lundi 26 novembre 2007

Petit rappel

Si vous êtes un fidèle de ce blog, vous savez déjà que notre équipe a inscrit dans ses projets pour 2008, la création d'une revue en ligne dédiée à la traduction des littératures d'Asie et baptisée

Impressions d'Extrême-Orient.

Je ne reviens pas en détail sur les objectifs visés et les règles édictées pour y parvenir, car on les trouvera ici, sur ce blog, ou sur le site de l'équipe. Je me conterais pour l'heure de rappeler à ceux qui seraient tentés de participer activement à cette aventure que le thème retenu pour se numéro initial est le voyage : voyage réel ou virtuel, onirique ou d’exploration, et que la date limite fixée pour la réception des propositions est, jusqu'à nouvel ordre, le 15 décembre.

Pour l'heure seule, Solange Cruveillé a répondu à l'appel, en traduisant la deuxième anecdote d'introduction du 21e conte d'un recueil de contes chinois en langue vulgaire du XVIIe siècle intitulé Xihu erji 西湖二集, montrant un lettré qui, en s'égarant sur le chemin le conduisant à la capitale où il va passer les examens impériaux, rencontre une aimable renarde.

De mon côté, j'ai finalement arrêté mon choix sur un texte du Xianqing ouji 閑情偶寄 dans lequel Li Yu 李漁 (1611-1680) parle, à sa manière, forcément originale, du voyage.

Et vous, quelle merveille inédite avez-vous l'intention de nous faire découvrir ? Je vous encourage à faire rapidement vos propositions, car vos traductions, une fois acceptées, devront suivre un long parcours qui passe par une évaluation devant le comité de rédaction, leur mise en forme, avant d'être accessibles, au début du printemps prochain, aux lecteurs amateurs de surprises littéraires venus de l'Orient extrême. (P.K.)

Ajout du 30/11/07 : Noël Dutrait vient de faire connaître son choix par un commentaire attaché à ce billet dont voici le texte : « Les étudiants de Master 1 de chinois préparent une traduction d'un texte de Cao Naiqian 曹乃谦 (1949-) intitulé « Jujube sauvage ». Il y est question d'un voyage réel, d'un voyage onirique,... et de la dure réalité. Et je pense que vous n'oublierez pas, après lecture, le personnage de la jeune femme appelée Yesuanzao, Jujube sauvage... » On en a l'eau à la bouche ?

Ajout du 12/12/07 : Louise Pichard-Bertaux a choisi une nouvelle de Chat Kopchitti (1954-) publié en 1983 sous le titre de « Klap ban kuet » (De retour au village) qui est un voyage à la fois dans l'espace, de la ville à la campagne, le temps, avec un retour vers l'enfance, et « aussi un voyage intérieur qui fait réfléchir le narrateur à la construction de sa vie urbaine entièrement tournée vers la consommation. »

Super Toby

Encore un billet au titre douteux ! Mais, ne m'en veuillez pas, je n'ai pu résister : mettez cela sur le compte d'une privation d'université pendant de longues semaines sans date de réouverture annoncée. Ce titre est en fait le condensé de celui d'un billet de Danwei (et oui encore !) intitulé « Super-agent Toby Eady on the importance of agents for Chinese authors » (24/11/07) qui donne la parole à M. Toby Eady que Jeremy Goldkorn présente ainsi : « Guest contributor Toby Eady is a London-based literary agent who represents Jung Chang [Zhang Rong 張戎 (1952-)] (Wild Swans [Three Daughters of China, 1991]) and Xinran Xue (The Good Women of China).» C'est aussi, peut-on ajouter, le fils de la romancière Mary Westley (1912-2002).

Voici donc les meilleurs moments de ce plaidoyer en faveur de l’exclusivité de l’agent littéraire en milieu chinois [c'est moi qui souligne] :

Chinese Authors – beware when fools rush in.
« I have a Chinese author whose work I and everyone at my agency all admire tremendously. Over the course of four years, after countless rejections from commercial publishers, we persuaded a respected university press in the US to buy the book and pay for a top translator. That process took meetings in New York, Frankfurt and in Beijing with the author. On the back of this, Penguin US bought the paperback rights and will distribute throughout the world. The book had recently sold to a very good publisher in France and Italy. We were beginning to get the right sort of reviews, attention and interest. And then I found out the author had been approached by a new literary agency based in Hong Kong and persuaded to sign a contract with them to represent his new novel. »
« From having worked with Chinese authors for the last twenty years, I know that publishing culture is different in China. It is a sign of success to have five different publishers and of failure to have one. In China there are many different cities with their own publishing house. In the West, the most important thing is
continuity; an author who is shopping around, changing publishers, agents is either a « celebrity » or an author who will soon be without a publisher.
For a publisher in the west to make a success of a Chinese author they have to find the right translator – not all translators are suitable for an author’s style.
To edit a translation takes time – at least 6-8 months, in many cases years - and a fine eye and ear and the time to use them. There are very few corporate publishers who can offer that.
To most Western publisher - and agents- all of this time, travel and energy would not be worthwhile. So a Chinese author has to find an agent who has the experience to give your book that attention, put that work in: find you a top translator and a publisher who believes in continuity and understands how to publish Chinese authors and there are precious few of those about, with honourable exceptions. Always remember, it is a relatively small market: translation makes up
5% of most publisher’s lists. Most translations into English sell more copies in Australia, Canada than England and certainly more than the US, with certain high-profile exceptions. (...)
Publishing in the west – like driving – can be frustratingly slow for the Chinese. But if you are translated properly, published intelligently you can sell in up to thirty languages, earn money over years from royalties that you never imagined. If not, you will sink with little trace. (...) ... having two agents representing one author might cause confusion. This makes me worry a great deal for the future of authors who sign up with these new agencies that have sprung up. Their attitude is evidence of dangerous clash of publishing cultures. Most of us publishing in the west know each other and know the dangers I’ve outlined. No publisher wants, or is happy to buy and give their time to an author who is being shopped around by different agents. What they want is continuity and authors would be wise to want it too. » [Pour l'arti
cle entier, voir ici]
Vous aurez noté avec satisfaction que Toby Eady conçoit que le temps est un des éléments majeurs à prendre en considération pour obtenir une bonne traduction et devrez également apprécier ce qu’il a dit dans un article de CNN.com :
« Time is the greatest and most imposing factor, » Eady says. « In order to get a book published you have to be ready for it to take three years. » Preparing a manuscript for publication leads to the inevitable « Westernizing » of a Chinese work, he says. Chinese is a « pictorial » language, structured differently from Western languages, Eady says. « It's a completely different way of thinking. Inevitably, some minor alterations will be made. » Additionally, there are few translators available to publishing houses who can provide top-level, nuanced translation, Eady says. « Most are young and underpaid. »
Il n'en fallait pas plus pour renforcer ma sympathie et aiguiser ma curiosité : dans un premier temps, je me suis demandé qui était l'auteur dont il est question dans le paragraphe liminaire de son intervention ? A cette question, je n'ai pas de réponse définitive : le commentaire posté par Fritz (le 24/11/07 à 12:03PM) pourrait mettre sur une piste ; je le cite : « Is Mr. Eady's client the one that wrote the chairman bio ? » Dans ce cas ce serait Zhang Rong/Jung Chang co-auteur avec Jon Halliday de Mao. The Unknown Story (2005). Mais ce pourrait tout aussi bien être Zhu Wen un des auteurs de Toby Eady dont une œuvre a été publiée par les Presses de l'Université Columbia. Mais il ne s'agit là que de conjectures. Si vous avez des lumières, merci de nous en faire profiter.

