mercredi 21 octobre 2009

By the Moon River

A quelques jours de la visite de Barack Obama en Chine et en pleine vague d'« Oba-Mao-mania » - le président américain y est devenu, comme le signale sur Rue89.com, Pierre Haski qui reprend un billet du blog de Thomas Crampton (Social Media in China and across Asia) qui emprunte au site chinois Wenxue cheng 文学城 (Wenxue City), Oba Mao 奧巴毛 (Aobamao) -,  je vous invite à regarder une vidéo en chinois sous-titrée en anglais mise en ligne le 8 octobre dernier et qui permet d'entendre et de voir l'écrivain Wang Gang  王刚 répondre aux questions de Jeremy Goldorn du site Danwei.org. Il y évoque la Révolution culturelle à travers son expérience qui a alimenté son ouvrage 英格力士 (Yinggelishi) paru en français  (Picquier, 2008) sous le même titre qu'en anglais : English (traduit par Pascale Wei-Guinot et Emmanuelle Péchenart). (P.K.)


dimanche 18 octobre 2009

Bons baisers de Yan Lianke


La Fête du livre d’Aix-en-Provence s’achève à peine que déjà se profilent à l’horizon de nouveaux rendez-vous avec les littératures au centre de deux jours d’un colloque qui a rempli toutes nos espérances. Parons au plus pressé.

Ces prochains rendez-vous vous permettront de mieux connaître un auteur - Yan Lianke 阎连科, - que vous êtes déjà nombreux à avoir lu grâce aux Editions Philippe Picquier qui viennent de publier un cinquième titre de lui. Ce dernier opus qui nous vaut une série de visites de part la France a reçu pour titre Bons baisers de Lénine.

Yan Lianke sera d’abord à La Librairie le Phénix (72, bv de Sébastopol, Paris 3e, tél : 01 42 72 70 31) le mercredi 21 octobre à 18 h, puis, le samedi 24 octobre (18h30) en compagnie de sa traductrice (?) en Arles à la Bibliothèque du Collège International des Traducteurs Littéraires (CITL, Espace Van Gogh, tél : 04 90 52 05 50).

Il vous reste peu de temps, mais je vous recommande de lire le compte-rendu de la traduction du roman Le Rêve du Village des Ding (Trad. Claude Payen, Arles, Philippe Picquier, 2007, 330 p.; édition poche 2009, 396 p.) publié par Sébastian Veg dans le premier numéro de l’année 2009 [Dossier «La société chinoise face au SIDA »] de la revue du CEFC (Centre d’Etudes Français sur la Chine contemporaine) Perspectives chinoises (disponible en ligne ici), avant de vous précipiter à la rencontre de cet écrivain qui s’est vu refuser l’accès à la Buchmesse de Francfort. Voir à ce sujet l’article signalé par Bertrand Mialaret dans un commentaire au précédent billet.

Mais pourquoi ne pas regarder également une entrevue mise en ligne en huit séquences le 17 juin 2009 sur Sina.com et dans laquelle il est essentiellement question d’un ouvrage de souvenirs intitulé Wu yu fubei 我与父辈, dont Yan Lianke a assuré la promotion cet été sans se ménager.



Gageons qu'il sera prochainement à nouveau question sur ce blog de ce livre dont on peut lire les premiers chapitres traduits par Sylvie Gentil à partir du site de l’éditeur. J’ai pour ma part une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse : pourquoi ce titre ? (P.K.)

mercredi 14 octobre 2009

La Grande Messe des livres de Francfort

C'est hier 14 octobre vers 18 h que s'est ouvert le salon du livre de Francfort, la « Frankfurter Buchmesse 2009 » dont l'invité d'honneur est la Chine. Une cérémonie très protocolaire d'une heure et demie en présence d'Angela Merkel et de l'ambassadeur de Chine a permis à deux écrivains chinois de monter à la tribune. Il s'agit de Tie Ning 铁凝, en qualité de présidente de la National Writers Association, et du plus en vue des auteurs chinois de ce début de XXIe siècle, Mo Yan 莫言, romancier bien connu des lecteurs de ce blog.

Pour avoir suivi quasiment en direct cette Eröffnung ponctuée par les interventions d'un orchestre de jazz, et qui est toujours visible en ligne, je sais que chacun d'entre eux s'est exprimé une dizaine de minutes : Mo Yan, à la quarantième minute, Tie Ning, immédiatement après. Malheureusement, le doublage en allemand occulte complètement la voix des orateurs qui s'exprimaient dans leur langue. Il me semble néanmoins, que l'un et l'autre ont fait assaut d'érudition pour tisser des liens entre le meilleur de la littérature et de la culture allemandes et la Chine. Il y fut naturellement question, avec Mo Yan notamment, de Gœthe (1749-1832) et de la Weltliteratur.

Mo Yan et Tie Ning ne seront, bien évidemment, pas les seuls représentants de la dynamique scène littéraire chinoise, scène envisagée dans toutes ses dimensions, bien que, et personne ne s'en étonnera, la littérature taïwanaise ne soit représentée « officiellement » (?) que par Lan Pochou (romancier, historien de la littérature-reporter) et l'intellectuel Kung Peng-cheng 龔鵬程 ; la littérature de Hong Kong est aussi présente par l'entremise de Zhou Mimi et de Cai Yihuai (alias Nan Shan) ; Macao grâce à Wong Man Fai. Les autres auteurs présents pendant la Buchmesse sont, me semble-t-il, tous du continent (ou de ses marges comme le poète-romancier d'origine tibétaine Alai ). Certains sont fort connus, comme Wang Meng 王蒙, Liu Zhenyun 刘震云, Yu Hua , Su Tong 苏童 ; d'autres pas ou beaucoup moins chez nous : Ye Yanbin 叶延, Yang Hongying 杨红缨, Li Er 李洱, Chen Ran 陈染, He Shen 何申, Dong Xi 东西, Zhao Benfu 赵本夫, Tian Er 田耳, Ge Shuiping 葛水平, Fan Xiaoqing 范小青, Li Jingze 李敬, Xu Zechen 则臣, Li Jie 励婕 (alias Annie Baobei 安妮宝), Xu Yigua 须一瓜, ou encore Jing Yongming 荆永. [Pour des détails sur les auteurs, voir ici]

