mercredi 5 août 2009

Lectures rafraîchissantes

L'été, se pose pour beaucoup d'entre nous qui de par le monde devons traverser ou séjourner dans des contrées écrasées par le soleil, la question de savoir comment faire tomber la température de quelques degrés ou, si ce n'est pas possible, où trouver le moyen de supporter des conditions climatiques défavorables. Outre, les solutions habituelles que vous connaissez, certaines désastreuses comme l'achat d'un appareil de climatisation, d'autres plus risquées pour la santé comme l'ingestion de liqueurs rafraîchissantes ou de sorbets délicieux, il y a encore celle de trouver un dérivatif puissant capable de détourner l'attention des souffrances du moment. J'avais l'année dernière opté pour la lecture des mésaventures à répétition de la belle Emily dans le château d'Uldophe. Cette année, je vous offre un nouveau baume littéraire qui devrait, pour le moins, vous permettre d'affronter vaillamment quelques heures caniculaires de ce mois d'août commençant.

Je regrette de n'avoir rien de nouveau de mon cher Li Yu 李漁 (1611-1680) à vous proposer, lui qui présentait ses fictions comme « une boisson rafraîchissante dans la maison en flammes » [火宅中清涼飲子] - cela viendra un jour prochain -, mais j'ai, sinon mieux, au moins tout aussi efficace et surtout immédiatement disponible et propre à la consommation, avec ou sans additif.

Il s'agit de quelques récits d'un auteur chinois - Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) - dont on devrait entendre parler encore plus sous peu grâce à des publications d'envergure, mais dont on a déjà parlé et fort bien, notamment dans une enceinte prestigieuse et par une voix éclairée.

L'enceinte est le Collège de France ; la voix, celle de Pierre-Etienne Will qui y occupe la chair d'Histoire de la Chine moderne et consacre son cours de l'année 2009 à un sujet passionnant : « Documents autobiographiques et histoire 1640-1930 ». C'est donc dans le cadre précis de cet examen attentif et admirablement documenté de l'écrit autobiographique dans la Chine du XVIIe au début du XXe siècles, qu'il fut - c'était le 28 janvier dernier -, question pendant une demi-heure de Yuan Mei. Cette « longue digression » s'achevait sur la synthèse suivante dont la lecture devrait vous inviter à écouter attentivement l'intégralité du propos et l'ensemble de cette série de conférences aussi magistrale qu'enthousiasmante :

« Yuan Mei parfait exemple d'un individu complexe non dénué de contradictions et d'ambiguïtés mais dont les biographies conventionnelles nous laissent entrevoir qu'une très petite partie des multiples dimensions. Il a laissé sa marque dans des domaines aussi éloignés que la critique poétique et le droit ; c'était un fonctionnaire compétent et dévoué, très conscient des problèmes économiques et sociaux de son temps, et dont les préoccupations en matière d'éthique et de technique administrative ne se sont jamais démenties ; mais il s'est découragé dès que sa carrière à sembler piétiner, et il a préféré mener une vie confortable d'ermite comme on disait, anticonformiste, flirtant plus qu'à son tour avec le scandale mais réussissant toujours à s'en tirer grâce à ses innombrables relations, et à l'extraordinaire popularité de ses productions littéraires. »

[Ce second des 10 cours donnés est disponible comme les neuf autres en podcast directement sur le site du Collège de France ou à partir d'iTunes - mais vous êtes rodés à l'exercice qui consiste à récupérer ces fichiers et à les glisser dans votre ordinateur ou votre iPod (sinon voir ici, où une tentative d'explication !), mais on peut aussi plus simplement l'écouter en ligne à partir d'ici]

Alors même que P.-E. Will s'attachait à la suite d'autres (Camille Imbaut-Huart, Arthur Waley, Jérôme Bourgon) à faire revivre le souvenir de ce Chinois d'exception, nous étions plusieurs à nous pencher sur son œuvre avec, je le suppose, la même délectation ; l'ironie mordante de cette conjonction des intérêts fut qu'ils s'attachèrent au même ouvrage : le Zi bu yu 子不語 (« Ce dont le Maître ne dit mot »), collection de récits à faire frémir et à se tordre de rire que Yuan Mei avait pris un grand plaisir à compiler sur la fin de ses jours (1788) et auquel il avait même donné une suite tout aussi rafraîchissante (1797).

Résultats des courses : une attente --- celle de la publication d'une intégrale dans la prestigieuse collection consacrée à l'Orient d’un grand éditeur parisien ; une frustration, partagée avec notamment Alain Rousseau (un fidèle lecteur de ce blog), de devoir remiser un projet nourri de (trop ?) longue date ; une poignée de récits - 12 pour être précis -, à lire sans tarder --- encore vous faut-il, pour cela, relever un dernier défi : vous procurer le dernier numéro de la revue Le Visage Vert déjà évoquée ici [une piste : le commander directement chez l'éditeur Zulma]

De quoi s’agit-il ? Rien de moins que la traduction de quatre récits sans liens les uns avec les autres dont la réunion devrait offrir une petit idée de la diversité des anecdotes du Zi bu yu, traduction réalisée par moi-même, par ailleurs signataire d’une brève présentation de l’auteur, et de huit récits traduits par Solange Cruveillé qui a naturellement retenu des récits vulpins, histoire d'ajouter quelques spécimens originaux à sa déjà fort riche collection d'histoires de renard(e)s. Ce sont de loin les histoires qui ont le plus séduit les premiers lecteurs à dévorer la dernière livraison de cette remarquable revue entièrement consacrée aux franges du réel.