Par acquis de conscience, je me suis rendu sur le site de Toby Eady Associates pour voir qui sont leurs auteurs chinois. La page d'accueil indique que la société a été créée en 1968, et elle en fournit la philosophie : « As a smaller, more personal agency we believe that books should be published with commitment, passion and imagination. We are looking for stories that demand to be heard. » Mais, alors que je m’attentais, et vous aussi sans doute, à trouver une longue liste d’auteurs chinois, le site n’en propose que trois (voir ici) ! Les voici :

Trois clichés du Weiminghu (Université de Beijing) pris en septembre 2006.

Diane Wei Liang

« [She] was born in Beijing. She spent part of her childhood with her parents in a labour camp in a remote region of China, and the other part in Beijing with her mother when her parents were forced to live and work in different cities. She studied psychology at Peking University. In 1989 she took part in the Student Democracy Movement and was in Tianamen Square. Later that year, she left China for the USA. Diane has a Ph.D in Business Administration from Carnegie Mellon University and was a business professor in the USA and UK for over ten years. » Elle vit maintenant à Londres avec son mari et ses deux enfants. Son premier roman a été publié en 2003. C'est Lake With No Name qui a été traduit de l'anglais par Elise Argaud, sous le titre Les Amants de Tiananmen sortis dans la collection « Regards croisés » aux Edition de l'Aube (2006, 368 p.) qui le présentent ainsi :
« Lentement, la place Tiananmen se déploya devant nous comme un vieux livre de contes de fées. Au nord, la magnifique porte de la Paix céleste (Tiananmen) surplombe la place dans sa splendeur pourpre et or. […] Plusieurs milliers de gens devaient y déambuler, mais la place me paraissait déserte. Dans mes souvenirs, tout était différent : sept ans plus tôt, cet endroit avait été un champ de bataille envahi par de jeunes Chinois avec du sang sur la chemise, sur le bandeau et dans les yeux. Les drapeaux flottaient au vent. Où étaient passés tous ces jeunes gens de dix-huit ans, où étaient-ils à présent ? »
Le 4 juin 1989, à Pékin, les chars entrent sur la place Tiananmen – et les jeunes rêves de démocratie et de liberté basculent, en même temps que la vie de Wei, une jolie étudiante promise à un bel avenir. Elle se réfugie aux États-Unis où elle a obtenu une bourse, cœur et espoirs brisés.
Sept ans après, Wei rentre à Pékin, prête à retrouver parents, amis et amours…, et nous confie un roman passionnant, tant par l’Histoire que par son histoire. »
The Eye of Jade (2007), le dernier roman de Diane Wei Liang, dont je n'ai pas réussi à identifier le nom chinois, devrait voir le jour cette année aux Editions Robert Laffont. Peut-être en reparlera-t-on ?


Zhu Wen

D'un an le cadet de Diane Wei Liang , Zhu Wen est quant à lui du Fujian et diplômé de l'Université de Nanjing en 1989. « From 1989 to 1994 he worked as an engineer in a thermal power plant, during which time he began writing fiction. Since he became a full-time writer in 1994, his work has been published in many of Mainland China's most prestigious literary magazines, and he has produced several poetry and short story collections, a full-length novel and three films. Over the course of his writing career, Zhu Wen has established himself as a pivotal figure in Post-Mao Chinese literature, to whom other authors of his and younger generations look for inspiration. His success in recreating on the page the brutal absurdities of contemporary China has turned him into a representative voice of the 1990s and beyond. »

I Love Dollars and other Stories in China (trad. et préface par Julia Lovell) a été publié par les Columbia University Press en 2007. Un excellent compte rendu en a été donné par Sébastian Veg dans le n° 98 de Perspectives chinoises ; il est disponible en ligne ici et s'achève ainsi :
« Notre hypothèse est que Zhu Wen, au-delà du cynisme de ses narrateurs, cherche à développer une critique de la société de consommation qui ne soit pas simplement moralisante – un positionnement qu’il a le mérite de ne jamais adopter. Tout en soulignant la liberté relative, en particulier dans la vie individuelle, qu’a permis la libéralisation économique, il montre l’écrasement des individus sous une multiplicité de structures de pouvoir, dont l’unité de travail socialiste continue à faire partie, mais qui englobent aussi la structure familiale traditionnelle, et la violence économique du capitalisme débridé. L’humour et l’ironie des narrateurs donnent corps à cette résistance diffuse qui, si elle comporte une part de cynisme, ne se réduit pas à une posture. En somme, l’édition opportune de ce recueil, servie par une excellente traduction, nous permet d’entendre la voix d’un écrivain et réalisateur novateur, qui contribue à construire le monde littéraire chinois actuel. »

