vendredi 19 octobre 2007

Etudier et réfléchir

L'ouvrage dont la belle couverture sert d'illustration à ce billet ne va pas - et c'est naturellement très triste - causer un grand émoi dans la vie éditoriale chargée de cette fin 2007. Du reste, vous allez - et c’est compréhensible - devoir le réclamer à votre libraire pour pouvoir mettre la main dessus. A cette fin, en voici les références complètes :
Jacques GERNET,
Société et pensée chinoises aux XVIe et XVIIe siècles.
Résumés des cours et séminaires au Collège de France.
Chaire d'histoire intellectuelle et sociale de la Chine (1975-1992)
.
Paris : Collège de France/Fayard, 2007, 202 p.
Les admirateurs de Jacques Gernet (1921-) et/ou les habitués des cours de la belle institution qu'est le Collège de France ayant eu l'expérience des cours et/ou des séminaires qu'il y donna entre 1975 et 1992, à la tête de la chaire d'Histoire sociale et intellectuelle de la Chine, ne peuvent que ce réjouir de cette publication. Certes les résumés (publiés annuellement dans les annuaires du Collège) ne sont pas inédits, mais leur réunion dans un volume élégant et pratique qui rend encore mieux palpable la matrice d'un enseignement lumineux, porteur de tant d'observations, de pistes et de visées pénétrantes est plus que simplement « utile » (p.7). C’est du reste, à peine si on ose faire remarquer qu'il manque à ce livre savant les caractères chinois, et aussi une bibliographie des travaux de l'auteur. On compensera cet oubli par la consultation de celle qui figure sur le site du Collège, et par les informations fournies par la Société Asiatique, l'Académie des inscriptions et belles-lettres dont Jacques Gernet est un distingué membre. (Voir aussi ici)

La quatrième de couverture emprunte à un avant-propos que l'auteur a signé voici plus de deux ans, en juin 2005 :
« La Chine est le pays des livres, de sorte que, pour la connaître, on ne lit jamais trop de textes chinois originaux. C’est cette conviction et une volonté d'analyse qui ont inspiré mon enseignement au Collège de France, institution sans égale au monde qui unit la plus grande liberté à l'ardente obligation d'apporter sans cesse du nouveau. Comme disait un sage que les jésuites ont nommé Confucius, « Etudier sans réfléchir est vain ; réfléchir sans étudier est dangereux ». [Lunyu 論語, II.15 : 子曰。學而不思則罔。思而不學則殆。] La diversité des courants de pensée du XVIe siècle, la critique d'un système politique et d'une société en pleine décadence, le grand désarroi provoqué par l'invasion mandchoue de 1644 et ses conséquences m'ont paru faire de cette période l'une des plus intéressantes de l'histoire de la Chine. C'est aussi le moment où entrent véritablement en contact deux univers qui s'étaient ignorés jusqu'alors et qui n'étaient guère faits pour s'entendre : l'Europe de la Contre-Réforme et un monde qui eut ses propres itinéraires politiques, sociaux et intellectuels, en un mot sa propre histoire, aussi mouvementée que la nôtre. »
De son enseignement au Collège de France, poursuit-il (p. 8), « sont nées quatre publications : sur les méprises entre jésuites et Chinois au XVIIe siècle [Chine et christianisme. Action et réaction. Paris : Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 1982], sur le personnage si attachant de Tang Zhen [唐甄](1630-1704) [Ecrits d'un sage encore inconnu. Paris : Gallimard/Unesco, « Connaissance de l'Orient », n° 73, 1991], une étude sur l'éducation de la petite enfance du XIe au XVIIe sièclesL'éducation des premières années (du XIe au XVIIe siècles) » in Christine Nguyen tri, Catherine Despeux (eds.), Education et instruction en Chine. I. L'éducation élémentaire. Paris/Louvain : Centre d'études chinoises/Editions Peters, 2003, pp. 7-60], et, pour finir, un essai sur la philosophie de Wang Fuzhi [王夫之](1619-1692) [La raison des choses. Essai sur la philosophie de Wang Fuzhi (1619-1692). Paris : Gallimard, « Bibliothèque de Philosophie », 2005], dernier produit de lectures prolongées après ma retraite. »

On devrait aussi ajouter à cette liste L'intelligence de la Chine. Le social et le mental (Paris : Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 1994) qui reprend dans des versions parfois remaniées deux douzaines d'articles dont le plus ancien date de 1955 ; et aussi, l'article paru tout récemment dans La pensée en Chine aujourd'hui (Anne Cheng (ed.), Paris : Gallimard, « Folio essais », 2007, pp. 21-46) : « La modernité de Wang Fuzhi ». Et pourquoi se priver de signaler à ceux qui ne l'aurait pas encore lu La vie quotidienne en Chine à la veille de l'invasion mongole (1250-1276) (Paris : Hachette, 1959) qui constitue un modèle de vulgarisation du savoir sinologique. Bien naturellement, comment oublier que Jacques Gernet est également l'auteur du Monde chinois (Paris : Armand Colin, « Destins du Monde », 1999, 699 pages), synthèse magistrale, jamais détrônée depuis sa première édition en 1972, et auquel un passage en format de poche (Paris : Pocket, « Agora », 2006, 380 + 378 + 190 p.), même avec la disparition des index avec leurs caractères chinois et sa division en trois tomes ne devraient pas nuire. Il s'est imposé dans la durée et s'affirme encore plus aujourd'hui face à une concurrence indigente : outre José Frèches (Il était une fois la Chine : 4500 ans d’histoire, XO, 2006), on peut, depuis peu, aussi trouver « une histoire conforme à l’image que les Chinois se font de leur passé » grâce à Xavier Walter (Petite histoire de la Chine, Eyrolles, 2007) ! Mais ne nous égarons pas.

Il est vrai que la connaissance de la Chine a ses exigences. Dans la préface qu’il donna au Dictionnaire de la civilisation chinoise (Paris : Encyclopædia universalis / Albin Michel, 1998. p. 5), Jacques Gernet écrivait justement :
« Si méprisée au XIXe siècle pour la faiblesse et ses prétentions, la Chine est devenue une des grandes puissances de notre temps. Certains diront que, enfin éveillée d'un long sommeil, elle s'est mise à notre école. Et s'ils veulent bien admettre qu'elle a connu « une civilisation raffinée », son passé, tenu pour immuable, n'a guère pour eux d'autre intérêt que de faire ressortir notre supériorité. C'est oublier que nous lui devons, dans notre développement même, des apports décisifs, ignorer que la Chine actuelle [...] est l'héritière et le produit de profondes transformations sociales et politiques, de mélanges de populations, d'influences multiples qui se sont exercés sur elle au cours de quatre millénaires (bien plus encore si on y ajoute, comme on peut le faire aujourd'hui, le Néolithique à partir de 5000 avant notre ère) ; c'est méconnaître, enfin, l'extrême diversité de ses régions, et que, en s'étendant dans l'ensemble de l'Asie orientale, sa civilisation a contribué à la formation d'une très large partie de l'humanité.» Et plus loin : « L'Occident n'a [...] pas cessé de proclamer sa propre gloire et de croire à son triomphe universel. Tout se passe comme si, en dehors de lui, il n'y avait ni histoire ni pensée qui vaillent, comme si la connaissance d'une humanité qui diffère de la nôtre par tout son passé, ses œuvres, ses conceptions du monde et de l'homme n'était que curiosité exotique. Il suffit pour s'en convaincre de considérer la place qui est faite, dans nos organismes de recherche et notre enseignement, à l'histoire des formes sociales, religieuses et politiques, des arts et des lettres, des traditions techniques, scientifiques et intellectuelles de la Chine. »
Pour ce qui concerne le Collège de France, la Chine a été défendue par 9 professeurs des 718 qui y ont officié depuis sa création en 1530 :