On le comprend facilement d'autant que ces récits, cocasses et terrifiants, qui offrent une tonalité particulière aux narrations mettant en scène ce personnage clef du fantastique chinois, sont accompagnés d'illustrations dues au burin inspiré et sauvage de Marc Brunier Mestas particulièment inspiré par ces histoires un peu folles. On peut également les voir sur son surprenant blog, ici, en compagnie d'une autre série de renards et d'une saisissante illustration qui s'attachait à la cruauté scatologique de « La vengeance du squelette » de Yuan Mei.

Notons que Marc Brunier Mestas n'a pas définitivement abandonné le thème du renard puisqu'il est passé à la couleur pour un conte vulpin contemporain qu'Anne-Sylvie Salzman a offert à la revue Le Zaporogue de Sébastien Doubinsky. Sachez que cette sixième livraison d'une revue sans égale est accessible en téléchargement et que vous trouverez pages 133 à 144, ce dérangeant « Fox into Lady » dont la lecture devrait faire baisser la température ambiante de quelques degrés supplémentaires. On pourra poursuivre la cure avec, du même auteur, un recueil de nouvelles qui ne peuvent vous laisser insensible. On peut se procurer Lamont directement chez l'éditeur vers qui il faudra également se tourner pour compléter ou constituer sa collection d'anciens numéros de la revue qui lui a donné son nom, Le visage vert.

Outre les récits de Yuan Mei qui constituent la première incursion en terre chinoise de la revue, ce volume 16 du Visage vert est plein de succulentes surprises, et comme l'écrit un de ses lecteurs « Bronzer en compagnie de ce Visage vert ne serait pas la moins bonne idée des amateurs de littérature, mais en goûter les joies inquiétantes derrière des persiennes fermées ajouterait au plaisir. » J'ajoute qu'il en va de votre survie, alors n'hésitez plus : lisez ! (P.K.)

lundi 3 août 2009

Traduit du coréen (006)

L'Empire des lumières (빛의 제국)
de KIM Young-ha (김 영하) – Editions Philippe Picquier, 2009
Traduction de Lim Yeong-hee (임 영희) et Françoise Nagel

Bien que le dernier roman de Kim Young-ha emprunte son titre à un tableau de Magritte, le héros Kiyeong se débat une journée durant dans l'obscurité des souvenirs et le dédale des choix à faire. Espion dormant, envoyé par la Corée du nord dans la Corée du sud, pour s'immerger dans la société et accomplir une mission le jour où il s'en fera besoin, il mène une vie des plus discrètes, au confins de l’ennui. La nécessité de se fondre dans les rouages d'une société qu'il ne connaît pas a supposé qu'il oublie d'où il vient et comment il y vivait.

Formé à l’école des espions de Pyeongyang, depuis 10 ans, Kiyeong (기영)n'a jamais été contacté par ses chefs, jusqu'à ce jour, où il reçoit via sa messagerie, un poème japonais de Bashō (Matsuo Bashō 松尾芭蕉, Anthologie du poème court japonais. Traduit par Cotinne Atlan et Zéno Bianu, Gallimard, «Poésies ») : «Au fond de la jarre / sous la lune d’été / une pieuvre rêve » qui lui enjoint de rentrer en Corée du nord. Le roman tourne autour de cette journée et de la décision qu'il doit prendre : obéir ou non.

Marié et père d'une adolescente en pleine crise d'adolescence, il partage son temps entre son travail, sa famille et sa maîtresse, tandis que sa femme fait exactement la même chose, avec un jeune amant avide d'expériences sexuelles.

Que va faire Kiyeong ? Pourquoi est-il rappelé maintenant après 10 ans d'oubli ? Comment quitter une vie et un système politique (le sud) pour retourner en Corée du Nord, vers un destin inconnu, dans lequel il ne sait même pas s'il sera maintenu en vie ou assassiné (l'auteur n’évite pas la caricature, mais au fond, peut-être est-il vrai que les espions ne font jamais de vieux os..).

Mais le Nord existe-t-il toujours, lorsque l'on a vécu 10 ans dans l'abondante Corée du sud. Que va t-il se passer s'il refuse de rentrer ? S'il rentre ? Comment choisir entre son pays (sic) d'origine et son pays (sic) d'adoption? Et d'ailleurs, faut-il choisir ? L'homme moderne ne cesse de vouloir affirmer son libre-arbitre par le choix permanent qu'il doit effectuer au milieu d'une offre abondante en produits, en idées, en prêt-à-voir, en prêt-à-penser, conçus dans les laboratoires du social. Mais la seule issue nous dit Kim Young Ha n'est-elle pas au fond et seulement, de survivre :

« Je croyais que les gens aimaient comme moi réfléchir à des choses abstraites. Mais en réalité, tout ce qu'ils veulent, c'est survivre ».

Et l'humain, en nouveau démiurge quasi-occupé à faire valoir son individualité, ne s’aperçoit pas qu’elle est fabriquée en grande partie par ceux qui tirent les ficelles, d'où qu'ils soient. Dans cette Corée du sud hypermoderne, l'auteur joue avec les paradoxes en insistant sur la question du choix. Choisir au milieu de l'abondance ce qu'il y a de moins pire, finalement.