Wu Fan 吴帆

« Fan Wu grew up on a farm in southern China, where her parents were exiled during the Cultural Revolution. she moved to the United States in 1997 to study at Stanford University and began to write in 2002. (...) She lives and works as a web editor in California. She writes in both English and Chinese and is working on a second novel and a short story collection. » Son premier roman, February Flowers (2006) devrait voir prochainement le jour en traduction chez Philippe Picquier. Une visite à son site (ici) vous permettra de mieux faire connaissance avec cette auteur qui vit à San Jose en Californie et travaille dans l'édition de sites internet. On y trouve notamment des jugements très enthousiastes sur ses écrits (ici), dont celui-ci sur February Flowers signé par Xinran :
« An original and unforgettable story. Just like the flowers referred to in the title, Fan Wu's novel is brimming with passion, vitality, and hope. The girls in this book are the daughters and granddaughters of The Good Women of China, and are products of the society both modern, expansive, and communistically introvert. »


Justement un mot sur (Xue)
Xinran 欣然 (1958-), journaliste-écrivain et âme de l'association « The Mothers’Bridge of Love ». Elle est connue en France pour ce The Good Women of China, qui est devenu Chinoises dans la traduction de Marie-Odile Probst (Picquier, 2003) et Funérailles célestes traduit de l'anglais par Maïa Bhaâratî (Picquier, 2005). On peut encore lire (ici) une interview réalisée le 13 mars 2005 par Emmanuel Deslouis pour le site Eurasie. Son dernier livre, Miss Chopsticks devrait sortir en français sous le titre Baguettes chinoises (début 2008). Dans un article du Guardian (13/07/2002), où Xinran est chroniqueuse, Angela Lambert citait Jung Chang : « When [Xinran] told me her stories I found them so interesting that I introduced her to my agent, Toby Eady. » Elle en est devenue l'épouse.

Pour en revenir à Toby Eady, on apprend ailleurs, qu'il est aussi l'agent de Ma Jian 馬健 (1953-), auteur bien connu des Français grâce à cinq traductions. La dernière en date étant ce bol de Nouilles chinoises traduit par Constance de Saint-Mont (Flammarion, 2006). Certains d’entre vous y ont-ils trempé les lèvres ?

Ceci dit, que penser des choix de Toby Eady qui semblent faire la part belle à des auteurs chinois, qui, mis à part Zhu Wen, vivent tous en dehors de Chine dans un environnement anglo-saxon et écrivent tout ou partie de leur œuvre en langue anglaise ? (P.K.)

P.S. : De son côté, Ha Jin 哈金
[Jin Xuefei 金雪飞 (1956-)], présent dans nos librairies avec quatre titres déjà, a les honneurs du Sunday Book Review (25/11/07) du New York Times pour son nouveau roman écrit en anglais, A Free Life (Pantheon Books, 660 p.), dont on peut découvrir le premier chapitre ici [Ajout du 30/11 : Rebelote dans The New Yorker daté du 3 décembre avec rien de moins qu'un long compte rendu signé John Updike (1932-) qu'on lira ici.] Le spécialiste de littérature chinoise ne peut donc plus se contenter du chinois pour embrasser la création littéraire chinoise de notre début de siècle. Mais jusqu'à quand ces auteurs chinois-là - on peut, entre autres, ajouter dans cette liste les noms de Qiu Xiaolong et d'Amy Tan, déjà évoqués sur ce blog (voir ici) - seront-ils considérés comme des auteurs chinois ? La blague des Two Stupid chickens reproduite plus haut exprime très bien, me semble-t-il, la perplexité dans laquelle nous plongent ces questions. (P.K.)

Ajout du 12/12 : On lira avec grand plaisir et attention le billet que Bertrand Mialaret a consacré au dernier opus de Ha Jin sur Rue89.com :
« Le premier roman "américain" du "chinois" Ha Jin » (11/12/07), voir ici.

lundi 19 novembre 2007

Ansi fonds, fonds, fonds

Je sais : le titre de ce billet est un peu tiré par les cheveux, mais il va vous présenter trois fonds bibliographiques qui pourraient rendre de précieux services aux assoiffés de lecture que vous êtes, alors un peu d'indulgence, s'il vous plaît. Ces fonds, les voici dans l'ordre décroissant de leur taille.