Le site dédié à l'événement est très complet en allemand et en anglais, et offre l'accès à un sous-site dévolu à l'invité d'honneur lequel a son pendant chinois : il est donc aisé de prendre connaissance de la diversité des activités et des nombreuses manifestations qui vont rythmer les quatre jours de la Foire.

On y trouvera également d'intéressants documents dont on pourra tirer profit plus tard à tête reposée, comme un catalogue de 68 pages répertoriant les traductions allemandes de littérature chinoise. Ce « China: Deutschsprachige Neuerscheinungen 2009 » donne une idée de l'image que nos voisins peuvent se faire dans leur langue de la littérature chinoise d'hier et d'aujourd'hui. Le tableau est néanmoins un peu brouillé dans la mesure où l'on y trouve même des œuvres de François Cheng et de Dai Sijie dont des productions composées, si je ne m'abuse, en français ! On voit aussi que les éditeurs allemands sont loin d'être unanimes dans leur choix des transcriptions à soumettre à leurs lecteurs. Un exemple : Tsau Hsüä-tjin pour Cao Xueqin 曹雪芹 ; l'ordre patronyme-prénom est souvent bousculé : Ouyang Xiu 欧阳修 y perd la boussole en devenant Xiu Ouyang ; le Confucius de Prospero Intorcetta (1625-1696) déduit du Kongfuzi 孔夫子 classique s'efface devant un Konfuzius dont la déclinaison donne un plaisant Konfuzianismus. Mais là n'est pas la seule référence au saint-sage de l'Antiquité chinoise puisqu'on peut lire dans la langue de Schiller [à peine un mois plus tôt qu'ici, voir Le bonheur selon Confucius : Petit manuel de sagesse universelle. Belfond] l'indigeste bouillie des idées du Maître par excellence réalisée par Yu Dan 于丹 (Konfuzius im Herzen. Alte Weisheit für die moderne Welt, Droemer) laquelle fait partie avec le pianiste Lang Lang et bien d'autres des « Famous Chinese at the Frankfurt Book Fair »

Quoi qu'en disent certains observateurs chagrins se désolant du manque d'intérêt de ses compatriotes pour la chose chinoise, il n'en reste pas moins que nos si proches amis vont redoubler d'efforts pour mieux faire connaître la littérature chinoise à leurs contemporains : quelque 120 éditeurs allemands ont ainsi annoncé des publications allant dans ce sens dont pas moins de 44 romans ! Ce genre est sans aucun doute le vecteur idéal pour faire passer quelque chose d'une culture dans une autre. Nous en sommes à ce point convaincus que, modestement, nous allons consacrer la fin de cette semaine à un genre qui a encore un brillant avenir et un rôle certain à jouer dans la communion des cultures : Gœthe avait donc raison. (P.K.)

mardi 13 octobre 2009

Comme si vous y étiez, ou presque

Notre colloque sur « Le roman en Asie et ses traductions » va permettre à 18 orateurs d'intervenir successivement pendant deux jours, les 15 & 16 octobre, salle des Professeurs de l'Université de Provence (Centre Schumann, 29, avenue Robert-Schuman, 13621 Aix-en-Provence cedex 1 • Téléphone : 04 42 95 30 30) --- l'entrée est naturellement libre.

Vous en connaissez déjà le programme (voir ici) et avez sans aucun doute déjà pris vos dispositions pour ne rien manquer de cette manifestation qui s'inscrit, comme vous le savez, dans la Fête du livre de la Cité du Livre d'Aix-en-Provence - « L'Asie des Ecritures croisées : un vrai roman » qui se poursuivra jusqu'au 18 octobre.

Pour faire vivre l'événement à ceux qui n'auraient pas la possibilité de se déplacer ou de partager la totalité de cette rencontre entre spécialistes et amateurs des littératures d'Asie, j'ai créé un compte Twitter que vous pourrez à loisir consulter, soit directement, soit par l'entremise de la colonne de gauche de ce blog. Ce sera donc comme si vous y étiez, ou presque. (P.K.)

mercredi 7 octobre 2009

L'Asie des Ecritures croisées (02)

Le programme de la Fête du Livre d'Aix-en-Provence est disponible sous la forme d'un livret de 32 pages que vous trouverez facilement si vous êtes Aixois, mais que vous pouvez vous procurer en ligne en le téléchargeant à partir d'un site dédié à cet événement qui se tiendra du 15 au 18 octobre à la Cité du Livre.

En plus de la littérature, avec Bao Ninh (Viêtnam), Kim Young-Ha (Corée), Chart Korbjitti (Thaïlande), Lee Seung-U (Corée), Li Ang (Taiwan), Minaé Mizumura (Japon), Yoko Tawada (Japon), Thuân (Viêtnam) et Xu Xing (Chine), ce sont la photographie, avec des expositions de Manit Sriwanichpoom (Thaïlande), Luo Dan
(Chine), Lee Gap-Chul (Corée), des projections de Wang Gang (Chine), A Yin (Mongolie intérieure, Chine) et la danse qui seront à l'honneur de cette manifestation : le 15 octobre sera, en effet, donné le spectacle chorégraphique Waiting de Carlotta Ikeda et de la Compagnie Ariadone. Enfin, en plus des rencontres, des débats, des ateliers et des master-classes, trois films récents en provenance du Vietnam, de Corée du Sud et de Thaïlande, seront projetés.