Ce roman conçu comme une parabole sur la nécessité, nous montre un Kiyeong enlisé dans son propre oubli de soi, occupé à se fondre dans la masse pour en faire partie. Pour obéir à l'injonction qui lui a été faite, voici 10 ans, Kiyeong n'a cessé de construire une image d'homme moyen, lisse au point qu'il semble vivre à partir du jour où il lui est demandé de rentrer au pays. Allusion probable au système dominant de pensée (de plus en plus souvent mis à mal de nos jours) en Corée, qui, dans ses moins bons côtés, propose à l'individu de s'effacer au profit de la communauté. Ici, Kiyeong est dans un double effacement, celui imposé par son statut d'agent infiltré et celui proposé par le système de pensée en vigueur. Lorsqu'il lui faut prendre sa décision, rentrer ou non en Corée du nord, c'est la totalité de cet individu effacé qui doit reprendre le contrôle de lui-même. La solitude imposée par le monde moderne nous renvoie à une thématique en cours dans la jeune littérature coréenne. Face aux désordres du monde, les choix à faire ne relèvent pas toujours du libre arbitre mais souvent de la capacité à circuler au milieu du moins pire. Ici, Kiyeong est appelé à quitter une société à laquelle il appartenait, mais dans une sorte de relief en creux. Il doit quitter la chaleur humaine d'une société organisée, hiérarchisée, au profit d'un retour vers l'inconnu. Car cette Corée du nord, il n'est pas certain de la reconnaître, il n'est même pas certain de reconnaître les idées qui ont été les siennes lorsqu'il était jeune et futur espion en formation. Kiyeong ne peut plus choisir, car il ne s'appartient plus. Car pour s'appartenir, il ne faut pas avoir consacré dix années de sa vie à s'oublier, à vouloir devenir transparent au point de s'être coupé de soi. Ici, nous pouvons trouver intéressante cette allégorie du monde moderne dans lequel les codes sociaux imposent de choisir à qui ou à quoi il faut appartenir et payer le tribut de cette appartenance, au point que la redevance puise un jour devenir insupportable. Les rites sociaux, les coutumes collectives fabriquées de toutes pièces, les réunions bariolées des entreprises, les manifestations couvertes par la musique d'un seul haut-parleur peuvent à un certain moment nous dire que nous appartenons, et dans cette appartenance, il y a nécessairement un peu de perte de soi. Fernando Pessoa, à l'ombre de la statue sous laquelle nous préparons ce billet, dans une Lisbonne au doux vent chaud, nous dit qu'il faut laisser au silence le soin d'être injuste. C'est dans le silence de sa conscience que Kiyeong doit prendre sa décision.

Kim Young-ha ne tombe pas dans le piège d'un choix qui n'est pas à faire, entre un capitalisme dur mais où un artefact de liberté règne et un pays socialiste où la liberté est une illusion, même s’il évite de présenter la Corée du nord telle que se plaisent à le faire les journaux, soucieux de produire une information standardisée, repérable au confort réflexif qu'elle apporte aux moins exigeants.

Pourtant cet épais roman nous laisse perplexes. Il fait partie des livres que l'on veut sauver à tout prix dans sa propre mémoire, au regard des autres livres de l'auteur que nous avons aimés dans le passé. Nous lisons et relisons, doutons de nous et de notre capacité à discerner l’invisible du roman, mais force est que notre insatisfaction monte avec le nombre des lectures. Ce n'est pas un mauvais roman bien entendu. Construit en autant d'heures de la journée, sous l'influence d'une série américaine (24 heures chrono, que toutefois nous ne connaissons pas.) présente des défauts de construction. Notamment, l'absence d'une trame forte qui relie les chapitres et éviterait au roman l'instabilité que nous avons ressentie, sensation de parties éparses, tenant entre elles par un mince fil. Et pour notre goût, peut-être un développement réflexif plus soutenu que celui qui nous est présenté. Un roman n'est certes pas un essai, mais dans la critique esquissée des deux Corées des quarante dernières années, Kim Young-ha ne délivre finalement qu'une réflexion que nous ne manquons pas de trouver un peu convenue, en ce qu'elle dénonce même. Kim Young-ha avoue avoir eu recours à un personnage d'espion parce qu'il le pense mieux placé pour observer la société coréenne, dont il fait au passage un portrait pas très tendre. Mais il n’est pas certain qu’un personnage tout en retenue et en censure puisse être à même de porter un regard aigu sur la nouvelle puissance de l’Asie.

L'empire des lumières est le 3e roman de Kim Young-ha traduit en français. Le premier paru en 2002 chez Picquier, La mort à demi-mots a eu un beau succès d'estime en France. Le deuxième Fleur noire, toujours chez Picquier (2007), tout comme L'empire des ténèbres. Pour ses trois premiers romans coréens, Kim Young-ha a reçu les plus grands prix littéraires coréens, telle que nous l’indique la documentation. La référence à l'obtention de prix littéraires prestigieux tient toujours une place de choix dans les coupures et dossiers de presse. Cela pourrait, laisser supposer que ce soit une condition dans le choix de traductions des romans coréens, ce qui à terme pourrait poser quelques difficultés de lisibilité dans la production littéraire coréenne en langue française.

Kim Young-ha a aussi publié six recueils d'articles et trois de nouvelles. Nous espérons le voir bientôt en France.

Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo

vendredi 10 juillet 2009

Les poires de Pu

Après les cerises, les poires ! La chose est assez connue, et si vous ne le savez pas les spécialistes de l'histoire de la traduction de la littérature de fiction chinoise - tel Li Jinjia dans son ouvrage récemment publié chez You-Feng (Paris, 2009, 397 p.), Le Liaozhai zhiyi en français (1880-2004), page 23 -, vous le diront sans hésiter une seconde : la première présentation de l’œuvre de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) en France est due à Camille Imbault-Huart (1857-1897) et fut publiée en 1880 dans le Journal Asiatique (Août-Septembre) justement dans les « Miscellanées chinois » évoqués lors d'un précédent billet. Si vous en êtes curieux, sachez que la BNF et son service de consultation en ligne Gallica vous permet de consulter ce volume qui porte le n° 117. De la page 281 à la page 284, on trouve donc une brève notice sur le Liaozhai zhiyi 聊齋誌異 et sur son auteur, suivie de la traduction du 14e récit du premier juan, « Zhong li » 種梨 que voici dans l'édition illustrée (voir ci-dessous) et annotée de 1886 [pour une édition en ligne sans les commentaires, voir ici] :