Gallica 2

Gallica était jusqu’à présent la seule bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France. Gallica 2 est la nouvelle version de cette bibliothèque. Elle nous arrive dans sa version beta (ici) : dotée d'un nouveau mode de recherche plus performant fournissant des outils de tri très utiles, avec en plus la possibilité de créer son espace personnel avec ses documents et ses étiquettes lesquelles permettent de marquer les pages des documents à l'aide d'un ou plusieurs mots. On trouvera tous les détails sur ces nouveautés ici. Voici, en complément, un avis documenté sous la plume d'Alexandre Laurent pour NetEco, Le rendez-vous des acteurs du e-business : « Bibliothèque numérique : la BNF veut avancer » (14/11/07) :
« Avec environ 90.000 documents en ligne, le projet Gallica ne permettait qu'un maigre aperçu des ressources que recèle la Bibliothèque nationale de France (BNF). La deuxième étape du projet, surnommée Gallica2, devrait cependant considérablement enrichir les fonds disponibles puisqu'il est question de numériser 300.000 ouvrages supplémentaires d'ici 2010. Les premiers, accessibles en mode texte et non sous forme d'images, devraient faire leur apparition sur le site Gallica2 dès le début de l'année prochaine. 26 millions d'euros alimenteront ce projet financé par le gouvernement sur les trois ans à venir. L'objectif n'est pas simplement de donner accès à ces données, livres ou journaux, mais également d'en assurer la conservation. « La BNF est désormais dans une phase de numérisation de masse et la question de la pérennité des données devient cruciale. Nous devons constituer un entrepôt numérique intelligent, un système de conservation qui garantit leur pérennité, y compris en fonction des changements de formats », explique Bruno Racine, président de la BNF. »
On peut parfois regretter la simplicité d’utilisation de l'ancien de Gallica qui est toujours praticable. Dans son état actuel, le fonds des ouvrages numérisé de la BNF est déjà fort riche en matériaux intéressants certains aspects des études sur les littératures d'Asie : chacun y trouvera, j'en suis sûr, de quoi élargir ses horizons.



Le Fonds Asie du Sud-Est de la MAP
(Maison Asie-Pacifique)

Depuis sa création en 1993, ce fonds « n’a cessé de croître et est aujourd’hui l’un des fonds les plus importants en France sur cette région du monde. » Il est accessible en ligne à partir d'ici , la liste des périodiques est consultable ici. A partir de la page de présentation (ici), on trouve également un lien appelé « Liste d'acquisitions » qui permet de connaître les achats réalisés récemment. La responsable du Fonds Asie du Sud-Est, Madame Louise Pichard-Bertaux, spécialiste du Thaï et du Birman est membre de notre équipe. C'est dire combien ce fonds nous est cher.

Ajout du 20/11/07 : Louise Pichard-Bertaux me communique, ce jour, « l'adresse du site de DocAsie, réseau des documentalistes et bibliothécaires travaillant sur l'Asie en France, et ajoute : « Nous avons rassemblé sur une page du site les liens vers les catalogues des bibliothèques et centres de documentation membres du réseau, et cela forme un outil intéressant pour les chercheurs et les étudiants » sur l’Asie.


Last but not least, ce dernier fonds nous est également très précieux, malgré sa modeste dimension : il s'agit des livres et des revues qui constituent la bibliothèque de notre équipe et que Solange Cruveillé a savamment et patiemment répertoriés. Le fichier comprenant quelque 520 entrées est depuis quelque temps déjà accessible à partir d'ici. Cette présentation qui permet de prendre facilement la mesure de nos richesses - et de nos lacunes - en est encore à sa version beta. Les remarques que vous ferez nous aideront à l'améliorer. De même, que nous acceptons avec plaisir les suggestions des utilisateurs – les livres sont conservés dans le bureau de notre équipe [B067, Cente d’Aix] -, nous acceptons les dons de fonds documentaires en rapport avec nos sujets de prédilection, notamment s'ils émanent d'éditeurs soucieux de travailler à la promotion des littératures asiatiques dans le milieu universitaire.

En conclusion, je vous rappelle que les liens vers ces trois fonds figurent dans le bandeau gauche de notre blog à côté de celui qui permet d'accéder au fichier de la Bibliothèque Universitaire de l'Université de Provence, dont les ressources sur l'Asie seront plus nombreuses dans l’avenir, avec le fonds Gao Xingjian, notamment, mais aussi grâce à l'engagement de Jean-Luc Bidaux, un autre membre de notre équipe.

Bonus de dernière minute : je viens de découvrir que le site de vente en ligne Amazon propose en bas de ses pages un accès direct vers son versant chinois Joyo 卓越. Il ressemble beaucoup à son grand frère américain, avec, notons le, une offre beaucoup plus limitée dans les ouvrages et des restrictions dictées par des impératifs qui ne sont pas du tout commerciaux. Une recherche sur Gao Xingjian est, pour l'heure, vouée à l'échec [voir l'illustration ci-dessous].


Enfin, à propos de marionnettes, j'aime beaucoup ce passage des Nouveaux mémoires sur l’état présent de la Chine du Père Louis Lecomte (1655-1728), dont j'ai pu prendre connaissance grâce à Gallica. Le voici dans sa version de 1696 :
« On y represente aussi divers spectacles pour divertir le peuple ; et il y a des gens cachez, qui par le moyen de plusieurs petites machines font joüer des marionnettes de grandeur humaine, dont les actions sont si naturelles, que ceux mesme, qui en sçavent l' artifice, ont de la peine à ne s' y pas méprendre. Pour moy, j' avouë, madame, que je n' y ay point esté trompé, parce que je n' ay jamais assisté à ces spectacles ; ce que je vous en ay dit, est sur le rapport des chinois, et sur la foy de quelques relations, dont les auteurs sont connus, et que je ne voudrois pas condamner. »
Source BNF : Nouveaux mémoires sur l’état présent de la Chine. Paris : J. Anisson, 1696. [pp. 342-343] (ici). NB. Ce livre a été publié sous le titre : Un Jésuite à Pékin, Nouveaux mémoires sur l’état présent de la Chine, 1684-1692. Paris : Phébus, 1990 (Voir p. 213). (P.K.)

jeudi 15 novembre 2007

Devinette (008)

Pour notre première devinette depuis bien longtemps - un peu plus d'un mois déjà ! -, il s'agit de trouver le signataire de cette lettre et d'identifier le livre chinois dont la lecture le ravit autant :
Cher Moser,
Grand merci pour l'argent ! - Le temps est redevenu si mauvais, qu'il faut renoncer à l'espoir de te voir demain. - Je me suis trouvé tout à fait mal depuis dimanche : j'ai dû recourir au médecin et à la pharmacie. Maintenant, cela va mieux. - Mon éditeur Campe m'a fait visite ces jours-ci. - Je ne puis écrire que peu. - Je te prie de demander à Lehmann les trois livraisons des
Annales politiques ; je les reprendrai quand j'irai te voir. - Outre les romans français, je recommence à m'occuper de l'histoire d'Angleterre. Je t'en prie, laisse un moment le sanscrit, et apprends le chinois, et traduis-moi un roman chinois : c'est ce qu'il a de mieux à faire et à lire. Depuis que j'ai fait connaissance avec les Deux Cousines, mon âme est à Péking, Nanking, To-tzong, et autres lieux dont je ne puis prononcer le nom.