La consultation attentive du programme s'avère indispensable pour qui ne veut pas manquer un seul moment de cette fête sur laquelle se greffe, ne l'oublions pas, un colloque international sur
Le roman en Asie et ses traductions.

Le programme de notre colloque, qui lui se déroulera Salle des Professeurs du Centre des Lettres de l'Université de Provence (29, av. Robert Schuman) figure page 29 de ce même document auxquels j'ai emprunté les portraits des nombreux invités que l'on pourra rencontrer lors de cette édition des Ecritures croisées consacrée à l'Asie : un vrai roman.

mardi 6 octobre 2009

Gao TV


Depuis le 5 octobre, les films réalisés par Télé Campus Provence à l'occasion de l'inauguration de l'Espace de Recherche et de Documentation Gao Xingjian sont disponibles sur le site web de l'université, ici.

L'occasion pour ceux qui étaient présents de se replonger dans l'ambiance de ces belles journées de mars-avril 2008 et même de découvrir des entretiens inédits; et pour ceux qui n'étaient pas là de profiter également de cet événement. (Jean-Luc Bidaux)

vendredi 2 octobre 2009

Et, pourquoi pas, la sinologie

Il a peu, mais c’était déjà trop tard pour que je m’empresse de vous en faire part, je découvrais (sur Fabula) un appel à contribution courant jusqu’au 15 septembre dernier pour le colloque international « Traits chinois, lignes francophones » qui se tiendra les 19 et 20 février 2010 à l'université Queen's de Belfast, et portera sur les artistes et écrivains francophones d'origine chinoise : « Inspiré par le travail pluridisciplinaire de Gao Xingjian, ce colloque examinera des dimensions variées de la créativité sino-française. La présence de Gao favorisera la constitution d'un pôle de contributions autour de son œuvre, mais le colloque sera ouvert à l'ensemble des Chinois qui ont choisi le monde francophone pour vivre et pour créer. Depuis les anarchistes des années 1910 qui venaient en France dans le cadre du projet "Travail Etudes", puis de l'Institut Franco-chinois de Lyon, jusqu'aux dissidents venus chercher un asile politique, et jusqu'aux jeunes créateurs d'aujourd'hui qui choisissent le français comme moyen d'expression, sur internet ou sur papier, le domaine de recherche est vaste. Certains ont connu des distinctions exceptionnelles (prix littéraires, académie des beaux-arts, académie française, succès populaires), et pourtant la recherche universitaire n'a pas encore suffisamment approfondi leurs œuvres. »

Le sujet est, à défaut d’être original, intéressant et ne manquera pas de retenir l’attention d’une foule de chercheurs venant du monde entier. Mais, si je vous en parle, c’est surtout à cause de la formulation peu heureuse qui conclut la dernière phrase de l’appel à contribution. Cette phrase la voici : « Nous serions heureux d'accueillir des propositions émanant de disciplines aussi variées que les lettres, l'histoire, l'histoire des arts, la sociologie, la philosophie, et, pourquoi pas, la sinologie. »

« Et, pourquoi pas, la sinologie » ! Certes, il y a longtemps que la Chine a échappé, et c’est tant mieux, au monopole des sinologues et que, ce qui est moins bien, dans bien des domaines ceux-ci ne sont plus aussi bien accueillis que par le passé ; mais n’oublie-t-on pas un peu vite, qu’en théorie au moins - mais cela aussi est de moins en moins souvent vrai -, la traduction et la présentation dans notre langue des œuvres que produit la Chine artistique et savante nécessitent l’entremise de spécialistes de la langue et de la culture chinoises, et que, pour en rester au sujet présent, avant de choisir « le monde francophone pour vivre et pour créer », ces Chinois ont grandi, vécu, écris, peint, aimé, souffert en terre chinoise et donc en chinois ... et ne se prive pas de continuer à le faire ?


Passer ce trait d’humeur, je voudrais formuler à mon tour une interrogation : « Et pourquoi la sinologie ne redeviendrait-elle pas, touchant les affaires chinoises, une branche aussi indispensable que les autres grands champs de l’activité intellectuelle ? » Gageons que cette question et celles qui en découlent seront abordées lors des deux jours pendant lesquels se tiendront, à Paris, les prochaines Assises des études chinoises ; ce sera les 13 et 14 novembre 2009 (Université Paris Diderot, 15, rue Hélène Brion, XIIIe arr.). Souhaitons que les interventions des quelque 25 orateurs qui prendront la parole dans l’Amphithéâtre Buffon ouvrent de nouvelles perspectives à la sinologie française de ce début de siècle et tordent le coup à quelques mauvaises idées reçues. Noël Dutrait y portera notre voix dans une présentation des activités de notre équipe. Il y croisera des habitués de nos rencontres studieuses (Zhang Yinde, Philippe Postel) et bien d’autres, jeunes et moins jeunes savants réunis sous l’emblème d’une interrogation derrière laquelle transpire une sourde inquiétude : « La sinologie introuvable ? »

L’Association Française d’Etudes chinoises, organisatrice de l’événement, a déjà, j’y avais fait référence sur ce blog, diffusé l’argument de la réunion et mettra prochainement en ligne par le même canal - http://www.afec-en-ligne.org/, rubrique « Colloque 2009 » -, le détail des communications à venir et le programme de ces deux journées qui devraient faire date et pour lesquelles vous êtes prié de vous inscrire au préalable. Et pourquoi n’iriez-vous pas ? (P.K.)