ABEL-RÉMUSAT Jean-Pierre (1788-1832)
Langue et littérature chinoises et tartare-mandchoues (1814-1832)
JULIEN Stanislas (1799-1873)
Langue et littérature chinoises et tartare-mandchoues (1832-1873)
HERVEY DE SAINT-DENYS Léon D’ (1823-1892)
Langue et littérature chinoises et tartare-mandchoues (1874-1892)
CHAVANNES Édouard (1865-1918)
Langue et littérature chinoises et tartare-mandchoues (1893-1918)
MASPÉRO Henri (1883-1945)
Langue et littérature chinoises (1919-1945)
DEMIÉVILLE Paul (1894-1979)
Langue et littérature chinoises (1946-1964)
STEIN Rolf Alfred (1911-1999)
Étude du monde chinois : institutions et concepts (1966-1981)
GERNET Jacques (1921-)
Histoire sociale et intellectuelle de la Chine (1975-1992)
Pierre Etienne WILL (1944-),
Histoire de la Chine moderne (1991-)

Société et pensée chinoises aux XVIe et XVIIe siècles échappe naturellement à toute tentative de résumé. En voici, en guise de conclusion momentanée, le dernier paragraphe, lequel s'achève sur une appréciation bien pessimiste :
« Au cours des années précédentes, j'ai tenté d'analyser les premiers contacts, encore très superficiels, qui s'étaient établis au début du XVIIe siècle entre l'Europe et la Chine par l'intermédiaire des missionnaires jésuites. Les causes profondes aussi bien qu'immédiates des malentendus et des erreurs d'interprétation qui avaient été dégagés restent en partie valables de nos jours. Malgré d'apparentes analogies avec ce qui nous est plus familier, la Chine est bien un autre monde pour qui cherche, au prix de longs et patients efforts, à y pénétrer véritablement. On voit bien ce que pourrait gagner, dans tous les domaines, un véritable comparatisme à l'étude des données chinoises. La mine est inépuisable et presque vierge encore. Mais la mode n'est plus aujourd'hui, semble-t-il à la connaissance des civilisations et à l'histoire de leur relativité. » (p. 200).
Tentons, chacun à notre modeste niveau et selon nos capacités, de faire mentir le grand sinologue et de relever ce défi qui implique de se livrer avec autant de détermination à l'étude et à la réflexion. (P.K.)

mercredi 17 octobre 2007

Gens de Séoul 1919


Le Théâtre National de Marseille vient de donner une quinzaine de représentations de la pièce Gens de Séoul 1919, second épisode de la saga des Shinozaki, riche famille de papetiers japonais installés en Corée. L’auteur, Ozira Hirata 平田オリザ est l’un des chefs de file du théâtre contemporain japonais. (Voir sur ce blog, le billet du 26/09/2007).

Ecrite en 1989, Gens de Séoul 1909 (Oriza Hirata, Gens de Séoul 1909, traduction Rose-Marie Makino-Fayolle, Editions les Solitaires Intempestifs, 2000) relatait une journée de la famille Shinozaki, en 1909, un mois avant l’annexion de la Corée par le Japon. Gens de Séoul, 1919, la suite, (Oriza Hirata, Gens de Séoul 1919, traduction Rose-Marie Makino-Fayolle, Editions les Solitaires Intempestifs, 2007) relate une autre journée des Shinozaki, le 1er mars 1919. Entre ces deux dates, 10 ans d’occupation japonaise, d’asservissement économique, politique et culturel de la Corée, alors un seul pays.)

Séoul, ce 1er Mars 1919. De la ville partout accourt une foule joyeuse. Près du parc Pagoda Kongwon, en plein centre-ville, dans le restaurant T’aehwa’gwan, 33 représentants du peuple coréen, dont le célèbre poète Han Yong-Un 韓龍雲 (1879-1944), signent le texte de la déclaration d’indépendance de la Corée et le portent aux autorités japonaises. Ils sont immédiatement arrêtés.

Séoul, ce 1er Mars 1919. Dans la maison des Shinozaki, c’est une journée ordinaire qui s’annonce. Les minuscules préoccupations s’opposent à l’ennui, la maladie du père ou la venue d’un sumo, aussi lourd que lâche. Dans ce décor sommaire, les colons japonais ponctuent le morne quotidien de thé et de gâteaux. Au dehors, le bruit gronde. Les entrées successives des membres de la famille ou des domestiques font diversion, marquées par la même interrogation :
Kichijiro - Ah, Mioku, ça, c’est quoi ?
Kim Mioku - Eh ?
Kichijiro – Cette espèce de défilé des coréens […]
Kim Mioku – Justement, sans doute que les coréens vont prendre leur indépendance.
Oshima - Leur indépendance par rapport au Japon ? […] Mais pourquoi ?
Kichijiro – Parce que c’est leur pays.
Oshita – C’est de l’égoïsme, ça.
Fukushima – Oui.
Oshita – Du dadaïsme même.
Le ton est donné. L’absurde recouvre d’humour féroce le réel incompris. Oui, surréaliste cette demande d’indépendance ! Intéressante association entre dadaïsme né quelques années plus tôt (1916) et liberté ! Depuis Tôkyô, les étudiants et intellectuels coréens ont proclamés l’indépendance de la Corée. A Séoul, la foule s’apprête à assister aux funérailles du roi Kojong. Les manifestations s’organisent et la rumeur court. A l’intérieur de la maison Shinozaki, les maîtres parlent des bienfaits de la colonisation aux domestiques coréens, tandis que les épouses se pressent pour caresser le ventre du sumo. Chaque apparition de personnage tente d’expliquer l’agitation de la ville :
Oshita – Alors, c’est une fête finalement ?
Iwamoto – Laquelle ?
Oshita – La fête du printemps […]
Iwamoto - C’est pas déjà le printemps, il y a encore de la neige.
Oshita - Oui alors, la fête de la neige
Gens de Séoul 1919 repose sur ces multiples décalages, dont parle Franck Dimech, le metteur en scène. Décalage entre les générations, les premières qui ont colonisé la Corée et les plus jeunes qui, repues et désabusées, rêvent de la « métropole » (Tôkyô). Décalage entre le grand frère, forcément autoritaire, et la petite sœur, à propos de son remariage, décalage avec le jeune frère aussi, poltron et fils adultérin. Décalage entre ce Japon en effervescence et la vie bien trop ennuyeuse de colon. Décalage entre le faux altruisme colonial et l’humilité des domestiques coréens.

