mardi 21 avril 2009

Traduire la littérature coréenne

8e concours des jeunes traducteurs
de littérature coréenne



Pour découvrir et encourager de nouveaux traducteurs de littérature coréenne, Le Korean Littérature Translation Institute (KLTI) organise le 8ème concours de traduction de littérature coréenne à destination des nouveaux traducteurs.
  • Les langues admises sont : anglais, français, allemand, espagnol, chinois, russe, et japonais.
  • Le concours est ouvert aux traducteurs coréens et étrangers qui n'ont jamais reçu d’aides institutionnelles pour la traduction et qui n’ont jamais traduit ou édité un livre de littérature coréenne dans une langue étrangère.
  • Les demandeurs devraient choisir seulement une ouvrage à traduire, parmi les suivants:
성석제 작 « 해설자들 »
(제 54회 현대문학상 수상소설집)

김연수 작 « 산책하는 이들의 다섯 가지 즐거움 »

(제 33회 이상문학상 작품집)
  • Prix : Un gagnant du grand prix et un gagnant du prix secondaire seront choisis pour chaque langue. (Au cas où un gagnant du prix grand ne serait pas choisi, deux prix secondaires peuvent être attribués.) - KRW 3.000.000 (environ 1700 euros) pour les gagnants du grand prix et KRW 1.500.000 (environ 850 euros) pour les gagnants du prix secondaire.
  • ✈ Des billets d’avion aller-retour pour assister à la cérémonie de remise des prix seront fournis aux gagnants résidant à l’étranger.
Directives en ligne pour la soumission des textes:
  • Site Web de KLTI Corée (www.klti.or.kr), allez au 번역원사업소개 - > ; 교육연구사업 - > ; 신인상 Remplissez le formulaire de demande de concours (téléchargeable sur le site) et un document Pdf de la traduction, entre les 1er août et 31 août 2009.
  • Il est possible aussi de poster les documents : une copie du formulaire de demande de concours et trois copies de la traduction devront parvenir au plus tard le 31 août 2009, à l’adresse suivante : Korean Literature Translation Contest for New Translators Education & Reseach center, Korea Literature Translation Institute, 108-5 Samsung-dong, Gangnam-gu, Séoul (135-873). Corée du Sud
  • Les résultats de concours seront donnés le 20 octobre 2009 sur le site Web de LTI Corée.
Pour de plus amples informations, contactez Yana Kim
(tel.82- (0) 2-6919-7752, yana@klti.or.kr)
ou consultez la page d'accueil de KLTI Corée : http://www.klti.or.kr.

Kim Hye-Gyeong et Jean-Claude de Crescenzo

vendredi 17 avril 2009

Réponse à la devinette (020)

Emblème de charge administrative de niveau 1A (Qing 清)(source).

Je ne pouvais pas partir en vacances en vous laissant suspendus à une devinette dont l'élucidation réservait comme d'ordinaire son lot de difficultés. Il n'empêche que deux fidèles de ce blog ont trouvé et se sont manifestés très rapidement :
  • le premier (ou bien ne serait-ce pas plutôt, la première) a répondu en fournissant la traduction du poème que le traducteur à découvrir avait laissé de côté. Pour lui (ou pour elle), il était clair que nous avions affaire à un des contes de Ji Yun 紀昀 (1724-1805), un de ceux si bien traduits par Jacques Dars dans le volume numéro 99 de la collection qu'il dirige aux Editions Gallimard, la prestigieuse collection « Connaissance de l'Orient ». Ce gros volume (563 pages) sortit en 1998 sous le titre de Passe-temps d’un été à Luanyang (Luanyang xiaoxia lu 灤陽消夏錄) ; il correspond au premier des cinq recueils composant un ensemble appelé Yuewei caotang biji 閱微草堂筆記, Notes de la chaumière des perceptions subtiles. Ce recueil initial (et sa traduction intégrale) offre pas moins de 297 récits ou plutôt « notes prises au fil du pinceau » (biji 筆記) couchées dans une langue classique directe, sans apprêt, mirabilia surprenants, faits rares et inexpliqués, récits mettant en scène esprits et démons, réunis et publiés par Ji Yun à partir de 1789. Ce récit est le 41ème et il reçoit un titre qui donne une indication sur la tonalité humoristique de beaucoup des récits de Ji Yun, « Jours tranquilles à Urumqi » (pp. 85-87) [Je poste le texte chinois de ce récit sur le blog des étudiants de Master qui ont le plaisir de travailler sur des extraits de cette œuvre].
  • Alain Rousseau fut, de son côté, mis sur la piste par la mention du lieu. Il a reconnu Urumqi [Wulumuqi 烏魯木齊] sous la transcription Oulumutsy et, en amateur praticien du Zibuyu 子不語 de Yuan Mei 袁枚 (1716-1798) et lecteur attentif des bonnes traductions, il a identifié l'auteur qui, comme nous le rappelle Jacques Dars dans son introduction (pp. II-III), avait été envoyé, en 1770, occuper pendant deux années un poste subalterne dans les Marches de l'empire mandchou. L'auteur trouvé, il restait les traducteurs. Ses sibyllins conseils laissent à penser que le problème ne lui résista pas longtemps : « Relisez les archives du blog, tout y est ! » C'était bien vu, car, en effet, j'avais à plusieurs occasions fait état des travaux de celle à qui l'on doit « Une tradition » et même signalé l'ouvrage d'où j'avais extrait ce passage révélateur de la technique propre à cette personne. Un billet du 7 juin 2008 fournit même des reproductions de mon exemplaire personnel. Le lama rouge et autres contes parut vers 1926 et à Paris, aux Editions de l’Abeille d’Or. Il est le fruit d'une collaboration entre Lucie Paul-Margueritte (née en 1886) (dont on se souvient qu'elle visita des registres aussi éloignés que la gaudriole Ming et le catéchisme néo-confucéen) et Tcheng-Loh [Chen Lu] 陳籙, « Ministre Plénipotentiaire de Chine à Paris », né en 1877.
Or donc, merci et bravo à tous les deux. Il n'en reste pas moins que l'évaluation de cette traduction reste à faire. Une rapide confrontation avec celle de Jacques Dars et le texte chinois, montre que le couple que constitua le distingué Chinois de passage en France et l'infatigable graphomane, fille de l'écrivain Paul Margueritte (1860-1918), prenait toutes les libertés avec leur source. On en saura plus sur ce point lorsque Mlle Huang Chunli 黄春丽, étudiante chinoise en deuxième année de Master Recherche en Littératures mondiales et interculturalité (Université de Provence) aura mis un point final à son mémoire qui s'attache à la comparaison des traductions françaises des récits de Ji Yun. Elle y intègrera bien évidemment l'autre traduction partielle du Yuewei caotang biji qui est sans doute devenue aussi difficile à trouver que Le Lama rouge. On la doit à Jacques Pimpaneau : Notes de la chaumière des observations subtiles. Paris : Kwok-on, 1995.