Je t'embrasse : adieu. Ton ami
.
Indices : des éléments de réponse ont déjà été divulgués sur ce blog ; cette lettre a été écrite dans une autre langue que la nôtre ; les illustrations retenues ici peuvent sans aucun doute aider les plus hésitants. A très bientôt pour la solution de cette devinette qui ne devrait pas vous tenir longtemps en haleine. (P.K.)

mercredi 14 novembre 2007

Qui est...

… ce « romancier, dramaturge, metteur en scène et peintre qui s’est imposé en Chine comme l’un des pionniers du théâtre et de la littérature d’avant-garde. En brisant, en 1983, avec sa pièce Arrêt de bus, plus de cinquante ans de convention théâtrale, il devient une des cibles d’un régime soucieux de limiter l’influence occidentale. En 1987, sa pièce est interdite. Il connaîtra alors des moments difficiles dans son pays. Après les événements de Tian'anmen, il décide de s’exiler, s’installe à Paris en 1988 et obtient la nationalité française en 1998. Ses oeuvres sont interdites en Chine. Espace francophone lui avait consacré une émission-portrait quelques mois avant qu’il reçoive le Prix Nobel de littérature en décembre 2000 » ?

Pour ceux qui n'auraient pas trouvé,
la réponse est :
Gao Xingjian 高行健.


Ce portait auquel fait référence ce petit texte de présentation est visible sur tv-francophonie.com, la télévision de découverte francophone. Pour y accéder, il faut se rendre sur le site de cette télévision à l'interface quelque peu datée et suivre les différentes étapes suivantes : choisir « Regarder les émissions », puis « les émissions par thèmes », puis « Ecrivains francophones ». Faire ensuite défiler les sujets dans la fenêtre jusqu'au film « Gao Xingjian, la lumière de l’encre » qui se trouve entre « Vénus Khoury Ghata, des lettres du Liban » et « Gaston Miron, un portrait rapaille ». Les illustrations de ce billet sont empruntées à ce film qui dure 26 minutes et 45 secondes, dans lequel Gao parle de sa vie, de son œuvre écrite, picturale et dramaturgique. (P.K.)

Tout ce que...

... vous avez toujours voulu savoir sur le chinois sans avoir jamais osé le demander.

Pour lire le chinois et le traduire, il faut avant tout le connaître et l’apprendre. Une foule d’ouvrages existent qui permettent d’apprendre le chinois, ainsi que des grammaires, des dictionnaires, des outils qui restent toujours très utiles.

Rares sont cependant les ouvrages qui risquent une synthèse au sujet de la langue chinoise. C’est pourquoi il faut saluer, à mon avis, la parution du très intéressant et très utile Parlons chinois de Zhitang Yang-Drocourt (L’Harmattan, 2007).

Mme Yang-Drocourt, sinophone d’origine, est maître de conférences à Langues’O et chercheuse au Centre de recherches linguistiques sur l'Asie Orientale (CNRS). Elle analyse et expose en termes très clairs – et même souvent avec humour-, toutes les composantes de ce qu’on appelle aujourd’hui « le chinois », la langue la plus parlée au monde. Et, au fil des pages, on s’aperçoit que cette notion de « chinois » recouvre finalement des entités très nombreuses : le putonghua 普通话 (un mot apparu pour la première fois en 1906 !), le guoyu 国语, le mandarin, le hanyu 汉语, les différents dialectes… Les pages qui retracent l’historique des différentes transcriptions inventées par les Chinois pour transcrire leur langue sont aussi passionnantes. On apprend aussi que la prononciation choisie pour la langue commune aurait très bien pu être une prononciation du Sud et non du Nord. Un vote en a décidé autrement. Dans ce cas, on serait peut-être moins perdu à Canton, mais plus à Pékin !.. Les caractéristiques linguistiques du chinois sont aussi exposées en termes très accessibles ainsi que les différents niveaux de langue : chinois parlé, chinois écrit, registre soutenu.

Ce livre va être utile aux lycéens avancés, aux étudiants, aux enseignants et aussi… aux linguistes spécialistes d’autres langues qui auront, en 374 pages, sous les yeux un panorama exhaustif de cette langue. (N.D.)

mardi 13 novembre 2007

Miscellanées (006)

En découvrant Nonfiction.fr, le [tout nouveau] portail des livres et des idées, je suis tombé sur l’article de Frédéric Martel mis en ligne le 8/11/07, intitulé « Used Books : Google, Amazon, Wikipédia et la Bibliothèque d'Alexandrie ». En fait, il s'agit d'un utile compte-rendu du long article de Anthony Grafton, « Future Reading Digitization and its discontents » paru dans The New Yorker, qui résume comment après « avoir fait l'historique, de Gutenberg à nos jours, de ces projets d'encyclopédie de tous les savoirs, reliant les époques, et reliant les techniques », le professeur d'histoire à Princeton, « décrit le futur des livres à l'âge de Google, Amazon et Wikipédia ». La conclusion est la suivante :
« Universitaire classique, Grafton n'en termine pas moins son intéressant papier par une note paradoxale que l'on trouvera optimiste ou non, selon si on est technophile ou technophobe. Beaucoup de gens, dit-il en substance, continueront malgré tout à lire les livres, à l'ancienne manière (« the old way »). Et les nouvelles technologies, puissantes comme elles le sont, continueront « à illuminer », plutôt qu'à « éliminer », les livres et l'écrit que seules les bibliothèques peuvent offrir. Nous voici rassurés. »
Les nouvelles techniques auront, c'est sûr, un impact sur la lecture et l'édition mais n'en doutons pas aussi sur l'écriture. Certains y réfléchissent déjà comme The Institute of the Future of the Book. Il serait, de ce point de vue, intéressant de suivre de plus près ce qui se passe en Asie et notamment en Chine.