dimanche 27 septembre 2009

L'Asie des Ecritures croisées (01)

Voici, en avant-première et dans le même envoi, de quoi vous faire trépigner d'impatience et vous rendre l'attente du 15 octobre insupportable : ce sont, d'une part, l'affiche (ci-dessus), d'autre part, l'éditorial (ci-dessous) de la prochaine Fête du livre (Aix-en-Provence, 15-18 octobre), dont il a été déjà question sur ce blog. Intitulée « L’Asie des Ecritures croisées, un vrai roman », elle aura pour objet les littératures qui sont chères à l'Equipe Littérature d'Extrême-Orient, textes et traduction qui tiendra colloque les 15 et 16 octobre. Ce blog vous fera vivre les différents moments forts de cet événement qui va favoriser les rencontres entre un public de plus en plus exigeant et une littérature en plein essor, et profitera des jours qui restent avant son lancement pour vous indiquer les rendez-vous à ne pas manquer.
L’écriture romanesque japonaise a été découverte en Occident depuis fort longtemps grâce aux traductions des oeuvres de Mishima, Kawabata, Inoue et bien d’autres ; le prix Nobel de littérature a couronné en 1968 Kawabata Yasunari et en 1994 Ôe Kenzaburô. Puis, en 2000, c’était Gao Xingjian qui recevait le premier prix Nobel décerné à un écrivain de langue chinoise. Les littératures des autres pays d’Asie restaient encore peu connues. Ce n’est plus le cas avec l’arrivée sur la scène littéraire mondiale de très nombreux écrivains de Chine, du Japon, de Corée, du Vietnam, de Thaïlande… Cette création littéraire foisonnante s’inscrit à la fois dans la dynamique politique, économique et sociale de cette région du monde en pleine mutation, et dans la riche tradition culturelle de chacun de ces pays. Ces voix de plus en plus fortes qui affirment l’importance du genre romanesque, entre tradition, modernité et postmodernité, ne sont-elles pas en train de déplacer vers l’Asie le centre du monde littéraire jusque-là situé dans la vieille Europe ? Dans des pays où la littérature occupe depuis des siècles une place importante, des écrivains audacieux, confirmés ou à leurs débuts, largement ouverts aux courants occidentaux, explorent aujourd’hui tous les chemins de l’écriture. Grâce aux traductions plus nombreuses, ils commencent à être mieux connus et nous offrent des oeuvres novatrices, parfois déroutantes, qui font voler en éclats bien des idées reçues et des stéréotypes sur un Extrême-Orient exotique, mystérieux, fantasmé. L’Asie que nous font découvrir les écrivains qui sont invités à Aix cette année pour la Fête du Livre est bien réelle, vivante, et proche de nous. Avec eux, Les Écritures Croisées poursuivent leur tour du monde des littératures et de leurs grandes voix – tour du monde commencé il y a plus de vingt ans… Un vrai roman !

Les Écritures Croisées
(Extrait du catalogue de 32 pages pour paraître prochainement, p. 6)

mardi 22 septembre 2009

Le roman en Asie et ses traductions : programme

Voici le programme détaillé [et corrigé] du colloque international
qui se tiendra
les 15 et 16 octobre 2009
à l'Université de Provence (Salle des professeurs) et qu'organise l'équipe de recherche
« Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction »
LEO2T (JE 2423) sur le thème

« Le roman en Asie et ses traductions »


Jeudi 15 octobre 2009

  • Ouverture du colloque par le président de l’université de Provence, M. Jean-Paul Caverni, présentation générale par le directeur de l’équipe LEOT2, Noël Dutrait

SESSION Littérature chinoise

  • 9 h. Philippe Postel, Université de Nantes : « Les traductions en français des romans de mœurs classiques chinois »
  • 9h30. Zhang Yinde, Université Paris-III : « La fiction du vivant : l’homme et l’animal chez Mo Yan »
  • 10 h. Wang Jiann-Yuh, traducteur, Paris : « Traduire Jin Yong aujourd'hui »
  • 11 h. Noël Dutrait, Université de Provence : « La Montagne de l’Ame de Gao Xingjian, LE grand roman asiatique ? »
  • 11h30. Chou Tan-Ying, INALCO, « The Golden Cangue : auto-traduction d'Eileen Chang ».
  • 12 h. Guo Yingzhou, université de Provence : « La réception de Su Tong en France ».
  • 12h30 : discussion et pause déjeuner en présence des écrivains invités à la Fête du Livre d’Aix-en-Provence.
  • 14 h. Sébastian Veg, CEFC, Hong Kong : « Les écrivains contemporains et l'histoire de la Chine populaire : points aveugles et contournements ».
SESSION Littérature coréenne
  • 14h30. Lee Byoung Jou, professeur émérite, Paris VII : « Aux sources du roman coréen dans le XXe siècle ».
  • 15 h. Han Yumi & Hervé Péjaudier, Centre de recherche sur la Corée, Paris : « En beauté, de Kim Hun : les questions de la coréanitude (choix de traduction et stratégie éditoriale) ».
  • 15h30. Jean-Claude de Crescenzo & Kim Hye Gyeong, université de Provence : « Traduire la figure de l'ennemi dans la jeune littérature coréenne ».

SESSION Littérature thaï

  • 16h30. Louise Pichard-Bertaux, CNRS : « De l'imitation à l'appropriation : quand la traduction devient texte original ».
  • 17 h. Marcel Barang, traducteur, Bangkok : « La traduction littéraire du thaï passe par le mot à mot ».
  • 18h30 : Ouverture de la Fête du Livre d’Aix-en-Provence, « L’Asie des Écritures Croisées : un vrai roman », en présence de tous les écrivains invités.