On reparlera donc assez rapidement de Ji Yun et aussi des différentes façons de s'y prendre avec la littérature chinoise des temps anciens – assurément le passage retenu est le prototype de la plus mauvaise d'entre elles. En attendant, je vous invite, pour redresser la barre, à vous rendre à Luanyang avec Jacques Dars ; on ne peut rêver meilleure compagnie en la circonstance. Bonnes vacances à tous. (P.K.)

jeudi 16 avril 2009

Un traducteur, trois livres, sept traités

Jean Lévi est, peut-être l'avez-vous déjà noté, très présent sur les étales des librairies en ce début de printemps. Les trois volumes du roman fleuve Les trois royaumes dont il a achevé la traduction pour Flammarion en 1991 ressortent, comme je l'ai déjà signalé, à l'occasion de la sortie en France d'une version raccourcie de l'adaptation cinématographique de John Woo ; mais pas seulement !


Il l'est aussi, bien entendu, pour une bonne quinzaine de titres plus ou moins anciens dont certains se sont imposés dès leur sortie comme des ouvrages de référence et sont toujours en bonne place dans les rayonnages des librairies, soit dans leur format d'origine, soit sous de nouveaux atours. Ce sont principalement des traductions intégrales et uniques de textes importants de la Chine pré-impériale, comme, entre autres, le Hanfeizi 韓非子 [Le Tao du Prince (Seuil , « Points/sagesse », n° 141, 1999, 616 p.)], le Shangjun shu 商君書 [Le Livre du prince Shang (Flammarion, (1978) 2005)], le Zhuangzi 莊子 [Les Œuvres de Maître Tchouang (Encyclopédie des Nuisances, 2006)], ou plus tardifs comme le Xinyu 新語 de Lu Jia 陸賈 [Nouveaux principes de politique. Zulma, 2003, 125 p.)], sans oublier les Sanshiliu ji 三十六計 [Les 36 stratagèmes. Manuel secret de l'art de la guerre (Payot & Rivages, « Petite bibliothèque » n° 572, 2007)] et le monumental Huainanzi 淮南子 [Philosophes taoïstes II. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2003] à la réalisation duquel il contribua activement. Très visibles également sont ses monographies consacrées à deux des plus grands penseurs de la Chine pré-impériale dans la collection « Esotérisme et spiritualité » chez Pygmalion : Kongzi 孔子 [Confucius (2002)] et Zhuangzi 莊子 [Tchouang Tseu, maître du Tao, 2006].

Mais l'actualité ajoute à ce palmarès impressionnant au moins trois ouvrages parus en l'espace de quelques mois chez trois éditeurs différents. Puisqu'aucun d'entre eux, comme du reste tous ceux précédemment cités, ne propose de caractères chinois et utilise la transcription ancienne de l'EFEO, nous vous les présentons en complétant ces informations, remettant à plus tard leur évaluation.

Un nouveau Laozi 老子

« Texte fondateur du taoïsme, le Lao Tseu [Laozi 老子], connu également sous le titre de Tao te King [Dao de jing 道德經] (Livre de la Voie et de la Vertu), est aujourd’hui encore l’une des clefs les plus précieuses pour pénétrer la pensée chinoise. Ce grand classique se présente ici sous un nouveau visage, grâce au travail du sinologue Jean Lévi, qui s’est penché sur les versions les plus anciennes de ce texte, calligraphiées sur bambou ou sur soie, récemment retrouvées. Ces manuscrits offrent la particularité remarquable d’inverser l’ordre des parties (« Le Livre de la Vertu » y précède le « Livre de la Voie ») et d'être complétés par un autre texte : les Quatre canons de l'empereur jaune [Huangdi sijing 黃帝四經]. Accompagnée de commentaires éclairants, cette nouvelle traduction permet de saisir toute l’ampleur de la pensée taoïste jusque dans ses versants politiques et stratégiques : la Voie se fait Loi. »
Comme à son habitude, Jean Lévi a choisi d'aborder cette œuvre souvent traduite d'une manière originale -- ici en rapprochant deux textes qui s'éclairent l'un l'autre. Comme toujours, il livre une traduction faisant l'économie de l'essentiel de l'appareil critique attendu pour ce type de circonstance. Ses versions destinées au plus grand nombre s'opposent aux éditions savantes d'un Rémi Mathieu qui vient justement de publier Le Daode jing « Classique de la voie et de son efficience » (Paris : Entrelacs, 2008, 280 p.) présenté (sur la couverture) comme une « Nouvelle traduction d'après les trois versions complètes : Wang Bi [王弼], Mawangdui [馬王堆], Guodian [郭店]». Bien que savante au plus haut degré, cette édition est également livrée sans le moindre caractère chinois, par contre son système d'annotation donnera le tournis à ceux qui n'ont encore jamais pratiqué les publications de Rémi Mathieu. Reportez-vous à ce propos à son remarquable Qu Yuan 屈原 [Elégies de Chu (Chu Ci [楚辭], Gallimard, « Connaissance de l'Orient », n° 111, 2004, 318 p.)], en attendant la sortie d'un volume de la « Bibliothèque de la Pléiade » consacré à quelques textes du confucianisme ancien. Mais revenons à ce classique du taoïsme : il serait intéressant, me semble-t-il, de comparer ces deux traductions qui ont de quoi faire pâlir la plupart des précédentes, quand bien même celles-ci sont rééditées sous de chatoyantes couvertures et agrémentées de titres aguicheurs. Il y faudrait l'acuité d'un véritablement spécialiste --- je n'en dis pas plus, vous avez deviné à qui je pense ! Mais ne nous attardons pas car Jean Lévi ne nous laisse pas le loisir de souffler entre deux livraisons.

Heguanzi 鶡冠子, un maître oublié.
« Encore inédit en France, le Précis de domination absolue est l’unique trace écrite d’un philosophe taoïste connu sous le sobriquet de Ho-kouan tseu (le Maître à la crête de faisan) [Heguanzi 鶡冠子], actif au IIIe siècle avant notre ère..../... Rédigé lors d’une période sombre de l’histoire chinoise, le Précis de domination absolue, ouvrage philosophique autant que religieux, s’adresse au souverain qui tentera de réunifier une contrée déchirée par les guerres intestines. Le Maître à la tête de faisan y décrit l’art politique des anciens, en vue de restaurer une autorité idéale régie par les principes du Tao : l’équilibre naturel des éléments, la modération et la vertu.
Le Précis de domination absolue, précédé d’une présentation didactique, est composé de 19 chapitres traitant de sujets hétéroclites comme « le fondement de la voie du bon gouvernement », le « large recrutement » ou « l’exemple du ciel ».
comment faire du pouvoir et de la guerre des instruments de la paix ? Comment l’Etat peut-il associer justicC’est une authentique construction utopique héritée de la tradition taoïste qui aborde de manière originale les problématiques développées en Europe par Machiavel et Hobbes : comment faire du pouvoir et de la guerre des instruments de la paix ? Comment l’Etat peut-il associer justice et force, réconcilier ordre et liberté ? Le modèle théocratique décrit dans le Précis de domination absolue nous conduit aux antipodes de la tradition qui a vu le jour en Occident. »
10 pages inspirées préparent à la lecture d'un texte qui n'a recours aux notes de bas de page que pour signaler des problèmes d'interprétation et d'édition. L'ouvrage s'achève sur un « Glossaire des noms propres », appendice quasi obligé des traductions de Jean Lévi. Celle-ci et la suivante m'accompagneront pendant mes vacances. Peut-être m'inspireront-elles des commentaires que je ne suis guère en mesure de produire pour l'heure.