Imbault-Huart qualifie ce court récit de quelque 350 caractères de « Conte fantastique » et le traduit, sous le titre peu accrocheur de « Poirier planté », de la manière suivante :
Un paysan vendait des poires au marché. Ces fruits étaient sucrés et odorants, mais d'un prix fort élevé. Il arriva qu'un Tao ché ou docteur de la Raison, au bonnet déchiré et à la robe en lambeaux, vint demander l'aumône devant la brouette du paysan. Ce dernier lui dit de s'en aller et, ne pouvant parvenir à lui faire quitter la place, se mit en colère et lui adressa des injures. « Vous avez dans votre voiture une centaine de fruits, dit le Tao ché, je vous demande seulement de me faire la charité d'un seul : cela ne vous porterait pas un grand préjudice ; pourquoi donc vous emportez-vous ? » Les spectateurs exhortèrent le paysan à donner au Tao ché une mauvaise poire pour qu'il s'en allât ; mais le marchand, entêté, ne voulut pas céder. Un ouvrier, voyant que la dispute s'échauffait, acheta une poire et la remit au docteur qui le remercia en saluant. « Nous autres qui sommes en religion, dit le Tao ché en s'adressant à la foule, nous ne comprenons point l'avarice : puisque j'ai une belle poire, je vous demande la permission de vous l'offrir. » -- « Pourquoi ne la mangez-vous pas vous-même ? » dit quelqu'un -- « C'est que, répliqua le docteur, je n'ai besoin que des pépins seuls pour les planter. » Là-dessus, il prit la poire et l'avala : puis, tenant les pépins dans une main, il ôta la houe qu'il portait sur son épaule, creusa dans la terre un trou de plusieurs pouces de profondeur, les y plaça et les recouvrit de terre ; il demanda alors de l'eau aux gens du marché pour les arroser. L'un des badauds trouva de l'eau dans une boutique de la rue voisine : le Tao ché la prit et la versa dans le trou ; tous les regards étaient fixés sur ce même endroit : tout à coup l'on vit sortir de terre une pousse légèrement recourbée qui grandit peu à peu et devint, en un clin d'œil, un arbre aux branches et au feuillage touffus : l'arbre se couvrit bientôt de fleurs, puis de fruits magnifiques formant des étages parfumes. Le Tao ché prit alors les fruits qui garnissaient le sommet de l'arbre et les offrit aux spectateurs : au bout d'un instant, il ne restait plus un seul fruit. Le docteur saisit sa houe, coupa l'arbre, prit le tronc sur son épaule, après avoir ôté le feuillage, et s'en alla tranquillement. Tandis que le Tao ché accomplissait ce miracle, le paysan, mêlé à la foule, dressait la tête au-dessus des autres et regardait attentivement : il avait oublié totalement son commerce, et ce ne fut que lorsque le docteur partit qu'il regarda sa voiture ; elle ne contenait plus une seule poire : il comprit que les fruits distribués étaient les siens. Regardant avec plus de soin, il vit qu'un des brancards de sa brouette manquait et en avait été fraîchement coupé. Il entra dans une violente colère et courut vite sur les traces du docteur ; en tournant le coin de la rue, il trouva au pied du mur le brancard manquant ; c'est alors qu'il sut que c'était le tronc du poirier que le Tao ché avait coupé. Quant à ce dernier, il avait disparu. Le paysan fut la risée de tout le marché.

Le daoshi 道士 (« prête taoïste » chez d'autres traducteurs) reçoit la note : « Les Tao ché sont ceux qui font profession de suivre les doctrines du célèbre philosophe Lao tseu, le fondateur du Taoisme ou doctrine de la Raison (tao). »

Le lieu n'est pas approprié pour se lancer dans une attentive évaluation de la justesse de ce rendu qui offre dans une version somme toute très agréable à lire l'essentiel d'un récit que l'on pourra mieux apprécier dans la traduction bien plus précise d'André Lévy (I.14), pages 67 à 69 du premier tome de ses Chroniques de l'étrange (Picquier, 2005) sous un titre plus percutant : « Le Poirier magique » -- c'est indubitablement vers cette intégrale qu'il faut se diriger si l'on veut goûter par le menu et dans toute son étendue le Liaozhai zhiyi. Je n'insiste pas, vous le saviez déjà. Pour un jugement plus contrasté, voir Li Jinjia, op.cit., pp. 371-382.

Ceci dit, vous pouvez également lire la même histoire dans pas moins de huit autres versions françaises qui ont été pieusement recensées par Li Jinjia (p. 367), et qui portent des titres plus ou moins heureux : « Comment on plante un poirier » (Hoa, 1921), « Piriculture » (Baylin, 1922), « Le Poirier magique » (Halphen, 1923), « La plantation d'un poirier » (Daudin, 1939), « Le prête qui fit surgir un poirier » (Chatelain, 1969), « Plantation d'un poirier » (Li/Ly-Lebreton, 1986), « Le paysan avaricieux » (Lecœur, 1996) et tout simplement « Le poirier », traduction tout juste centenaire, du Père Léon Wieger (1856-1933), que voici :