Oriza Hirata superpose magistralement l’aveuglement et la cécité de la famille Shinozaki aux évènements en train de se produire. Quand Séoul gronde de colère, la famille Shinozaki s’occupe activement de l’organisation du spectacle de sumo, ce sumo qui s’enfuira plus tard pour les îles du sud car on y aime plus les gros, tandis qu’au Japon, il n’y a pas assez de place pour les gros. Chaque personnage vient témoigner de sa stupeur et de son incompréhension :
Yamashina – Me voici de retour. […]
Kenichi - Comment c’était ?
Yamashina – Aah, terrible vous savez, heu…[…] La ville est pleine de coréens. […]
Ryoko – Mais il y en a toujours plein de coréens, non ? […]
Kenichi - (lisant le tract rapporté par Yamashina) Il y a écrit : Indépendance de la Corée.
(Les autres doutent de sa bonne compréhension de l’alphabet coréen)
Ryoko – Mais peut-être que c’est écrit : Pas d’indépendance.
Cet égarement de la raison (Leonardo Sciascia aurait parlé de défaite de la raison) est porté par la magnifique concision du texte, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle qui dit vouloir respecter l’écriture de l’auteur Oriza Hirata, au point de « traduire mot à mot jusqu’où [elle] peut aller dans la souplesse de sa propre langue ». Une écriture précise, nerveuse, donnant un sens profond aux hésitations, aux formules de politesse maintes fois répétées, aux onomatopées et interjections qui balisent le texte.

La mise en scène prend son temps, dans un décor minimal. Des paravents partagent la pièce principale des autres parties de la maison. Ils masquent un couloir étonnamment long qui fait de chaque entrée de personnage, un moment attendu. Le jeu des acteurs est tout en retenue, en gestes freinés et pas glissés sur un sol de bois, souvent souillé par le thé renversé ou cette pastèque, symbole de la Corée, découpée au katana (sabre japonais) avant d’être engloutie bruyamment par le sumo.

Gens de Séoul 1919 est construit sur un procédé intéressant qui fait valoir le point de vue de l’oppresseur. Ce point de vue dominant est sans répartie possible côté coréen, sinon par les domestiques qui vont s’effacer peu à peu, jusqu’à annoncer leur ralliement au cortège des manifestants. Un choix d’écriture qui ramène les Coréens, domestiques aux noms japonisés, à ne prononcer que des formules de politesse, des excuses, des interjections. Hirata ne traite pas cette période d’une manière tragique (ce qu’elle a été), s’attachant plutôt à montrer les traits de la colonisation, la morgue des colons, le racisme ordinaire, puis la stupeur et l’ingratitude pour cette colonisation qui n’arrive pas à se décrire autrement qu’inéluctable.

Le 1er mars 1919, jour de l’indépendance, ce mouvement pacifique, dont André Fabre, (La grande histoire de la Corée, Favre, Lausanne, 1988) dira qu’il est le précurseur des mouvements pacifistes, bien avant celui de Ghandi, sera suivi d’une terrible répression qui fera 7 000 morts, 15 000 blessés et 40 000 emprisonnés.

2H20 et 17 acteurs plus tard, les spectateurs applaudissent de longues minutes cette pièce qui réussit sans jamais sombrer dans la morale, sans héros ni figure marquante, à monter par petites touches les rapports entre ceux qui vivent en pays conquis et les exploités.

Si Oriza Hirata devait poursuivre la saga, peut-être que la pièce à venir débuterait par le même rire désespéré de Kichijiro, un rire désespérément long, qui nous a tétanisés tandis que les lumières baissaient et que la famille réunie dévorait à belles dents, dans de grands slurp, les restes de la pastèque.

Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo

NB. Pour les retardataires, nous apprenons que la pièce sera donnée aussi les 19 et 20 octobre 2007 à Aubagne (Voir ici).

vendredi 12 octobre 2007

Réponse à la devinette (007)

La réponse à la septième devinette va me donner l'occasion de signaler un ensemble de livres qui rendent enfin justice à l'œuvre de Judith Gautier (1845-1917) qui était, Françoise P, L[iliane] D[utrait] l'avaient, entre autres, deviné, l'auteur du passage retenu. Ce n'était évidemment pas si facile que cela à trouver, j'en conviens, alors, bravo ! Mesdames.


La renaissance de Judith Gautier.

Son œuvre est, on doit le reconnaître, tombée dans un quasi-oubli ; sa vie et son parcours, à peine moins, et ceci malgré pas moins d'une demi-douzaine d'ouvrages qui ont fait revivre celle dont le poète, romancier, peintre et critique d'art Théophile Gautier (1811-1872), son père, a - ou aurait - dit : « C'est le plus parfait de mes poèmes ». Mais que cela soit la thèse de Mathilde Dito Camacho soutenue en 1939 (« Judith Gautier : sa vie et son œuvre »), Quinze ans auprès de Judith Gautier de Suzanne Meyer-Zundel (Porto, 1969), Théophile et Judith vont en Orient de Denise Brahimi (Paris, 1990), Judith Gautier de Joanna Richardson (Traduit par Sara Oudin, Paris 1989) ou La vie de Judith Gautier : égérie de Victor Hugo et de Richard Wagner d'Anne Danclos (Paris, 1990, 1996), les livres qui nous parlent d'elles sont soit épuisés, soit difficilement trouvables.

On doit donc se réjouir de la parution toute récente de Judith Gautier : une intellectuelle française libertaire, 1845-1917, traduction française par Daniel Cohen de Judith Gautier: Writer, Orientalist, Musicologist, Feminist (Hamilton Books, 2004). Cet ouvrage de Bettina Liebowitz Knapp qui vient de sortir à L'Harmattan (Collection, « Espaces littéraires », 420 pages) est présenté sous un jour très engageant (ici) :
« La légende est solide : elle retient de Judith Gautier sa beauté et ses amours ; s'il ne s'était agi que de Catulle Mendès, la postérité aurait oublié. Mais Victor Hugo et Wagner, deux géants, l'ont associée, au moins par ricochet, à leur épopée. Fille de Théophile Gautier, l'un des écrivains les plus éblouissants du 19e siècle, elle a de qui tenir quand, blessée dans son orgueil par le priapique Mendès, elle se réfugie dans l'écriture. Elle offre une série inoubliable de titres qui établirent sa renommée. S'éteignant, un soir d'hiver, pendant la Première Guerre mondiale, elle passe pour l'une des femmes les plus libres ; cette liberté elle l'a acquise grâce à une intelligence célébrée par les plus exigeants, grâce aussi à ses combats ; en une époque où le style avait un sens, ses ouvrages paraissent aujourd'hui comme autant de bijoux rares. Notre millénaire bruissant de désirs « multiculturels » vrais ou prétendus, elle est, il y a plus de cent vingt ans, la romancière audacieuse qui ose interroger les mythes de peuples lointains : ils occupent, de nos jours, une place prépondérante : l'Inde, le Japon, la Chine, l'Iran... Sur cette femme somptueuse et qui, par un rare don de précurseur, a su allier art et pensée, il manquait une biographie qui mettrait en parallèle la vie et l'oeuvre. Bettina L. Knapp s'en acquitte avec maestria. »
Voilà qui devrait encourager à lire Judith Gautier dans le texte, mais comment faire ? Qui ne voudra pas abandonner ses économies aux bouquinistes, devra se diriger vers une bibliothèque ou, sans même sortir, pointer sa souris en direction de Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale de France qui propose pas moins de onze de la trentaine de titres qu'elle a signés, seule ou en tandem : La conquête du paradis ; La fille du ciel : drame chinois (composé avec Pierre Loti, 1850-1923) ; La soeur du soleil : l'usurpateur ; Le collier des jours : le second rang du collier, souvenirs littéraires ; Le collier des jours : souvenirs de ma vie ; Les musiques bizarres à l'Exposition de 1900 ; Les peuples étranges ; Les princesses d'amour (courtisanes japonaises) et Lucienne y sont proposés en mode image et téléchargeables en format pdf à volonté et gracieusement.