Si cette dernière traduction s'attachait à rendre limpide un maître oublié et un texte longtemps négligé, la suivante fait la part belle à un texte pas moins rebattu que le Laozi, un texte - le Sunzi bingfa 孫子兵法 - qui occupe sur internet une place aussi méritée [voir mon topo du 20 avril 2007, « Sunzi online »], un texte que, du reste, Jean Lévi avait déjà traduit et publié - Sun Tzu, L'art de la guerre (Hachette, « Pluriel » (2000, 2004) 2008] - mais qu'il a eu la bonne idée d'associer à six autres stratégies militaires de la Chine ancienne afin de reconstituer un ensemble cohérent que Ralph D. Sawyer avait mis, il y a 16 ans déjà, à disposition du public anglo-saxon avec The Seven Military Classics of Ancient China (Westview Press, 1993). Jetons un rapide coup d'œil à cette version française des Wu jing qishu 武經七書 avant de la glisser dans la valise.



Une anthologie de traités militaires de la Chine ancienne.

C'est donc fin 2008, chez le même éditeur – Hachette (Littératures) - et dans la même collection « Pluriel » qu'est sorti ce beau volume de 598 pages, intitulé comme il se doit Les sept traités de la guerre :

« Voici révélée, pour la première fois au lecteur français, l’intégralité des grands traités stratégiques chinois. On trouvera rassemblés ici les sept traités (dont le célèbre Sun-tzu [Sunzi 孫子]), qui constituaient la matière des examens militaires sous les Song du nord et qui ont formé la matrice de la conception chinoise de l’art de la guerre pendant plus de deux mille ans.
Le travail de Jean Lévi réinscrit les textes dans leur contexte historique et culturel et nous permet de comprendre les liens entre l’émergence de la littérature militaire et la situation sociopolitique de la Chine de l’époque des Royaumes combattants (Vème - IIIème siècles avant J.-C.). Plus qu’une leçon de stratégie et d’histoire, Jean Lévi restitue toute la force littéraire et la concision de ces grands classiques et nous donne accès à la sagesse et à l’art de vivre du Tao qui nourrit l’ensemble des traités. Dans une introduction importante [70 pages] et grâce aux notes explicatives qui accompagnent les traités, l’auteur retrace les grandes étapes de la constitution de la pensée chinoise de la guerre, moins exotique qu’on a pu parfois le penser, et qui trouve dans le monde contemporain de surprenants échos. »
Ceci dit (et fort bien par l'éditeur), voici rapidement les textes sous leur double identité (chinoise et française) avec des renvois vers les textes chinois en ligne --- s'il est inutile de dire qu'en cette circonstance comme à chaque fois, Jean Lévi s'est appuyé sur les meilleures éditions disponibles et les signale avec précision dans des avertissements ou des notices dûment documentés, notons que les versions chinoises (voir ici ou ) vers lesquelles nous renvoyons ne sont pas forcément, quant à elles, irréprochables :
  1. Sunzi bingfa 孫子兵法 : L'Art de la guerre de Maître Sun ou Sun-tzu (pp. 85-136) : il est donné ici dans une version améliorée par rapport à celle de 2000 précédemment citée et qui profite notamment de la traduction juxtalinéaire en chinois moderne annotée de Li Ling [李零 (1948-), professeur à l'université de Pékin-Beijing daxue : Wu Sun fawei 吴孙子发微 (Explication du sens profond du Sunzi) Beijing : Zhonghua shuju, 1997, 245 p.]. La présente version revue ne reprend pas l'appareil critique initial qui avait pour but de « mettre l'œuvre en perspective avec son contexte historique et philosophique » - l'achat de la première version sous sa nouvelle couverture s'avère donc encore utile et très conseillée pour prendre toute la mesure de ce classique de l'art militaire et stratégique chinois. Les six autres traités sont :
  2. Wuzi 吳子: Le Traité militaire de Maître Wou ou Wou-tseu (pp. 137-177)
  3. Sima fa 司馬法 : Le Code militaire du Grand maréchal ou Sse-ma-fa (pp. 179-217)
  4. Weiliaozi 尉繚子:L'Art du Commandement du Commandant Leao ou Wei-leao-tseu (pp. 219-295)
  5. Huangshi gong sanlüe 黃石公三略 : Les Trois Ordres stratégiques de Maître Pierre Jaune ou Houang-che kong Sanliue (pp. 297-325)
  6. Liutao 六韜 : Les Six Arcanes stratégiques ou Lieou T'ao (pp. 327-477)
  7. Tang Taizong Li Wei-gong wendui 唐太宗李韋公問對 : Questions de l'empereur des T'ang au général Li Wei-kong ou Li Wei-kong wen-touei (pp. 477-551).
De belles heures de lecture en perspective qui commencent par cette clarification liminaire du Sunzi bingfa : « La guerre est la grande affaire des nations ; elle est le lieu où se décident la vie et la mort ; elle est la voie de la survie ou de la disparition. On ne saurait la traiter à la légère. » (p. 91) [孫子曰:兵者,國之大事,死生之地,存亡之道,不可不察也。] Tout un programme. (P.K.)


Illustration : montage avec un cliché de fragments du plus ancien Sunzi bingfa
connu sur lamelles de bambou (竹简), conservé à Linyi 临沂 (Shandong)
et découvert dans une tombe d'époque Han en avril 1972 au Mont Yinque 银雀山.