Une nouvelle fois, c'est Danwei qui nous offre des éléments pour conduire cette observation des conduites éditoriales, d'écriture et de lecture dans l’espace culturel qui a inventé le papier et l'imprimerie, et ceci à travers plusieurs billets (anciens et récents) auxquels je vais me contenter de vous renvoyer --- même si les événements récents m'octroient des loisirs forcés, je désespère d'avoir le temps de faire mieux dans les semaines à venir : je n'ai pas oublié pour ma part, que notre équipe entend mener à bien son projet de revue en ligne et que nous avons - et vous avez de la même manière - jusqu'au 15 décembre pour proposer un texte dûment traduit sur le thème du voyage [tous les éléments sont à portée d'un clic, ici ]

I. Or donc, voici le plus surprenant pour commencer, savoir le désir exprimé par un auteur à succès de ne plus publier de livre. Dans « Horror novelist puts down his pen for the sake of the environment », Joël Martinsen écrit :
« Zhou Dedong 周德东 is currently one of the most popular horror writers in China. Li Shaohong's movie The Door, released at the beginning of this year, was based on one of his stories, and he has ranked at or near the top in several national polls of horror readers, including one that sought to name « China's Stephen King ». In a market where online genre writers gain legitimacy by winning contracts with traditional publishers, Zhou is moving in the opposite direction. Last week, he posted a notice on his blog in which he announced that he was saying farewell to the world of print. »
Martinsen fournit la traduction - « No More Books » - de ce billet - « Bu zai chu shu » 不再出书 - qu'on peut lire en chinois ici et dont voici le début :
« As everyone knows, an author is a person who writes books. If an author announces that he will no longer put out books, what will you as readers think? I am that author :) The past few days I have been in talks with Sina's VIP Book Channel. We will sign a contract on 11 November so that henceforth I will no longer put out books in print. I will write exclusively online, giving my readers material on Sina VIP. Qimen Dunjia [奇门遁甲] will be my last print novel. Many readers may be asking themselves: why? The reason is very simple: environmental protection. »
Zhou Dedong, dont la production s'expose ici, conclut ainsi :
« I've always wanted to do new things, so you shouldn't be surprised at this decision not to put out new books. This action will give readers an awareness of social responsibility, and that's even better :) »
Martinsen poursuit :
« Zhou's probably right that his income will take a hit; a recent Wired article [ici] on China's online fiction market noted that author compensation is rising, but even at a royalty rate of just 10% per print volume, Zhou would receive far more on a 150,000 copy print run than he can expect to make on a pay-per-word basis online. On the other hand, if we don't take his « environmental protection » justification at face value, it's not hard to imagine that Sina has made him a more generous offer as part of their campaign to dominate the « eyeball economy ». The question of piracy is a little more cut-and-dry. Sure, publishing exclusively online will make bootleg print copies easier to identify, but that hasn't stopped the pirates from downloading and printing omnibus volumes of popular online novelists. Zhou is unlikely to be an exception. »
Danwei avait justement publié la petite note sur l'édition pirate et son mode de diffusion, « Bootleggers go mobile» (Joel Martinsen, 24/02/2007), que voici :
« Beijing's Mirror evening paper [voir ici l'article en chinois] discovered vendors selling pirated books out of a van loaded with hundred of volumes. Most of the titles were oversized compilations of net-lit or gaming fan-fiction that stretched to 700 pages - this kind of bootleg fiction in recent months has become fairly common to see sold on overpasses or from carts wheeled on sidewalks. The reporter also noticed an omnibus edition of Yu Dan's explications of The Analects [Lunyu 論語], Zhuangzi [Zhuangzi 莊子], and other classic texts. »
N.B. : Yu Dan 于丹, que Danwei a baptisé « The autographe machine », a occupé pendant plusieurs mois le sommet des listes de ventes avec son commentaire du Lunyu [《论语》心得, Zhonghua shuju] ; son ouvrage reste encore très bien placé en cette fin d'année : septième au le classement général, il est quatrième dans la catégorie « essai » [非小说].