Les fortunés amateurs de beaux livres, quant à eux, seront heureux d'apprendre qu'à Tôkyô, on se soucie aussi de l'œuvre de Judith Gautier et qu'on en publie le meilleur dans une belle édition aussi difficile à acquérir, qu'onéreuse [¥128,000, soit à peu près 850 €] :

Le Japon et la Chine dans les œuvres de Judith Gautier ジュディット・ゴーチエ-日本・中国趣味著作集, choisis et avec une introduction de Brigitte Koyama-Richard 小山ブリジット[professeur en la littérature comparée et en histoire de l'art à l'université Musashi 武蔵大学 de Tôkyô et qui a déjà publié plusieurs ouvrages sur le Japon dont Japon rêvé : Edmond de Goncourt et Hayashi Tadamasa (Hermann, 2001)] (Edition Synapse, 2007) soit 2800 pages en 5 volumes plus un volume supplémentaire de 130 pages proposant les Poèmes de la libellule 蜻蛉集, traduits du japonais d'après la version littérale de M. Saionzi, illustrés par Yamamoto. Paris: Gillot, 1884.

Voici le détail de cet ensemble de fac-similés d'éditions originales ou anciennes :
  1. « Introduction » de Brigitte Koyama-Richard ; Le dragon imperial : Roman chinois (1869) [Colin, 1900 ; Aventures de Momotaro: Très ancienne légende japonaise, traduction et adaptation de Judith Gautier, illustrations du peintre japonais R. Isayama. [Falières]
  2. La sœur du soleil (L'usurpateur) (1875) [Dentu & Cie., 1887] ; La marchande de sourires [G. Charpentier et Cie., 1888]
  3. Fleurs d'orient [Colin, 1893] ; La Musique japonaise à l'exposition de 1900 [Paul Ollendorff, 1900] ; Les princesses d'amour [Société d'éditions littéraires et artistiques, 1900]
  4. Le paravent de soie et d'or [Charpentier et Fasquelle, 1904] ; La fille du ciel (avec Pierre Loti) [Calmann-Levy, 1911]
  5. Le Japon (Merveilleuses histoires) [Les Arts Graphiques, 1912] ; En Chine (Merveilleuses histoires) [Les Arts Graphiques, 1912] ; Les parfums de la pagode [Charpentier et Fasquelle, 1919]
Avant d'en revenir à nos moutons - la devinette -, je voudrais juste signaler que l'auteur du Livre de Jade, joliment réédité à l'Imprimerie Nationale (collection « La salamandre », 2004, 227 pages), a été la vedette d’Une vie, une œuvre sur France Culture. De la diffusion du 15 avril 2007, il ne subsiste qu'une page de présentation agrémentée d’une riche bibliographie et de liens internet utiles (c’est ici). Quant au portrait qui illustre ce billet, il s'agit d'un détail d'un document qui prouve que Judith Gautier savait écrire le chinois. On peut le consulter ici ou encore .


On le voit sur cette dernière illustration, l'ouvrage que j'ai utilisé pour vous faire cogiter (grâce à Gallica, ici), En Chine, parut en 1911 aux Editions des Arts Graphiques (Vincennes). C'est un des volumes de la collection « Les beaux voyages », dont Judith Gautier signa, la même année un volume sur Le Japon. Chacun des volumes reçoit, entre parenthèses, un sous-titre qui a valeur de programme, « Merveilleuses histoires », et un jeu d'une douzaine d'illustrations en couleur, plus une carte.

Comme le souligne l'Académicien Jean Aicard (1848-1921) dans sa préface, Judith Gautier de l'Académie Goncourt, (de 1910 jusqu'à sa mort) est la personne la mieux à même de présenter ces lointaines contrées :
« Personne ne pouvait mieux qu'elle parler de cette Chine « qui a inventé tout ou presque tout, à une époque des plus reculés ». ... [Elle] nous parlera des mœurs, des usages, de la poésie de ce pays où une justice extraordinaire, qui paraît se complaire à inventer les supplices les plus hideux, permet aux criminels les plus redoutables, lorsqu'ils sont condamnés à mort, de s'acheter un remplaçant parmi les citoyens pauvres et honnêtes. »
Je vous laisse découvrir la suite de ce texte liminaire qui finit dans une envolée patriotique des plus déplacées en regard du sujet traité - « C'est encore en France qu'on est le plus libre, et le moins malheureux » -, et lire ce volume par bribes ou dans son ensemble : il restitue l'image que l'on se faisait de la Chine en ce début de siècle, image dessinée par quelqu'un de relativement bien informé, mais qui ne s'est rendu en Chine que par procuration. Les carences de son information tiennent sûrement aux limites de la connaissance sinologique de son temps, mais aussi à celles de son informateur principal, un ancien mandarin chinois, « réfugié politique en France ». Il n'empêche que ces synthèses possèdent le charme de l'approximation datée dans une formulation délicieusement surannée et puis, de temps en temps, des avis bien pesés, comme ici à la fin de l’exposé sur « L’instruction et les Grands Examens » : « Aujourd'hui d'ailleurs, tout va changer, tout change dans cette Chine que les convoitises du monde ont enfin éveillée de son long sommeil. » (voir p. 33 ou ici)



Les Quatre Livres dans une édition de 1886.

Le nez contre le mur !

Si l'auteur du passage était difficile à trouver, le texte qu’elle utilisait était, lui, facile à identifier comme le treizième paragraphe du seizième chapitre du Lunyu 論語, Les Entretiens de Confucius [XVI.13] que voici :
陳亢問於伯魚曰。子亦有異聞乎。 對曰。未也。嘗獨立。鯉趨而過庭。曰。學詩乎。對曰。未也。不學詩。無以言。鯉退而學詩。他日。又獨立。鯉趨而過庭。曰。學禮乎。對曰。未也。不學禮。無以立。鯉退而學禮。聞斯二者。陳亢退而喜曰。問一得三。聞詩。聞禮。又聞君子遠其子也。
Le début du chapitre V (« La poésie », p. 42) de ce En Chine n'en est manifestement pas une traduction, mais plutôt un avatar malheureux, car il fait du fils de Confucius un enfant rebelle, ce que Boyu 伯魚 ne devait pas être. Judith Gautier et ses contemporains disposaient pourtant de plusieurs traductions partielles ou complètes dont deux plus ou moins récentes et honorables : celle déjà ancienne de Guillaume Pauthier (Charpentier, 1845) et la toute nouvelle que Séraphin Couvreur (1835-1919) venait de livrer en 1896 [disponible en ligne grâce à Pierre Palpant, ici]. Voici le passage dans cette traduction qui a fait autorité :
Tch’enn Kang demanda à Pe iu [Fils de Confucius, aussi nommé Li] si son père lui avait donné des enseignements particuliers qu’il ne communiquait pas à ses disciples. Pe iu répondit : — Aucun jusqu’à présent. Un jour qu’il se trouvait seul, comme je traversais la salle d’un pas rapide, il me dit : Avez-vous étudié le Cheu king ? Pas encore, lui dis-je. Si vous n’étudiez le Cheu king, me répondit-il, vous n’aurez pas de sujets de conversation. « Je me retirai et me mis à étudier le Cheu king. Un autre jour qu’il était encore seul, comme je traversais la salle d’un pas rapide, il me dit : Avez-vous étudié le Li ki ? Pas encore, lui répondis-je. Si vous n’étudiez pas le Li ki, dit-il, votre vertu n’aura pas de fondement solide. « Je me retirai et me mis à étudier le Livre des Devoirs. Voilà les deux enseignements que j’ai reçus. Tch’enn Kang se retira satisfait et dit : — J’ai demandé une chose, et j’en ai appris trois ; dont l’une concerne le Cheu king, l’autre concerne le Livre des Devoirs ; et la troisième, c’est que le sage ne donne pas d’enseignements secrets et particuliers à son fils.
Souvent rééditée, parfois dans des versions revues comme celle des Editions Mille et une nuits [n° 156, 2002, sld. Muriel Baryosher-Chemouny], cette traduction a été depuis rejointe par pas moins de trois traductions intégrales de poids. Voici comment le même passage y est traduit [je respecte autant que possible leurs choix de présentation et intègre les notes entre crochets] :
1. Ziqin demande à Boyu [Fils de Confucius] : Votre père ne vous-a-t-il pas enseigné autre chose qu'à nous, disciples ?
Boyu : Pas du tout. Un jour qu'il était seul et que traversais la cour en pressant le pas [En signe de respect], il me demanda si j'avais étudié les Odes. Je lui répondis que non. Il me dit alors : « Comment peut-il seulement parler, celui qui ne les a pas étudiées ? » Je me retirai et me mis à l'étude des Odes.
Un autre jour qu'il était seul et que je traversais la cour, il me demanda si j'avais étudié les rites. Je répondis : « Pas encore. » Il me dit : « Qui ne les a pas étudiés ne s'aurait s'affirmer [A la fois dans ses convictions et dans la société]. » Je me retirai et me mis incontinent à l'étude des rites. Ces deux choses sont tout son enseignement. A sa sortie, Ziqin dit, tout content : J'ai demandé une chose, et j'en ai appris trois. On m'a parlé des odes, des rites, et de la juste distance que l'homme de bien doit maintenir avec son fils [Distance rituelle qui l'empêche de montrer plus d'égards à son fils qu'à ses disciples].