[cf. Li Ling 李零, Sunzi guben yanjiu 孫子古本研究. Beijing daxue, 1995, pp. 4-22]

Complément auto-promotionnel à l'attention des sinisants qui peuvent se rendre sur le blog des étudiants de Master (UP) - Pik UP Master - pour y découvrir des liens conduisant à une série documentaire de la télévision chinoise qui traite en 40 séquences de 10 minutes du Sunzi bingfa. (16/04/09, 21:54, P.K.)

lundi 13 avril 2009

Un éditeur, un traducteur

L'éditeur, c'est Philippe Picquier qui, à l'occasion du dernier Salon du livre de Paris, répondait aux questions d'Aujourd'hui la Chine (interview mise en ligne le 16/03/2009 ). Voici, sans commentaire – je compte sur vous pour en faire -, un aperçu succinct de cet entretien publié sous le titre « Philippe Picquier, un éditeur qui fait découvrir l'Asie au public français » :
  • Du pourquoi de son engagement et de ses choix dans l'édition ? : J'ai commencé à travailler dans l'édition et dans les années 80, le marché était favorable car enfin, il y avait une réelle ouverture à la littérature étrangère, donc j'ai pu concilier ma passion, mes amitiés et le marché! Mais c'est un véritable travail de l'ombre, car je ne parle pas toutes ces langues et je travaille avec des interprètes et des traducteurs, ce qui n'empêche pas les bonnes questions. Une maison d'édition se construit avec des rencontres, il faut trouver ce qui est riche en eux et ce qui peut intéresser les autres. Il faut donc savoir comment découvrir et comment mettre en valeur les auteurs, voici d'ailleurs un des intérêts du salon du livre.
  • De l'avenir ? : Nous avons eu une bonne année 2008 et comme tout le monde, nous nous demandons ce qui va se passer en 2009.../... On va évidemment numériser notre catalogue petit à petit, comme nous avons vu le cadavre du disque dans le domaine de la musique, nous savons qu'il faut être vigilant, que nous devons nous préparer. Mais le livre physique n'est pas mort ! L'éditeur va voir son boulot changer mais celui-ci ne sera pas de moins bonne qualité.
  • Quid de la littérature en Chine ? : Pour la Chine, je suis moins optimiste que pour le Japon, la Corée et évidemment l'Inde, je pense que nous sommes dans un brouhaha inaudible d'où surnagent à peine 5-6 écrivains.

Le traducteur, c'est Claro. Il était interrogé par Gilles Heuré pour Télérama. Publié dans le n° 3090, l'entretien a également été mis en ligne (2/04/2009) : « Traduire, c’est parfois refaire un texte avec le sentiment de ne plus savoir écrire ». Egalement romancier et éditeur, Claro passe pour être « l'homme des auteurs difficiles » : c'est notamment à lui que l'on doit la traduction du Golden Gate de l'auteur indien Vikram Seth né à Calcutta en 1952. Paru en 1986, Golden Gate fut un premier roman remarqué d'abord pour sa forme : il est composé en vers, en hommage à l'Eugène Onéguine de Pouchkine. (1799-1837). On peut se faire un idée de la version française grâce à l'éditeur Grasset (2009, 337 p.) qui en offre les premiers sonnets.

Les propos du traducteur sur son art retiendront, je n'en doute pas, également votre attention. Je me contente ici de reproduire quelques bribes de l'entretien qui mérite d'être lu dans son ensemble et sa continuité :
  • « Passeur » ou « faussaire » ? : Un bon traducteur n'est pas forcément un écrivain, mais sûrement quelqu'un qui se sent obligé, presque moralement, de le devenir le temps d'une traduction. C'est donc un écrivain assez étrange : il est un double de l'auteur qu'il traduit et dont il doit intégrer le style, la vitesse ou la rythmique. Et en même temps, un écrivain dans sa propre langue. Le poète et traducteur Emmanuel Hocquard le dit très justement : « Je ne traduis pas, j'écris des traductions. »
  • De la fidélité du traducteur ? : La fidélité ne signifie pas qu'il faut rester collé au texte. Elle consiste à retrouver l'impulsion, c'est-à-dire ce qui a poussé l'auteur à écrire le livre, et à l'assumer dans une posture d'écriture, pas simplement de transposition ou d'équivalence.
  • Quid de « l'expérience » ? : Un traducteur ne devient pas meilleur avec le temps et la somme de ses traductions. Nous ne sommes pas des plombiers. Chaque texte présente ses difficultés propres et vous remet en cause. On peut ainsi aimer des textes et ne pas arriver à les traduire.
  • Quid de « la mise en déséquilibre » ? : C'est un moment très intéressant quand on aime les mots et l'écriture, parce qu'elle nous oblige à chercher comment un texte peut se tenir, se redresser. Les dictionnaires ne nous sont alors d'aucune aide, ils servent à tout sauf à traduire. Ce moment est vertigineux, il s'agit de refaire un texte avec le sentiment de ne plus savoir écrire. Ce qui est normal puisque traduire c'est d'abord défaire un texte, y compris dans sa propre langue.
  • Quid de « l'intraduisibilité » ? : C'est une notion que je ne peux admettre. Chaque texte exige les modalités de sa traduction. Un texte extrême pour telle ou telle raison, qu'elle soit musicale ou syntaxique, nécessite, comme les autres, d'inventer sa traduction. .../... Il faut aussi insister sur l'importance de la relecture de la traduction. Un éditeur peut en effet l'améliorer largement. Nous, traducteurs, pouvons réussir certains passages très compliqués et en rater d'autres, plus simples, parce que nous avons concentré notre énergie ailleurs. Personnellement, j'aime qu'un éditeur, ou son équipe, retravaille le texte. Quand vous rendez une traduction de mille feuillets et que l'on vous dit « c'est formidable », j'ai quelques inquiétudes.
  • De la durée de vie des traductions : Des traductions peuvent être périmées. Celles qui vieillissent le plus sont celles qui ont incorporé de l'argot, comme les anciennes Série noire. .../... Les retraductions sont rares, pour des questions financières. Il faut donc savoir choisir parce qu'une traduction doit durer longtemps.
  • « Loi du marché » vs « nécessité littéraire » : On assimile les livres à des produits, mais c'est idiot : un livre qui se vend à cent mille exemplaires aux Etats-Unis ne rencontrera pas forcément le même succès en France, même avec une promotion d'enfer.
Je vous laisse juge de ces différentes appréciations et positions qui pour ma part sont de salutaires stimulations. (P.K.)

dimanche 12 avril 2009

De la traduction du chinois… en Turquie

Je me souviens que, quand j’étais enfant, on m’avait raconté une blague, tout droit tirée de l’Almanach Vermot. Au moment de son exécution, on demandait à un condamné à mort quelles étaient ses dernières volontés. Celui-ci répondait que son seul et ultime désir était d’apprendre à parler le turc et le chinois avant de mourir… Aux yeux de l’humoriste, ces deux langues étaient donc les deux langues au monde les plus longues et difficiles à apprendre. J’ai bel et bien appris le chinois (au mois d’octobre 2009, je fêterai le quarantième anniversaire de mon apprentissage du chinois en me remémorant mes débuts à l’université de Provence sous la direction de Patrick Destenay qui nous initiait aux charmes des quatre tons, avant de commencer l’apprentissage des caractères dans la méthode américaine de Yale University, le fameux et excellent manuel de John DeFrancis), mais le turc m’est resté totalement inconnu. Il me faudrait sans doute encore une bonne quarantaine d’années avant de le maîtriser aussi bien que Marie-Hélène Sauner-Leroy, maître de conférences au département d’études moyen-orientales de l’université de Provence, actuellement en détachement à l’université de Galatasaray à Istanbul, qui m’a permis d’effectuer une mission dans le cadre des échanges Erasmus. Ce fut l’occasion de rencontrer des passionnés de traduction d’Istanbul, à l’occasion de conférences à ce sujet dans son université. La chaleur de l’accueil des autorités de l’université de Galatasaray – le professeur Kenan Gürsoy et le professeur Osman Senemoglu – n’a rien d’étonnant dans un pays aussi hospitalier que la Turquie et la qualité des discussions qui ont entouré les conférences a bien montré que, quelles que soient les langues traduites, du turc au français ou du chinois au français, les difficultés sont les mêmes.