Un paysan avait porté ses poires au marché pour les vendre. Comme elles étaient sucrées et parfumées, il en demandait un bon prix. Un táo-cheu, au bonnet déchiré, à la robe en loques, quêtait sur le marché. Il demanda l’aumône au paysan. Celui-ci le rebuffa. Comme le táo-cheu insistait, le paysan se fâcha et lui dit des injures. — Le táo-cheu dit : — Tes poires sont nombreuses ; si tu m’en donnais une, cela ne t’appauvrirait guère. Les assistants exhortèrent le paysan à sacrifier l’une des moins belles parmi ses poires. Il refusa mordicus. Alors ils se cotisèrent, achetèrent une des poires du paysan, et la donnèrent au táo-cheu. — Attendez un instant, leur dit celui-ci ; moi je ne suis pas avare ; je vais vous faire manger de mes poires à moi. Cela dit, il dévora la poire à grandes bouchées, recueillant soigneusement les pépins. Puis, détachant un couteau qu’il portait sur lui, il creusa un petit trou dans le sol battu du marché, y sema les pépins, les recouvrit, se fit apporter un peu d’eau et les arrosa. Aussitôt un germe sortit de terre, grandit, devint un beau poirier, fleurit, et se chargea de poires superbes. Le táo-cheu les cueillit une à une, et les donna aux assistants, qui les mangèrent jusqu’à la dernière. Alors, d’un coup de son couteau, le táo-cheu trancha la tige du poirier, le mit sur son épaule et s’en alla. Ce spectacle avait, naturellement, attiré toute la foule du marché. Même notre paysan avait quitté ses poires pour voir. Quand il retourna à sa petite voiture, il constata que toutes ses poires étaient parties, et que le timon brisé avait disparu. Il comprit alors le tour magique du táo-cheu. Pour se venger d’avoir été rebuffé, celui-ci avait fait pousser en arbre le bois de sa voiture, avait fait monter ses poires sur l’arbre, les avait distribuées, puis avait emporté le timon. Furieux, le paysan se mit à la poursuite du táo-cheu, pour lui demander raison. Au détour d’une rue, il retrouva son timon, mais ne revit jamais le magicien. — Tout le monde rit de lui, bien entendu. (Folk-lore chinois moderne. Hien hien : Mission catholique, 1909, p. 170 [n° 96])

Certains pourraient même, sans y prendre garde, rencontrer les poires de Pu sous une présentation que le Maître de l'étrange n'aurait pas pu imaginer et, dans sa présente réalisation, aurait sans aucun doute désapprouvée, savoir la bande-dessinée que les éditions You-Feng diffusent depuis 2007 sous le titre valise de Chroniques de l'étrange du Pavillon des Loisirs (158 p.).

On doit cette mutation à un certain Wu Hongmiao pour l'adaptation et la traduction, et à Tang Feng, Ma Chi, Cheng Hao et Qu Jia (?) pour les illustrations. Que dire de ce rendu maladroit dont la version bilingue est fournie en appendice, sinon que ce qui est critiquable ici n'est pas vraiment la nature de la traduction laquelle a été revue par Laurent Ballouhey, signataire d'une préface qui s'en tient à une présentation aussi sommaire que convenue de l'œuvre et de son auteur sans même signaler l'existence de traductions, mais bien l'adaptation dont les lacunes et les maladresses ne sont aucunement compensées par les illustrations qui n'ont pas le charme des gravures d'antan ni l'attrait d'une création contemporaine. In fine, l'ouvrage n'a, de mon point de vue, pour unique vertu que de fournir un texte bilingue avec transcription pinyin pour des apprentis en langue chinoise désireux de sortir des manuels scolaires. Je vous laisse juge de ce travail de transposition générique réductrice, pour ne pas dire assassine, à travers la troisième des huit planches réalisées pour « Le moine planteur de poires », un des six récits à faire les frais de cette tentative qui, cela dit en passant, n'est pas la plus désastreuse menée à l'encontre du Liaozhai zhiyi et de la littérature chinoise ancienne.

Avant de quitter les poires pour d'autres fruits, je tiens à vous signaler que Camille Imbault-Huart a, preuve de son sérieux et de son attachement au texte de Pu, traduit le commentaire de l'auteur sur son propre récit :

« L'auteur du Leao tchai dit : On peut certes parler à bon droit de la bêtise des paysans. Ce ne fut pas sans raison qu'on se moqua de celui-ci dans le marché. Dans un village, chaque fois qu'un ami intime d'un richard vient lui demander du riz, celui-ci change de contenance et répond en calculant : « Ce que vous me demandez me suffirait pour vivre pendant plusieurs jours. » Ou bien, s'il s'agit de secourir une infortune ou un ami dans la plus profonde misère, le riche dira en colère : « Cela suffirait à la nourriture de plusieurs personnes. » C'est ainsi que père et fils, frère aîné et frère cadet en viennent à se disputer. Qu'il s'agisse de ses plaisirs, le riche ne regarde plus à l'argent et vide sa bourse ; qu'il sente le couteau près de son cou, il n'est plus avare et se hâte de racheter sa vie à quelque prix que ce soit. Tous les riches sont ainsi ; il serait impossible de les énumérer tous. A quoi bon s'étonner de la manière d'agir de ce stupide paysan ? »

On comprend mieux l'intérêt qu'Imbaut-Huart porta à ce texte en lisant ce commentaire qu'on préfèrera néanmoins dans la traduction d'André Lévy :

Le Chroniqueur de l'étrange : Ce n'est pas sans raison que les gens du marché se gaussent du stupide comportement de cet ahuri. Combien de fois n'ai-je point vu, dans le pays, de ces riches que l'on appelle « nobles roturiers » prendre une mine renfrognée dès lors que de bons amis sollicitent le prêt d'un peu de riz et se mettre à calculer : « Mais c'est la dépense de plusieurs jours ! » Leur demande-t-on d'aider quelqu'un en grave difficulté ou de nourrir une personne sans soutien, ils s'emportent et font les comptes : « Mais c'est de quoi nourrir cinq ou six bouches ! » Même entre père et fils, même entre frères, ils comptent le moindre grain, le dernier scrupule : c'est le comble ! Par contre ils vident leur bourse sans rechigner lorsque le jeu ou la luxure les égarent. Ils sont prêts à racheter leur vie à n'importe quel prix, quand ils ont le couteau sur la gorge. Des exemples de ce genre, on ne finirait pas de les énumérer ! N'accablons pas trop ce paysan borné.