Traduction d'Anne Cheng : Entretiens de Confucius. Paris : Seuil, collection « Points/Sagesses », 1981, p. 132.

2. Chen Ziqin demanda au fils de Confucius : « Votre père vous a-t-il donné desenseignements particuliers ? » L’autre répondit : « Non. Une fois comme il se tenait seul et que je traversais discrètement la cour, il me dit : “As-tu étudié les Poèmes ?” je répondis : “Non. - Si tu n’étudies pas les Poèmes, tu ne sauras jamais t’exprimer.” je me retirai et j’étudiai les Poèmes. Un autre jour, comme il était de nouveau seul et que je traversais discrètement la cour, il me dit : “As-tu étudié le rituel ?” Je répondis : “Non. - Si tu n’étudies pas le rituel, tu ne sauras jamais te tenir.” Je me retirai et j’étudiai le rituel. Tels sont les deux enseignements qu’il ma donnés. »
Chen Ziqin se retira et dit tout joyeux : « J’ai demandé une chose et j’en ai appris trois. J’ai appris quelque chose sur les Poèmes ; j’ai appris quelque chose sur le rituel ; et j’ai appris qu’un honnête homme garde ses distances avec son fils. »

Traduction de Pierre Ryckmans : Les Entretiens de Confuicus. Paris : Gallimard, (« Connaissance de l’Orient », 1987, p. 93) « Folio » n° 4145, 2004, p. 100-101.

3. Chen Kang demandait à Boyu, le fils de Confucius : « Tu as dû tout de même apprendre de ton père des choses différentes de celles qu’il nous enseigne ?
- Non. Une fois qu’il se tenait seul dans la cour que je traversais précipitamment, il m’a demandé si j’avais étudié les Poèmes. Je lui ai répondu : « Pas encore ». « Sans l’étude des Poèmes », m’a-t-il dit, « il te manquera de quoi t’exprimer. »
« Je me suis retiré pour me mettre au travail. Un autre jour où il se tenait seul cette fois encore, il m’a demandé, comme je passais en hâte à travers la cour, « As-tu travaillé les rituels ? » « Non, pas encore », ai-je répliqué. « Sans cette étude tu n’auras pas de quoi tenir ton rôle. »
« Je me suis donc retiré pour m’y appliquer. Ce sont les deux choses que j’ai apprises. »
Chen Kang repartit annoncer tout joyeux à ses condisciples : « Grâce à cette seule question, j’ai appris trois choses : une au sujet du Classique des poèmes, une autre concernant les rituels et j’ai appris en outre que l’homme de qualité tient à distance son fils. »

Traduction d'André Lévy : Confucius, Entretiens avec disciples. Paris, Flammarion, « GF » n° 799, 1994, p. 114.
Il y aurait beaucoup à dire sur les différences de traitement dans les quatre versions de ce passage qui fait un peu pièce rapportée : on peut, par exemple, toujours se demander si Kongzi fait référence à la ‘Poésie’ et aux ‘Rites’ ou seulement aux ouvrages sur la poésie et les rites à une époque où les livres canoniques auxquels on pensent aussitôt - Shijing 詩經 et Liji 禮記 - soit n'existent pas encore, soit n'ont pas encore pris la forme sous laquelle nous les connaissons aujourd'hui, savoir celle des deux Classiques que Couvreur traduisit en 1899, pour le second, Mémoires sur les bienséances et les cérémonies [voir ici et ] et, en 1896, pour le premier, qui est l'ouvrage de poésie par excellence de la Chine ancienne, le Shijing [voir ici]. A chacun de trancher selon son sentiment sans oublier qu'il y a un autre passage du Lunyu [XVII.8 ou XVII 9 & 10 selon les versions - pour le texte voir ici] dans lequel le grand sage s'adresse directement à ses disciples, et à nouveau à son fils, sur le même sujet :
« Mes enfants », dit le Maître, « pourquoi aucun de vous n'étudie les Poèmes ? Le Classique des poèmes apporte stimulation, observation, convivialité et défoulement. Au plus près, il vous aidera à servir votre père, au plus loin, à servir votre seigneur. Vous en saurez long sur le nom de oiseaux, plantes et animaux. »
S'adressant à son fils Boyu, le Maître dit : « As-tu travaillé le Zhou nan [周南] et le Shao nan [召南], les deux premiers livres des Poèmes ? Remplir son rôle d'homme sans les posséder, c'est se tenir le nez contre le mur ! » (A. Lévy (trad.), op.cit., p. 119) [Voir aussi P. Ryckmans (trad.), op.cit., p. 96 & A. Cheng (trad.), op.cit., p. 136]
Il n'en reste pas moins que l'attention portée par Confucius à la poésie doit être d'une nature bien différente de l'attachement passionnel que lui vouait Judith Gautier, traductrice de Li Bai 李白 et de bien d'autres grands poètes chinois, mais ceci est une autre histoire.

Pour conclure cette trop longue réponse à la devinette, je vous en propose une autre, une devinette n° 7 bis : de quels textes s'inspire Judith Gautier pour réaliser l'appendice d'En Chine, « Légendes et contes », qui contient deux courts récits intitulés « L'abeille bleue » et « La Griffre du Roi des Dragons » ? Mais, s'il vous plaît, pas de précipitation. (P.K.)

mercredi 10 octobre 2007

Avatars (001)

J'avais en préparation depuis quelques semaines un billet sur les adaptations en bande dessinée de quelques-uns des ouvrages majeurs de la littérature romanesque et dramatique de la Chine impériale, et nourri le projet de me procurer ces différents albums pour les évaluer. L’actualité théâtrale parisienne me conduit à changer mon plan en m’en tenant à l’un des grands romans chinois, le Xiyouji 西游記. En effet, il y a urgence.