Nous nous sommes demandé au passage comment s’était faite la traduction en turc de La Montagne de l’Âme et du Livre d’un homme seul de Gao Xingjian : à partir du chinois, du français… ou de l’anglais ? J’ai présenté aux collègues turcs et à leurs étudiants la méthode que nous pratiquions dans nos traductions : ni ciblisme, ni sourcisme, mais avant tout un pragmatisme qui permet de résoudre les difficultés du chinois au cas par cas, en respectant le texte original autant que faire se peut tout en soignant le style de la langue d’arrivée, dans le souci que le lecteur francophone profite au mieux de la lecture d’un texte de Mo Yan, Gao Xingjian, A Cheng, Su Tong ou Han Shaogong

Une autre conférence m’a permis de présenter Gao Xingjian, un auteur encore peu connu en Turquie, mais dont les deux principaux romans sont traduits. Les critiques qui ont été formulées après que le prix Nobel de littérature lui a été décerné en 2000 n’étaient pas sans rappeler à mes auditeurs turcs celles qui étaient apparues dans les milieux littéraires stambouliotes lorsque Oran Pamuk avait obtenu le même prix en 2006. L’évocation du rôle de passeur que Gao Xingjian a joué au début des années 1980 en Chine, quand il présentait à ses collègues écrivains l’œuvre de Ionesco ou celle de Prévert, et jetait les bases d’une réflexion sur l’« art du roman moderne » a manifestement reçu un fort écho auprès des enseignants de français de Galatasaray qui ont expliqué à quel point la littérature française a été influente en Turquie, depuis les grands classiques jusqu’au Nouveau Roman.

La découverte d’un pays réserve toujours des surprises… Sur le plan linguistique, si le turc m’a plutôt fait penser aux structures du coréen (la question ne semble pas tout à fait tranchée par les linguistes), l’influence au niveau du vocabulaire se manifeste ici et là. Nous avons en effet savouré de délicieux mantı (avec un i sans point), de petits raviolis dont le nom rappelle celui des mantou chinois. Le mot turc su pour l’eau semble bien venir de shui en chinois… et la porcelaine cini indique bien ses origines. Malheureusement, nous n’avons pas pu voir la collection de porcelaines chinoises conservée au palais de Topkapı (encore avec un i sans point) dont on dit qu’elle est une des trois plus grandes au monde. L’aile du palais où elle est exposée était en réfection… Une bonne raison de retourner à Istanbul.

Si M. Barack Obama se trouvait à Istanbul au même moment, ce n’est certes pas pour assister à des conférences sur la traduction, mais plutôt pour affirmer à quel point il estime nécessaire que la Turquie soit intégrée à l’Union européenne. Et le peu de temps où nous sommes restés en Turquie nous a prouvé que c’était certainement une bonne idée tellement ce pays paraît ouvert et prêt à se tourner vers l’Europe.

Noël Dutrait


samedi 11 avril 2009

Traduit du coréen (005)

La vie rêvée des plantes
de LEE Seung-U (이 승 우)

Paru en 2007, chez Zulma, dans une traduction de Choi Mikyeong (최미경) et Jean Noël Juttet, La vie rêvée des plantes (식물들의 사생활) est le deuxième livre traduit en français de Lee Seung-U. Le premier étant L’envers de la vie, (생의 이면) 2000, chez Zulma, traduction Ko Kwang-Dan (고 광단) et Jean-Noël Juttet.

Le titre de l’éditeur La vie rêvée des plantes, clin d’œil sans doute au film presque éponyme La vie rêvée des anges, a été préféré au titre des traducteurs, pourtant plus littéraire, La vie intime des plantes.

Il y a tout d'abord, au début, Kihyeon ce frère jaloux de Huyeon, photographe heureux et amoureux de la belle Sunmi, qui lui chante toujours la même chanson lancinante, en s'accompagnant à la guitare.

Kihyeon, ne parvenant pas à se faufiler au milieu de la relation amoureuse de son frère, quitte la maison familiale et dérobe, en partant, l'appareil photographique de son frère, pour le revendre à un magasin d'occasion, à Séoul. Mais dans l'appareil, la pellicule est restée. Et sur cette pellicule, défile l'histoire contemporaine de la Corée, car le photographe Huyeon n’est passionné que par le reportage « il prenait des clichés sous l'angle de la morale, il leur voulait une fonction militante » dira plus tard son frère.

Mais la dictature est là et la police partout rôde. Une descente dans le magasin photo, une saisie de l'appareil et de la pellicule, et Huyeon est emprisonné puis enrôlé de force dans l'armée. Au cours d'une manœuvre, une grenade explose à proximité. Huyeon a les deux jambes sectionnées. Il revient chez lui et avec lui l'enfer d’une vie gâchée. Même la belle Sunmi ne peut plus rien pour lui.

Dans la demeure familiale, l’apparente banalité de la vie est remplacée par la détresse de Hueyeon et le départ de Kihyeon. Il reste le père, asphyxié par la vie, qui regarde toute la journée la télévision retransmettre d'interminables parties de Go. Il est le seul à savoir parler aux plantes. Reste aussi la mère, comme la plupart des femmes coréennes, une mère courage, qui va jusqu’à transporter son fils infirme sur son dos, pour l'accompagner au bordel et lui éviter les crises de démence, au cours desquelles il déborde d’une vigueur sexuelle incontrôlable.

Kyhyeon, honteux décide alors de revenir et de consacrer sa vie entière à réparer sa faute. Il offre à son frère un nouvel appareil qui restera, une bonne partie du temps sur l'étagère de sa chambre. Huyeon n'a plus le goût à la photographie, car il ne trouve plus d’autres fonctions à la photographie que la fonction documentaire et réaliste qu’il lui accordait avant son accident. Il ne trouve pas le ressort esthétique de la photographie. A quoi sert le « beau » dans un pays au régime autoritaire.

Pour Kyhyeon, le temps de la repentance est arrivé en même temps qu'une enquête qu'il va mener sur sa propre mère, enquête financée par un mystérieux commanditaire. A son tour, il va s’occuper de son frère et se substituer à la mère dans l’ingrate tâche de lui trouver, préventivement à chaque crise, une fille pour quelques instants.

La présence chaste de Sunmi remplit de poésie la lugubre maison et bientôt Kyhyeon va tomber amoureux d'elle et se mettre à détester ce frère à qui Sunmi reste fidèle. Commence alors, pour chacun des protagonistes, une quête aux itinéraires multiples et aux résultats surprenants, dont la découverte de l'amant de la mère, son véritable amour.

