext.) : Inconvénients auxquels il a fallu remédier.
Éloge du dernier traducteur.

On peut aisément inférer des différentes mains par lesquelles ce livre a passé, qu’il doit lui rester peu de ses grâces nationales ; et je ne sais, à tout prendre, s’il en sera moins bon. Les livres orientaux sont toujours remplis de fatras, et de fatras absurdes ; les religions des peuples de l’Orient ne sont fondées que sur des contes qu’ils mettent partout, et qui seraient aussi ridicules pour nous, qu’ils sont vénérables pour eux. Ces religieuses folies donnent à leurs écrits un air bizarre, qui a pu plaire dans sa nouveauté, mais qui est trop rebattu aujourd’hui, pour que le lecteur lui trouvât des grâces. Outre leurs dieux à qui ils font jouer toutes sortes de personnages, ils mettent en œuvre les génies et les dives ; on les trouve dans leurs plus sérieuses histoires ; et si quelqu’un de leurs héros est dans quelque grand danger, c’est une dive qui l’y a plongé, c’est une ginne qui l’en retire. Ces êtres imaginaires fondent et dénouent les trois quarts de leurs livres ; et quoiqu’ils donnent souvent lieu à des événements singuliers, on s’ennuie de ne voir jamais sur la scène que ces mêmes acteurs, et cela marque une stérilité d’imagination qui impatiente. D’ailleurs leur façon de narrer est remplie de métaphores, et de certains tours, que la simplicité de notre langue ne permet de rendre ni avec exactitude, ni avec agrément. La traduction d’un livre oriental en français, est donc un ouvrage plus difficile qu’on ne pense. Quoique celui-ci ait été traduit du vénitien, on ne doit pas croire qu’il en ait donné moins de peine.
Le seigneur Annibal a tout confondu, et il n’a pas fallu un travail médiocre pour arranger les faits, comme on peut croire que Kiloho-éé l’avait fait. Au nom de ginne peu connu parmi nous, j’ai substitué celui de fée, dont nous faisons communément usage. Où j’ai pu retrancher les noms barbares, je l’ai fait. La ginne Hic-nec-sic-la-ki-ha-tipophetaf formait un nom tout à fait insupportable à prononcer, je l’ai changé ; en un mot, je n’ai rien oublié de tout ce qui pouvait rendre cet ouvrage parfait, et je ne doute point qu’il ne le soit. Je l’ai embelli, en quantité d’endroits, de réflexions également neuves et judicieuses. Il est écrit avec un soin, une netteté, et une précision merveilleuse ; et je suis persuadé que Kiloho-éé est infiniment inférieur à cette traduction, quoique faite d’après une langue que je n’entends presque pas.
Pour le fond, il peut être extravagant, mais c’est vraisemblablement la faite de l’original. On aurait tort d’exiger de l’imagination d’un Chinois, la régularité et ce goût qui brillent dans nos auteurs français, qui toujours compassés, sont presque toujours fort raisonnables, et froids encore plus souvent. Fondés en cela sur je ne sais quel précepte d’Horace, que de bon cœur je mettrais ici, si je m’en souvenais parfaitement ; mais cet Horace prétend que la raison soit égayée, et n’ordonne pas qu’on ennuie ses lecteurs à force de sagesse. Je suis, au fond, très persuadé que ceux de nos auteurs que nous trouvons si arrangés, voudraient pouvoir l’être moins, et pécher un peu plus contre les règles. Leurs ouvrages en seraient moins décents ; mais plus agréables, et mieux lus.

Reste encore un extrait, cette fois sélectionné par moi et retenu pour ses piquantes digressions sur la traduction. Je vous le livre sans faire l’effort, admirablement concédé par Thomas, du passage au français moderne. Il s’agit du début du chapitre XIII, « L’opéra » : 
Il seroit difficile de bien décrire l'opéra de l’isle Jonquille. Kiloho-éé en quelques endroits se plaint de la sécheresse de l’auteur japonois qui, à son tour, médit du chéchianien ; ce qui suppose que sans parler des autres traducteurs, le françois se plaint de tous les trois, et que le public se plaindra du dernier, et lui imputera, ou de s’être trop étendu sur des matieres stériles, ou d'avoir passé trop légérement sur des objets intéressans. Mais, à moins de manquer de sincérité, le traducteur peut-il donner des récits qu’il n' a pas trouvés ; et s’il les imaginoit dans les circonstances où ils pourroient être nécessaires, ne se sentiroient-ils pas du siecle où il vit, et pourroit-il, en se transportant même dans des tems aussi éloignés que sont ceux où ont vécu ses héros, rendre parfaitement des usages dont il ne reste plus aucune connoissance ? N’est-il pas plus à propos qu’il en prive ses lecteurs, que de leur en débiter des fables dont ils sentiroient bientôt l’absurdité ! Le devoir d’un traducteur fidele n'est autre chose que de suivre littéralement son auteur, si ce n’est que lorsqu’il ne l'entend pas bien, il peut le périphraser, le commenter, l’ajuster. Le traducteur de ce livre avoue franchement, que n’entendant pas parfaitement son auteur, il lui a prêté autant de sottises pour le moins qu’il lui en aura épargnées ; qu’il est devenu long, où le chinois étoit court ; précis, où il ne l’étoit pas ; obscur, où il étoit clair ; railleur, où il étoit moral ; galant, où il étoit philosophe ; et que de toutes les fautes qu’il a faites, il n’en fait excuse, ni n’en demande pardon au lecteur de quelque façon que ce puisse être, puisque le livre n’en seroit pas meilleur, et que cet avilissement ne le rendroit pas plus estimable. Toutes ces raisons, bonnes ou mauvaises, feront qu’on ne sçaura qu’imparfaitement ce que c’étoit que l’opéra dont il est ici question. A qui s’en prendre ? Un historien imagine quand il écrit, que la postérité sera au fait des usages qui regnent de son tems ; et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui on ne sçait que par des conjectures, encore très-hasardées, quelle étoit la façon de vivre particuliere des romains, et qu’une chose de cette importance occupe mille sçavans, qui y emploient sans fruit leurs précieuses veilles. Après un exemple tel que celui-là, le traducteur doit être excusé ; et s’il ne l’est pas, il ne s’en doit plus mettre en peine. S’il avoit à rendre raison de toutes les impertinences qui sont dans ce livre, il ne finiroit point. Il est donc à propos qu’il dise, pour terminer ce long raisonnement, aussi ennuyeux pour lui que pour les lecteurs, que dans l’isle Jonquille, vulgairement le poëme d’un opéra étoit ridicule ; qu’il consistoit en de vieilles fables doucereusement r’habillées ; qu’essentiellement, le style en étoit fade, et la poésie lâche ; qu’il ne s’y agissoit ni de conduite ni d’intérêt …..
... la suite ne vous décevra pas. Lisez donc Crébillon, ou ce que vous voudrez, et pourquoi pas son contemporain anglais Henry Fielding (1707-1754) ... J'entame pour ma part l'Histoire de Tom Jones (trad. Francis Ledoux, Gallimard, « Folio-Classique », n° 4623) avec ses plus de 1000 pages aussi édifiantes que curieuses que drolatiques, dans lesquelles on ne croise pas de Chinois -- un véritable dépaysement.