Un Singe à Paris

Si j'en crois la presse, traditionnelle ou en ligne, et la radio (France Musique en l'occurrence) - et pourquoi la remettre en doute ?-, « Monkey : Journey to the West. Les aventures fantastiques du Roi Singe » qui est actuellement donné au Théâtre du Chatelet et ce jusqu'au 13 octobre (!), est l'événement marquant de la rentrée parisienne. Ce spectacle qui « marie l'opéra chinois et la ‘Brit Pop’ » mérite donc le détour.

Pour vous en convaincre, je vous renvoie du reste à l'article que lui a consacré
Pierre Haski sur Rue89.com, article dans lequel il nous dit tout ce qu'il convient de savoir sur le parcours de Chen Shizheng 陈士爭 (1963-), ce metteur en scène chinois qui a quitté la Chine voici 20 ans pour les USA et qu'on connaît en France pour avoir monté en 1999 un très long (19 heures en trois jours) et très esthétique Pavillon aux pivoines [Mudanting 牧丹亭], pièce de Tang Xianzu 湯顯祖 (1550-1617) qu'André Lévy avait traduite pour l'occasion, le tout dans le cadre du Festival d'automne.

Les chanceux qui pourront se rendre à Paris d'ici le 13 et obtenir les billets ad hoc, seraient bien inspirés de nous donner leur sentiment sur cette nouvelle adaptation scénique du roman fabuleux et fabuleux roman qu'André Lévy (encore lui) a traduit pour la « Bibliothèque de la Pléiade » sous le titre de La Pérégrination vers l'Ouest (Gallimard, 1991, 2 vols.). Il semblerait néanmoins que malgré toute l'attention portée à la réalisation de cet opéra d'un genre rare sinon véritablement nouveau, le spectateur éprouve de grandes difficultés à suivre Sun Wukong 孫悟空, alias Singet et ses compagnons de voyage. C'est notamment l'avis de Gilles Renault dans son compte-rendu publié dans le journal Libération du 4 octobre 2007 intitulé « Le Singe d'une nuit d'automne » :
« Très vite, on comprend qu’on ne comprendra pas grand-chose à ce récit philosophico-humoristico-initiatique, centré sur Sun Wukong, le Singe Conscient-de-la-Vacuité, qui, du Palais de cristal au Paradis, croisera le plus improbable des bestiaires, entre porcelet, poisson-volant, princesse-dragon et femme-araignée. Une fois qu’on a fait son deuil de l’intrigue, ... »
En effet, on reproche en général au metteur en scène d'avoir plus servi l'action scénique [voir ici] que l'histoire. Qu'importe diront ceux qui se presseront aux portes du Chatelet, moins pour percer la signification philosophique des facéties du Roi Singe que pour l'emballage visuel et musical qui est signé Gorillaz, groupe à la mode. Certains, du reste, n’hésitent pas à présenter le spectacle comme une manifestation du groupe anglais bénéficiant d'une mise en scène à son service. Les Inrocks.com titre ainsi « Gorillaz au Théâtre du Châtelet » :
« Les deux créateurs du groupe virtuel Gorillaz, Damon Albarn et Jamie Hewlett, présentent « Monkey : Journey To The West » au Théâtre du Châtelet à Paris. D'après une oeuvre classique de la littérature chinoise, Monkey : Journey To The West mis, en scène par Chen Shi-Zheng, réunira acrobates, chanteurs lyriques et moines Shaolin afin de former un « cirque-opéra ». Damon Albarn a composé la musique du spectacle tandis que Jamie Hewlett s'est attelé à la conception visuelle et aux costumes. »
Dans la foulée, ont été mis en ligne, d'une part, un site marchant commercialisant des produits dérivés !, d'autre part, un espace d'échange sur MySpace où l'on peut voir une vidéo de présentation, entendre des extraits musicaux, lire des critiques et même poster la sienne ... On y trouve aussi des liens vers des articles de la presse mondiale ... On y apprend également une nouvelle qui réjouira les retardataires : le spectacle sera donné au Staatoper de Berlin entre le 8 et le 15 juillet 2008.

Souhaitons seulement que chacun y trouve son compte, et que, surtout, tous se jettent sur le roman-fleuve à la première occasion. Un passage de la traduction française dans le format économique de la collection « Folio » , comme a pu en bénéficier, en 1997, Shuihuzhuan 水滸傳 [Au bord de l'eau (J. Dars, trad., 1978), n° 2954 et 2955], puis, en 2004, Fleur en Fiole d'Or - Jin Ping Mei 金瓶梅 [A. Lévy, trad. (1985), n° 3997 et 3998], serait le bienvenu pour assurer la popularité de cette œuvre majeure de la littérature mondiale.


Super Monkey

Après cela, que dire de l'adaptation en BD du fameux roman qui inspire le spectacle précédent, sinon que, d'après ce dont j’ai pu en juger à travers une quinzaine de planches, seuls les plus jeunes ou les inconditionnels devraient apprécier. Ce doit être suffisant, puisque l'éditeur Xiao Pan, le spécialiste de la BD chinoise dont nous avons déjà parlé ici, en est à sa cinquième livraison sur un ensemble de vingt prévues, sous le titre générique Le Voyage en Occident [Voir le volume 1, 2, 3, 4 et 5]
Si l’on m’oppose que j'ai passé l'âge de goûter aux dessins nerveux que Peng Chao (1975-) plaque sur le scénario de Chen Weidong (1969-) [la traduction étant assurée par
Gilbert Mijoule], ou que la fréquentation des éditions Ming et Qing a définitivement émoussé ma sensibilité, j'en conviendrais bien volontiers. Pour ceux qui comme moi, ont passé l’âge des premiers émerveillements, d'autres chocs sont à prévoir avec, dans l'ordre, une adaptation du Pavillon de l'ouest (Xixiangji 西廂記) et plusieurs de contes tirés des collections de Feng Menglong 馮夢龍 (1574-1646) (Youfeng) ; ce sera dans un billet moins simiesque intitulé Avatars (002). (P.K.)

dimanche 7 octobre 2007

Devinette (007)

Vue du Collège impériale à côté du Temple de Confucius de Pékin à la fin du XIXe siècle
[Source : http://irc.aa.tufs.ac.jp/thomson/top.html]

A qui doit-on - vous savez que lorsqu’un billet commence de cette manière, c'est qu'il s'agit d'une devinette : celle-ci est notre septième devinette ; niveau de difficulté : 1,5/5 -, or donc ! à qui doit-on cette petite scène très vivante qui nous restitue un Kongzi 孔子, Maître Kong, pédagogue infatigable confronté aux réticences d'un fils un rien rebelle, nous le rendant très proche et qui plus est poète ?
« Un jour, le grand sage Confucius rencontra son fils sur le seuil du pavillon des Livres, et lui dit : « Mon cher Khong-Li, êtes-vous bien avancé dans l'étude de la poésie ?» Avec un certain dédain, l'adolescent répondit : « Je ne m'y adonne pas, mon père. » « Vous avez tort, mon fils. Si vous n'apprenez pas la poésie, si vous ne vous exercez pas à faire des vers, dussiez-vous ne devenir qu'un médiocre poète, vous ne connaîtrez jamais complètement votre langue, vous ne saurez pas bien parler. » Confucius, lui, était poète. En Chine, la poésie semble aussi ancienne que la Chine elle-même, et comme cela arrive presque toujours, le premier de ses poètes, ce fût le peuple. »
On prendra donc la peine d'identifier l'auteur de cette belle fable ainsi que le passage du Lunyu 論語, Les Entretiens de Confucius, dont il s'inspire. Tout le monde peut, et même doit, participer. Merci d'avance et à très bientôt pour les solutions commentées : disons vers le 15 de ce mois, alors ne tardez pas. (P.K.)