II. Dans « Trend-spotting in online fiction » (June 5, 2007), Joel Martinsen rend compte, cette fois, d'un long entretien [voir ici] de Qin Yuchun 秦于淳 du Fazhi wanbao 法制晚报 (Mirror), avec Dan Fei 丹飞, sur les tendances actuelles de l'édition chinoise. Dan Fei est justement un de ceux qui contribuent à les définir :
« In mass-market fiction this year, grave-robbing stories and palace romances are still hot, while fantasy and wuxia fiction are in decline. So says Daniel Dan Fei, the editor behind popular titles. [...] Many of the titles that Dan has shepherded to market originated online. This is nothing new; what is notable is the controversy that several of these books have generated. In March, the online version of Stories from the Ming Dynasty (明朝那些事儿) was the focus of accusations of click-fraud: the book was promoted as a « million-hits-a-month » forum post, which some online detectives decided was an inflated number [voir ici]. When an unfinished online novel is acquired by a publisher, the author might stop updating at the publisher's request (given how widely things are copied on the Chinese web, taking down the original is usually not an option). Readers typically do not do much more than grumble, but earlier this year, one group of fans took action - they launched a boycott of Palace Harem (后宫) following the print publication of the first volume in February. In their opinion, author Liulianzi [流潋紫] was reveling in her fame while ignoring the people who made her famous in the first place. Some fans were particularly incensed that she never gave a firm date for the release of the concluding volumes, resulting in fans compulsively refreshing her web-page and giving her clicks that she didn't deserve. The publisher apologized to readers while simultaneously blaming rampant piracy for their decision to keep the story's conclusion off the Internet. »
In the following interview, Dan Fei acknowledges the positive effect that such a vocal opposition can have on sales. He also discusses the process of creating a bestseller, and offered his predictions of this year's hottest book trends.
L'entretien [trois pages à partir d'ici] s'achève ainsi :
« Mirror : What subject matter will be popular next? Do you have any predictions?
Dan : I really can't predict. In my view, readers and writers, or maybe the marketplace, are qualified to predict trends. If you really want a forced prediction, then I think moving love stories will still be a popular trend among women's books, and solid mixes of fact and fiction will be popular among men's books. For the time being, cross-genre romances are still a relatively large category. In addition, alternate history and grave-robbing will still be hot for a while. It's hard to find superior horror books. To date, Cai Jun 蔡俊 and Guigunü 鬼古女 are in the first wave, while Nalan 纳兰, Tina, Piece of Candy 一枚糖果, and Zhou Dedong 周德东 are in the second wave. Who will join the first and second waves? I'm still looking. Solid reading material for men (男性读物) and the humanities and social sciences (社科人文) may occasionally break out of the pack. Motivational (励志), computer (软件), and business (经管) books are still very profitable. But fantasy (奇幻) and martial arts (武侠) are in decline. »
Et Mo Yan dans tout cela ?
III. L'article « Publishing and pulping the ancient classics » également de Joel Martinsen, posté le 31 octobre et les sources chinoises qui ont été mises à contribution [voir l'article de Hao Hongjie 郝洪捷, ici] méritent aussi d'être lus, surtout si vous êtes un passionné de littérature chinoise ancienne.

Il commence par le constat que l'on a tous fait en nous rendant dans la section « littérature classique » d'une librairie chinoise à la recherche d'un des Quatre grands romans 四大名著 [notons qu'il n'est à aucun moment question de Jin Ping Mei 金瓶梅 dont l'édition est toujours problématique en RPC], et écrit :
« your eyes might glaze over as you survey the choices before you. Critical editions, photo-reproductions, illustrated abridgements, and graphic novel versions line the shelves. Recent GAPP [General Administration of Press and Publication 新闻出版总署] data cited in a Mirror article last month revealed that between 1950 and 2005, more than 230 different editions of Dream of the Red Mansions [Hongloumeng 紅樓夢] were published, along with over 210 editions of Romance of the Three Kingdoms [Sanguo yanyi 三國演義] and over 190 versions each of Outlaws of the Marsh [Shuihuzhuan 水湖傳] and Journey to the West [Xiyouji 西游記]. A survey of the current inventory of the Beijing Book Building (北京图书大厦) found 94 separate Red Mansions editions issued by 66 different publishers. Not all of these books are selling, however. GAPP numbers have nearly 50 billion yuan worth of books warehoused every year (based on cover price). The Mirror calculates that since reprinted classics make up around 40% of a given year's titles, they must make up the same percentage of warehoused books, though the paper's figures are used somewhat haphazardly. At any rate, it makes for a stunning headline: « 20 billion yuan worth of reprinted classics get pulped every year.» What attracts publishers to the classics? Money, for one thing. Of those 94 editions, 56 were literary editions and 38 were children's books. The literary editions had an average price of 60 yuan; the Mirror estimates the cost per book at one-third of the cover price, or around 20 yuan. For many resource-poor publishing houses, issuing new editions of classics is a moneymaking shortcut. »
D'un autre côté, à part un nombre assez réduit d'œuvres abondamment publiées, la grande majorité des ouvrages classiques sont difficiles à trouver. Une raison est invoquée ? Ces ouvrages sont difficiles à vendre car ils sont peu demandés :
« However, why is there so little demand for classics? To answer this question, we must get down to the deeper reason why classics do not get reprinted: the public lacks the ability to read, or should I say consume, classics. They are wary of the profundity of classics, or else they think them useless. They would rather spend their time reading Guo Jingming [郭敬明] and Annie Baobei [安妮宝贝]. Hence classics are confined to a minority of scholars and demand is tiny. Classics are spiritual treasures of a people; it is a great loss to let them lie fallow for so long. Therefore, the main task now is to popularize the classics and raise the public's ability to absorb them. The imbalance doesn't have to go on forever. Huang Song 黄松, office director for Leadership Team of the National Plan to Reorganize Ancient Book Publication [全国古籍整理出版规划领导小组办公室主任], says that the wide range of choices will be reduced in the future to a small number of quality editions : We are currently undertaking a general investigation into the nation's ancient books. Following the investigation, we will put forth a standard edition of each work, and that edition will be authoritative.... From now on, unless substantial new material is discovered related to a particular ancient book, publishers will not put out new editions. This means that editors will not need to duplicate their efforts, publishers can save on resources, and readers will have more effective choices. »
Comptez sur moi pour suivre ce dossier. Il n'empêche qu'en attendant ce sursaut, on trouve en ligne de plus en plus de textes numérisés, parfois avec attention, et ceci de chaque côté du détroit. Il n'en reste pas moins que les spécialistes et les amateurs de littérature chinoise ancienne sont en général plus en confiance avec une belle édition, si possible en caractères non simplifiés, truffée de notes et de variantes avec ses appendices critiques, ses jeux d'illustrations ou un beau fac-similé reproduit à l'ancienne. Le contact avec le texte chinois dans son expression initiale semble un élément important sinon essentiel de son appréciation. C’est ce que montre un ouvrage comme le Reading Illustrated Fiction in Late Imperial China, Robert E. Hegel [Stanford, Ca.: Stanford University Press, 1998] qui n'a pas échappé à Google (voir ici)