Vendredi 16 octobre

SESSION Littérature japonaise

  • 9h30. Patrick Honnoré, traducteur, Paris/Tôkyô : « Traduction, suspicion…»
  • 10 h. Anne Bayard-Sakai, INALCO : « Le roman japonais contemporain »

SESSION Littérature vietnamienne

  • 11 h. Mireille Truong, Ryerson Universitty, Ontario, Canada : « Pour la localisation des métaphores et des comparaisons dans Itinéraire d’enfance de Duong Thu Huong ».
  • 11h30. Marie-Claire Laurent, Université Paris VII : « Quelques problèmes de traduction rencontrés dans des récits narratifs vietnamiens autour d'un recueil déjà traduit en anglais : Love after war ».
  • 12 h. Doan Cam-thi, INALCO : « Vers une nouvelle génération de romanciers vietnamiens cosmopolites. Un choix de traduction privilégié ».
  • 14 h. Nguyen T. Ngoc, université de Provence : « Le roman contemporain vietnamien : renouveau ou difficulté du genre ? »
  • 14h30-15h30 : Discussion générale
  • 16 h. Rencontres à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence

Samedi 17 octobre
& Dimanche 18 octobre

Rencontres et débats à la Cité du Livre d'Aix-en-Provence
(Le détail des rencontres sera bientôt mis en ligne)

lundi 21 septembre 2009

Les uns et les autres


Les 28 et 29 septembre prochains, dans les Salons de l’Institut National des Langues et des Civilisations Orientales (2, rue de Lille – 75007, Paris), se réuniront pour des Journées d’études organisées par le CEC (Centre d'Etudes Chinoises, INALCO), et sous la houlette de trois présidents de séances bien connus qui sont Isabelle Rabut (Inalco / Directrice du Cec), Vincent Durand-Dastès (Inalco/Cec) et Frédéric Wang (Inalco/Cec), 11 chercheurs novices ou confirmés, doctorants ou éminents professeurs et directeurs d’études, qui vont aborder un sujet passionnant ainsi formulé et argumenté :

L'autre « utile », du bon usage de la singularité et de l’antagonisme en Chine

Ultime manifestation du programme de recherche du Centre d’études chinoises de l’Inalco intitulé « La Chine et son autre », ces journées d'études s’intéressent aux fonctions et enjeux des constructions et représentations de toutes sortes d' altérités – êtres de la marge, hors de pair ou hors normes; surclassés ou déclassés; singuliers, contrefaits, insurgés ou « simplement » étrangers – ; autrement dit à leur rôle et leur utilité au sein de discours normatifs ou subversifs, partisans, sociologiques, idéologiques ou esthétiques.

La distinction ou la construction de ces « objets » autres étant censément déterminées par les objectifs fondamentaux, particuliers ou conjoncturels des discours qui en font usage, dans quelle mesure déterminent-elles éventuellement en retour ces mêmes discours : par l’effort de construction des positions respectives du juge et de son objet ; par l’émergence ou la mise à l’épreuve de valeurs relatives dans la caractérisation de l’autre par rapport à soi et de soi par rapport à l’autre ; dans la légitimation et la manipulation des outils de représentation et des critères de jugement ?

La question et le procédé concernés ne sont en aucun cas spécifiquement chinois, mais pourront évidemment nous amener à souligner la particularité des contextes culturels et pratiques discursives propres à la tradition (historiographique, philosophique, littéraire, religieuse) chinoise.

Les communications sont réparties en trois sessions :

  • Session I. Discriminations (Lundi, 10h00-13h00)
  1. Les noms extérieurs waixing du village de Shiyou, Jiangxi, une approche anthropologique, Catherine Capdeville-Zeng (Inalco)
  2. De la singularité comme outil critique dans le Wenxin diaolong (ca 500), Valérie Lavoix (Inalco)
  3. Les intérêts de Pei Ziye. Orthodoxie et positionnement social sous les Qi (479-502), Pablo Blitstein (Inalco)
  • Session II. Détournements (Lundi, 14h30-18h00)
  1. Du bon usage du Barbare ; le cas des Man sous les Six Dynasties, François Martin (Ephe)
  2. Religions étrangères et religions pour étrangers : l’Autre corrupteur dans l’édit de proscription du bouddhisme de 845, Pénélope Riboud (Inalco)
  3. Des rats, des loups, des papillons de nuit et des Tatars. Loyalisme, compromission, abjection et représentation de l’autre dans un récit de l’invasion Mandchoue, Claude Chevaleyre (Ehess)
  4. Quand l’Autre, c’est la Chine. Usages des représentations de la Chine chez un confucéen coréen du XVIe siècle, Isabelle Sancho (Collège de France, Cnrs)
  • Session III. Questionnements (Mardi, 9h30-13h00)
  1. L’ermite politique entre clair et obscur : les fonctionnaires manqués dans l’historiographie des deux dynasties Han, Béatrice L’Haridon (Université Foguang, EPHE)
  2. Je est un autre, exemplarités contrastées du topos et de l'isolat littéraire, Marie Bizais (Université de Strasbourg)
  3. Mutilation corporelle et transformation morale : altérité et identité dans le Zhuangzi, Albert Galvany (Ephe)
  4. L'infirme, l'informe, l'infâme. Réflexions sur la politique du corps en Chine ancienne, Romain Graziani (Ens Lyon Lsh).

Pour de plus amples détails sur ces journées et les arguments des différentes communications, prière – à défaut de lien internet - de contacter Valérie Lavoix (vlavoix@inalco.fr).