Miscellanées (004)

1 - Le compte n'est pas bon.

Il y a peu je vous parlais gros sous et annonçais des montants importants attachés à des prix et à des contrat mirobolants (Jiang Rong, Wang Shuo). La lecture du dernier billet en date publié par Pierre Assouline dans sa République des Livres m'amène à des chiffres bien plus modestes et à faire le constat suivant : la traduction ne paie pas !

Le critique distingué, biographe de talent et homme de lettres influent titre : « My tanslator is not rich » et reprend les résultats de l'enquête réalisée par l'ATLF (Association des Traducteurs littéraires de France) « auprès de 166 traducteurs » et « à partir d’un échantillon de 415 contrats signés au cours de l’année 2006 pour des traductions en français qui permet d'établir le tableau comparatif des tarifs pratiqués en moyenne dans l’édition (montants bruts en euros par feuillet de 25 lignes de 60 signes) : anglais : 19 à 21,50 € ; allemand/ italien/ espagnol : 21,50 à 22,50 € ; autres langues : 21,50 à 23,50 € ».

Le traducteur du chinois - comme celui du japonais, du vietnamien, du thaï, du coréen ... -, recevrait donc un traitement avantageux ! Une question me vient à l'esprit : cette fourchette correspond-elle à la réalité ? Je vous encourage évidemment à laisser ici vos commentaires, mais aussi à lire ceux qui se sont attachés au billet de Pierre Assouline (plus de 40 au moment où j'écris). Celui laissé par odradek, le 06 octobre 2007 à 02:11, ne manque pas d'humour : « C’est par cher payé pour tous ces traîtres… ».


2. Mise en abîme.

Toujours dans le même blog et à propos du billet « ‘Borges ? Intraduisible’ etc. » (27/09/07) dans lequel il est question du manque de clairvoyance des éditeurs et/ou de leur bonne étoile, Tai Foutu, le signataire anonyme d'un des 361 commentaires, écrit :
« En refusant de publier La Montagne de l’âme de Gao Xingjian (Nobel 2000), Gallimard, Le Seuil, Picquier et tant d’autres, avaient peut-être raison. En acceptant de publier l’ouvrage, l’Aube offrait à l’écrivain une chance d’obtenir « le » Prix. La politique fit le reste. L’avenir jugera. »
Voilà qui appelle un commentaire, n'est-ce-pas ?


3. Là-haut sur la montagne !

Toujours sur la toile, mais cette fois en images, des échos du Letteraltura, le Festival de Littérature de montagne, voyage, aventure qui s'est déroulé à Verbania (Piemont, Italie), grâce à ce document intitulé « LetterAltura - Alla colazione con gli autori (28/06/2007) » visible sur Youtube, ici. On y aperçoit Gao Xingjian. Il était un des « Invités d’exception de LetterAltura 2007 » qui proposait (je cite) :
« Deux rendez-vous avec les auteurs se dérouleront en français "La montagne de l’âme" est le titre du dialogue entre Gao Xingjian, Prix Nobel de Littérature en l’an 2000, français d’adoption, et le journaliste Alain Elkann. Un dialogue qui conduira le public à la découverte des montagnes de la Chine, à la recherche de traditions millénaires, sur les traces de mythes, magie et rites anciens que la politique maoiste n’a pas pu complètement déraciner. »

D'autres échos à partir du site LetterAltura sur Youtube, ici, et sur le site d'Azzurratv qui conserve un article sur ces rencontres avec un lien vers une vidéo que je ne suis pas parvenu à visionner.

En acceptant cette invitation, Gao qui a, naturellement, été traduit en italien (voir ici et ), n'a-t-il pas pris le risque de passer pour un écrivain de la montagne ?


4. « il più grande scrittore cinese vivente »

En écoutant bien le commentateur de la vidéo qui se trouve derrière le lien suivant (ici), savoir un document audiovisuel de 5 minutes 19 secondes publié par La Zazzamita Production (voir aussi ici), vous entendrez ceci ...« Mo Yan, il più grande scrittore cinese vivente ». On retrouve cette affirmation dans le bref commentaire suivant :
« Puntata di ‘Universo Università’ dalla Facoltà di Scienze Politiche di Catania. In questa ultima parte il servizio sull'incontro presso il Coro di notte del Monastero dei Benedettini con Mo Yan, il più grande scrittore cinese vivente »


Il est attaché à une vidéo visionnée à peine 116 fois depuis sa mise en ligne sur Youtube, le 29 mai dernier [Voir ci-dessus]. Elle rend compte de la visite de l'écrivain Mo Yan à l' ‘Universo Università’ dalla Facoltà di Scienze Politiche di Catania au Monastère des Bénédictines (1558) de cette belle ville de Sicile. Cette fois, contrairement au film précédent, on y entend Mo Yan s'exprimer en chinois, avec en musique de fond - ponctuation ironique ou illustration naïve ? - l'hymne national chinois avec lequel tranche un générique final aux accents plus modernes ! (P.K.)

jeudi 4 octobre 2007

La traduction des langues asiatiques


Journée sur la traduction
des langues et des littératures asiatiques

organisée par la
Jeune équipe
« Littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction »
Université de Provence
Salle des Professeurs (2e étage)
Aix-en-Provence, 26 octobre 2007

Programme


9h00 : Ouverture de la journée (N. Dutrait)

9h15-9h30 : Pierre Kaser (Université de Provence), « Traduire ou non l'implicite : Le "Yangxian shusheng" de Duan Chengshi (vers 800-863) »

9h30-10h00 : Nguyen Phuong Ngoc (Université de Provence), « Traduire le temps et l'espace. L'exemple du premier chapitre des Sables et poussières, traces de quelqu'un (1992) de l'écrivain vietnamien Tô Hoài »

10h00-10h30 : André Delteil (Université de Provence), « Quelques problèmes de la traduction du haiku en français »

10h30-11h00 : Pause

11h00-11h30 : Elizabeth Naudou (Université de Provence), « A travers les temps en hindi : l’imparfait chez Nirmal Verma. »

11h30-12h00 : Vincent Grépinet (Université de Strasbourg), « La traduction d’un texte tiré du Kôkan hitsudan »

12h00 : Pause repas

14h00-14h30 : Julie Kim (Université de Provence), « Traduire en français les onomatopées coréennes »

14h30-15h00 : Anne-Hélène Suárez Girard (Universitat Autonòma de Barcelona), « Forme et contenu : problèmes de mètre et d’intertextualité en traduction de poésie chinoise classique ».

15h00-15h30 : Louise Pichard-Bertaux (Université de Provence/CNRS), « La mode de l'anglo-thaï : anglicismes et néologismes chez Win Liaw-warin »

15h30-16h00 : Noël Dutrait (Université de Provence), « Quelques difficultés dans la traduction d’un roman de Mo Yan ».

16h00-16h15 : Pause

16h15-16h45 : Paolo Magagnin (Université de Venise), « Une saveur brûlante sur ses lèvres : traduire le langage de la passion dans Rivière d'automne de Yu Dafu ».