Voilà bien des remarques d'une encore cuisante actualité, me semble-t-il, et de quoi ruminer tout l'été. Merci à M. Pu et à ses traducteurs. (P.K.)

jeudi 9 juillet 2009

Keul Madang

L'été : saison des cerises, saison des sites surprises : la série entamée par l'apparition sur la toile de Cerise Press se poursuit avec l'arrivée d'un site sans équivalent connu de moi entièrement consacré dans notre langue à la Corée, sa culture et surtout sa riche littérature. Tout à la fois, site web, blog, revue en ligne, Keul Madang, Littératures et cultures de Corée « se propose de montrer les multiples facettes de la culture coréenne, culture entendue ici au sens large : arts, modes de vies, croyances, mythes, religions, relations sociales... »

Keul Madang est le fruit d'un travail collectif conduit par nos collègues de la section coréenne du Département d'Etudes Asiatiques de notre université, Jean-Claude de Crescenzo et Hye-Gyeong Kim, par ailleurs membres de notre équipe, qui jusqu'à présent nous avaient fait partager leur passion sur ce blog. Ils ont réuni autour d'eux une poignée de spécialistes - enseignants, traducteurs - et d'étudiantes aussi passionnées que leurs mentors, pour créer ce nouvel espace d'information, de réflexion et d'analyse qui arrive à un moment crucial dans la découverte par nos compatriotes de la Corée. Nous ne doutons pas qu'il saura tenir le rôle de guide dont nous avons tous besoin pour prendre toute la mesure de ce que ce pays attirant peut nous apporter dans notre connaissance de l'Extrême-Orient. Pour l'heure, on peut lire, ou relire, quelques critiques d'œuvres traduites dans notre langue, se familiariser avec quelques uns de ses plus fameux créateurs, écrivains et réalisateurs... Mais je n'en dis pas plus, allez vite voir par vous même, vous ne serez pas déçu.

Ah ! Oui, j'oubliais : « Keul (글) veut dire écrit/texte et Madang (마당), la cour de la maison (traditionnelle) ». M'est avis que nous ne nous priverons pas de visiter souvent cette bâtisse sortie du néant dans la chaleur d'un été torride. (P.K.)

mercredi 8 juillet 2009

Cerises virtuelles

Avec le début de l'été, arrivent les cerises. En voici, d'une nature bien différente et que l'on pourra déguster en toute saison puisqu'il s'agit d'une revue virtuelle nouvellement arrivée sur la toile. L'illustration ci-dessous vous en dévoile la couverture et vous en livre la porte d'accès :

Cerise Press. A Journal of Literature, Arts & Culture est « an online journal based in the United States and France », qui selon ses concepteurs, « builds cross-cultural bridges by featuring artists and writers in English and translations, with an emphasis on French and Francophone works. Co-founded by Fiona Sze-Lorrain, Sally Molini, and Karen Rigby in 2009 ». Cerise Press a pour ambition de servir « as a gathering force where imagination, insight, and conversation express the evolving and shifting forms of human experience. » En conséquence, le journal est « open to submissions in photography, art, and poetry, including translations in French, Chinese, and Spanish. »

La 1ère livraison réunit un nombre important de « contributors » bien de notre siècle, mais quelques célébrités du précédent, comme Guillaume Apollinaire et Boris Pasternak. Elle impressionne également non seulement par l'attention portée à sa présentation avec la mise en scène d'œuvres picturales et photographiques de grande qualité, mais aussi par sa variété. Une bonne place est réservée à la traduction, et la littérature chinoise contemporaine n'est pas oubliée. Elle est présente par l'intermédiaire de deux auteurs que beaucoup découvriront : le poète Hai Zi 海子, né en 1964 et qui se donna la mort en mars 1989 ; et Jie Li, doctorante à Harvard.

Le rythme de publication de Cerise Press sera de trois « issues » par an ! Le numéro deux est déjà en chantier ; il est annoncé pour novembre, ce qui nous laisse le temps de découvrir pleinement celui-ci et de lire en premier « Life as Art as Cinepoem: Gao Xingjian’s Silhouette/Shadow » dans lequel par Barbara Yien parle du premier film du Prix Nobel de Littérature 2000 et du livre qu'il a inspiré ; l'article donne également un lien conduisant vers un site entièrement consacré à cette « œuvre complète » dont nous avons eu la primeur à Aix-en-Provence l'année de sa réalisation et qu'on peut visionner dans l'ERD Gao Xingjian de la Bibliothèque de l'Université de Provence. Mais cela vous le saviez. Quant au reste, bonne découverte en ligne, car Cerise Press est une revue que vous ne pourrez pas emmener à la plage : qui s'en plaindrait ? (P.K.)

mardi 30 juin 2009

Une rencontre avec Mo Yan

Notre équipe a eu le privilège de participer à une rencontre avec l’écrivain Mo Yan organisée par l’association Les Écritures Croisées à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence, le jeudi 25 juin 2009, à l’occasion de sa venue en France pour la sortie de son prochain livre La Dure Loi du karma (parution fin août, éditions du Seuil). J’avais le plaisir d’interroger Mo Yan tandis que Philippe Che assurait la traduction pour le public. L’assistance très fournie comptait bon nombre d’étudiants de chinois de l’université de Provence ainsi que des étudiants chinois.