Je rappelle, néanmoins, à nos étudiants (Université de Provence) qu’ils devront faire l’impasse sur ces deux journées passionnantes pendant lesquelles l’esprit sinologique brillera de ses pleins feux, car ils sont attendus dans nos locaux pour une rentrée que nous souhaitons tous, aussi calme que productive. (P.K.)

dimanche 20 septembre 2009

Sensibilisation…



Comme nous l’avions annoncé, le 15 septembre 2009 a eu lieu la rencontre de sensibilisation de la Fête du Livre 2009 à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence. Du 16 au 18 octobre, alors que se déroulera du 15 au 16 octobre notre colloque sur le roman en Asie, la Fête du Livre intitulée « L’Asie des Ecritures croisées, un vrai roman » a invité des romanciers venus de plusieurs pays d’Asie (Chine, Japon, Corée, Taiwan, Thaïlande et Vietnam). Pour cette séance de sensibilisation, avait été invitée une écrivaine vietnamienne, Thuân, qui vit à Paris et dont le roman Chinatown a été traduit en français par Doan Cam Thi, qui était elle-même venue à notre dernier colloque sur la traduction du mois de mars. 
 
Dans un premier temps, j’ai présenté les écrivains qui seront présents au mois d’octobre : les deux romancières japonaises, Minaé Mizumura [Minumura Minae 水村美苗] dont le roman Tarō, un vrai roman (Le Seuil, trad. Sophie Refle) vient de sortir en France (soit dit en passant, ce fut pour moi le roman de l’été… un vrai régal) et Yōko Tawada [Tawada Yōko 多和田葉子] qui a déjà publié plusieurs romans chez Verdier, soit traduits du japonais, soit traduits de l’allemand. Le romancier chinois Xu Xing 徐星, traduit par Sylvie Gentil aux éditions de l’Olivier, Li Ang 李昂, venue de Taiwan dont La Femme du boucher, republié sous le titre plus direct Tuer son mari chez Denoël (trad. Alain Peyraube et Hua-Fang Vizcarra) est bien connu à Taiwan et en France. Deux écrivains coréens déjà célèbres : Kim Young-Ha et Lee Seung-U dont les romans ont été recensés à plusieurs reprises sur notre blog. Enfin, venu de Thaïlande avec son traducteur Marcel Barang, l’écrivain Chart Korbjitti dont il faut lire La Chute de Fak (Le Seuil, 2003) et Bao Ninh, l’auteur du Chagrin de la guerre (traduit par Phan Huy Duong chez Picquier en 1994). Et bien sûr, Thuân, qui nous a confié mardi dernier qu’elle était en train d’écrire son sixième roman dont le sujet porte sur la mort sous les tropiques.


Doan Cam Thi, maître de conférences à l’Inalco et traductrice, a dressé avec maestria un tableau de la littérature vietnamienne depuis la fin de la guerre du Vietnam jusqu’à nos jours. Elle a montré les relations complexes qui existent entre le pouvoir et les écrivains, les écrivains restés au Vietnam et les écrivains exilés, la littérature vietnamienne et les littératures du monde. Ensuite, elle a présenté Thuân et son roman Chinatown, un roman très novateur par sa forme (utilisation du monologue intérieur, du roman dans le roman, clins d’œil à Marguerite Duras…) et passionnant par son contenu : les relations fratricides entre le Vietnam et la Chine dont la montée en puissance ne peut laisser personne indifférent, les relations entre les individus, la question de l’exil… Thuân elle-même a livré au nombreux public sa conception de l’écriture et du roman en des termes très émouvants. Questionnée sur les relations traducteur/auteur, Doan Cam Thi a révélé que Thuân et elle étaient sœurs jumelles, ce qui finalement ne peut que renforcer la bonne entente entre les deux et a fait monter encore l’élan de sympathie du public envers elles.

La réussite de cette soirée doit à la fois à l’érud
ition et à la spontanéité de nos deux invitées. Le public était conquis et j’ai conclu en affirmant que La Fête du Livre « L’Asie des Ecritures Croisées , un vrai roman » avait bien commencé ! Et pour arroser l’événement, un violent orage s’est abattu sur la Cité du Livre d’Aix-en-Provence, envahie rapidement par dix centimètres d’eau qui n’a empêché personne de boire le verre de l’amitié. (N. D.)

mercredi 16 septembre 2009

La rentrée de Maître Kong


Le temple de Confucius en travaux (Pékin, le 17.09.06 - cliché P.K.)

Voici pour réactiver ce blog qui s’était quelque peu assoupi pendant l’été, un conseil de rentrée, de rentrée littéraire s’entend : résistez à toutes les tentations et ménagez vos économies ; surtout ne vous jetez pas sur ces publications au format de poche aux titres engageants qui vous promettent pour seulement quelques euros un Confucius portable et maniable - je pense notamment aux indigestes digests dus à Alexis Lavis, comme Textes essentiels de la pensée chinoise : Confucius et le confucianisme (Pocket, « Agora », 2008) ou Préceptes de vie (Seuil, « Points/Sagesse », 2009). En vous les procurant, vous n’aurez fait qu’épuiser (en vain ?) vos capacités financières et amputer votre quota d'heures réservées à la lecture : sachez que vous aurez besoin des unes et des autres pour réaliser un achat que vous n'aurez pas à regretter et lire un ouvrage qui s’imposera comme une référence pour de longues années encore. Donc si vous préférez au bâclé et à l’anecdotique, le consistent et l’intemporel, mettez vite de côté les quelque 50 € que vous devrez débourser pour vos offrir à partir de la mi-octobre le volume n° 557 que la « Bibliothèque de La Pléiade » (Gallimard) consacre aux Philosophes confucianistes.