La vie rêvée des plantes est un roman coréen assez inhabituel, au sens où il privilégie davantage les situations psychologiques et les interactions qu’elles peuvent avoir entre elles. Les problèmes existentiels se règlent à coups de symboles, particulièrement les symboles de plantes et d’arbres, dont plusieurs espèces parcourent l’histoire. La forêt de Lee Sang U accorde aux arbres communs ou arbres rares à l’abri desquels les personnages peuvent rêver, exhumer des profondeurs de l’inconscient, ce qui se joue à l’abri des regards et qu’aucun d’entre eux ne peut mettre en mots. Comme ce père qui a commandité l’enquête et qui établit le lien entre le monde humain et le monde végétal.

Roman coréen ? Assurément dès lors que l’histoire politique de la Corée sert d’arrière plan au roman, mais une Corée effacée, toutes en nuances, teintes au pastel, des couleurs puisées dans la connaissance de la culture occidentale de l’auteur.

Dans ce roman, le point de vue adopté est celui de Kyhyeon. C’est aussi le point de vue de la culpabilité et du désir de rachat. Il traverse tout le roman et nous fait penser à toutes les formes de culpabilité éprouvées par les Coréens, aux périodes critiques de leur histoire. C’est aussi le geste le plus significatif de Kyhyeon, lorsqu’il offre un appareil photo à son frère, pour photographier le beau, après la laideur de la période politique et prouve que l’esthétique, le sens du beau sont encore possibles après l’horreur. :

« Au fait, en regardant tes photos, je me disais qu’il y manquait quelque chose. Je ne savais pas quoi au juste, mais maintenant je sais, il y manquait les fleurs, les arbres, les nuages, la mer. J’étais d’accord avec toi en général, mais j’aurais bien aimé que tu te places du point de vue du sens et de l’imagination et pas seulement du point de vue de l’éthique… reprends ton appareil, regarde à nouveau le monde à travers l’objectif. Sers t-en pour nous montrer que le monde est beau. Comme cela, je me sentirais un peu moins coupable. Fais comme je te dis, fais le pour moi, s’il te plaît ». Pathétique supplique du coupable et invocation faite à la victime de nous montrer encore les raisons d’espérer dans une autre recherche des formes esthétiques.

Et ce roman le prouve, dans l’art d’écrire. D’un abord facilité par la qualité de la traduction, l’intrigue s’étire et serpente au milieu des symboles issus de la mythologie gréco-romaine, plutôt que de la mythologie coréenne, étrangement absente d’ailleurs. L’intrigue passe régulièrement au second plan. De l’enquête mystérieuse qui est menée, on ne sait presque rien, tout au long du roman. Lee Sang-U préfère une narration plus conceptuelle, plus évocatrice que descriptive. Dans une littérature romanesque mondialisée où sont souvent privilégiées les peintures de personnages et de caractères, les descriptions de situations, l’intrigue, Lee Sang-U s’échappe de cet étroit corset, même s’il reconnait qu’il faut que son écriture abstraite évolue « mais ce n’est pas facile », avoue t-il dans le même temps.

Lee Seung-U, né en 1959 dans le sud de la Corée, a débuté sa carrière grâce à une expérience religieuse qui le mènera vers des études de théologie, abandonnées quelques temps après, au profit de l’écriture. Ce passionné de culture occidentale se réfère plus souvent à Dostoïevski, Kafka ou Gide plutôt qu’aux auteurs coréens. Dans une interview donnée à la revue Littérature.com, Lee Seung U ne cache pas son statut de professeur à l’université, titulaire d’un cours de littérature et d’un autre cours « L’art d’écrire », l’équivalent coréen de nos ateliers d’écriture.

C’est un rapport étrange que l’on peut entretenir avec La vie rêvée des plantes. Des personnages qui deviennent vite familiers, une intrigue qui se déroule mollement sans grands bouleversements ni rebondissements et des situations que l’on peut définir par des procédés de « relief en creux ». Ajouté à cela, une vraie qualité d’écriture, parfaitement restituée par la traduction et vous avez quelques recettes simples du plaisir de lire.

Hye Gyeong Kim et Jean-Claude de Crescenzo


vendredi 10 avril 2009

De blog en blog (05)

Vous le savez déjà depuis le 11 février dernier, grâce à un billet intitulé « Les habits neufs de Leo2T », le site de notre équipe a revêtu ses nouveaux atours. Depuis peu, ils sont visibles dès la page d'accueil de notre université, savoir dans le bandeau défilant appelé « Fenêtres sur l'UP » qui permet de prendre la mesure de la richesse des sites et des blogs des diverses formations et équipes de recherche de l'Université de Provence, et, par la même occasion, d'accéder d'un seul clic de souris à ces nombreuses dépendances. Nous y apparaissons de la manière reproduite ci-dessus, en tête de liste, à la sixième position.

Pour nous le changement avait été motivé par la mise en conformité de notre image avec la nouvelle physionomie et le nouveau nom de notre équipe anciennement « Littérature chinoise et traduction » (les nostalgiques peuvent encore se rafraîchir la mémoire avec une vue de notre ancien bandeau). Malheureusement, ces modifications n'ont pas encore produit d'effets notables sur le contenu de notre site : nous allons devoir y travailler d'arrache-pied.


Pour ce qui est du site du Service Commun de la Documentation – Bibliothèques de l'Université, les modifications apportées ne sont pas que de façade. Si elle affirme d'emblée l'appartenance de ce site à la famille des sites de l'Université de Provence, la nouvelle interface facilite grandement l'utilisation à distance de cet outil indispensable autant à l'étudiant, qu'à l'enseignant et au chercheur. La qualité du travail réalisé par les équipes qui ont œuvré sur cette refonte est particulièrement remarquable, vous en rendrez compte très rapidement. De plus, un accès direct au catalogue figure sur la page d'accueil ; un lien permet aussi de s'abonner à une lettre d'information dont les numéros déjà parus sont tous téléchargeables : je vous recommande le bulletin n° 5 dans lequel Jean-Luc Bidaux propose un « Retour sur … Gao Xingjian à la BU d'Aix (2 et 3 avril 2008) ». Autre nouveauté notable, une fenêtre de la colonne de gauche fait défiler les dernières actualités.

L'une d'entre elles mérite toute notre attention car elle concerne la création d'un blog, Blog'UP, dont la vocation est affirmé dans son premier billet publié daté du 3 avril 2009 :
« Ce blog, nous l’espérons, vous permettra d’être plus au courant de ce qui se passe dans nos bibliothèques. Nous voulons construire avec vous un outil réactif, convivial et participatif (puisque nous vous invitons à nous laisser des commentaires !), un outil qui mette en valeur le travail que nous faisons et qui, surtout, vous aide à gagner un temps précieux dans vos recherches. »
Souhaitons le meilleur à cette excellente initiative dont on sait quelle est coûteuse en temps et en énergie. Merci donc à ceux qui sacrifient de leur temps pour nous en faire gagner.