IV. Pour finir ce survol rapide, voici un lien utile, voire indispensable, pour se faire une idée de l'histoire de l'édition chinoise. Il s'agit de la version intégrale d'une « histoire générale de l'imprimerie chinoise » réalisée en 1998, sous le titre Zhonghua yinshu tongshi 中華印刷通史 est en ligne ici. Mais, désolé pour ceux qui ne pratiquent pas la langue, elle est en chinois. En complément, on trouvera une riche iconographie sur un site voisin, The Glory of Chinese Printing 中華印刷之光, avec des commentaires en chinois, mais aussi en anglais, à qui j'ai emprunté les illustrations de ce billet qui devrait avoir une (des) suite(s). (P.K.)

dimanche 11 novembre 2007

Tous à l'opéra

Mei Lanfang 梅兰芳 (1896-1966) en compagnie de Yao Yufu 姚玉芙 (1894-1961)

Je comptais attendre de disposer de la dernière traduction d'André Lévy qui sort ces jours-ci aux Editions MF (anciennement Musica falsa), pour publier un billet entièrement consacré au théâtre/opéra chinois. Mais l'Oreiller magique, titre sous lequel va apparaître le Handan ji 邯鄲記 de Tang Xianzu 湯顯祖 (1550 - 1616) tarde à arriver jusqu'à Marseille [voir liste des libraires distribuant cet éditeur courageux, ici], et l'événement théâtral chinois majeur de cette fin d'année débute demain ! Je ne peux donc plus tergiverser. Je remets donc à plus tard l'examen de la pièce pour vous dire le plus rapidement possible de quoi il retourne, car le temps presse.

Il s'agit rien de moins que du Troisième Festival des Opéras Traditionnels Chinois. Organisé par le Centre Culturel de Chine à Paris, sous le haut patronage du Ministère de la Culture Français, avec le soutien de l’Association des Commerçants Chinois en France, en partenariat avec les chaînes de télévision FR3 et Public Sénat.

Comme le décrit très précisément le site du Centre Culturel de Chine à Pari [voir ici : un dossier de presse très instructif de 15 pages est téléchargeable en format pdf] ce « Festival des Opéras Traditionnels Chinois [...] aura lieu du 12 au 18 novembre 2007, sous la forme d’un concours qui récompensera les interprètes chinois les plus talentueux. [...] Ce festival réunira six troupes venues de plusieurs régions de Chine, qui interpréteront différentes formes d’opéra traditionnel. [...] Les troupes, présélectionnés par des professionnels du spectacle chinois, se produiront [à raison d'une troupe par soirée] devant un jury français qui récompensera, lors de la soirée de clôture, les meilleurs artistes. »

Dans l'ordre, les spectateurs pourront découvrir l'opéra Yueju 越剧 (Zhejiang) avec la troupe de l'Opéra yueju de Hangzhou 杭州越剧院, dans une adaptation du Hedda Gabler d'Ibsen (!), du Jingju 京剧 (ou opéra de Pékin) avec la troupe du Théâtre Jingkun 京昆剧场 qui donnera La maison de Wulong (Wulong yuan 乌龙院), du Pingju 评剧 (Hebei) avec la Troupe d’opéra Pingju de Cheng Zhaocai 成兆才评剧团 qui jouera La légende de l’île de la concubine impériale Cao (Caofeidian chuanqi 曹妃甸传奇), du Manhanju 漫瀚剧, théâtre de Mongolie intérieure avec la Troupe théâtrale Manhan 内蒙古自治区包头市漫瀚剧团 qui a mis à son programme La femme de Qidan (Qidan nü 契丹女), du Jinju 晋剧 (Shanxi) avec la Troupe théâtrale Jeunesse de l’Institut de recherche de l’opéra Jinju de la ville de Taiyuan 太原实验晋剧院青年剧团 qui représentera La réussite à l’examen impérial de Fan Jin (Fanjin zhongju 范进中举) et pour finir en beauté avec du Kunju 昆剧 avec la Troupe théâtrale du prix de la Fleur de Prunus 中国戏剧梅花奖艺术团 pour La tour Leifeng (Leifeng ta 雷锋塔) ou le Serpent blanc (Baishe zhuan 白蛇传).

C'est donc le 18 novembre qu'aura lieu la cérémonie de clôture et que des prix seront remis par un jury composé de M. Jean-Pierre Wurtz (président du jury), inspecteur général des théâtres du Ministère de la Culture et de la Communication, de M. Joël Bellassen, inspecteur général de chinois au Ministère de l’Education Nationale et Professeur à l’INALCO ; de Mme Marie-Claire Quiquemelle, sinologue, anthropologue et chercheuse au CNRS, de M. Jean-Marie Fegly, spécialiste de l’opéra Kunju et de M. Roger Darrobers, professeur de chinois à l'université Paris X - Nanterre et à qui l'on doit d'avoir fait connaître l'écrivain Liu Xinwu 劉心武 (1942- ) au public français et plusieurs ouvrages, toujours aux Editions Bleu de Chine, sur Pékin qu'il a arpenté avec passion et esprit (voir ici) et son théâtre : Opéra de Pékin, théâtre et société à la fin de l'empire sino-mandchou (1998). C'est aussi lui qui a rédigé la meilleure introduction au théâtre chinois disponible en français avec un livre de la collection « Que sais-je ? » (n° 2980, PUF, 1995), Le théâtre chinois, que chacun prendra la peine de lire avant de se précipiter à la salle Adyar, théâtre presque centenaire à proximité du Champs de Mars, à Paris, s'entend.

En complément, une conférence sur « La culture de l’opéra de Pékin » sera donnée par M. Wu Jiang (1949-), auteur d’opéra renommé et directeur de l’Institut national de l’opéra de Pékin, le 13 novembre à 14h30 (Salle Adyar, entrée libre sous réserve des places disponibles). Si après cela l'Oreiller magique ne bat pas des records de vente, c'est à désespérer ! On en reparlera. (P.K.)