Après avoir présenté brièvement Mo Yan, je lui ai demandé si les romanciers sont des menteurs puisque dans Quarante et un coups de canon, il écrit que le narrateur, l’« enfant-canon » 炮孩子, c’est à la fois lui-même et un enfant qui raconte des mensonges. Effectivement, a répondu Mo Yan, le romancier a besoin de raconter des « mensonges » pour mieux révéler la réalité. Pour exemple, l’intrigue de ce roman part d’une réalité très simple : le trafic de la viande dans laquelle on injecte de l’eau afin d’en accroître le poids et donc d’enrichir les paysans qui la vendent, mais on y trouve aussi bien d’autres choses qui sont très éloignées de la réalité : l’existence d’un dieu de la viande, complètement inventé, qui vient s’ajouter à un panthéon chinois déjà foisonnant, ou encore des histoires de viandes qui parlent et s’adressent directement à l’enfant.

Mo Yan a précisé que ce terme d’« enfant-canon » n’est pas forcément péjoratif. Dans son village, on avait beaucoup d’admiration pour ce genre d’enfants. Et de rappeler que sa grand-mère s’inquiétait de le voir incapable de tenir sa langue et lui conseillait sans cesse de « ne pas parler » (en chinois : mo yan 莫言), une expression qu’il prendrait comme nom de plume, sans toutefois qu’il arrête de parler, et même au contraire en parlant sans cesse à travers ses romans et ses entretiens aux quatre coins de la planète.

À la question de savoir comment il écrit, Mo Yan a expliqué que pendant une période il avait utilisé l’ordinateur, mais qu’à présent, il était revenu à l’écriture à la main parce qu’il était perturbé par le recours à la transcription pinyin des caractères chinois pour la saisie… et aussi par l’envie constante d’aller faire un tour sur la toile. De la sorte, il peut se concentrer au maximum, travaillant jour et nuit en oubliant presque de boire et manger, pour écrire, un acte très physique puisque, lorsqu’il écrit, sa femme lui rapporte entendre ses soufflements et ses tremblements depuis la pièce voisine. Il a cependant reconnu que le même genre de concentration pouvait être atteint par de jeunes écrivains plus rodés que lui à l’utilisation du traitement de texte.

Je lui ai ensuite demandé s’il pensait que l’écrivain devait se concentrer sur sa création littéraire ou s’engager dans la société. Selon lui, les deux situations peuvent exister. Lui-même se sent entre les deux puisqu’il s’engage dans la société dont il dénonce souvent les aspects négatifs dans ses romans, mais il reste solitaire dans cette action. Et un écrivain n’est pas un journaliste, c’est le travail littéraire de création qui prime.

Dans un entretien réalisé par Aurélie Le Caignec dans La Provence, il explique : « En Chine on ne manque pas d’écrivains qui font la gloire du Parti, mais il en faut aussi d’autres qui révèlent les aspects moins brillants de la société. » Il y rappelle aussi comment le réalisme magique découvert à la lecture de Garcia Marquez dans les années 1980 lui a permis d’aborder des sujets sensibles de manière détournée. Par exemple, la corruption des hauts cadres dans Le Pays de l’alcool ou le trafic de la viande dans Quarante et un coups de canon. Pour son prochain roman qu’il est en train d’achever, Mo Yan va aussi aborder des problèmes sociaux brûlants (la planification des naissances notamment) et affirme écrire dans un style très différent… comme il le fait pour chaque nouveau roman.

Grâce au talent d’Alain Simon, du Théâtre des Ateliers, le public ravi a pu apprécier le style incomparable de Mo Yan, qui se prête si bien à la lecture à haute voix, dans des extraits de Quarante et un coups de canon et La Dure Loi du karma.

Cette soirée avec Mo Yan constituait une sorte d’avant-première à la Fête du Livre consacrée aux écrivains asiatiques que l’association Les Écritures Croisées organisera du 15 au 18 octobre prochain à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence, en collaboration avec notre équipe, en parallèle au colloque « Le roman asiatique et ses traductions ». (Noël Dutrait)

En guise de séance de rattrapage pour ceux qui, comme moi, n'ont pu profiter de cette rencontre, voici une vidéo (en chinois sous-titrée en chinois et en japonais) de 4mn53s. réalisée récemment au Japon et dans laquelle Mo Yan parle justement de Shēngsǐ píláo 生死疲劳 bientôt accessible en traduction française grâce à Chantal Chen-Andro (La Dure Loi du Karma, Le Seuil), et en lit des extraits. (P.K.)

lundi 29 juin 2009

50 000 visites, et moi, et moi

Au cours d'une année universitaire dont le second semestre fut, pour le moins, aussi éprouvant que perturbé, notre blog a tenté de vous faire partager les moments forts de la vie de notre équipe et, chemin faisant, s'est penché sur la riche actualité qui entoure les sujets qui nous passionnent.

Mais malgré la volonté qui m'a animé pendant ces douze derniers mois
, c'est une centaine de billets à peine qui a été mise en ligne ---- alors qu'il en aurait fallu le double ou le triple pour rendre compte de la vitalité des littératures d'Extrême-Orient sur leur terre d'origine et dans l'espace francophone ! Quoi qu'il en soit, cette piètre performance reste, vues les circonstances, assez honorable et je suis heureux de vous signaler qu'un moment symbolique dans la vie de ce blog vient, tout juste, d'être franchi. Cela s'est passé le dimanche 28 juin, vers 17 h. : le compteur de visites qui l'accompagne depuis presque sa naissance vient de dépasser le chiffre des 50 000 visites !