« Faire gagner du temps » à autrui n'est déjà pas une opération très simple, « rattraper le temps perdu » en est une encore plus périlleuse. C'est pourtant ce fol espoir qui m'a poussé à créer les deux blogs dont il va être question maintenant.

Les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons depuis une dizaine de semaines s'avèrent, in fine, un excellent stimulant pour concrétiser un projet en gestation : je tiens, de ce point de vue, à remercier les services du Pôle TICE et notamment Mlle Lucie Fayolle pour leur implication, leur disponibilité et leur savoir faire. Or donc, voici deux blogs qui vont remplacer, un peu dans l'urgence, mon ancien site internet que je ne suis plus en mesure d'entretenir pour des raisons techniques ; ils vont également me permettre de mieux séparer les deux pans de mon activité, celle de chercheur d'une part, avec un site personnel qui devra s'adapter d'ici le début du mois de juillet à de nouvelles données techniques, et d'autre part, celle d'enseignant du Département d'Etudes Asiatiques d'UP.

C'est ainsi que le premier blog, « Pik UP Licence » (y accéder en cliquant sur le bandeau ci-dessus), s'adresse principalement aux étudiants de niveau licence ainsi qu'à ceux, de plus en plus nombreux, qui s'inscrivent au Diplôme universitaire de chinois, et traitera en priorité des cours de culture chinoise ancienne (histoire, littérature ancienne, système des examens) de première et deuxième années, alors que le second blog, « Pik UP Master » (y accéder en cliquant sur le bandeau ci-dessous), est entièrement dédié aux étudiants de niveau Master : ce versant sera sans doute encore plus propice que le précédent à accueillir des contributions autres que les miennes. Je compte, en effet, sur l'implication de ces apprentis chercheurs qui pourront y présenter les résumés des mémoires qu'ils préparent dans le cadre de ce diplôme, voire plus, s'ils en ont la volonté.

Inévitablement, les billets qu'on y trouvera intègreront des renvois vers mes contributions au blog de l'équipe qui, vous l'avez sans doute noté, s'est considérablement étoffé ces derniers temps avec pas moins de 20 billets pour le seul mois de mars - un grand merci à ceux qui ont ainsi permis de dépasser de deux billets le précédent record des 18 billets du mois de novembre 2007 -, ce qui porte à 275 le nombre de billets publiés depuis son ouverture en novembre 2006, et à quelque 44000 le nombre de visites reçues, la plupart de France ou de pays francophones, mais aussi, dans une proportion de plus en plus grande, des lointaines contrées (Chine, Taiwan, Japon, Vietnam, Corée, Thaïlande, Inde) de cet Asie qui nous réunit.


Avant conclure cette revue des nouveautés printanières, je voudrais vous signaler deux adresses à ne pas négliger tant elles remplissent bien la fonction principale qu'on attend d'un blog de cette nature. Il s'agit d'Electrodoc et des Actualités scientifiques du CECMC.

L'année dernière, je vous avais déjà signalé l'existence d'Electrodoc, blog de l'EHESS tenu par Jacqueline Nivard. Toujours aussi prompt à rendre compte de l'activité de la recherche sinologique, ce blog vient de changer de présentation et a fait évoluer la deuxième partie de son intitulé en « Chine-Occident : veille documentaire ». On le retrouve avec un grand plaisir sous le bandeau ci-dessous.

Un menu copieux vous y attend. Voyez plutôt à titre d'exemple : l'annonce du 24 mars 2009 d'une conférence de Viviane Alleton, directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, sur « L'apparition des idéogrammes », conférence donnée à la Cité de Sciences, le 28 janvier 2009 ; le 3 mars 2009, était annoncé la mise en ligne de plusieurs articles de chercheurs du CECMC sur le site de l’AFEC (Association française d’études chinoises) ; le 24 mars, on apprenait que « La revue Études Mongoles fondée en 1970 par Roberte Hamayon, [était] maintenant disponible sur la base de données Revues.org. » ; le 21 février, on lisait que « Dans le but d’élargir son audience, l’Association of Asian Studies propose le téléchargement gratuit de certains articles de sa revue Journal of Asian Studies sur le site de Cambridge Journals » ; le 29 décembre 2008, on était averti que « Le Centre pour l’édition électronique ouverte va accompagner la mise en ligne de vingt-deux nouvelles revues acceptées par le comité de rédaction depuis la rentrée. Parmi les nouvelles revues, il y a Extrême-Orient Extrême-Occident. Perpectives chinoises et sa version en anglais China perspectives étaient déjà présentes sur le portail. », ... Est-il besoin d'en rajouter pour vous prouver qu'on ne peut se passer d'Electrodoc et qu'il est impératif de s'abonner sans tarder à ses fils RSS.

Le même jugement pourrait être porté sur l'autre blog tenu par Jacqueline Nivard - Actualités scientifiques du CECMC - mais cette fois, je vous laisse tout loisir de le parcourir vous-même après vous avoir dit que CECMC veut dire Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine. Le CECMC a aussi sa page d'actualités et, bien entendu, son site, site dont la responsable n'est autre que Jacqueline Nivard !

Je suis d'autant plus heureux d'insister sur ce point qui n'est pas un détail, que j'ai pour cette webmistress infatigable une très grande reconnaissance pour m'avoir prodigué des encouragements pour ce blog qui, de plus, se trouve en bonne place dans les liens permanents d'Electrodoc, mais aussi une indéfectible admiration pour une des premières à s'être intéressée à l'internet en Chine, et avoir senti l'importance que cet outil prendrait pour la recherche sinologique. Il n'est que de relire son « Chine et internet. Comment constituer une bibliographie ? » paru dans la Revue bibliographique de sinologie en 2002 (pp. 21-42) qui avait été précédé dans le volume de l'année 1997 de la même défunte revue dont l'absence se fait, me semble-t-il terriblement sentir, d'un non moins pertinent « Chine sur Internet. L'apport de l'Internet Guide for China Studies » (pp. 29-33).

On peut aussi relire aujourd'hui avec attention et admiration l'article que Danielle Elisseeff donna au même RBS 2002, « La sinologie et le web. Outils d'aujourd'hui, outils de demain » (pp. 3-20). En voici le dernier paragraphe : « Cependant, sur un plan technique, tout est possible, ou presque ; c'est à l'expert du champ d'étude concerné qu'il appartient de marquer des limites, de définir des projets. En un mot, il faut que chacun garde son métier : sinologues, exprimez vos souhaits ; aujourd'hui ou demain, les mathématiciens-informaticiens les réaliseront pour vous offrir les outils dont vous rêvez, mais qui a jamais prétendu que rêver était simple ? ». Rêvons donc les yeux grands ouverts. (P.K.)

jeudi 9 avril 2009

In memoriam Henri Meschonnic

Je viens d'apprendre, grâce au billet que lui a consacré aujourd'hui 9 avril 2009, Pierre Assouline dans sa République des livres, la triste nouvelle de la disparition d'Henri Meschonnic qui vient de mourir à l'âge de 77 ans. Pour saluer le « théoricien du langage et de la littérature, traducteur, poète » (Fabula.org), cet « esprit rare » (P. Assouline) dont l'œuvre va continuer de rayonner encore longtemps, je reproduis ci-dessous un court passage de son « Introduction », à Poétique du traduire (Paris : Verdier, 1999, p. 85).