16h45-17h15 : Solange Cruveillé (Université de Provence), « Quelques difficultés de traduction dans les romans de Wang Dulu ».

17h15-18h30 : Discussion générale

Contact : Noël Dutrait, Noel.Dutrait@univ-provence.fr

Suspens

Ce n'est que dans plus d'un mois, soit le 10 novembre 2007, que sera finalement dévoilé le nom du lauréat du premier Man Asian Literary Prize 曼氏亞洲文學獎. Ce prix couronnera le meilleur « Asian novel unpublished in English ». Soutenu par un groupe privé et organisé conjointement par le Hong Kong International Literary Festival, l'Université of Hong Kong et la Chinese University of Hong Kong, ce prix vise à faire connaître au delà de leur ère culturelle d'origine de nouveaux auteurs asiatiques et à faciliter la publication et accessoirement la traduction en anglais de leurs œuvres, tout en mettant l'accent sur l'extraordinaire développement de la création littéraire en Asie. La sélection du lauréat qui se verra remettre 10 000 $ quand son traducteur n'en recevra que 3000, se fait en plusieurs étapes : la dernière qui se déroulera pendant la troisième semaine du mois d'octobre amènera un jury à retenir un des vingt titres présélectionnés en juillet. Cette « long list » a été rendue public le 20 juillet dernier. La voici :
  • Tulsi Badrinath, The Living God (Inde)
  • Sanjay Bahadur, The Sound Of Water (Inde)
  • Kankana Basu, Cappuccino Dusk (Inde)
  • Sanjiv Bhatla, InJustice (Inde)
  • Shahbano Bilgrami, Without Dreams (Pakistan)
  • Saikat Chakraborty, The Amnesiac (Inde)
  • Jose Dalisay Jr., Soledad’s Sister (Philippines)
  • Reeti Gadekar, Families at Home (Inde)
  • Guo Xiaolu, 20 Fragments of a Ravenous Youth (Chine)
  • Ameena Hussein, The Moon in the Water (Sri Lanka)
  • Nu Nu Yi Inwa, Smile As They Bow (Birmanie)
  • Jiang Rong, Wolf Totem (Chine)
  • Hitomi Kanehara, Autofiction (Japon)
  • N S Madhavan, Litanies of Dutch Battery (Malaisie)
  • Laxmi Narayan Mishra, The Little God (Inde)
  • Mo Yan, Life and Death Are Wearing Me Out (Chine)
  • Nalini Rajan, The Pangolin’s Tale (Inde)
  • Chiew-Siah Tei, Little Hut of Leaping Fishes (Malaisie)
  • Shreekumar Varma, Maria’s Room (Inde)
  • Anuradha Vijayakrishnan, Seeing The Girl (Inde)
  • Sujatha Vijayaraghavan, Pichaikuppan (Inde)
  • Xu Xi, Habit of a Foreign Sky (Hong Kong)
  • Egoyan Zheng, Fleeting Light (Taiwan)
Chacun appréciera selon ses goûts et ses compétences cette première sélection réalisée à partir d'un éventail très large de quelque 240 ouvrages écrits directement en anglais (!) ou traduits d'une demi-douzaine de langues asiatiques.

Restent donc en lice 12 auteurs indiens, une Pakistanaise, un Philippin, une Srilankaise, une Birmane, deux auteurs malais, une Hongkongaise, un Taiwanais, une seule Japonaise et trois auteurs chinois. Un document au format pdf permet de faire connaissance avec ces auteurs à la notoriété plus ou moins grande, je vous y renvoie >> ici.

Plusieurs générations d’auteurs de notoriété très diverses sont représentées : la cadette de cette sélection est la surprenante japonaise Kanehara Hitomi 金原ひとみ (1983), de 37 ans la cadette de celui qui semble être le doyen de cette sélection, le Chinois Jiang Rong, né en 1946.

Pour nous en tenir au domaine chinois, il est représenté par cinq personnalités très différentes les unes des autres, non seulement par le parcours, mais aussi la nature de leurs écrits :
  • Egoyan Zheng (Yigeyan 伊格言) de son vrai nom Zheng Qianci 鄭千慈, est né en 1977 à Tainan. Il est diplômé de l'Université Tamkang en littérature chinoise après avoir fait des études médecine et de psychologie. Il a publié son premier roman à l'âge de 26 ans. Pour le découvrir, il faut se rendre sur son blog >> ici. L’ouvrage pour lequel il a été retenu, Fleeting Light (Liuguang 流光) est encore inédit.
  • De même, on apprend tout sur la sino-indonésienne Xu Xi native de Hong Kong où elle a déjà publié six ouvrages (des essais et des romans) ainsi que des anthologies de littérature hongkongaise en anglais, en visitant son site (ici), excepté son âge et les caractères de son nom : les articles en chinois qui parlent du Prix, ne se donnent même pas la peine de la mentionner !
  • J'avais déjà eu l'occasion d'évoquer (ici) Guo Xiaolu 郭小櫓 qui concourt avec 20 Fragments of a Ravenous Youth (貪婪青春的20個片段) ; un petit détour sur son site permettra à ses admirateurs potentiels de faire la mise à jour nécessaire et de lire un court extrait de ce nouvel opus.
  • Quant à Mo Yan 莫言, est-il encore nécessaire de le présenter ? On peut penser que sa notoriété aurait dû l'écarter d'un tel concours : mais, après tout, son œuvre est peut-être moins bien connue dans le monde anglo-saxon que dans l'espace francophone où elle a été si bien servie et défendue : les habitués de ce blog savent pourquoi, les autres n'ont qu'à jeter un coup d'oeil sur les billets qui en parlent. La sortie de Life and Death Are Wearing Me Out, traduction anglaise de Shengsi pilao 生死疲勞, est du reste déjà programmée pour le début de l'année 2008 chez Arcade Publishing, maison qui a déjà publié quatre traductions de cet auteur. Sur cette œuvre qui tranche avec ses romans précédents, on peut aller voir ce que Mo Yan en disait en mars 2006 sur Sina (en chinois : ici)
  • Le cas Jiang Rong 姜戎 est un peu différent et mériterait de plus amples développements -– pris par l’urgence de vous faire au plus tôt prendre part au suspens de la désignation du Man Asian Literary Prize, je les renvoie à plus tard. Originaire, selon les sources du Jiangsu ou de Pékin (!), Jiang Rong est l'auteur d'un livre phénomène qui, depuis sa première édition en 2004, a déjà fait coulé beaucoup d'encre : Lang tuteng 狼圖騰. Ce pavet qu'il a mis plus de 35 ans à boucler a déjà été traduit en coréen ; il est attendu début 2008 dans pas moins de 15 langues européennes (voir ici) dont le français (Eurane) et bien entendu l'anglais (H. Hamilton). Tout récemment LivresHebdo en ligne révélait que le roman constituait un argument de poids dans la politique éditoriale du groupe d'édition Penguin en Chine. Différentes sources ont également insisté sur le montant record du contrat d'édition signé à cette occasion, avançant le chiffre de 100 000 $. Mais la manne ne devrait pas se tarir de sitôt, car une adaptation cinématographique serait déjà sur les rails (voir ici et ici). En attendant le film, les enfants peuvent déjà frissonner en lisant leur version réduite (小狼小狼) de cette histoire de loups (Wuchang, Changjiang wenyi, 2005).
Plus que 38 jours à attendre pour connaître la difficile décision du jury ; je m'engage à vous la communiquer au plus vite : quel suspens ! (P.K.)