Pour ce que j’en sais grâce au Bulletin n° 479 (sept-oct 2009) diffusé par l’éditeur et consultable en ligne, le volume dirigé par Charles Le Blanc et Rémi Mathieu - à qui, souvenez-vous, nous devons le deuxième volume des Philosophes taoïstes de la même collection (n° 494, 2003) - fournira avec, j'en suis sûr, un appareil critique aussi riche que rigoureusement établi, des traductions nouvelles des ouvrages suivants :
  • Les Entretiens de Confucius (Lunyu 論語)
  • Meng zi 孟子
  • La Grande Etude (Daxue 大學)
  • La Pratique équilibrée (Zhongyong 中庸)
soit, un siècle après Séraphin Couvreur (1835-1919), une intégrale des Sishu 四書 ou Quatre livres.

Ce corpus est augmenté de deux titres déjà connus en traduction, mais qui vont retrouver une nouvelle jeunesse grâce à leur mise en dialogue avec les précédents :
  • Le Classique de la Piété filiale (Xiaojing 孝經) dont les Editions du Seuil (coll. « Classique en images », 2009) recycle sous un emballage élégant une traduction fort décevante (de Roger Pinto) déjà publiée en collection « Sagesse » en 1998 ---- ce volume qui portait le n° Sa131 vaut surtout pour le facsimile de la traduction de 1779 du Père Cibot (1713-1780) par ailleurs consultable en ligne sur Gallica et qu’on peut lire gratuitement grâce à Pierre Palpant [NB. Les Quatre livres par Couvreur sont aussi disponibles de la même manière].
  • Xun zi 荀子 que Ivan P. Kameranovic avait, voici déjà plus de vingt ans (1987) , fait connaître au public français dans un volume de la collection « Patrimoines - confucianisme » du Cerf.
Souhaitons que le public français saura faire un bon accueil à cette somme longtemps attendue et qu’elle réussisse à mettre un frein, sinon un point final, à l’exploitation éhontée des traductions anciennes de Couvreur et des autres pionniers de la sinologie française, lesquelles méritent mieux que des récupérations plus ou moins assumées par des éditeurs peu scrupuleux, désireux avant tout de capter à peu de frais l’intérêt grandissant de nos contemporains pour les paroles des sages la Chine ancienne.



Je reviendrai naturellement sur ce volume le plus tôt possible --- et ne manquerai pas de vous parler de la traduction du plus fameux des ouvrages de Yu Dan 于丹 attendue aux Editions Belfond (Collection « Esprit ouvert ») sous le titre un rien accrocheur suivant Le bonheur selon Confucius : petit manuel de sagesse universelle, et dont la sortie coïncidera avec celle de ce volume Pléiade !

D’ici-là, je vous aurai fait part des nombreuses et passionnantes activités en préparation par notre équipe avec, pour premier moment fort, la tenue à Aix-en-Provence d’un colloque sur le « Roman en Asie » (15 et 16 octobre, Université de Provence) pendant la Fête du Livre (15-18 octobre 2009). Maître Kong peut bien attendre encore un peu ; du reste son retour au Collège de France dans les cours d’Anne Cheng n’est prévu que pour le 3 décembre prochain. (P.K.)

samedi 5 septembre 2009

Apéritif aixois

Vous le savez déjà, notre équipe va tenir un colloque international sur le thème du « Roman en Asie et ses traductions », les 15 et 16 octobre, et vous n'avez pas oublié que cette manifestation s’insérera dans un ensemble d’activités (expositions, rencontres, cinéma) qui dureront du 15 au 18 octobre et qui constitueront la Fête du Livre 2009 consacrée aux écritures d’Asie.

Pour sensibiliser le public aixois à cette nouvelle édition de la Fête du Livre, une rencontre est prévue le 15 septembre prochain, à 18h30, salle Armand Lunel de la Cité du Livre. Elle vous permettra de voir et d'entendre trois acteurs des journées à venir : il s'agit de Thuân dont il fut question à plusieurs reprises sur ce blog, notamment grâce à la traductrice de Chinatown, Đoàn Cầm Thi ; elles interviendront en compagnie de Noël Dutrait qui sera alors en mesure de donner des indications plus précises sur la pléiade d'auteurs qui viendra, un mois plus tard, parler de leur manière de pratiquer l'art romanesque.

dimanche 30 août 2009

Traduit du coréen (008)

de Lee Seung U (이승우),
traduit par Ko Kwan dan (고광단) et Jean-Noël Juttet.
Zulma, 2000

Nous vous avions proposé, il y a peu de temps, dans ce même blog, La vie rêvée des plantes (Zulma, réédition Gallimard, collection « Folio », 2009) de l'écrivain coréen Lee Seung U, paru en 2007. Pour les lecteurs qui auraient découvert Lee Seung U avec ce livre, le deuxième traduit en français, il faut prévenir que L'envers de la vie, son premier livre est un livre bien différent. Ecrit en 1992, par un écrivain alors presque débutant, ce livre passé un peu inaperçu à l'époque, confirme (curieuse confirmation d’ailleurs au plan chronologique) que Lee Seung U est aujourd’hui un auteur de tout premier plan.

L'envers de la vie de Lee Seung U, auteur que nous devrions bientôt voir à Aix-en-Provence, débute par une préface de l'auteur qui nous a fait reculer d'autant, le moment de rentrer dans la lecture du roman. Certes, les questions qui y sont traitées, possibilités et limites de la littérature, sont intemporelles, mais forment sous la plume de Lee Seung U une véritable déclaration d'intention :

Que faire lorsque le chemin paraît sans issue ? Le plus simple, le plus facile, est de s'arrêter, de ne plus bouger. Mais si le destin veut qu'on avance ? Il ne reste plus qu'à rentrer dans la vase en se disant qu'on n'a pas le choix. Mais la vase peut être plus profonde qu'on ne pensait. Alors, au lieu d'avancer, on reste là, le corps entier pris dans la fange. Je songe au cruel destin de celui qui n'a pas d'autre issue que de rentrer dans la vase.