Je tiens donc à remercier tous ceux qui sont venus à un moment ou un autre, ou plus régulièrement, flâner sur ce blog pour y lire, ou simplement parcourir, les quelque 300 billets publiés depuis son ouverture le 18 novembre 2006. Un grand merci aussi à tous ceux, encore trop peu nombreux, qui ont laissé une trace de leur passage en composant un commentaire ; merci, enfin, à ceux qui, membres de l'équipe ou collaborateurs occasionnels, ont apporté leur contribution à l'enrichissement de cette tribune sur les littératures d'Extrême-Orient.

Ce présent billet ne sera pas le dernier de l'été, mais, le rythme de publication sera, cette année comme la précédente, inversement proportionnel à l'augmentation des températures. Mais, rassurez-vous, s'il montre des signes d'assoupissement, ce n'est que pour mieux repartir en septembre avec une nouvelle année studieuse qui débutera par un colloque international (« Le roman en Asie et ses traductions », 15 et 16 octobre) organisé par notre équipe pendant la Fête du Livre d'Aix-en-Provence (15-18 octobre).

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Mais, en attendant ce grand rendez-vous, les prescriptions de lectures estivales traditionnelles, et, qui sait, quelques critiques de livres promises de longue date, voici un texte que signa en 1880, Camille Imbault-Huart (1857-1897), pionnier de la traduction de Pu Songling 蒲松齡 (1640-1715) en français et découvreur, entre autres, de l'œuvre de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798), pour introduire une série baptisées « Miscellanées chinois » :

Nous avons le dessein de publier, sous le titre de Miscellanées chinois, toute une série de morceaux variés, extraits des auteurs chinois et traduits pour la première fois en français, ou, disons mieux, en une langue européenne. Nous puiserons tour à tour dans la haute littérature comme dans la littérature populaire, dans l'histoire, la morale, la philosophie, la biographie, la bibliographie, les contes, les nouvelles, les pièces de théâtre, la poésie, les journaux : bref, nous passerons à chaque instant du grave au plaisant, de l'utile à l'agréable. Ce sera, pour ainsi dire, que l'on nous pardonne l'expression, la littérature chinois débitée en détail. Mais nous ne nous arrêterons pas là : notre hôtellerie étant ouverte à tous les voyageurs, quels qu'ils soient, y trouveront bon accueil et bon gîte. A ces traductions, nous joindrons des articles sur toutes sortes de sujets, variés au possible, sur les mœurs et les usages, sur l'histoire contemporaine ou ancienne, sur le gouvernement, sur l'état actuel ou passé de l'empire chinois ; en un mot, des articles écrits en Chine mêle currente calamo, sans prétention littéraire aucune ni partialité, uniquement pour faire connaître mieux, et sous des aspects nouveaux, cet immense colosse asiatique et la population étrange qui l'habite. Heureux si, au moins en partie, nous pouvons y réussir. [Journal Asiatique. Août-septembre 1880, p. 270]

Voilà qui s'apparente par bien des aspects à ce que nous tentons de faire ici et dans les publications que nous mettrons finalement en ligne à la rentrée. Bonnes vacances à toutes et tous. (P.K.)

vendredi 19 juin 2009

Le roman en Asie et ses traductions

⦓ ATTENTION CHANGEMENT DE DATES ⦔

Le colloque international

« Le roman en Asie et ses traductions »

prévu les 11 et 12 décembre 2009 est avancé au mois d’octobre. Il se tiendra les 15 et 16 octobre en salle des professeurs à l’université de Provence, 29 avenue Robert-Schuman, 13621 Aix-en-Provence, Cedex 01.

Ce changement de date a été décidé pour donner une dimension encore plus grande à cette manifestation grâce à une collaboration avec l’association Les Ecritures Croisées qui organise chaque année à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence une Fête du Livre renommée au cours de laquelle le public a pu rencontrer depuis de nombreuses années de très grands écrivains dont, pour la partie du monde qui nous concerne, Oé Kenzaburo, Gao Xingjian, Mo Yan, V. S. Naipaul, Shashi Taroor, Amitav Gosh…

Notre colloque s’insérera donc dans un ensemble d’activités (expositions, rencontres, cinéma) qui dureront du 15 au 18 octobre et qui constitueront la Fête du Livre 2009 consacrée aux écritures d’Asie. De nombreux écrivains sont pressentis, la liste définitive sera prochainement dévoilée.

Merci à tous ceux d’entre vous qui veulent intervenir au colloque de nous envoyer au plus tard le 1er septembre 2009 un résumé de communication. Dès acceptation de la communication, un formulaire d’inscription leur sera envoyé. (Noël Dutrait)

Au Phénix aussi

Après sa soirée aixoise qui, je vous le rappelle, vous permettra d'assister à une rencontre entre l'écrivain et son traducteur Noël Dutrait à la Cité du Livre (Aix-en-Provence), ce jeudi 25 juin à partir de 18h30, Mo Yan 莫言 se rendra à Paris où une seconde rencontre avec ses lecteurs est programmée, le 26 juin à 18 h, à la Librairie le Phénix. L'événement parisien se tiendra dans les murs de la célèbre librairie (72, boulevard de Sébastopol, 3e). L'annonce qu'elle a diffusée et qui figure sur son site internet fournit en avant-première la jaquette de la prochaine traduction française de Shēngsǐ píláo 生死疲劳 la dernière une œuvre de Mo Yan à paraître (le 20/08/09) au Seuil (collection « Cadre vert ») grâce à Chantal Chen-Andro sous le titre La Dure Loi du Karma. (P.K.)