Henri MESCHONNIC

(18 septembre 1932 – 8 avril 2009)

« S’il n’y a pas, selon chaque œuvre, une modification corrélative dans le traduire, il y a ce qu’on peut définir comme la mauvaise traduction. La bonne est celle qui fait ce que fait le texte, non seulement dans sa fonction sociale de représentation (la littérature), mais dans son fonctionnement sémiotique et sémantique. Ainsi les critères de bon ou du mauvais ne sont plus des critères simplement philologiques définis par la bonne connaissance de la langue : [Jacques] Amyot [(1514-1593)] et Beaudelaire ont fait des fautes, mais leur traduction est bonne. Une traduction sans faute peut être mauvaise. Les critères ne sont plus des critères subjectifs, esthétiques, l’accomplissement d’un programme idéologique, des goûts d’un individu, d’un groupe, d’un moment. Ce sont les critères pragmatiques de la réussite historique, c’est-à-dire la durée, qui n’est rien d’autre qu’un fonctionnement textuel, une activité discursive de relais. Les exemples ne sont pas si rares. Les traductions mauvaises sont certainement plus nombreuses, comme les mauvais livres plus nombreux que les bons. Mais les bonnes sont exemplaires en ceci que, contrairement au caractère périssable donné pour inhérent à la traduction - comme si la traduction était dans son essence identifiée à la mauvaise traduction - elles montrent que la traduction réussie ne se refait pas. Elle a l’historicité des œuvres originales. Elle reste un texte malgré et avec son vieillissement. Les traductions sont alors des œuvres - une écriture - et font parties des œuvres. Qu’on puisse parler du Poe de Beaudelaire et de celui de Mallarmé montre que la traduction réussie est une écriture, non une transparence anonyme, l’effacement et la modestie du traducteur que préconise l’enseignement des professionnels. »

mercredi 8 avril 2009

Le Tao du web

C'est sous ce titre que Rebecca MacKinnon a récemment présenté une conférence au Berkman Center for Internet & Society (Harvard University). Pour être plus précis, le titre de son intervention était « The Tao of the Web: China and the Future of the Internet ».

Si vous êtes intéressé par les développements de l'internet en Chine, je vous conseille vivement de regarder les 53 mm du document vidéo accessible à partir de cette dépendance de l'Université de Harvard. Voici ce dont il y était question ce 3 mars 2009 :
« Most English-language discussions about « the future of the Internet » approach the subject from an Anglo-American and European perspective. But what if you take China - now with the world's largest number of Internet users, fast-growing technology sector, and a strong voice in global Internet governance debates - as your starting point for thinking about where the global Internet is headed? What are the implications for global free expression? Rebecca MacKinnon explores these questions and others in this lunch series. »
L'exposé de Rebecca MacKinnon, abondamment et pertinemment illustré, réactualise avantageusement certaines données et ouvrira de nouvelles perspectives aux plus blasés des surfeurs sinophiles. Il faut dire que nul autre ne semble mieux placer qu'elle pour aborder aussi clairement ce sujet et présenter aussi finement ses implications actuelles et futures. Pour l'heure assistant professor au Journalism and Media Studies Centre de l'University of Hong Kong, Miss MacKinnon, qui a eu jusqu'à présent une vie professionnelle et académique brillante, est également la co-fondatrice avec Ethan Zuckerman du site internet Global Voices.

Depuis 2005, Global Voices a pour vocation d'aider « individuals and media professionals around the world [to] gain access to the diverse voices coming from citizen media. [Global Voices ] base [its] coverage on the words, images, and videos of ordinary people across the globe who use the internet to communicate and broadcast their thoughts, analysis, and observations. » C'est devenu un passage obligé pour qui s'intéresse à ce qui se passe en Asie ou dans le reste du monde online. On peut lire ce qu'y propose une communauté de bénévoles en 17 langues dont le français. On peut même apporter son soutien à cette entreprise devenue indispensable.

Jugez-en par vous-même en consultant le dernier billet en anglais publié sur la Chine. On le doit à Owan Lam : « Psychiatry with Chinese characteristics ». Pour le français, c'est « Le communiqué franco-chinois au G20, une glorieuse défaite ? » qui est la traduction française par Suzanne Lehn (5/04/09), du billet anglais « China-France communiqué and G20, a glorious defeat ? » de Bob Chen (3/04/09). De lui, je vous recommande également un billet très différent publié le 9 mars : « Most wanted fugitive now blogging ? » (9/03/09). Incredible. (P.K.)


dimanche 5 avril 2009

Devinette (020)

Emblème de charge administrative chinoise de niveau 2A
sous la dynastie Qing 清 (1644-1911) [Source].


Le texte suivant, baptisé « Une tradition », est, sachez-le, une traduction réalisée directement à partir d'une langue orientale. Je vous le livre dans sa totalité et vous invite à trouver son auteur, ainsi que le nom de l'œuvre dont il est tiré, et, pour les plus intrépides d'entre vous, le traducteur :
A Oulumutsy, ma fonction était de délivrer et de viser les passeports des morts qu'on transportait d'Oulumutsy dans l'intérieur de la Chine. Sans passeport, l'âme des morts n'aurait pas pu franchir la grande muraille.
Cette tradition, imposée par je ne sais qui et datant de je ne sais quand, me parut si ridicule que j'obtins du Gouverneur Militaire l'autorisation de la supprimer. Tout le monde m'approuva. Dix jours plus tard, le bruit courut que les esprits gémissaient dans la ville. J'en augurai que les petits fonctionnaires inventaient des histoires pour ne pas renoncer au bénéfice des passeports et je ne tins pas compte de l'avertissement. Mais un soir de pleine lune et de nuit claire, me promenant dans le jardin, avec mon ami Koun, exilé comme moi, j'entendis devant la fenêtre de ma chambre d'étranges rumeurs qui semblaient s'éloigner à mesure que nous avancions. Mon ami me dit :
« Votre décision est certes raisonnable, mais l'incident de ce soir me paraît significatif. Reprenez la vieille tradition et délivrez de nouveau les passeports. Je crois que les esprits ne vous importuneront plus. »
Je suivis dès le lendemain le conseil de mon ami. Et à dater de ce jour, on n'entendit plus gémir dans la ville ni hors de la ville.
Je m'engage à vous livrer la solution très prochainement. Degré de difficulté : élevé pour tous, évident pour une petite poignée de savants qui peuvent néanmoins répondre en livrant des indices complémentaires mais sans dévoiler la solution à cette vingtième devinette. Bonne chance. (P.K.)