Cette impérieuse nécessité de l'écriture, au risque de l'absurde, n'est autre que la volonté de rendre indistincte vie réelle et vie fictionnelle, vie d'auteur et vie d'homme, et de brouiller les pistes au point que l'on n'ait plus à lui demander s'il s'agit d'un roman autobiographique :

Tout roman est fiction, mais une fiction qui révèle la vérité [..] C'est un chaos fabriqué qui organise le chaos de la vie.

Ou encore (page 89) :

[..] C'était le délicat problème de l'expression et des limites de l'imagination dans la création artistique.

Cette déclaration conditionne la construction même du roman, faite de couches superposées d'un narrateur/auteur/voyeur. L'histoire est simple : un journaliste refuse dans un premier temps de faire un article sur un auteur, au motif qu'il a lu peu de choses dudit auteur (voilà qui prête déjà à réflexion) et qu'il n'a de toutes façons aucune envie de parler d'un auteur sans pouvoir parler de son œuvre. Pourtant, le narrateur cède à une pression amicale et finit par accepter le travail proposé. Il va mener une enquête sur Pak Pukil, écrivain célèbre, qu'il rencontrera à deux reprises. Le principe de l'enquête permet de superposer des faits attestés, des propos recueillis, auxquels le narrateur rajoute des textes de l’auteur sur lequel il enquête.

Ces couches successives, notamment les extraits de textes qui font office de flash-back cinématographique, déroutent et obligent à une certaine vigilance dans la lecture. Sommes-nous dans la réalité ou dans la fiction?

Ce n'est pas vrai qu'on écrit par instinct d'exhibition. [...] On écrit pour altérer la réalité. Celui qui est satisfait du monde comme il va n'a nulle envie d'écrire.

D’autant que Lee Seung U mêle les références littéraires, Gide et Dostoievski surtout, les extraits fictifs de romans et les propres observations et commentaires de l'enquêteur/narrateur. L'utilisation de titres de romans (Gide, Les nourritures terrestres) et les extraits de livres, y compris d'un texte du roman que nous sommes en train de lire, multiplient les pistes de lecture. La narration place habilement le narrateur dans une position d’ambiguïté, dans une fausse distance au sujet, contraint d’observer et de rapporter en toute indépendance, et dans le même temps, comprendre les raisons d'écrire de Pak Pukil, voire les partager. Procédé d'écriture intéressant qui contribue à épaissir le mystère qu'il se propose d'éclairer.

Cette habile construction est bien servie par la traduction et par la mise en page, avec une mise en exergue des extraits de textes en caractères plus petits (ce que ne fait pas l'exemplaire original en coréen) et qui oblige à de fréquentes pauses de lecture.

Mais ce faisant, l'enquêteur d’abord réticent, tout en déroulant la biographie de Pak Pukil, est en train d'écrire son propre livre, par lequel il va tenter de comprendre le monde intérieur de l'écrivain. Et le monde intérieur de Pak Pukil n'est pas loin de nous rappeler le marécage entrevu dans la préface. Enfant délaissé, à la recherche d'un père absent, en réalité enchaîné comme un animal dans une baraque humide, sa mère sommée de quitter la maison (on la retrouvera plus tard, avec un pasteur protestant puis avec un sévère fonctionnaire de police). Pour Pak Pukil, ce sera le moment du départ, qu'il marque en mettant le feu à la tombe de son père décédé depuis peu. Ce départ de la maison est la condition par laquelle il pense pouvoir advenir :

Qui ne s'arrache au marécage ne verra jamais le monde.

Ce départ combine adroitement les références au père mort, au désir du fruit défendu, ici un kaki, au monde des autres à qui Pak Pusil ne cesse de vouloir régler les comptes :

Il ne se comportait pas comme les autres. Il ne pouvait accepter « l'affreuse réalité »...

Les hommes me font peur. Face à eux, je suis d’une immense maladresse. Et on ne pardonne pas la maladresse. [...] ce dont je me souviens d’abord, c’est de la pauvreté, plus cruelle encore que la solitude; puis de cette hargne constante que j’éprouvais contre le monde.

Pourtant, ce monde des autres est ici encore traité avec ambiguïté. Il se tient loin des autres, préférant les coins sombres et parfois humides, pour lire tout ce qui lui tombe sous la main. Ce qui ne l’empêchera pas de s’écrier par ailleurs :

Brûle les livres, tous les livres. Tu m’entends ? Je dis : brûle-les-tous ! A quoi ca sert le droit, la philo, hein ? Ça sert à rien du tout. Tu sais combien ça mesure la pine d’un phoque ? Fais pas semblant de pas entendre, petit con...

Les autres, la politique, la solidarité durant les années d’oppression en Corée, la religion ne trouveront aucune grâce, aucune chance de rédemption, pas même l’amour qu’à deux reprises il ratera. L'envers de la vie est un livre aux accents gidiens et parfois spinoziens, à plusieurs reprises proche de l'essai, qui explore les limites du monde intérieur, la solitude, la création, le destin et la capacité de chacun à le forcer ou non.

Il faut absolument lire ce livre.

Lee Seung U est né en 1959 à Jangheung en Corée du sud. Il est l’auteur de 7 romans et recueils de nouvelles.

Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo